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Conseil Municipal - 2024 47
Document publié le Mardi 5 mars 2024 par la commune de Bordeaux.
Lien du pdf (Conseil Municipal - 2024 47)
Thèmes du document : Environnement, Changement climatique, Aménagement du territoire,
EXTRAIT DU REGISTRE DES DELIBERATIONS
DU CONSEIL MUNICIPAL
___________
Conseillers en exercice : 65
Reçu en Préfecture le : 06/03/2024
ID Télétransmission : 033-213300635-20240305-135222-DE-
1-1
Date de mise en ligne : 07/03/2024
certifié exact,
Séance du mardi 5 mars 2024
D-2024/47
Aujourd'hui 5 mars 2024, à 14h00,
le Conseil Municipal de la Ville de Bordeaux s'est réuni à Bordeaux, sous la présidence de
Monsieur Pierre HURMIC - Maire
Suspension de séance de 14H14 à 14H25
Etaient Présents :
Monsieur Pierre HURMIC, Madame Claudine BICHET, Monsieur Stéphane PFEIFFER, Madame Camille CHOPLIN, Monsieur Didier JEANJEAN, Madame Delphine JAMET, Monsieur Mathieu HAZOUARD, Madame Harmonie LECERF MEUNIER, Madame Sylvie SCHMITT, Monsieur Dimitri BOUTLEUX, Madame Nadia SAADI, Monsieur Bernard G BLANC, Madame Céline PAPIN, Monsieur Olivier CAZAUX, Madame Pascale BOUSQUET-PITT, Monsieur Olivier ESCOTS, Madame Fannie LE BOULANGER, Monsieur Vincent MAURIN, Madame Sylvie JUSTOME, Monsieur Dominique BOUISSON, Madame Sandrine JACOTOT, Madame Françoise FREMY, Madame Tiphaine ARDOUIN, Monsieur Baptiste MAURIN, Madame Marie-Claude NOEL, Monsieur Didier CUGY, Madame Véronique GARCIA, Monsieur Patrick PAPADATO, Madame Pascale ROUX, Madame Brigitte BLOCH, Madame Isabelle ACCOCEBERRY, Madame Isabelle FAURE, Monsieur Francis FEYTOUT, Madame Eve DEMANGE, Monsieur Maxime GHESQUIERE, Monsieur Matthieu MANGIN, Monsieur Guillaume MARI, Madame Marie-Julie POULAT, Monsieur Jean-Baptiste THONY, Monsieur Radouane-Cyrille JABER, Monsieur Marc ETCHEVERRY, Monsieur Maxime ROSSELIN, Madame Léa ANDRE, Monsieur Maxime PAPIN, Madame Béatrice SABOURET, Madame Nathalie DELATTRE, Monsieur Nicolas FLORIAN, Madame Alexandra SIARRI, Madame Anne FAHMY, Monsieur Aziz SKALLI, Madame Catherine FABRE, Monsieur Guillaume CHABAN-DELMAS, Monsieur Philippe POUTOU,
Madame Céline PAPIN présente jusqu'17h30 et Monsieur Patrick PAPADATO présent à partir de 15h28.
Excusés :
Monsieur Laurent GUILLEMIN, Madame Servane CRUSSIERE, Monsieur Stéphane GOMOT, Madame Charlee DA TOS, Monsieur Pierre De Gaétan NJIKAM MOULIOM, Madame Géraldine AMOUROUX, Monsieur Marik FETOUH, Monsieur Thomas CAZENAVE, Monsieur Fabien ROBERT, Monsieur Nicolas PEREIRA, Madame Evelyne CERVANTES-DESCUBES, Madame Myriam ECKERT,Rapport d'information relatif au Grand dialogue citoyen,
présentation de l'avis de la convention citoyenne
Madame Tiphaine ARDOUIN, Adjointe au Maire, présente le rapport suivant :
Mesdames, Messieurs,
Ce rapport d’information a pour objet d’introduire la présentation de l’avis issu de la convention citoyenne qui sera présenté en conseil municipal du 5 mars 2024. Il rappelle le contexte du Grand dialogue citoyen et ses différentes étapes.
Il vient à la suite du rapport d’information sur le Grand dialogue citoyen (D-2023/126) présenté en Conseil Municipal le mardi 4 avril 2023.
1. LE CONTEXTE
Le Grand dialogue citoyen est un engagement du Contrat démocratique de la Ville de Bordeaux :
« ...sur un sujet de société à enjeu avec une dimension prospective pour préparer l’avenir, la Mairie propose aux acteurs du contrat de s’informer, se questionner, réfléchir, pour faire émerger des solutions, des idées, mais aussi des orientations et des stratégies. Cela sera possible en multipliant les formats de mobilisation, de débat, de dialogue et de contribution. En utilisant une grande diversité d’outils de dialogue citoyen (assemblée citoyenne, atelier, conférence, visite, etc.) afin de permettre la participation de toutes et tous, ce grand dialogue citoyen formulera des propositions pour relever collectivement les défis de la transition écologique, solidaire, démocratique à Bordeaux. »
« La Ville de Bordeaux face à l’état d’urgence climatique » a été identifié comme le sujet stratégique sur lequel des solutions sont à chercher et à trouver collectivement avec les habitants pour ce premier Grand dialogue. »
Ce Grand dialogue citoyen se décline en trois grands temps qui s’articulent et se nourrissent : - Un premier temps d’effervescence.
- Un deuxième temps dédié à la convention citoyenne.
- Un troisième temps d’atterrissage.
Ce premier Grand dialogue citoyen est une façon innovante d’articuler démarche grand public, mini public, instance de démocratie locale et implication des acteurs du territoire (Le Grand dialogue citoyen - Bordeaux Participation).
2. L’EFFERVESCENCE (février à septembre 2023)
Cette première étape d’effervescence a notamment poursuivi l’objectif de mobiliser les acteurs du territoire autour de l’urgence climatique et de nourrir le mandat et les travaux de la convention citoyenne (étape 2). L’objectif était de partager les expériences et de mettre le territoire bordelais en dynamique collective autour de la question du comment faire face à cette urgence climatique. Cette phase s’est notamment matérialisée au travers de différents évènements, ateliers, rencontres et espaces de contributions.
Quelques chiffres sur l’effervescence :
- Plus de 2000 personnes rencontrées ;
- Une vingtaine de production écrites ou audiovisuelles (gazettes, videos, etc.) ;
- 7 rencontres de la tournée du Grand dialogue citoyen ;
- 8 conseils de quartier de mai à juillet 2023 avec information et stands sur le Grand dialogue citoyen ;
- 5 ateliers thématiques ;
- Des ateliers internes ;
- Des échanges bilatéraux avec les acteurs du territoire ;
- 1 forum ouvert ;- 73 contributions en ligne : 37 contributions collectives et 36 contributions individuelles ;
- 705 verbatims en réponse à la question “et vous, c’est quoi votre urgence climatique ?”
Cette phase d’effervescence a notamment permis d’identifier des sujets émergents, des freins mais également des leviers d’action. C’est également cette phase d’effervescence qui a permis de dessiner le mandat de travail confié à la convention citoyenne.
3. LA CONVENTION CITOYENNE (octobre 2023 à janvier 2024)
La deuxième phase du Grand dialogue citoyen était dédiée à la convention citoyenne. Composée d’une centaine de citoyens tirés au sort dont une partie parmi des volontaires, elle s’est réunie d’octobre 2023 à janvier 2024. Le maire de Bordeaux lui a confié le mandat suivant : A Bordeaux, comment mieux agir collectivement pour nous adapter à l'urgence climatique ?
Dans le cadre de ce mandat de travail, les membres de la convention citoyenne ont la possibilité d’adresser des recommandations à la Ville de Bordeaux mais également aux autres Bordelais et Bordelaises.
Pour produire leur avis, les conventionnés ont travaillé durant cinq sessions d’octobre 2023 à janvier 2024 :
- Session d’information, octobre 2023
- Session d’investigation n°1, novembre 2023
- Session d’investigation n°2, décembre 2023
- Session de délibération collective & rédaction de l’avis, janvier 2024 - Session de finalisation de l’avis et de relecture, fin janvier 2024
Pour permettre aux conventionnés de se former au sujet, un corpus littéraire a été mis à leur disposition, une trentaine d’experts (dont des élus et services de la mairie) ont été auditionnés, des ateliers entre les sessions ont été proposés et des expositions ont été mises à leur disposition pendant les sessions
Concrètement, une session pour un citoyen représente environ 12h de travail (vendredi soir et samedi toute la journée), ce qui représente environ 48h de travail par conventionnés soit près de 4800h de travail bénévole cumulé. Il y a également eu du travail personnel entre les différentes sessions pour les conventionnés qui le souhaitaient et le pouvaient (lectures de documents, recherches, réunions de travail, etc.). Des ateliers entre les sessions ont également été proposés avec une participation sur la base du volontariat (fresque du climat, atelier 2 Tonnes, projection film Bigger than us).
4. L’ATTERRISSAGE (février à mai 2024)
Enfin, la dernière étape concerne l’atterrissage du Grand dialogue citoyen. La phase d’atterrissage a pour objectif, de créer les conditions de l’appropriation et de la mise au travail des recommandations issues de la phase d’effervescence et celles de la convention citoyenne.
Les différentes étapes de cette phase d’atterrissage sont les suivantes : - Une remise de l’avis des conventionnés au maire, aux élus pilotes en présence des présidents de groupe et de la presse en février 2024.
- Une présentation de l’avis des conventionnés en conseil municipal de mars 2024 avec une présentation en amont en commission réunie.
- Des ateliers d’appropriation et de mise au travail avec la participation des conventionnés de mars à avril 2024.
- Un temps de bilan et restitution publique de l’ensemble du Grand dialogue citoyen le 15 mai 2024.
Je vous invite Mesdames et Messieurs, à prendre connaissance du présent rapport ainsi que de son annexe et d’accueillir l’avis de la convention citoyenne présenté par une délégation deconventionnés lors de la suspension de séance proposée par Monsieur le Maire
ANNEXE : avis de la convention citoyenne.
INFORMATION DU CONSEIL MUNICIPAL
Fait et Délibéré à Bordeaux, le 5 mars 2024
P/EXPEDITION CONFORME,
Madame Tiphaine ARDOUIN1 1
avis citoyen
CONVENTION
CITOYENNE
SUR L’URGENCE
CLIMATIQUE
VILLE DE BORDEAUX2
Cet avis citoyen est le travail des membres de la convention citoyenne
sur l'urgence climatique de la Ville de Bordeaux.3
La convention citoyenne sur l'urgence climatique a été organisée par la Ville de Bordeaux dans le cadre du Grand dialogue citoyen « Urgence climatique : tous acteurs. »4
Une convention citoyenne telle que proposée par la Ville de Bordeaux n’est pas la première en France mais ce type de démarche se compte à ce jour quasiment sur les doigts de la main ; elle est de plus spécifique sur plusieurs points plusieurs points qu'il faut mettre en lumière avant d'aller plus loin dans la lecture de l'avis.
Le premier est que la convention s’inscrit dans une démarche démocratique plus large, celle du Grand dialogue citoyen sur l'urgence climatique de la Ville de Bordeaux. Elle en constitue une pièce essentielle mais qui n’enferme pas le dialogue uniquement en son sein. Il y a un avant, l’effervescence, avec des modalités ouvertes et il y a un après, l’atterrissage, avec des interfaces là encore ouvertes. La convention n’est pas un exercice isolé.
Le deuxième point est celui de la construction de la question. D’évidence, dans une démarche de convention, la question porte en elle-même beaucoup des réponses qui vont être produites, ou, pour le moins du type de réponses. Ainsi, une question technique appelle une réponse technique, question sociale-réponse sociale ou encore question politique-réponse politique. L’originalité de la démarche bordelaise du point de vue de la définition de la question, du mandat donné, est d’avoir tenté de la produire à partir des éléments issus de l’effervescence afin qu’elle ne soit pas simplement une question des élu.es mais également une question issue de la parole des Bordelaises et Bordelais et du territoire. Il s’agit, bien évidemment, de considérer que répondre à une question la plus largement partagée produira des réponses plus efficaces au regard d’attentes également plus larges.
Le troisième point, qui recoupe en partie le précédent, est celui du cœur de la question posée à travers le mandat. Jusqu'alors, les conventions sur ce sujet climatique étaient centrées sur l’enjeu des solutions à imaginer, sur le catalogue de ce qu’il faudrait faire. De fait, cet inventaire est fait déjà depuis longtemps et se trouve en général dans les divers plans et programmes des collectivités. Dit autrement, on sait pour grande part ce qu’il faudrait faire mais on bute sur le comment faire. Et c’est là à la fois l’originalité et la complexité de la convention bordelaise, laisser pour partie de côté la question des solutions et tenter de répondre à celle de leurs conditions de mise en œuvre, individuelles et collectives.
Enfin, le dernier point qu’il convient de noter est celui du pour qui : à qui la convention s’adresse-t-elle ? Il y a derrière cette question un parti pris qui a été renforcé dans le cadre des travaux initiaux du Grand dialogue et qui nous dit qu’agir sur l’urgence climatique demande l’action de toutes et tous, habitant.es, organisations, élu.es bordelais.es et au-delà. La condition de réussite passe par l’embarquement et la c oopération au regard de l'ampleur de la tâche. La convention à ce titre doit s’adresser d’une part aux élu.es bordelais.es, en premier lieu à son maire qui a donné mandat, et d’autre part aux habitant.es, usager.es du territoire qui ont à la fois une partie des solutions et des moyens en main.
NOTE à L’ATTENTION
DES LECTRICES ET DES LECTEURS5
Les éléments qui précèdent montrent bien l’ampleur de la tâche à mener pour nos 100 membres de la convention à qui on demande somme toute de répondre dans un temps record à la question la plus complexe quand on pense urgence climatique, celle des conditions de l’action. On aurait pu s’attendre à de la sidération, de la tétanie mais à la place, nous avons eu un élan et une fougue peu commune. De fait, en quelques heures, notre tribu a pris le sujet à bras le corps en le traitant de trois façons différentes. Agir sur l’urgence climatique suppose pour eux de conduire trois chantiers en parallèle :
« MA VIE DÉCARBONÉE », sur les conditions individuelles et collectives du changement, pour décarboner nos vies sous contrainte climatique, notamment pour lever les freins citoyens à l’application du plan climat métropolitain. La manière dont ce groupe a travaillé est décrite dans l’annexe 3 de ce document.
« OSONS ! », sur les conditions systémiques à poser pour s’écarter de la trajectoire actuelle qui nous conduit à un futur peu désirable, pour travailler les chemins de traverses, les scénarios alternatifs, pour répondre au défi auquel nous faisons face.
« UN RÉCIT DÉSIRABLE POUR DEMAIN », sur l’histoire à inventer et à raconter pour embarquer largement les Bordelaises et Bordelais sur ce nouveau chemin et pour fédérer autour des enjeux climatiques.
Les trois groupes ont cheminé sur leur sujet pendant une grande partie de la convention en gardant une oreille attentive aux avancées des autres groupes. Au final, des communs se dégagent comme celui de la gouvernance, de l’inclusion, de la sensibilisation ou encore du droit à l'expérimentation. La suite de ce document donne donc à voir cette complexité, cette imbrication et la richesse de la complémentarité des trois approches pour répondre à comment mieux agir ensemble. Il n’est pas interdit d’y porter un regard bienveillant au regard de la tâche confiée...
Les animateur.rices de la convention citoyenne sur l’urgence climatique de la Ville de Bordeaux Médiation & Environnement - Vox Operatio - Décalez ! - D’Asques et D’Ailleurs6
Note à l’attention des lectrices et des lecteurs 4
1. Nos remerciements 8
2. La convention citoyenne bordelaise 11
. Qui sont les membres de la convention ? 11
. Sur quoi a travaillé la convention ? 13
. Comment a travaillé la convention ? 14
. Sur quel périmètre a travaillé la convention ? 14
3. Le socle de notre réflexion : constats & enjeux 17
. La vie qui nous attend 17
. Face à ce scénario, les enjeux à relever 18
• La transformation de nos comportements individuels et collectifs 18
• La transformation de notre cadre de vie 19 • La transformation de notre citoyenneté 19 • La conciliation entre obligation et volontariat 20
4. Nos recommandations 22
1. Osons un projet politique construit sur des valeurs ! 23
2. Partageons des principes d’action 24
• Osons et transgressons 25 • Visons les co-bénéfices 25 • Coconstruisons la décision 25 • Choisissons la coopération comme modèle d’action 26
• Ralentissons 26 • Revalorisons le lien
• Valorisons les engagements relevant de l'attention 26
à l'autre et à l'environnement 26 • Intégrons les plus fragilisés à la construction et à l’évaluation des projets 27 • Menons des évaluations sincères et transparentes... et ajustons 27
• Bâtissons un récit désirable pour demain 27
sommaire
3. Renforçons, développons, expérimentons des actions concrètes 29
• Reconnaître et renforcer la citoyenneté dans les actions environnementales 30 • Repenser notre relation au temps et au travail 31
• Accentuer l’éducation et la sensibilisation 32 • Sortir de la ville minérale 33 • Adapter nos logements et nos bâtiments 35 • Favoriser des mobilités adaptées à nos différences 37
• Imaginer une publicité positive 39 • Faire des commerces des acteurs de nos quartiers pour la transition 40 • Aller vers un tourisme responsable 41 • Accéder durablement à une alimentation locale et de qualité 41
• Réduire massivement nos déchets 44
5. Notre engagement 46
6. Glossaire 49
7. Annexes 51 . Annexe 1 : Les auditions auxquelles nous avons assisté pendant nos travaux 51
. Annexe 2 : Les grands principes d’action de l’adaptation au dérèglement climatique 53 que nous avons retenus de l’intervention
. Annexe 3 : Notre lecture du plan climat de Bordeaux Métropole et d’autres 54 documents stratégiques de la ville de Bordeaux relatifs à la lutte contre le dérèglement climatique
. Annexe 4 : La grille d’évaluation construite au regard de nos principes d’action 55
. Annexe 5 : Le « calendrier de l’après » que nous avons imaginé pour raconter 56 le récit des transitions
78
nos REMERCIEMENTS
Nous, membres de la convention citoyenne sur l’urgence climatique, tenons à remercier toutes celles et ceux qui ont permis la tenue de cette Convention.
Monsieur le Maire et ses adjointes, qui se sont enquis avec constance de l’avancement de nos travaux autour de la question « A Bordeaux, comment mieux agir collectivement pour nous adapter à l'urgence climatique ? » issue de l’effervescence du Grand dialogue citoyen sur l’urgence climatique.
La Mairie de Bordeaux, qui nous a hébergés dans ses locaux chargés d’histoire, mettant à notre disposition l’espace et toutes les commodités dont nous avions besoin.
Ses personnels attentionnés et toujours prompts à rendre service, vrais ambassadeurs du service public, qu’ils soient ici doublement remerciés !
Les spécialistes et généralistes de la cause climatique qui se sont succédés, enchaînant l’expertise locale et les enjeux globaux, partageant avec nous leur savoir, leurs questionnements, leurs encouragements.
Les garant.es de la concertation, vigies attentives nommées par la Commission nationale du débat public.
Les photographes et vidéastes, prompts à saisir les ambiances avec discrétion, inventivité, professionnalisme.
Les animateur.ices et facilitateur.rices de cette convention, qui n’ont ménagé ni leur peine pour nous pousser vers l’essentiel, ni leur bienveillance grâce à laquelle les dizaines d’heures passées nous ont souvent semblé légères.
C’est grâce à eux toutes et tous que cet avis a pris forme, et c’est collectivement que nous souhaitons leur adresser un dernier clin d’œil : comme nos recommandations sont désormais un peu aussi les vôtres, il va vous falloir, tout comme nous, participer à leur mise en œuvre !
19
Françoise Bordeaux 1er juillet 2040
Je m’appelle Françoise. Je vais passer cette belle mati-
née de juillet avec mon petit-fils Hector, que ses parents
me confient régulièrement. A 10 ans, c’est un enfant
actif, curieux et souriant. J’adore les moments que nous
passons ensemble. Mais ce matin il est fatigué car la
chaleur étouffante de la nuit l’a empêché de dormir, il
râle et se plaint. La chaleur étouffante de la nuit l’a, sans
doute, empêché de dormir.
« Tu sais que ça aurait pu être bien pire ? »
« Comment ça ? » maugrée-t-il.
« Il y a plus de 15 ans, maintenant, nous avons toutes
et tous réalisé que nos vies allaient devenir très compli-
quées. L’été avait été incroyablement chaud. J’habitais
sous les toits ; impossible de rester dans mon appar-
tement à l’époque. Il y a fait plus de 40°, en continu,
pendant plusieurs semaines. Les incendies ravageaient
la forêt landaise, menaçaient les villages. Les gens
quittaient leurs maisons en abandonnant tout derrière
eux. Ils ne savaient pas où aller. On a reçu, à Bordeaux,
les premiers réfugiés climatiques. On commençait à
se demander comment on allait nourrir et loger tout
le monde. Et puis, il y a eu des orages terribles et, dès
l’automne suivant, des pluies torrentielles. Avec les sé-
cheresses, les sols craquelés n’absorbaient pas l’eau et
les inondations ont fait des dégâts considérables... et de
nouveaux réfugiés. En plus, après le Covid, on craignait
une nouvelle épidémie. Si encore on avait pu s’entendre
pour permettre à tout le monde de s’organiser, mais les
inégalités entre les riches et les pauvres étaient de plus
en plus visibles et la tension montait de jour en jour. Cer-
tains commençaient même à parler de risque de guerre
civile. Franchement, personne n’envisageait l’avenir
avec optimisme. On savait bien que ce serait de pire en
pire. »
« Mais vous vous êtes trompés, non ? »
« Oui et non. Je ne sais où nous en serions si on n’avait
pas réagi. A l’époque, les mobilisations et initiatives ci-
toyennes ont émergées et se sont multipliées, à l’image
des 100 de Bordeaux pour le climat dont j’ai fait partie.
« Les quoi ? »
« Les 100 citoyen.nes de la convention citoyenne pour
le climat. C’était en 2023. On a passé des week-ends
à réfléchir ensemble sur ce qu’on pouvait faire pour
changer cet avenir, qui, tu l’imagines bien, nous inquié-
tait. On a fait des propositions et on s’est mobilisés pour
modifier notre façon de consommer, de prendre des dé-
cisions, de vivre ensemble. Ça a fait tâche d’huile. Dans
les mois qui ont suivi, on a découvert que nous n’étions
pas seuls : de plus en plus de gens nous rejoignaient. Et
ailleurs en France, des groupes de citoyen.nes pour le
climat se sont formés. Une vraie transformation est née
à ce moment-là.
« Ah, ça... j’ai l’impression d’être en cours ! »
« C’est normal qu’on vous en parle à l’école. Parce que
c’est un moment historique. Sur le climat, tous les partis
politiques ont été obligés de tomber d’accord et de se
mettre au travail. Il n’y aurait pas eu de Grand Plan Cli-
mat National sans cette mobilisation. Et l’Europe qui s’en
empare, et les COP où on prend, enfin, des décisions ! Tout
ça a commencé là, en 2023. J’en suis tellement fière... et
soulagée, aussi. On est passé pas très loin du pire. »
« Mais oui mamie, je sais. Je ne voulais pas te mettre en
colère. Viens, on va lire sous les arbres. »10
Je lui souris et nous sortons. Nous marchons dans les
rues plantées de grands arbres qui offrent une ombre
fraiche. Les véhicules, très rares aujourd’hui, sont tous
électriques et laissent la priorité aux vélos bien plus
nombreux. Comme j’aime ce calme ! Je respire à pleins
poumons un air enfin redevenu respirable. Au marché,
nous achetons une barquette de framboises produites
juste à côté, sur l’une des nombreuses fermes urbaines�
de la ville. Nous bavardons un moment avec les
producteurs et les voisins : le prochain atelier de maraî-
chage du quartier nous réunira dans quelques jours.
Nous passons devant l’école d’Hector, un bâtiment
clair qui réfléchit la chaleur et entouré d’un grand jardin
planté d’arbres fruitiers. On y apprend toujours les
maths et le français, mais les enfants s’initient aussi au
bricolage, à la couture ou à la cuisine. Mon petit-fils sait
repriser ses chaussettes et redresser une roue de vélo !
gare à moi si je veux jeter un objet. Il ne transige pas sur
la règle réparer / réutiliser / recycler. La récupération� est
aujourd’hui un art de vivre. Au parc, nous nous installons
sous un chêne vert, à deux pas des brumisateurs. Hec-
tor ne met pas plus d’une minute pour poser son livre et
rejoindre en criant ses amis qui jouent dans une cabane.
Non, Hector, nous ne nous sommes pas trompés. Nous
avons changé et c’est ce qui nous permet, aujourd’hui,
de passer cette douce matinée ensemble. Nous avons
renoncé à tant de choses qui nous semblaient es-
sentielles et qui finalement ne nous satisfaisaient pas
vraiment. Un steak est tellement meilleur quand on n’en
mange pas tous les jours� ! Même notre imaginaire a
changé : pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour
se dépayser et s’ouvrir aux autres. Depuis que les avions
ne volent plus, nous redécouvrons les gens et les pay-
sages autour de nous, et les livres, les films et la peinture
continuent à nous faire rêver.
Non, Hector, nous ne nous sommes pas trompés.
�. A Paris, Topager est spécialisé dans la création de potagers
urbains en utilisant des espaces inutilisés, comme les toits des
immeubles. Ils travaillent également sur des projets d'agrofo-
resterie urbaine.
�. Le concept du Repair Café a été lancé aux Pays-Bas en
2009. Il a fait des émules dans le monde entier.
�. La Ville de Paris a introduit des repas végétariens, au moins
1 fois par semaine, dans ses écoles primaires à partir de 2019.
Le lien humain devient
un levier d’action pour ré-
soudre des problèmes
du quotidien.
’’11
LA CONVENTION
CITOYENNE BORDELAISE 2
Qui sont les membres de la convention ?
Dans la continuité de la première étape d’effervescence
du Grand dialogue citoyen, 100 Bordelaises et Bordelais
ont été sollicités pour la plupart par tirage au sort, et ont
accepté de consacrer entre octobre et janvier, 4 week-
ends pour se pencher sur l’avenir de la ville et de ses
habitant.es ; pour s’informer, réfléchir et partager sur les
enjeux locaux du changement climatique et les moyens
de faire face aux dérèglements qui s’annoncent. Ces 4
sessions de travail représentent près de 4800 heures
de bénévolat, auxquelles il faut ajouter la participation
volontaire de certains membres à une 5ème session de
travail pour la finalisation de leur avis, des ateliers entre
les sessions et évidemment un travail personnel.
