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Document publié le undefined NaN undefined NaN à NaNhNaN par la commune de Thumeries.
Lien du pdf (unknown - hist thumeries)
Thèmes du document : Histoire et mémoire, Mode, textile et habillement, Aménagement du territoire,
1
Jean-Claude Collérie.
Société historique de Thumeries.2
Patrimoine.
Château de Bellincamps Chapelle sainte Rita
Château Coget/ Henri Béghin/de Nervo Château de Joseph Béghin
Eglise et kiosque Le château blanc34
Remerciements
Un travail d’amateur, comme celui que vous allez découvrir, ne se réalise pas sans aide, sans encouragements, sans documents.
Qu’il me soit donc permis de remercier ici tous ceux qui ont contribué à cette aventure. Tout d’abord, merci au Père André Lepoutre qui nous a encouragés à fonder la Société historique de Thumeries, avec son président Michel Deledicque et notre regrettée trésorière Marie Andrée Lantoine.
Merci aux archivistes départementaux, en particulier M. Vangheluwe, toujours accueillants mais aussi à ces lectrices fidèles du lundi matin qui prenaient même des références pour moi. Elles se reconnaîtront sans doute.
Merci aux historiens
le frère Richard Hémeryck, professeur d’histoire à Sainte Marie Beaucamps, qui m’a mis le pied à l’étrier pour un premier document sur Thumeries pendant la Révolution. J’ai aussi utilisé des éléments de sa thèse d’histoire sur l’enseignement congréganiste dans le Nord sous le Second Empire.
Magalie Miquet pour son mémoire sur Ferdinand Béghin.
Raphaël Huchin, archéologue, pour ses avis sur mon chapitre 2.
Merci à Georges Lagache, ancien correspondant de la Voix du Nord, pour sa collection d’articles de presse.
Merci ensuite à de nombreux témoins, à Georges Lagache, à la famille Chère, à Gigi Morel, René Huart, Henri Jastrzab, Eric Gorgol, Lucien Plancq, Jean Dhainaut et d’autres encore pour l’histoire de l’AGT.
Merci à J C Dhaynaut et JP Mortelette pour l’histoire d’Art et culture.
Merci à François Lemaire, Patrick Fillière, Eric Bécu pour l’histoire des pompiers. Merci à Arthur Lefebvre, Joseph Dumont et son ami Fontaine, Pierre Despret, Jean Pierre Agache, Patrick Dewaele pour l’histoire de Béghin.
Merci à Gaston Wilmot, Robert Tournemaine et son épouse,Robert Crombez, la famille Fouquet, Jacques Cabre, Alexandre Crombez, Michel Boutillier, Mme Dumas Pollaert, la famille Denneulin Beaucamp, René Vasse, la famille Foucart, Armand Masquelez …pour la période 1939-1950.
Merci à la bibliothécaire de Seclin pour le prêt des livres de Leuridan et au personnel administratif de la Mairie de Thumeries dont j’ai dû quelquefois perturber le travail.
Avertissement.
En principe, dans cet ouvrage, les citations sont en caractères italiques. J’ai pris le parti de reproduire les textes comme je les ai trouvés. Certains s’étonneront quelquefois des variations curieuses de l’orthographe. Il arrive, surtout au 18ème siècle, que le même mot soit orthographié différemment dans la même page.
Quant aux autres fautes qui ne manqueront pas de vous choquer ce sont celles qui auront échappé à mon attention et à celle des personnes qui ont accepté de me relire, mon épouse, Bernadette Collérie-Delaine, mon fils, Benoît et sa compagne Céline Dardenne. Merci pour leur contribution.
Bonne lecture.5
Chapitre 1 : Présentation géographique.
I. Thumeries, une ville de Pévèle.
A origine et signification du mot « Pévèle ».
On situe généralement Thumeries dans le pays de Pévèle…
Le mot « Pévèle » est apparu à l’époque carolingienne et désignait, semble–t-il, un pagus, un comté. L’expression la plus fréquente est « in pago pabula », ce qui peut se traduire « dans le pays de Pévèle ».
Le mot « pabula » viendrait de « pabulum, pabuli», un mot latin, neutre, qui signifie « pâture». Allusion, sans doute aux nombreuses prairies du secteur. Pabula a plutôt une consonance féminine c’est pourquoi, de nos jours, il est de plus en plus convenu de dire « La Pévèle », au féminin. D’ailleurs quand on entend « le Pévèle » c’est parce que l’article féminin en picard est « le » comme au féminin1
B Altitude et hydrographie.
Située dans la plaine du Nord, l’originalité de la Pévèle c’est d’abord son altitude. La moyenne y est de 50 mètres avec un point culminant à Mons en Pévèle (107 mètres). Le secteur forme un petit château d’eau naturel avec quelques sources dont celle, toute proche de Thumeries, de la Marque, un affluent de la Deûle.
C. Végétation.
La présence quasi permanente de l’eau explique une seconde caractéristique de la Pévèle : c’est la forte présence de l’arbre. Certes il ne reste rien des forêts primitives, très entamées par les défrichements du 10ème siècle. Mais la forêt est encore bien implantée dans le sud pévélois. Thumeries, La Neuville étaient encore au 18ème siècle des clairières en forêt de Phalempin. 2
Les espèces naturelles qui s’épanouissent ici sont les chênes, les hêtres, les charmes, les frênes, les trembles, les ormes (devenus rares hélas), les aulnes, les saules, les bouleaux. L’homme y a ajouté en quantité des peupliers, arbres particulièrement adaptés aux milieux humides.
II. Coordonnées géographiques.
A. Localisation.
Thumeries se situe à 50°21 Nord et 3°4 Est.
Son altitude moyenne est de 58 mètres. Le territoire de Thumeries se situe sur la ligne de partage des eaux entre la vallée de la Marque d’une part (qui coule vers la Deûle, au nord, par la cluse de Bouvines) et la vallée de la Scarpe d’autre part (qui coule vers l’est en direction de l’Escaut). Wahagnies est à 47 m, Libercourt, à 27m.
B. Pentes.
Les points les plus élevés de la commune sont le quartier des Moulins (69 mètres), le cimetière, les entrepôts et Bellincamps.
La courbe de niveau IGN des 60 mètres passe par l’église, l’usine, les quartiers du Thélut et de l’Olizier ; celle des 55 mètres passe au carrefour du Tilleul (limite entre Thumeries et La Neuville), au château blanc, à la Baverie.
Les point les plus bas sont d’une part le château Pollet (49 mètres) et sur l’autre versant la cité du Maroc (48 mètres).
1 CF les noms de lieux de la Pévèle, revue de la SHPP, N°43 par Denise Poulet
2 Cf carte de Cassini page 366
C. Communes voisines.
La commune de Thumeries est limitée au Nord par La Neuville, à l’est par Mons en Pévèle, au sud-est par Moncheaux, au sud par Ostricourt et à l’ouest par Wahagnies.
III Sol et sous sol.
A. Le sol.
On trouve en surface des limons quaternaires sur 2,50 mètres d’épaisseur. Il s’agit de terre végétale puis de limons argilo-sableux qu’on appelle parfois « terre à brique ». On a effectivement exploité cette terre à plusieurs endroits et en plusieurs périodes à Thumeries.
B. le sous-sol.
Le sous sol a été particulièrement étudié par Jean Cyril Balthazar dans son ouvrage paru en décembre 1977 :« Histoire des communes de Pévèle, Thumeries en particulier ». M Balthazar a utilisé les résultats des forages profonds réalisés par les sociétés houillères à la recherche du charbon et par la société Béghin à la recherche d’eau pour l’industrie sucrière. Vous trouverez ci-après, une coupe fournie par M Balthazar.
Sous Thumeries on trouve avec des épaisseurs variables les couches suivantes : En dessous du quaternaire on trouve des terrains tertiaires avec 4 faciès : les deux premiers, classés par les géologues dans l’Yprésien, sont des sables jaunes dits « sables de Mons en Pévèle » (sur 6 à 7 mètres), puis une argile bleue dite « argile d’Orchies » sur 20 à 23 mètres. Les deux suivants, classés dans le landenien sont les sables verts appelés « sables d’Ostricourt » (25 à 30 mètres) posés sur une nouvelle couche d’argile, vert noirâtre, celle-ci dite « argile de Louvil » de 10 mètres d’épaisseur. Chaque couche d’argile délimite bien sûr par sa relative étanchéité une nappe phréatique.
Si l’on descend encore on atteint les terrains secondaires, 50 mètres environ de craie blanche (du sénonien), puis 7 à 10 mètres de craie grise à silex (turonnien), 55 mètres de marne bleue (turonien moyen) et une autre marne du turonien inférieur. Tous ces terrains secondaires sont la trace d’une longue présence de la mer dans notre région.7
Enfin, 10 à 15 mètres plus bas, on atteint le socle primaire, un calcaire carbonifère, bleu noir, celui qui affleure à Tournai. C’est de cette pierre dure qu’on faisait autrefois les seuils des maisons.
En 1957, plusieurs forages ont été effectués par la société Béghin. Les deux premiers se trouvent aux frontières de Mons en Pévèle, Attiches et Thumeries dans le bois des Cinq tailles. Ils descendent à 95 et 105 mètres dans la craie et débitent ensemble 125 m3 à l’heure. Un troisième forage dans la cour de l’usine atteignait à – 225 m le calcaire carbonifère et débitait 70 m3/h.3
Il n’y a pas eu de veines de houilles sous Thumeries comme dans les communes très proches du bassin minier (Leforest, Ostricourt).
C. Sols et Activité agricole.
Les terrains quaternaires de Thumeries sont de qualité variables. Les zones basses, facilement inondées, ont toujours été vouées à la sylviculture ou aux prairies. Quelques terres plus fines étaient et sont favorables à la céréaliculture mais contrairement à d’autres plaines de la Pévèle le terroir thumerisien est souvent lourd et, avant la mécanisation, le labour y était difficile et les paysans s’en plaignaient comme on le verra dans la partie historique.
En 1960, Y Hénaff, étudiant en Géographie, citait une statistique de répartition des terres de Thumeries.
On y trouve 285,80 ha de terres à labour, 33,25 ha de prairies, 25,09 ha de vergers, 228,72 ha de bois, 47,14 ha de parcs et jardins, 4,70 ha d’emprise du chemin de fer, 62,12 ha de propriétés bâties et un peu moins d’un hectare pour le domaine public.
Dans « En pays de Pévèle », un ouvrage collectif, paru aux éditions Axial en 1979, Christian Maille publiait à son tour des statistiques établies en1977: 37% seulement du territoire communal était consacré au labour, 7,5% aux prairies et vergers, 33% aux bois.
Voilà brièvement présenté le terroir où est installée une commune dont nous allons essayer de retracer l’histoire.
3 D’après un article de la voix du Nord 6 0ctobre 19578
Chapitre 2 : De la préhistoire à l’histoire.
I. La Préhistoire.
A. La Pévèle n’est probablement pas un désert.
La Préhistoire est une science qui a ses propres méthodes de recherche. Faute de documents écrits, elle se base essentiellement sur les résultats des fouilles archéologiques. Comme il n’y en a pas eu à Thumeries jusqu’à ce jour, nos sources, dans ce domaine, sont muettes.
B. La Présence ancienne de l’homme dans le secteur.
Cependant nous savons par d’autres prospections que nos régions sont habitées depuis le paléolithique ancien. Les fouilles effectuées depuis 1974, très près de chez nous, à Seclin, sur le site de l’entreprise Mayolande, attestent de la présence de l’homme 60.000 ans avant notre ère. La datation est difficile et contreversée. Si
l’argile noire pourrait faire penser à l’époque
moustérienne (80.000 ans avant JC) l’industrie du
silex taillé indique une époque plus récente
(paléolithique supérieur, vers 30.000 ans avant JC). Il
s’agit probablement de chasseurs qui se sont installés
au bord d’une rivière dont les rives s’étalaient en
marais et au bord de laquelle on a trouvé des vestiges
d’ateliers de travail du silex et diverses productions :
des éclats, des lames, des racloirs.
D’autre part des études portant sur les pollens
fossilisés révèlent une période interstadiaire : A un
climat rigoureux et une forêt de conifères comparable
aux actuelles forêts d’Europe du Nord succèdent un
environnement de clairières et des températures plus
clémentes. Le gibier devient abondant et c’est à ce
moment là que des chasseurs s’installent près d’un
ancien affluent de la Deûle. Ils y taillent, dans le
silex, armes et outils.
C. Fouilles Seclinoises.
Les fouilles de 1976 ont dégagé 600 pièces de silex
dont 400 lames taillées. La technique utilisée, dite technique de Levallois, suppose la maîtrise du geste, l’utilisation de percuteurs différents, pierres raides pour former le nucleus, galets plats pour modeler les arrêtes, percuteurs plus tendres en bois de cerf pour finir. Tout cela prouve un haut degré d’intelligence de la part des auteurs.4
Pour notre propos nous en déduisons qu’il y avait donc des hommes à 10 kilomètres de Thumeries, 25.000 ans avant l’homme de Cro Magnon.
Bien sûr on a trouvé aussi à Seclin des traces d’activités plus récentes, comme des céramiques, que l’on date de 2.500 à 2.000 ans avant Jésus Christ, à l’époque dite du Néolithique. De même on a trouvé des silex taillés de l’époque du néolithique dans les dépôts quaternaires de Mons en Pévèle.5
L’homme était donc présent très tôt dans notre secteur même si, on peut le supposer, c’était de manière discontinue et dispersée. La Pévèle n’était donc probablement pas un désert.
4 D’après les compte rendus de Stéphane Revillion, archéologue de la ville de Seclin ADN bibl18724 et 30 027
5 Gilberte Waast dans Histoire de Mons en Pévèle9
II. Les débuts de l’histoire dans notre secteur.
A. La guerre des gaules.
L’histoire commence bien sûr avec l’apparition des documents écrits. Pour notre région une des sources les plus anciennes est la Guerre des Gaules de Jules César 6 et quelques passages de Strabon,7 de Pline l’Ancien, 8de Tite Live, de Suétone ou de Tacite, 9 qui, à l’occasion de la conquête de la Gaule par les Romains, décrivent les adversaires de César et leurs mœurs. Les gaulois se répartissaient dans la région en quelques groupes différents : les Nerviens, les Ménapiens, les Morins, les Atrébates… Les Nerviens se situent à quelques kilomètres à l’est d’ici, aux bords de l’Escaut. Les habitants de notre secteur étaient donc probablement des Atrébates (capitale: Arras) ou des Ménapiens (capitale: Tournai et plus tard, Bavay). 57 ans avant Jésus Christ, Jules César dispute une bataille capitale dans notre région, la bataille du Sabis. Le nom vient d’une rivière mal connue. Est-ce la Sambre, l’Escaut ou un petit affluent quelconque ?
Même si les Gaulois du Nord soutiennent Vercingétorix, César finit par gagner la guerre. Reconnaissant la valeur de ses adversaires il recrutera plus tard des Nerviens dans ses propres légions, leur proposant ainsi une forme d’intégration.
B La romanisation et la christianisation.
Par la suite se met en place la romanisation de la région. Cela se fait par l’armée (des anciens légionnaires se reconvertissent dans l’agriculture) et par les voies romaines.
1. Présence militaire.
Des fouilles effectuées en 2001, près d’Arras, sur le site d’Actiparc, ont révélé une forte présence militaire dans le secteur.
On y a découvert un véritable camp militaire de 70 mètres de côté, entouré d’un fossé de six mètres de large, doublé d’une palissade de bois. Dans le fossé on a mis à jour des tessons d’amphores qui laissent à
penser que les soldats romains
qui séjournaient là avaient un
pouvoir d’achat important pour
s’offrir même du vin d’Italie.
Près du camp il y avait aussi
des thermes pour le confort.
Les résultats complets de ces
fouilles ne sont pas encore tous
publiés mais on trouve des
éléments d’information sur le
Web10.
Voici ci contre un essai de
reconstruction du site.
Les archéologues ont trouvé
des traces d’une activité
agricole gauloise, sans doute
antérieure à la conquête. Les
Romains n’ont pas négligé non
plus les activités économiques
(présence de greniers
6 Nous citons ici le premier volume de l’ouvrage dirigé par A Lottin Histoire des provinces du Nord page 17
7 Strabon historien grec né en 64 av JC qui laisse dans sa géographie un tableau des divisions administratives de la Gaule du 1er siècle av JC et nous renseigne sur les mœurs des Belges c’est lui aussi qui précise les territoires des uns et des autres cf Lottin page 31 8 Pline l’ancien précise dans son histoire naturelle les techniques agricoles employées dans les fermes de la Gaule du Nord, il parle aussi des productions locales comme les oies des Morins (cf Lottin page 31)
9 Tacite raconte la révolte du batave Civilis
10 Beaucoup de sites web concernant l’histoire d’Arras de même que le site de l’Inrap.10
importants). Par ces fouilles on met en évidence une volonté politique réelle de coloniser un territoire tout en intégrant les populations locales.
2. Activités agricoles.
A Seclin, sur le site des « hauts de clauwiers », une fouille de sauvegarde a mis en évidence la présence d’un important domaine agricole, occupé du 1er au 4ème siècle après JC. Au début c’était une construction de terre et de bois à la mode
gauloise mais ensuite succède une architecture de pierre.
La présence
d’importants greniers
montre que l’on y
recueillait non
seulement la
production agricole du
site mais celle de tout
un territoire, en vue de
l’exportation. Par la
suite l’édification de
logements en pierre,
d’une tour –silo, de
palissades et de protections défensives confirment ici aussi
une présence militaire.
3. Les voies romaines.
La romanisation se fait aussi par la construction des voies romaines.
Certaines de ces voies sont bien connues. On les connaît par la table de Peutinger, copie tardive d’une carte qui remonte au 3ème siècle ou par l’Itinéraire d’Antonin. On distingue deux voies principales entre Boulogne et Bavay, l’une au Nord via Cassel et Tournai, l’autre au sud par Thérouanne, Arras et Cambrai.
Il y a aussi des allusions dans la table de Peutinger à des voies secondaires dont l’une d’Arras à Tournai intéresse directement notre secteur. Son trajet n’est pas établi avec certitude. La Marque et ses marécages se franchissaient ils avant la source (à Mons en Pévèle) ou plus en aval au gué de Bouvines ?11
Gilberte Waast, dans sa monographie de Mons en Pévèle (1963) opte pour la première solution :
« C’est ainsi qu’une voie romaine reliait Tournai à Arras, en passant par Mons en Pévèle. Dans un pays neuf et de facile accès comme la plaine de la Pévèle, les nouvelles routes se tracent rectilignes et c’est ce qui se constate généralement dans les voies romaines. Mais les Romains ne dédaignaient pas les chemins tout faits quand ces chemins ne s’écartaient pas trop de leur objectif. Après avoir suivi la ligne droite par le chemin de la Poissonnière et celui de la croix blanche, la voie romaine devient tortueuse dans l’intérieur du village : petite Vincourt, contour oriental du bourg, le Hem, la Pétrie pour reprendre la ligne droite du chemin de grande carrière. »
Le chemin de grande carrière, dont elle parle, est un chemin de Thumeries (venant D’Ostricourt à travers le bois de l’Offlarde) et certains anciens thumerisiens se font le relais de cette interprétation de Gilberte Waast.
Les sites Internet de la ville de Seclin et celui d’Avelin revendiquent eux aussi le passage de cette voie romaine sur leur territoire.
Il est possible que la voie romaine, si voie il y a eu, ait plutôt franchi la Marque au niveau de la cluse de Bouvines par un gué, remplacé plus tard par un pont.
Tout ce qu’on sait de sûr à ce moment est ce qui est confirmé par les fouilles. Pierre Leman dans un rapport 11 doute que la route Bouvines-Tournai ait été plus qu’une voie vicinale. A l’autre extrémité on n’est sûr, dit-il, que du tracé Arras-Hénin Beaumont (fouilles d’Hénin). Il regrette d’ailleurs que les travaux autoroutiers ou ferroviaires (TGV) n’aient pas donné lieu à des prospections plus sérieuses...
Toutes les voies citées par les sources antiques ont été situées sur le terrain, sauf celle qui conduit à Tournai… A Hénin Beaumont, des fouilles ont mis en évidence les substructions antiques d’une route large d’environ 3 mètres. Les archéologues la considèrent comme une portion de la voie Arras Tournai mais au-delà du vicus d’Hénin-Beaumont-Dourges, aucun tracé n’a pu être détecté jusque Tournai »
Bref, rien ne permet, dans l’état actuel de nos connaissances, de trancher entre ces hypothèses.12
C. Les invasions franques.
L’empire devient chrétien après la conversion de Constantin en 313 et l’interdiction des cultes païens prononcée par Théodose en 394. Mais les décrets prononcés à Rome ne convertissent pas d’office les populations éloignées de la capitale. Ce n’est que peu à peu que la région sera évangélisée par des missionnaires comme Chrysole (Comines) et Piat, mort à Tournai en 303 et enterré à Seclin. (Nous en reparlerons plus loin au chapitre 3).
La romanisation permet la création de divers villages ou de grandes fermes à proximité des voies romaines. Un village (vicus) tout proche a été découvert à Dourges, des fermes (villae) à plusieurs endroits à Seclin, comme nous l’avons vu. En 2006 les fouilles de sauvegarde précédant l’implantation du golf de Mérignies ont révélé aussi des traces d‘habitat gallo- romain.
Certains noms de lieux d’ailleurs proviennent aussi de cette période: Templeuve, par exemple, viendrait du latin templovium (templum = le temple).
La paix romaine, la civilisation romaine, le pays et ses ressources attirent très vite la convoitise des peuples voisins, les Germains. Parmi eux signalons les Francs qui s’installent
11 CHN 0747
12 En 2006 les fouilles de sauvegarde pratiquées à Mérignies ont mis à jour des fosses et fossés contenant des tessons de poterie locale ou importée, des tuiles et des restes d’ossements animaux attestant de la présence d’une exploitation agricole entre 50 et 150 ans après JC. Cf voix du nord du 21 mai 200612
aux environs de Tournai, souvent avec l’accord des Romains eux-mêmes. Certains noms de lieux pourraient être ceux de chefs Francs plus ou moins romanisés comme Thumeries, le domaine de Thura (Thuramaeri) ou Ostricourt, celui d’Austariki.
Au 5ème siècle les Francs comme d’autres peuplades s’émancipent de la tutelle romaine et affrontent les légions. C’est le cas de Clodion, le grand père de notre fameux Clovis, qui affronte le général romain Aetius à la bataille du vicus Helena en 448.
Quel nom se cache derrière ce toponyme? Allennes les Marais, Helesme en Ostrevent, ou Elnon St Amand, pourquoi pas Evin Malmaison comme certains l’affirment.
Quelques historiens locaux n’ont pas hésité à le situer près de chez nous comme le font Michel Champagne, historien de Moncheaux et l’abbé Dal, curé de Faumont, dans son récit de voyage sur le PP (1898)
« Clodion vint camper sur les bords du Boulenrieu. Son camp s’étendait sur tout le flan de la colline, depuis Bellincamps jusqu’à Ostricourt. C’est là qu’Aetius se présenta devant ses quartiers. Clodion l’attendait si peu que ce jour là il célébrait les noces de l’un de ses lieutenants.
Tous les francs étaient dans Moncheaux et ne pensaient qu’à se divertir. Les coteaux retentissaient de leurs chants, les uns dansaient d’autres s’occupaient des préparatifs d’un joyeux festin. Quand tout à coup Aetius et Majorien tombent sur les noceurs les culbutent et les dispersent.
Aetius s’arrêta à l’extrémité de Moncheaux et Clodion retourna à Tournai abandonnant aux Romains le territoire qu’il reprit plus tard »
Même si cela flatte la vanité locale, l’historien doit honnêtement rester réservé quant à ces hypothèses. Rien ne permet de confirmer le passage d’une voie romaine, même secondaire, dans le chemin de grande carrière ni la localisation du vicus Helena sur les pentes de Moncheaux.
III Thumeries au Moyen âge.
A. Le contexte général.
A cette période nous n’avons toujours pas de trace historique du village de Thumeries. Cependant pour comprendre ce qui va lui arriver par la suite il importe de retracer en quelques mots le contexte général du haut moyen âge tel qu’il est vécu dans toute la région.
1. La féodalisation.
Après la conquête des Francs (Clovis), la
montée en puissance des princes
mérovingiens puis celle des Carolingiens, le
pouvoir royal, de plus en plus éloigné, miné
par les partages successoraux, s’est
considérablement affaibli. Notre région
subit la menace des hommes venus de la
mer qui s’attaquent aux villes ou aux
monastères. Pour faire face à ce danger se
met en place toute une organisation de
protection. Les puissants se dotent de forces
militaires, forgent des alliances, édifient des
fortifications. Notre région est
progressivement dominée par le comte de
Flandres, vassal du roi de France, mais presque aussi puissant que lui. Le comte jouit de l’hégémonie locale avec quelques grands vassaux qui dirigent les châtellenies (Lille, Douai, Orchies).13
Ce n’est pas le lieu ici de décrire ce réseau de suzerains, de vassaux, assurant la protection ou dépendant des uns et des autres: la féodalité. Dans ce système tout homme dépend d’un autre homme, plus fort que lui, toute terre dépend d’une autre terre plus importante. Les terres de Thumeries, quand on les connaîtra, dépendront donc, elles aussi, d’une « seigneurie ».
2. Les progrès de l’an Mil.
Après l’an Mil, l’Occident se développe de manière remarquable. La population est multipliée par 4 et cet accroissement de la population entraîne la recherche de nouvelles terres. L’apparition de villes crée aussi des débouchés pour les productions. On a donc considérablement défriché à cette époque. Cet effort a été possible grâce à l’utilisation récente du cheval, à la modernisation de l’outillage (remplacement de l’araire par la charrue, à l’utilisation du fer dans l’outillage. Il est probable que c’est dans cet effort d’essartage que l’on a gagné sur les bois environnants et que se sont peuplées nos clairières. Beaucoup de nos villages sont nés à cette époque.
