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unknown - Interview de Camille Pascal President du SRH 2025
Document publié le undefined NaN undefined NaN à NaNhNaN par la commune de Levallois-Perret.
Lien du pdf (unknown - Interview de Camille Pascal President du SRH 2025)
Thèmes du document : Histoire et mémoire, Culture et patrimoine, Aménagement du territoire,
20 INFOLevallois N° 248 - Juin 2025
L’INTERVIEW DU MOIS
Info Levallois : Vous êtes
le Président du SRH 2025.
Pourquoi avoir accepté
ce rôle ?
Camille Pascal : Le salon de Leval-
lois m’a toujours été fidèle, il était
normal que j’accepte l’honneur qui
m’est fait aujourd’hui d’en assurer la
Présidence. Par ailleurs, il se trouve
que ma belle-mère, veuve de mon
père, habite la ville. Je suis donc un
peu ici comme en famille…
I. L. : Pourquoi avoir choisi
l’affaire du vol du collier
de la Reine comme sujet
de votre dernier roman
La Reine du Labyrinthe ?
Peut-il nous éclairer sur
notre époque ?
C. P. : J’ai toujours choisi comme
sujet de mes romans une crise qui
révèle les tensions politiques et so-
ciales d’une époque ; la révolution
de 1830 pour mon Été des quatre
rois, la maladie de Louis XV pour
La Chambre des dupes ou encore la
conjuration de Cellamare qui est au
centre de L’air était tout en feu. Il en
est de même avec l’affaire du Collier
de la reine où une incroyable es-
croquerie a tourné à l’affaire d’État
et révélé les fragilités de l’Ancien
Régime. Par ailleurs, je n’avais ja-
mais rien compris à cette histoire.
Reprendre le dossier à la base et
surtout à la source est le défi que
je me suis lancé il y a trois ans. Ce
livre en est donc le résultat et j’es-
père que le lecteur y trouvera les
réponses aux questions que je me
suis moi-même toujours posées.
Enfin, pour ce qui est de l’éclairage
que cette affaire pourrait porter sur
notre époque, je peux simplement
dire ceci : avec le temps tout change,
les mœurs, les mentalités, les ré-
gimes mais le cœur humain, lui,
reste immuable avec ses passions,
ses ambitions, ses sentiments, ses
grandeurs et surtout ses misères…
Avec son dernier roman La Reine du Labyrinthe (Robert Laffont), Camille Pascal présidera le Salon du Roman Historique 2025 de Levallois, qui se tiendra les 5 et 6 juillet, au cœur du Parc de la Planchette. Historien spécialiste des 17e , 18 e et 19e siècles, Conseiller d’État, auteur de romans historiques, dont L’Été des quatre Rois primé par l’Académie française, la plume de Camille Pascal a également servi les mots des présidents Chirac et Sarkozy et de l’ancien premier Ministre Jean Castex. Entretien entre fiction et réalité.
Camille Pascal,
Président du SRH 2025
“J’utilise le mensonge
romanesque pour faire
émerger la vérité historique.”
SALON DU ROMAN HISTORIQUE 2025
© Astrid di CrollalanzaINFOLevallois N° 248 - Juin 2025 21
L’INTERVIEW DU MOIS
I. L. : Comment trouvez-vous l’équilibre
entre la fidélité aux faits et la liberté
littéraire ?
C. P. : La seule liberté que je prends avec l’Histoire
c’est la mise en scène littéraire de mon récit. J’ai
l’habitude de dire avec un peu de provocation que
j’utilise le mensonge romanesque pour faire émerger
la vérité historique. Tout le reste est parfaitement
conforme aux sources historiques, les dates, les lieux,
les faits et même les dialogues qui sont tous tirés
des Mémoires du temps, des témoignages ou des
confrontations du procès. J’ai pour principe de ne
jamais prêter aux personnages historiques des mots
qui seraient les miens…
I. L. : Vous avez dit préférer le passé
au présent, être un jeune dans le passé.
Pourquoi ?
C. P. : Le passé est un espace d’évasion sans équivalent.
Par ailleurs, les époques sur lesquelles j’écris, plus éloi-
gnées que la période contemporaine, sont de plus en
plus abandonnées par la littérature. C’est très grave car
outre les effets d’un effondrement culturel, il y a un
risque pour l’unité nationale qui ne peut uniquement
se construire sur la connaissance d’un passé commun
reçu en partage.
I. L. : Quel roman, ou personnage historique,
vous a donné le goût de l’Histoire quand
vous étiez jeune ?
C. P. : J’ai toujours détesté les romans historiques
car j’ai toujours prêté plus de valeur à la réalité qu’à
la fiction. C’est peut-être pour cela que j’en écris
aujourd’hui ! Je n’en suis pas à une contradiction près…
je veux bien en convenir. Cela étant dit, certains au-
teurs ont su dépasser cette opposition et m’inspirer. Je
pense à Marguerite Yourcenar, Françoise Chandernagor
ou plus récemment à Jean-François Parot dont les ro-
mans policiers savaient magnifiquement ressusciter
le Paris de Louis XV.
I. L. : Quel est votre roman historique
de chevet ? pourquoi ?
C. P. : La Semaine Sainte d’Aragon, sans aucune hési-
tation. Un chef-d’œuvre total auquel il ne manque à
mon sens qu’une seule chose, l’humour. J’ai d’ailleurs
écrit l’Été des quatre rois (Plon) comme un défi lancé à
ce monument de la littérature historique.
I. L. : Quels sont pour vous les ingrédients
d’un bon roman historique ?
C. P. : Prenons le problème à l’envers si vous le voulez
bien, tout roman historique qui prêterait à ses person-
nages, qu’ils soient réels ou fictifs, des propos, des idées
ou une vision du monde qui sont en réalité ceux de
notre temps, se disqualifie à mes yeux. Ils sont d’ailleurs
souvent très ennuyeux… Comme le disait si finement
Marguerite Yourcenar, les personnages historiques ne
sont pas des héros de cinéma auxquels un scénariste
se permet de projeter ses propres fantasmes !
Quant aux romans qui prétendent raconter une histoire
qui n’a jamais existé au prétexte qu’il faudrait réparer
l’Histoire voire la “déconstruire”, ils relèvent, à mes
yeux, de la manipulation idéologique.
I. L. : Préférez-vous écrire un discours
politique ou un roman historique ?
Ont-ils des points de convergence ?
C. P. : Ce sont des exercices qui n’ont strictement rien
à voir. Dans un cas, l’auteur disparaît derrière la per-
sonnalité publique pour laquelle il écrit. Dans l’autre,
le romancier s’adresse directement à ses lecteurs.
En revanche, je crois pouvoir dire que cet exercice m’a
appris une chose essentielle, à savoir la capacité à cap-
ter une pensée et à s’y glisser. Sans la pratique de cet
exercice, peut-être que je n’aurais jamais pu me lancer
dans l’écriture de mes livres.
L’écriture de romans historiques
m’a appris une chose essentielle,
la capacité à capter une pensée
et à s’y glisser.