Deux modalités de recrutement ont été retenues : un
tirage au sort sur liste téléphonique avec 3400 courriers
envoyés signés du maire de Bordeaux, et un
appel à volontariat sur le site du Grand dialogue avec
une communication ciblée auprès de publics éloignés
des démarches institutionnelles (jeunes, précaires).
Nous avons reçu 320 réponses à la suite du tirage au
sort, et 78 personnes se sont portées volontaires. L’étude
des réponses et la vérification de la domiciliation et des
disponibilités a permis de constituer un vivier global de
297 candidatures.
Outre leur engagement volontaire dans cette démarche
singulière, bénévole et non rémunérée, les 100 membres
de la convention finalement retenus sont le reflet de la
diversité bordelaise.
Tout comme les Bordelaises, les femmes y sont légère-
ment plus nombreuses (53% de femmes).
Du benjamin de 17 ans à l'aîné, qui affiche allègrement
ses 81 ans, toutes les classes d’âge sont présentes, et à
l’image de la jeunesse de la ville, plus de 50% ont moins
de 40 ans.
Leur adresse se répartit de manière homogène ...
... dans tous
les quartiers
représentés de la sorte
13 habitants
Centre
ville
7 habitants
Nansouty
Saint-Genès
13 habitants
Saint Augustin
Tauzin
Alphonse Dupeux
11 habitants
La Bastide
13 habitants
Chartrons
Grand Parc
Jardin Pu-
blic
7 habitants
Bordeaux
Maritime
18 habitants
Bordeaux
Sud
18 habitants
CaudéranLes membres de la convention sont issus de tous les
milieux, de toutes professions (technicien.ne, ouvrier.e,
ingénieur.e, standardiste, aide-soignant.e, chercheur.
euse, libraire, aide maternelle, forestier.e, informaticien.
ne, enseignant.e, kinésithérapeute, aide à la personne,
expert.e-comptable, fonctionnaires, gardien.ne d’im-
meuble, avocat.e...) et de tous les statuts (salarié.es,
indépendant.es, chef.fes d’entreprises, sans emploi,
retraité.es...).
Les membres de la convention habitent un appartement
du centre ancien ou d’un grand ensemble, une maison
individuelle et même pour l’une, une résidence senior.
Et comme de nombreux Bordelaises et Bordelais,
certain.es sont nés ailleurs : en Pologne, en Chine, en
Roumanie, au Chili, en Guinée...
Une diversité de profils donc, et un véritable enthou-
siasme partagé, dans la curiosité, la réflexion et
l’engagement.
Si la santé, le travail ou finalement un manque d’intérêt
en ont éloigné quelques-un.es, 92 sont encore engagés
dans le sprint final de la convention citoyenne.
12
47%
35 19 19 4
53%
23
23 35 19 19 4
- 30 ans 30 à 44 ans 45 à 59 ans + 75 ans 60 à 74 ans
Un panel paritaire
proche des données INSEE de la population bordelaise
Des classes d’âge équilibrées proches des données INSEE de la population bordelaise13
Les membres de la convention sont-ils
représentatifs ?
L’enjeu de la diversité au sein d’une convention
citoyenne est majeur, mais nous parlons bien de
diversité, et non de représentativité. Personne, dans la
convention, n’a été recruté pour représenter une
structure ou une catégorie de population.
Ceci étant dit, la question de la diversité mérite quelques
éclairages. En phase de recrutement, nous essayons de
toucher tout le monde, avec une attention particulière
aux plus éloigné.es pour éviter le phénomène TLM
« toujours les mêmes » bien connu dans le monde de la
participation. Néanmoins, la démarche est complexe et
l’ampleur de la tâche conséquente. D’une part, l’urgence
climatique, comme la plupart des sujets de société,
même si elle concerne tout le monde, intéresse de
manière inégale. D’autre part, dans notre société
actuelle, certaines personnes n’ont pas les moyens
matériels de consacrer du temps à un exercice
démocratique comme une convention citoyenne ou
encore ne se sentent pas légitimes à y participer.
Ainsi, les membres de la convention, qu’ils soient
jeunes, retraités, en situation de handicap, valides,
employés, patrons, agents publics, au chômage, en
couple, célibataire, avec ou sans enfant, aidant, ont un
point commun qui peut aisément porter la critique :
chacun et chacune se sent concerné par les questions
climatiques. Plus encore, la plupart se sent légitime à
travailler dessus. Ces biais sont dans les consciences
de toutes et tous depuis la première session, constituant
un point d’attention et de vigilance tout au long des
travaux. Il s’est traduit par la volonté d’embarquer tout le
monde, au-delà des membres de la convention, au-delà
des convaincu.es, au-delà des privilégié.es.
Alors oui, certains publics sont absents dans les rangs
de la convention, mais ils ne sont pas absents des
imaginaires qui ont animés les discussions pendant
quatre week-ends, ni des recommandations où la
justice sociale tient une place importante.
Enfin, le Grand dialogue ne s’arrête pas là, et le temps
d’atterrissage qui suit le rendu de l’avis doit justement
permettre de déborder, d’aller chercher celles et ceux
que l’on n’a pas encore vus et entendus, pour les
embarquer dans notre dynamique et continuer d’écrire
l’histoire ensemble.
Sur quoi a travaillé la convention ?
La phase d’effervescence nous a permis de tirer des
enseignements précieux sur la situation de Bordeaux
et de ses habitant.es face au changement climatique.
Premièrement, elle nous a renseigné sur l’importance
du sujet climatique pour les Bordelaises et Bordelais. Le
phénomène de dérèglement en lui-même est en train de
s’inscrire profondément dans le corps social. L’idée que
tout le monde est concerné dans son quotidien et dans
un délai court pousse à agir ou, pour le moins, à y
réfléchir, sérieusement. Deuxièmement, il est apparu
que les actions municipales engagées en matière
d’environnement sont parfois méconnues du grand
public.
Les conditions du changement ne sont plus très
lointaines. Les empêchements, réels ou supposés,
restent bien évidemment nombreux. L’ampleur du
mouvement à opérer pour ramener nos vies dans une
sorte de compatibilité climatique commence à être bien
perçue, avec plus ou moins de clarté mais avec une
bonne idée de l’effort à réaliser et des changements à
opérer.
Sur ces constats, s’est conclue la phase
d’effervescence. Elle nous a permis de recenser un cer-
tain nombre de sujets pour alimenter la suite du
Grand dialogue et construire le mandat de la conven-
tion citoyenne. Elle nous a également permis de faire
émerger des attentes en termes de production pour la
convention.
Un sujet a été largement et régulièrement débattu tout
au long de l’effervescence, celui du périmètre
d’investigation de la convention. La question était de
savoir si la convention devait ou non se restreindre au
périmètre de compétences de la Ville pour répondre au
mandat confié.
La convention citoyenne a la charge à la fois d’éclairer
les décisions à prendre par les élu.es mais aussi de
tracer les perspectives d’action pour les habitant.es en
tant que communauté agissante. Les unes ne peuvent
aller sans les autres car c’est du mouvement commun
que va dépendre pour grande part la réussite de l’action
climatique. Pour y parvenir, la convention citoyenne s’est
vue confier deux adresses pour ses recommandations :
la Ville de Bordeaux, mais également les habitantes et
habitants.
Pour autant, les questions climatiques débordent
largement des domaines de compétences de la Ville.
Aussi, les travaux de la convention pourront interpeller14
d’autres collectivités compétentes en matière de climat,
ou d’autres élu.es du territoire à même de porter des
transformations législatives.
Une fois les adresses identifiées, le maire de Bordeaux
a choisi de confier à la convention citoyenne le mandat
suivant, formulé sous forme de question :
A Bordeaux,
comment mieux agir collectivement
pour nous adapter à l'urgence climatique ?
Ce mandat est adossé aux quatre sous-questions sui-
vantes tentant une synthèse des interrogations enten-
dues pendant la phase d’effervescence.
Comment allier localement action climatique et
justice sociale ?
Quelle place et implication de chacun dans
cette communauté d'actions ?
Quel récit commun construire pour entraîner
tout le monde dans les transitions ?
Comment concilier obligation et volontariat ?
Comment la convention
a-t-elle travaillé ?
Pour relever le défi qui leur est confié, les membres de
la convention citoyenne se sont réunis lors de quatre
sessions de travail, d’octobre à janvier : un week-end
de présentation et d’information, deux week-ends
d’investigation en présence d’expert.es et d’acteurs du
territoire, et un dernier week-end de délibération, de
synthèse et de rédaction de l’avis citoyen.
Les 13-14 octobre, la convention s’est réunie pour la
première fois pour une session d’information, de
présentation en présence notamment du maire et des
élues porteuses du projet afin de présenter la démarche
et le mandat.
Les deux sessions suivantes, 17-18 novembre et 8-9
décembre, ont été des séances d’investigation du-
rant lesquelles plusieurs expert.es sont intervenus en
fonction des sujets ouverts dans la convention. Les
membres de la convention ont pu poser des questions
pour éclairer les sujets au travail, et pour en identifier de
nouveaux. La session de novembre a reçu 9
intervenant.es venus parler de biodiversité, d’énergie,
d’économie, présenter des modèles alternatifs de ges-
tion d'électricité ou de logement, des récits différents,
etc. En décembre, les membres de la convention sou-
haitaient surtout discuter du territoire bordelais, et plus
largement girondin. Pour cela, une vingtaine
acteur.rices locaux de différents horizons et organismes
ont été invités pour discuter de manière plus informelle
avec la convention.
La dernière session de délibération, les 12-13 janvier,
sans audition, a permis d’avancer sur la rédaction de
l’avis final, de compléter, d’étayer, et de justifier les re-
commandations déjà émises, et de réfléchir aux angles
morts, aux sujets non traités, avant la remise finale au
maire en février.
Pour prendre le temps de la délibération et finaliser la
validation collective, il a été décidé en assemblée de
poursuivre le travail sur une session supplémentaire
avec les personnes volontaires et disponibles, les 26-27
janvier.
Sur quel périmètre la convention
a-t-elle travaillé ?
La question du périmètre est tout sauf anodine. C’est
l’une des premières posées par certains membres de la
convention. « A qui nous adressons-nous ? Au maire,
on a bien compris. Mais pour ce qui ne relève pas des
compétences de la mairie ? Cette convention nous
permet-elle d’adresser des recommandations aux
instances nationales ou supranationales ? Aux
entreprises du CAC 40 ? Aux multinationales dont la
responsabilité climatique outrepasse celle d’une
kyrielle d’états ? Autrement dit, cette convention nous
autorise-t-elle à traiter de sujets sur lesquels les
autorités locales n’ont pas prise ? » En ouverture,
plusieurs intervenant.es leur ont répondu par
l’affirmative : « Lâchez-vous ! » leur ont-ils dit en
substance. Or, « qui trop embrasse mal étreint », nous
rappelle le proverbe. Et en effet, le temps imparti rend
illusoire un traitement global de la question climatique.
Mais comment faire des choix ? Comment définir le
périmètre de la convention ? Les lignes qui suivent
s’efforcent de le préciser.
Il n’aura échappé à personne que la COP28,
grand-messe onusienne qui rythme depuis trente ans
la mise en œuvre des accords internationaux sur le
climat, vient de se tenir aux Emirats Arabes Unis, l’un
des pays les plus émetteurs au monde de gaz à effet
de serre par habitant.e, gros producteur d’or noir. Que
la présidence de cette COP28 a été confiée au patron
d’une compagnie pétrolière émiratie... Que les négo-
ciateur.rices de cette COP28 ont passé un temps non
négligeable à s’écharper sur le fait de décider s’il fallait
réduire la dépendance mondiale aux énergies fossiles
ou bien, à terme, en sortir. C’est dire l’écart qui sépare les
recommandations scientifiques du GIEC* de celles du
dispositif onusien, qui ne peut avancer qu’à la vitesse de
ses parties, ces pays signataires de la COP aux intérêts
parfois divergents.
Cette incongruité referme derechef le débat sur le
périmètre du Grand dialogue bordelais. Quand bien
même les meilleures -ou les non- décisions du monde
sortent d’une COP, ce sont toujours les territoires, et
celles et ceux qui y vivent, qui font avancer la cause15
climatique. Mais où commence et où s’arrête le
périmètre bordelais de cette dernière ? Peut-être pas
aux limites administratives de la Ville de Bordeaux ;
mais aux frontières, plus floues et incertaines, de l’em-
preinte carbone de ses habitant.es et autres émetteurs
de gaz à effet de serre, et qui fluctuent en fonction des
biens et des services produits sur place ou importés
pour satisfaire les besoins des habitant.es et ceux des
autres acteurs du territoire. Il y a donc du sens à ce que
les membres de la convention s’adressent à la Ville de
Bordeaux ; et pour ce qui outrepasse les limites de com-
pétences de la Ville, que son maire se fasse le relais des
citoyen.nes auprès des autres étages du mille-feuille
administratif local, à commencer par la métropole bor-
delaise et, en ce qui les concerne, les autres échelons
girondins et néo-aquitains.
Ce n’est pas aux citoyen.nes d’opérer cette subtile
distinction de compétences, mais bien à la Ville de Bor-
deaux en tant que poids-lourd administratif, politique et
économique du territoire, pourvoyeur de services mais
également dépendant, pour une part considérable de
ses activités, des apports des territoires et acteurs pé-
riphériques. Autrement dit, la politique climatique de la
Ville de Bordeaux peut et doit se nourrir de coopérations
et de solidarités avec son environnement territorial.
Ecrire à 200 mains...
oui mais comment ?
L’écriture et la validation collective à 100 après 4
week-end de travail sont des défis majeurs pour
les conventions citoyennes. Le tirage au sort, la
montée en compétences et la délibération visent
à produire un avis intégrant la diversité des per-
ceptions et des opinions. Il faut donc trouver un
moyen, au moment de la finalisation du texte
collectif, de conserver cette diversité, que le vote
majoritaire ne permet pas.
Nous avons choisi d’utiliser une autre méthode,
plus adaptée à l’esprit de ce dispositif, pour
favoriser l'inclusion, la coopération et la recherche
d’un accord au sein du groupe. La décision
repose ici sur l’expression, par chaque membre
de la convention, d’un soutien de la proposition,
de l’expression d’une neutralité quand il n’y voit
pas d’objection argumentée ou d’un véto quand la
préconisation ne convient pas. Fonctionner selon
ce principe amène le groupe à poser clairement
son niveau d'adhésion aux propositions, tout en
recherchant la résolution collaborative des
objections. On ne recherche pas un consensus
unanime, mais bien une solution acceptable pour
toutes et tous, qui tient compte des arguments de
chacun.e.
Concrètement, cela a nécessité l’utilisation de
méthodes d’animation adaptées à ce principe
délibératif : des cartons colorés exprimant l’accord
(vert), la neutralité (jaune), ou le véto (rouge) ont
permis une expression visuelle des opinions des
participant.es. Cela a facilité la prise de décision,
sans effacer la nuance dans le portage collectif de
l’avis.
Pour autant, il n’y a pas d’écriture collective sans
véto. Quand un.e membre de la convention lève un
carton rouge, il explique son objection. Le groupe
échange, précise et propose des solutions
alternatives qui sont à nouveau mises au vote dans
un processus d’écriture itérative et collective.
Evidemment, certains désaccords de fond
persistent. Dans ce cas, comme dans les COP*,
des délégué.es dont les avis divergent sont invités
à sortir négocier une nouvelle version de la
proposition, puis à la soumettre au groupe. Peu de
dissensus résistent à ce processus d’expression,
négociation, ajustement et réécriture.
Les animateur.rices de la convention citoyenne sur
l’urgence climatique de la Ville de Bordeaux16
Benjamin Bordeaux 1er juillet 2040
Ciel, il est déjà midi ! J’ai encore raté mon réveil et je
crois bien que j’ai perdu toute ma journée de travail.
Comme la plupart de mes voisins, j’ai pris l’habitude, de
mai à octobre, de commencer à 6h du matin, à la fraîche,
pour terminer à midi �. Impossible, l’après-midi de
rester actif avec une telle chaleur. C’est l’un des effets
du changement climatique : il a fallu transformer notre
rythme de travail.
Heureusement que les enfants sont en vacances depuis
un mois ! Nous aurons le temps d’aller faire nos courses
à la ferme coopérative de quartier � et de consacrer une
ou deux heures à la préparation de paniers fermiers.
J’adore cet endroit : j’y rencontre mes voisins Noémie,
Fernand et Françoise, notamment, avec lesquels j’orga-
nise régulièrement des ateliers et des fêtes de quartier.
La ferme coopérative a ouvert en 2027, mais son idée a
germé dès 2024 dans la tête des 100 de Bordeaux pour
le climat. L’une des propositions concernaient la réduc-
tion du temps de travail avec mise en place d’un revenu
universel. Dans ce cadre, chaque citoyen.ne bordelais.e
pouvait donner deux heures de son temps par semaine
pour des actions environnementales et solidaires.
C’est la 12ème ferme urbaine de Bordeaux centre, et la
50ème de la Métropole !
J’en profite pour acheter une bonne bouteille de notre
cuvée de quartier et j’entraîne les enfants dans une pe-
tite balade pour rejoindre des copains au parc. Qu’est-
ce que ça fait du bien de traverser Bordeaux sous les
ombrières! C’est vrai qu’entre les îlots de fraîcheur et les
rues végétalisées �, juillet est redevenu agréable et res-
pirable. Ajoutons à cela l’absence de voitures dans toute
la ville, des boulevards jusqu’aux quais, on peut enfin
entendre les oiseaux... ou les rires des enfants !
Avec les copains, on a du pain sur la planche : nous
avons prévu de préparer la réunion du conseil de quar-
tier qui doit se tenir demain soir. Nous devons décider
de l’implantation de la nouvelle maison de quartier. Nous
voulons qu’elle accueille toutes les générations ; une
crèche et une salle rafraîchie proposant des activités
aux personnes âgées serait une bonne idée. Nous se-
rons certainement très nombreux à cette réunion car de-
puis deux mandatures, ce sont les habitant.es qui gèrent
et qui décident de la vie de leur quartier. Les élus sont
à nos côtés bien sûr, mais ils comprennent aujourd’hui
leur rôle comme celui d’animateurs, de co-financeurs et
de médiateurs de la vie citoyenne. Quelle évolution !
Après la réunion, nous fêterons la Saint-Thierry « la
fête où on est aux champs jour et nuit » selon un vieux
dicton de l’ancien temps, du temps où les saisons
n’étaient pas encore dérèglées. Malgré le changement
climatique, on a gardé ce temps fort. Plus encore, on lui
a redonné toute son importance. Histoire de se souvenir
et de marquer le retour à la terre, le vivre ensemble, le
vivre bien. Parce que oui, mon quartier est multiculturel,
et inclusif !
Demain, les enfants passeront la journée à la ferme ;
c’est à leur tour de retourner le composteur, mais ils pré-
voient, surtout, de continuer à construire leur mur d’es-
calade avec le vieux Bébert, l’homme aux mains d’or,
comme il aime à se qualifier. Bébert a longtemps vécu
dans la rue, et puis, en 2027, il a pu bénéficier de l’expé-
rimentation de revenu universel, initiée puis pérennisée
par Bordeaux. C’est lui, aujourd’hui, qui anime la ferme
coopérative et sa passion est communicative !
�.En mai 2023, le gouvernement de la région de Madrid a ajusté les horaires des écoles et des services publics en fonction des pics de chaleur
�. Melbourne a développé des fermes urbaines coopératives qui mettent l'accent sur la production alimentaire locale, la durabilité et l'éducation.
�. Berlin a mis en œuvre divers projets de végétalisation, y compris la création de jardins communautaires et l'installation de fa- çades végétales sur certains bâtiments.17
lE SOCLE
DE NOTRE REFLEXION Constats & enjeux 3
La vie qui nous attend
Cette partie a été rédigée à partir des interventions
entendues lors des sessions 2 et 3 de la convention. La
liste complète des expert.es interrogés est à retrouver
dans l’annexe 1 et certains supports de présentation sont
disponibles sur la plateforme du Grand dialogue.
Du constat
(et du monde dont nous ne voulons pas)
Le dérèglement climatique est en cours et devrait s’ac-
centuer. La hausse de la température, indicateur robuste,
est d’environ 1,5°C depuis un demi-siècle et déjà, notre
territoire connaît des évènements climatiques extrêmes.
Nous avons toutes et tous en tête les dernières canicules,
les pinèdes en feu, des inondations et de fortes tempêtes.
Pris isolément chacun de ces évènements n’est pas, à
proprement parler, exceptionnel. C’est leur simultanéité
et leur intensité qui le sont, confirmant les prévisions des
climatologues pour les prochaines décennies.
Le scénario tendanciel
En dépit des engagements pris par tous les pays signa-
taires de la convention climat et réitérés chaque année, à
l’occasion des COP*, l’infléchissement des émissions de
gaz à effet de serre attendu par l’ensemble des politiques
climatiques actuelles est insuffisant et nous place direc-
tement sur une trajectoire d’environ 3°C à l’horizon 2100,
soit +4°C sur la France en moyenne.
Ce seuil de +4°C a été retenu par la France pour définir sa
stratégie d’adaptation. Il ne correspond pas à un scénario
pessimiste mais tendanciel. Mais à quoi ressemblerait
notre région avec une élévation moyenne, sur toute l’an-
née, de 4°C ? Des gelées hivernales moins fréquentes en
hiver, ce qui à prime abord peut sembler positif, car moins
de froid égale une réduction des besoins en chauffage.
Les étés seraient en revanche beaucoup plus compliqués
à supporter, débutant bien plus tôt qu’aujourd’hui pour
s’achever à l’automne, avec des canicules à répétitions
et des pointes de températures qui pourrait atteindre
50°C. Du jamais vu en France métropolitaine. Bref, un été
de type 2022 avec ses 4 canicules de juin à octobre et
ses pointes à plus de 40°C à Bordeaux serait considéré
dans quelques décennies comme un été froid. La ques-
tion n’est donc plus de savoir si on risque de subir de tels
évènements mais quand.
Un climat déréglé ne se limite pas qu’aux températures
extravagantes. Il y a tout lieu de craindre des précipi-
tations encore plus irrégulières que celles que nous
connaissons depuis plusieurs années, avec des déficits
aux périodes cruciales pour la végétation (au printemps
notamment), et des déluges massifs et très concentrés
au fur et à mesure que les échanges atmosphériques
perturberont les courants d’altitude. Des tempêtes, aussi,
amenant sur les côtes aquitaines et donc dans la Gironde
des surcotes synonymes de risques accrus de submer-
sion des terres basses et d’inondations par débordement
du fleuve.
En fin de compte, lorsque l’on passe en revue l’intégralité
des impacts prévisibles du dérèglement climatique, on
prend conscience que le contexte va radicalement chan-
ger. Quels effets sur l’agriculture et la vigne, par exemple,
de 4°C supplémentaires, avec parfois des gels précoces
et dévastateurs sur des végétaux qui avaient cru le
printemps installé ? Quid des ravageurs des cultures et
autres moustiques tigres, déjà vecteurs dans le pourtour
méditerranéen français de foyers endémiques de mala-
dies originellement tropicales (la dengue, le chikungunya,
la fièvre du Nil, la borréliose de Lyme, etc.) ? Quelles
seront les conséquences sociales de tout cela, entre réor-
ganisation des journées de travail, l’été, comme le pra-
tiquent habituellement les Andalous.es ou les Maghrébin.
es, et surexposition des occupant.es de logements mal
isolés ou exposés aux crues de la Garonne ? Comment la
biodiversité et son cortège atlantique pourront-ils s’adap-
ter, à grande vitesse, face à un phénomène climatique
beaucoup plus rapide et intense que tout ce qu’a connu
la région depuis des milliers d’années ? Vers quelles pra-
tiques agricoles se diriger, quand cette instabilité préca-
risera des exploitant.es souvent malmenés ? Comment
résisteront les peuplements forestiers, les arbres d’ali-
gnement, les arbres remarquables du territoire bordelais
confrontés à des écarts de température et d’hygrométrie
totalement hors des clous de leurs phénologies plurisé-
culaires.
Chaque dixième de réchauffement additionnel a son
importance, rendant l’adaptation plus complexe et nous18
rapprochant de ses limites. Chaque dixième de réchauf-
fement supplémentaire nous rapproche d’événements
dit de faible probabilité mais à fort impact.
Ce scénario tendanciel, nous n’en voulons pas, même si
nous avons bien conscience que le dérèglement clima-
tique ne va pas se stopper, telle une pensée magique
et parce que 100 Bordelaises et Bordelais l’auraient
décidé.
L’adaptation n’est donc pas une option mais l’adapta-
tion seule ne suffit pas pour limiter l’augmentation des
risques climatiques. Les solutions d’adaptation existent,
leur efficacité et leur faisabilité sont prouvées et leur ap-
plication nécessite d’être renforcée (ville climato-com-
patible, agroécologie, gestion prudente de la forêt et, de
la ressource en eau, etc.)
Mais attention à la mise en œuvre de mesures qui pour-
raient aggraver les effets et vulnérabilités à long terme,
ou se révéler contraires à l’impératif de réduction des
émissions de gaz à effet de serre. Quelques-uns des
principes généraux sont décrits en annexe 2.
Face à ce scénario,
les enjeux à relever
Au regard de ces constats et du scenario tendanciel
dramatique tel qu’il se dessine, nous avons identifié des
enjeux forts pour Bordeaux et ses habitant.es, au cœur
desquels nous retrouvons en filigrane la sobriété, le
dialogue et le faire ensemble.
La transformation de nos
comportements individuels et collectifs
Nos choix individuels et collectifs, mais aussi les ac-
tions de la collectivité doivent évoluer pour permettre
de limiter nos émissions de gaz à effet de serre et de
nous adapter à des conditions climatiques différentes.
Répondre à cet enjeu prioritaire implique de tout mettre
en œuvre pour changer nos comportements. Cela
concerne les sujets suivants :
NOTRE CONSOMMATION : changer notre rapport
à la consommation ou plutôt à la surconsommation. Il
s’agit de transformer nos référentiels de bonheur, de dé-
placer le curseur d’une existence réussie vers une qua-
lité du temps et des relations plutôt que vers une accu-
mulation de biens. Poser un objectif de sobriété dans la
consommation implique de répondre, avant toute chose,
à un enjeu de justice sociale. Car aujourd’hui nombre de
citoyen.nes vivent une frugalité qui, si elle est subie, n’en
reste pas moins vertueuse.
Pourquoi ? Un changement de nos référentiels du
bonheur est le socle sur lequel toutes nos habitudes de
consommation (déplacements, alimentation, énergies...)
pourront évoluer.
NOTRE MOBILITÉ : mettre tout en place pour réduire
la part de la voiture dans la ville et dans nos déplace-
ments en donnant la priorité aux mobilités douces. Mais
aussi changer notre relation à la vitesse et à la mobilité
de confort.