C’est probablement le cas de Thumeries.
3. La Réforme de l’Eglise.
L’Eglise, par ses clercs, exerce une forte influence sur les populations. Cependant elle appartient au monde qui l’entoure et en adopte fatalement certaines coutumes. Le recrutement de ses cadres copie la structure féodale: les évêques sont choisis parmi les grands et nommés par le roi, les chanoines et moines viennent des classes moyennes et enfin les curés se recrutent chez les fils de paysans. L’Eglise s’enrichit des donations pieuses, souvent des terres, offertes par de généreux donateurs. Le régime est celui du privé: toute église appartient à la famille de ses donateurs, rois, princes ou petits seigneurs locaux.
Cela débouche évidemment vers de nombreux abus: le pape est nommé par l’empereur, l’évêque par le roi, et le clergé par des laïcs plus préoccupés de leurs ressources que de la spiritualité du peuple. Certains curés même sont mariés et se soucient d’abord de leur famille!
Deux réformes vont remédier à cette situation. Le pape Nicolas II en 1059 va réformer la nomination du Pape par les cardinaux (clergé de Rome) et Grégoire VII en 1075 va interdire les « investitures » du clergé par les laïcs. Cela n’ira pas sans conflits mais finalement la réforme s’imposera. C’est une reprise en main de l’Eglise d’occident par l’autorité romaine. Par ailleurs le 11ème siècle voit l’épanouissement des ordres monastiques. Les moines, en particulier ceux de Cluny, participent activement à la réforme de l’Eglise mais aussi à la mise en valeur de certaines terres. Beaucoup de congrégations relèvent alors directement du saint siège.
C’est donc dans ce contexte que nous pouvons évoquer l’histoire de Seclin où un ordre monastique s’est installé et a vu ses possessions confirmées par le pape lui-même.
B. Liens avec l’histoire de Seclin.
1. De St Piat au chapitre de chanoines.
Originaire d’une famille noble de Bénévent en Italie, Piat fut adjoint par le pape à une troupe de missionnaires envoyés pour évangéliser la Gaule-Belgique. Ils furent martyrisés et par la suite canonisés (déclarés saints) par l’Eglise catholique.
Ce sont les saints Quentin, Fuscien, Victoric, Chrysole, Eubert et Piat.
Ce dernier, que l’on vénère aussi à Tournai, aurait été décapité à Seclin en 303 au cours de la persécution de Dioclétien.
Trois siècles plus tard, Saint Eloi, ancien chancelier du roi Dagobert, devenu évêque de Tournai et Noyon, s’efforce de retrouver les tombeaux des martyrs. C’est lui qui fait élever un petit sanctuaire à Seclin. Pour gérer le pèlerinage qui va s’installer, il met en place un groupe de prêtres qui pourrait constituer les prémices du chapitre de chanoines de Saint Piat. Les14
chanoines ont toujours prétendu que leur chapitre remontait au 9ème siècle, aux donations du roi Dagobert, ce qui en ferait le plus ancien chapitre de la région.13
Les chanoines forment une sorte de communauté religieuse de type monastique. Comme les moines, ils assurent l’Office divin, (prière liturgique), ils vivent le célibat mais ne font pas vœu de pauvreté. Les ressources du chapitre sont partagées en « prébendes » réparties entre les chanoines.
Nous présenterons plus loin le « fonctionnement » du chapitre.
2. Confirmation pontificale.
Le premier document officiel de l’histoire de Seclin est donc un acte du pape Clément III14 en date du 26 mars 1188, par lequel le pape prend sous la protection du Saint Siège, le chapitre, ses membres et ses possessions.
On trouvera en annexe copie du texte en latin tel qu’il est paru dans l’histoire de Seclin par Leuridan. En voici la présentation qu’en fait le chanoine Leuridan :
13 La photo ci-après représente les armoiries de St Éloi, évêque de Noyon et St Piat, d’après une fresque récente de l’église de Thumeries Selon la tradition St Piat est représenté portant le sommet de son crâne dans ses mains, évocation de son martyre… 14 Le pape Clément III, est connu pour être l’instigateur de la troisième croisade où il réussit le tour de force de faire se croiser les rois d’Angleterre, de France et l’empereur d’Allemagne ensemble. Le résultat de la croisade sera néanmoins médiocre.15
Suivant la formule usuelle le souverain pontife confirme les chanoines dans la jouissance des biens qu’ils tiennent ou pourront tenir de la concession des pontifes, des largesses des rois ou des princes, des offrandes des fidèles ou de toute autre source légitime. Il les soustrait aux exactions et entreprises que toutes personnes ecclésiastiques ou séculières pourraient tenter contre leur église ou contre eux-mêmes. Il défend à tous et à chacun de construire dans les limites de la paroisse, sans l’assentiment de l’évêque diocésain et du Chapitre toute chapelle ou nouvel oratoire. Il protège les chanoines de toute mesure d’excommunication qui ne serait pas promulguée pour une cause raisonnable…il les autorise à accorder la sépulture dans leur cimetière ou dans leur église aux personnes qui auraient la dévotion et le désir d’y être inhumées… »
Ces donations sont énumérées ainsi :
Ce sont d’abord l’église de Seclin (ci contre photo
actuelle de la collégiale de Seclin) et celle
d’Houplin puis celles d’Ancoisne, de Martinsart,
de Wattiesart, qui sont des hameaux de Seclin,
Attiches, Le Plouich, Chemy, Gondecourt, Carnin,
…le village de Thumeries avec l’autel, la justice,
un terrage et d’autres revenus, les « autels » de
Loos, du Maisnil, de Tressin et de Wahagnies.
Cette première bulle sera confirmée ultérieurement
par deux autres papes : Urbain IV en 1262 et Jean
XXII en 1324.
3. En ce qui concerne Thumeries.
On avait trouvé en 1035 une vague allusion à
l’existence de notre village dans un acte du
marquis de Flandre en faveur de l’abbaye de
Gand :
"...omnia ergo supradicta prerefatam scilicet villam eamque respicientia , id est vucelli civitem Turmeraias,15 Tumereis 16 Vahineius,17 Goheraias et quicquidem eadem villa habere dinoxor....dono"
C’est un demi siècle avant la bulle de Clément III. Cependant on considère le plus souvent la bulle de 1188 comme notre premier document étant donné que par la suite rien ne rattachera Thumeries à l’abbaye de Gand et que ce seront toujours les chanoines de Seclin qui exerceront la seigneurie sur le village en vertu de ce passage de 1188:
"Villam de Thumeries totam cum altare, cum justitia cum terragio et ceteris redditibus..."
On peut donc conclure, de ce qui précède, que Thumeries est une paroisse qui existe au moins depuis le 11ème siècle et que la Seigneurie y a été exercée, depuis cette période, par le chapitre de chanoines de Seclin.
15 Tourmignies
16 Thumeries
17 Wahagnies16
C. Quelques documents médiévaux.
1. Dénombrement de fiefs.
Les archives départementales conservent dans la série B les actes provenant des cours de justice et de la chambre des comptes. Il y a peu de documents concernant Thumeries. Conformément au système féodal que nous évoquions ci-dessus, ce sont essentiellement des actes répertoriant (« dénombrant ») les fiefs c'est-à-dire des domaines concédés par le Seigneur à ses vassaux. Les actes ont été tenus à Lille (B 3729 B 3774) ou à Phalempin (B 3804 B 3813). Les dates de ces actes sont quelquefois postérieures à celles du Moyen âge mais nous en parlons ici parce qu’ils sont les signes de la féodalité née à cette période. Il est vrai que le système n’a définitivement été supprimé que durant la nuit du 4 août 1789.
Ces documents sont d’ailleurs difficiles à lire pour ceux qui, comme moi, n’ont pas été initiés
à la paléographie.
Voici le document B 20182 datant de 1491 et évoquant l’aide fiscale due par la paroisse.
Les documents répertoriés à la cote B 3804 méritent un petit commentaire: il s’agit des dénombrements qui sont datés de 1454, 1615 et 1672, relatifs à deux fiefs nommés les fiefs de Wasqual, qui « gisent » dans les paroisses de Mons en Peule (1454), appelée ensuite « Mons en Pévèle » en 1615 et Thumeries.
Le rapport est rendu en 1454 par Urbain de Wasqual et en 1615 par Charles de Wasqual. Il s’agit d’un lieu comprenant un manoir entouré de fossés avec 18 bonniers de terre labourable divisés en deux secteurs, Wasquehal et le fief dit des bruyères.
A la cote B 3813 on retrouve les dénombrements de ces mêmes fiefs en 1493, le 14 janvier, le premier fief de 18 bonniers et demi et le second dénombré par Jean de Wasquehal, écuier (sic)
On trouve aussi les actes concernant les fiefs du Grand et du Petit Bellincamps au gré des successions: Robert d’Antreuilles, chevalier en 1473, Adam de Raisse, chevalier en 1493, Antoinette de Raisse, sa fille en 1557. Antoinette est l’épouse de Louis d’Ongnies, (Cyril Balthazar écrit « d’Oignies »). En 1594 c’est Louis d’Onglies, fils, qui signe l’acte. Le fief est ensuite racheté par un roturier, en 1615, Jean Bridoul, docteur en médecine, puis, en 1673, par Françoise Fruict, veuve Poteau, qui le cède en 1678 à ses fils, Denis, François et Rémy Potteau, de Lille.17
Au détour du registre on voit apparaître,en 1615, Nicolas de La Hamaide qui a fait l’acquisition d’un fief appartenant à Mr D’Erpe, contenant 4 bonniers 13 cents, au hameau de la « flamengrie », 18dans la paroisse de Thumeries.
En 1671, Messire Ferry de la Hamaide, chevalier, Seigneur du Fay et d’Ogimont relève le précédent fief et en plus un autre de six bonniers et demi. Nous reparlerons plus loin de Ferry de la Hamaide à propos du château de Thumeries.
Enfin, au détour de ces dénombrements, apparaissent des noms plus simples et quelquefois pleins de charme: Roger Trubelius, Philippe de Tournemine, docteur en médecine, et (on n’aurait pas osé l’inventer) Baudichon Belhomme!
A cette occasion, nous pouvons noter trois orthographes différentes d’un hameau de Thumeries: en 1592, le docteur Tournemine a acquis un fief au hameau de Tehuluch (sic), en 1615 Nicolas de la Hamaide hérite d’un fief situé à Tuluc, (paroisse de Thumeries), et en 1615, l’héritier du docteur Tournemine écrit Thélus…
2 les enquêtes fiscales.
La série B conserve aussi des documents remarquables concernant les paroisses de la châtellenie: les enquêtes fiscales. Heureusement, pour les historiens amateurs, ils ont été retranscrits et publiés sous la direction d’un professeur de l’université de Lille III, aujourd’hui décédé, M Alain Derville.
La Flandre wallonne, comprenant les châtellenies de Lille, Douai et Orchies, a été l’objet de 7 enquêtes fiscales en 1449, 1485, 1491, 1498, 1505, 1544 et 1549 pour estimer dans chaque paroisse la part de l’aide à fournir au duc. L’aide est en fait l’impôt demandé par le duc. Pour y répondre, les manants se cotisent (« se taillent »). En amont, l’impôt se nomme donc l’aide, et en aval, la taille. L’aide existait avant 1449 mais ces enquêtes révèlent une certaine volonté d’équité, de « remise à plat des bases », à la demande du duc de Flandres.
Des émissaires ducaux ont donc été envoyés dans chaque village et en ont rencontré les représentants. Ceux-ci ont répondu aux questions posées, à savoir: quel était le montant de la taille de 1448, le nombre de gens qui la payaient, combien de gens prenaient les biens des pauvres, y avait il des enclaves soustraites à la taille, la taille a-t-elle diminué, était elle trop élevée à leur goût, combien paient les plus riches, que valent les terres, se pensent ils plus imposés que leurs voisins ?
Les réponses à ces questions sont autant de sondages sur la vie de la commune à la fin du Moyen âge. Nous nous permettons de citer ces documents avant d’en faire un léger commentaire.
En 1449
Le 15° jour d'octobre, l'an 1449, comparurent devant nous quelques uns des manants de la paroisse de Thumeries, à savoir Simon Dassignies, Martin Le Brun, Jean du Gardin, Pierre du Bois, et Jacquemart du Four, lesquels après avoir prêté serment présentèrent le billet de l'assiette de la Taille par lequel il apparaît qu'ils avaient été imposés en 1448 à 20 livres de 40 gros la livre 19
et qu'ils étaient 46 personnes à payer la taille sans imposer leurs maisnies 20mais en imposant deux "forains » 21dont l'un demeure sur le royaume et paie 9 sous et l'autre en la châtellenie de Lille et paie 15 sous.
18 Cité deux fois ce hameau de Thumeries, la flamengrie, nous est parfaitement inconnu aujourd’hui.
19 C’est la monnaie officielle de l’état bourguignon mais en fait la monnaie courante est une livre de 20 gros mais la monnaie courante en Flandres est la livre de 20 gros.
20 Les maisnies sont des jeunes placés en apprentissage agricole, on dit quelquefois des « domestiques.
21 Les forains sont des personnes non originaires de la paroisse, ici l’un vient de la châtellenie de Lille l’autre du royaume c'est-à-dire du Tournaisis18
Ils dirent que sur le nombre de gens qui paient la taille il y en a 27 environ qui reçoivent des biens des pauvres. A la question de savoir s'il n'y a pas d'enclavement dans la paroisse dispensé de la taille ils répondent que non.
A la question de savoir s'ils ont diminué de nombre et de ressources depuis 10 ou 12 ans, ils se plaignent du trop de taille disant que cela vient de Jacquemart le Tiery, décédé et qui payait six livres alors que le fermier à sa place ne paie que 11 sous, Jean Delestrée défunt payait 4 livres et le censier à sa place ne paie que 4 sous, Bertrand des Priers payait six livres et à présent ses biens et ses héritages sont à Robert Dantroelles qui ne paie pas de taille, Pierre du Bos ,décédé, payait 70 sous et ses héritiers ne paient que 30 sous,
Nichaise Ghelle payait 27 sous lequel est parti et son locataire ne paie que 6 sous, Pierrot de Wasquehal, parti également payait 34 sous et son lieu est en ruine. Bertrand Painmouillé payait 32 sous et le lieu est en ruine. Ils dirent aussi que depuis ce temps ils sont affaiblis par le fait des gens d'armes qui ont été logés dans la paroisse pour 500 livres de monnaie de Flandres et qu'ils doivent à Mgr le comte de St Pol pour l'apport de sa garde 25 cappons de rente par an. A la question s'ils se sont enrichis, disent que non.
A la question sur la richesse des manants ils répondent que Simon Dassignies a quatre bonniers22 de terre et un lieu de 5 cens et paie 24 sous, Martin le brun a 12 bonniers parmi un lieu de 3 cens et paie 60 sous, Jacquemart du gardin a 4.5 bonniers et un lieu de 10 cens et paie 34 sous. Pierre du bois a 7 bonniers et un lieu d'un quartier et paie 44 sous et les autres paient à l'avenant de leur chevance. Tous les manants ont ensemble 36 bonniers de l'échevinage de leur ville et se taillent 26 bonniers 10 cens de la paroisse en dehors de l'échevinage. A la question de savoir ce que leurs terres valent ils disent qu'elles valent 5 rasières de grain, mesure de Seclin, à l'avesture en cense par bonnier, et en vente 16 francs et se doivent de rente celles de l'échevinage qui représentent 36 bonniers 5 cens 12 sous le bonnier et les autres hors de l'échevinage en nombre de 26 bonniers 10 cens doivent 4 rasières d'avoine et deux cappons le bonnier. A la question de savoir s'ils se disent plus taillés que les villes voisines ils disent qu'ils n'en savent rien.
1485
Pour Thumeries sont comparus Collart de lannoit, lieutenant et Hanotel, manants qui affirmèrent qu'au village nommé Thumeries il y avait 41 feux avant et maintenant 24 feux dont 20 vivant d'aumônes.
Le dit village fut totalement brûlé par les francois et se trouve dans un pays pauvre, mal labouré. Dans ce village il y a trois attelées, ils payaient 34 livres à la grande taille et maintenant 12 livres
1491
Pour Thumeries sont comparus William Bérenghien, Jacquemart Foureau, Collart de Lannoit et Jacquemart du Bos, manants, qui ont affirmé qu'à Thumeries il y avait 45 feux dont la moitié vivant d'aumônes. A ce village il y a deux queruées rendant 3 ou 4 rasières du bonnier. Les habitants vivent habituellement du travail du bois. Ils furent incendiés aux dernières guerres. Ils paient à la taille ordinaire 14 livres de 40 gros par an et disent que ceux d'Ostricourt sont mieux traités qu'eux.
1498
22 Le bonnier, unité de surface agraire vaut 1.1 ha à Tournai, 1,53 à Orchies, i,4 à Lille19
pour Thumeries sont comparus sire Jean Boutillier, prêtre, curé, propriétaire, Collart de Lannoit, Jacquemart du Bos, Jean Marmusse et Jean Dugardin lesquels nous ont affirmé sous serment qu’à Thumeries il y a 48 feux dont 32 prennent journellement les biens des pauvres et les autres sont gens qui travaillent aux bois, gagnant leur vie….
Qu’il y a trois laboureurs qui ont chacun une paire de chevaux. Ils disent que Thumeries est à présent mieux peuplé qu’en 1491 de gens et de bétail. Ils disent qu’ils ont soutenu de grandes pertes et dommages depuis ce temps là, incendie de deux ou trois menses et aussi à l’église, à cause de la guerre et du logement des gens de guerre. Ils disent qu’ils ont payé 32 livres 8 sols de 40 gros la livre
1505
Pour Thumeries comparurent Jacquemart du bos le jeune, Pierrart Baudouin, Jean Mariéée et autres jurés Ils disent qu’il y a 70 feux dont 44 prennent les biens de la charité des pauvres. Ils disent que les manants manient 113 bonniers 14 cens de labour, 12 cens de manoirs et jardins, et 3 bonniers 12 cens et demi de prés et bois Ils disent que les manants ont 186 vaches, 25 chevaux et 30 blanques bêtes
3/ Quelques remarques.
D’abord il y a de gros fermiers qui sont partis et ont été remplacés par des gens payant moins de taille.
Où sont ils partis ? Vers des enclaves ou vers la ville pour ne plus payer d’impôt? Ont- ils été annoblis ou se sont ils prétendus nobles? Tout cela est possible.
Ce qui est plus sûr c’est que le terroir du sud de la Pévèle, aux dires de ses habitants, est une terre plutôt pauvre, que beaucoup de paysans pauvres dépendent des autres. Les mieux lotis, semble-t-il, sont ceux qui vivent de l’exploitation des bois.
Autre précision : Thumeries a souffert de la présence des « gens d’armes »23. Il s’agit d’abord des soldats du duc de Bourgogne qui, même en temps de paix, étaient mis au vert dans les campagnes et qu’il fallait entretenir. Mais Thumeries a souffert aussi des escarmouches avec les « franchois » .Rappelons nous les démêlés du duc, Charles le Téméraire, mort en 1477, devant Nancy. C’est à cette occasion que les garnisons de Lens, Arras, Bouchain ravagèrent la région. Après quelques années de paix, la guerre reprit en juin 1486, et la région fut ravagée de nouveau par les français au sud, et les flamands au Nord, comme l’atteste le document de 1491.
Néanmoins en 1505 la population a augmenté. On compte 70 feux c'est-à-dire des foyers payant l’impôt. On estime souvent la valeur moyenne d’un feu à 5 personnes ce qui nous donne une population passant de 200 à 350 personnes. La richesse ne suit pas la même progression et a plutôt tendance à diminuer si l’on considère le nombre de personnes émargeant à la charité publique !
Aucun autre document ne nous fournit de renseignement sur cette période.
23 Thumeries dépend de Seclin qui est proche de Lille. Les annales de Seclin font état de plusieurs conflits où Seclin et ses environs ont souffert : 1128 siège par Guillaume le conquérant, 1214 passage de Philippe Auguste avant ou après Bouvines, 1297 et 1304 passage des troupes de Philippe le Bel, bataille de Mons en Pévèle, 1340 Philippe de Valois fait le siège de Tournai, 1382 Charles VI fait escale et réquisitions à Seclin20
Chapitre 3: Thumeries à l’époque moderne.
I. Un village dépendant du chapitre de Seclin.
Un chapitre de chanoines est une certaine forme de vie monastique, inspirée par la règle de Saint Augustin. Cette dernière est moins exigeante que celle des moines. Augustin préconisait une vie conscienscieuse et sans négligence. Les chanoines vivent donc en communauté, respectent le célibat ecclésiastique et se consacrent, comme les moines, à la prière. A la différence des moines, ils vivent moins reclus et ne font pas vœu de pauvreté. Ils peuvent manger de la viande, porter des vêtements de lin et disposer de revenus personnels attachés à leur charge (les prébendes).
Comme nous l’avons dit plus avant, la fondation du chapitre de Seclin semble remonter au 7ème siècle.
A. le chapitre de Seclin.
Le chapitre comprend officiellement 20 canonicats. Il est dirigé par quatre dignitaires, le Prévôt, le doyen, le chantre et l’écolâtre. Ceux-ci supervisent les autres chanoines dont certains sont secondés, parfois, de vicaires.
1/ les dignitaires.
Le Prévôt.
Le premier dignitaire du chapitre est le prévôt. Il était primitivement élu par le chapitre mais dès le 12ème siècle la comtesse de Flandres intervient dans sa nomination. Après quelques conflits les chanoines finissent par se
soumettre au choix du souverain (comte ou
roi). Ils se contentent d’accepter en général
la personnalité qu’on leur impose. Le Prévôt
se doit d’être prêtre et prête serment.
Théoriquement il est astreint à résidence à
Seclin. (Ci contre ce qui reste de la maison
du Prévôt construite au 18ème siècle, actuelle
rue de l’abbé Bonpain)24
Il est le premier au chœur et porte sur la
poitrine une croix d’or. Cependant il n’a pas
habituellement droit de séance à la réunion
capitulaire sauf pour une communication
solennelle qu’il peut y faire avant de se
retirer, laissant les chanoines délibérer entre
eux.
Dans ses attributions on note le droit de
nommer le curé de Seclin, le bailli, le
lieutenant et le sacristain dont nous parlerons
plus loin.
Ses revenus sont, en plus de sa part de
chanoine, estimés par Leuridan à 231 livres par
an et quelques rasières de grains. Il estime,
grosso modo, qu’à la fin du 18ème siècle, les
revenus du Prévôt approchaient les 2.000
livres, tous frais déduits. Leuridan donne la
24 Au fronton on trouve une inscription en latin avec quelques lettres majuscules qui constituent une sorte de chronogramme donnant la date de construction de l’édifice : « Manentes beneDICat eXCeLsUs que le très haut bénisse les habitants de cette demeure 1765)21
liste de tous les prévôts. Notons parmi ceux-ci quelques noms illustres dont les familles ont eu des liens avec Thumeries.
En 1540 le Prévôt est Jean de Carondelet. Sa famille sera thumerisienne deux cents ans plus tard. Ce proche de Charles Quint et ami d’Erasme, cumule les responsabilités et les bénéfices ecclésiastiques : il est à la fois, doyen de Besançon, abbé de Mont Benoît en Bourgogne, Prévôt de Furnes et de Seclin, et archevêque de Palerme, primat de Sicile. Avec de telles charges, Il n’a pas dû résider beaucoup à Seclin! Le voici, représenté en prière, sur un diptyque conservé au musée du Louvre.
En 1669 on trouve Albert, Maurice de
la Hamaide et en 1786 Louis François
de Carondelet, le dernier Prévôt, dont
nous reparlerons plus tard.
Le doyen.
Le second personnage du chapitre et
celui qui le dirige vraiment est le doyen.
Il est élu par le chapitre lui-même. Son
élection doit, bien sûr, être entérinée par
l’évêque de Tournai. C’est le véritable
président du chapitre qui exerce son
autorité sur les autres chanoines bien
qu’il ne porte pas de signes distinctifs
dans sa tenue vestimentaire. En fait les
chanoines s’engagent lors de la prise de
possession de leur charge à obéir au doyen et au chapitre et non au prévôt. C’est donc le doyen qui est le premier personnage de la Collégiale même si, dans les cérémonies officielles, il cède le pas au prévôt, premier dignitaire. Le dernier doyen, élu en 1784, est Charles Desbiez, qui exerçait depuis quelques mois la
fonction de chantre.
Le chantre.
Ce troisième personnage est chargé en
particulier du chant liturgique qu’il dirige. En
cas d’absence, c’est lui qui remplace le doyen.
Depuis 1784, la fonction est exercée par
Alexandre Briez, précédemment écolâtre. La
collégiale actuelle conserve le maître autel
installé au 18ème siècle par le chapitre et les
stalles où s’asseyaient les chanoines pour
chanter l’office.
2 Autres fonctions dans le chapitre.
L’écolâtre.
Enfin vient l’écolâtre, responsable, comme son nom l’indique, de l’école et des maîtres d’école, aussi bien ceux de l’école capitulaire que des autres écoles de la ville de Seclin. Le dernier écolâtre avant la Révolution est Jean Baptiste Duriez.
Petits offices.
Pour le fonctionnement du chapitre on trouve encore le sacristain, le « coutre »( responsable des ornements sacerdotaux et des objets du culte) , le « massier » ( sorte d’huissier ou d’appariteur à la manière de nos anciens bedeaux ou gardes suisses.), le « clocqueman » ou sonneur.22
Les choraux.
Enfin le chapitre entretient et forme un petit groupe d’enfants de chœurs regroupés dans une sorte d’internat. Ils sont appelés à servir durant les offices ; Ce sont les « choraux ».
