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Intervention française au Mali en 2013

Question écrite de M. Pierre Laurent - Armées

Question de M. Pierre Laurent,

Diffusée le 10 mars 2021

M. Pierre Laurent attire l'attention de Mme la ministre des armées sur la parution de nouveaux éléments d'information concernant les circonstances qui ont amené la France à intervenir militairement début 2013 au Mali.

Les conséquences désastreuses des frappes franco-britanniques en Libye appuyées par les États-Unis en 2011 ont transformé ce pays en terreau du terrorisme, hébergeant des groupes armés et des mafias, qui viennent y pratiquer librement le trafic d'êtres humains, l'esclavage, le trafic d'armes et de drogue.

Les effets néfastes de cette opération militaire se sont fait sentir dans beaucoup de pays africains, dont le Mali.

Par ailleurs selon des informations parues dans la presse notamment, le centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) avait dès 2009 élaboré un projet intitulé « opération requin » qui recommandait une intervention de l'armée française au Mali. Ce projet deviendra réalité début 2013 sous le nom de Serval, constituant ainsi la 42e intervention militaire française en Afrique depuis les indépendances de ces pays.

Cette intervention, qui va devenir l'intervention Barkhane, constitue à ce jour également l'opération la plus importante depuis la guerre d'Algérie.

La principale raison avancée par le pouvoir français de l'époque était que des colonnes de djihadistes étaient sur le point de déferler sur la capitale malienne Bamako. S'il est incontestable qu'entre autres pour les raisons précitées la situation s'était dégradée au Mali, comme dans d'autres pays africains, de plus en plus d'acteurs, dont des militaires, estiment que l'armée et le gouvernement français auraient déclenché Serval sur des faisceaux de présomptions plutôt que sur des preuves concrètes des colonnes djihadistes évoquées.

Il lui demande ce qu'elle compte faire en vue de publier les preuves des éléments évoqués pour justifier l'intervention Serval en 2013.

En tout état de cause il est à noter que huit ans après l'intervention française, et ce malgré des victoires tactiques, l'obscurantisme, la violence et la pauvreté n'ont jamais été aussi répandues au Mali comme dans les pays limitrophes. Pour toutes ces raisons il lui demande s'il ne serait pas plus que temps de tourner la page des interventions militaires étrangères dans les pays africains au profit d'une nouvelle réponse africaine et multilatérale en matière de sécurité ainsi qu'un nouvel agenda de coopération plus soucieux de la souveraineté des États concernés et des intérêts des populations locales.

Réponse - Armées

Diffusée le 19 janvier 2022

La France a lancé l'opération Serval en janvier 2013 dans le cadre de la résolution 2085 du Conseil de sécurité des Nations unies, à la demande du gouvernement malien. L'engagement de la France, qu'il s'agisse de l'opération Serval ou Barkhane, répond à une demande d'assistance, et est juridiquement encadré par les accords internationaux entre la France et les Etats du Sahel.

Cet engagement a évité l'effondrement du Mali. Il a porté ses fruits. Notre collaboration étroite avec les forces armées nationales sahéliennes permet aux pays concernés de faire face à la menace terroriste et de commencer à réaffirmer leur autorité sur leurs territoires. La stratégie française au Sahel repose sur deux axes principaux : la sahélisation et l'internationalisation des efforts en soutien à la sécurité régionale.

En ce sens, une multitude d'acteurs interviennent déjà sur place, en plus de la force Barkhane, au sein de laquelle est intégrée la Task Force Takuba composée de forces spéciales européennes, et des armées nationales sahéliennes : l'ONU (à travers la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali - MINUSMA), l'Union européenne (la Mission de formation de l'Union européenne au Mali (EUTM), la mission de soutien aux capacités de sécurité intérieure maliennes au Sahel), et la Force conjointe du G5 Sahel, constituée de militaires sahéliens.

La stabilisation du Sahel ne peut s'obtenir que par une réponse collective et par une reprise progressive par les pays africains du contrôle de leur région. Le 9 juillet 2021, le Président de la République a annoncé les modalités de la transformation de notre engagement au Sahel. Ces changements ont fait l'objet d'échanges constructifs avec nos partenaires africains et européens.

La France restera bien évidemment fortement engagée dans la lutte contre les groupes armés terroristes qui continuent de menacer les Etats de la région, en privilégiant une plus grande coopération avec les Etats sahéliens. Ce nouveau dispositif couvrira quatre dimensions majeures du besoin de nos partenaires : la dimension « contre-terrorisme » avec la poursuite de la mission de la Task Force Sabre à Ouagadougou ; la dimension « montée en puissance des armées régionales » pour former, entraîner, équiper et conseiller les armées partenaires.

Cette dimension sera renforcée et élargie aux pays du Golfe de Guinée, qui font face à une extension de la menace ; la dimension « partenariat de combat » pour être en mesure d'accompagner les partenaires africains dans leurs opérations. La Task Force Takuba se distingue par sa dimension profondément européenne.

Elle sera au cœur de notre action collective au Sahel. Aujourd'hui centrée sur le Mali, elle jouera sur l'effet démultiplicateur de ses détachements européens légers d'accompagnement au combat. La France y maintiendra une contribution significative. En parallèle la participation de nos partenaires européens y sera renforcée (Italiens, Danois, Roumains…) ; la dimension « réassurance » pour demeurer en permanence en mesure d'intervenir rapidement au profit des forces alliées ou partenaires, grâce à nos moyens aériens déployés au Niger.

Dans cet esprit, la présence française au Niger sera renforcée : Niamey sera le centre de commandement et de coordination de nos forces et de toutes les actions de coopération. Le Tchad restera également un élément clé de notre dispositif avec le maintien d'une présence significative, aérienne et terrestre.

L'essence même d'une opération militaire, c'est l'adaptation. Il s'agit, comme nous l'avons fait depuis 8 ans, de nous transformer pour être plus efficace sur le terrain. Nous nous transformons pour transférer progressivement la responsabilité de la sécurité du Sahel à nos partenaires sahéliens et ouest-africains.

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