Pourquoi ? Les déplacements représentent le tiers de
nos émissions de gaz à effet de serre et constituent un
levier d’action puissant pour agir. Il s’agit, de plus, d’un
secteur qui a un fort impact sur notre qualité de vie.
NOTRE HABITAT : accélérer les travaux d’isolation
thermique des bâtiments publics et privés en simplifiant
les démarches et en les rendant accessibles à toutes les
bourses.
Pourquoi ? L’isolation thermique des bâtiments est
un enjeu majeur en termes d’émissions de gaz à effet
de serre et de préservation de la ressource. Mais c’est
aussi un enjeu de qualité de vie qui deviendra de plus
en plus prégnant avec l’augmentation des épisodes
caniculaires. Actuellement, le secteur du bâtiment re-
présente 22% de nos émissions nationales si l’on prend
en compte la construction, l’utilisation -chauffage et
climatisation principalement- et la déconstruction.
NOTRE CONSOMMATION D’ÉNERGIE : transformer
notre culture de l’énergie illimitée en sobriété attentive.
Pourquoi ? Les marges d’actions de la collectivité et
des acteurs du territoire sont importantes en matière
de limitation des consommations énergétiques non
essentielles (interdiction des terrasses chauffées et/ou
climatisées, limitation des enseignes lumineuses...)
NOTRE ALIMENTATION : modifier nos habitudes
alimentaires pour diminuer significativement les pro-
duits issus de l’exploitation animale, consommer plus de
produits locaux et bio, chez soi mais aussi en restaura-
tion collective.
Pourquoi ? L’alimentation représente plus de 20% de
notre empreinte carbone. Répondre à cet enjeu peut
avoir un impact positif fort sur nos émissions, sur notre
santé, sur l’eau et la biodiversité sur nos territoires. Notre
capacité à agir localement, Ville et citoyen.nes, est im-
portante en la matière.
NOTRE CONSOMMATION DE NUMÉRIQUE : s’in-
terroger sur la place et les usages du numérique dans
nos sociétés. 19
Pourquoi ? La consommation d’énergie liée au nu-
mérique est en constante augmentation. Ce secteur
représente déjà plus de 2% des émissions de gaz à effet
de serre au niveau mondial et pourrait doubler dans les
10 ans.
NOTRE PRODUCTION DE DÉCHETS : instaurer
une culture de l’économie circulaire, du réemploi et du
recyclage qui nous permette de considérer les biens et
produits en fin de vie comme des ressources et non plus
comme des déchets.
Pourquoi ? La réduction des déchets à la source, le
réemploi et le recyclage contribuent à une culture de la
sobriété de consommation.
La transformation de notre cadre de vie
Pour permettre les changements de comportements,
le territoire doit s’engager pour transformer notre cadre
de vie. C’est une condition essentielle pour rendre les
transformations individuelles et collectives simples et
évidentes. Cela concerne les sujets suivants :
NOS INFRASTRUCTURES ET SERVICES
DE MOBILITÉ. Bâtir la ville des courtes distances en
développant les services de proximité, en facilitant les
mobilités douces et actives, en massifiant les transports
en commun pour couvrir des distances plus longues.
Pourquoi ? Les modifications des habitudes de mobi-
lités de chacun.e d’entre nous ne pourront se faire qu’à
condition qu’elles soient facilitées par des infrastruc-
tures et services adaptés à la vie des habitant.es.
NOTRE URBANISME. Construire une ville plus verte,
plus végétalisée pour bénéficier de plus de fraicheur
dans les espaces publics et dans les habitations.
Pourquoi ? Bordeaux est une ville minérale (et très
protégée au titre du patrimoine) qui devra cependant
intégrer une dimension végétale pour que la vie quoti-
dienne soit supportable malgré les canicules à venir.
NOTRE PRODUCTION D’ÉNERGIE RENOUVE-
LABLE. Développer la production d’énergie renouve-
lable sur les bâtiments et équipements publics et privés.
Pourquoi ? Les réponses aux enjeux du changement
climatique ne nous semblent pas pouvoir s’appuyer sur
une approche solutionniste, uniquement basées sur des
innovations techniques : la science ne peut, à elle seule,
nous sauver et il faut avant tout changer nos modes de
vie. Cependant, en la matière, il faut combiner actions
sur la consommation et sur la production dans un souci
de cohérence et d’efficacité.
NOTRE GESTION DE LA RESSOURCE EN EAU.
Mettre en place un système de gestion permettant de
préserver la disponibilité et la qualité de l’eau potable,
tout en favorisant un usage sobre de cette ressource.
Pourquoi ? Le changement climatique aura des
conséquences importantes sur le régime des pluies et
le débit des cours d’eau et, donc, sur les risques de sé-
cheresse et d’inondation tout comme sur la disponibilité
en eau potable. Une adaptation du territoire ne peut faire
l’impasse sur des mesures liées à cette ressource indis-
pensable à nos activités et à nos vies quotidiennes.
La transformation de notre citoyenneté
Construire une ville qui favorise les changements
de mode de vie de toutes et tous ne pourra se faire
qu’en faisant évoluer la gouvernance du territoire vers
plus d’implication citoyenne dans les décisions qui
les concernent. Nous affirmons que les réponses au
changement climatique sont un enjeu sociétal majeur,
à l’échelle de la ville. Pour que la santé, le bien-être et
la qualité de vie soient le moteur des actions menées,
il nous faut amplifier significativement la coopération
entre citoyen.nes, acteur.ices et élu.es du territoire. Cela
passe par les sujets suivants :
UNE COMMUNICATION REPENSÉE. Informer, sen-
sibiliser et éduquer adultes, enfants et entreprises sur
les enjeux climatiques et environnementaux, mais aussi
créer le récit d’un avenir collectif désirable, juste, inclusif
et synonyme de qualité de vie. Il s’agira de concevoir
une communication à même d’atteindre tous les publics,
multipliant les messages et les moyens de diffusion.
Pourquoi ? Une information efficace est nécessaire
pour sortir du déni climatique, mais au-delà de l’ac-
ceptation des faits, il faut, par le partage d’un avenir
désirable, pouvoir contrer les discours d’impuissance,
fortement anxiogènes, qui mènent à l’inaction.
L’IMPLICATION DES CITOYEN.NES. Donner plus
de place aux citoyen.nes dans la conception, la mise
en œuvre et l’évaluation des politiques conduites par la
Ville en matière d’adaptation aux changements clima-
tiques. Cela passe par un réenchantement de la chose
publique pour que les Bordelaises et les Bordelais aient
l’envie de s’impliquer.
Pourquoi ? Le partage des décisions est la condition
nécessaire à une acceptation, et plus encore, à une ap-
propriation de mesures et d’actions qui ne manqueront
pas de modifier et perturber la vie de chacune et chacun
d’entre nous.20
La conciliation entre obligation et volontariat
Sous-question adossée au mandat qui nous a été
confié, cette interrogation renvoie à un sujet central :
comment éviter de transformer en épouvantail poli-
tique une série de mesures techniques ou de projets en
construction dont s’empareraient des climato-dénia-
listes* ? Le projet bordelais se réclame fortement de
la participation des acteurs locaux ; il se conçoit autour
d’un consentement des parties prenantes qui, s’il ne
vaut pas consensus, ne saurait s’aliéner trop de monde.
Or, plusieurs d’entre nous, et même quelques expert.es
auditionnés, ont rappelé que la révolte des gilets jaunes,
pour prendre un exemple encore frais, résultait initiale-
ment d’un sentiment de matraquage fiscal sous couvert
de la lutte contre le changement climatique. Peut-être
instrumentalisée au début, cette manifestation de colère
populaire a fini par rassembler autour des ronds-points
des milliers de nos concitoyen.nes qui ont rappelé au
gouvernement qu’il n’est pas bon d’opposer fin du
monde et fin du mois.
Appliqué au contexte bordelais, cette conciliation entre
obligation et volontariat implique de rechercher systé-
matiquement les co-bénéfices les plus larges possibles
auprès du plus grand nombre avant d’imposer une me-
sure qui pourrait sembler coercitive. Se recommander
seulement de l’urgence climatique n’est pas
suffisant pour emporter l’adhésion. L’amélioration du
confort de vie (liée à la rénovation thermique de l’habi-
tat par exemple), les dividendes d’une pratique d’une
activité physique régulière (grâce aux modes actifs de
déplacements), la sécurisation des voies de circulation
(en diminuant la pression automobile), le gain de pouvoir
d’achat (dès lors qu’une alternative intermodale permet
de se passer de voiture) sont autant d’arguments qui
aident à accepter d’agir pour le climat alors que ce n’est
peut-être pas la préoccupation initiale des citoyen.nes.
Le « comment » de la sous-question « Comment
concilier obligation et volontariat ? » est donc peut-être
à trouver dans une réponse en forme d’application un
peu sommaire de la pyramide de Maslow : partir des
besoins des gens, définir un horizon climato-compatible
et, entre ces deux jalons, valoriser les co-bénéfices, pré-
senter les modalités d’application, mettre à disposition
des moyens d’accompagnement.
Peut-être une telle approche permettrait d’induire une
adhésion progressive autour de mesures ou de projets
tout en évitant une stigmatisation au nom d’une pseudo
écologie punitive.
LA TRANSFORMATION DE NOTRE ÉCONOMIE
LOCALE. Développer, avec les acteurs économiques
du territoire, une économie favorable aux transitions,
axées sur les circuits courts, l’économie circulaire et la
sobriété. Cela implique de changer de référentiel de
développement pour le territoire et de substituer des
indices de bien-être à des indices de production comme
le PIB ou le PNB.
Pourquoi ? Le poids de la surconsommation sur nos
émissions de gaz à effet de serre nous invite à repenser
largement un système économique qui, via la publici-
té et de nombreuses incitations, nous détourne de la
sobriété.
L’EXPÉRIMENTATION DE NOUVELLES SOLU-
TIONS. Faire de la ville un territoire d’expérimentations
sociétales, techniques, organisationnelles et humaines
pour la transition en associant citoyen.nes, associations
et monde économique dans un processus d’innovation.
Pourquoi ? Les initiatives et les idées sont nombreuses
et fertiles sur le territoire. Pour s’adapter et lutter contre
le changement climatique nous ne partons pas d’une
feuille blanche : il faut s’appuyer sur les dynamiques
existantes.21
Clémentine Bordeaux 1er juillet 2040
Ce matin-là quand j’ouvre les yeux, le soleil est déjà
aveuglant. Normalement, il fait nuit quand je me réveille.
Zut, panne de réveil ! Il y a encore dû y avoir une cou-
pure d’électricité. Heureusement que Noémie, ma voi-
sine de palier, a toqué à ma porte pour me réveiller. Un
signe de la solidarité entre voisins qui s’est développée
ces dernières années. Avec les températures qui usent
les organismes, les coupures d’eau et d’énergie nous
avons appris à prendre soin les uns des autres.
Je reste, quelques minutes, allongée à écouter le chant
des oiseaux. Avec mes horaires décalés pour éviter les
fortes chaleurs, je suis bien souvent levée avant eux.
Je finis par émerger : il faut y aller. De toute façon ma
chambre est déjà étouffante. La végétalisation de la
façade atténue bien la chaleur, mais à +4°C depuis 3
semaines, c’est loin d’être suffisant. Je mesure ma ration
d’eau quotidienne �, je monte sur le toit de l’immeuble
pour arroser le potager qui s’y trouve abrités par les
panneaux solaires �, ça s’appelle de l’agrivoltaïsme*
citadin, puis j’enfourche mon vélo. Je me souviens qu’il
y a quelques années, je trouvais fatigant de pédaler,
mais à force je suis en bien meilleure forme, je suis fière
de moi et se déplacer à la force du mollet est devenu un
plaisir. Direction le bac pour franchir la Garonne.
Il faudra que je passe au marché de Cenon en rentrant
du travail. C’est un rituel presque quotidien depuis que je
n’ai plus d’horaires fixes : c’est pratique, convivial et les
produits viennent de producteurs locaux et des fermes
urbaines. La ferme urbaine de Cenon, justement, c’est
là où je travaille. C’est l’époque des cueillettes et des ré-
coltes : pommes de terre, tomates, haricots, mais aussi
des tas de courges qui murissent bien plus rapidement
que dans le passé. Mes collègues sont déjà toutes et
tous dans le potager. Je les rejoins en traversant rapide-
ment les jachères où butinent des abeilles, toujours plus
nombreuses en pleine journée.
La récolte est éprouvante, la chaleur difficile à supporter.
La récolte ne s’achèvera qu’en début de soirée. Tout le
monde est heureux et satisfait, l’ambiance autour du «
déjeuner du jardin » que nous partageons est décon-
tractée. Autour de la table, tous les âges, tous les milieux
et tous les métiers sont représentés. C’est un moment
de partage bien mérité, avant de reprendre le travail.
Je serais bien restée encore un peu, mais j’ai promis de
passer mes quelques heures de travail citoyen à co-
locâge, une ancienne maison de maître transformée en
coloc pour anciens, dans laquelle tout le monde trouve
sa place : l’entraide s’appuie sur les voisins, sur les
associations... et sur les personnes âgées elles-mêmes.
Il y a beaucoup d’activités ouvertes à toutes et tous et le
terme intergénérationnel y prend tout son sens. J’adore
aller là-bas, je m’occupe des services aux personnes et
de l’animation.
J’enfourche mon vélo et je file sous les arbres qui
bordent les allées cyclables végétalisées. Dans les rues,
les infos citoyennes ont remplacé les publicités sur les
anciens panneaux, c’est toujours l’occasion de me tenir
informée de ce qui bouge dans la ville. En arrivant, je me
plierai avec délices à la sieste de deux heures imposée
pendant les heures les plus chaudes. Après nous discu-
terons sans doute dans la salle rafraîchie de colocâge.
Peut-être prendrons-nous le temps d’un jeu... Ou d’un
atelier cuisine pour préparer les courgettes qui rem-
plissent mon panier...
Ah non, nous sommes mardi. Jours de lessives éten-
dues dans le jardin !
�.Malgré son manque de res-
sources naturelles en eau,
Singapour a développé des
technologies de recyclage des
eaux usées, des systèmes de
collecte des eaux de pluie et des
campagnes de sensibilisation à la
conservation de l'eau.
�. Bordeaux veut expérimen-
ter une ombrière photovol-
taïque sur la rocade : https://
www.bougerabordeaux.com/
sinformer/bordeaux-veut-expe-
rimenter-une-ombriere-photovol-
taique-sur-la-rocade/NOS RECOMMANDATIONS 4
Viser un monde durable et résilient au changement climatique implique une transformation de notre société induisant des changements profonds de valeurs, de visions du monde, d’idéologies, de structures sociales, de systèmes politiques et économiques, et des relations de pouvoir.
Finalement, le dérèglement climatique n’est pas tant un problème physique ou technique, qu’une question éminemment politique (faire société, respecter les vivants, préserver les communs, etc.)
Nos
recommandations
PARTAGEONS
des principes
d’action
OSONS
un projet politique
construit sur des
valeurs !
RENFORÇONS,
développons, ex-
périmentons des
actions concrètes
1 2 3
2223
1. OSONS UN PROJET POLITIQUE CONSTRUIT SUR DES VALEURS !
Nous proposons de repenser collectivement une société qui n’est plus guidée par la croissance économique et la finance, mais par le respect du vivant et l’environnement.
Ce projet politique doit s’appuyer sur des valeurs qui définissent la nouvelle société dans laquelle nous voulons vivre. C’est un modèle écologique et socialement juste de fonctionnement local, porté conjointement par une collectivité engagée et des citoyen.nes entendus et reconnus dans leur rôle d’acteurs des transitions :
�
�.Les 9 limites planétaires sont : le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, la perturbation des cycles de l’azote et du phosphore, le changement d’usage des sols, le cycle de l’eau douce, l’introduction d’entités nouvelles dans la biosphère, l’acidifica- tion des océans, l’appauvrissement de la couche d’ozone, l’augmentation de la présence d’aérosols dans l’atmosphère.
Les valeurs
La solidarité,
l’inclusivité,
le bien être en-
semble par la recon-
naissance des indi-
vidus,
le soin des autres.
Le respect de la
santé de tous les
vivants humains ou
non humains.
Une démocratie
participative,
active et
transparente
permettant d’inclure
chaque personne dans
les processus de déci-
sions
collectives.
La sobriété
et le respect des
limites planétaires �
ayant nécessairement
des conséquences sur
la croissance
économique de
certains secteurs.24
2. PARTAGEONS DES PRINCIPES D’ACTION
Si ces valeurs constituent le socle du projet politique que nous appelons de nos vœux, elles doivent, pour permettre
une réelle transformation, être étayées par des principes d’action partagés.Osons et transgressons
Osons et
transgressons
page 25
Bâtissons un
récit désirable
pour demai
page 27
Visons les
co-bénéfices
page 25
Coconstruction
la décision
page 25
Choisissons
la coopération
comme
modèle d’action
page 26
Ralentissons
page 26
Revalorisons
le lien
page 26
Intégrons les plus
fragilisés à la
construction et à
l'évaluation des
projets
page 26
Valorisons les
engagements rele-
vant de l’attention
à l’autre et à
l’environnement
page 26
Menons des éva-
luations sincères
et
transparentes...
et ajustons
page 27
Principes
Note des animateur.rices de la convention citoyenne
La formulation des recommandations a fait débat au
sein de la convention citoyenne. Les arguments d’un
côté disaient qu’il est difficile d’embarquer en imposant,
quand de l’autre, il était rappelé que depuis des décen-
nies, de nombreux acteurs de la société notamment les
scientifiques, demandent sans être écoutés à la hauteur
des enjeux environnementaux actuels. Injonction ou
invitation, la question est donc restée en suspens, sans
rien remettre en cause de la nécessité de poursuivre les
échanges et d’agir ensemble.
Oser est une des condi-
tions pour s’écarter de
la trajectoire actuelle.
L’action ne peut se jau-
ger uniquement en
termes de préservation
de popularité.
’’25
Osons et transgressons
Remettons en question le cadre établi pour nous interro-
ger sur les modèles alternatifs, quel que soit le domaine
d’action exploré. Notre capacité d'innovation face au
défi climatique est de toute importance et la Ville doit
être facilitatrice de cette dynamique.
Pourquoi ?
Les auditions des expert.es démontrent que la trajec-
toire collective dans laquelle nous sommes nous éloigne
très fortement des objectifs climatiques à faible impact.
Cette trajectoire est solide, confortée par des faisceaux
d’intérêts économiques, financiers et catégoriels et nos
rapports individuels au changement. Il est établi que
son inflexion en douceur ne produira pas des effets
suffisamment rapides pour être à hauteur de ce que
nous avons compris de l’urgence climatique. Il est donc
nécessaire d’explorer de nouvelles façons de faire pour
débloquer le système.
Comment ?
Au regard de l’enjeu de l’urgence climatique, nous
demandons à la Ville de Bordeaux de faire preuve
d’audace, s’écarter des sentiers battus, y compris en
termes de communication. Oser est une des conditions
pour s’écarter de la trajectoire actuelle. L’action ne peut
se jauger uniquement en termes de préservation de
popularité.
En amont de tous les projets, quelle qu’en soit la nature,
dans les analyses d’opportunité, nous demandons à
la Ville de Bordeaux de mesurer leurs effets potentiels
sur l’urgence climatique, les publiciser avec les grilles
d’analyse utilisées.
L’expérimentation citoyenne est une des clés pour
inventer un futur plus désirable et gagner du temps
pour répondre à l’urgence. La Ville de Bordeaux se doit
d’accueillir et de soutenir ces expérimentations à travers
par exemple des maisons vertes de quartier, des lieux
d’expérimentation, d’échange de savoir ou de capitali-
sation et ce au plus proche des citoyen.nes et de leurs
besoins.
Visons les co-bénéfices
Portons prioritairement des actions ayant des impacts
positifs multiples à la fois sur le plan social, environne-
mental, économique, sociétal et sanitaire.
Pourquoi ?
Plus les bénéfices d’une action sont larges, plus le
soutien social sera fort et les chances de mise en
œuvre élevées. Les actions positives pour le climat
créent toujours des bénéfices associés (par exemple, le
développement des mobilités douces a des effets sur
les émissions de gaz à effet de serre, sur la préservation
des ressources énergétiques, sur la qualité de vie et sur
la santé). Repérer ces co-bénéfices permet la coopéra-
tion avec tous les acteurs concernés et cela renforce la
pertinence démocratique et leur mise en visibilité est un
moteur de l’élargissement des engagements.
Comment ?
Dans l’évaluation des projets, nous demandons à la Ville
de Bordeaux de fonder ses choix sur la base de diffé-
rents scénarios mettant en lumière les co-bénéfices de
chacun.
La valorisation des co-bénéfices climatiques doit être
une démarche systématique, y compris dans sa dimen-
sion économique.
Coconstruisons la décision
La construction de la décision sur le sujet climatique
n’est ni facile ni naturelle et elle nécessite acculturation
et apprentissage. Elle suppose une adaptation des
gouvernances des organisations et probablement de
revisiter les pratiques habituelles. A enjeux et temps
nouveaux, pratiques nouvelles. Ces nouvelles façons de
faire doivent être au cœur des expérimentations borde-
laises pour agir sur l’urgence climatique.
Pourquoi ?
Associer les citoyen.nes à la gouvernance doit per-
mettre à la diversité des points de vue et des proposi-
tions de s’exprimer, de manière à préserver une large
communauté d’action. C’est particulièrement néces-
saire sur les questions climatiques où le consensus
est souvent difficile et fragile, au regard des impacts
potentiels, individuels et catégoriels. Nous n’avons pas
besoin d’être d’accord sur tout pour continuer d’avancer
ensemble.
Comment ?
Nous demandons à la Ville de Bordeaux de se rappro-
cher des organisations ayant déjà engagé un virage vers
les démarches par consentement.
Sur la base du volontariat, nous demandons également
à la Ville de mettre en place des formations ouvertes à
toutes et tous sur ce sujet pour favoriser une appropria-
tion culturelle et de nouvelles pratiques.
Partout et de tout temps, il nous semble essentiel d’ex-
périmenter la co-construction.26
Choisissons la coopération comme
modèle d’action
Le modèle coopératif dans ses dimensions écono-
miques comme sociétales doit être soutenu, diffusé
et valorisé, y compris dans le cadre de la commande pu-
blique. Comme pour la gouvernance par consentement,
il nécessite acculturation et apprentissage.
Pourquoi ?
L’action climatique présuppose l’action commune et le
travail dans l’altérité : personne n’a, seul, la solution, du
moins dans un cadre démocratique. Parce qu’elle per-
met de s'échapper du modèle compétitif qui porte une
responsabilité dans la dérive climatique, la coopération
est climato-compatible... et parce qu’ensemble on va
plus loin !
Comment ?
Nous demandons à la Ville de Bordeaux d’orienter la
commande publique vers l’économie sociale et solidaire,
de favoriser ce modèle économique, notamment en pre-
nant contact auprès des organisations engagées dans
ce domaine et en s’en inspirant.
Nous lui demandons également de mettre en place des
comités de pilotage conjoints avec les autres collectivi-
tés, et en premier lieu, la Métropole, le Département, et
la Région.
En complément, il est essentiel pour nous que le sys-
tème éducatif s’empare de l’enjeu de la coopération
pour préparer l’avenir mais aussi comme source d’ins-
piration pour l’apprentissage des enfants et dans sa
gestion de la communauté éducative.
Ralentissons
Repenser le rapport au temps de nos vies en imaginant
des stratégies urbaines, des aménagements et des
équipements qui offrent des espaces apaisés, permet-
tant la rencontre démocratique, et des agoras favorables
à la recherche de l’intérêt général et du changement.
Pourquoi ?
Notre société est actuellement basée sur la rapidité et
exalte la vitesse comme critère de performance avec
des conséquences sur la mobilité mais aussi sur le
monde du travail et de la production, voire sur les rap-
ports sociaux. On sait que le coût carbone de la vitesse
est élevé... pour une qualité de service toujours discu-
table, et un coût santé important (risques psycho-so-
ciaux). Par ailleurs, l’engagement citoyen, tout particuliè-
rement sur la question climatique, demande du temps,
voire du temps de cerveaux disponible alors que nos
vies trop pleines empêchent les chemins de traverses et
le don à l’intérêt général.
Comment ?
Nous demandons à la Ville de Bordeaux d’être moteur
pour collecter, s’inspirer et mettre à disposition des ac-
teurs économiques et des habitant.es, les expériences
de gestion différentes du temps.
Elle pourra s’inspirer des expériences de la ville du ¼
d’heure* pour redonner de la place au local, à la vie de
quartier.
Revalorisons le lien
Agir sur l’urgence climatique suppose de remettre en
route et d’amplifier l’action collective. Chacun.e peut
faire mais c’est ensemble que le mouvement sera le plus
fort, y compris du point de vue de son acceptation. Or,
notre société est pétrie d’inégalités qui ne cessent de
croître, chez nous comme ailleurs. S’emparer de cette
question des inégalités pour les réduire est une condi-
tion pour embarquer la société dans son ensemble au
risque sinon d’amplifier la fracture entre les individus et
les différentes catégories sociales.
Pourquoi ?
Toute stratégie collective repose sur la question des
interactions entre les individus. La question climatique a
un fort potentiel de déstabilisation du champ social par
l’amplification des injustices sociales qu’elle peut provo-
quer. Nous ne sommes pas égaux devant la contrainte
climatique. Continuer de faire société suppose donc
d’avoir une attention particulière à tout ce qui nous
permet de rentrer en interaction, de garder le lien avec
les autres.
Comment ?
L’éducation populaire, la culture et les outils collectifs
de soins sociaux doivent être promus, notamment dans
leur dimension de proximité. Ils doivent être considérés
comme des investissements permettant de réunir les
conditions nécessaires à l’action climatique.
Valorisons les engagements relevant de
l’attention à l’autre et à l’environnement
Notre système a réduit l’importance des sujets du soin,
de l’éducation, du social, et de l’environnement alors
qu’ils sont des leviers majeurs de la transition. Recon-
naissons la valeur du travail réalisé majoritairement par
des femmes dans la société actuelle.
Pourquoi ?
Les leviers d’actions identifiés dans la phase d’efferves-
cence relèvent de l’attention et du soin à l’autre et de
l’environnement, largement développé dans les27
différents principes d’actions exposés dans cette partie.
Agir sur ces leviers accélère la transition et permet de
lutter contre les inégalités de genre définies par l’écofé-
minisme.
Comment ?
Nous demandons à la Ville de Bordeaux de s’approprier
et d’encourager toutes les initiatives de nature à amé-
liorer les conditions de travail dans les domaines de la
santé, de l’éducation de l’environnement et du social
en s’inspirant des préconisations de l’écoféminisme, y
compris dans son propre périmètre.
Intégrons les plus fragilisés à la
construction et à l’évaluation des
projets
Pourquoi ?