3 Les chanoines.
Les autres membres sont au nombre de quatorze. Comme les chanoines réguliers, ils portent la tonsure et leur première fonction est
la louange de Dieu (office divin et
messe conventuelle). Seuls les
sexagénaires sont dispensés de l’office
des matines. Chacun dispose d’une
« prébende » avec des revenus en
terres, maisons ou rentes.
B Droits et revenus du
chapitre.
1 La justice.
Selon les usages féodaux le chapitre
avait des droits de seigneurie sur ses
fiefs c'est-à-dire qu’il y exerçait la
justice à tous les niveaux de celle-ci.
Pour ce faire, le chapitre disposait
d’un bailli général, aidé d’un lieutenant, de 7 échevins et de 15 hommes de fiefs. Ces 26 membres formaient la « cour laye de Saint Piat » qui se réunissait à la halle échevinale pour délibérer.
Notons parmi les baillis, un noble installé à Bellincamps,à Thumeries, nommé Jean Gabriel Jacquerye, bailli en 1729, père de Josse Joseph, seigneur de Bellincamps et grand père de Joseph Lamoral qui sera chanoine et de Bauduin Gabriel qui sera lui-même bailli en 1758. Nous reparlerons plus tard de la famille Jacquerye de Thumeries.
2. Les revenus du chapitre.
Les revenus du chapitre sont constitués en priorité par la dîme perçue dans l’ensemble des paroisses de la seigneurie. Il faut y ajouter les dons et legs faits à l’occasion des funérailles (office des obits) ou de quelques fêtes locales (office des distributions), et les ressources produites par les terres achetées ou reçues en don au fil des ans (on peut trouver des chiffres dans l’ouvrage de Leuridan).
Au détour de l’ouvrage de Leuridan sur l’histoire de Seclin on trouve ici ou là mention de quelques revenus du chapitre sur le territoire de Thumeries. C’est pour l’office des obits 31 rasières d’avoine, plus une rente de 7 livres 16 sols, pour l’office des distributions, 37 sous 4 deniers, et pour l’office des obédiences 100 chapons et 37 sols.
Il y a aussi des terres affermées comme ces 12 cens de terre pour 60 livres par an au bénéfice de la chapelle St Vincent. Le service des choraux bénéficie depuis un achat de 1634 du revenu d’un fief de 18 cents de terre.
Le revenu principal du chapitre reste la dîme dont nous parlerons ci après et les taxes attachées aux successions des fiefs (le « relief ») à la mort des propriétaires.
3 Les revenus du curé.
Le curé dépend du chapitre et nous disposons d’un document émanant du diocèse de Tournai, daté de 1688, à l’occasion d’un conflit de propriété. Nous le citons in extenso, en respectant même son orthographe. On y trouvera des allusions à la dîme comme à de multiples lopins de terre à Thumeries et Wahagnies (deux communes actuelles formant la même paroisse à cette époque).23
Premièrement appartient à la cure de Thumeries un manoir amasée de maison, chambre, grange, et étable contenant environ 4 cents dit communément presbitaire (sic) attenant à la cimetière du dit lieu
appartient encore à la dite cure la 6ème gerbe de disme prise à l’encontre de messieurs les doyens et chapitre de st Piat à Seclin qui se recueille à Thumeries à 8 du cent.
item appartient encore à la dite cure la juste moitié de la disme à l’encontre des dits chanoines sur les terres de la Ténarderie, sur les terres de la pairie de Fretin et sur les terres de Bellincamps. appartient à la dite cure la moitié de la disme de Functise ( ??) ou Garghivel ( ??) à 3 du cent seulement.
item appartient à la dite cure la 6ème gerbe de disme sur le territoire de Wahagnies prise à l’encontre du chapelain de la chapelle Notre Dame fondée en l’église du dit Wahagnies à l’encontre du dit doyen de Seclin dont le dit chapelain en a 4 de six…. Et les 2 également au curé et au dit doyen de Seclin appartient à la dite cure son pré contenant 5 cens environ tenant au bosquet de Hughes Plaisant et aux bosqueaux de la Ténarderie. Item appartient un certain annois ou bosqeaux contenant 3 cens tenant aux bois et annois du dit hughes plaisant.
item appartient à la dite cure une pièce de terre contenant 5 cens tenant aux bosqueaux de noble homme Nicolas de la hamayde, Seigneur de la Ferre, et à la voyette menant du dit Thumeries à Watricourt. Appartient encore à la dite cure une autre pièce de terre à labour contenant 3 cens divisée en 2 par la voie menant du dit Thumeries au moulin de Wahagnies aboutant vers soleil tenant au chemin de notre dame menant à la Neuville .item une autre pièce de terre à labour contenant 7 cens au terroir du dit Thumeries tenant à la terre du dit Seigneur de la serre et à voie sablonneuse.
appartient encore à la dite cure un camp de terre contenant 4 cens tenant à la terre de Hughes Plaisant et aux pauvres du dit Thumeries. Item appartient à la dite cure une autre pièce de 2 cens de terre labourable tenant d’un côté à la terre Albin Pollart et d’autre au chemin Notre Dame. appartient à la dite cure la moitié des maïoles comme veaux, agnaux, tant au dit Thumeries comme à Wahagnies à l’encontre des dits chanoines de Seclin en payant par les censiers de dix l’un item la dime totale des pourcelés, oysons de Thumeries et Wahagnies
appartient à la dite cure une autre pièce à Wahagnies, 3 cents environ, enclose de la terre de l’église et de la voyette menant à Libercourt derrière les jardins du dit Wahagnies Item appartient à la dite cure une autre pièce de terre à labour gisant à Wahagnies tenant à la chapelle du dit lieu et au chemin de Wahagnies à Phalempin dit vulgairement le cheminé 25
Nous ne savons pas si le presbytère dont on parle dans le premier paragraphe est le même à la fin du 18ème siècle. Toujours est il qu’il demande quelques travaux d’aménagement qui sont effectués en 1787 au moment de la prise de fonction du nouveau curé Berry. On y a refait les portes, les châssis, les serrures, quelques séparations. Les ouvriers ont été logés chez J Dufontaine, cabaretier du Ramponneau (notre actuelle rue Salengro) pour 6 florins et 12 patars. Cette somme correspond à la boisson et au logement des ouvriers:
« attendu que l’on n’avais (sic) point de place et rien pour couché (sic) dans la maison du curé »
25 20 oct 1688 17 G 19124
Voici, un tableau des dépenses engagées :
Nom de l’artisan Objet ou métier Somme
en livres parisis
Et sols
Antoine Breucq Chaufournier 30
Jacques Caron Ferrurier 10
Peux Vitrier 23 8
Louis Dugardin Couvreur 6 8
Chevalier (pour clous) 4 8
Charles Maugez (pour couleurs) 13 1
Jean Baptiste Carlier Maçon 142 8
Brasseur Menuisier 146
Désiré Denneulin (pour argile) 24
Charles Crépin (pour briques) 19 12
Melle Jacquerye (4 bottes de lattes) 9 12
Total 429 livres
C. la question particulière de la dîme.
La dîme est un impôt institué au 7ème siècle par Pépin le Bref pour subvenir aux besoins du clergé. Comme son nom l’indique il s’agit d’un prélèvement d’un dixième de la récolte. Chacune des paroisses de la Seigneurie constitue un fief à la tête duquel se trouve un « Mayor », un « maire » qui dépend du chapitre. Il se doit une fois par an de vénérer les reliques de St Piat mais surtout de :
Livrer une grange pour y enclore les dîmes. Ils auront à leur profit les fourages et crappins procédants de la dîme engrangée dans leur grange et le dixième des grains battus au fléau… »
Thumeries, considéré comme on l’a dit, comme un territoire relativement pauvre (cf chapitres1 et 2) n’est tenu à fournir que 8 gerbes sur cent. Une gerbe revient au curé du lieu, les 7 autres aux chanoines qui en abandonnent une partie au mayor.
Au cours du 18ème siècle la part du mayor et des chanoines sera contestée avant un accord trouvé le 1er juillet 1779 où le mayor, Mr de Carondelet, obtient les 2/5ème de la part des chanoines. D’après Leuridan la dîme de 1782 est «affermée» pour 2.520 livres… Voici la répartition du territoire de Thumeries, décidée le 15 juillet 1782. il se répartit en six branches à savoir :
La première, nommée celle du « petit thumeries » ou « du carniau » depuis le Petit Thumeries jusqu’au chemin Desprais (sic)
La seconde branche nommée « la ronde branche » de la rue Desprais à la cense de la Thénarderies (sic)
La troisième branche de la Thénarderies depuis la rouge croix ( ?) à la Pourette
La quatrième branche dite d’olligé depuis le chemin de la pourette jusqu’au chemin qui conduit de Bellincamps à Moncheaux
La cinquième nommée la grande dîme depuis le calvaire de Wahagnies jusqu’à la voye des croix
La sixième branche dénommée la longue branche de la voye des croix à Bellincamps25
II un village à l’ombre du château.
A. Origine du château.
1. Une aquarelle révélatrice.
Au 16ème siècle la Flandre est bourguignonne. Le duc se fait construire à Lille une demeure digne de lui, le palais Rihour, encourageant sans doute par le fait même les grands du duché à faire de même, suivant leurs moyens. Nous disposons depuis cette époque d'une documentation iconographique exceptionnelle due à Charles de Croy.
Ce dernier, né au château de Beaumont le 1er juillet 1560 s'est trouvé en 1595, à la mort de son père, possesseur de tous ses domaines.
L'idée lui est venue de faire reproduire les
plans cadastraux de ses propriétés et d'y
adjoindre une vue de chacune, peinte à la
gouache. Ces aquarelles furent réalisées
successivement à partir de 1596. Celles de
la châtellenie de Lille dont il était un des
seigneurs haut-justiciers, en tant que
possesseur de la seigneurie de Comines,
furent réalisées en 1603.
Ces gouaches réalisées par le peintre
Adrien de Montigny et ses dessinateurs
nous présentent toutes ces demeures qui
empruntent en général le style flamand de
l'époque, (alternance de briques et de
pierre blanche, toits à lucarnes et
frontons...)
Vous trouverez ci-dessus la reproduction de l'aquarelle publiée dans les albums de Croy et qui représente le village de Thumeries.
2. Description du document.
En cartouche : "Tumeries".
La vue est prise du nord-nord ouest. Au premier plan, venant de Wahagnies, la vieille route qui passe un peu à l'écart de l'actuelle (N 354) et aborde l'église par l'ouest. Sur la gauche (mais à droite du chemin) un moulin à vent sur pivot. Une douzaine de maisons et chaumières constituent l'agglomération groupée autour de l'église; De celle-ci on voit nettement la tour, carrée, construite en brique rehaussée de pierres, une baie sur la face nord à l'étage des cloches ; flèche à lucarne coupée d'abat-son. Vers l'est un grand vaisseau au toit de tuiles percé de trois chassis. Vers l'ouest, autre vaisseau court et bas, couvert également de tuiles (mais fait-il bien partie de l'édifice)
De l'église part une drève conduisant à un manoir aux larges douves, l'entrée se fait par la gauche; deux bâtiments sont visibles dont le plus important est régulièrement orné de fenêtres à croisillons dans la façade tournée vers l'observateur ; deux petits frontons surmontent deux des travées ; les pignons sont à pas de moineaux. Il s'agit sans doute du "château blanc" la seule demeure importante si près de l'église.
Ceci est le commentaire officiel de la planche 86. On rappelle par ailleurs que certains vestiges seraient bien du XVIème siècle et effectivement une pierre de seuil (du côté des anciennes dépendances) porte gravée la date de 1541.26
3. Hypothèses d’implantation.
Pourtant certains Thumerisiens doutent qu'il s'agisse du château blanc arguant de la longueur de la drève entre l'église et le bâtiment.
La drève n'a que quinze à vingt arbres ce qui nous fait une allée de soixante à cent mètres suivant la valeur des intervalles. Mais peut-on faire une confiance absolue à une aquarelle? Nous savons qu'Adrien de Montigny et ses aides esquissaient des dessins sur place et les recopiaient plus tard, ce qui laisse la possibilité d'interprétation ou de déformation ultérieure. Mr Rémy, membre de la société Historique de Pévèle dans sa présentation 26 prend ce parti et envisage un manoir situé près du bois des cinq tailles.
Il a travaillé à la loupe et décrit ainsi notre château :
Au bout d'une longue drève bordée d'arbres, entourée de très larges fossés emplis d'eau, s'élève une construction en briques et pierres blanches. On en voit l'aile principale et une autre en retour. La première est de plan rectangulaire, encadrée de pignons à pas de moineaux. Sur celui qui nous fait face, on distingue des cordons de pierre et au centre, un motif en losange qui est peut-être un dessin de briques claires formant un quadrillage courant sur nos constructions flamandes.
Vers la partie supérieure, il y a trois baies dont l'une est dans la pointe. La façade principale donnant sur le fossé, comporte elle aussi des rangs de cordons et deux niveaux de fenêtres qui semblent encadrées de pierres et munies de meneaux et de traverses.
Deux frontons triangulaires marquent la base du toit qui est en tuiles avec une petite lucarne au milieu du pan. Il y a une cheminée sur le faîte et peut-être une autre au sommet du pignon opposé.
Disposée perpendiculairement à ce logis, une autre aile se distingue plus basse et légèrement en retrait. On y voit dessinées deux fenêtres au dessus d'un cordon de pierres. Le toit de tuiles est à deux pans et paraît se caler sur un pignon à gauche. Au delà on voit un pont (en pierre ?) à une arche surbaissée menant à un pont levis dont on voit les pièces de bois saillir ainsi que les chaînes. Notez aussi l'important envol de pigeons noirs...
26 Pays de Pévèle n°30 page 24-2527
Et voici sa conclusion :
Ce château ne parait pas être celui que nous connaissons sous le nom de château blanc, sis près de la route, mais situé en lisière du bois des cinq tailles.
Et voici le croquis d'implantation qu'il propose :27
Cependant il faut reconnaître que les premiers cadastres locaux qui datent de la Révolution et de l'Empire ne gardent aucune trace de cette éventuelle implantation qui, du fait de son altitude fort basse paraît peu judicieuse.
Seul un recours à l'archéologie pourrait lever le doute.
B les familles illustres du château.
La noblesse est une qualité attachée aux personnes et qui se transmet par filiation paternelle. Elle peut s'acquérir par le mariage pour une roturière qui épouserait un noble ou par l'acquisition d'une charge anoblissante. Les nobles vers 1789 ne sont guère plus de 300 à 500.000 soit 1% de la population française.
Peu nombreux, les nobles ont pourtant un certain nombre de privilèges honorifiques (arborer des armoiries, porter l'épée) ou des privilèges utiles (droit de chasse, exemption de la taille, etc. . . )
Un spécialiste de l'histoire régionale, le chanoine Pasture, a présenté un document découvert à Tournai qui donne au milieu des autres paroisses du diocèse de Tournai un bref aperçu de celle de Thumeries :(28 )
Mr le vicomte d'Ogimont de la Hamaide y a un assez propre château près de l'église....La ferme de Bellincamp près de Monceaux à St Pierre de Lille est à Mr Potelle dudit Lille.
1 la famille de La Hamaide.
a) La famille
Ce texte se situe entre 1690 et 1728. Il est donc de 80 ans postérieur à l'aquarelle et nous fournit le premier nom connu de propriétaire : la famille de la Hamaide.
D'après Mr Balthazar (29) la famille de la Hamaide serait originaire du Hainaut belge et plus précisément du Tournaisis. Elle aurait eu quelques ancêtres illustres comme Charles-Nicolas,
27 Pays de Pévèle page 25
28 Description des paroisses du diocèse de Tournai éd Jacques, Tournai 196828
évêque de Cambrai en 1161 ou le chevalier Antoine de la Hamaide, compagnon de croisade de Godefroy de Bouillon ou encore Jean
de la Hamaide tué à la bataille d'Azincourt
en 1415.
Il a suivi dans les archives
départementales la succession de Jean
mais sans jamais trouver d'indications
précises sur son arrivée à Thumeries.
Quand sont-ils arrivés? Pourquoi et
comment? Ces questions restent
actuellement sans réponse sûre.
Ont-ils construit eux-mêmes le château?
La présence sur la façade sud du château
de bas-reliefs ornés des armoiries de la
Hamaide semble l'attester.
Le petit pont, côté parc, portait en plus,
gravées dans la pierre, les armoiries de la
Hamaide, surmontées d'un chapeau
ecclésiastique et encadrées de rubans à six houppes, signe héraldique attribué aux évêques et qui évoque peut être l'évêque de Cambrai, cité ci-dessus, hommage rendu a posteriori peut être par un autre ecclésiastique de la famille, Albert Maurice de la Hamaide, prévôt de la collégiale de Seclin de 1669 à 1675.
Cette pierre brisée en deux constituait un
danger pour le passage, elle a donc été
déplacée récemment dans le parc par les
propriétaires actuels du château.
Les armoiries de la Hamaide se
définissent selon la formule suivante :
d'or à trois hamaides de gueules
L'or désigne la couleur du fond, jaune en
l'occurrence, et les hamaides sont des
traits horizontaux de couleur rouge et qui
figurent une sorte de barrière.
Il y a donc
une barrière en trois fragments.
En héraldique, les pièces qui ornent l'écu s'appellent "le meuble"
et ses éléments les "divises".
Ici on dit tantôt "à la hamaide", si l'on considère le meuble
comme un tout, ou "à trois hamaides" si l'on considère les
divises qui le composent.
D'après Mr Leuridan, historien de Seclin, ce signe serait fréquent
dans l'armorial flamand. Dans certains cas la divise supérieure
est agrémentée d'un croissant d'or qui rappelle sans doute la
gloire de l'ancêtre, Antoine, qui se rendit célèbre lors de la
première croisade.
29 CF Histoire des communes du Pévèle par Jean Cyrille Balthazar ingénieur Hydrologique de la société Béghin, amateur d'histoire locale... Son ouvrage est disponible à la bibliothèque de Thumeries.29
b) Documents d'archives locales.
L'état civil paroissial qui remonte en 1659 cite à plusieurs reprises, dans ses premiers feuillets, les châtelains qui ne refusaient pas d'être parrains ou marraines des enfants de leur personnel.(30 )
Le 4 mars 1660 marraine Noble demoiselle Anna,
ludovice de la Hamaide.
Le 2 novembre 1660 , Marie claudie de La Hamaide,
Le 29 novembre 1660 Jeanne Marie Magdeleine de la
Hamaide, le 2 février 1661 Françoise de La Hamaide,
Jean Marie de la Hamaide fut parrain le 12 décembre
1663 , le 15 du même mois, et le 15 janvier 1665...
c) la succession,
En octobre 1665 Agnès de la Hamaide épouse Nicolas Ferry
d'Esclaibes, écuyer, Seigneur d'Amervalle. En 1667 elle lui
donnera une fille, Adrienne,Thérèse, Robertine, d'Esclaibes. C'est par ce mariage que le château échoit à la famille d'Esclaibes.
30 CF Mr Balthazar page 78)30
2. la famille d’Esclaibes.
Un descendant de cette vieille famille, le colonel d'Esclaibes, en a publié les archives. Après consultation aux archives départementales nous en avons dégagé deux pages de généalogie présentées ci après.
Dans ces deux documents on remarquera l'ancienneté de cette famille et sa tradition militaire. L'auteur parle de "l'impôt du sang" versé par ses ancêtres. On remarquera aussi des alliances avec des branches des deux autres familles célèbres de Thumeries, la Hamaide et Carondelet (branche de Potelle et branche de Noyelles.)
Bien que la famille soit restée peu de temps propriétaire directe du château, on en trouve plusieurs traces matérielles dans les archives locales.
On trouve notamment dans le fond de l'église des pierres tombales (31) qui rappellent les sépultures dans l'ancienne église de quelques membres de cette famille illustre :
François Marie d'Esclaibes 4° fils année 1723
31 Ces pierres ont été regroupées dans les fonds baptismaux lors de la reconstruction de l'église en 1840.31
François Augustin d'Esclaibes leur dernier fils ,1727
Ferry Nicolas d'Esclaibes, escuyer, seigneur d'Amervalle 8 septembre 1729
Par ailleurs l'état civil fait état à plusieurs reprises des d'Esclaibes qui acceptent comme les précédents d'être parrains ou marraines des enfants de leurs employés :
4 décembre 1698 Ferri D'Esclaibes est parrain de Michelle Degand
Son épouse est marraine de Nicolas Carlier le 3 avril 1711
Succession.
La famille d'Esclaibes ne restera qu'une vingtaine d'années comme seigneurs de la mairie de Thumeries.
Bien que Ferry Nicolas ait eu six enfants, ceux-ci sont tous morts jeunes. La branche s'éteint donc avec lui en 1729 et le château et les terres de Thumeries reviennent à Adrienne, Thérèse, Robertine d'Esclaibes sa sœur qui avait épousé en 1687 Charles Nicolas de Carondelet de Noyelle.
C'est donc par un second mariage que s'effectue la succession.32
3. La famille De Carondelet.
Cette très ancienne famille, originaire de la Bresse, s'est installée dans notre région au 15ème siècle sous la domination autrichienne. Elle compte quelques ancêtres glorieux comme Jean de Carondelet dont nous avons parlé, chef du conseil particulier de Charles Quint et prévôt des chanoines de Seclin.
a) Epigraphie.
Une pierre tombale conservée dans l'église rappelle :
Isabelle de Boussie de Carondelet, 1742, décédée à 24 ans
probablement des suites de couches,
et Jean François de Carondelet, leur
bien-aimé fils,
baptisé le 19 janvier, jour du décès de sa
mère et décédé quelques jours plus tard. Il
faut signaler que l'année 1742 a vu la
population locale décimée par une épidémie
importante à laquelle les nobles n'ont pas
échappé.
b) Documents des archives locales :
Si l'on compare les inscriptions funéraires et
les données de l'état civil on se rend compte que le seigneur Ferry Antoine de Carondelet a épousé en secondes noces Marie Louise Catherine de Parisot.
Ils eurent plusieurs enfants inscrits dans les registres paroissiaux.:
Ferry Louis Joseph de Carondelet (12 août 1752-8 novembre 1759)
François Louis de Carondelet né en 1753,
dont nous reparlerons plus tard
Marie Catherine Henriette, née le 7 novembre 1754
Marie Albertine Joseph née le 9 octobre 1756,
décédée en 1783.
Anne Marie Louise née en 1758 le 25 mars.
Aldegonde Josephe en 1759 le 1er juillet.
c) Les armoiries.
Elles se définissent ainsi :
"d'azur à la bande d'or avec six besants du même mis en orbe"
(Les "besants" symbolisent une monnaie d'or.)33
d) Privilèges.
Les privilèges réservés aux seigneurs, comme le droit de chasse, peuvent être concédés comme on le voit dans un document de 1787 32 qui établit une convention entre Mr le baron de Carondelet, originaire de Thumeries, et prévôt de la collégiale St Piat, et ces messieurs du chapitre, concernant la chasse à Thumeries.
« à condition de se conformer aux ordonnances sur la chasse et à faire garder soigneusement la terre contre tout délinquant et braconnier à ses propres frais ; le dit Prévot reçoit le droit de chasse en s’obligeant à donner en présent à chaque chanoine une fois par an 2 pièces de gibier (les gros lièvres étant comptés pour 2 pièces 2 cailles ou 3 grives pour une seule). »
En 1790, M de Carondelet fait établir à Seclin par les bons soins du doyen Desbiez une copie de trois dénombrements de fiefs en sa faveur, trois actes attestant de l’ancienneté de ses propriétés à Thumeries à savoir Jehan de Hérignies, seigneur de Beaumont, octobre 1515, puis Ferry de la Hamaide, seigneur d’Ogimont 4 janvier 1636, et enfin François de Carondelet, prévôt, 19 juillet 167733. Isolé à Paris, se rendant compte de la situation, l’homme veut assurer son retour à la vie civile.
32 ADN 17 G 98
33 ADN 1 Q 54334
C Les autres familles nobles de Thumeries.
A l'autre extrémité du village, dans la propriété dite de Bellincamps, est installée une autre famille noble : celle des Jacquerye de Fréchies.
Propriétaire des bois environnants Josse Joseph Jacquerye est licencié es lois, conseiller au bailliage de Lille, puis au Parlement. Il dispose, dans sa propriété, d'une chapelle privée et on note, dans l'état civil de Thumeries, le 14 janvier 1748, le décès de Monsieur Maguine, un prêtre irlandais, chapelain, "pour dire la messe à la commodité de Messire Jacquerye", Privilège du temps, il est inhumé dans l'église même, tout comme un fils Jacquerye, décédé en 1763, à l'âge de 5 mois.
Enfin le 7 juin 1774, c'est le tour du Conseiller du roi lui même.
Il laisse derrière lui deux fils qui occupent des charges importantes: Bauduin, Gabriel Jacquerye de Frechies, bailli de Seclin en 1758, et qui fut ensuite officier au service du Roi d'Espagne et un second, Jean Joseph Lamoral Jacquerye de Frechies, chanoine de Seclin de 1764 à 1790.
On peut légitimement croire que ce dernier ait pu introduire au Chapitre de Seclin son compatriote Carondelet. . .
Ce chanoine aura la charge de la gestion financière de nombreuses paroisses relevant du chapitre de Seclin et, parmi elles, celle de Thumeries comme nous le verrons plus loin.
D'autres familles nobles ont des propriétés foncières à Thumeries mais elles n'y résident pas.
Je citerai néanmoins Monsieur 34 POTEAU d'Estevelle, propriétaire de la Cense de la Ténarderie, Seigneur du fief de Burgault à Seclin, M de Diesbach, Mme Dassignies, Mme de Cottignies propriétaire de la Cense de la Baverie) et une institution religieuse de Lille la "Noble Famille" dont les ressources foncières, acquises par donation, permettaient d'élever dans leur pensionnat de Lille (rue de la Barre), des jeunes filles nobles, sans ressources.
En tout la Noblesse de Thumeries ne dépasse pas 15 personnes soit 2,5% de la population. C'est plus qu'à l'échelon national. C'est peu en nombre, mais il en va autrement de la puissance et surtout du prestige.
III La population de Thumeries avant la Révolution.
A Étude des registres de chrétienté.
En 1539 l'ordonnance de Villers Cotterets obligeait les officiels de tous ordres à rédiger leurs actes en français et imposait aux curés des paroisses de tenir registre des sépultures des « personnes tenant bénéfice"(35) et des baptêmes des nouveaux nés. »
En 1563 le Concile de Trente prescrivait la tenue des registres de tous les baptêmes et de tous les mariages. Enfin, en 1667, l'ordonnance de Saint Germain en Laye imposait la tenue des registres en deux exemplaires dont l'un, la "minute" restait à la cure, et l'autre, la "grosse" était déposé au greffe. C'est à partir de cette période que l'état civil français est consultable. A Thumeries le premier cahier date de 1659, ce qui est particulièrement tôt pour une petite paroisse rurale. Cependant nous remarquons une lacune manifeste en ce qui concerne les décès d'enfants avant 1736, date de la prise de fonction du curé, Lescohier.
34 les termes Monsieur ou Madame sont réservés à la noblesse avant 1789
35 Ecclésiastiques et quelques privilégiés35
Auparavant les décès d'enfants ne sont pas recensés. On sait pourtant, par ailleurs, que la mortalité infantile était très forte à cette époque. On n'en voudra pour preuve que les chiffres de la période qui suit (à Thumeries)
Année -1an 2 à 5 ans 6 à 20 20 à 30 30 à 40 + de 40 ?? 1737 1 2 1 3 5 1738 1 2
1739 5 3 2 1 4 1 1740 2 1 3 1 2 5 2 1741 3 1 2 3 1 2 2 1742 2 5 4 4 3 3 1 1743 1 1 1 1 1 3 1744 2 2 10 1745 1 1 2 3 1746 2 1 3 Total 16 15 14 14 9 26 23
Pendant ces dix années on se rend compte que 45 décès sur 117 sont des décès de jeunes dont 16 dans la première année et 31 dans les 5 premières années soit 26 %.
1 Mouvements naturels de la population.
Nous avons procédé à un comptage annuel des actes afin d'établir les trois courbes longues présentées dans le graphique ci après : celle des naissances, celle des décès, celle des mariages.
A la lecture du graphe on peut distinguer trois périodes :
Avant 1735 c’est une période indécise du fait que les décès sont particulièrement sous évalués.
Ensuite de 1735 à 1765, quand le décompte est rigoureux, vient une période où les deux courbes (natalité, et mortalité) bien qu'élevées sont relativement proches l'une de l'autre avec une augmentation moyenne de 1 à 1,5 par an.
Enfin, dans la deuxième partie du siècle, on voit une période où la croissance naturelle est plus forte, essentiellement à cause de la baisse relative de la mortalité comme le montre le tableau suivant des valeurs décennales moyennes (4 à 4,6 par an)
Année Moyenne des
naissances
Moyenne des
décès
Croît naturel
1735-1744 12.7 11.2 +1.5
1745-1754 12.5 13.4 -0.9
1755-1764 15.2 14.1 +1.1
1765-1774 15.7 9.8 +5.9
1775-1784 13.4 10.0 +3.4
1785-1792 19 14.3 +4.7 (8ans)
On voit bien que malgré une forte natalité la population n’augmente pas avant 1760. A partir de cette date c’est le recul de la mortalité qui permettra à la population de Thumeries de croître. Il est assez difficile d’estimer le chiffre exact de la population, faute de recensement.
Les historiens du 18ème siècle s’accordent souvent sur une natalité de 36 à 40 pour mille. En appliquant ces chiffres on aurait 500 habitants en 1766 et 600 en 1791. Ce qui correspond aux 625 âmes que déclare le curé Petit en 1791.36
ETAT CIVIL AU XVIII EME SIECLE
THUMERIES
0
20
40
60
80
100
120
140
32 27 31
73 75 74
82 78
60 62 64
78 77 83 78
66 68
104 102
124
17
5 10 10
13 10 16 11
22 18 19 20
13
18
12 8
24 22 20 23
1 1
24
10
22
14
20
35
78
39
92
76
70
56
41
47
53
60
97
87
1700 1705 1710 1715 1720 1725 1730 1735 1740 1745 1750 1755 1760 1765 1770 1775 1780 1785 1790 1795
Naissances Mariages Décès
2.Les années noires.
La courbe ci-dessus fait apparaître des années noires. Ce sont des périodes de récession démographiques que l'on appelle des "clochers de mortalité". Ce sont les années 1741-1742, 1749-1751,1761-1763 et 1790-1791. Ces deux dernières dates correspondent à des hivers particulièrement rigoureux, après de mauvaises récoltes et bien connus des historiens. (A Thumeries en 1763, 7 sur 20 en mars et en 1791 17 sur 32 dans les trois mois d'hiver) Les deux autres périodes ont des explications plus locales et semblent révéler des épidémies. Certes il ne s'agit pas de la peste mais plutôt de fièvres ou de dysenteries. La répartition mensuelle des décès permet de tenter des explications :
année Janv Févr Mars Avril Mai Juin Juillet Aout Sept Oct Nov déc 1742 5 4 6 3 1 1 1 1 1750 2 3 1 2 1 2 3 12 5 2 1763 2 1 7 1 1 2 1 2 1 1 1790 5 7 4 2 6 1 1 1 3 1
En 1742 on constate deux groupes de deux mois, sorte de double épidémie à la fin de l'hiver. En 1750 douze décès ont lieu en douze jours, en octobre avec le décès de 7 adultes.
3 le mariage.
Une autre chose que l’on remarque en consultant l’état civil du 18ème siècle c’est l'âge avancé des mariés qui évolue de 23 à 31 ans. Un rapide calcul de moyenne établi sur les 20 mariages célébrés à Thumeries entre 1743 et 1747 montre une moyenne de 27,8 ans pour les femmes et de 30,3 pour les hommes. Elle serait même de 31,7 ans si l'on comptait l'âge des quatre veufs qui se remarient rapidement après leur veuvage.
C’est que le mariage au 18ème siècle est avant tout un "établissement" dans la vie. Pour fonder son ménage il est indispensable d'avoir les ressources minimales. Le plus souvent il s'agit de quelques terres et on doit souvent attendre l'héritage de l'un ou de l'autre conjoint. D'autre part la vie n'est pas facile et l'on n'est pas trop de deux pour exploiter sa terre. C'est pourquoi un veuf précoce se remarie rapidement. Nous pouvons l'exemple de Jean Michel Delattre, journalier, qui épouse à 31 ans Marie Madeleine Penin. Un an après son mariage, (le 15 févier 1739) naît Marie Reine. Deux ans après elle, naît Louis François (3 mai 1741).37
Hélas, le 16 mai 1743 Marie Reine décède à l'âge de quatre ans. Jean Michel se trouve veuf à cette époque et se remarie le 30 juillet 1743 avec Marie Marguerite Bauduin qui n'a que 25 ans. Lui, en a 36 De cette seconde union naîtront huit enfants : Jacques Antoine en 1744, Amélie en 1745, Jean Joseph en 1747, Marguerite en 1749, Rosalie en 1751 et Joseph en 1754,Marie Sainte en 56 et Augustin en 1759 soit huit naissances en seize ans, confirmation du taux de natalité évoqué ci-dessus.
On constate généralement que si l'enfant survit, la naissance suivante est souvent espacée de deux à trois ans. Par contre, s'il meurt tôt, la mère cessant d'allaiter, se retrouve rapidement enceinte.
Ainsi André Delemotte épouse le 18 novembre 1738 Marie Madeleine Wilmo. L'année suivante naît Michel (le 27 septembre 1739). il meurt à 7 mois, le 30 avril 1740,.quatorze mois après le décès naît Marie Joseph. L'écart avec le troisième enfant sera de cinq ans, puis six ans avec une autre fille, le quatrième enfant...
Quelques familles ont déjà adopté un nouveau comportement. Elles ont délibérément moins d'enfants que les autres. Certains pensent qu'il s'agit de comportements malthusiens précoces du nom de ce pasteur britannique qui préconisait, dès ce temps là, la limitation volontaire des naissances...
Ce comportement existe très tôt en France, surtout en ville, mais l'on en découvre déjà des traces dans nos villages : ainsi Maximilien Devienne (25 ans) sujet originaire de Moncheaux épouse le 20 mai 1741 Marie Rose Dujardin et lui donne 11 mois plus tard (27 février 1742) Catherine (qui vivra jusqu'à 23 ans) et le 28 avril 1744 Barthélémy. Ils vivront sept ans avec ces deux seuls enfants. Après le décès à 7 ans du dernier Mme Devienne aura un nouvel enfant , Louis François le 12 juillet 1753.
C'est le signe que, malgré l'enseignement coutumier de l'église les français commencent à adopter des mesures de contrôle des naissances, annonciatrices d'un mouvement plus général, caractéristique du 19ème siècle.
On pourrait s'attarder sur d'autres aspects de l'état civil, enfants illégitimes, enfants abandonnés ou mis en nourrice à la campagne. Ainsi certains, trouvés à Lille et décédés à Thumeries, portent des noms de famille bien symboliques, "Bâtiment" ou "Delarue"... (ce pourrait être l’objet d’une autre recherche).
B Des activités essentiellement agricoles.
1/ Quelques grandes fermes.
Déjà les témoignages recueillis dans les enquêtes fiscales et la réduction de la dîme à 7% laissent entendre que le terroir thumerisien est plutôt pauvre. A cette époque la grande majorité des habitants cultivent la terre. Les plus riches sont propriétaires beaucoup d’autres sont fermiers locataires un grand nombre n’ont que leurs bras et sont manœuvriers, « journaliers ».
Les archives font état des reprises de fiefs, comme on l’a vu ci-dessus mais aussi de baux signés devant notaires concernant quelques grandes fermes, les « censes ». On trouve dans la série G plusieurs actes concernant la cense de la Ténarderie..
Voici la transcription du bail du 30 mars 1763.
« Par devant le notaire royal de Lille sont comparus dame Marie Thérèse Stuppart, veuve du sieur Pierre Delespaul, conseiller, secrétaire du roy, maison de la couronne de France, dame de Wattines et autres lieux et françois Joseph Dubosquiel écuyer, seigneur de Bondues, tuteur des enfants mineurs de J B Delespaul, écuyier, seigneur de Fretin et d’autres lieux, nommé par lui à la gestion et administration des biens des mineurs en conformité de son testament du 14 février dernier, lesquels ont déclaré avoir accordé en bail et louage à Pierre Joseph Cauvé fils de feu Joseph, laboureur à Thumeries, qui promet de tenir le nombre de 16 à 17 boniers de manoir jardin et labour appelé la cense de la ténarderie (….°38
à charge de la somme de 4 cent dix florins par an en deux termes égaux, le premier à la St Rémy 1763 le second à la mi-mars 1764 et ainsi de suite… (….) le preneur doit assumer aussi la tille et ous impôts et en plus 24 rasières d’avoine et 12 chapons que la ferme et les terres doivent au domaine du roi. Il doit aussi entretenir les bâtiments, faire trois corvées par an. Par contre il est libre de pêcher dans les fossés de la dite ferme »36
Ce bail est renouvelé à peu près dans les mêmes termes à la mort du preneur en faveur de ses héritiers. (7 avril 1771). En 1773 par contre le bail échoit à Louis Darlez « après plusieurs offres faites par différents fermiers ».
Il en va de même pour d’autres fermes :
Ainsi en 1729
" Par devant notaires royaux d'artois soussignés xx;;;;; notaire royal de la résidence de Lille fut présentée mme Jeanne Martin, fille de libre condition demeurant en cette ville de Lille et déclare avoir accordé à titre de bail et louage à Jean baptiste Dubus fils de feu florent,censier, demeurant au mons en Pévèle aussi présent acceptant au titre pour lui et non d'autrui...le nombre de douse cent vingt cinq verges environ d'héritage situées aux terroirs de Thumeries et Mons en pévèle en plusieurs pièces dont la déclaration suit37
et en 1739
"Par devant les notaires royaux d'artois est comparu le sieur Jacques olivier prestre chapelain de l'église collégialle de St Pierre à la ville de Lille et receveur dela charité de st Jean l'évangéliste maintenu par les chapelains de la ditte collégiale lequel a accordé à titre de nouveau bail le louage à Anselme Dubus.... (suit description des terres)..
..lequel rendage sans aucune diminution d'icelui le dit preneur payeur toutes tailles, gabelles, aides, subsides, centièmes, demy tiers quarts contributions de toutes autres impositions... il devra aussi bien dûment fumer, labourer et cultiver les terres a coutumes du pays et comme les voisines sans pouvoir déroger...plus entretiendra tous cemeins follets, cours d'eau, puits, planches....
La série G conserve une trentaine de documents de notaires ou de baillis concernant les propriétés foncières de Thumeries, des parchemins difficiles à lire ou à déchiffrer par un profane (problème de paléographie).
2/ Exploitation des bois.
Les habitants du lieu profitent aussi de la présence de la forêt pour en tirer quelques ressources supplémentaires. Il est vrai que la carte dressée par la famille Cassini 38premier véritable cartographe atteste de l’omni présence des bois. Thumeries et La Neuville sont comme une clairière dans la forêt de Phalempin.
3/ Une activité manufacturière : les tuiles.
Déjà dans une description des paroisses du diocèse de Tournai publiée par le chanoine Pasture39 il est écrit :
36 ADN 17 G 172
37 16 G 977
38 la famille de Cassini a réalisée en quatre générations entre 1683 et 1789 un travail remarquable de cartographie, commencé par Jean Dominique entre 1683 et 1744, poursuivi par son fils Jacques. A la demande de Louis XV impressionné par le travail réalisé en Flandres le projet est étendu à toute la France Les relevés sont commencés en 1760 par François et achevés en 1789 par Jacques Dominique. Leur publication sera retardée par les événements révolutionnaires et seulement disponible en 1815
39 ADN M 79 page 220-22139
«Le fond de ces villages est propre à faire des tuiles pour les maisons. Aussi s’y en fait-il grande quantité et ils en fournissent tous les lieux circonvoisins »
Le préfet du Nord, Dieudonné, décrit en 1802 la production qui s’est poursuivi après la Révolution :
Les tuiles que l’on confectionne dans le Nord sont plates ou en S appelées pannes. Les pannes sont épaisses et pesantes et consomment le double d’argile que les tuiles. On cuit à la flamme au moyen de fagots de bois blanc fendu très menu.
Il recense deux tuileries à Ostricourt en 1789, une pannerie à Phalempin, une tuilerie à Wahagnies, une briqueterie à Thumeries.
C. quelques aspects de la vie à Thumeries, à la veille de la Révolution. Le document que nous venons de citer présente les habitants du Nord à la sortie de la Révolution.
Les paysans étant plutôt réticents aux changements un certain nombre de ses observations sont valables pour la fin de l’Ancien Régime.
Nous reparlerons plus tard de ce document.40
1. L'habillement.
Les personnes d'un certain âge ont conservé les tenues d’avant la Révolution : les failles, pièces d'étoffe noire qui recouvrent la tête et les épaules et qui sont fixées par une épingle sur l'estomac.
Le cultivateur porte le sarot de toile bleue, un tablier en forme de jupon qui ceint tout le corps jusqu'aux genoux...
Les bas des hommes et des femmes sont aussi de toile bleue. Enfin en période humide il faut y ajouter les sabots.
2 La Nourriture.
Dans les campagnes, le plat de base est à cette époque la bouillie de céréales ou la soupe aux herbes.
L’autre élément essentiel est le pain. Suivant les régions et les cultures il s’agit de pain blanc (froment) ou de pain noir (seigle ou sarrasin), trempé dans la soupe ou mangé en tartines. La viande est rarissime et réservée aux jours de fête. On mange un peu de porc ou de volaille dans ces cas là.
Chez les gros fermiers et chez les particuliers aussi, la bière est la boisson ordinaire. L’arrivée récente de la pomme de terre a quand même éloigné les phénomènes de disette.
3. Les maisons rurales.
Les maisons sont en brique avec un soubassement en grès et en pierre blanche. Pour certaines on utilise le pisé .Pour cela on travaille la terre en la battant et l'arrosant, on y ajoute de la paille et du foin haché. On applique ensuite ce torchis sur un lattis cloué entre les colombages. Les toitures sont en paille pour les ¾ et en tuiles pour le dernier quart. Le logement le plus fréquent à la campagne est une maison à pièce unique, à la fois cuisine, salle à manger et cuisine. Dans notre région il y a parfois des maisons rectangulaires avec une cuisine, une chambre, un fournil… Quelquefois on dispose d’un grenier avec un accès par un escalier.
La maison d'un artisan de campagne est généralement composée des mêmes pièces que celle d'un fermier aisé mais, dans ce cas, la cuisine sert aussi de boutique.
40 Cf page 74-7540
Quant aux journaliers plus pauvres ils n'ont souvent qu'une seule pièce avec quelques fois une étable avec une vache...
(Voici un extrait de la carte de Cassini dont nous parlions ci-dessus41
Chapitre 4 : Thumeries sous la Révolution et le
premier Empire.
I Les institutions.
A sous l’ancien régime.
1. la communauté d’habitants.
Sous ce vocable de communauté d'habitants on désigne une organisation propre à quelques 35.000 villages de France.
Ce sont des villages qui s'organisent eux mêmes pour gérer la vie quotidienne. Au sens strict, il ne faut pas les confondre avec les paroisses (structure religieuse), même si en général cela regroupe les mêmes habitants et qu'ils se réunissent le plus souvent à la sortie de la messe.
La communauté d'habitants comprend essentiellement une assemblée des chefs de feux, c'est- à-dire des chefs de famille, qui se rassemblent cinq ou six fois l'an après la messe, soit sous le porche, soit sous un arbre (dans le sud de la France) soit, plus rarement, chez un particulier. Elle a à sa charge la gestion des biens communaux inaliénables comme l'église, le presbytère, l'école s'il y en a une. Elle engage les employés éventuels, garde-champêtre, berger communal, maître d'école, sonneur. . .
Bien souvent son autorité est limitée par la tutelle ecclésiastique ou seigneuriale. Il arrive qu’elle prenne des décisions importantes, engageant les uns et les autres, comme le montre cette lettre pour obtenir l’implantation d’un chemin pavé
20 décembre 1780
A monseigneur De Calonne, intendant de justice, police et finances en Flandres et Artois
Supplient très humblement les lieutenant-bailli, échevins, corps et communauté d’habitants du village de Thumeries, châtellenie de Lille. Disant que part l’acte de délibération, ci joint, la communauté de Thumeries, dûment convoquée, a avisé qu’il lui seroit très avantageux d’avoir un pavé traversant le village de Thumeries depuis son extrémité vers le territoire de Moncheaux jusqu’au pavé de Wahagnies. Que Messieurs des États ont reconnu il y a quelques années la nécessité de continuer le pavé de Phalempin jusqu’au-delà de Wahagnies vers Thumeries pour procurer aux habitants des villages voisins un chemin praticable pour se rendre à Lille en toute saison. Ce chemin doit être achevé l’année prochaine mais pour lui donner toute l’utilité dont il est susceptible il est important de proroger ce pavé jusqu’au territoire de Moncheaux en passant par Thumeries. Au moyen de cette prorogation peu frayeuse les habitants de cinq ou six villages tels que Thumeries, Mons en Pévèle, Moncheaux, Ostricourt, et environs, qui pendant l’hiver et même durant une grande partie de l’automne et du printemps sont en quelque sorte en charte privée chez eux, pourroient amener leurs denrées aux marchés, ce qui procurerait l’abondance et ferait baisser le prix des comestibles dans la ville de Lille en des tems où les vivres y sont toujours plus chers. D’ailleurs les habitants de tous les dits villages pouvant en tous tems aller vendre leurs denrées et marchandises ils ne manqueroient jamais d’argent pour acquitter les taxes qu’ils payent au Roi, en sorte que l’obstacle insurmontable qu’ils trouvent actuellement à l’exercice de leur commerce étant une fois levé, le recouvrement des deniers royaux se ferait avec bien plus de célérité.42
D’un autre côté les terres deviendraient d’un plus grand produit quand il y aura un pavé parce que l’exploitation se fera plus facilement et l’agriculture y gagnera beaucoup en tous sens. Tout le canton étant couvert de bois appartenant tant à sa Majesté qu’à divers seigneurs et particuliers tous les habitants de Thumeries se font marchands de bois mais la difficulté du transport à Lille double le prix de ce qu’ils amènent. Un pavé en faisant cesser ces inconvénients fera le bien des consommateurs qui auront du bois de chauffage à meilleur compte et celui des charpentiers, menuisiers et autres ouvriers qui ne manqueront jamais de bois de charpente un avantage qui refluera nécessairement sur le public. Sa majesté et les autres propriétaires des forêts et des bois dans les environs de Thumeries trouveront dans l’exécution du projet dont il s’agit un très grand avantage en ce que l’exploitation des dits bois devenant de plus de moitié moins frayeuse pour les adjudicataires, les ventes des coupes annuelles seront portées à leur juste valeur. Ces considérations très puissantes engageront sans doute Messieurs des États à faciliter de tout leur pouvoir, l’exécution du susdit pavé jusqu’au territoire de Moncheaux et même à concourir à l’exécution comme ils le font pour le pavé de Wahagnies. Quant aux suppliants ils se chargeront de procurer le sable et de voiturer les grès nécessaires par corvées de la manière qu’il est expliqué dans la requête qu’ils ont eu l’honneur de présenter à Messieurs des États. Ils croient aussi devoir, Monseigneur, vous présenter leur projet avec la délibération de communauté vous suppliant très respectueusement, Monseigneur, d’agréer la susdite délibération, ordonner en conséquence en marge de la présente requête, à tous les habitants de Thumeries de faire, à tour de rôle, les corvées nécessaires pour la confection du dit pavé de manière que ceux qui auront chariots et chevaux devront faire leur part de corvées avec chariots et chevaux en tems convenable, et ceux qui n’auront point de chevaux, devoir faire le même nombre de corvées de bras seulement pour les chargements et déchargements, arrangement des sables et grès et autres ouvrages nécessaires. Ce faisant les implorants ne cesseront d’adresser leurs vœux au ciel pour votre conservation et prospérité
Signé Duquesne, Les implorants :Carpentier Pierre, E Cauvez, Monnier, Devienne,Emmanuel Parsy, et ?41
2 Relations avec celle de Moncheaux.
Ce projet de pavage a été accepté par les autorités à condition de se mettre d’accord avec les communautés voisines. Ci-joint l’accord conclu avec Moncheaux
L’atteste l'accord passé avec son homologue de Moncheaux à propos de la construction du pavage :
Par devant le notaire royal de la Résidence de Seclin, présents les témoins cy après soussignés Sont comparus les sieurs lieutenant bailly et gens de loy du village de Moncheaux soussignés d'une part, et les sieurs lieutenant bailly et gens de loy du village de Thumeries aussy soussignés d'autre part, lesquels comparant en leur qualités représentants leurs respectives COMMUNAUTES déclarèrent d'être convenus de ce qui suit : scavoir que les dits lieutenant bailly et gens de loy du village dudit Moncheaux premiers comparants promettent et s'engagent en leur dicte qualité de continuer à faire voiturer par les fermiers dudit Moncheaux des grais pour paver le chemin traversant le village dudit Thumeries depuis et en continuant le pavé de Wahagnies jusqu'à l'extrémité et limites du territoire dudit Thumeries jusqu'à celui de Moncheaux
41 ADN 2 E 3 428543
et c'est conjointement avec les fermiers dudit Thumeries et autres communautés voisines qui voudront bien les ayder à voiturer lesdits grais, en considération de quoy les dits lieutenant et gens de loy dudit Thumeries promettent et s'engagent pareillement en leur ditte qualité de faire voiturer par les fermiers de leur communauté la même quantité de voitures de grais que ceux dudit Moncheaux leur auront fait, pour servir à la continuation dudit pavé qui doit se construire ensuite et traverser ce dernier lieu jusqu'aux limites du territoire dudit Moncheaux jusqu'à celui de Ribaucourt ainsi que le tout est accordez et limittés par Messieurs les Grands Baillys des Etats des châtellenies de Lille, Douai et Orchies de tout quoy lesdites communautés cydessus nommées se rendront réciproquement services les uns aux autres gratuitement et sans aucune rétribution, qu'ils promettent iceux comparans tous ce que dessus tenir, entretenir et accomplir sous l'obligation des biens de leurs respectives communautés, renonçant à toutes choses contraires Ainsi fait et passé à Moncheaux le 20 juillet 1784, signé Broux lieutenant, LJ Legrux, JA Laurent, JB Ployart, Theron (pour Moncheaux), signé Carpentier, Devienne, Emmanuel Parsy, JJ Monnier, JF Defontaine, LF Duquesne, JB Coget (42 )
3. Les autres institutions.
Ce qui caractérise l’ancien régime c’est la complexité et le chevauchement des structures administratives et judiciaires. Ainsi coexistent sur le même lieu les autorités du chapitre de chanoine de Seclin et sans doute celles de ses baillis avec celle du mayeur, qui n’est autre que le propriétaire du château, Carondelet, qui est aussi Prévôt des chanoines et la communauté d’habitants dont on vient de parler sans oublier l’autorité ecclésiastique locale, le curé. Les années 1788 et 1789 sont marquées par des événements climatiques défavorables, inondations d’abord puis sécheresse ou grêle. Tout le royaume en a souffert et Thumeries n’a pas été épargné. Le curé Berry dit que 1788 est une année « où la grêle a dévasté les moissons » et les registres paroissiaux attestent d’une forte mortalité !.
C’est dans ce contexte difficile que le Roi ; confronté à des difficultés économiques importantes et à l’opposition des Parlements aux impôts supplémentaires convoque les États généraux. Partout on va procéder à l’élection de députés des trois ordres et à la rédaction des cahiers de doléances.