Les plus précaires ont une réelle expérience d’une vie
bas carbone et ont su mettre en place un panel de solu-
tions écoresponsables (seconde main, autopartage, jar-
din partagé, commande groupée, atelier de réparation...
etc.). Ces publics ont également une très forte sensibili-
té aux impacts potentiels des politiques publiques.
Comment ?
Nous demandons à la Ville de Bordeaux de s’appuyer
sur l’expérience des associations, institutions qui sont
en lien avec les plus précaires et des plus précarisé.es,
pour construire et évaluer ses politiques.
Menons des évaluations sincères et
transparentes... et ajustons
Organiser et systématiser l’évaluation de l’impact des
projets et des propositions sur le territoire, selon une
grille de critères répondant aux enjeux et aux valeurs
portées par la lutte contre le changement climatique et
les inégalités sociales.
Pourquoi ?
En matière d’environnement, plus encore que dans
d’autres domaines, il faut se méfier des « fausses
bonnes idées ». Etudier les impacts, a priori, et mesurer
leur réalité, a posteriori, sont donc des incontournables
de politiques climatiques efficaces. Encore faut-il
adopter les bons critères et les généraliser, de manière
à pouvoir mettre en œuvre des comparaisons et établir
des bilans d’actions.
Comment ?
Nous demandons à la Ville de Bordeaux d’élaborer et
mettre en œuvre une grille de lecture de ses projets
(y compris les propositions du présent avis) appuyée
sur des critères mesurant : les impacts sur la santé, la
réduction effective des gaz à effet de serre et polluants,
les impacts sur le bien-être, les risques d’effet rebond,
les impacts sur la biodiversité et l’eau, le nombre de
personnes touchées, les impacts sociaux, le niveau de
rupture par rapport à la situation actuelle (changement
d’habitude), l’impact juridique, la facilité et le délai de
mise en œuvre (peu d’investissement, peu de logistique
technique et économique). Nous avons construit des
critères d’évaluation présentés en annexe 4.
Bâtissons un récit désirable
pour demain
Construire collectivement le récit d’un futur désirable
pour tous les Bordelaises et Bordelais.
Pourquoi ?
Pour que nous portions toutes et tous les changements
nécessaires, il nous faut montrer qu’il existe un avenir
commun souhaitable : raconter une vie adaptée au
changement climatique, sobre, juste, solidaire et HEU-
REUSE ! Il nous faut aussi dire à tout le monde que cela
est possible à condition de mener les transformations
politiques, collectives et individuelles nécessaires.
Comment ?
Nous demandons à la Ville de Bordeaux de permettre
à la convention citoyenne de poursuivre son travail sur
le récit, conception et réalisation, en lui donnant les
moyens financiers et techniques.
Nous demandons à la Ville de Bordeaux de nous per-
mettre de travailler sur la conception et la mise en
œuvre d’un appel à projet pour la création de nouveaux
récits.
Nous demandons à la Ville de Bordeaux de s’emparer
du travail de la convention citoyenne sur le récit, pour
le soutenir, l’enrichir, le démultiplier, le diffuser avec les
citoyen.nes et la société civile du territoire.
Un récit unique ne peut s’adresser à toutes et tous de la
même manière. C’est pourquoi les transformations que
nous décrivons doivent plutôt constituer le socle d’une
multitude de récits, pour s’adapter à tous les publics.
Telle une bâtisse que nous construisons ensemble :
les fondations, la structure et les murs sont communs,
mais chaque fenêtre ouvre sur une réalité différente, une
manière singulière de vivre cet avenir désirable.
Les récits que nous avons conçus, et que vous trou-
verez tout au long du document, ainsi que le scénario
du « calendrier de l’après » en annexe, ne sont qu’un
point de départ déclinable pour transmettre des valeurs,
pour sensibiliser, former, persuader, inspirer ou motiver
en fonction des interlocuteur.rices et des situations.... à
démultiplier sur la base des transformations que nous
préconisons.28
Les messages clés du récit d’un avenir désirable
Le récit doit raconter une nouvelle gouvernance de la ville.
Elle s’organise à l’échelle des quartiers où la proximité permet de développer les relations intergénérationnelles, l’inclusion sociale et culturelle, la solidarité et la convivialité. Cela passe par le développement de lieux et de projets de transformation dans chaque quartier.
Elle s’appuie sur une plus grande implication des citoyen.nes dans la vie de la cité, sur la mise en place de chan- tiers citoyens qui permettront de redonner sens au bien commun. Cela passe par la mise en place de « services citoyens » qui transforment la ville et nos habitudes et dépassent largement le périmètre des actuels services civiques pour impliquer tous les citoyen.nes, quel que soit leur âge et leur condition.
Elle nécessite une réelle transformation de la relation entre élu.es et citoyen.nes pour que chacun.e se sente en mesure de contribuer et de décider des transformations de la cité. Cela passe par une démocratie participative permanente du choix et du faire, qui positionne l’élu.e comme animateur.rice des dynamiques citoyennes sur le territoire.
Le récit doit raconter une nouvelle relation à la consommation, à la production et au travail.
Elle s’appuie sur une exigence de sobriété, voire de frugalité, dans tous les domaines de consommation : alimentation, énergie, déplacements, biens d’équipements... pour limiter les émissions de gaz à effet de serre des habitant.es du territoire. Cela passe par la mise en place de services favorisant la récupération et le réemploi, mais aussi de campagnes de sensibilisation contre la surconsommation.
Cette nouvelle relation à la consommation implique également une nouvelle relation à la production, qui fa- vorise la création d’activités locales permettant de réduire les circuits de transport. Cela passe par le soutien à l’agriculture nourricière de proximité, le développement de fermes urbaines et plus largement de services non délocalisables.
Ces transformations, et la plus grande implication des citoyen.nes dans la vie de la cité, nécessitent de chan- ger notre relation au travail pour adapter rythmes et horaires au changement climatique, mais aussi retrouver le sens d’activités au service de toutes et tous. Cela peut passer par l’expérimentation d’un revenu universel à l’échelle de la ville.
Le récit doit raconter une transformation de la ville.
Il pose la nécessité d’un verdissement généralisé de la cité et d’un retour de la nature en ville, pour préserver des conditions de vie acceptables dans un contexte de changement climatique. Cela passe par la végétalisation des rues, la création d'îlots de fraîcheur, la désimperméabilisation des surfaces.
Il pose aussi l’exigence d’une transformation de nos logements, de nos équipements collectifs et de nos manières de les investir, pour réduire la consommation foncière. Cela passe par un partage des usages et des espaces publics et privés, mais aussi par une politique volontariste de rénovation énergétique des bâtiments. Il implique de développer des innovations pour produire localement de l’énergie et mieux gérer les ressources pour améliorer l’autonomie du territoire. Cela passe par l’expérimentation de nouvelles technologies et de modes de gestion de la ressource en eau plus contraignants.
Parce qu’elle permet de s'échapper du modèle compé-
titif qui porte responsabilité dans la dérive climatique,
la coopération est climato-compatible...
et parce qu’ensemble on va plus loin !
’’29
Reconnaître et
renforcer la
citoyenneté dans les
actions
environnementales
page 30
Repenser notre
relation au temps
et au travail
page 31
Accentuer
l’éducation
et la
sensibilisation
page 32
Sortir de la ville
minérale
page 33
Adapter nos
logements
et nos bâtiments
page 35
Favoriser des
mobilités
adaptées à nos
différences
page 37
Imaginer une
publicité positive
page 39
Aller vers un
tourisme
responsable
page 41
Accéder dura-
blement à une
alimentation
locale et de qua-
lité
page 41
Réduire
massivement
nos déchets
page 44
Faire des commerces
des acteurs de nos
quartiers pour la tran-
sition
page 40
actions
3. RENFORÇONS, DÉVELOPPONS,
EXPÉRIMENTONS DES ACTIONS CONCRÈTES
Pour que ces principes se déclinent en transformations réelles dans nos vies quotidiennes, nous recommandons de mener des expérimentations concrètes et collectives sur le territoire, à notre échelle, pour tester le pas de côté, de nouvelles manières de faire, en rassemblant une diversité d’acteurs, en partant du local pour un rayonnement plus large, dans une démarche de contamination positive.
L’urgence climatique impose d’accélérer sur la réduction simultanée des vulnérabilités du territoire face aux effets locaux du dérèglement climatique (adaptation), et des émissions de gaz à effet de serre (atténuation). Après avoir pris connaissance des documents d’orientation ou de planification consacrés à ces questions, nous demandons à la Ville de Bordeaux de rehausser considérablement ses ambitions et de se montrer exemplaire dans toutes les ac- tions entreprises, en s’appuyant sur le savoir fondamental dont nous disposons : nous sommes en effet des expert. es de notre environnement (notre rue, notre quartier, nos trajets...) ; nous sommes expert.es de nos propres vies, de ce qui les motive et de nos besoins du quotidien.
Les recommandations suivantes sont en lien direct avec les enjeux, les valeurs et les principes que nous préconisons, notamment en matière d’inclusion et d’équité sociale. Elles sont multithématiques et présen- tées sans hiérarchisation particulière.Reconnaître et renforcer la citoyenneté
dans les actions environnementales
Mettre en place un comité citoyen
Pourquoi ?
L’exercice démocratique de la convention citoyenne ne
doit pas s’arrêter au rendu de l’avis. Si une bonne partie
des recommandations est maintenant dans les mains
de la collectivité, elle ne les porte pas seule et ne peut
se soustraire à une forme de contrôle des personnes qui
en sont à l’origine. Cela est une condition pour assurer le
droit de suite sur les travaux de la convention.
Une instance citoyenne consultative doit permettre de
confronter les élu.es tout en donnant du poids à l’exper-
tise citoyenne.
De plus, le temps du mandat politique est court. La
participation des citoyen.nes à cette politique, leur
engagement démocratique, ne peut pas se faire qu’une
fois tous les 6 ans ou de manière exceptionnelle lorsque
les élu.es décident d’interroger des citoyen.nes sur
une question précise. La démocratie doit au contraire
devenir une pratique citoyenne habituelle et pérenne,
les citoyen.nes doivent être intégrés de manière systé-
matique à la conception, la mise en œuvre et l’évaluation
des politiques publiques, et assurer la continuité des
sujets majeurs entre plusieurs équipes municipales. La
question climatique en particulier, nécessite d’anticiper,
de s’adapter, et pour ce faire, les actions menées doivent
l’être sur le temps long.
Comment ?
Mettre en place une instance citoyenne consultative à
l’échelle de la ville de Bordeaux.
D’une part, le comité citoyen pourra être saisi par les élu.
es pour rendre un avis citoyen sur un projet, en matière
environnementale et/ou sociale, éclairé par des expert.
es. Les élu.es devront donner une réponse argumentée
en cas de décision de passer outre l’avis citoyen. Dans
l’avis, les membres du comité citoyen pourront proposer
des mesures et arbitrer les éventuels désaccords.
Les délibérations du comité citoyen se feront à huit clos
mais les avis citoyens seront rendus publics.
D’autre part, le comité citoyen pourra porter le droit
d’interpellation, déposer des pétitions, ou s’auto-saisir
d’un projet.
Pour réaliser sa mission, le comité citoyen sera compo-
sé de membres tirés au sort, indemnisés, chargés de
leur propre formation et montée en compétences (en
interrogeant des expert.es par exemple), renouvelés en
partie selon un calendrier à définir.
Recruter des personnes pour animer des
espaces locaux d’organisation
citoyenne (community organizer)
Pourquoi ?
Le community organizing crée des espaces intermé-
diaires entre citoyen.nes et institutions pour permettre
aux habitant.es de se réunir, de défendre des enjeux
communs pour les porter collectivement et faire valoir
leurs intérêts de manière plus efficace. Le lien humain
devient un levier d’action pour résoudre des problèmes
du quotidien.
Ce mode d’organisation permet à un collectif de se
construire, de s’engager collectivement pour porter
des intérêts citoyens en commun. Pour les personnes
les plus éloignées des démarches de participation, par
choix ou contrainte, l’existence d’espaces intermédiaires
permet de recréer un lien de proximité, et de jouer un
rôle de relais entre les politiques publiques mises en
place par la Ville, et le quotidien des habitant.es.
Recruter des personnes pour intervenir au niveau local
ou micro local (immeuble, rue, quartier) en matière de
lutte contre le réchauffement climatique permet d’em-
barquer les réfractaires, par l’influence entre pairs, en
faisant valoir les bénéfices diffus des comportements
résilients. Ce modèle d’organisation animé par des
référent.es au niveau local permet de faire exister une
forme de lobby citoyen pour certains sujets sur lesquels
la municipalité seule peut avoir du mal à avancer.
Par exemple, à Grenoble, un collectif s’est mobilisé
contre les logements passoires thermiques. Cette orga-
nisation par pairs au niveau local leur a permis de faire
un état des lieux de la situation grenobloise et de faire
avancer les politiques publiques sur ce sujet.
Le découpage des quartiers couvre des zones très
large, les community organizers peuvent aussi jouer un
rôle de relais par rapport aux conseils de quartier.
Comment ? Sur le modèle de l’exemple grenoblois,
mener une expérimentation en recrutant des community
organizers à l’échelle des quartiers de Bordeaux.
30
Note des animateur.rices
de la convention citoyenne
L’indemnisation des membres du comité consultatif ne
fait pas consensus au sein de la convention citoyenne,
certain.es considèrent que l’engagement citoyen doit
être valorisé financièrement et que l’indemnisation
permet de toucher un public plus précaire qui n’a pas
les moyens financiers de l’engagement. D’autres, au
contraire, se sont opposés à la possibilité d’indemni-
sation des membres du comité, considérant qu’il s’agit
d’un devoir citoyen qui ne doit pas faire l’objet d’une
compensation financière. Le débat en plénière n’a
pas permis de s’accorder sur une recommandation
commune. Cet arbitrage est donc renvoyé à la Ville de
Bordeaux chargé d’imaginer les modalités
de mise en place du comité.31
Comme à Grenoble, ces derniers pourraient être char-
gés de démarcher, faire un relevé des passoires et bouil-
loires thermiques sur Bordeaux, faire du porte-à-porte,
rassembler les gens d’un même immeuble sur ce sujet,
pour faire pression sur les propriétaires de ces loge-
ments. Cette expérience pourra aussi porter sur d’autres
sujets en adaptant l’échelle (sur la végétalisation, un
community organizer pourrait être mobilisé à l’échelle
d’un square par exemple).
Sur ce même modèle, d’autres actions de mise en
commun peuvent être envisagées, comme la création
de plateformes dédiées où des citoyen.nes peuvent se
retrouver et échanger autour d’une question ou d’une
préoccupation commune.
Repenser notre relation au temps
et au travail
Le temps est une valeur rare, le temps de l’engagement,
mais également le temps de la découverte et du voyage.
Décarboner nos modes de transport pour aller loin,
découvrir de nouvelles cultures, par exemple, nécessite
du temps.
Expérimenter un revenu universel
localement
Pourquoi ?
Si le revenu universel semble, en premier lieu, éloigné de
la question climatique, il est un outil de justice sociale au
cœur des préoccupations de la convention citoyenne.
Il permet de recréer une certaine forme d’égalité entre
les individus quel que soit leur milieu social d’origine. Il
permet surtout de questionner notre rapport au temps,
et plus précisément, de penser le temps de l’engage-
ment. De fait, un revenu universel peut venir renforcer
l’engagement citoyen, retrouver l’envie et la légitimité
d’agir au sein de la communauté, en mettant à distance
les préoccupations vitales assurées par ce revenu uni-
versel mensuel. Il doit permettre de dégager du temps
libre pour que tout le monde puisse s’engager contre
le changement climatique en ayant la sécurité écono-
mique nécessaire.
Plusieurs expérimentations du revenu universel ont eu
lieu dans différents pays, selon différentes modalités, et
à différentes échelles. Un tel dispositif est une révolu-
tion dans notre système économique actuel basé sur le
travail.
Premièrement, il permet de prendre en compte le travail
invisible de toute une partie de la population (le travail
domestique, le travail bénévole, etc.) Le revenu uni-
versel permet en quelque sorte de rémunérer le travail
de l’économie souterraine, et de définir une nouvelle
relation au système marchand et au travail salarié.
A l’heure d’un système capitaliste effréné, le revenu
universel permet également de repenser la relation au
temps, pour être plus en phase avec l’environnement et
la nature qui nous entoure.
Le revenu universel est également un filet de sécurité
dans un système d’emploi de plus en plus incertain, il
permet de réagir et de limiter le stress face aux risques
professionnels collectifs : accidents du travail, chômage,
etc.
Aujourd’hui, un certain nombre de nos concitoyen.nes
luttent au quotidien pour se nourrir convenablement.
Avec l’inflation, un tel dispositif permettrait de répondre
au stress alimentaire auquel de plus en plus de citoyen.
nes doivent faire face.
Comment ? Mettre en place une expérimentation du
revenu universel sur le territoire bordelais.
Plusieurs solutions peuvent être imaginées il faut donc
créer un groupe de travail appuyé par des experts du
sujet pour y travailler (financement, périmètre, contre-
parties). Cette expérimentation devra faire l’objet d’une
évaluation sur les effets.
Expérimenter la semaine de 4 jours
Comment ?
Expérimenter à l’échelle de la Ville de Bordeaux :
- Une réduction du temps de travail pour permettre le
partage du temps de travail et la création d’emplois.
Cette expérimentation sera faite au sein des services de
la Ville en lien avec les organisations syndicales dans
les services pour lesquels c’est possible et avec l’accord
des salarié.es. La Ville de Bordeaux devra également
inciter les entreprises locales à faire de même.
- Une semaine de 35h sur 4 jours en lien avec les or-
ganisations syndicales dans les services pour lesquels
c’est possible et avec l’accord des salarié.es, et inciter
les entreprises locales à faire de même.
Note des animateur.rices
de la convention citoyenne
La seconde recommandation pour une semaine de
4 jours sans réduction du temps de travail ne fait pas
consensus au sein de la convention. En effet, certain.es
se positionnent en faveur de cette mesure, qui permet-
trait de dégager du temps sans nuire aux entreprises,
cette mesure pourrait ainsi être davantage acceptée par
les acteurs économiques. D’autres se sont positionnés
contre, estimant que le temps dégagé par un jour sup-
plémentaire par semaine est illusoire s’il implique une
augmentation du temps de travail quotidien sur 4 jours.
Les modalités de mises en œuvre de cette recomman-
dation sont donc renvoyées à la Ville de Bordeaux.
Dans un premier temps, les deux expérimentations
pourraient être menées en parallèle et faire l’objet d’une
évaluation conjointe.32
Accentuer l’éducation
et la sensibilisation
Former et sensibiliser
La formation de tous les acteurs favorise les change-
ments de comportement du plus grand nombre. La
connaissance de la question climatique permet une
plus grande lucidité sur les enjeux et les risques qu’elle
sous-tend. Une sensibilisation accrue, aussi par la mise
en avant de comportements éco-compatibles, per-
met de les valoriser et de les définir comme la norme à
atteindre.
Enfin, les personnes formées peuvent eux-mêmes de-
venir des ambassadeur.rices de la transition écologique
et diffuser une culture environnementale autour d’elles.
Comment ?
Former obligatoirement aux enjeux du changement
climatique et à la transition écologique le corps ensei-
gnant, l’ensemble des professionnel.les agissant dans le
cadre scolaire, les agent.es de la Ville et de la Métropole,
les associations subventionnées par la Ville (bénévoles,
salarié.es, et publics).
Inviter les autres associations du territoire et les en-
treprises à participer à des formations aux enjeux du
changement climatique et à la transition écologique.
Organiser des évènements grand public dans les quar-
tiers pour former et sensibiliser à la transition écologique
(exemples : ramassage des déchets, apprendre à faire
soi-même, recyclage, nutrition, etc.).
Repérer et mettre en lumière les actions éco-com-
patibles, et utiliser un système de défis (comme les
familles zéro déchet de l’ADEME*, les familles à énergie
positive, à alimentation positive, à biodiversité posi-
tive...).
Intégrer du ludique et de la pratique à ces ateliers
Former à la réparation, à la couture, à la cuisine de pro-
duits bruts et au jardinage dans le respect de la biodi-
versité.
Sensibiliser à l’écologie et à la préserva-
tion de l’environnement dès le plus jeune âge à
travers les gestes du quotidien
Pourquoi ?
Les enfants sont les citoyen.nes et les consomm’acteur.
rices de demain.
Une des clés de la lutte contre le réchauffement cli-
matique est l’éducation. S’informer sur le climat, com-
prendre ses enjeux, le rôle joué par les comportements
individuels et collectifs, est essentiel.
Or, cette sensibilisation est d’autant plus efficace qu’elle
est faite le plus tôt possible, auprès des jeunes notam-
ment.
Comment ?
Mettre en place et donner les moyens d’un réel ensei-
gnement écologique à l’école dès la maternelle pour
développer une culture écologique.
Proposer une journée environnement de l’école mater-
nelle au lycée par trimestre (ramassage des déchets,
apprendre à faire soi-même, recyclage, nutrition, etc.)
Systématiser les projets concrets d’éducation et d’éta-
blissement à vocation écologique et sociale.
Travailler étroitement avec le corps enseignant pour
trouver les voies de cette sensibilisation efficace.
Systématiser des interventions d’acteurs locaux qui
agissent pour l’environnement dans les écoles dans un
but d’information, de sensibilisation.
Utiliser le processus d’écriture d’un récit comme média
pour travailler avec les enfants.
Embarquer les entreprises dans la
transition
Pourquoi ?
Outre que les entreprises font partie intégrante du ter-
ritoire et participent grandement de la vie économique
et de la création de richesse, le secteur privé représente
environ 80% de l’emploi total (salarié et non-salarié) en
France. C’est dire son importance dans la lutte contre le
changement climatique.
Comment ?
Organiser des temps d’information et de sensibilisation
au sein des entreprises
Dans les marchés publics menés par la Ville, cibler des
entreprises éthiques qui respectent les objectifs de la
convention.
Favoriser l’installation de structures du secteur de l’éco-
nomie sociale et solidaire.
Faire du plaidoyer auprès des acteurs institutionnels
financeurs pour soutenir les acteurs de l’économie so-
ciale et solidaire.
Renforcer les interdépendances entre
territoires ruraux et urbains
Pourquoi ?
Il est parfois difficile de se saisir des enjeux environne-
mentaux quand la nature ne fait pas réellement partie
de notre quotidien. Le territoire bordelais est majori-33
tairement urbain, et la végétation est cantonnée à des
espaces verts délimités par des barrières au milieu des
immeubles.
Sortir de la ville pour se mettre au vert, ou au contraire
y aller quand on vient de la campagne est souvent un
privilège et reste inaccessible pour une partie de la
population. Pourtant, on sait que la nature a des effets
bénéfiques en matière de santé physique et mentale.
Le fait de changer d’environnement permet de mieux
le connaître, et de comprendre ses évolutions. Créer du
lien entre villes et territoires ruraux par le renforcement
des interdépendances permet de faire découvrir la ville/
campagne aux publics éloignés.
Enfin, rapprocher les gens de la nature a une valeur
pédagogique : connaître son environnement permet de
changer sa relation au vivant et incite à mieux le proté-
ger.
Comment ?
Développer des partenariats entre quartiers/villes/vil-
lages sur le modèle du jumelage.
Soutenir les associations engagées dans
les domaines sociaux et environnementaux
dans la durée
Pourquoi ?
Les associations, ou toutes structures non lucratives,
engagées dans les domaines sociaux et environnemen-
taux sont un moteur fondamental du changement et
de l’adaptation sur le territoire bordelais. Elles sont des
interlocutrices privilégiées d’une partie de la population,
peuvent former des groupes de pression, et sont mo-
trices d’un changement de comportements à l’échelle
globale. Il est donc évident qu’elles devront être consul-
tées et intégrées pour la mise en place d’une partie des
recommandations citoyennes.
Au-delà de cet aspect, il nous semble essentiel de
s’attarder sur leur mode de financement, sur la manière
de les aider à devenir des acteurs incontournables de
l’adaptation et du changement, mais également de leur
demander certaines contreparties, pour en faire des
exemples de bonne conduite dans l’espace public, par
exemple.
Comment ?
Revoir les financements d’associations sur plus qu’un
an, par exemple sur 5 ans pour leur donner une visibi-
lité aux assos, une sécurité et assurer un principe de
continuité.
Proposer des conventions pluriannuelles pour les asso-
ciations.
Favoriser la mutualisation, les prêts, et les échanges de
matériel, véhicules ou locaux des associations entre
elles.
Les associations subventionnées, les salariés, béné-
voles, et leurs publics doivent être concernés par les
opérations de sensibilisation et de formation (fresques
du climat, ateliers 2 tonnes, etc.). Cette recommanda-
tion rejoint la recommandation en matière de formation
et de sensibilisation.
Sortir de la ville minérale
Végétaliser
Pourquoi ?
Nous connaissons déjà des pointes de températures
à plus de 40°C l’été et des nuits caniculaires au cours
desquelles la température reste trop élevée pour per-
mettre un vrai repos.
Il y a tout lieu de craindre une aggravation de ces
phénomènes tant en intensité (certain.es expert.es
redoutent une atteinte voire un dépassement des 50°C
dans l’hypothèse d’une hausse moyenne des tempéra-
tures de 3°C au plan global (4°C en France métropoli-
taine).
Or, Bordeaux est une ville minérale dotée de plusieurs
grands espaces faiblement végétalisés. Cette minéra-
lité aura pour conséquence d’aggraver le phénomène
d’îlots de chaleur, avec un risque de renforcement de
l’injustice sociale liée à la décote des logements des
espaces les moins rafraichis.
En revanche, la végétation permet d’abaisser les tempé-
ratures, en contribuant à créer des îlots de fraîcheur.
Elle constitue également une réponse à l’impératif de
nature en ville, car elle permet l’installation d’un cor-
tège d’espèces diversifiées (autres végétaux que ceux
initialement plantés, invertébrés, oiseaux et autres petits
vertébrés...)
Cette situation est bien connue de la mairie et son plan
Grandeur Nature, qui y contribue déjà, devra être signifi-
cativement renforcé.34
Comment ?
Recommandations générales
En tant que citoyennes et citoyens, nous préférons une
ville vivable et végétale que classée et invivable. Les
contraintes architecturales ne doivent pas constituer
des barrières à la végétalisation, source de qualité de
vie, de lien social, de biodiversité, etc.
Recommandations opérationnelles
Poursuivre et intensifier la végétalisation partout où c’est
possible, y compris par des végétaux de faible hauteur,
des arbres fruitiers, en créant des trottoirs nourriciers,
des toitures nourricières, des microforêts, etc.
Reconsidérer l’espace dédié à la voiture au profit du
végétal (stationnements, giratoires, carrefours, emprises
voiries...)
S’inspirer de ce qui existe et l’adapter au contexte (rue
Kléber, rue Paul Bert, rue Paul Camelle à Bordeaux ; rue
Eugénie Gérard à Vincennes).