Les élections se sont déroulées au printemps 1789. Tous les nobles étaient électeurs, les curés aussi (pas les vicaires). En ce qui concerne le Tiers État le vote se faisait en deux temps : une assemblée de village constituée de chefs de famille payant des impôts désignait dans un premier tour ses représentants qui eux-mêmes allaient élire les délégués au niveau du bailliage.
Nous ne savons rien de ces élections ni du cahier de doléance local que les délégués durent emmener avec eux.
B Un thumerisien député aux États généraux de Versailles.
1 Son élection.
Le vote ayant lieu par ordre au niveau du bailliage les évêques, les curés se réunissent, les chapitres et les communautés religieuses envoient des représentants. La collégiale Saint Piat se réunit le 13 mars 1789 en un chapitre spécial pour désigner ses deux représentants qui se rendront à Lille le 24 mars. Le Prévôt est admis à voter et à être élu sans lui donner pour autant une voix habituelle au chapître; Les chanoines désignent comme représentants leur doyen, M Desbiez et leur prévôt, M Carondelet. Le 24 mars, à Lille le Clergé élit trois députés, Guillaume de Salm-Salm, évêque de Tournai, Martin Dupont, curé de Tourcoing et François Louis de Carondelet., le thumerisien. La nomination de l’évêque de Tournai (hors royaume) posera quelques problèmes et il sera finalement remplacé par son suppléant Pierre Nolf, curé de Saint Pierre à Lille.
C’est le chanoine Jacquerye, de Thumeries, qui félicitera le Prévôt pour son élection.
42 Tabellion Lille 7119/156 ADN cité par Michel Campagne dans son histoire de Moncheaux On retrouve presque les mêmes signataires Notons simplement l’apparition de Coget JB qui aura par la suite un rôle prépondérant.44
2 Sa personnalité.
Louis François de Carondelet est né au château de Thumeries le 29 avril1753. Il est le second fils de Ferry Antoine de Carondelet, lequel a épousé en secondes noces dame Marie Louise de Parisot qui lui donna en outre quatre filles comme on l'a vu ci-dessus au chapitre 3.
Selon l'usage fréquent dans la noblesse d'ancien régime le cadet est souvent destiné à la vocation militaire ou à la prêtrise. Louis François, lui, adopta successivement les deux carrières. Il entra d'abord dans les gardes wallonnes puis dans le régiment des chevaux légers de la garde de Louis XVI deux régiments prestigieux. Il les quitta ensuite en 1782 pour entrer dans les ordres en 1784 (ordination).
Devenu chanoine du chapitre de Seclin il fut ensuite choisi comme Prévôt, par lettre royale du 2 avril 1786. Sa nomination, acceptée par le chapitre le 27 mai fut effective à partir du 5 juin de la même année.
Aujourd'hui, le Roi étant à Versailles, bien informé des bonnes moeurs, piété, suffisance et capacité du sieur Louis-François de Carondelet-Thumeries, Sa Majesté lui a accordé et fait don de la prévôté de l'église collégiale de Saint- Piat à Seclin, diocèse de Tournay qui vaque à présent par la démission de M. le comte de Sainte Aldegonde, dernier titulaire.
3 Son rôle à Versailles.
Ce n'était pas un orateur et il était, paraît-il, gêné par un défaut de prononciation. Toujours est-il, qu'on ne lui connaît qu'une seule intervention publique à l'assemblée. Il s'agit d'une note manuscrite à propos de l'indemnité versée aux chanoines après l'adoption de la constitution civile du clergé, indemnité qu'il juge trop réduite et qu'il propose d'augmenter.
A travers cette intervention, que l'on trouvera in
extenso ci après, on découvre un homme cultivé, formé
à la Rhétorique selon la tradition pédagogique des
collèges d'Ancien Régime. Je cite :
« Présenter un tel syllogisme c'est en démontrer
l'absurdité et l'injustice. Il est bon d'observer ici
que les punitions du crime exceptées tout ce qui
est d'une rigueur extrême est toujours injuste. »
On le sent aussi respectueux de l'autorité. Il ne conteste
pas la légitimité de l'assemblée mais il déplore sa
sévérité avec des termes très nuancés :
Les articles qui traitent les ecclésiastiques si
sévèrement ont été décrétés par l'Assemblée.
Cette égide les rend respectables, je dois me
borner à présenter les moyens d'en tempérer la
rigueur.
Ou encore :
Le corps législatif se conduisait en père d'une famille nombreuse qui se jugeant forcé pour le bien général de retirer des avantages accordés à plusieurs de ses enfants semble leur vouloir donner encore cependant, dans l'acte rigoureux d'une révocation qu'il croit essentielle, des marques d'affection et de bienveillance45
C'est en opposant respectueux qu'il essaie donc de défendre les chapitres de chanoines dont il est membre et solidaire. Conscient des abus qui détruisent l'image du clergé dans la mentalité du temps il affirme haut et fort que dans beaucoup de corps ecclésiastiques:
La somme des vertus et des bons exemples avait toujours surpassé celle des fautes et des abus
Voici le texte in extenso de son intervention :
Intervention de Mr De Carondelet
16 décembre 1790
Les premiers décrets de l'assemblée Nationale relatifs à la réforme de l'ancienne constitution civile du Clergé accordaient aux ecclésiastiques dont on supprimait les fonctions publiques un traitement qui, quoique modéré, pouvait suffire à leurs besoins. Le corps législatif se conduisait en père d'une famille nombreuse qui se jugeant forcé pour le bien général de retirer des avantages accordés à plusieurs de ses enfants semble leur vouloir donner encore cependant, dans l'acte rigoureux d'une révocation qu'il croit essentielle, des marques d'affection et de bienveillance.
Pleins de zèle et d'attachement à l'exercice des fonctions de leur état les chanoines et autres ecclésiastiques éprouvaient à la vérité une peine intérieure de ce que l'on avait décidé que le bien être de la Nation ne permettait pas la continuation de l'existence des corps ecclésiastiques où cependant la somme des vertus et des bons exemples avait toujours surpassé celle des fautes et des abus; mais soumis à la loi ils devaient renfermer des regrets en eux-mêmes et ils trouvaient un adoucissement à leur malheur en voyant que la pension qui leur était accordée leur laissait encore le moyen d'être le bienfaiteur du pauvre en partageant avec eux leur revenu.
Cette douce consolation vient d'être ôtée à plusieurs ecclésiastiques par le projet ici présenté.
Les dispositions des articles 4 et 5 sont bien funestes à ceux qu'elles concernent. Elles brisent une partie de ce qui paraissait accordé par les précédents décrets; plusieurs ecclésiastiques seraient même privés du nécessaire si cette disposition n'était pas modifiée. Les partisans de ces articles allèguent pour en soutenir la justice que les chanoines et autres bénéficiaires ne pouvant plus acquitter la fondation de ces messes et obits ils ne doivent point jouir de l'équivalent des biens donnés pour remplir ces objets.
Le résultat de cette manière de raisonner tendrait à priver ces ecclésiastiques de tout traitement car, hors les biens destinés au clergé pour être distribués aux pauvres, les autres lui sont accordés pour célébrer ces obits, ces messes et pour chanter publiquement et collectivement les louanges du Seigneur. Les décrets de l'assemblée ne permettent plus aux chanoines et autres bénéficiaires de remplir ni l'une ni l'autre de ces deux intentions. Ils ne pourraient donc prétendre à aucun équivalent des biens accordés à cet effet.
Présenter un tel syllogisme c'est en démontrer l'absurdité et l'injustice. Il est bon d'observer ici que les punitions du crime exceptées tout ce qui est d'une rigueur extrême est toujours injuste.46
Vous avez déclaré que les biens du clergé sont à la disposition de la Nation, vous avez interdit à des ecclésiastiques l'exercice de leurs fonctions publiques mais vous avez déclaré qu'on les dédommagerait d'une manière juste et raisonnable. Un tel dédommagement n'existe pas si ce que vous leur donnez ne peut les préserver de la détresse et de l'indigence. Les articles qui traitent les ecclésiastiques si sévèrement ont été décrétés par l'Assemblée. Cette égide les rend respectables, je dois me borner à présenter les moyens d'en tempérer la rigueur.
Un membre de l'assemblée touché du malheureux sort que ces dispositions préparaient aux ecclésiastiques ayant proposé de fixer un minimum qui leur ôte au moins la crainte de la misère l'assemblée nationale a bien voulu accueillir cette proposition et ordonner à son comité un travail sur ce minimum; je me flatte que les membres du Comité dont j'apprécie les bonnes intentions remarqueront qu'une combinaison économique excitée par un grand désir de se rendre digne de la confiance qu'on leur accorde les a menés à une rigueur excessive et qu'ils répareront ce tort dans les nouvelles dispositions qu'ils doivent présenter à l'assemblée en lui proposant d'adoucir l'infortune de ceux dont elle a sacrifié les intérêts particuliers à des principes qu'elle a crus conformes à l'équité et propres à procurer le bien général.
Ce sentiment de bienfaisance doit diriger le comité ecclésiastique et je fais des voeux pour qu'il le détermine à joindre ses efforts aux miens pour faire approuver à l'assemblée les articles suivants dont l'un donne une interprétation juste et équitable aux deux articles du projet décrété et dont l'autre présente le plan d'un minimum où les ecclésiastiques seraient traités avec justice par les représentants de la nation;
article 1er : l'assemblée nationale dans les articles 4 et 5 du décret prononcé le 10 décembre a entendu ordonner seulement que les biens des chapitres, les curés et autres bénéficiés ne porteront dans la masse de leurs revenus ecclésiastiques les produits des biens affectés aux fondations des messes et obits établis dans les églises paroissiales qu'après en avoir fait défalqués la somme essentielle pour la décharge de ces messes et obits.
article 2 : les ecclésiastiques qui ne sont pas fonctionnaires publics et qui étaient dans les ordres avant le décret du traitement du clergé n'auraient pas une pension moins forte que celle de 800 livres s'ils n'ont pas 40 ans 1000 livres s'ils ont cet âge, de 1300 livres s'ils sont sexagénaires.
Cette proposition est renvoyée au comité ecclésiastique pour en rendre compte incessamment.
C La Révolution installe de nouvelles institutions à Thumeries.
Les premières traces locales des événements révolutionnaires sont en fait les conséquences administratives des décisions de l'Assemblée Constituante et au premier chef la création des municipalités.
Le régime électoral institué par l'Assemblée Constituante a ceci de particulier qu'il contredit dans les faits l'égalité des citoyens annoncée par la déclaration des droits de l'homme, préambule de la dite constitution !
En effet de nouvelles inégalités basées sur la fortune vont remplacer celles qui étaient basées sur les ordres.
On distingue donc : les citoyens passifs, ne payant pas d'impôt (les plus pauvres) des citoyens actifs, ayant 25 ans au moins et payant en contributions directes l'équivalent de 3 journées de travail. Ces citoyens éliront les municipalités et désigneront leurs délégués aux assemblées de47
canton. (Pour être "éligible" il faudra payer l'équivalent de 10 journées de travail au début, plus par la suite).
Cette organisation sera confirmée dans la constitution de I791 avec les 83 départements divisés en district (Lille pour nous), cantons (Lille d'abord puis Phalempin) et communes. Le Nord comptait 671 communes distribuées en 54 cantons et 8 districts.
Le maire, les officiers municipaux, le procureur et les notables forment ensemble le "conseil général" de la commune.
1 La première municipalité.
a) Son Élection.
Voici la copie du procès verbal inaugural au verso duquel se trouvent les noms des premiers magistrats: Il date du 30 janvier 1790 :
L'an mil sept cent quatre vingt dix, le trente janvier les citoîens actifs de la paroisse de thumeries sont assemblés dans le lieu ordinaire d'assemblee du même lieu pour procéder à l'élection de leurs officiers municipaux en conformité des lettres patentes du Roy sur le décret de l'Assemblée Nationale concernant la constitution des municipalités donné à paris au mois de décembre dernier et au présent mois publié et affiché en cette paroisse le dix huit du dit présent mois , l'assemblée étant formé_par le sieur Joseph Dutailly nommé à cette_effet par les gens du Roy qui lui a expliqué quelle_serait l'objet
Ce fait les trois plus anciens
d'âge se sont placé_ au bureau
savoir JB Dupuis, Henri
Deleval et Michel antoine
Defretin pour faire la fonction
de scrutateur à effet de
nommer le président et le
secrétaire de l'assemble_ a
quoy aîant été procédé et le
scrutin aîant été dépouillé
Antoine Joseph Duquesne sait
trouvez élu président et JB
Flinois secrétaire.
Le président et secrétaire aîant pris leurs places ils ont prêté serment en présence de l'assemblé et les membres de l'assemblé ont prêté serment entre les mains du dit président de maintenir de tout leur pouvoir la constitution su royaume d'être fidèle à la nation à la loy et au roi et de choisir en leur âmes et conscience les plus dignes de la confiance publique de remplir avec zèle et courage les fonctions civil et politique qui pourrait leur être confié et a été de suite procédé au scrutin, à la nomination des trois autres scrutateurs savoir anselme Lemaire, Simon Lesoil et JB Legroux lesquels ont réunis la pluralité des suffrages ; il a été ensuite procédé au scrutin :
1/ à la nomination du maire et le Sr Jean baptiste Joseph Coget arpenteur et expert juré ayant réunis au deuxième scrutin la majorité absolue des suffrages et a été déclaré maire48
2/ à la nomination par liste double et au scrutin de cinq officiers municipaux : Antoine Liétar, Michel Devienne, Simon Lesoil, Anselme Lemaire JB Plaisant
3/ douze notables H Deleval, E Parsy, L Boduin, J Deffontaine, MA Defretin, JB Carpentier, PJ Cogez, AJ Duquesne, A Lebrun, L Delemotte, JB Plaisant , PJ Covez 4/ procureur de la commune : EJ Dutailly43
b) Les Élus.
La comparaison avec les signataires de l'accord de Moncheaux montre qu'il y a une certaine continuité entre la Communauté d'habitants d'ancien Régime et la Municipalité du nouveau Régime : six des sept signataires se retrouvent dans nos 18 notables. Il ne manque que JJ Monnier ou Mannier. A cette équipe de départ se sont adjoints quelques propriétaires et parmi eux le cabaretier Liétar chez qui se tiendront les premières réunions.
c) La première Mairie.
La consultation des archives nous laisse
perplexes sur l'emplacement de la première
Mairie car les procès verbaux de l'époque
emploient comme nos procès verbaux actuels
une formule consacrée, assez évasive, dont
voici deux exemples:
"Réunis dans le lieu ordinaire
d'assemblée"
"sommé de comparaître le dimanche 4 du mois de juillet, 8 heures du matin en la chambre ordinaire d'assemblée du dit Thumeries(44)
A deux reprises cependant on trouve un détail révélateur: M. Jacquerye, chanoine de Seclin, responsable financier de la paroisse, est convoqué, nous dit-on :
Chez Philippe Liétard, cabaretier au dit Thumeries en notre place d'assemblée(45)
Et on lit encore :
"La garde seras monté conformément à la liste faite et affiché dans la place de cabaré de Philippe Liétar (46)
Le lieu de réunion est donc un cabaret, un débit de boissons, seul lieu semi-public échappant à la fois à la paroisse et au Seigneur;
Où se trouvait l'établissement ?
Nous trouvons une indication dans l'inventaire de 1815, dont nous parlerons plus tard. A cette date, à la chute de l'empire, fut dressé un inventaire complet de la mairie dans lequel on devine un local fort modeste : une table de chêne, deux bancs, un buffet, six chaises, trois "boites à élection" et des papiers dont certains se trouvaient:
"Près d'une fenêtre donnant sur le cimetière"
43 toutes nos citations respectent l'orthographe originale
44 archives municipales 12 juin 1790
45 5 septembre 1790
46 12 juin 179049
Forts de cette indication nous avons consulté le plan cadastral de Mr Robain dressé en 1807 et qui nous donne une image du quartier;
La mairie était donc soit le petit
local non répertorié donnant sur le
cimetière soit la seconde partie du
bâtiment du cabaret situé le long
du sentier menant au presbytère.
2 Reprise des anciennes
compétences.
Cette nouvelle autorité prend à son
compte les compétences qui
relevaient naguère de la
communauté d’habitants :
l’hygiène, la sécurité, les
travaux…
a) Hygiène et sécurité.
En matière de sécurité on assure une fois par an (le 10 mai 90, le 6 juillet 91) une visite de contrôle des fours et des cheminées afin de prévenir les incendies. Ce contrôle est assuré par un artisan, maître maçon, de Mons en Pévèle.
La santé des animaux et la prévention de toute contagion sont aussi du ressort de la nouvelle municipalité. C'est ainsi par exemple qu'ils font venir plusieurs fois à Thumeries un expert vétérinaire pour s'inquiéter de l'état des chevaux du meunier (qui devait sans doute inquiéter les voisins) :
l'an mil sept cent quatre vingt dix, le 15 du mois de juillet, nous soussigné, maréchaux expert et artiste vétérinaire breftée certifions nous avoir transporté au vilage de thumeries ché Noé Mannier, meunier, demeurant au dit thumeries pour vérifier une jument noire et un cheval gris de trois ans lesquels après les avoir vue et examiné nous avons reconnue le cheval gris de trois ans jetant par les deux naseaux une matière liquide et blanche glandé sous la ganache provenant d'une gourme négligée, luy ordonnons de sen servir et de faire pencer jusqu'à parfaite guérison ou que sa maladie se déclare autrement et lui permettons de travailler avec les dits chevaux (47 )
En matière de police on établit les tours de garde en fixant les amendes pour les défaillances éventuelles. Elles seront versées à moitié à la "garde montante" et l'autre moitié aux pauvres.48
On contrôle aussi chaque année les poids et mesures utilisés par les débitants de boissons On apprend ainsi qu'en 1790 il y avait cinq débits de boisson tenus par Jean Baptiste Cotre, Joseph Flinois, Jean Baptiste Defretin, Jean François Deffontaine et Philippe Liétart et qu'on y servait essentiellement de la bière et de l'eau de vie.
Le maire a d'ailleurs délibéré :
"Qu'il est deffendue à toute personne de boir dans les cabarets pendant les offices divins, les dimanches et fêtes à péril de soixante sols parisis d'amende pour chaque personne et pareil amende à la charge du cabaretier
47 archives municipales PV n°15
48 (document 4 et 13)50
On voit que malgré une certaine liberté nouvelle on maintient quand même une protection du culte catholique.
b) Vols ou délits.
On découvre aussi au hasard des procès verbaux que le Maire doit poursuivre un habitant pour un fusil non payé et un autre pour un vol de grés :
"Le nommé Antoine Defretin {. . }. a arrêté deux voitures de grais pour la construction du pavé conduits par le sieur Duflot, et le Sieur Tévelin, fermier au vilage d'Attiches{. . }. sera condamné à remettre les deux voitures de huit cent grais environ vis à vis de la maison de JB Coget arpenteur. "49
c) Les travaux publics.
L'entretien des chemins et particulièrement leur pavage est vraiment l'affaire de l'année. La municipalité nouvelle hérite donc de ce souci.
Elle désigne le 13 juin 1790 Jean Baptiste Plaisant, fils, comme commissaire "pour la confection du pavez".
Sa charge consiste :
"faire conter exactement le nombre de grais bordures et voitures de sable nécessaires, tenir le registre exact des personnes qui noron (sic) point remplis leur numéro dans le tems utille. . .
Pour cette tâche il recevra 19 florins par an.
La municipalité fait aussi installer un dépôt de grais (grés) près de la maison de Coget (arpenteur). Elle organise aussi le travail :
" continuation des corvez de chevaux pour conduire les grais et sable pour la continuation du pavez se fait de thumeries à Moncheaux et corvez de bras tant pour tirer le sable que pour former le lit du pavez )
En cas de refus de participer :
"Une amende de six livres pour les chevaux et soixante sols pour les bras le tout au proffy des pauvres "
Les amendes locales, comme on le voit, étaient versées à la caisse des pauvres de la paroisse ou de la commune.
On parle aussi d'un autre chemin qu'il faudrait paver (29 08 1791) c'est celui qui vient d'Ostricourt :
"Pour sortir des bois et manufactures des tuil, pannes, caraux et autres denrées utiles pour la ville de Lille et autres lieux"
Il y avait donc déjà une exploitation des argiles comme c'est encore le cas de nos jours à Phalempin, près de l'autoroute. 50
Ces chantiers de pavés posent néanmoins des problèmes :
Certains particuliers n'acceptent pas de collaborer. Il y a entre autres un sieur Dupuis, fermier à Bellincamps, particulièrement récalcitrant. Il est admonesté à plusieurs reprises, le 21 juin, 1er septembre, trois octobre. . .
49 Archives municipales 27 juin 1790 N°10
50 (Une carte du 18° siècle voir ci avant montre l'existence de tuileries (tuileries de Juntiches) dans le bois du Roy, actuel bois de l'Offlarde)51
A la requête de Mr Dutailly, je sergent du dit lieu ai fait sommation au sieur Dupuis fermier de Bellincant de remettre avant trois jours l'emprise qu'il a faite sur le chemin vis à vis la chapelle de Bellincamps. . . A J Milleville(51)
d) Établissement du cadastre.
L'assemblée constituante, dans son décret des 20-23 novembre 1790 fait obligation aux municipalités de faire l'état des divisions de leur territoire en sections existantes s'il y en a, de les créer s'il n'y en a pas.
A Thumeries, le 10 février 1791 est publiée la division du territoire communal en six sections :
la première est celle "du trou mourant"
la seconde celle de "oligier "
la troisième celle du tellut
la quatrième s'appelle section de la basse rue
la cinquième section de la rue Notre Dame
la sixième est celle de la "voie de l'offlarde. "
Il s'agit sans doute d'une reprise partielle de la division existante en six "gerbes"que nous avions présentée au chapitre 3, relative à la dîme d'Ancien Régime.
Les limites sont légèrement revues et mieux précisées comme on peut en juger.
"La première section, dite du trou mourant et la portion du territoire de notre communauté qui est limité Savoir, au Levant et au midy par le territoire de Moncheaux, au couchant par le chemin qui viens de la pétry jusqu’a la petite frete dans le bois de Mr Jacquerye au nord par le territoire de Mons en Pévèle
La deuxième section dite d'oligier est la portion du territoire de notre communauté qui est limité Savoir au levant par le chemin qui viens de la pétry jusqu'au chemin de Bellinquant. . . au couchant au chemin de la pourrette. . .
la troizième section dite du Tellut est la portion du territoire de notre communauté qui est limité, savoir au levant au chemin à la pourette jusqu'au terroire de mons en pévèle, . . . . au couchant à la rue des prés cotoyant la forret du roy. . .
la quatrieme section dite de la Basse Rue et la portion du territoire de notre communauté qui est limité à savoir au levant à la rue des prés, au midy au chemin venant de wahaignies. . .
la cinquième section dite de la rue notre dame est la portion du territoire de notre communauté qui est limité savoir au levant à la rue oudare, et à la voy des croyx . . .
la sixième section dite la voi de l'offlarde est la portion du territoire de notre communauté qui est limité savoir au levant au chemin de la ferme de bellinquant jusqu'à la petite frete dans le bois de monsieur Jacquerye
au midy au terroire de monchaux au couchant à la rue oudar et à la voi de croyx au nord au chemin de thumeries à bellinquant. "
51 21 juin 179052
L’orthographe des lieux semble tenir de la phonétique. Les thumerisiens actuels retrouveront quand même au passage des noms de lieux dits encore en usage : la Pétrie, la Pourette, la ruelle Oudar, la voie de l’Offlarde etc…
3 Quelques nouveautés.
Mais cette nouvelle municipalité récemment élue ne se contente pas de se glisser dans les bottes de l’ancienne communauté d’habitants ; Elle incarne une nouvelle autorité et à ce titre elle s’engage dans une nouvelle symbolique, crée de nouveaux emplois et demande des comptes aux tenants de l’Ancien Régime.
a) De nouveaux symboles.
La cocarde tricolore
Très tôt ( 52) Bailly avait imposé au roi la cocarde tricolore, symbole de la réconciliation entre la monarchie et la ville de Paris. 53
Les élus Thumerisiens dans un procès verbal du 8 septembre 1790 avaient noté leur intention de s'en procurer.
Il sera acheté des écharpes pour les maire et officier municipaux conformément aux lettres patentes du Roy et c'est aux fraits et dépens ce cette communoté et à moindre frais que faire se pouras
Mais, négligence ou oubli, ils ne le font pas très rapidement si bien qu’ils reçoivent le 9 septembre 90 une remontrance pour n'avoir pas encore acheté d'écharpes :
"Il est ordonné que lorsque les maire et officier municipaux seront en fonction ils porterons pour marc distinctife par dessus leurs habit une écharpe aux trois couleurs de la nation, bleu, rouge , et blanc attachée d'un neud et ornez d'une frange couleur d'or pour le maire blanc pour les officiers municipaux54
Participation à la fête de la fédération
La révolution vit sa première année. Déjà s'organise à Paris et en Province l'anniversaire de la prise de la Bastille le 14 juillet. Des représentants de toutes les communes de France y célébreront avec La Fayette l'ère nouvelle qui s'annonce. Le 27 juin 1790 la commune de Thumeries délibère et désigne six députés. Comme il fallait un député pour 200 habitants on pourrait croire qu'il y avait 1200 habitants mais un autre document (55) postérieur parle de 625 âmes. Il semblerait qu'au niveau de la garde nationale il y ait eu une fusion avec celles de Wahagnies et de La Neuville.
Les délégués furent Louis Coget, PJ Deleval, B Clément, Louis Tournant, A Milleville et Jean Baptiste Devienne.
C'est eux qui représentèrent la commune à la fête de la Fédération célébrée au chef lieu de district à Lille.
b) De nouveaux emplois.
La nouvelle autorité municipale prend en charge aussi trois nouveaux types d'emplois, celui de clerc, celui de sonneur, celui de garde champêtre.
Le 6 novembre 1791 on procède à la nomination d’un clerc.
52 16 juillet 1789
53 Le bleu et le rouge sont les couleurs des armoiries de Paris et le blanc la couleur de la monarchie
54 document n°20 20 avril 1790
55 cf ci après la prestation de serment du curé Petit53
Déjà les registres de chrétienté faisaient état de temps en temps de la présence d’un clerc à certaines cérémonies religieuses.56 Il s’agit donc d’un bedeau ou d’un assistant du clergé. On sait par ailleurs que certains de ces clercs exerçaient quelquefois des fonctions de maître d’école.
En effet Au XVII° et au XVIII°siècle, l'école, bien que régie par des décrets royaux, était à la charge de l'Eglise. Chaque chapitre de chanoines avait un responsable, un "écolâtre". Chaque paroisse importante avait son école dont l'objectif était d'enseigner la religion, d'apprendre à lire, à écrire souvent, à compter quelquefois, et plus rarement d'enseigner la grammaire et le latin, réservés d'ordinaire aux collèges.
Un article de la société historique du Pévèle (n°19) affirme qu'en 1789 Thumeries n'avait pas encore son école.
Le clerc que l'on désigne ici est donc bien probablement le premier maître d'école local mais on lui confie aussi des tâches annexes, fort courantes à cette époque, celles d'un sacristain.
article 1 : sonner l'angélus
article 2 : sonner la petite cloche pour accompagner le curé avec une lanterne "pour porter le bon Dieu aux malades"
article 3: orner les autels… pour les vierges et apôtres et autres fêtes (sic)
article 4 : tenir l'école pendant huit mois, en commençant au 1er novembre et instruire les enfants selon la relion(sic) catolique (sic) apostolique et romaine.
Le dit clerc recevra comme salaire cinquante florins, à condition de recevoir par ailleurs, 4 patars par mois de chaque écolier.57
Le premier maître d’école est Simon Louis Coget.
On trouve ensuite sur deux pages l'engagement détaillé d'un sonneur,
Son contrat précise avec une foule de détails les rythmes des cloches, rythmes adaptés à la vie rurale et surtout à la liturgie.
" à la messe paroissiale il sonnera le dindin58 et un quart d'heure avant la messe on tintera les trois cloches et demy quart d'heure avant le messe on sonnera les trois cloches à la vollet (sic) et on finira un peu avant la messe pour donner au peuple le moyen et le temps de distinguer les trois coups de la grosse cloche qui indiquera le commencement de la messe. "
On l'oblige aussi à être présent pour les vêpres, le catéchisme et les funérailles, charge à lui de se faire remplacer en cas d'impossibilité.
D'autre part il lui revient de graisser et entretenir les mécanismes des trois cloches. La commune avait effectivement négocié leur récupération
Le directoire du district de Lille autorise à délivrer à la commune de Thumeries trois cloches provenant des communautés supprimées en échange de trois autres appartenant à la paroisse de Thumeries à la charge pour la dite commune de remettre à l'administration au poids égal de matière ou d'en payer l'excédent sur le pied de la valeur du métal tous frais de décente(sic) et de transport à la charge de la communauté de Thumeries
Fait à la séance du 8 octobre 1791 signé Top et Lagarde59
56 1744 Signature de Louis Joseph Coget, clerc
57 Nous renvoyons aux annexes pour consulter une table des différentes monnaies de l’époque et de leur valeur
58 La petite cloche
59 L 5030/1354
C’est Eugène Coget qui est choisi pour ce poste, le 8 janvier 1792. Il touchera 24 florins par an par la municipalité et 4 patars, payés par les familles des défunts pour les funérailles.
Vient ensuite la création du poste de garde champêtre.
Cette nomination nous dit-on a été ordonnée "par la loi rurale". Ce sera la fonction d'Antoine Joseph Milleville pour une rémunération annuelle de 50 florins auxquels s'ajouteront 20 sols par amende. (60 )
c) contrôle des comptes
Enfin au chapitre des nouveautés institutionnelles il faut signaler le contrôle des comptes tenus jusqu’à présent par l’église. A cette occasion se révèlent quelques tensions entre les nouvelles autorités, fortes de leur droit, et les anciennes, en particulier le chanoine Jacquerye qui fait un peu de résistance face à ce changement.
Le conseil général de la commune (le Maire et ses conseillers) décide donc de convoquer le Chanoine Jacquerye en ces termes:
"Nous avons délibéré, qui seras écry au dit Sr Jacquerye de se rendre à Thumeries le mardi 28 courant neuf heures du matin à effet de rendre ses comptes par devant nous chez Philippe Liétar , cabaretier en notre place d'assemblée muni de son état de restes bien motivez. . . en cas de refus de la part du dit Jacquerye il y sera contraint par les vois de droit(61)
Apparemment la nouvelle municipalité assume son rôle en demandant les comptes. Mais le délai accordé (15 jours) ne convient guère au chanoine et il proteste auprès du président et des membres composant le district de Lille :
"Supplie très humblement Jean Joseph Laméral Jacquery disant qu'il y
a environ 9 ans que le chapitre de Seclin, seigneur temporel de Thumeries conjointement avec Messieurs les gens de loi de l'endroit , l'ont chargé de la recette des biens et revenus du dit Thumeries. Depuis lors le suppliant s'est acquitté gratuitement de cette fonction et ne craint aucun reproche. L'usage abusif existant, comme il existe encore aujourd'hui dans plusieurs ou peut-être toutes les communautés de la châtellenie de faire former par le greffier, chaque année, un "chasseret" pour la perception des redevances. Ce chasseret était le même tous les ans, sans mutation de nom, sans division de rente. Le receveur nommé chaque année s'en servait ou recevait sur des feuilles volantes. Le chasseret restait entre ses mains, on l'égarait, de sorte que le suppliant de vous assurer, Messieurs, qu'il serait très difficile de trouver plusieurs communautés en état de constater une recette continuée et il a l'honneur de vous observer qu'il en est de même de la recette des biens des pauvres.
Pour obvier à ceci le suppliant a formé à ses frais un chasseret permanent dans lequel se trouvent les noms modernes des propriétaires et occupeurs et la subdivision des redevances. Le suppliant, toutes les fois qu'il en a été requis a rendu les comptes au point même qu'il a rendu celui de la dépouille 1788 qu'il joint en original à cette requête,côté A. D'après cette enquête, Messieurs, il ose se flatter d'avoir votre approbation. Cependant il vient d'essuyer un affront de la part de Mr le maire et des officiers municipaux et notables de Thumeries affront duquel il demande justice mais qu'il aurait méprisé s'il n'était point un des principaux propriétaires de Thumeries et receveur des rentes seigneuriales du chapitre de Seclin.
60 Archives municipales 1er avril 1792 N°50
61 Orthographe authentique , (5 septembre 1790)55
Il aura l'honneur de vous imposer le fait des rentes soutendantes dans 42 villages de la châtellenie, pou environ 3000 personnes et 4 à 5000 florins en tout. Il lui est bien impossible d'être paré au jour le jour. En conséquence, pour pouvoir remettre à qui il appartient les chasseraux en ordre pour 1790 le suppliant s'est vu forcé de faire écrire par cent et cent lettres par un procureur, pour être paré. Entre autre débiteur se trouve un nommé JB Coget ancien sonneur de Thumeries. La lettre à lui adressée a été remise à Mr le maire de Thumeries nommé lui également JB Coget, et classée B.
Mrs l'affaire ne serait que personnelle mais souffririez vous qu'elle inflüe sur la chose publique. L'impartialité et le calme du juge doivent être aussi froid que la loy dont il est l'interprète. Mr le maire, les officiers municipaux et les notables de Thumeries ont-ils donné l'exemple de ce calme de cette impartialité en envoyant au suppliant en même temps que la lettre de mr le maire, la délibération, côté C. N'est-il pas humiliant pour lui d'avoir été dans le cas d'avouer à plusieurs débiteurs qui se sont présentés pour payer qu'il avait une défense de recevoir. Ne doit -on pas augurer une malversation de sa part que les maire, officiers municipaux et notables eussent demander le compte de la dépouille de 1789 et eussent dispensé le suppliant de recevoir la dépouille de 1790. Les choses étant en règle mais j'en appelle à vous, Messieurs, a-t-on jamais vu un receveur interrompu en pleine recette dans ces circonstances?
Mrs, le suppliant en remettant la recette des biens de l'église de Thumeries poiur la dépouille de 1790 a son très humble recours vers vous afin qu'il vous plaise le maintenir dans cette recette pour ce qui_ reste à recevoir, compris la dépouille de 1789. A charge d'en rendre compte ou , quand et vis à vis de qui vous l'ordonnerez
Mr Jacquerye croyait avoir obtenu un accord mais, à sa grande surprise, il apprend par le curé qu'il n'en est rien :
je croyais Mr Coget, maire de Thumeries plus sincère. Nous étions convenus, ou plutôt je lui avais proposé de me mettre à même de recevoir la dépouille (62 )1789 et que dans le courant d'octobre en prenant jour ensemble j'aurais rendu compte des biens de l'église de Thumeries. Point du tout. Il poursuit sa plainte et j'ai appris hier par mr le curé de Thumeries que sans avoir donné aucune avertance pour paier, on avait affiché sans me prévenir la reddition de ce compte pour jeudi prochain 7 de ce mois. Cette nouvelle, Monsieur, m'a été confirmée par une lettre de mer le procureur syndic reçue également hier dans l'après midi dans laquelle il me demande généralement toutes les pièces concernant les biens de l'église.
Cette recherche demande du temps comme bien vous pouvez le croire, Monsieur, mais je prévois le but que se propose Mr le maire et les adhérans, de me faire manquer au jour et de porter plainte contre moi. Cy inclus Monsieur vous prouvera que tous les jeudis de l'année sont des jours empêchés pour moi. Ces messieurs presque tous vassaux du chapitre le savent. Il y a donc de la méchanceté de leur fait. Ils savent qu'à l'occasion de la dédicace de Seclin j'ai ici ma famille. Il est bien peu honnête de leur part de m'en arracher pour un objet si peu important. (63)
62 C'est à dire les comptes de l'année 1789
63 ( 5 octobre 1790)56
On peut se demander si de fait Mr Coget l'a fait
exprès. En tous cas Mr Jacquerye le ressent comme
tel. Ses relations avec le nouveau régime ne sont pas
très amènes et elles ne vont pas s'améliorer après la
dissolution du chapitre de chanoines (64 ) et son
retour à Thumeries.
Il est de plus victime de mesures vexatoires :
Dès 1991 la municipalité fait disparaître quelques
signes visibles de l'importance de la famille
Jacquerye et déclenche une nouvelle protestation :
"Il est impossible que la constitution se soutienne si le citoyen libre continue d'être molesté impunément suivant le caprice particulier des personnes qui sont chargées par leur place de la maintenir. Il y a environ 17 ans, Monsieur, que j'ai fait mettre sur les murs intérieurs de l'église de Thumeries la pierre sépulcrale de mon père, ses armes se trouvant sur son cadre en bois. Mrs les maire et officiers municipaux sans me prévenir viennent de la faire enlever en entier. Aucun décret je pense ne peut autoriser le fait de leur part. C'est avec confiance que je vous demande Monsieur de pouvoir faire replacer cette pierre dans le même état où elle était.
Deuxième mesure, la fermeture d'un lieu de culte semi-public : la chapelle de Bellincamps :
Je m'adresse encore à vous, Monsieur, pour un autre objet. J'ai à la porte de ma campagne à Thumeries une chapelle qui m'appartient dans laquelle je célèbre et fait célébrer la messe sans la sonner et jamais à l'heure de la messe paroissiale. Elle est éloignée d'une demi-heure de l'église de Thumeries. Ma famille, les domestiques et les gens de la "Belle cour" y assistent comme la chose s'est toujours pratiquée dans les chapelles domestiques.
Je ne puis empêcher les autres personnes qui s'y présentent d'y assister soit au dedans soit au dehors de la chapelle. On est libre. Mr le maire et officiers municipaux ont annoncé avant hier en termes peu décents qu'ils se proposent de faire fermer cette chapelle. Je ne les crois pas plus fondés de cette deuxième entreprise à mon égard que dans la première et j'ose espérer dans votre justice, Monsieur, que vous voudrez bien, vues les circonstances, donner les ordres les plus prompts pour empêcher qu'on m'inquiète dans ma propriété et dans ma liberté. 65
Après la fermeture du chapitre des chanoines de Seclin, M Jacquerye met en location66 sa maison de Seclin, une belle résidence avec cour, 2 jardins, bosquet, rotonde, une maison vaste, avec une entrée, 2 salles à manger, plusieurs chambres (signe d’une grande aisance) . Il se retire à Thumeries, dans sa propriété de Bellincamps où il vivra avec sa sœur. Las de résister il a sans doute émigré vers Tournai, zone d’empire.
On ne trouve en effet pas de traces de lui dans l’état civil thumerisien contrairement à son frère Bauduin Gabriel.
Voici, page précédente, la propriété de Bellincamps telle qu’elle est décrite dans le cadastre de 1808
64 Décision de l'Assemblée nationale du 12 juillet 1790 et appliquée à Seclin à compter du 8 novembre 1790 (cf histoire de Seclin par LEURIDAN)
65 archives départementales L8922 lettre du 12 octobre 1791
66 ADN 2 E3 884857
II Conséquences locales de la Révolution.
Parmi les premières mesures prises par l’assemblée constituante puis par la législative et la Convention, les trois premières assemblées nous allons envisager d’abord la mise en place de la constitution civile du clergé, puis la déclaration de guerre à l’Autriche enfin les mesures dites de « salut public »
A. L’application de la constitution civile du clergé à Thumeries.
1. État du clergé avant la Révolution.
a) Les curés.
Avant la Révolution le village ne s'appelle pas une commune mais une paroisse. En fait depuis déjà longtemps il s'agit d'une paroisse double puisque le curé de Thumeries est aussi celui de Wahagnies. On a eux cures, unies sous un même pasteur, qui réside à Tumeries dont le chapitre de Seclin est le Seigneur, mais pas celui de Wahagnies :
"Item Wahagnies et Tumeries de Wahagnies est le prince d'Isenghien. Le patron de Tumeries qui est la principale et celle où le pasteur réside sont messieurs dudit chapitre de Seclin. . . Le pasteur a toute la dîme de Tumeries par accord avec les chanoines. "
Ce texte (67 ) Date du début du XVIIIème siècle et confirme ce que nous révèlent les signatures des actes de l'état civil.
L'état civil de Thumeries porte, à partir de 1718, la signature du prêtre qui a officié. Cinq curés seulement ont tenu la charge pendant 80 ans. Ce sont Pierre Antoine LESCOHIER de 1718 à 1745, Simon François FAVIER, de 1745 à 1767, Joseph Augustin WILLEMOT de 1767 à 1787 et à partir de 1787 Mr Pierre François BERRY.
Ils ont eu les uns et les autres à leur service plusieurs vicaires dont l'un était en charge de l'église de Wahagnies. On constate au détour des actes qu'à certains moments il y eut jusqu'à 4 prêtres sur place. (68 )
Lescohier a eu comme vicaire Jean Baptiste Grandsire en 1731, puis François Poutrain (1738), Samain en 1740, Prévôt en 1742, Taymon en 1745.
Favier a reçu les services de Joseph Willemot pendant 15 ans avant qu’il ne devienne à son tour curé. Dès 1756 les actes portent aussi le nom occasionnel de Grulois, vicaire…
b) M Berry et ses vicaires.
A la veille de la révolution M Berry est donc curé de Thumeries avec deux vicaires, Mr Dehaynin en charge de la succursale de Wahagnies et Mr Vandrisse.
Les ressources de ce clergé local nous sont connues grâce à un document daté de novembre 1790 dans lequel Mr Berry, curé, est tenu de donner à la nouvelle administration l'état de ses ressources :
67 Description des paroisses de Tournai par A PASTURE ADN M 79 P 220-221
68 L'histoire de Wahagnies recoupe ici celle de Thumeries.58
c) Leurs ressources.
1° Je déclare que les trois bonniers et trois cents et demy de terre appartenant à ma succursale de Wahagnies sont au revenu annuel y compris le pot de vin de 170 florins 14 patars (69 ) par bail notarié déjà existant lors de mon entrée dans la cure( 70)
2 Je déclare que la disme que je possède sur le dit Wahagnies et qui est de 8 gerbes où il n'y a pont de terrage, de 7 où le terrage a lieu, le doyen de Seclin étant en possession d'en prendre une sur sept et enfin de trois gerbes par tout le territoire de Wahagnies dans les terres novables sur tous les grains décimables selon l'usage. . . adjugé par bail passé devant notaire et au cris public. Savoir en 1787 1044 florins 15 patars le 20° y compris et qui est ma première année de jouissance. En 1788 année dans laquelle la grêle avait dévasté les moissons 855 florins 15 patars, le 20° y compris, en 1789 1380 florins 15 patars le 20° compris, année réputée être d'un revenus honnête. En 1790 498 florins 15 patars année connue de tout le monde comme aussi abondante que l'année précédente, très disgracieuse par les difficultés d'en faire l'adjudication dont les revenus très modiques sont la vérité
3° Quant aux charges relatives à mes terres de cure sur le dit Wahagnies et à mes droits de dîme sur la dite succursale je déclare qu'elles se montent chaque année à 318 florins savoir 78 florins pour l'acquit de 156 messes basses et 240 florins pour la pension annuelle du vicaire y résidant non compris les accidents que je pourrais retenir. De manière q'en se bornant au produit de quatre année de disme les revenus des terres de cure y compris il paraîtrait que les droits de ma cure sur la dite succursale ne devrait être évalués qu'à la somme de 800 florins quatre patars mais en égard aux 2 mauvaises années sur les 4 je crois pouvoir estimer les revenus pour chaque année à 950 florins.
4° Je déclare que le revenu d'un bonnier treize cents de terre appartenant à ma cure de Thumeries y compris le pot de vin est annuellement de 124 florins,
5° je déclare que la disme que je possède a été adjugée selon mes droits savoir : en 1787 553 florins, en 1788 480 florins, en 1789 662 florins en 1790 455 florins.
6° je déclare qu'à la ditte cure appartient un droit de St Cristophe payable par l'abbaye de Phalempin de 13 florins et 10 patars et un supplément de 6 florins 8 patars par an payable par l'église de Thumeries de manière que selon les produits ci-dessus énoncés je crois devoir estimer mes revenus à la somme de 682 florins.
Fait à Thumeries le 17 novembre 1790 Berry, curé de Thumeries et Phalempin. ( 71 )
En dehors des discussions sur les chiffres, on constatera que les curés ne touchent aucun salaire mais qu'ils jouissent de propriétés foncières et surtout du revenu de la dîme. Cet impôt théorique de 10% est modulé selon la valeur des terres. Ici il est de 7 à 8%. (7 ou 8 gerbes au cent de gerbes) Le revenu varie comme on le voit avec la qualité de la récolte.
69 Cette unité de monnaie florentine en usage avant le rattachement de la Flandre à la France est encore en usage, elle vaut 2 livres (monnaie en usage dans le royaume depuis 1667). En fait la livre - ou franc- est une unité de compte et ne correspond pas à des pièces de monnaie. Les pièces en cours étaient le louis d' or(24 livres), l'écu d'argent (3 livres) les sous (1/20) et le denier (1/12) 70 Nous reprenons ici l'orthographe d'origine. Nous le ferons dans presque toutes nos citations d'époque. On remarquera qu'elle est souvent approximative, changeante de temps à autre et même parfois fantaisiste !
71 ADN L 8942/4859
M. Berry annonce donc un revenu de 950 florins pour Wahagnies et 682 pour Thumeries soit 1632 florins (3264 livres). Sur la base d'un salaire moyen de 1,50 livre pour un journalier on peut estimer que les ressources du curé de base sont très correctes.
Par contre le revenu du vicaire indemnisé par le curé est cinq fois plus faible !
2. La Loi et les choix qu’elle impose.
a) la constitution civile du clergé.
L'assemblée constituante vote le 2 novembre 1790 la constitution civile du clergé et impose le 27 novembre 1790 la prestation de serment de fidélité à cette constitution.. Elle prévoit que les biens de l’Eglise serviront à combler le déficit de la nation, que les évêques et les curés seront élus et devront prêter serment sur la constitution. Ce serment divisera l'Eglise de France en deux parties, d'un côté les prêtres dits réfractaires ou insermentés et de l'autre un clergé constitutionnel, assermenté, ou "jureur".
Des sanctions seront votées par l'Assemblée contre les réfractaires mais le Roi ayant fait usage du droit de veto que lui donnait la Constitution, elles ne furent mises en place que plus tard, après l'insurrection de la Commune de Paris.
Nous trouvons à Thumeries les traces de coexistence de ces deux clergés.
b) Le Clergé réfractaire.
Au début Le curé est toujours le sieur Berry, assisté d'un vicaire, Mr Dehaynin et même d'un deuxième M Vandrisse dont nous avions parlé. Ce dernier a des difficultés à faire valoir ses droits comme l'atteste la demande d'indemnité réclamée en 1791 (et refusée) par un "missionnaire":
"vue par nous administrateurs du directoire du département du Nord la requête présentée par le sieur Guillaume Joseph Vandrisse tendant à être payé en qualité de vicaire de Thumeries. . . vu le certificat délivré le 13 mars dernier par le maire et officiers municipaux dudit thumerie dans lequel l'exposant n'est qualifié que de vicaire-clerc
, les lettres du 13 mai 1788 des vicaires généraux de Tournay donnant à l'exposant la simple mission de prêcher et de confesser sur toute l'étendue de la paroisse, sans qualification de vicaire. . . 72
A la décharge de M Vandrisse, la consultation des régistres de chrétienté atteste qu’il exerce bien depuis plusieurs années le rôle de vicaire et qu’il a assuré à ce titre, baptêmes, mariages, sépultures.
La municipalité chargée de faire prêter serment au curé Berry est contrainte de constater qu'il ne se présente pas à sa convocation :
Je soussigné maire du village de Thumeries déclare qu'aïant fait lire, publier et afficher le décret du 4 janvier dernier et sanctionné par le Roy le neuf du même mois lequel décret ordonne le serment aux ecclésiastiques fonctionnaires publics, le sieur Berry, curé de la paroisse, ne s'est pas présenté pour déclarer qu'il voulait faire serment. (73 )
Les relations avec le clergé d'ancien régime, ayant refusé de prêter le serment de fidélité à la constitution civile du clergé, ne sont pourtant pas très conflictuelles à Thumeries; tout au plus dans un premier temps on autorise l'ancien curé à dire la messe à 9 heures :
72 archives départementales L 5089/3 8 juillet 1791 Ce vicaire a cependant signé comme tel plusieurs actes d'état civil
73 lettre de JB Coget 14 février 1791 ADN L 8809/1260
« Pourvu qu'il se fournisse le vin nécessaire pour la célébration du saint sacrifice et qu'il ne sonne pas ni ne fasse sonner les cloches" »
Dans un second temps :
"il n'aurait plus été délivré aux prêtres non-conformistes résidant dans notre village aucun ornement ni vin ni sire et même la sacristie ne lui serait plus ouvert" 74
Dans un troisième temps on lui fournit un certificat qui lui servira de sauf -conduit :
"nous maire et officiers municipaux du village de Thumeries soussigné certifions à tous qu'il appartiendras que Mr Berry ci-devant curé et pasteur du dit Thumeries a rendue service en qualité de curé de notre paroisse jusque compris le 23 octobre de la présente année 1791. En foi de quoi nous avons délivréz le présent certificat pour servire et valoir partou où besoin seras. Fait en notre assemblé du 30 novembre 1791 signé Coget, Liétard, Lemaire, Lebrun Parsy, Dutailly 75
Le vicaire de Wahagnies, M Dehaynin fera de même. Il se réfugiera à Tournai, siège épiscopal et terre d’Empire, comme d’autres prêtres réfractaires. Par contre Vandrisse a sans doute prêté serment. On n’a pas de traces de lui avant l’an IX mais nous en reparlerons.76
c) le clergé assermenté.
Le Curé Petit.
Le 23 octobre 91 le maire est témoin
durant la messe de la prestation de
serment du nouveau curé, le sieur Petit
qui assurera désormais le service
paroissial de Thumeries et de
Wahagnies. Voici ce serment, à la fin
duquel nous trouvons les indications
de nombre d'habitants de la paroisse.
Assemblée du conseil général
pour être témoin de la
prestation de serment du sieur
Petit, prêtre, curé du dit
Thumeries.
L'an mil sept cent quatre vingt onze le vingt trois du mois d'octobre nous jean baptiste joseph Coget maire, michel devienne, augustin joseph defretin, philippe liétart et antoine Lebrun officiers municipaux du village de thumeries d'après le réquisitoire du sieur etienne joseph dutailly procureur de la commune dudi thumeries
74 22 février 92
75 archives départementales L8809/11
76 Page 6961
en vertu de l'installation canonique donnée à charles françois joseph petit natif de saint pol donnée à cambray au vicariat le douzième jour d'octobre de la susditte année sous le sieg manuel de deville maison vicaire épiscopal en conséquence de l'extrait du procès verbal de l'assemblé electorale du district de Lille département du nord tenue au dit Lille le vingt cinq septembre de la même anné sous la présidence du sieur Sta qui nomme le dit sieur Petit à la cure de thumeries
après la prise de possession du sieur Petit du treize octobre de la susditte année nous sommes assemblée en conseil générale et transportés à la messe paroissiale du dit thumeries après avoir été requis par le dit sieur Petit pour être témoin à la prestation de serment. Etant parvenu au prône de la messe le dit sieur Petit a prêté le serment d'être fidèle à la nation à la loi et au roy et de maintenir de tout son pouvoir la constitution ; la population du village de thumeries est de six cent vingt cinq âmes et celle de wahagnies et de cinq cent dix sept âmes sans compter la neuville qui peut avoir environ quatre cents âmes ce qui fait une population d'environ qinze cent quarante deux âmes ; en foi de quoy nous avons signé le présent certificat pour servir et valoir dans tout son contenu.