Inciter à la végétalisation des toitures et des façades
Rendre les collectivités exemplaires à travers la végétali-
sation du patrimoine (équipements et bâtiments publics,
équipements sportifs, cimetières, etc.)
Inciter, aider et accompagner la végétalisation des bâti-
ments privés.
Tendre des câbles entre deux toits pour faire courir la
végétation, dans un effet recherché de pergola végé-
tale/canopée (Lierre/vigne qui traversent la rue).
Récupérer l’eau de pluie pour l’arrosage.
Travailler la cohérence et la continuité écologique
Adapter le choix des espèces à la région et au climat de
demain, ainsi qu’à leurs besoins en eau et en nutriments.
Renforcer l’effet d’albédo
Pourquoi ?
Toute surface réfléchit une partie de l'énergie solaire
qu'elle reçoit. Plus un revêtement est clair et plus il est
réfléchissant (son albédo est fort). À l'inverse, un revê-
tement sombre absorbe davantage les rayons du soleil
et accumule de la chaleur en journée, pour la restituer la
nuit.
Renforcer l’effet d’albédo* des surfaces des villes
(toitures, murs, espaces publics, voiries...) permet de
mieux évacuer une partie de la chaleur qu’elle reçoit et
qui s’y accumule, participant du bien-être des habitant.
es.
Comment ?
Privilégier d’autres couleurs que le noir pour le bitume
des voiries en veillant à ce que les colorants incorporés
n’aient pas d’effets pervers (pollution)
Favoriser des revêtements murs/sols les plus clairs
possibles afin de renforcer l’effet d’albédo et d’éviter
l’accumulation thermique en période estivale.
Inciter, sur les toitures, à remplacer les tuiles sombres
par des revêtements plus clairs, des végétaux, des pan-
neaux solaires...
Désimperméabiliser les sols
Pourquoi ?
Une part significative des désordres hydrauliques que
connaît le grand territoire (inondations, abaissement du
niveau des nappes, qualité de l’eau) provient de l’imper-
méabilisation des surfaces et d’un réseau de collecte
qui accélère les transferts d’eau de pluie vers l’aval au
détriment d’une recharge correcte des aquifères, en-
traînant de surcroît la pénétration du biseau salé (intru-
sion d’eau salée en lieu et place d’eau douce, faute de
quantité suffisante).
Le renforcement probable des évènements clima-
tiques extrêmes (alternance de périodes très sèches et
d’étiages très bas, et d’épisodes brutaux avec précipita-
tions intenses) risque d’aggraver ces phénomènes.
La désimperméabilisation des sols vise à rétablir les
échanges surface-nappes tout en réduisant les effets
des pluies intenses.
Comment ?
Poursuivre et intensifier la transformation des espaces
Végétalisation vs biodiversité
La végétation ne doit pas être considérée seule-
ment sous l’angle d’un service dédié à l’homme.
Elle est aussi le support d’une biodiversité dont
la préservation est essentielle, elle-même pour-
voyeuse de services écosystémiques dont profite
tout le monde vivant.
La place dédiée à la végétation en ville devra per-
mettre son épanouissement : pleine terre, apports
en eau suffisants, extinction de l’éclairage noc-
turne (Trame noire*).
La végétalisation doit viser des co-bénéfices
partagés : santé des plantes, habitat durable de la
biodiversité (également biodiversité du sol), qualité
et amélioration du cadre de vie, etc.35
non indispensables aux voiries en espaces verts, jardins
partagés, etc.
Favoriser systématiquement les revêtements permet-
tant une meilleure perméabilité des sols, y compris pour
les voies de circulation, trottoirs...
Le droit et les enjeux environnementaux doivent s’impo-
ser par rapport au droit de la propriété intellectuelle des
concepteur.rices des espaces publics.
Le Fleuve : redonner à la Garonne sa
place dans la ville en l’intégrant aux réflexions
sur la nature et les liens au vivant
Pourquoi ?
Aujourd’hui, à Bordeaux, La Garonne constitue à la fois
une frontière entre des quartiers séparés, et un lien, un
espace qui permet de circuler.
Il y a urgence à repenser nos liens à la Garonne, à l’in-
tégrer dans nos pratiques quotidiennes. Le fleuve peut
être un allié dans l’adaptation à l’urgence climatique, à
condition d’étudier attentivement les risques qui y sont
liés (inondation, sécheresse et qualité de l’eau, notam-
ment).
Comment ?
Nous proposons d’ouvrir un chantier de réflexion à
l’échelle de la ville sur la Garonne et sa place dans nos
vies et le paysage urbain. Nous soulignons collective-
ment l’importance de ce fleuve dans le paysage et la
nécessité de repenser nos relations à lui, ainsi que son
statut.
Adapter nos logements
et nos bâtiments
Pourquoi ?
L’habitat mal isolé contribue fortement à la dépense
énergétique (35% au plan national) et à la précarité
énergétique. Sans isolation et système énergétique
performants, il constitue en effet un poste de dépense
important.
Il dégrade le confort et la qualité de vie des occupant.es :
l’été, les passoires thermiques peuvent se transformer
en « bouilloires » ; la climatisation, souvent installée
comme réponse à la chaleur excessive se traduit, outre
les dépenses énergétique et financière supplémen-
taires, par un renforcement localisé des îlots de chaleur.
L’hiver, les occupant.es de ces passoires (logements
ayant pour étiquette énergétique F et G notamment)
souffrent d’un inconfort important lié au froid et/ou
l’humidité.
Par ailleurs, les dispositifs d’aides à la rénovation de
l’habitat s’apparentent trop souvent au parcours du
combattant pour une part importante de la population.
Enfin, le potentiel de recours aux énergies renouvelables
est immense, tant en ce qui concerne le raccordement
des bâtiments publics et privés aux équipements et
réseaux existants que l’installation d’équipements de
production propres, en toiture, façade ou dans l’espace
public.
En tant que citoyennes
et citoyens, nous préférons
une ville vivable et végétale
que classée et invivable.
Il est parfois difficile
de se saisir des enjeux
environnementaux quand la
nature ne fait pas réellement
partie de notre quotidien.
’’
’’Comment ?
Rénovation thermique
Installer un guichet unique permettant de visualiser
l’ensemble des aides disponibles et mieux commu-
niquer sur les dispositifs.
Mobiliser tous les acteurs impliqués (Ville, bailleurs
sociaux, propriétaires, locataires) afin d’identifier les
passoires thermiques et engager une action spéci-
fique auprès des propriétaires. Cela doit se faire en
lien avec la mise en place de community organizers.
Hausser l’exigence de diagnostic de performance
énergétique (DPE*) de manière à être plus exigeant
que la loi nationale, tout en tenant compte des spé-
cificités du climat bordelais de demain. Cette action
doit faire l’objet d’un accompagnement personnalisé
auprès des propriétaires concernés.
Contrôler l’application des normes et performances
énergétiques dans le neuf et la rénovation de l’exis-
tant (création d’un service indépendant qui puisse
être saisi si nécessaire).
Faire appliquer le décret EET* relatif aux obliga-
tions d'actions de réduction de la consommation
d'énergie finale dans les bâtiments à usage tertiaire
et accompagner les entreprises et autres occupants
dans sa mise en œuvre.
Imposer dans la construction neuve des normes de
type bâtiment frugal bordelais.
Habitat collectif : faire appliquer l’individualisation
des frais de chauffage.
Mettre en place un soutien financier direct à l’usager
utilisables auprès d’opérateurs d’énergies renouve-
lables
Diffuser des Campagnes de communication assor-
ties d’incitations (bilans énergétiques gratuits aux
habitant.es, aide au choix du fournisseur).
Mettre à disposition des équipements sobres ou
économes en énergie.
Optimisation de
l’occupation des bâtiments existants
Réquisitionner les logements, bureaux, commerces
vacants, notamment pour les besoins de mises à
l’abris temporaires, sans exproprier les propriétaires
de ces logements.
Faire du lien entre propriétaires et locataires.
Optimiser l’occupation des lieux publics par les
associations.
Diffuser le dispositif de bail réel solidaire sur les
logements neufs (dissociation du foncier et bâti) mis
en place par les collectivités.
Recours aux énergies renouvelables
Substituer définitivement l’usage des énergies fos-
siles par des sources renouvelables.
Affirmer l’abandon de l’usage du gaz fossile par la
Ville de Bordeaux au profit des sources renouve-
lables : biogaz notamment.
Favoriser le recours aux énergies renouvelables
électriques également dans l’ancien.
Etendre les réseaux de chaleur (géothermie, chaleur
fatale, bioénergie ?) et de rafraichissement, et rendre
obligatoire le branchement des bâtiments neufs et
anciens.
Pour les toits solaires, lever les freins à l’installation
liés au classement d’une partie de Bordeaux au titre
de la protection du patrimoine architectural et de son
classement UNESCO ; systématiser les installations
solaires sur tous les toits compatibles structurelle-
ment et correctement orientés.
Projet de rocade solaire :Mettre à l'étude par la comi-
té citoyen le projet de rocade solaire et l'associer à
un dispositif de concertation ambitieux.
3637
Favoriser des mobilités
adaptées à nos différences
Pourquoi ?
Prioriser les mobilités permet d’organiser la voirie en
conséquence, en privilégiant fortement les déplace-
ments à pied et à vélo, puis en transport en communs,
puis en voiture et autres deux-roues motorisés ¹�.
La séparation des différents modes de mobilité (voiture,
transport en commun, vélo, piéton) est indispensable :
piétons et poussettes, personnes à mobilité réduite,
vélos et trottinettes, voitures et transports en commun
n’ont pas vocation à partager le même espace. Séparer
les vélos des piétons et des voitures est aussi important
que de séparer les voitures des piétons.
La diminution de la place accordée à la voiture (priorité
aux piétons et aux cyclistes aux feux, déplacements
et stationnements) permet de libérer de l’espace pour
les autres mobilités, les autres usages et la végétali-
sation des rues. Comme l’avait souligné la convention
citoyenne nationale sur le climat, la voiture ne doit plus
être le transport privilégié pour les déplacements domi-
cile-travail.
Les mesures prises dans Bordeaux intramuros auront
évidemment des répercussions sur les autres habitants
de la métropole.
La loi d’orientation des mobilités, promulguée le 24
décembre 2019, reprend déjà les grands axes de
réflexions (limitation de la voiture individuelle, dévelop-
pement des transports en commun et du vélo) mais son
application concrète doit être accélérée.
Enfin, une transformation profonde des mobilités borde-
laises induira des cobénéfices :
- diminution de la pollution aux oxydes d’azote et aux
particules fines
- amélioration de l’état de santé des usagers des modes
actifs (marche, vélo)
- diminution de la consommation d’énergie non renou-
velable et de matières premières rares. Diminution de
l’émission de gaz à effet de serre.
La zone à faible émission (ZFE)
La mise en place d’une ZFE dans les grandes mé-
tropoles est prévue au niveau national. La régulation
des véhicules pouvant entrer dans cette ZFE doit se
faire sur la base de la vignette Crit’air. L’attribution de
la vignette Crit’air dépend uniquement du caractère
polluant d’un véhicule. Il ne prend pas en compte la
quantité de gaz à effet de serre émise lors de la pro-
duction du véhicule ni sa consommation électrique.
Un véhicule électrique, quel que soit son poids, se
verra attribuer une vignette Crit’air 0. La ZFE risque
d’accélérer la transition des véhicules thermiques
aux véhicules électriques, mais ne permettra pas
de diminuer le nombre total de véhicules. D’autre
part, les véhicules thermiques délaissés par les
Bordelaises et Bordelais ne seront pas détruits, mais
finiront dans des zones moins polluées. La ZFE a
pour unique objectif de diminuer la pollution (oxydes
d’azote, particules fines), mais n’a pas pour ambition
de diminuer l’émission de gaz à effet de serre.
¹�.Les vélos à assistance électrique ne sont pas des deux-roues
motorisés, mais bien des vélos. Ils sont d’ailleurs autorisés à
circuler sur les pistes cyclables. roues motorisés, mais bien
des vélos. Ils sont d’ailleurs autorisés à circuler sur les pistes
cyclables.
La diminution de la place
accordée à la voiture (priorité
aux piétons et aux cyclistes
aux feux, déplacements et
stationnements) permet de
libérer de l’espace pour les
autres mobilités,
d’autres usages et la végétali-
sation des rues.
’’38
Comment ?
Véhicules motorisés
Mettre en place d’un stationnement payant pour tous
les véhicules motorisés.
Moduler le prix du stationnement municipal (abonne-
ment à l’année et ponctuel) au poids du véhicule (y
compris deux-roues motorisés). Cette recommandation
doit faire l’objet d’une évaluation et d’un accompagne-
ment pour préserver l’équité sociale entre les ménages
et tenir compte des situations particulières.
Diminuer le nombre de places de stationnement de
20 % sur le territoire et réserver ce gain de surface à la
végétalisation ou à des garages vélo sécurisés.
Favoriser les parkings silo afin de récupérer de la place
au sol qui sera réservée à la végétalisation, aux jardins
partagés, etc.
Sur la rocade de Bordeaux, mettre en place une voie
dédiée au covoiturage et aux transports en commun
(à négocier avec l'Etat, mais plusieurs grandes villes et
agglomérations françaises l’ont déjà fait).
Diminuer la vitesse à 70 km/h sur la rocade.
Partage de la route
Accélérer l’extension des secteurs bornés et des zones
piétonnes dans le centre-ville historique.
Dédier certaines voiries bordelaises aux mobilités
douces (piétons, vélos, transports en commun) acces-
sibles aux engins motorisés des riverains (sur le modèle
du secteur borné).
Augmenter la surface et la fréquence du dispositif « ma
rue respire » afin d’inciter les habitant.es à utiliser les
mobilités douces.
Systématiser le stationnement en épis inversé le long
des boulevards, afin de réduire le risque de collision
avec les cyclistes.
Amélioration
des transports en commun
Inciter à l’usage des transports en commun : faire du
transport en commun un réflexe !
Améliorer l’efficacité des transports en commun (bus,
tram, TER) ainsi que la desserte des arrêts avec prise en
compte des zones d’emploi.
Travailler sur l’augmentation de la performance et des
capacités d’accueil des lignes existantes.
Poursuivre l’électrification à court terme de la flotte de
véhicules municipaux et de transports en commun.
Elargir la tarification solidaire aux transports en commun
à l’ensemble des offres (tickets individuels, vélos).
Mettre en circulation des véhicules de plus petites
capacités sur les lignes les moins fréquentées (minibus
par exemple), du transport à la demande, etc.
Augmenter fortement les capacités d’embarquement de
vélos dans les transports en commun (bus, tram, trains).
Dédier des espaces confortables dans les transports en
communs pour les personnes à mobilité réduite, pour
les vélos, pour transporter ses courses.
Soutien du vélo
Fluidifier les déplacements en mobilité douce en amé-
liorant la continuité des voies cyclables et en, diminuant
le temps d'attente des piétons et vélos au feux tricolores
par rapport aux voitures qui doivent laisser la priorité.
Sécuriser des axes de circulation depuis l’ultra-centre
de Bordeaux vers les boulevards périphériques, pour les
cyclistes.
Poursuivre rapidement l’installation d’abris à vélo sé-
curisés de très grande capacité sur des lieux de croise-
ment (gare Saint Jean, Pey-Berland, place de la Victoire,
etc.) et faciliter et intensifier l’installation de vélo box de
proximité.
Pousser à l’accélération du Réseau Vélo Express voté
dans le plan climat de la métropole.
Plus généralement, poursuivre le développement des
pistes cyclables sécurisées, bidirectionnelles, séparées
des autres modes de transport dans Bordeaux intramu-
ros (niveau municipal).
Faire et refaire des campagnes de sensibilisation à la
sécurité routière des cyclistes (port des équipements de
sécurité, visibilité...), à l’adresse également des autres
usager.es (distances de sécurité...).
Pérenniser une initiation systématique des élèves de
Bordeaux à la pratique du vélo (et du vélo en ville), et
rendre plus accessible la formation des adultes peu
habitués à ce mode de transport (niveau individuel).39
Imaginer une publicité positive
Diminuer et réorienter la publicité
Pourquoi ?
La publicité est partout dans l’espace public, elle est
omniprésente dans nos champs de vision au quotidien
et est une source de pollution visuelle importante. Elle
est le plus souvent au service de produits et de marques
en incohérence totale avec nos engagements. Non seu-
lement, les produits que la publicité met en avant sont
rarement bons pour l’environnement, mais la présence
même de panneaux publicitaires est néfaste (électricité,
bétonnisation, etc.).
Enfin, les signes de lassitude du corps citoyen vis-à-vis
de la publicité sont d'ores et déjà mesurables et sans
appel : « la publicité est trop présente partout, tout le
temps dans nos vies » (87%), « La publicité pousse
à consommer de manière excessive » (80%), « 'Pour'
interdire totalement les affichages publicitaires dans
l'espace public » (71%), sont les premiers retours de
l'opération « oui-pub » ��.
Comment ?
Diminuer le nombre de panneaux publicitaires et suppri-
mer les panneaux de publicité lumineux.
Aller au-delà de la réglementation et harmoniser, avec
limite de taille, les enseignes perpendiculaires à la rue.
Mettre en place un plan local de publicité
positive, qui valorise la publicité informative, lo-
cale et positive et limite les messages incitants
à la surconsommation.
Pourquoi ?
Pour donner de la visibilité aux différents modes de
consommation bas carbone qui peuvent embarquer
tous les Bordelaises et Bordelais. Par exemple, le vrac,
les éco-scores ou la circularité qui ne sont pas très
connus des consommateurs.
Comment ?
Faire de la publicité positive : les espaces de publicité
restants seront réutilisés notamment au service des
enjeux climatiques, sociaux, et démocratiques.
L’outil publicitaire sera utilisé pour construire et diffuser
de nouveaux récits de la transition, et faire connaitre les
initiatives locales éco compatibles, ou promouvoir les
artistes locaux.
La publicité deviendra donc un outil de mobilisation,
d’information, et de valorisation des comportements
résilients. Le comité citoyen aura un droit de regard et
rendra un avis sur le contenu des publicités restantes,
afin de garantir la pluralité.
Déterminer un budget communication alloué à ce plan
local de publicité positive qui permette de toucher un
maximum de Bordelaises et Bordelais.
Identifier les lieux et les canaux de diffusion : panneaux
publicitaires, utilisation de QR code, onglets dédiés sur
les sites....
Utiliser des canaux des partenaires (associations, com-
merces, festivals...)
Soutenir, mettre en lumière et poursuivre les aides finan-
cières nationales à la réparation (bonus réparation)
¹¹.https://presse.ademe.fr/2023/06/experimentation-oui-pub-des-pre-
miers-resultats-tangibles.html
La gratuité des transports en commun
S’il est un sujet systématiquement débattu, c’est bien
celui de la gratuité des transports en commun. Gra-
tuité totale comme à Dunkerque ? Pour les mineur.es
comme à Paris ? Réservée aux revenus modestes ?
Seulement sur certaines lignes ? Le week-end mais
pas en semaine ? Ou bien tarification progressive ? Les
déclinaisons sont nombreuses autour d’un principe
aux objectifs multiples : hausse du nombre d’usager.
es, baisse du recours à la voiture individuelle, réduction
de la pollution, solidarité sociale...
50 ans de pratique permettent d’y voir un peu plus clair : oui
la gratuité attire davantage de voyageur.euses, mais
rarement dans les propositions importantes à l’échelle
d’un réseau et parfois au détriment des usages actifs
(des piétons ou cyclistes se reportent alors sur les
transports en commun).
Le coût du transport pour l’usager n’est pas LE facteur
déterminant. L’efficacité des transports en commun
(dessertes, fréquence, rapidité, confort) l’est bien da-
vantage. Et c’est souvent sur ce sujet que les citoyen.
nes des conventions font consensus.40
Faire des commerces des acteurs de
nos quartiers pour la transition
Faire évoluer la consommation énergé-
tique des commerces
Pourquoi ?
Depuis 2022, le code de l’environnement oblige les
commerces à éteindre les vitrines de magasin ou d'ex-
position au plus tard à 1 heure du matin ou 1 heure après
la cessation de l'activité (si celle-ci est plus tardive). Il
est urgent de faire respecter la loi pour limiter la pollution
visuelle d’une part, et baisser la consommation énergé-
tique des commerces bordelais.
Les entreprises locales et les commerces bordelais
doivent participer à l’effort collectif en matière de lutte et
d’adaptation au changement climatique. Si la Ville et les
citoyen.nes s’engagent dans un processus d’adaptation
collective au changement climatique, il est nécessaire
de faire passer des messages forts et d’afficher l’exem-
plarité des comportements dans l’espace public.
Comment ?
Faire respecter la loi sur l’interdiction de l’éclairage des
commerces la nuit.
Etablir les répressions passibles en cas de non-respect,
et mettre en place une instance mandatée pour contrô-
ler le respect de la règle ci-dessus, et verbaliser le cas
échéant.
Faire appliquer la réglementation concernant les tempé-
ratures des commerces (climatisation en été, chauffage
en hiver) et la déperdition liée aux portes d’entrée.
Développer la création et l’implantation
de commerces locaux à impact positif dans nos
quartiers.
Par commerces à impact, nous entendons :
- Commerces de bouche (vracs, circuits courts, bio,
etc.)
- Commerces de réparation (textile, couture, équipe-
ments électroménagers, vélos, informatique... et plus
largement l’ensemble de nos usages du quotidien)
- Seconde main (friperies, ressourceries, mobilier...) de
vente, don ou prêt
Pourquoi ?
Pour parvenir à réduire les déplacements des biens de
consommation et des consommateur.ices eux-mêmes
mais aussi pour dynamiser l’économie locale et les liens
sociaux sur le territoire.
Comment ?
Mettre en place des aides financières et techniques
(notamment des aides aux démarches administratives)
pour ces commerces bordelais. Communiquer sur
l’existence de ces aides.
Organiser et animer une politique volontariste de
l’utilisation des commerces inoccupés depuis plus de
6 mois, pour permettre l’implantation de commerces
éphémères dans une logique de test permettant l’im-
plantation pérenne de ces activités.
Installer des maisons de services dans
les quartiers regroupant plusieurs services de
proximité (pôles de réparation, portage de ser-
vices et de savoir-faire...)
Pourquoi ?
Pour limiter la consommation et intégrer les réflexes de
circularité mais également pour resserrer le lien social.
Comment ?
Accompagner les habitant.es à proposer leurs compé-
tences dans ces maisons de quartier. Cette recomman-
dation pourra être facilitée par la mise en place d’une
expérimentation de la semaine de 4 jours.
Utiliser les maisons et mairies de quartier pour déployer
ces services.
Déployer la monnaie locale, la GEMME,
auprès des commerçant.es et des Bordelaises
et Bordelais
Pourquoi ?
La GEMME est un moyen de paiement alternatif et soli-
daire qui permet de relocaliser l’économie et de soutenir
les commerces indépendants et à impact positif. Les
euros sont convertis en GEMME et confiés à l’asso-
ciation La gemme qui les dépose dans une banque
éthique, la NEF, pour financer des projets écologiques
et sociaux sur le territoire.
Sa généralisation doit permettre de favoriser l’économie
locale et de soutenir les commerces indépendants.
Comment ?
Mener une importante campagne de communication
sur le fonctionnement et les bénéfices de cette monnaie
locale pour lever les freins à son utilisation.
Inciter les commerces à impact positif à utiliser cette
monnaie locale.
Accompagner l’association gestionnaire de la GEMME
dans ses efforts à se faire connaitre et à déployer son
réseau.41
Inciter la mairie de Bordeaux à utiliser la GEMME dans
le paiement de ses services et rendre compte de son
développement.
Aller vers un tourisme responsable
Aller vers un tourisme écologique
à Bordeaux
Pourquoi ?
Bordeaux est une ville très visitée. Si les habitant.es
peuvent agir sur leurs comportements individuels quoti-
diens, et que la collectivité s’engage pour des politiques
publiques plus écologiques, il est plus difficile d’influen-
cer les comportements des touristes. Pourtant, leur
présence au quotidien a des impacts sur la ville, sur ses
aménagements, et sur la pollution locale.
Comment ?
Les infrastructures
Ouvrir un dialogue citoyen sur l’interdiction des paque-
bots à Bordeaux.
Travailler les transitions du secteur nautique.
Imposer des tarifs différentiels de stationnement et
péage au port en fonction de l’empreinte carbone du
bateau.
Arrêter le développement de l’aéroport dans les pro-
chaines années.
Renforcer la réglementation des airbnb.
Les pratiques touristiques
Valoriser les modes de transport doux pour les touristes
(offres de transports spécifiques, programmes de loca-
tion courte de vélo, etc.)
Prévoir une réduction des tickets de transport en com-
mun, et des activités touristiques, pour les touristes mu-
nis d’un billet de train, ou d’un justificatif de covoiturage.
Pour les habitant.es de Bordeaux, valoriser et favoriser le
tourisme local ou accessible en transport en commun.
Accéder durablement à une
alimentation locale et de qualité
Pourquoi ?
L’alimentation et ses dimensions forcément locales, de
saison et de qualité et, par extension, une consomma-
tion plus responsable est absolument cruciale. A la fois
bien essentiel et enjeu public majeur, les conséquences
cumulées de nos choix alimentaires interviennent sur
les équilibres sociaux, écosystémiques et économiques,
locaux et mondiaux. La satisfaction des besoins alimen-
taires dans le respect des limites de notre écosystème
constitue un défi majeur à chaque échelle géogra-
phique, et embrasse les sujets de la santé, de l’eau, de
la biodiversité, du climat, des sols, des ressources, des
modes de vie, des emplois, de la culture et du patri-
moine, du pouvoir d’achat, de l’aménagement du terri-
toire, des transports, de la balance commerciale, etc.
Selon les sources, l'alimentation représente 22 % de
l'empreinte carbone de notre consommation totale, elle
est le 3ème poste le plus émetteur de gaz à effet de
serre, après le transport (30 %) et le logement (23 %).
Cependant, « de la fourche à la fourchette », les consé-
quences du dérèglement climatique et de l’envolée des
températures posent de sérieux défis d’adaptation, dans
le bordelais comme ailleurs. Canicules et déficits en
eau aux périodes végétatives cruciales, submersion ou
salinisation des terres les plus basses, coups d’eau ou
gels dévastateurs, renchérissement des intrants agri-
coles et des énergies de transformation ou de transport
ou encore, dans un domaine proche, accords interna-
tionaux de libre-échange... sont autant de sujets qui
militent pour une réappropriation territoriale des enjeux
agricoles et alimentaires.
C’est d’ailleurs l’ambition du projet alimentaire à voca-
tion sociale de la Ville de Bordeaux (2017-2020), ou du
projet alimentaire de territoire de Bordeaux Métropole...