Forts de cette soumission les élus locaux lui confient officiellement la tenue de l’état civil dans la pure continuation de ce qui se faisait ci-devant.
Après lui d’autres prêtres prendront leurs fonctions à Thumeries et prêteront serment. En 1792 la formule change et M Petit renouvelle son serment en ces termes :
"je jure d'être fidèle à la nation et de maintenir la liberté, l'égalité ou de mourir en la défendant"
(c'est d'ailleurs la formule employée par les maires et officiers municipaux pour leur propre serment)
En 1793, le nouveau curé, Lalleman, prête le même serment (27janvier)
En l'an III, le 20 messidor, le citoyen Crucq
"Ministre du culte catholique, apostolique promet soumission aux lois de la république" et s'engage de ne prendre partie à autre chose que ce qui regarde le spirituel"
Le 1er thermidor an III s'est présenté le citoyen Antoine Jopon
Qui se propose d'exercer le ministère du culte connu sous la dénomination de catholique. . . avec soumission aux lois de la république
On voit peu à peu un détachement du culte catholique considéré comme un culte comme les autres. Paris avait d’ailleurs vu s'installer entre temps le culte de la raison puis celui de l'être suprême proposé par Robespierre.
Le 18 fructidor, c'est le tour de Meurillon
"Ministre du culte connu sous la dénomination de culte de l'église catholique, apostolique et romaine "
Robespierre est tombé, la terreur finie et on retrouve rapidement les formules du catéchisme ! ("L'Eglise catholique, apostolique et romaine…)
3. Réquisition des biens de l’Eglise.
Les Etats généraux de 1789 avaient été convoqués par le Roi pour essayer de remédier à un problème récurrent, celui du déficit des finances royales. Mais les députés ne sont pas entrés dans cette perspective. Plus encore, avant de voter de nouvelles ressources ils commencent par en supprimer. Dans la fameuse nuit du 4 août ils abolissent avec les privilèges un impôt très impopulaire, la dîme, qui profitait au clergé.62
Les difficultés financières persistant, Talleyrand et Mirabeau proposent à l’Assemblée de vendre les biens du clergé pour combler la dette de l’état. Le 2 novembre 1789 l’assemblée constituante met donc les biens du clergé à la disposition de la nation. Elle s’engage en compensation à rémunérer les membres du clergé, à entretenir les églises et à pourvoir aux biens des pauvres.
Concrètement, dans un premier temps elle met en vente 400 millions de biens en émettant des « assignats », sorte de bons du trésor, remboursables en « biens nationaux ».
a) Thumeries, premières acquisitions.
Dans un premier temps, le 21 septembre 1790 la municipalité prend une délibération :
« pour les soumissions à faire pour les domaines nationaux situez (sic) sur notre commune (…) conformément à l’autorisation qui nous est donnée nous déclarons que nous sommes dans l’intention de faire au nom de notre commune l’acquisition des domaines nationaux décrits ci après »
Suit une liste de 35 parcelles couvrant 250 cents de terre. Elles proviennent du prioré de Flers (2) de la collégiale de Seclin (22) et de ses chapelles, St Nicolas, Notre Dame du Puvinage, St Vincent ou des choraux, de la cure de Thumeries (8), des chartreux de Douai (2) de la collégiale St Pierre de Lille (1)
Par la suite, d’autres biens seront encore vendus contre des assignats, directement par les particuliers, bien d’église mais aussi bien des émigrés.
b) D’autres ventes
Voici un tableau composé à partir de la cote 1 Q 2625 des archives départementales.
Acheteur Surface Date vente Prix provenance Dutailly 2 cents 28/1/1791 265 F Cure de Thumeries Coget JB 10 cents 14/3/1791 1375 Chapitre de Seclin Parsy 10 cents 6/4/1791 1210 F Collégiale Seclin Faques Mons en P 4 cents 23/3/1791 275 Cure de Mons Bauduin 12 cents 13/4/1791 1950 Chapitre de Seclin Carpentier 4 cents 14/5/91 625 Chapitre de Seclin Parsy 1 b 200 14/5/91 2687 Chapitre de Seclin Bauduin 3 cents 14/5/91 400 Chapitre de Seclin Laurent 4 cent 14/5/91 525 Chapitre de Seclin Lemaire 1450 v 25/5/1791 2650 Prioré de Flers Cousin Lille 3 cents 22/6/1791 312 Collégiale de Seclin Coget la neuville 1 b 400 v 13/8/1791 5375 Collégiale De Cottignies Lille 1 b 300 v 24/8/1791 4050 Collégiale Mannier 700 v 24/8/1791 1875 Cure
Denneulin 4 cents 24/8/1791 1025 Cure
Ccget JB 900 v 24/8/1791 1437 Cure
Defretin 825 v 24/8/1791 1652 Collégiale Coget JB 600 v 10/8/1791 775 Collégiale Mannier 300 v 24/8/1791 875 Cure de Thumeries Liétard 500 v 24/3/1792 775 Collégiale Denneulin 1 b 1400 v 24/3/1792 5000 Chapitre de Seclin Vallois La Neuville 100 v 24/3/1792 237 Collégiale Desombry Lille 1484 v 6 fructidor II 13475 Jacquerye Desobry lille 700 v 9 pluviose II 3000 Église de Thumeries Capelle Lille 1007 v 5 prairial an II 2425 Eglise de Thumeries Lemaire 893 v 5 prairial an II 2100 La Noble famille Delemotte 154 v 5 prairial an II 1775 La Noble famille Favart 390 v 5 prairial an II 1125 La Noble famille Milleville 817 5 prairial an II 1525 La Noble famille Magrez 260 5 prairial an II 525 La Noble famille63
Carlier 260 5 prairial an II 525 La Noble famille Devienne 690 5 prairial an II 2050 La Noble famille Landas Lille 1b 459 v 5 prairial an II 4500 La Noble famille Landas Lille 524 v 5 prairial an II 1425 La Noble famille Doby 613 v 5 prairial an II 1625 La Noble famille Cottignies Lille 410 v 5 prairial an II 1575 La Noble famille Dezobry Lille 430 v 5 prairial an II 1575 La Noble famille Crombet Lille 1 b 854 v 5 prairial an II 6225 La Noble famille Favier Mons en P 1057 v 5 prairial an II 2700 La Noble famille Rétal Lille 745 v 5 prairial an II 1858 La Noble famille Florquin 200 v 4 floréal an II 1850 Église de Mons n P Bonvin Lille 800 v 6 fructidor an II 3100 Jacquerye Carpentier (Mons) 500v 6 fructidor an II 1025 Jacquerye Baratte (Mons) 500v 6 fructidor an II 1000 Jacquerye Brisaque 961v 6 fructidor an II 4375 Jacquerye Piette Lille 272v 6 fructidor an II 925 Jacquerye Duflot 1300v 6 fructidor an II 2550 Jacquerye Berry Lille 1550 v 25 brumaire III 3000 Émigré Potteau Delattre 4 cents 22 messidor 4 434 Église de Thumeries Coget Louis 2 cents 17 ? an 4 296 Eglise de Thumeries Milleville 250 v 22 floréal an IV 455 Eglise de Thumeries Coget JB 3 cents 11 fructidor IV 517 Eglise de Thumeries Coget JB 4 cents 28 prairial IV 755 Eglise de Thumeries Coget JB 5 cents 28 prairial IV 551 Émigré Poteau Coget JB 11 cents 28 prairial IV 2017 Eglise de Mons Coget JB 1 ferme 28 prairial IV 34591 Émigré ? Coget JB 6 cents 28 prairial IV 882 Église de Thumeries Coget Philippe 1 cent 21 fructidor IV 180 Eglise de Thumeries Deffontaine 1cent 90 v 21 fructidor IV 340 Eglise de Thumeries Dutilleul 1cent 21 fructidor IV 190 Eglise de Thumeries Bauduin 2 cent 21 fructidor IV 335 Eglise de Mons en P Veuve Carpentier 8 cent 4 messidor IV 1408 Cure de Thumeries Manier 3 cents 28 brumaire V 443 Cure de thumeries Coget 8 b 400 v 18 vendémiaire
an 7
9960 Héritiers Potteau
Fénart lille An 7 30500 Eglise de Thumeries Desplanques Douai 35,4 ares 27 fructidor 7 1761 Émigré Eloi
c) Résultats.
Au plan national, la formule n’a pas réglé le problème de la dette. De plus on a émit trop d’assignats si bien que cette monnaie de papier a rapidement dévalué. Mais la conséquence la plus flagrante est la création de milliers de nouveaux propriétaires, essentiellement des bourgeois ou des paysans aisés.
A Thumeries on le constate à la lecture du
tableau ci-dessus : les bourgeois sont les gens
de Lille (De Cottignies, Landas, Cousin) mais
les thumerisiens ne sont pas en reste et parmi
eux se détache Jean-Baptiste Coget. Il possède
déjà le savoir (il a fait des études et est expert
arpenteur) il a le savoir faire (pépiniériste
renommé). Il comprend sans doute le premier
l’intérêt des biens nationaux et se porte
acquéreur d’une ferme et d’une dizaine de
parcelles. Il est l’image même du paysan que la
révolution va enrichir et qui de ce fait défendra
les acquis de la Révolution.64
B .La Patrie en danger, escarmouches locales.
1 La guerre déclarée au roi d’Autriche.
Installée à Paris en octobre 1791, l'assemblée législative est bien connue des écoliers par ses grands hommes : Danton, Dumouriez, Robespierre. Certes son histoire ne comporte pas seulement des épisodes grandioses. Il y a eu aussi les massacres de septembre, la première Terreur, et le début des hostilités contre le reste de l'Europe. .
La législative avait voté la guerre contre l'Autriche le 20 avril 1792. Puis le 11 juillet on déclare "la patrie en danger".
Cette guerre déclarée pour des raisons de politique intérieure va jouer un rôle capital. Elle va entraîner la chute de la royauté, la prise de mesures d'exceptions contraires aux principes de 1789 et déboucher vers 1799 sur la dictature napoléonienne.
2 Conséquences régionales.
Notre région est vite concernée par ce conflit. N’oublions pas que Tournai, tout proche, est terre d’Empire. Les autrichiens, rapidement sur place, s'installent à Moncheaux le 29 avril, on parle aussi d'un passage de troupes françaises à Mons en Pévèle le 1er avril. Après deux incursions téméraires les troupes françaises du Nord se replient sur Valenciennes et Lille. Le 31 août le directoire du Nord donne l'ordre de résister :
Tous les villages seront fortifiés par des fossés, les routes seront coupées
Le 5 septembre les autrichiens sont à Roubaix, à Orchies le 10 et ils commencent le siège de Lille le 26 septembre.
Certes le 20 septembre Dumouriez avait battu les alliés à Valmy mais les troupes autrichiennes abandonnant leur marche sur Paris se retirèrent vers le Nord. Elles occupent alors une partie de notre région comme le montre la carte ci-dessous.
Le 24 septembre 60 hulans sont entrés à Seclin.
Le 26 des réquisitions sont levées dans la même ville pour loger 800 personnes, fournir 1.200 rasières de blé et d’avoine plus 400 bottes de foin. Le 29, des sommations identiques sont faites aux communes environnantes.
A Phalempin: il y a eu à cette occasion une attaque en règle menée par les autrichiens basés à65
Seclin en représailles à quelques escarmouches dont-ils avaient été victimes. Au cours de cette intrusion les autrichiens se sont acharnés à la recherche de prêtres assermentés. Le bilan est lourd : 25 maisons incendiées et quelques personnes assassinées77 La même aventure est vécue à Thumeries.
3. La guerre à Thumeries.
a) Une incursion violente.
Chez nous le deux octobre une incursion des impériaux à Thumeries provoque la mort de douze personnes dont sept furent inhumées sur place.
" Avant la Révolution de 1789, le curé de Thumeries avait deux vicaires dont un à Wahagnies et l'autre Thumeries. Celui-là avait sa maison bâtie sur un terrain entouré de haye vive contigu au cimetière. En 1792, pendant le siège de Lille, l'ennemi pénétra dans notre commune, y tua 7 habitants et y brûla six maisons dont celle du vicaire fut du nombre " (Coget)(78
Une lettre du curé Petit conservée aux archives diocésaines nous apprend que le presbytère et la maison du vicaire furent endommagés et que les impériaux pillèrent plusieurs maisons.
Le motif n'est pas explicité. Le curé note seulement qu'il s'agit du « jour de l'incursion des impériaux" et que les victimes ont été inhumées le soir même « par des âmes charitables. » Ce sont d’après les registres : Joseph Duquesne, 66 ans, Antoine Parsy, 20ans, Antoine joseph Baratte 34 ans, Louis Joseph Duthilleul, 60 ans, Alberic Delcambre, Joseph Delval et Philippe Bauduin.
b) Le Motif : Des Réquisitions.
En fait c'est pour avoir refusé du fourrage et s'être armés que les habitants de Thumeries ont déclenché des représailles de la part des Autrichiens venus de Marque (Pont à Marcq):
La municipalité de Thumeries est requise de faire d'abord un tableau désignant la quantité (1) d'habitants (2) de chevaux (3) de chariots (4) de foin bottelé (5) de foin non bottelé (6) d'avoine battue (7). d'avoine en gerbe (8) des bottes de paille qui se trouvent actuellement à l'endroit.
Un député de la municipalité voudra bien se rendre à Marque muni de ce tableau pour demain à midi. Au surplus la municipalité fournira également pour demain à midi 300 bottes de foin et 25 rasières d'avoine. Le tout en cas de défaut à peine d'exécution militaire et de contrainte.
Marque le 27 septembre 1792: Sturbois, commissaire impérial. (79 )
Si la municipalité de Thumeries ne fournit pas les 300 rations de foin et les 25 rasières d'avoine demandées pour aujourd'hui il y sera fait exécution militaire pour les avoir"
Marque le 28 septembre 1792 ; signé Mr Sturbois, commissaire (80 )
N’ayant pas cru à ces menaces ou n’ayant pas voulu y croire ou se soumettre les habitants de Thumeries se sont vus confrontés aux troupes autrichiennes :
77 (Cf histoire de Phalempin tome 3).
78 archives départementales O 590/8
79 ADN L 2123
80 ADN L 212366
Les habitants de Thumeries vous exposent que les 28 et 29 septembre 1792 la municipalité reçut ordre de fournir aux autrichiens du foin et de l'avoine. Ils refusèrent courageusement d'y obtempérer et s'armèrent, disposés à se défendre. Ils furent attaqués le 2 octobre suivant, arrêtèrent l'ennemi quelques temps mais enfin ils furent accablés par le nombre. Dix citoyens furent massacrés, quatre grièvement blessés six maisons brûlées et la plupart des autres dévastées et pillées81
L'état des pertes est estimé à 27.295 livres 5 sous non compris les frais de pansement, l'incendie de la maison cléricale et les dévastations faites au presbytère et à l'église
c) Conséquences.
Ces multiples citations tendent à prouver que l'incident a marqué profondément la commune de Thumeries.
Il y a d’abord les victimes humaines, (7 pour les uns, dix pour les autres sans compter les blessés), les dégâts matériels, (incendie de la maison vicariale et de quelques autres) et le traumatisme psychologique. Le curé, Petit, qui s’était caché, aura du mal à s’en remettre.
C Sous la terreur : des mesures exceptionnelles.
La convention se réunit pour la première fois le 21 septembre 1792. Elle abolit immédiatement la Royauté, proclame la République, juge, condamne et fait exécuter le roi, Louis XVI.
Elle poursuit la politique extérieure de conquête commencée auparavant. Menacée à l'intérieur par des contre-révolutionnaires et le soulèvement de la Vendée elle vote des mesures sévères dites de " salut public " qui restreignent bien des libertés.
Elle envoie dans les départements des représentants en mission, elle crée dans chaque commune un comité de surveillance pour faire la chasse aux suspects. Plus grave, elle impose de fait un certain fanatisme, et fait de la dénonciation une vertu civique.
1 Contrôle des émigrés et visite du château.
Le 28 octobre 1792
« Une sommation est faite au sieur Jacquerye demeurant avec sa sœur de déclarer s’ils tiennent chez eux des meubles du cy-devant Berry, curé de Thumeries, de même que la veuve Denneulin, de déclarer ce qu’elle reçoit de M de Diesbach… comme au sieur Clément des meubles qu’il tient de Berry…comme la veuve Darlez et son fils vicaire à Brillant de ce qu’ils reçoivent de M Potteau…etc
Concernant les biens des émigrés on établit un certificat de résidence pour
"Le sieur Jacquerye prêtre et cultivateur âgé d'environ quarante huit ans, taille de cinq pied trois pouce, portant perruque actuellement émigré "
Ce certificat est remis à celui qui occupe son bien pour qu'il ne soit pas inquiété.
Les habitants de Thumeries, parents de prêtres ( Mme Bachelet) ou agriculteurs exploitant des terres appartenant à des familles nobles, comme Charles Duquesne, fermier à la Baverie. sont interrogés et leurs déclarations soigneusement enregistrées :
"Est comparu Louis charles Duquesne fermier de la Baverie et lui a été demandé s'il savait si Mme Dassigny, propriétaire de sa ferme était émigrée. Il a répondu après serment qu'il ne savait pas si madame l'était mais qu'elle était au château actuellement. . . "
et un autre exemple :
81 lettre au 14° bureau (arc départ L 319167
après serment prêté le dit Flinois a déclaré qu'il avait chez lui un paquet de serviettes et des rideaux de lit de Siamoise à flamme appartenant au ci-devant curé de Thumeries nommé Berry et a signé JB Flinois (82 )
Dans ce cadre la municipalité procède à deux visites du château.
Visite du château
Le château avait déjà été visité le 30 juin 1791 par le maire :
"Nous, maire et officiers municipaux de thumeries, étant venu à notre connaissance qu'il était arrivé au château de Thumeries plusieurs voitures de meubles"
:"Nous nous sommes transportes à la maison du citoyen Gambier de thumeries qu'il tient à louage du citoyen de Carondelet demeurant à Seclin. . . "
L'inventaire suivant, à l'orthographe approximative, détaille le type d'objets de valeur que les familles aisées pouvaient entreposer (livres, vaisselle, télescope, tableaux, tapisseries. . . )
La visite est effectuée chez le locataire pour vérifier la présence d'objet appartenant au ci- devant abbé de Vaugel, lors de son évacuation.
1. Dans la cuisine dons nous navons rien trouvez sinon les meubles pour servire a la battery de cuisine comme dans l'office et la relavery
2. après avoir visite tous les cave nous navons rien trouvez que tonnaux vide et d'autres plain de bierre et du vin
3. nous somme entré dans le commun dont nous avons trouvez plusieur panier et caice dons le détail suit
1 une caisse n°15 renfermant un cadre et une mirte
2 n°13 une caisse remplis de mémoire imprimé et à la main
3 n°( une caisse renfermant une pendulle sur des pilaces de marbre
4 n°12 une caisse consistant en une boite renfermant pois et
balance, une lornette, des brocs et autre meuble
5 n°7 une boite remplis de caffet
-6 n°4 une pendule
-7 n°3 une caise contenant un livre et des vers
-8 n°8 une caise de vers
9 n°6 une caise remplis d'anete
10 n°10 un cofre long avec charnière remplis de paile à feux
11 n°20 une caise de glace
12 n°14 un panier de tasse, nourriture
13 n°25 une caise de flacons de vins
14 n°18 une caise de papier livre et mémoire
15 une caise longue contenant un télescope
16 n°24 une caise de coquillage
17 n°11 des vers à pied dans une caisse
18 un panier sans numero remplis de livre
19 n°19 une caise de livre. . . cadre et autre meuble avec des médaille antique 20 un grand panier de vases et quatre autre paniers remplis de vin
21 n°7 une caise contenant un graffonette, un plat chinois des canes et livre 22 un panier de livres
23 n°16 une caisse de cadre avec des livre
24 une caise de glace
25 n°1 une caise de livre avec des meubles de cheminé de bois d'arret
26 une caise de cadre sans numero
27 une caise de cadre et livre sans numéro
28 une caise de livre sans numéro
82 Archives départementales 1Q 515/4268
30 deux autres caise de livre sans numero
31 des chené pelle à feux et panette
4° place dans la place à manger nous navons riens trouvez que des meubles appartenant à la maison
5° place dans le vestibule nous navons rien trouvèz
6° place dans le grand salon des meubles à la maison
7° place dans les deux cabiné suivant des meubles et un fusil de chasse appartenant à la maison 8°place dans les chambres du bout au deuxième étage nous avons trouvé une comode, table de nuit et lit appartenant à la maison
9°place dans une autre chambre appelet aux archives nous avons trouvez une caise de tablaux, des notes, deux comodes un secrétaire une table, trois ballets, du linge, une table de nuit un garde, une caise n°2 avec des cadres et livre une tapisserie avec les encadrement 10° place : la chambre contre les escaliers nous n'avons rien trouvez sinon ce qu'il appartien à la maison
11° et dernière place : dans tous les autres chambre du château nous navons rien trouvez qu'il nait appartenu à la maison.
Une seconde visite aura lieu le 29 octobre 1792. Cette fois , en plus de la visite, on interroge sur la foi du serment , Augustin Coget, jardinier et concierge, pour attester qu'il ne reste rien des biens des émigrés.
2 Comité local et mesures de salut public.
Les mesures dites de salut public votées à Paris par les Montagnards se répercutent jusqu'ici. Des représentants de la Convention arrivent à Thumeries le 15 ventôse an II pour imposer la création d'un comité révolutionnaire de 12 membres (JB Jacquerye, JB Fretin, N Fretin, A Baratte, Simon Desoil, E Parsy, E Parsy, L Daneulin, B Dugardin, JB Dainaut, B Brisaque, P Liétart)
Ce comité est chargé de faire appliquer les décrets de la convention En voici quelques uns :
a) Recherche des armes.
Récupération de toutes les armes en circulation, réquisition des biens d'église, envoi de l'argenterie à Lille, expédition des cloches à Lille sauf la plus petite qui peut rester à l'usage de la population mais pas du culte. Les églises devraient être transformées en magasins ou en lieux de réunions
"Pour y instruire les défenseurs de la patrie".
b) Inventaire et vente des biens de l'église. 83
Le 6 ventose an II de la république française une et indivisible nous commissaires nationaux délégués par les représentants du peuple nous nous sommes transportés dans l'église de Thumeries accompagnés de deux présidens de la municipalité zt du comité révolutionnaire pour procéder à l'inventaire de la dite église. Avons trouvé ce qui suit:
Une monstrance d'argent(84 ) doré, le piétement doré et suite l'arbre formant une grosse boule et une petite , la grosse représentant trois tête aillé. La remontrance est est soutenue sous deux piliers, un ornement de chaque côté découpé et ciselé, au dessus de deux piliers, deux figures de renommée. Le couvert trempé et ciselé représentant deux tête aillé surmonté d'une couronne, d'une boule et d'une croÿx
83 archives départementales L 8941/32
84 du verbe montrer . Il s'agit d'un ostensoir avec d'autres objets du culte décrits dans cet inventaire et encore en possession de la paroisse Saint André Voir la photo page suivnte.69
-un ciboire d'argent de piétement rond, le bord ciselé, l'arbre formant boule en forme de poire et les en graine d'épinard. Le gobelet atouré de nuages et des tête ailées, le couvert de la forme de couronne, un tour perlé un autre tour étampé puis un autre tour formant des groupes et un bouquet à paillette
-un ci-devant calvaire de bois d'ébène, dessus un bondieu en croix, dessous une guirlande et des os de mors, dessus la tête un écrit portant ces lettres INRI
-une autre croix de
bois noir portant aussi
un bon dieu sous les
pieds une tête de mort,
sur la tête l'
inscription INRI, le
tout en argent
-un autre plus grand
christe, dessus un
bondieu, sous ses
pieds deux os de mort
et un blason armoiré
marqué 1731, sur la
tête INRI
-un calice et sa patenne, deux plats, huit burettes, un petit coffre avec trois petites croix servant aux saintes huiles, dix chandeliers, une lampe, deux encensoirs, une navette, un bénitier de cuivre, onze chasubles, -deux chappes, deux pattes, quatre dalmatiques, cinq obes, cinq surplÿ, cinq summites, sept napes, -six foureaux de chandelier
-une grande et belle croye bien ornée, sous chaque coin quatre médailles, devant et derrière dans le milieu deux autres médailles l'une représentant un agneau, l'autre l'être suprême, le tout d'argent excepté un peu de cuivre -une croix de cuivre, chandelles, trois cloches.
Et ensuite la vente du mobilier :85
Le onze floréal, l'an troisième de la république une et indivisible de la part de la présidence et membres composans l'administration du département du nor et à la requete poursuite en diligence de l'agence national du district de Lille nous commissaire chargés des ventes du mobilier des émigrés ( )
nous sommes transportés en la commune de Thumeries où étant arrivés nous avons requis les citoyens officiers municipaux de nous introduire à la ci-devant église de thumeries où étant arrivés le citouen Charles Gernoux expert nommé par l'administration du directoire a procédé à l'inventaire estimatif des boiseries qui se trouvent à l'église conformément à la loi; nous avons procédé de suite à la vente des boiseries appartenant à la Nation
ayant annoncé que la vente se ferait au comptant par livres , décimes et centimes et que les acheteurs en payeraient que le prix juste de leurs acquisitions
1 vieille armoire mauvaise tribune:mise à prix 10F et vendue à Jos Couture 11F 2 8 bancs en bois de chêne mis à prix 16 et vendus à Louis Lamblin pour 26F 3 une balustrade en 5 bancs mise à prix 15F et vendue aux Lamblin pour 60F 4 une mauvaise armoire et un pupitre valeur estimée 6F vendue à JB Baudouin 30F 5 les débris de la sacristie, estimés à 10 F, vendus à Laurence d'Hercia pour 100F
85 1 Q513 ADN70
Total 257F.