L’amélioration de l’accès à une alimentation de qua-
lité pour toutes et tous de façon durable est un enjeu
essentiel dans un contexte d’inflation et de hausse de
la précarité alimentaire. La restructuration des systèmes
alimentaires, c'est à dire la transformation des relations
entre les secteurs de la production, de la consommation
de la distribution, de la transformation et de la logistique
est un levier essentiel pour la justice sociale et environ-
nementale.
La relocalisation de notre alimentation et de l’agriculture
doit passer par un ensemble de mesures complémen-
taires qui contribue à la démocratie alimentaire.
Pour résumer, l’alimentation est un point d’entrée
dans la transition. Or, bien se nourrir concerne tout
le monde, mais n'est pas accessible à toutes et tous.
Favoriser une alimentation locale et de qualité per-
met à la fois de faire face à l’urgence climatique et
de lutter contre les inégalités sociales.
Nous demandons à la Ville de Bordeaux d’ouvrir
un chantier de discussion et de co-construction
sur l’alimentation à Bordeaux, pour interroger nos
propres pratiques de consommateur.rices et pro-
ducteur.rices et de producteurs, pour penser l’ave-
nir de nos territoires agricoles, notamment viticoles,
sur le plan environnemental et social.42
Des mesures pour une gouvernance ali-
mentaire partagée et transversale au ser-
vice du droit à l’alimentation
Etablir une gouvernance partagée
Comment ?
Via un conseil de gouvernance alimentaire qui inclut de
façon pérenne des représentant.es citoyen.nes dans les
organes de décision.
Renforcer les coopérations territoriales pour
une gouvernance partagée au service du droit à
l’alimentation de qualité...
Comment ?
Sortir du périmètre de Bordeaux et mettre en lien les
agriculteur.rices pour favoriser la coopération.
Coconstruire et articuler des politiques alimentaires à
différents niveaux territoriaux.
Généraliser des coopérations entre espace de produc-
tion et espace de consommation (généralisation des
contrats de réciprocité).
Généraliser et diffuser des dispositifs agri-
coles et alimentaires qui favorisent la fabrique d’une
démocratie alimentaire localement
Comment ?
Valoriser les expériences de type sécurité sociale de
l’alimentation et participer à un plaidoyer national pour
diffuser ce type d’expérimentation.
Soutenir l’installation d’agriculteur.ices bio
Soutenir directement l’installation agricole
de maraîchers bio, locaux, pour diversifier la dispo-
nibilité alimentaire locale, pour soutenir l’agriculture
locale autour de Bordeaux
Comment ?
Supprimer et limiter les taxes à l’installation ou dévelop-
per des subventions conséquentes.
Garantir et aider l’accès au logement pour les agricul-
teur.rices.
Préserver de manière stricte le foncier agri-
cole à vocation nourricière
Comment ?
Renforcer et utiliser les outils existants de manière plus
systématique afin de préserver le foncier agricole : avoir
recours aux établissements publics fonciers qui per-
mettent aux collectivités d’agir sur la question, explorer
la possibilité de transposer le dispositif de bail solidaire
sur les terres agricoles, renforcer et développer les
périmètres de protection des espaces agricoles naturels
périurbains.
Favoriser et garantir un équilibre et une diversité des
installations de maraîchage.
Développer des nouvelles surfaces maraîchères sur des
toitures.
Relocaliser des achats de la Ville pour assu-
rer des débouchés et des prix garanties aux agricul-
teurs
Comment ?
Evaluer localement les impacts du schéma de promo-
tion des achats socialement et écologiquement respon-
sables (SPASER*). Si les impacts sont positifs, il faudra
le diffuser et l’intensifier.
Transformer les procédures de marché public pour favo-
riser l’achat de produit locaux en intégrant les enjeux de
logistique associés.
Contribuer à la diffusion de cette politique de relocali-
sation des achats auprès des acteurs de la restauration
privée et leurs fournisseurs.
Dès à présent, nous proposons des actions
concrètes, à accompagner d’un volet de sensibili-
sation et de communication massif, qui relève de
4 domaines d’actions : gouvernance alimentaire,
producteurs et fonciers, accessibilité et distribu-
teurs, éducation et consommateurs.43
Renforcer l’accessibilitécà l’alimentation
locale
Accompagner le renforcement de la contribu-
tion des agriculteur.rices à la lutte contre la précarité
alimentaire
Comment ?
Faciliter le lien entre producteur.rices locaux et aide
alimentaire, avec la diffusion par exemple, d’application
numérique type Proxidon ou Geev, afin de diversifier et
rendre qualitatif l’approvisionnement à l’aide alimentaire
d’urgence.
Faire le lien avec des structures comme le CREPAQ* ou
encore des dispositifs comme les frigos solidaires.
Redonner sa place au marché intérieur comme
extérieur
Le marché doit être le supermarché de demain, pour un
accès à une alimentation biologique, écologique, local
et équitable, redonner une place prioritaire et acces-
sible en ville à cette alimentation.
Comment ?
Cela passe par la multiplication des emplacements,
l’augmentation de la fréquence, la baisse des coûts des
emplacements et une garantie municipale apportée aux
producteur.rices biologiques, locaux et équitables.
Mettre à disposition des lieux ainsi que des
aides organisationnelles, administratives et finan-
cières
Pour l’installation et la gestion de réseaux de mises en
relations entre producteur.rices et consommateur.rices
type AMAP* (Association de maintien de l’Agriculture
paysanne).
Comment ?
Nous pensons que les citoyen.nes sont également prêts
à donner de leur temps pour aider au développement
des circuits courts et de proximité dans leur quartier. La
mairie doit donc être vecteur de cet investissement ci-
toyen. L’engagement citoyen doit être soutenu et facilité,
il ne s’agit pas de demander un investissement supplé-
mentaire mais de repenser notre rapport au travail pour
permettre l’engagement collectif. La mise en place d’un
revenu universel et/ou de la semaine de 4 jours sont des
outils préalables essentiels à cet investissement citoyen.
Poser des contraintes fortes à l’installation de
la grande distribution
Il doit être plus simple d’installer un commerce à Bor-
deaux lorsque celui-ci peut être défini comme un com-
merce à impact.
Eduquer à l’alimentation durable
Instaurer une obligation d’éducation autour
de l’alimentation locale, biologique et végétale au
sein des établissements scolaires par l’équipe pé-
dagogique et par des intervenant.es externes.
Comment ?
Mettre en place des projets éducatifs (mettre les mains
dans la terre, potager, compost et découverte des pro-
duits locaux et de saisons).
Dans la restauration scolaire :
Travailler le goût grâce à des produits de qualité.
Instaurer pour chaque repas une alternative végétale.
Mettre en place des espaces de discussion entre
professionnels de la restauration, parents et person-
nels pour réajuster les pratiques et éviter le gaspillage
alimentaire. Créer des espaces physiques de discussion
autour de ces question (à mettre en lien avec les es-
paces de réparation).44
Réduire massivement nos déchets
L’empreinte carbone des déchets généré par chaque
habitant.e peut paraître faible : à peu près 1% des émis-
sions de gaz à effet de serre, selon le plan climat. Il est
vrai qu’une part substantielle des déchets résiduels (ce
qui reste après le tri) part à l’incinérateur, et ressort sous
la forme de valorisation thermique.
On notera toutefois que brûler des matières organiques
à l’incinérateur est un contresens : leur teneur en humi-
dité rend leur incinération très imparfaite, et produit des
résidus de combustion.
A noter qu’à compter du 1er janvier 2024, les ménages
ont l'obligation de trier leurs déchets alimentaires et
les déchets verts de jardin afin qu'ils soient compostés
par les collectivités. C’est une mesure essentielle pour
réduire l’incinération des déchets.
Enfin, pour passer de 580kg à 100kg de déchets par an
et par personne, il faut réduire les déchets à la source,
passer par le réemploi et réduire l’incinération des dé-
chets.
Donner une réelle ambition à la politique
de gestion des ordures ménagères
Pourquoi ?
Les déchets ont un impact carbone faible, mais les
luttes environnementales ne s’arrêtent pas au climat.
Les menaces sur la biodiversité nous ont conduits à
ouvrir une réflexion sur les déchets, et notamment sur
les ordures ménagères, symbole de notre société de
consommation actuelle.
Comment ?
Augmenter le nombre de poubelles vertes dans les
logements collectifs pour répondre aux nouvelles
consignes de tri élargi.
Accélérer la mise en place d’un système de ramassage
du compost et des déchets verts des particuliers.
Multiplier le nombre de composteurs pour le dépôt
volontaire.
Réduire la fréquence du ramassage des ordures ména-
gères.
Mettre en place une tarification incitative en fonction du
poids des ordures produites.
Faire de l'espace public un exemple en
matière de gestion des déchets
Pourquoi ?
En complément de la sphère privée, l’espace public se
doit d’être exemplaire en matière de gestion des dé-
chets. Cela participe d’une part à l’image d’une ville
propre dans laquelle les Bordelaises et Bordelais sou-
haitent vivre et, d’autre part, cela contribue à sensibiliser
l’ensemble des habitant.es à ce sujet.
Comment ?
Installer des points de collecte de mégots et de
chewing-gum devant les bâtiments publics et dans les
rues commerçantes.
Mettre en place des sanctions et les appliquer
(amendes, travaux d’intérêts généraux) pour tout in-
dividu pris en flagrant délit en train de souiller l’espace
public, en lien avec la brigade anti-incivilités.
Faire de Bordeaux la ville pionnière en
matière de suppression des déchets
Pourquoi ?
Le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. Après
(presque) plusieurs décennies de sensibilisation de la
population à ce sujet, il est anormal que la décrue du
volume de déchets non triés soit si lente. Les embal-
lages constituent une part non négligeable des déchets
produits et pèsent dans le coût même des produits.
Enfin, réduire les déchets à la source est un bon moyen
de lutter contre la vie chère.
Comment ?
Développer le vrac.
Equiper les ménages de contenants réutilisables.
Favoriser le don, le troc, le réemploi, en développant les
recycleries de quartier.
Réinstaurer la consigne, en travaillant étroitement avec
le secteur viticole, en réinstallant cette pratique comme
normalité dans l’esprit des Bordelaises et Bordelais.
Inciter les producteur.rices régionaux à la standardi-
sation des contenants en fonction de leur usage pour
faciliter la réutilisation (re-use) à l’échelle régionale.
Créer un budget pour la création d'un centre de net-
toyage des consignés, en régie, afin de centraliser
inciter les producteur.rices à entrer dans la démarche
dans la mesure où ces coûts seraient portés par la Ville
ou la Région.
Créer un réseau de commerces partenaires pour
une collecte simplifiée, moins contraignante pour les45
Note de animateur.rices
de la convention citoyenne
Si la nécessité de réduire les déchets à la source est
partagée par les membres de la convention citoyenne,
la réduction du ramassage des ménages et la mise en
place d’une tarification incitative n’ont pas fait consen-
sus. La contrainte est jugée contre-productive par
une partie du groupe et la tarification injuste pour les
familles les plus précaires. Le débat reste donc ouvert
pour identifier les leviers adéquats en vue
d’un changement des comportements.
Marie Bordeaux 1er juillet 2040
Ce matin, lorsque j’ouvre les yeux, le soleil est déjà
haut. Ce sont des rires et des éclats de voix qui m’ont
réveillée... C’est tellement plus agréable que la sonne-
rie d’un réveil ou le bruit de la circulation qui autrefois
marquaient mes débuts de journée. Un café à la main, je
me pose un instant à la fenêtre, pour observer les joyeux
groupes d’adolescents qui se baignent dans la Garonne.
Cette piscine dans le fleuve¹² était vraiment une bonne
idée : moins de consommation d’eau pour un équipe-
ment indispensable par les fortes chaleurs que nous
vivons depuis deux mois. Heureusement qu’elle est là
cette Garonne, pas besoin de brûler de l’énergie pour
aller à l’océan. Dire qu’à leur âge, je pensais que le plaisir
de la baignade allait disparaître !
Mais pas le temps de rêvasser trop longtemps ; au-
jourd’hui, c’est mon tour d’arroser le potager du quartier.
Ce sera l’une des dernières fois de la saison, car nos im-
portantes réserves d’eau de pluie destinées aux cultures
sont presque à sec. Heureusement, nous cultivons sur-
tout des légumes peu gourmands en eau. Il a bien fallu
s’adapter. J’espère, en tout cas, que Jean-Jacques a
bien rangé les tuyaux... Allez, j’y vais ! La rue est calme,
je profite du chant des oiseaux omniprésents. Je marche
à l’ombre des arbres. Je pourrais presque donner un
nom à chacun d’entre eux, car c’est nous, les habitant.es
du quartier qui les avons plantés. Ceux que nous avons
mis en terre en janvier dernier sont encore petits, mais
les plantations de la première vague, celle de 2024,
offrent déjà une fraicheur apaisante aux passants.
Au potager partagé, je rejoins Emilie qui doit m’ap-
prendre à utiliser le tout nouveau système de compost.
Puis je ramasse des fraises, des framboises, et quelques
pêches destinées à mes amis, avec lesquels je vais
passer la soirée. Je les avais invités dans ma maison
familiale en Corse, mais de nos jours qui prend l’avion ?
Je m’arrête faire quelques courses de mes produits
locaux préférés. La devanture du bouquiniste est enfin
végétalisée. J’en ai justement discuté hier avec le maire
de quartier que l’on croise régulièrement sur le marché.
Il m’a assuré que la végétalisation des façades et des
toitures se poursuivait, avec des essences résistantes
à la sécheresse et à la chaleur. Et puis, nous devrions
atteindre nos objectifs de photovoltaïque en toitures
d’ici 3 mois. Maintenant que nous avons drastiquement
réduit nos consommations, le parc solaire devrait couvrir
une grande part de nos besoins domestiques.
Il y a foule au parc pour le festival Bordeaux Open Air.
Qu’à cela ne tienne, je sais où retrouver mes amis :
Brahim, Vincent et Clémentine sont déjà attablés devant
des jus de fruits et des bières locales. Je passe à la bu-
vette. Je vais pouvoir dépenser ma monnaie locale !
J’ai hâte que le concert démarre !
¹².Près de Vienne, en Autriche, le lac Krummsee est
une piscine publique naturelle "Biotop" ou "Natur-
bad".NOTRE ENGAGEMENT 5
La réponse au « comment faire ensemble » a débuté le 13 octobre dernier au lancement de cet objet démo- cratique qu’est la convention citoyenne dont nous sommes membres.
En rassemblant 100 Bordelaises et Bordelais pour réfléchir à l’urgence climatique, en nous nourrissant d’auditions, d’expériences, en créant les conditions de coopération entre nous et avec la Ville, nous faisons vivre des espaces de dialogue à même de faire face aux défis sociaux et environnementaux actuels.
Construire une nouvelle société prend du temps, l’urgence est pourtant déjà là. L’heure n’est donc plus de détricoter les idées des un.es pour en penser de nouvelles mais d’agréger toutes les énergies qui contribuent à cette société. Nous sommes et resterons engagés dans cette construction.
La réponse au « comment faire ensemble » se poursuit dans cet avis. Nous avons proposé un nouveau système de valeurs : le respect du vivant et des limites planétaires, la sobriété, la solidarité, la démocratie participa- tive, pour sortir de la société de consommation nuisible autant au vivant qu’à la planète. Nous avons proposé des principes d’actions pour traduire ces valeurs dans nos modes de faire. Enfin, nous avons proposé des actions qui nous semblent essentielles, en accord avec nos valeurs et principes.
La réponse au « comment faire ensemble » se transforme en « comment continuer ensemble ? ». En effet, nos différentes recommandations portent en elles ce besoin de suites et de suivi. Il nous faut collectivement poursuivre et amplifier la dynamique en cours pour transformer Bordeaux, et embarquer tous les Bordelaises et Bor- delais dans cette construction.
La réponse à « comment continuer ensemble ? » doit se traduire selon nous par un nouveau contrat. A l’image de la charte de participation co-signée par chacun d’entre nous et par le maire, au début de nos travaux, nous vous proposons de nous engager ensemble, Ville et membres de la convention, dans un nouveau contrat pour tracer cette suite. Nous en proposons les contours en suivant, à discuter et préciser avec l’ensemble des élu.es et des services municipaux dès la restitution de nos travaux.
La suite de cette convention et de ce Grand dialogue doit se faire avec la Ville de Bordeaux, avec nous membres de la convention, avec les Bordelaises et Bordelais.
Pour mener ce travail, nous demandons à la Ville de Bordeaux :
- des moyens humains et financiers pour accompagner suivi et mise en œuvre, avec l’identification d’un in- terlocuteur pour la coordination globale et d’interlocuteurs thématiques, missionnés, compétents, dotés de budgets spécifiques.
- une communication renforcée sur nos travaux, sur le Grand dialogue, sur ses perspectives et effets, sur la base d’indicateurs comme ceux préconisés dans cet avis.
- un calendrier de mise en œuvre de nos recommandations, pour les inscrire dans le temps long et assurer leur pérennité, au-delà des prochaines élections municipales.
- une communauté de réflexion et d’action élargie, intégrant les acteurs du territoire, privés, publics, pour créer une coopération à toutes les échelles de territoire sur l’urgence climatique, du quartier à l’Etat en passant par les départements et les villes et villages voisins.
- la création d’une instance de suivi propre au Grand dialogue citoyen sur l’urgence climatique.
46Cette instance municipale, actée en conseil municipal et pérenne, aura pour mission de poursuivre les ré- flexions ouvertes par notre convention citoyenne, de suivre leur mise en œuvre et d’accompagner les suites de ce Grand dialogue, à travers une évaluation conjointement menée par les citoyen.nes, les élu.es et les services, avec des rendez-vous semestriels dont le premier pourrait être en septembre 2024, par exemple.
Il nous faudra co-construire sa feuille de route, sa composition, ses modalités de travail, le mandat des participant. es et leur renouvellement.
Pensée en cohérence et complémentarité avec d’autres dispositifs existants comme l’observatoire municipal de la démocratie permanente ou encore le conseil citoyen du plan climat, cette instance de suivi sera également complé- mentaire de notre propre organisation collective.
Pour mener ce travail, nous, membres de la convention, nous nous engageons. La convention citoyenne sur l’urgence climatique va se poursuivre et se constituer en collectif avec les participant.es volontaires. Sans présager à ce stade de notre future forme juridique, nous serons une entité autonome, indépendante, pérenne, auto-organisée, dotée d’une communication propre, notamment pour in- former les Bordelaises et Bordelais de nos recommandations, de l’avancée des recommandations et de nos actions.
Nos missions légitimes seront d’une part de promouvoir nos travaux, pour sensibiliser à l’urgence climatique et aux leviers de changement que nous avons toutes et tous à notre portée, et d’autre part d’agir concrètement sur le terrain avec des actions et des mises en scène qui marquent les esprits autant qu’elles embarquent. Nous partici- perons à créer une vague citoyenne en étant actif sur le terrain.
En retour de notre engagement volontaire et bénévole dans cette convention citoyenne, nous vous demandons, Ville de Bordeaux, de nous accompagner dans cette démarche de construction collective.
Nous vous demandons du temps animé supplémentaire pour poursuivre nos réflexions, des lieux pour nous réunir, une reconnaissance et une valorisation du temps d’engagement auprès de nos employeurs pour les salarié.es avec une recherche équivalente pour les non-salarié.es, de l’aide technique pour la structuration juridique ou encore de la formation sur des sujets allant des dynamiques collectives à la sensibilisation environnementale en passant par la prise de décision et le plaidoyer.
Alors demain...
...nous venons avec vous, Ville de Bordeaux, sur les ateliers d’atterrissage, pour partager nos réflexions avec celles et ceux qui font et vivent le territoire dans les entreprises, dans les associations, dans les services publics, dans les universités, dans les écoles, dans les maisons de retraite... pour multiplier les actions.
...nous nous impliquerons dans la restitution publique du Grand dialogue citoyen sur l’urgence climatique en mai prochain.
...nous venons avec vous, maires de quartier, dans les conseils de quartier, dans les mairies de quartier, pour partager nos travaux avec les Bordelaises et Bordelais et pour les embarquer dans la suite.
...nous agissons avec vous, famille, ami.es, collègues, voisin.es, pour concrétiser nos propositions et faire de Bordeaux un territoire où la neutralité carbone et la justice sociale ne soient plus des mythes mais bien des réalités pour toutes et tous.
47Et aujourd’hui pour la communication de notre avis, auprès des Borde- laises et Bordelais, pour laquelle vous nous aviez laissé libre choix...
...nous vous proposons d’organiser dès la remise de nos travaux un temps d’échange et de travail avec les personnes en charge de la communication et de l’événementiel à la Ville de Bordeaux...
...nous pensons dès à présent à une grande campagne de communication, à l’appui notamment des récits que nous avons commencé à écrire, avec des articles papiers et numériques ou encore une exposition photo mettant en avant des citoyen.nes engagés, construites avec des artistes locaux.
...nous sommes prêts à tenir des permanences dans l’espace public avec le vélo-cargo « Mêlons-nous de ce qui nous regarde » et le parlement mobile pour aller à la rencontre des Bordelaises et Bordelais.
...nous sommes prêts à identifier des événements festifs phares du territoire : fête du vin, fête de fleuve, jeux olympiques pour y trouver notre place.
...nous sommes prêts à initier des chantiers citoyens, pour embellir une rue, planter des arbres, pour agir concrètement en nombre.
Nous nous engageons au-delà de notre mandat, nous sommes prêts à continuer, nous sommes prêts à nous relever les manches, vous êtes venus nous chercher, maintenant nous ne vous lâcherons pas !
Thomas A, Margaux Alarcon, Marion Antoinat, Garance Alegria, Françoise Arnaud, Natacha Aubry, Fran- çois Azria, Tiguidjanke B, Dominique Ballis, Mathieu Baris, Jean-Louis Baritiu, Aurélien Benjamin, Maxime Bonnenfant, Annabelle Bonnet, Guillaume Bonnet, Pascale Bounheng, Alexis Bourieau, Sophie Boury, Camille Bouteila, Laureen B, Mathilde Brisson, Solal B, Denis Caillé, Laure C, Pierre C, Mathieu C, Isabelle C, Fanny De Vivies, David Dejean, Pauline D, Sylvie Destruhaut, Luis Diaz Rivera, Agnès Dieumegard, Ma- thilde D, Elisabeth Dourthe, Hélène Durrey Paule, Mylan D, Florence Duroux, Tanguy D, Clément E, Olivier Franc, Etienne François, Odile G, Olivier Girard, Loic G, Céline Granet, Aude Guillon, Fati Inna H, Chris- tiane J, Alexandre Journolleau, Fatiha K, Sylviane Kopp, Valérie Lafitte, Margaux Le Cam, Virginie Leteure, Jérémiah Liger, Alice Luisi, Alexandre Macé, Blandine Malbos, Carole Massado, Olivier Matillo, Claire Mé- ricq, Chloé Michel, Emmanuel M, Stéphane M, Carla Montecinos, Shirine Omari, Arthur P, Roseline Paris, Lisa Passavant-Guion, Claire Pélissié, Laure Periot, Gilles Piaux, Aurélien Ramage, Séverine R, Amandine Rey, Olivier Richard, Ariane R, Baptiste R, Marion Rivière de Collasson, Roger Rolland, Pierre Rossignol, Didier Roucou, Agathe Roure, Malija Saifullah, Pierre-Loic S, Ludovic S, Jean-Louis Séré, Marine Suty, Colette T, Etienne Thomas, Sylvain Uzac
4849
6 ADEME Agence de la transition écologique Agrivoltaïsme L'agrivoltaïsme consiste à produire de l'électricité à partir de panneaux photovoltaïques implantés sur des terrains où
l'activité agricole se poursuit : au-dessus d'animaux en pâture, de vergers, de maraichage ou d'autres cultures.
Effet d’Albédo
L’albédo désigne la capacité d’une surface à réfléchir l’énergie solaire.
AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) Contrat entre un groupe de consommateurs et une ferme, basé sur un système de distribution de « paniers » com- posés des produits de la ferme. C’est un contrat solidaire, basé sur un engagement financier des consommateurs, qui payent à l’avance une part de la production sur une période définie par le type de production et le lieu géogra- phique.
Cerema
Le Cerema est un établissement public relevant du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Il accompagne l’Etat et les collectivités territoriales pour l’élaboration, le déploiement, et l’évaluation des politiques publiques d’aménagement et de transport.
Climato dénialistes
Ces personnes reconnaissent qu'il y a une tendance au réchauffement climatique mais selon elles, les causes en sont exclusivement naturelles. Elles nient la responsabilité des activités humaines dans cette tendance.
CREPAQ
Centre Ressource d’Ecologie Pédagogique de Nouvelle Aquitaine
CO₂
Dioxyde de carbone
COP
Une COP (Conference of the parties) est une conférence internationale sur le climat orgénisée par l’ONU qui réunit chaque année les pays signataires de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CC- NUCC). L’édition 2015 (COP21) a été organisée par la France. L’Accord de Paris qui y a été adopté engage tous les pays du monde à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à maintenir le réchauffement sous la barre des 2°C d’ici à 2100.
COP28
La 28e Conférence des Parties sur les changements climatiques (COP28) s'est tenue à Dubaï, organisée par les Émirats arabes unis (EAU), du 30 novembre au 13 décembre 2023. Il s’agit d’un temps fort des négociations clima- tiques afin de dresser le premier bilan mondial des engagements pris par les États à Paris en 2015 lors de la COP21.
« Dark store » et « dark kitchen »
Entrepôts ou cuisines fermés au public permettant de préparer des commandes passées sur internet ou via une application.
glossaire50
Décret EET (éco énergie tertiaire)
Obligation réglementaire engageant tous les acteurs du secteur tertiaire vers une réduction progressive de la consommation énergétique dans les bâtiments à usage tertiaire.
DPE (diagnostic de performance énergétique)
Il enseigne sur la performance énergétique et climatique d’un logement ou d’un bâtiment (étiquettes allant de A à G), en évaluant sa consommation d’énergie et son impact en termes d’émissions de gaz à effet de serre.
GIEC
Groupe d’expert.es intergouvernemental sur l’évolution du climat
OMS
Organisation Mondiale de la Santé
PCAET (Plan Climat Air Energie Territorial)
Document de planification, à la fois stratégique et opérationnel, qui permet aux collectivités d’aborder l’ensemble de la problématique air-énergie-climat sur leur territoire.
PLU (Plan Local d’urbanisme)
Document d'urbanisme qui, à l'échelle du groupement de communes ou de la commune, traduit un projet global d'aménagement et d'urbanisme et fixe en conséquence les règles d'aménagement et d'utilisation des sols.
RSE
La responsabilité sociétale des entreprises se définit comme la contribution volontaire des entreprises aux enjeux du développement durable, aussi bien dans leurs activités que dans leurs interactions avec leurs parties prenantes.
SPASER (Schéma de Promotion des Achats Publics Socialement Ecologiquement Responsables) Issue de l’article L2111-3 du code de la commande publique, cette disposition oblige les acheteurs publics à adopter et publier ce schéma. Cette obligation concerne principalement les collectivités territoriales et leurs grou- pements.
Trame noire
La pollution lumineuse cause de nombreuses perturbations à la faune et à la flore nocturne notamment par la frag- mentation des habitats naturels. La trame noire est un réseau formé de corridors écologiques caractérisé par une certaine obscurité permettant de protéger la biodiversité nocturne de la pollution lumineuse.
Ville du ¼ d’heure
Le concept de la ville du ¼ d’heure a été défini par Carlos Moreno, urbaniste franco-colombien. Ce concept décrit le modèle d’une ville où tous les services essentiels sont à une distance d'un quart d'heure à pied ou en vélo, dans un objectif de réduction des transports motorisés et donc des émissions de gaz à effet de serre. Ce modèle de vie en proximité doit également assurer une mixité fonctionnelle en développant les interactions sociales, économiques et culturelles.
Le Dictionnaire du Climat du Programme des Nations Unies pour le Développement est consultable en ligne : https://climatepro- mise.undp.org/fr/news-and-stories/le-dictionnaire-du-climat-un-guide-pratique-sur-le-changement-climatique51
7
Les intervenant.es lors de la première session de travail pour la Ville de Bordeaux
« Le Grand dialogue citoyen sur l'urgence climatique et la convention citoyenne » Pierre Hurmic, Maire de Bordeaux
Tiphaine Ardouin, Adjointe au maire de Bordeaux en charge de la démocratie permanente et de la gouver nance par l'intelligence collective
Marie-Julie Poulat, Conseillère municipale déléguée auprès de Tiphaine Ardouin pour la veille et la diffusion des pratiques et cultures démocratiques
« Etat des lieux de l'urgence climatique et de l'action municipale à Bordeaux » Claudine Bichet, Première adjointe au maire de Bordeaux en charge des finances, du défi climatique et de l'égalité femmes-hommes
François Corbier, Directeur général des services de la Ville de Bordeaux
Les intervenant.es lors de la première session de travail pour la Commission Nationale du Débat Public
Marianne Azario, garante de la CNDP
Les expert.es auditionnés lors de la première session de travail, sur les sujets relatifs au climat et à la démocratie
« Parlons climat. Chaque mot compte ! Chaque année compte ! Chaque action compte ! » Christophe Cassou, Climatologue et directeur de recherche au CNRS
« Quels blocages et quels leviers d'action ? »
Loïc Blondiaux, Professeur de Science politique, spécialiste de la démocratie participative et délibérative, membre de la CNDP
Christine Jean, Biologiste, ancienne coordinatrice du Comité Loire Vivante, Prix Goldmann de l'environne ment 1992, membre du Conseil Economique, Social et Environnemental de Nouvelle Aquitaine, membre de la CNDP
Bernard Lemoult, Directeur de recherche à IMT Atlantique, fondateur du Collège des Transitions sociétales
Les expert.es auditionnés lors de la deuxième session de travail
Gilles Boeuf, Biologiste, professeur, ancien président du Muséum national d'histoire naturelle, sur la théma tique de la biodiversité
Denys Cordonnier, Membre d’ATD Quart Monde et co-fondateur du dispositif "territoire zéro chômeur longue durée", sur la thématique de l'inclusion sociale et de l'emploi
Vincent Castaignède, Ingénieur et écrivain, sur la thématique bilan carbone et transport
Annexe 1
LES AUDITIONS AUXQUELLES NOUS AVONS ASSISTÉ PENDANT NOS TRAVAUX
a nn exes52
Jean-Philippe Decka, Doctorant-chercheur au Centre de Recherche en Gestion de l'école polytechnique, sur la thématique récit et renoncement
Charles Lucazeau, Responsable antenne Nouvelle Aquitaine d'Enercoop, sur la thématique énergie et mo dèle coopératif
Sandrine Mathy, Economiste de l'environnement, directrice de recherche au CNRS, intervention autour de la question « peut-on faire l'économie du changement climatique ? »
Nicolas Noël, Chargé de mission plan climat Bordeaux Métropole sur la présentation du plan climat air éner
gie territorial
Adrien Roux, Directeur de l'Alliance citoyenne, sur la thématique mobilisation citoyenne et rénovation des logements
Frédéric Vasse, Directeur général du Pôle métropolitain Nantes-Saint-Nazaire, sur la thématique prospec tive climatique et inclusion
Les expert.es auditionnés lors de la troisième session de travail
Noëlle Bernard, Praticienne hospitalière et co-pilote du groupe transformation écologique au CHU de Bor deaux
Ryad Bouzouidja, Docteur en mécanique et Maître de conférences à l’institut de mécanique et d’ingénierie I2M, Université de Bordeaux
David Glory, Ingénieur d’étude Accès à l’alimentation - Urgence climatique- Sécurité sociale de l’Alimenta tion, Acclimat’action
Raphaële Heliot, Architecte, conseil et médiation en architecture et villes durables Marc Humbert, Professeur d’économie politique à l’Université de Rennes Erwan Lecoeur, Docteur en sociologie, consultant
Philippe Lassalle Saint-Jean, Président de la Commission développement durable et RSE* de la CCI Gi ronde, Directeur de la Maison Meneau
Eric Macé, Vice-président en charge des transitions environnementales et sociétales à l’Université de Bor deaux
Orianne Pascal, Coordinatrice de Maison de la nature et de l’environnement Julian Perdrigeat, délégué de la fabrique des transitions et ancien directeur de cabinet du maire de Loos- en-Gohelle
Colline Rande, géographe-urbaniste, accompagnement des collectivités dans des projets d’anticipation, adaptation et atténuation aux changements climatiques
Irène Sabarots, Directrice générale adjointe - directrice patrimoine, Aquitanis Claudia Simon et Benjamin Thiant, Coordinateurs Zéro Waste Bordeaux
Les présentations de ces intervenant.es sont disponibles sur la plateforme du Grand dialogue.
Les intervenant.es sur des ateliers entre les sessions de travail
Antonin Le Bougnec, animateur fresque du climat
Carole Bègue, animatrice fresque du climat
Fresque du climat - 14 novembre et 7 décembre
Pierre Thuillier, animateur atelier 2 tonnes
Daniela Da Silva, animatrice atelier 2 tonnes
Atelier 2 tonnes - 18 décembre :
Flore Vasseur, réalisatrice
Projection du film « Bigger than us » - 10 janvier 53
Un plan d’adaptation réussi est bâti sur plusieurs principes d’actions fondateurs qui sont explicités ci-après :
Privilégier des mesures « sans regret »
Les mesures dites « sans regret » sont des mesures bénéfiques quelle que soit l’ampleur du changement clima- tique. Privilégier ce type de mesures s’avère être une réponse au contexte d’incertitudes sur les effets et l’ampleur du changement climatique.
Eviter la « mal-adaptation »
On définit la mal-adaptation comme « une situation où la vulnérabilité aux aléas climatiques se trouve paradoxa- lement accrue ». Ce sont, entre autres, des mesures ayant pour effets : - de transférer la vulnérabilité sur d’autres territoires, d’autres acteurs, d’autres périodes, - de réduire la marge d’adaptation future (absence de flexibilité de la mesure : construction de digue, urbanisation), - d’aggraver d’autres problèmes (effet rebond et surconsommation d’énergie ou d’autres ressources, pollutions diffuses additionnelles, hausse de la précarité...)
Opter pour des mesures multifonctionnelles et des projets intégrés Il s’agit de mesures ayant des bénéfices multiples et permettant ainsi d’apporter des solutions à différents enjeux. A titre d’illustration, on peut citer : Les zones humides : rétention d’eau, régulation, stockage de carbone, biodiver- sité, épuration, etc. ; Les zones tampons végétalisées (haie, herbe...) : limitation du ruissellement, des transferts de pesticides, limitation de l’érosion, biodiversité, etc.
Privilégier des solutions économes en ressources (en matériaux, eau, en sol, en énergie...), afin entre autres de diminuer les dépendances et de réduire les polluants à la source.
Viser une appropriation du plan par les acteurs des territoires en intégrant la perception des acteurs locaux dans l’identification des actions (via par exemple une étude de « vulnérabilité ressentie »), en éprouvant l’acceptabilité des mesures, et en réfléchissant en amont aux outils d’accompagnement en lien avec les besoins et les attentes des acteurs, les mesures de solidarité entre usager.es...
Mieux connaître et faire connaître
Cela passe par l’approfondissement de la connaissance et sa diffusion, la sensibilisation, la formation et l’informa- tion, ainsi que par le suivi et l’évaluation du plan.
Annexe 2
LES PRINCIPES GÉNÉRAUX DE L’ADAPTATION AU DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE QUE NOUS AVONS RETENUS54
D’emblée, lors de la séance introductive de la convention du 13 octobre, plusieurs interlocuteur.rices ont évoqué le PCAET* en signalant l’intérêt d’en prendre connaissance. Lors de la deuxième session, un chargé de mission de Bordeaux Métropole nous en a présenté les grandes lignes tandis que plusieurs d’entre nous se sont plongés dedans, en quête d’éclaircissements sur des sujets qu’ils souhaitaient investiguer.
L’analyse que nous en faisons est que ce PCAET* est en effet très riche d’enseignements. Il regroupe quantité d’informations dans un cadre logique dont les objectifs stratégiques sont clairement définis. Il décrit avec précision les contraintes (contributions respectives des différents secteurs d’émissions de gaz à effet de serre) et dicte pour chacun.e un objectif de réduction à atteindre de manière à respecter l’engagement général de neutralité carbone à l’horizon 2050. Conscient des difficultés à décarboner en totalité le territoire et ses activités, il s’appuie sur un dispositif astucieux de coopérative carbone, système d’échanges avec les territoires périphériques. Ne partant pas de rien (il s’appuie sur les nombreuses actions déjà engagées à l’échelle métropolitaine), ce PCAET* propose une relecture des politiques publiques autour d’un objectif fondamental (la lutte contre le dérèglement climatique) qui doit veiller à rester compatible voire entrer en synergie avec les autres engagements locaux, y compris ceux qui sont portés par d’autres acteurs (politique sociale, activité économique ou usage de l’espace, par exemple).
Nous observons également que ce plan climat a pour ambition d’aller au-delà des impératifs réglementaires en prenant en compte, en plus des émissions directes du territoire (celles des véhicules, des bâtiments, etc.), les émissions indirectes des acteurs territoriaux (celles des produits importés par exemple). Cette approche globale (l’empreinte carbone du territoire) est très intéressante, même si elle soulève de nombreuses questions (il nous pa- raît difficile d’infléchir depuis Bordeaux le contenu carbone de produits fabriqués à l’autre bout du monde...). Enfin, mais peut-être n’est-il pas possible de faire autrement, il fait le pari que le progrès technique et l’innovation techno- logique aideront à décarboner des secteurs réputés difficiles (en tout cas aujourd’hui), à l’instar de l’aéronautique par exemple, et donc réduire l’empreinte carbone des voyageur.euses aériens (et de l’aéroport de Bordeaux-Méri- gnac, soit dit en passant).
Or, si nous comprenons le schéma de prise de décision et de gouvernance interne à la collectivité émettrice de ce PCAET*, nous visualisons mal l’articulation de ce dernier avec les politiques menées par les autres collectivités locales (la Ville de Bordeaux, les autres communes mais aussi le Conseil départemental), celles des établissements publics dont le rôle est important dans le grand territoire bordelais (l’université par exemple), et les milliers d’initia- tives portées par les acteurs privés qui ont à voir avec cet objectif de neutralité carbone. Dit autrement, en quoi les entreprises industrielles, par exemple, ou la grande distribution, sont-elles tenues à s’engager dans la trajectoire de décarbonation qu’instaure ce PCAET*, alors qu’elles peuvent être par ailleurs soumises à des obligations de natures différentes en termes d’abattement de leurs propres émissions de gaz à effet de serre ?
Quoiqu’il en soit, et pour revenir à des considérations plus générales, nous croyons comprendre que ce PCAET a été conçu comme une feuille de route applicable à chaque segment d’activité du territoire métropolitain bordelais, quel que soit le porteur de projet. Nous supposons qu’il renvoie à la mise en œuvre de multiples plans d’action, par chaque partie concernée (les collectivités de Bordeaux Métropole, les autres grands acteurs publics, les entre- prises...).
Au fur et à mesure de nos investigations, il nous a été offert l’opportunité de prendre connaissance d’une quantité astronomique de données. D’abord sur le dérèglement climatique en lui-même, ses causes et ses conséquences, puis sur les voies d’atténuation (la réduction des émissions de gaz à effet de serre) et les perspectives d’adaptation, puis sur la déclinaison territoriale de ces éléments, etc. Il s’ensuit une inflation documentaire de plusieurs milliers de pages, au sein desquels s’insèrent le PCAET* métropolitain, le projet de mandature de la Ville de Bordeaux, le rapport de transition écologique et sociale, qui renvoient eux-mêmes à d’autres documents (par exemple, le volet Adaptation au changement climatique du PLU* de Bordeaux Métropole)...
Ce qui nous amène aux commentaires suivants.
Nous n’avons pas à nous substituer aux services techniques des collectivités. Cela n’est pas notre rôle. Mais nous disposons toutefois d’un savoir fondamental : nous sommes experts de notre propre envi-
Annexe 3
NOTRE LECTURE DU PLAN CLIMAT DE BORDEAUX MÉTROPOLE ET D’AUTRES DOCUMENTS STRATÉGIQUES DE LA VILLE DE BORDEAUX RELATIFS À LA LUTTE CONTRE LE DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE55
ronnement (notre rue, notre quartier, nos trajets...) ; nous sommes experts de nos propres vies, de ce qui les motive et de nos besoins du quotidien.
Il nous semble que ces expertises sont précieuses en ces temps d’urgence climatique, et qu’elles sont susceptibles de faire écho à la dimension technique d’une politique territoriale visant simultanément la neutralité carbone et la réduction de la vulnérabilité à l’égard des effets locaux du dérèglement climatique.
Les premiers plans climat territoriaux et autres plans d’actions climat ont été mis en œuvre, en France, au début des années 2000. Quelles qu’aient été leur portée,, il s’avère que ces deux décennies d’action ne seront pas parvenues à entraver la montée du péril climatique.
Il faut donc, probablement et a minima, changer de braquet. Ou carrément changer de méthode. Nombre d’expert. es que nous avons auditionné ne disent pas autre chose.
Le tableau ci-dessous reprend les principes de cette grille d’évaluation d’impacts. La Ville de Bordeaux pourra éga- lement s’inspirer de la boussole de la résilience du CEREMA*.
Annexe 4
LA GRILLE D’ÉVALUATION CONSTRUITE AU REGARD DE
NOS PRINCIPES D’ACTION56
Projet de scénario écrit par une partie des membres de la convention au fil des mois de réflexion, sur la base des récits tra- vaillés pendant les sessions de travail. Il n’a pas été soumis à l’approbation de l’ensemble du groupe.
LE CALENDRIER DE L’APRES
C’est un grand immeuble dessiné, convivial, un ensemble qui paraît déjà heureux vu de l’extérieur, mais dont les 12 volets sont fermés. A chaque fois que l’on ouvrira un volet, on découvrira le dispositif qu’il recèle.
Chaque récit se situe dans le Bordeaux de 2040, dans un monde qui a déjà subi des épreuves climatiques, et œuvre pour des objectifs de ré- duction en 2050.
Sur ce principe, ce dispositif a vocation à pouvoir être décliné à la fois en installation, en site internet, en application, en événement quotidien x12 sur des réseaux sociaux.
Nous avons conçu et imaginé ce récit sous trois axes majeurs :
- le fond raconte "des" histoires, biodiverses, des possibles, réalistes pour les uns, utopiques pour d'autres.
Nous en avons glissé quatre extraits dans l'avis.
- la forme, la mise en image ou en couleurs ou autre, témoigne- ra de la biodiversité de nos talents, à nous Bordelaises et Bordelais, pour représenter notre monde...
- et l'aventure maintenant qui permet de passer de l'un à l'autre est, en elle-même, LE moyen qui nous permettra
• de sensibiliser tous les Bordelaises et Bordelais en les invitant à réfléchir, à être créatifs et co-acteurs,
• de nous unir, dans cette diversité, dans la future histoire de Bor- deaux.
Nous proposons à la Ville de Bordeaux que cette aventure démarre par un appel à projets (à destination des scolaires, universités, entre- prises.), et/ou d'un grand jeu concours citoyen.
"Imaginez-vous, à Bordeaux, en 2040, inventez le calendrier de l'après..."
Annexe 5
LE « CALENDRIER DE L’APRÈS » QUE NOUS AVONS IMAGINÉ POUR RACONTER LE RÉCIT DES TRANSITIONS57
SEQ.1 INT. JOUR - 1er JUILLET 2040 RESIDENCE LOCUS SOLUS Forme : Documentaire
Dans un vaste salon aux surfaces brutes mais très bien décoré, Anissa (35 ans), une femme à l’humour communicatif raconte son expérience.
ANISSA
Vraiment, il fallait voir la tête de la famille au départ ! On était au moins vingt-cinq à table, et là, ma mère commence à expliquer à tout le monde, qu’on va quitter notre appartement du Grand Parc, et se faire construire un appartement par Aquitanis, qu’on va nous-mêmes choisir un architecte, et faire les plans de notre propre logement ! La famille n’en revenait pas. A ce stade, ils ne la laissaient déjà plus parler ! Ils lui disaient qu’elle était folle, qu’il ne fal- lait jamais qu’elle lâche le HLM qu’on avait mis du temps à avoir, que c’était n’importe quoi, que c’était une arnaque, et je ne sais pas quoi encore. Et puis finalement, quand ma mère a dit qu’une de nos voisines que toute la famille connaissait le faisait aussi, ils se sont décidés à arrêter de se moquer d’elle et la laisser continuer. Et puis finalement, tout ce qu’elle leur a raconté s’est vraiment pas- sé, et même plus. C’était extraordinaire, on ne se rend pas compte aujourd'hui parce que c’est devenu courant, mais à l’époque, en 2018, on était de véritables pionniers. Le bailleur social nous a vraiment laissés choisir un architecte, imaginer notre appartement idéal pour la famille et les cinq enfants, et mes deux parents sont allés dé- fendre leur projet comme les quarante-quatre autres familles concer- nées.
A partir de là, tout le monde s’est mis à travailler ensemble sur les lignes communes et les originalités du projet. D’une manière gé- nérale, on peut dire que les personnes concernées n’étaient pas du tout sensibilisées aux enjeux écologiques et climatiques. Ils cher- chaient des solutions pour vivre mieux, pas pour vivre avec moins, à cette époque, alors quand on leur a dit qu’on allait leur construire un « bâtiment bioclimatique low-tech », je vous raconte pas la tête qu’ils ont faite ! Qu’est-ce qu’on a rigolé avec ma sœur ! On fai- sait tourner les parents en bourrique, on leur disait qu’on allait devoir vivre comme des américains du coup, qu’il faudrait parler en anglais au chauffage pour qu’il s’allume ! Bon... en vrai, ils nous ont surpris les parents pour être honnête : très vite on s’est rendues compte qu’ils comprenaient de mieux en mieux, réunion après réunion, les enjeux du projet. On était surprises de les voir manier le voca- bulaire et les concepts, on les voyait travailler tard le soir, éla- borer des plans, ils prenaient ça très au sérieux. Et puis un jour, là, je crois qu’ils nous ont déclenché le plus gros fou-rire de toute notre vie.
Ils étaient en train de nous faire une présentation de leur projet, une manière de s’entraîner.
(Pendant ce récit, tous les propos sont illustrés par Anissa qui se58
promène dans son appartement, puis les coursives, et enfin la ferme ur- baine.
Ils nous racontent les fondamentaux : ils veulent une structure simple, presque basique, sans fioriture, pas de papier-peints, pas de revêtements de sols, grâce à ça ils peuvent gagner jusqu’à 30m2 sup- plémentaires avec la même enveloppe. Ils veulent une cuisine « amé- ricaine », dans l’espace de vie. Ils veulent un logement vivant, dans lequel ils peuvent faire évoluer la disposition des cloisons en fonction des changements familiaux, mais que cela ait été pen- sé à l’avance. Ils nous parlent des coursives qui cernent les loge- ments traversants, ils veulent en faire plus que des lieux de passage, des lieux de vie. En leur offrant trois mètres de large, les enfants peuvent y faire du vélo pendant que les parents discutent assis à des tables. Jusque-là, ça va, on trouve ça incroyable nous les enfants, ça fait un peu endroit de rêve, on a un peu de mal à y croire, mais on adore, on les écoute les yeux brillants. Et puis là, ils commencent à nous parler d’une « ferme urbaine » au pied de l’immeuble, pour pro- duire ensemble des fruits et légumes... bon, là ça commence à se dé- tendre dans la fratrie, mais ils ont l’air convaincus, on les écoute. Et puis là, clou du spectacle, on voit bien qu’ils tournent autour, qu’ils n’osent pas en parler, et puis ils finissent par nous dire, nos parents, aux antipodes de tout ce que peut représenter l’écologie dans ces années-là, qu’ils ont bien discuté avec tous les autres futurs lo- cataires, et qu’ils veulent demander pour les 45 logements... des toi- lettes sèches ! Alors là.... C’est parti comme une fusée avec ma sœur, ça a contaminé tout le monde qu’est-ce qu’on a ri, on en avait mal à la tête, après ! Bon... finalement c’était sérieux de leur part, ils ont vraiment tenu à le faire tous ensemble, mais à l’époque le maître d’œuvre ne savait pas comment faire et cette partie-là du projet a été abandonnée. Depuis, le système a été révisé il y a dix ans pour réuti- liser les eaux usées, mais on ne peut pas faire une conversion. N’em- pêche, ça montre bien l’évolution des mentalités, et à quel point on n’imaginait pas à l’époque ce qui est la norme aujourd’hui, et qu’on n’avait pas la notion que l’eau était si précieuse même en France. Voilà. Et vous voyez là, les emplacements au plafond et au sol ? Et bien cette cloison, on l’a changée au moins trois fois de place, en fonc- tion des enfants qui sont partis, et puis ensuite on a fait un bureau, et puis une chambre pour les jumeaux de ma sœur, etc... et à chaque fois, c’est pas compliqué, tout est prévu, les réseaux sont prêts, et ça change tout. Et puis ce que j’aime bien ici, c’est que comme c’est livré brut, tout le monde fait de vrais efforts d’aménagement et tous les appartements dans lesquels vous irez, ils seront complètement dif- férents, à la fois dans la déco et dans la disposition des pièces. Et c’était nous les premiers ! Après coup, on se demande pourquoi on n’y avait pas pensé avant. Depuis la construction, il n’y a pas eu beau- coup de changements je crois, à part le toit qu’ils ont finalement réussi à végétaliser, et on adore. Et aussi le parking souterrain, qui reçoit maintenant la buanderie qu’on a finalement mise en commun.59
Globalement, nos factures d’énergies, elles continuent d’être très faibles, et alors que les températures ont explosé, chez nous on s’en tire toujours mieux que les voisins, donc c’est concluant, et puis même, en dehors de ça, je ne sais pas si c’est les coursives, ou l’esprit pionnier, ou quoi, mais il y a toujours eu une vie sociale intense ici.
On se connaît tous, ça a influencé aussi dans les métiers, on est plu- sieurs à s’être orientés vers des métiers autour de l’architecture, de l’écologie au sens large, il y a des ingénieurs, d’une certaine manière, ce qu’ont fait nos parents, ça nous a rendus curieux et ça nous a inspirés.
Locus Solus (Document Aquitanis sur le projet Locus Solus mené en 2017)
SEQ.2 INT/EXT - 2 JUILLET 2040 LORMONT
Forme : Journal de bord
SEQ.2-1 INT. PENOMBRE - APPT BENJAMIN
Une main obstrue en partie l’écran, on entend très fort des pièces qui frottent les unes contre les autres et finalement, un clic. La main s’écarte, face au miroir, cette caméra pectorale nous fait dé- couvrir...
La pièce de vie d’un appartement simple, un peu encombré, plongé dans la pénombre, éclairé seulement par la puissante lumière qui parvient à s’infiltrer malgré les rideaux occultants, et face au miroir, un jeune homme de 25 ans torse nu, une caméra pectorale fixée sur un har- nais au niveau du plexus.
BENJAMIN (mal réveillé)
Coucou Lucie, allez, comme promis, je te fais un petit journal de ma journée type, et ensuite tu m’enverras le tien. J’aimerais bien voir si c’est si différent au quotidien de vivre à Metz ou à Bordeaux. Al- lez hop ! Toilette, 50cl, mais ça j’imagine que c’est pareil pour toi, c’est d’ailleurs pour ça que je commence à préférer l’hiver : 1,5l pour faire sa toilette le matin, c’est quand même vachement plus agréable ! Bon 5h10, j’ai un programme serré jusqu’au couvre-chaud de 11h. Première étape, le Repair Café.
SEQ.2-2 EXT. PETIT JOUR OMBRIERE QUAI DE LA SOUYS
Toujours vu de la caméra pectorale, Benjamin est à vélo.
BENJAMIN
Bon, tu vois Lucie je force pas, j’y vais tranquille, le jour se lève à peine mais je suis déjà en nage, t’imagine... je sais pas si c’est comme ça chez vous, mais bon, je déteste ça de devoir faire du vélo en début de journée par cette chaleur. En même temps j’ai pas le60
choix, vu que justement, c’est pour mon vélo que je vais au Repair Café. Tu verras, c’est mon copain Lahn qui le tient il est trop low.
SEQ.2-3 INT. JOUR REPAIR CAFE (Garage Moderne, Bordeaux)
Le lieu est hybride, garage associatif de voitures, vélos, galerie d’art et un bar ancien posé au milieu. Les gens travaillent sur leurs engins, Benjamin en sueur longe les différents ateliers, à la recherche de Lahn. Il trouve celui-ci affairé à préparer un repas collectif en compagnie d’autres cuisiniers dans une cuisine aménagée elle aussi au milieu de cet espace.
BENJAMIN
Salut tout le monde, ça a l’air trop bon ce que vous préparez !
LANH
Salut Benj, oui, on se dépêche de finir d’ici une heure, après on en- fourche les vélos et on part livrer les anciens du quartier avant le couvre-chaud, en ce moment c’est vraiment la course, il est à 11h au- jourd’hui, je te dis pas...
BENJAMIN
J’imagine... Vivement le mois d’août ils ont dit que ça repasserait sans doute à midi d’après les prévisions météo. Au fait, je t’ai pas dit mais je filme toute ma journée aujourd'hui avec ma pectorale, on va se comparer nos journées avec ma copine Lucie qui est à Metz, ça gêne pas ?
LANH
Non, pas de souci, tout le monde est ok ici, mais après, ça me dit bien aussi que tu nous montres à quoi ressemble la vie de ta copine à Metz !
BENJAMIN
(Tope)
Deal ! Bon dis-moi, tu crois que tu peux me montrer comment installer un pignon supplémentaire sur mon vélo ? Il fait trop chaud là, si je peux éviter le moindre effort, franchement je dis pas non.
LANH
Je peux pas là, j’ai les mains dans la salade, mais demande à Fatou, c’est son truc à elle les pignons.
BENJAMIN
OK, tu fais quoi après ta livraison ?
LANH
Ben retour ici, on mange à 11h, sieste, lecture etc. dans l’abri de chaleur jusqu’à 14h30, et ensuite on reprend jusqu’à 17h. Je passe après si tu veux, tu seras chez toi ?61
BENJAMIN
Oui, j’y serai pour 18h, 14h30-17h30 je donne mes cours citoyens. Physique élémentaire pour les gamins du Collège Greta Thunberg.
LANH
Cool ! A tout’
SEQ.2-4 INT. NUIT PARKING
Dans un parking lambda non éclairé par la lumière du jour, quelques voitures éparses, un emplacement est occupé par un stand de marchande de quatre saisons (éventuellement un autre stand avec marchandise re- cyclée). Nous percevons toujours l’ensemble à travers la caméra pec- torale de Benjamin, qui arrive en dérapant devant le stand.
BENJAMIN
Salut ma Çoiçoise, comment tu vas ?
FRANÇOISE
(Ravie, se lève de son siège pliant)
Ah Benjamin, Comment ça va, tu as l’air en pleine forme.
BENJAMIN
Dis bonjour à ma copine Lucie de Metz, je veux lui montrer comment on s’organise ici (Françoise sourit et fait un signe à la caméra). Bon, allez je me dépêche parce que réparer mon vélo a pris plus de temps que prévu, pour une fois j’ai pas trop le temps de causer. Super dis- donc tes fruits (à définir, Benjamin prend des sacs en papier et se sert). Je vais me régaler avec tout ça, il doit être beau ton jardin en ce moment.
FRANÇOISE
Ah oui, les arbres sont pleins de fruits, mais c’est normal, Jeanne y passe un temps fou, à tout protéger du soleil, elle m’inquiète d’ail- leurs, à nos âges, je n’ai pas envie de me retrouver toute seule...
BENJAMIN
Oh ben qu’est-ce que c’est que ces idées Çoiçoise ? Elle est telle- ment heureuse ta Jeanne dans son jardin...
FRANÇOISE
C’est vrai, tu as raison, mais je ne peux pas m’empêcher de m’inquié- ter. On a perdu tellement de personnes chères pendant la super cani- cule... Je ne peux pas m’empêcher, c’est plus fort que moi.
Benjamin qui s’est servi lui tend les trois sacs, elle les pèse sur sa balance Roberval, quand tout à coup il réalise et sort un livre de son sac à dos.62
BENJAMIN
Mais au fait ! Regarde ce que je t’apporte aujourd’hui : sympa, non ? C’est un Astérix vintage. Ça doit te rappeler des souvenirs j’imagine ?
FRANCOISE
Ah, comme c’est sympa... Moi j’ai jamais été trop BD, mais figure-toi que je le deviens avec l’âge, et justement, les Astérix, je ne les ai pas lus. Ça troque ? (Elle lui tend la main pour toper)
BENJAMIN
(Tend la main et tope)
Ça troque !
T’as vu Lucie, ça troque sévère à Bordeaux, vous faites ça aussi à Metz ? Allez, bises Françoise, je vais vite me mettre à l’abri et me préparer tout ça pour déjeuner.
SEQ. 3 INT NUIT - 3 JUILLET 2040 BASE SOUS-MARINE - Forme : Podcast
ANTOINE
(Voix légèrement sépulcrale, écho, réverb, bruits d’eau, quelques rou- lis ou raclements d’outils au loin selon les déambulations)
Bonjour, je suis Antoine, je suis donc le responsable actuel des Cultures Aquaponiques de la Base Sous-marine de Bordeaux, plus connues de tous sous le nom commercial d’AQUABASE. Ça fait un an et demi que j’ai cette responsabilité, je suis donc on pourrait dire « à mi-mandat », puisque c’est une occupation que l’on peut exercer via des mandats de trois ans non renouvelables. Voilà, donc on commence la visite « au cœur du réacteur » on pourrait dire, dans la salle qu’on a surnommée « La Cathédrale ». Il faut imaginer, au cœur de ce complexe qu’est la base sous-marine de Bordeaux, un gigantesque cube de béton de 8000m3, soit 20m sur toutes ses faces. C’est colossal, très imposant, et au départ, il n’y avait bien sûr aucune entrée de lumière dans cet es- pace, consacré au stockage de missiles. Au début des années 2020, il faut savoir que tout cet espace avait été l’objet d’un partenariat pu- blic-privé entre la Mairie de Bordeaux et un partenaire culturel, on y organisait des spectacles de lumières à visée culturelle, sans autre intérêt pour l’espace, que le noir qu’il offrait, favorable aux pro- jections vidéo, et son hermétisme, qui facilitait l’aspect sonore. Ce n’est qu’à la suite de la super-canicule de 2028 et sous la pression des citoyen.nes de la ville qui avaient été décimés, que l’accéléra- tion des ressources locavores est devenue une priorité pour Bordeaux, qui s’est mise en recherche active de lieux pour accueillir davan- tage de cultures. Les 50° ayant été atteints cet été-là, la recherche de solutions pour cultiver en intérieur s’est accélérée. La possibi- lité des 41.000m2 offerts par la base sous-marine, protégés et iso- lés par ses 600.000m3 de béton est vite apparue comme une évidence.63
La plus grosse difficulté dans un premier temps a été de dénoncer le PPP entre la Mairie et son bailleur. En effet, pendant la super-cani- cule, l’attraction proposée à la Base sous-marine est rapidement ap- parue pour nombre d’habitant.es comme un refuge, et l’affluence a été record, tout le monde venait davantage rechercher la fraîcheur que le spectacle en lui-même. Certaines personnes y passaient la journée entière, et le prestataire ne s’y est pas trompé, il avait dévelop- pé toute une offre de restauration pour accompagner le mouvement. Pour ces différentes raisons, il a fallu deux ans de tractations diverses, procès, et versement d’un dédit important par la Mairie avant de pou- voir récupérer les lieux, qu’il fallait encore mettre en conformité avec le projet. Deux ans de plus ont été nécessaires pour réaliser les travaux, le béton coulé par les 6500 ouvriers français et étran- gers engagés par les occupants nazis il y a un siècle étant d’une qualité et d’une dureté exceptionnelles, le chantier a été constam- ment retardé. Une des plus grandes difficultés a été justement dans cette cathédrale où nous nous trouvons. Il a fallu quatre mois pour percer une ouverture d’un mètre cinquante sur quinze, pour permettre au soleil d’irriguer directement les cultures aux heures et à l’in- tensité déterminées par les ingénieurs agronomes en charge du projet. Un énorme effort pour un énorme bénéfice. Il faut imaginer, à défaut de la voir, cette salle composée de de 20 plateaux superposés de 2x200m2 chacun, de cultures diverses, qui tournent toute la journée de haut en bas, passant de l’eau au soleil. Au niveau le plus bas, le grand bassin d’eau est rempli de poissons, essentiellement des truites arc- en-ciel, qui vivent et produisent des déjections qui viennent ali- menter les plantes lors de leur passage dans l’eau via un échange de bactéries.
Le rythme de ce passage, qui est celui de la remontée vers le niveau le plus haut où les plantes trouveront lumière et soleil pour réali- ser leur photosynthèse a fait l’objet de calculs savants, il est au- jourd'hui parfaitement maîtrisé. Toute l’énergie nécessaire à l’en- semble de notre installation est auto-produite grâce aux panneaux à fort rendement installés sur les 37.600m2 de toiture du bâtiment. Lorsque les plantes arrivent à maturité, elles sont récoltées et rem- placées dans les heures sans soleil, en fonction des saisons. A ces périodes, le contingent des cinq aquaponeurs habituels pour l’entre- tien du système est renforcé par une équipe de quarante cueilleurs planteurs. Chaque récolte subvient aux besoins d’environ XXX.000 foyers sur les légumes à feuilles vertes, salades, chou chinois, épinards, etc... Ensuite, il faut passer sur les bassins secondaires pour trouver d’autres types de culture. Voilà, maintenant nous nous trouvons dans un des nombreux couloirs ou corridors d’AQUABASE, il faut savoir qu’à l’image du lieu, ils sont aussi gigantesques. Ils ont couramment 6 à 7m de hauteur sous plafond, 4 à 6m de large, et peuvent faire des dizaines de mètres de longueur, le bâtiment en lui- même mesurant 235mx160m. Il a donc été décidé très vite de les va- loriser également. Nombre d’entre eux sont maintenant dévolus à la culture de tomates, concombres, poivrons, dans des parties du bâti-64
ment où la température est quasi constante été comme hiver autour de 17°. La densité de poissons dans les bacs est ici plus élevée, mais le principe reste le même. Enfin, nous arrivons dans les onze alvéoles originales, au départ 4 bassins à flots et 7 bassins asséchables. L’un des bassins est dévolu à nos cultures piscicoles, qui nous permettent d’alimenter l’ensemble de nos bassins. Les autres sont encore en cours de travaux et vont être destinés dans un premier temps à différents types de recherches in situ : l’extension de l’aquaponie à d’autres types de culture, avantages et inconvénients des différents types de salinité de l’eau pour l’aquaponie et pour la consommation ou l’uti- lisation domestique, l’eau dans les réseaux de chaleur et de refroi- dissement : reconversion des eaux chaudes, etc... A terme, une fois les recherches menées, l’ensemble du parc a vocation à être utilisé pour les cultures.
Une autre grande difficulté a été, comme pour le reste de la popula- tion, de définir des horaires de travail qui permettent d’y venir et d’en repartir en dehors des heures de couvre-chaud. Ça a été plus dif- ficile que pour d’autres types d’entreprise, parce qu’il nous faut nous adapter aux horaires des plantes, et aussi parce que comme le bâtiment est un peu isolé, il n’y avait pas au départ les parcours d’ombres suffisants. Nous avons donc à la fois lancé avec la Mairie une vaste campagne de construction de parcours d’ombres pour que tout le personnel puisse arriver au travail en mobilité douce, et égale- ment aménagé les horaires précisément pour chacun, afin que personne ne courre de risque pour sa santé.
En conclusion, vous aurez compris que c’est un chantier absolument passionnant, aux dimensions impressionnantes et dans lequel on a le sentiment d’une certaine manière de contribuer à « fabriquer l’ave- nir ». Et en même temps, le fait que même un poste comme le mien entre dans le cadre du revenu universel, et soit limité à trois ans, même si je me verrais bien y consacrer vingt ans de ma vie, je dois recon- naître que ça m’a fait réfléchir. Je me dis que finalement, permettre à sept personnes, sur cette même période de vingt ans, de bénéficier de cette expérience, de ces savoirs, c’est aussi leur permettre d’aller ensuite les transmettre, coordonner d’autres installations de fermes aquaponiques, et que c’est en fin de compte beaucoup plus vertueux.
SEQ. 4 INT PENOMBRE - 4 JUILLET 2040 APPARTEMENT
Forme : Installation
Il s’agit de la maquette d’un appartement.
C’est une maquette extrêmement bien réalisée, dans ses moindres dé- tails.
Tous les meubles et objets sont reproduits à la perfection et à l’échelle, ainsi que les lumières qui éclairent la scène, naturelles comme artificielles.65
Lorsqu’on ouvre la fenêtre du 4 juillet, on met d’abord un temps à s’habituer à ce que l’on voit. A l’espace. Au grand volume dans le peu d’espace. Le cerveau s’acclimate.
Et puis le son vient épauler. Un son d’ambiance, d’abord. Puis sa voix à Elle.
Nous sommes chez elle, ce 4 juillet 2028, en pleine super canicule, son dernier jour sur terre. Avec son léger accent américain, cette bordelaise d’adoption va vivre cette touffeur absolue en notre compa- gnie, nous raconter ses 4th of July, ses Independance Days. Parce que la fin est proche, la lassitude immense, son récit sera fait de rac- courcis, d’images, de faits marquants. Les objets que la caméra ba- laie du regard dans la pièce sont autant de relances.
Et à travers son récit, l’essoufflement du rêve américain.
Ce savoir-faire est la spécialité d’une artiste plasticienne qui s’appelle Léna DAZY le texte serait à concevoir avec elle, en poin- tant les critères à respecter.
SEQ.5 EXT. JOUR - 5 JUILLET 2040 RUE TRAVAUX
Forme : Cinéma vérité
La caméra est portée à l’épaule, elle fait partie de la scène, le son est direct, bon ou pas, c’est un moment brut, une scène dans laquelle le spectateur est plongé, sans recul, sans ellipse de temps.
SEQ.5.1 EXT. JOUR - 5 JUILLET 2040 RUE TRAVAUX
La porte d’une échoppe bordelaise s’ouvre sur Clara (70ans), décoiffée et passablement assourdie par le bruit à l’extérieur. En découvrant ce qui s’y trouve, elle a un sursaut, et attrape par la manche la première personne qui passe à sa portée, un grand gaillard en gilet orange et casque de travaux blanc, Seydou (40ans).
Clara
(Ouvre la porte, pas coiffée, en t-shirt et jogging, tatouages appa- rents. Elle a un mouvement de recul, visiblement assourdie, se pro- tégeant en même temps de nuées de poussière qui passent devant elle. Elle agrippe le premier passant, hurlant pour se faire entendre). Hey ! Hey ! Qu’est-ce que c’est que ce foutoir ?! Qu’est-ce que vous faites devant chez moi ??
Seydou
(Comprenant qu’il va falloir être patient)
Bonjour Madame, c’est les Chantiers Citoyens...66
Clara
Les quoi ??
Seydou
Les Chantiers Citoyens m’dame, vous avez dû être avertie, on vient casser le sol dans votre rue...
Clara
Quoi ?? C’est quoi cette histoire ?? Entrez, j’entends rien, je com- prends rien, entrez...
SEQ.5.2 INT. JOUR - 5 JUILLET 2040 SALON CLARA
C’est l’intérieur d’une toute petite échoppe, on rentre directe- ment dans une petite pièce qui fait office d’entrée-salon-salle à man- ger-cuisine, donnant directement sur la rue par une petite et unique fenêtre. Seydou est surdimensionné dans cet espace.
Clara
Asseyez-vous. Bon, déjà, moi je suis rentrée hier, ça fait six se- maines que j’étais à la Maison de Santé de Proximité, j’ai cru que j’en sortirai les pieds devant, mais finalement, vous voyez : je suis guérie. J’ai de la chicorée, ça vous va ? (Seydou opine) Bon alors al- lez-y, je vous écoute, je m’appelle Clara.
Seydou
Enchanté Clara, moi je m’appelle Seydou, et en fait je suis un de vos voisins, j’habite au 44, en temps normal je travaille à la banque Cours de l’Intendance. Et en fait, tous les gens, les « ouvriers » qui sont dehors, sont aussi nos voisins.
Clara
...
Seydou
Vous vous souvenez quand il a plu tous les jours du 15 août au 15 jan- vier ?
Clara
Si je m’en souviens ? Regardez les pieds de la table : jusque-là j’avais de l’eau, je vous dis pas. Je sais même pas si ce n’est pas ça qui m’a rendu malade au final.
Seydou
Eh bien justement Clara, c’est pour ça qu’on fait tout ça. On a déposé un projet à la Maison de quartier pour désimperméabiliser notre rue. On retire tout le revêtement ancien en macadam, et ça va permettre aux pluies d’être drainées directement par le sol, ici et dans les quatre rues adjacentes. Normalement, on a calculé qu’il faudrait trois fois67
la quantité de pluie tombée cet hiver pour nous retrouver dans la même situation d’inondations chez nous, ça nous laisse une marge !
Clara
Ah oui dis donc, je savais pas. Ma copine Aurélie, ils ont fait ça aussi dans son quartier il y a cinq ans, et c’est vrai qu’elle n’a plus été inondée... Bon d’accord, c’est bien, c’est bien... Et alors, c’est les voisins qui font ? C’est pas la Mairie ou une entreprise ? C’est pas dangereux ça ?
Seydou
Ah, mais on a demandé un petit accompagnement, sur l’aspect tech- nique, et aussi pour avoir de l’outillage. On a eu l’accord du comité citoyen de quartier, et la Mairie nous a débloqué un technicien pour diriger les travaux, l’outillage nécessaire, les chasubles et les casques. On aura tout terminé à la fin du week-end normalement.
Clara
... Ben et moi ? ... J’fais rien ?
Seydou
Eh ben, moi je crois qu’il y en a un paquet parmi nous qui seraient pas fâchés d’avoir des petites tournées de chicorée dans la journée, d’autant qu’elle est super bonne celle-là.
Clara
Normal, j’viens de Ch’Nord. Bon allez, je fais pas de travaux, mais je sers la chicorée aux voisins ! Ça troque ?
Seydou
(Tend la main et tope)
Ça troque !
SEQ.6 INT. JOUR - 6 JUILLET 2040 STUDIO JT TV7 BORDEAUX Forme : Journal télévisé
Il s’agit du JT anniversaire du drame mondial qui a permis à la prise de conscience écologique de devenir une priorité à l’échelle plané- taire : la SC28, la super canicule de 2028. Une année de cauchemars, 500 millions de morts répartis sur tous les continents, dû à des causes diverses, canicules, incendies, raz-de-marée, etc...
Le JT revient sur ces événements et sur tout ce qui a pu être mis en place depuis, avec l’intervention des différents spécialistes concer- nés, et un bilan des réussites, échecs, et fausses bonnes idées, et le chemin restant pour l’objectif Planète 2050.
SEQ.7 A définir - 7 JUILLET 2040 A définir
Forme : A définir68
A écrire d’après des suggestions que j’ai reçues, sur la sécurité so- ciale alimentaire.
N’ayant pas assisté à des conférences traitant de ce sujet, je n’ai pas les éléments pour faire une proposition, mais ça semble une très bonne idée.
SEQ.8 BANDE DESSINEE- 8 JUILLET 2040 RUE TRAVAUX
Forme : BD
Il serait intéressant de faire un sujet sur les mobilités, la BD se- rait peut-être un moyen moins compliqué de pouvoir illustrer des choses complexes.
Il serait bon qu’il y ait un axe important sur le remplacement de l’avion qui nous l’avons vu est un très gros pollueur, et qui vit des heures glorieuses actuellement avec une extraordinaire inflation des commandes.
Idem pour la voiture et les transports en commun.
La BD serait probablement un bon média, on pourrait peut-être l’envi- sager collaborative, entre artistes, écoles, à définir. Nous pourrions tracer les lignes des sujets à traiter et créer des équipes un auteur/un spécialiste pour assurer la valeur documentaire.
Comme pour l’ensemble des séquences, les récits seront cohérents avec les éléments retenus pour le récit global, par exemple la super cani- cule 2028, le couvre-chaud, et autres idées qui s’agrègeront.
Les suggestions du groupe « Ma vie décarbonée » seront les bienvenues.
SEQ.9 SUD-OUEST MAGAZINE - 9 JUILLET 2040
Forme : Article de magazine
Dans le même esprit d’idée « bon marché », un article/dossier très complet d’un magazine de référence pourrait être imaginé pour traiter des sujets précis difficiles à mettre en images, autrement qu’en fabri- quant de fausses images d’illustration.
Ce serait le numéro spécial du Magazine Sud-Ouest Bilan 2040/ Objectif 2050.
Cela pourrait être très local, comme la végétalisation des toitures à Bordeaux, l’installation des panneaux solaires en toiture des 45km de la rocade de Bordeaux, des transformations d’espaces publics, un bilan sur tous les leviers mis en place pour la réduction puis la revalori- sation des déchets, etc...
Il pourrait également y avoir des articles de fond sur des sujets à l’échelle mondiale, comme les objectifs 2050, les nouvelles instances69
internationales de régulation, etc...
SEQ.10 INT. JOUR - ECOLE PRIMAIRE - 5 JUILLET 2040
Forme : Spectacle de fin d’année
Une séquence qui s’adresserait prioritairement, mais pas exclusive- ment, au jeune âge, en présentant un spectacle de fin d’année de 2040, autour d’un thème à réfléchir.
Par exemple Le Petit Prince de Saint-Exupéry, ou le Voyage dans La Lune de Méliès à l’envers : un enfant de la Lune arrivant sur Terre et ne comprenant pas le comportement des animaux-hommes vis-à-vis des autres animaux et de la nature en général. (Pas terrible, mais c’est pour dire qu’il faudrait créer un récit écologiquement vertueux, joué par des enfants, à destination des enfants)
SEQ.11 INT. JOUR - CONVERSATION VIDEO - 6 JUILLET 2040
Il s’agit d’un appel vidéo d’une jeune femme de la vingtaine qui ap- pelle sa mère (45-50 ans) pour lui annoncer qu’elle a solutionné la question de son emploi et de son logement à Bordeaux. Du peu qu’on voit du décor derrière elles, on perçoit malgré tout une sobriété, ainsi que dans leurs vêtements, coiffures, maquillages, le tout dans une semi-pénombre car l’appel a lieu pendant le couvre- chaud.
L’idée est de traiter à travers cette discussion courante un ensemble de solutions sociales évoquées lors de la convention.
Alba
Ça va Maman ? Pas trop chaud ?
Jeanne
(Siphonnant sa grande gourde à paille)
Ça va ma chérie, j’ai tout fermé en attendant de reprendre après le couvre-chaud, il fait chaud mais c’est mieux qu’hier, et toi, qu’est- ce que tu me racontes ?
Alba
J’ai... des bonnes nouvelles !! En vrai, je suis trop contente, tout s’est débloqué assez simplement finalement en partie grâce à la Mairie de Bordeaux. En fait, tu savais toi qu’ils s’inspiraient de l’écofé- minisme pour leur politique sur les métiers en tension ?
Jeanne
Non... c’est quoi ça ?
Alba
Et bien en fait, dans les domaines de la Santé, de l’Éducation, de l’Environnement, et du Social, qui sont traditionnellement occupés70
par des femmes, et sur lesquels ils ont aussi des difficultés de re- crutement, ils ont une politique d’aide très diversifiée. Je t’explique : j’ai postulé en tant qu’aide-soignante à l’Hôpital Pellegrin et ma candidature a été retenue - haha première bonne nou- velle - mais derrière il fallait que je me loge et le salaire reste un peu juste pour habiter pas trop loin. Comme la municipalité est conscient de ça mais ne peut rien pour mon salaire, ils ont mis en place d’autres solutions. Par exemple, si j’habite dans Bordeaux, la ville ne prélèvera aucune taxe municipale (habitation, foncière, or- dures, (écotaxes ?)) sur moi, pour me redonner du pouvoir d’achat ! C’est un moyen pour eux de créer de l’attractivité sur les métiers en tension, et apparemment ça marche très bien sur tous les domaines que je t’ai cités.
Jeanne
Génial ! Ça veut dire que tu reviens t’installer près de moi ?
Alba
Exactement ! Pour commencer je ne serai pas à plein temps mais aux trois cinquièmes pendant six mois, puis aux quatre cinquièmes dans un an, avant d’être à plein temps. Mais avec le Revenu Universel, j’au- rai un complément qui va s’ajuster tout le long et me permettre de m’en sortir, je suis trop contente !
Jeanne
Ah oui dis-donc, tu vois je n’y croyais pas trop au départ à ce Reve- nu Universel, mais tu n’es pas le seul exemple que j’ai, je vois bien que ça facilite aussi bien côté entreprises que salariés, c’est bien fichu finalement.
Alba
Ah oui, franchement moi j’ai plein de gens autour de moi pour les- quels c’est pareil, ça permet de mettre le pied à l’étrier à tout un tas de gens d’âges et de conditions différentes, franchement ça marche...
Jeanne
Je suis vraiment contente, il va falloir qu’on commence à te chercher un appartement, je vais en parler autour de moi.
Alba
Ah, mais là c’est la cerise sur le gâteau, Maman... Tu sais qu’à Bor- deaux comme dans la plupart des villes maintenant, la mairie est en- gagée dans la réquisition immobilière des logements vacants ?
Jeanne
Oui j’ai vu, je sais pas trop où ça nous mène ça...
Alba71
Et ben justement, couplé aux recommandations écoféministes, ça donne que ces logements récupérés et rendus thermiquement performants sont proposés en priorité à ce même public, métiers en tension dans les domaines Santé, Environnement, Education et Social, du coup, là aussi je vais être aidée, j’ai déposé le dossier et on va voir ce que ça va donner.
Jeanne
Incroyable, je savais pas qu’il y avait tous ces dispositifs, et tu sais dans que quartier tu vas habiter ?
Alba
Non pas encore, mais quitte à rêver, j’ai demandé en priorité un quartier test du dispositif « Un toit=Une serre », il y a deux ou trois quartiers pilotes à Bordeaux, ils prennent un pâté de maisons, et ils remplacent tous les toits des échoppes par une serre de même superficie en verrière arrondie dans laquelle on peut travailler à hauteur d’homme. J’aimerais tellement avoir un potager !
Jeanne
Je suis tellement contente, bon il va falloir qu’on raccroche, le petit compteur me dit qu’on est presque à la fin de nos émissions C02 quotidiennes avec cet appel, et je dois encore rappeler ma copine Inès pour qu’on se rejoigne pour notre journée de jurys citoyens, on doit voter les attributions de panneaux publicitaires aux différentes institutions pour le semestre.
Alba
Ah oui c’est vrai, bon courage ! Bises et à très vite à Bordeaux !
SEQ.12 INT. JOUR - REUNION MUNICIPALE - 6 JUILLET 2040
Ce n’est pas une réunion publique, mais un point d’étape entre maire et conseillers par exemple, informelle, avec un ou plusieurs thèmes principaux, de préférence ceux n’ayant pas vocation à être traités sous une forme plus imagée. Par exemple, la redevance des nouveaux indicateurs mis en place, les progrès à faire pour 2050, l’extension de certains réseaux : chaleur, froid, transports, eau... Les chantiers de la nouvelle Garonne, l’extension des fresques du climat aux agents municipaux : bilan, des ateliers 2T : bilan.
Bref, un choix de thématiques à faire, et ensuite un dispositif simple à mettre en place, avec une petite dramaturgie d’enjeux sur les sujets qui doivent progresser d’ici 2050.
L’ordre du jour de cette réunion est à discuter entre nous, avant de passer à la rédaction de la scène.72 72
CONVENTION
CITOYENNE
SUR L’URGENCE
CLIMATIQUE
VILLE DE BORDEAUX
Février 2024