N'ayant plus rien trouvé sauf les autels que la Municipalité nous a déclaré qu'elles ont été vendues (sic) l'année dernière comme il leur a été ordonné par les commissaires chargés d'enlever les effets qu'ils ont été conduire à Lille et dont les fonds seraient versés entre les mains du receveur des domaines nationaux après l'ordonnance expédiée par l'administration du district.
Signé Defretin, maire, Fernaut, Liétart, agent, Mallet et Wicart commissaire
c) Réquisition de chevaux.
On nomme deux commissaires chargés d'estimer les chariots et les chevaux réclamés par le district de Lille pour l'armée. Le rôle est dévolu à Augustin Defretin et Antoine Liétart.
d) Atelier de récupération du salpêtre.
On trouve aussi trace d'un projet de création d'un atelier de traitement du salpêtre :
"le maire et officiers municipaux de wahagnies se sont joints à nous pour ne former qu'un seul atelier ne pouvant le former dans leur commune à cause de la rareté de l'eau et du fait que l'église de thumeries est d'un local plus commode étant proche des fossés du château du dit thumeries. . . observant aussi que tout ce qu'il nous manque pour la lessive et l'évaporation du salpêtre est une chodière (sic)"
Il s'agit d'utiliser le salpêtre récupéré pour s'en servir dans la fabrication de la poudre à canon. (86 )
e) Laïcisation de l'état civil.
La responsabilité de l'état civil est finalement retirée sur l'ordre du gouvernement au curé, le 27 janvier 1793, et on élit par 12 voix sur 14 votants Joseph Coget, fils du maire, "officier publique".
Le premier acte qu'il rédige, d'une très belle facture, est présenté ci après.
Le premier état-civil laïc
L'an deuxième de la république une et indivisible le trois ventose à deux heures après midi par devant moi Joseph Coget habitant de la commune de thumeries élu le 27 janvier de l'année mil sept cent quatre vingt treize pour dresser les actes destinés à constater les naissances mariages et décès de citoyens, est comparue en la salle publique de la maison commune Marie Joseph Lemaire sage femme domiciliée dans la municipalité de Thumeries assistée de Louis Joseph Denneulin, cultivateur, âgé de trente ans et de Rose agathe Carpentier âgé de vingt un ans, tous deux demeurant dans le département du nord, municipalité de Thumeries, laquelle a déclaré à moi Joseph Coget en l'absence de Jean baptiste Joseph Carpentier demeurant ordinairement à Thumeries et actuellement au service de la république en qualité de militaire, que Célestine amélie josephe Denneulin âgée de vingt cinq ans épouse en légitime mariage du dit JB J D Carpentier,
86 le salpêtre (en chimie KNO3 est un nitrate qui vient de l'évaporation des eaux. Mélangé à du soufre et du charbon il constitue un
mélange explosif connu depuis l'antiquité. Il entre dans la constitution de la poudre noire, meilleur explosif connu avant l'invention de la dynamite par Nobel en 187071
est accouchée aujourd'hui à deux heures du matin dans sa maison d'un enfant mâle qu'elle , Marie Joseph Lemaire m'a présenté et auquel elle a donné le prénom de Jean baptiste Joseph.
D'après cette déclaration que le citoyen Louis Joseph Denneulin et la citoyenne Rose Agathe Carpentier ont certifié conforme à la vérité et la représentation qui m'a été faite de l'enfant dénommé j'ai rédigé en vertu des pouvoirs qui me sont délégués le présent acte que j'ai signé avec les deux témoins, Marie Joseph Lemaire ayant déclaré ne savoir écrire
Fait à la maison commune de thumeries, les jours mois et an ci-dessus L Denneulin RA Carpentier J Coget officier municipal
3 Carondelet, sauvé par la chute de Robespierre.
a) Dictature de Robespierre à Paris.
Robespierre avait été élu au comité de salut public en juillet 1793. Il rêvait d’égalité sociale, d’une France sans riches ni pauvres, d’une république basée sur la vertu. Intransigeant et autoritaire il était sans pitié pour ceux qu’il appelait « les fripons » et aussi pour tous ceux qui ne partageaient pas ses idées.
Le tribunal révolutionnaire, sous son impulsion, envoie à la guillotine les opposants de tous bords, extrémistes comme les amis d’Hébert, ou indulgents comme Danton. Plus encore la loi du 22 prairial (10 juin 1794) lance des exécutions massives de suspects au nombre desquels on trouve le chimiste Lavoisier et le poète André Chénier. On trouve aux archives départementales (série L) une liste des suspects répertoriés dans le département. En ce qui concerne Thumeries, on y relève : Berry, le curé, Carondelet un noble, Darlez, un prêtre originaire de la paroisse, Jacquerye, un autre noble et un certain d’Herbaux qui m’est totalement inconnu.
b) La défense de Carondelet.
Arrêté le 3 ventôse de l'an II (21 février 1794) M de Carondelet dont nous avons déjà parlé, est emprisonné d'abord à Douai puis à Compiègne sur l'ordre du général Osten en vertu de mesures générales contre les nobles.
Il abandonne la cléricature le 25 mars de la même année et fait appel, pour plaider sa cause, au comité de Seclin. Ce dernier rédige la note suivante :(87)
François Louis Carondelet était prévôt du chapitre puis député à l'assemblée nationale. A son retour il fut assesseur du juge de paix et finalement commissaire pour vérifier les déclarations de l'emprunt forcé. Il n'a eu de relations qu'avec de vrais patriotes et sans-culottes. Son revenu, autrefois était de 10 414 livres 9 sous; il est depuis de 7414 livres. Il était du côté gauche de l'assemblée et s'est par là attiré la haine des prêtres et des nobles ses commettants; Il s'est montré bon citoyen aux époques du 10 août et du 31 mai et très ferme dans la crise de la guerre. .
Malgré cette recommandation il reste entre les mains de la justice révolutionnaire et ne doit son salut qu'à la chute de Robespierre.
Il faut dire que les conventionnels avaient pris peur : en 45 jours 1285 têtes étaient tombées à Paris sous la nouvelle loi et tous se demandaient s’ils ne seraient pas à leur tout considérés comme suspects. D’autre part les victoires des armées de la République ne justifiaient plus la chasse aux ennemis de l’intérieur.
Le 9 Thermidor an II (27 juillet 1794) donc, Robespierre est accusé de dictature et renversé. En quelques mois la Terreur est abolie, Carondelet libéré, le catholicisme retrouve droit de
87 Cf Histoire de Seclin par T.Leuridan (bibliothèque municipale de Seclin)72
cité et une nouvelle constitution, celle de l'an III est mise en place, avec à la tête de l'état un directoire de cinq membres.
c) Sa fin de carrière.
Monsieur de Carondelet assure sa subsistance en vendant des terres et le château le 9 vendémiaire an III (5 décembre 1794) à un négociant de Lille, Philippe Joseph Colle. Il ne garde pour lui qu’une ferme. (d’après Depreux ) Cependant je n’arrive pas à localiser cette ferme. Le cadastre de 1807 fait état de plusieurs propriétés appartenant à Decarondelet, rentier à Paris et d’un bâtiment au Thélut.
Il va se marier avec Marie Louise Jeaunel, fille d’un entrepreneur de la loterie nationale (décédée en 1800) qui lui donnera, dit-on plusieurs enfants (peut être, en région parisienne où il s’est retiré.).88
Il vend aussi une maison à Seclin. Il s’agit peut être de la maison du Prévôt présentée plus haut.89
Le 24 pluviose an 2
le citoyen françois Louis Carondelet domicilié à Seclin vend sans fraude et à main ferme au citoyen Adrien Carpentier marchand de tabac à Seclin une maison et héritage contenant plusieurs places, chambre haute, cour, jardin et autres édifices, située à Seclin, rue ????? que le citoyen vendeur a acquis des biens nationaux et attaché ci devant au chapître de Seclin arrêté du département du Nord du 18 février 1791 en indemnité de la restauration qu’il avait faite à la dite maison
pour la somme de 23.000 livres tournois de prix principal, payable icelle somme la moitié en dedans la 2ème décade prochaine et l’autre moitié…les dits acheteurs les retiendrait par devant eux en rente héritière sur le pied de 5 du cent90
On trouve aussi dans les archives des notaires quelques traces de transactions commandées de loin, essentiellement des ventes de bois. Il utilise comme fondé de pouvoir Alexandre Coget, en remplacement de son père, Jean Baptiste, décédé en 1808, fermier à Thumeries,91
C’est pourtant à Thumeries que Monsieur de Carondelet terminera sa vie, le 26 mars 1833, « en sa demeure près de l’église », selon la formule de l’état civil thumerisien.
III le consulat et l’Empire.
A la fin de la Révolution.
La chute de Robespierre n’est pas seulement la chute d’un homme mais l’échec d’une politique démocratique très égalitaire. C’est la revanche de la bourgeoisie. L’état va désormais être gouverné par des politiciens plus modérés. La constitution de l’an III pour éviter un retour à la dictature met en place cinq « directeurs » et deux chambres. Mais la constitution ne prévoit pas les conflits éventuels entre les deux pouvoirs. Les tensions se régleront à travers des coups d’état dont le plus célèbre est celui du 18 brumaire qui remplace le directoire par trois consuls : Siéyès, Ducos et Bonaparte, un jeune général tout auréolé de
88 il s’est retiré un moment à Sceaux mais il n’y a aucune référence à De Carondelet dans l’état civil de cette ville Il a eu au moins 2 garçons, le premier est cité dans l’épigraphie de Leuridan (Alphonse Gabriel 1797-1832) et un second auquel fait allusion un courrier de sa fille adressée à Alexandre Coget en 1842, et conservée en mairie) on signale aussi une fille Marie Félicité Susanne 1793-1877 qui a épousé à Sceaux, Adolphe Pierre Benoit intendant militaire à Paris (notice biographique p 172) 89 Page 16
90 ADN 2 E3 7129
91 J 1801 /11 et 12 n°22473
ses victoires en Italie et en Egypte. La constitution de l’an VIII donne ensuite au premier consul, Bonaparte, presque tous les pouvoirs.
Son objectif est de terminer la révolution. Il abolit les assignats et crée la Banque de France pour restaurer la confiance. Il amnistie aussi les Vendéens et fait cesser les poursuites contre les prêtres réfractaires. Plus encore, il signe avec le pape un concordat pour mettre fin à la guerre religieuse.
1 Le concordat à Thumeries.
On trouve trois documents concernant l’application du concordat à Thumeries. Le premier est une lettre du maire, Devienne, répondant à
une enquête officielle :
il ne se trouve en notre commune
aucun prêtre qui ait refusé le
serment ni promesse de fidélité à la
constitution ni aucun prêtre de
rentré. Il ne se trouve dans notre
commune qu’un seul prêtre qui y
exerce les fonctions de ministre du
culte catholique depuis 179 ? , ,
après avoir prêté les serments et
soumissions exigées par les lois
relatives à son état jusqu’à ce jour
Salut et respect Devienne92
le prêtre dont il s’agit est Guillaume Joseph
Vandrisse.
le second document se trouve à la même côte. C’est une lettre de Darlez, prêtre originaire de Thumeries :
« Je soussigné, Jean Baptiste Darlez, prêtre, résidant à Thumeries, reconnais que le sous préfet du troisième arrondissement du département du Nord m’a remis aujourdhui le certificat d’amnistie qui m’est accordé en vertu du sénatus consulte du six floréal an X lequel certificat est délivré par le juge et ministre de la justice Chagnier. A lille le 9 germinal an XI de la République:
Ainsi se termine pour lui la « persécution » dont il était victime et que nous avions évoquée plus haut 93
Enfin le troisième document est la prestation de serment du nouveau curé Aspelly nommé à la succursale de Thumeries par l’évêque de Cambrai. Il invite le curé à se rendre à Lille avec
« Ses habits de chœur » pour y prêter serment pendant la messe solennelle en vertu de la convention passée entre le saint siège et le gouvernement."
Le sous préfet en charge de ces affaires a reçu le serment en ces termes :
« Le citoyen Aspelly Jean François Joseph, nommé aux fonctions de desservant de al succursale de Thumeries a prêté par devant nous le serment en ces termes : je jure et promets à Dieu, par devant les saints évangiles, de garder obéissance et fidélité au gouvernement établi par la constitution de la République française,
92 1801 an 9 1V23
93 CF PAGE 58 paragraphe sur le contrôle des émigrés74
je promets aussi de n’avoir aucune intelligence, de n’accepter aucun conseil, de n’entretenir aucune ligue, soit au-dedans soit au dehors, qui soit contraire à la tranquilité publique, et si, dans ma paroisse ou ailleurs, j’apprends qu’il se trouve quelque chose au préjudice de l’état, je le ferai savoir au gouvernement.94
2 Le recensement de l’an X, un bilan.
L’année précédente, dans toute la France, le 1er consul avait déclenché un état des lieux, à la sortie de la Révolution. Réalisé avec des moyens sommaires cette récapitulation a le mérite de constituer le premier recensement de l’histoire de France. Les archives municipales conservent des traces des documents envoyés à la préfecture.
On y trouve des chiffres concernant la population, le territoire, les cultures et les chemins.
a) Les habitants.
SITUATION DE THUMERIES 24 BRUMAIRE AN X
La commune comprend 135 maisons d'habitations pour 632 habitants
b) Le territoire
Le territoire est divisé en six sections cadastrales. il comprend environ
304 hectares de terres labourables
36 hectares de vergers et jardins
5 hectares de pâtures
42 hectares de prairies artificielles
194 hectares de bois
Terres de la commune de Thumeries.
savoir : hectares ares centiares
en terres labourables 303 78 24 en jardins et vergers 35 99 72 en prés naturels 5 6 6 en patures
en prayries artificielles 42 52 10 en hivernages 14 17 70 en bois 194 43 40 terres nouvellement défrichées 3 36 70 en rivières canaux ou ruisseaux
en maisons et autres bâtiments 5 38 28 en terrains vagues bruyères 9 74
94 1er cahier des PV municipaux mairie de Thumeries
121 hommes mariés
120 femmes mariées ou veuves
22 hommes célibataires
22 femmes célibataires
184 garçons
163 filles75
les terres labourables de la commune
en froment 125 50 45 en surteil 49 18 en seigle 5 67 8 en sarrazin
en orge de mars 3 85 54 en. . . . 5 25 21 en avoine 34 11 17 en féverolles 35 44 25 en légumes secs 70 88 en pommes de terre 3 54 42 en colza 34 2 48
Remarque : "Les terres de thumeries sont de très petit rapport qu'on ne parvient à y obtenir une deuxième récolte que par des travaux et des dépenses infinies"
c) Les Chemins
Nom des chemins nature observations
Pavé traversant Thumeries vicinal part de Moncheaux et rejoint la route de Lille à
Arras au dessus de
Phalempin
pavé de bois vicinal chemin de Thumeries à Mons en Pévèle (en mauvais
état)
chemin de la Ténarderie Chemin de terre Entre Thumeries et Attiche par Drumetz mauvais état
chemin du Petit Thumeries chemin de terre
vicinal
communique avec la
Neuville
chemin des Tuileries Chemin de terre
vicinal
communicant avec
Ostricourt
en mauvais état dans la forêt
chemin de la Pourette chemin de terre
vicinal
vers Mons en Pévèle
grande carrière Chemin de terre
vicinal
passant à travers la forêt
nationale vers Ostricourt,
impraticable l’hiver
chemin de la pétry Chemin de terre
vicinal
avec Mons en Pévèle
impraticable l’hiver
3 la nomination des maires.
La constitution de 1790 avait institué comme on l’a vu des maires élus. Nous avons déjà parlé du premier maire Jean Baptiste Coget qui officia de 1790 à 1795. Avec la constitution de l’an III, les municipalités sont supprimées quelques temps et il n’y a plus au plan local que des « adjoints » qui font office de maires. Il arrive même qu’au détour des actes d’état civil on les dénomme « maire » au lieu d’adjoint. Il s’agit successivement de Michel Defretin et Joseph Coget.
Installé au pouvoir après le coup d’état du 18 brumaire an 8 (3 novembre 1799) Bonaparte rétablit les municipalités. Cependant les maires seront désormais nommés par le préfet et non plus élus par la population. Le préfet choisit dans une liste de notables désignés par la population.
C’est d’abord Joseph Coget qui est nommé.76
L’ancien adjoint de Michel Defretin est à son tour nommé maire. C’est le fils de Jean Baptiste. Voici le procès verbal de son installation :
L’an 8 de la république, une et indivisible, le 10 messidor, l’agent communal s’est rendu chez le citoyen Joseph Coget, nommé maire… pour entendre son serment de fidélité à la constitution.
Tous deux vont confirmer les postes de secrétaire greffier de Louis Couture (pour 4 francs par an) et de garde champêtre Philippe Joseph Coget. (Un homonyme). Joseph Coget ne reste en place qu’un an puisque dès l’an 9 le préfet désigne un nouveau maire en la personne de Michel Devienne. On retrouvera Joseph Coget plus tard.
Le 30 brumaire an 9, le citoyen Michel Devienne s’est rendu à la maison commune afin de prêter serment conformément à la loi pour remplir les fonctions de maire au lieu et place du citoyen Joseph Coget fonction à laquelle il est appelé par ordre du citoyen préfet du département du Nord
Le préfet garde Lamblin comme adjoint. Les conseillers nommés par le préfet sont tous cultivateurs et J B Coget fait encore partie du lot en compagnie de Mannier le meunier, de Duflot l’ex adjoint…
Les maires désignés par l’autorité vont être mis à contribution pour assurer tout au long de l’empire le recrutement de la grande Armée.
B La guerre : une plaie pour les campagnes.
1 Des guerres incessantes.
Entre 1792 et 1815, la France n’a pratiquement connu la paix qu’en 1802-1803 (paix d’Amiens). Nous avons vu plus haut que déjà en 1792 la guerre avait été à nos portes et que Thumeries avait été touchée par le passage belliqueux des troupes autrichiennes. Pour faire face, la République faisait appel aux volontaires et, à partir de 1793, compensait le manque éventuel de volontaires par un tirage au sort. Nous n’avons pas de trace locale de ce mode de recrutement mais nous pouvons affirmer qu’il y en a eu puisque nous trouvons une liste de certificats de décès qui s’étalent de l’an 2 à 1812. Voici cette liste :
-Muller Augustin, 27 ans, réfractaire du dépôt de la citadelle à Lille , entré à l'hôpital le 18 janvier 1814, décédé le 12 février 14 de diarrhée
-Milleville Augustin, canonnier au 8° régiment d'artillerie à pied, 19° compagnie, 24 ans , entré le 25 novembre 1811, décédé le 21 février 1812 , suite de fièvre ataxique, hôpital militaire de Middelbourg
-Milleville Jean Baptiste fusilier au régiment de Walcheren, 3° bataillon ,6° compagnie, entré le 5 juin 1811, décédé le 9 juin 1811 à Middelbourg
-Legroux Louis Joseph tué en Espagne en octobre 1811, témoins ses compagnons de combat : Vincent Pollart, tisserand à Ostricourt, Joseph Dutailly, laboureur à Thumeries, Caby laboureur à Templemars
-J B Legroux soldat au 11° bataillon principal du train d'artillerie, enté le 18 mai 1810, décédé le 19 mai 1810 de dysenterie à l'hôpital militaire de Lescar
-Augustin Dufour 29 ans entré le 27 février 1809 à l'hôpital militaire de Bruxelles, décédé le 13 avril 1809 de fièvre adynorique
-Jean André Brodet entré à l'hôpital de Verone le 4 septembre 1809, décédé le 9 septembre de fièvre
-Jean Louis Legroux, 21 ans, entré le 20 mai 1807 à l' hôpital de Lille, décédé le 26 mai de fièvre77
-Romain Plaisant, entré le 24 août 1807 à l'hôpital militaire de Caseura le 24 août 1807, décédé le 26 août de fièvre
-M J Plaisant chasseur, entré le 24 frimaire an IX à l'hôpital militaire de Franciade, décédé le 11 ventose de fièvre
-Hypolite Camus, chasseur, entré le 15 germinal an IX à l'hôpital de Modène et décédé le 12 floréal
-Clément Liétard entré le 18 messidor an II à l'hôpital des sans culotte de Bailleul et décédé le 25 messidor95
2 Le recrutement par conscription.
La véritable conscription date de 1798, sous le directoire. Ses modalités sont déterminées par la loi Jourdan : tous les français de 20 ans sont inscrits ensemble (d’où l’expression « conscrits ») sur des tableaux de recensement et y restent jusqu’à l’âge de 25 ans. Chaque année la loi fixe le nombre de recrues par département et le préfet le répercute par communes. Cela fait habituellement un homme sur 5 et un second gardé en réserve.
Le maire de Thumeries notifie au Sieur Bocquet Eugene, conscrit de la réserve de l’an douze qu’il a été désigné pars le numéro 49… pour faire partie du contingent et qu’il doit se rendre à Lille le 15 frimaire prochain sous peine d’être regardé comme réfractaire96
Celui qui est tiré au sort peut éventuellement acheter les services d’un remplaçant ce qui amène aux armées de plus en plus de jeunes soldats issus des catégories pauvres. Voici un exemple de remplacement négocié devant le notaire de Pont à Marcq :
Par devant nous Joseph Six, notaire impérial, est comparue demoiselle Marie Anne Thibaut, célibataire, majeure, rentière à Wattignies (… au nom de J B Salembier son petit neveu par alliance conscrit de l’année 1809 d’une part et Jean baptiste Pique demeurant à Hasnon lesquels sont convenus de ce qui suit : le dit Pique s’oblige et s’engage volontairement à remplacer le dit Salembier dans le service militaire auquel il est appelé comme conscrit du canton de Seclin n°109… Pour prix de cet engagement la dite demoiselle s’engage à payer 3600 francs (600 fr de suite, 3000 fr à l’expiration des deux ans qui suivront son incorporation »97
Voici aussi, extrait des mêmes archives municipales, le récit d’une conscription, celle de l’an 11
L’an 11 de la république une et indivisible, le 23 vendémiaire, les membres du conseil municipal de Thumeries, après avoir été convoqués par le Maire pour satisfaire à l’arrêté des consuls de la république, étant assemblés dans la maison commune en présence du citoyen ? de la brigade de Lens
et tous les jeunes gens composants les conscrits de l’an 9 et de l’an 10, ces derniers nous ayant demandé le mode à suivre pour désigner tous les conscrits qui devaient faire partie de suite de l’armée, ainsi que ceux qui devraient rester en réserve, la liste générale étant faite, ils ont demandé pour tirer au sort entre eux, ce qui leur a été accordé et qu’ils ont fait..
95 ADN L 4436
96 archives municipales cahier des délibérations de 1790 à 1815
97 ADN J 1801/11 minute de 1808 mais on en trouve chez le même notaire en 1809 …78
Il en a résulté que le tiré au sort s’appelle JB Duthilleul et qu’il porte réclamation parce que son père et sa mère sont pauvres. Le conseil municipal affirme qu’il est « estropié des deux jambes et ne peut donc pas beaucoup marcher. Il doit donc être dispensé.
Il s’agit bien d’une stratégie pour essayer d’échapper à la conscription, et il y en aura d’autres.
3 Les échappatoires.
Jusque 1810 il y avait encore un certain consensus autour de Napoléon surtout de la part des notables qu’il savait flatter. Mais la crise économique provoquée par le blocus continental, la crise religieuse due à ses démêlées avec le pape, les répercussions de ses premiers échecs militaires en Espagne et en Russie rendent Napoléon moins populaire. Les campagnes rechignent de plus en plus à se priver de jeunes bras si bien que naissent des manœuvres d’évitement.
Il y a d’abord les désertions. D’anciens conscrits, partis à 20 ans, reviennent au village vers la trentaine. Ils sont marqués par les efforts, la fatigue, quelquefois les cicatrices. Si bien qu’ils peuvent être là presque incognito et échapper aux poursuites. On trouve à Thumeries des documents de régularisations a posteriori., des « amnisties » comme celle-ci :
Le capitaine commandant la gendarmerie du Nord certifie que le citoyen Piquet Florent, âgé de 31 ans, taille 2 mètres, cheveux chatins, sourcils de même, yeux bleus, front ordinaire, nez pointu, bouche moyenne, menton rond, visage oval (sic) demeurant à Thumeries a été compris dans l’amnistie accordée aux déserteurs par la loi du 24 florial an 10 et qu’il porte sur le n° 867 des amnisties de l’arrondissement de Lille qui ont été autorisés à rentrer dans leur foyer fait à Douai le 26 brumaire an 2
Il en est de même (à part les numéros d’ordre) pour Louis Charles Duquesne, 28 ans, (979) Augustin Clément, 32 ans (912) Danneulin Pierre françois 31 ans (1025) et Bilouet Jean baptiste 30 ans (n°612).
D’autres sont relevés après avoir servi :
Deffontaines Louis Charles, enrôlé volontaire en 1793, ayant fait 8 campagnes, âgé de 27 ans, ayant fait dans les délay (sic) prescrits la déclaration qu’il voulait profiter de l’amnistie accordée aux déserteurs…etc. fait à Bergues le 4 germinal an 11
Enfin on trouve quelques réfractaires dispensés pour divers autres motifs, la pauvreté des parents, des infirmités physiques réelles ou prétendues, ou…même l’épilepsie :
Dispense de service au citoyen Jean Philippe Hugo, conscrit de l’an 9, lequel ‘est épileptique et ayant justifié qu’il en payait pas 50 francs de contribution » 1806.
C Le préfet donne des informations sur la vie quotidienne des nordistes.
En 1802, M Bottin, secrétaire du préfet Dieudonné, a publié une étude remarquable intitulée « statistiques du département du Nord » Les paragraphes qui suivent nous donnent des informations sur la vie quotidienne des nordistes à la fin de la Révolution et sont extraits de cet ouvrage disponible dans quelques bibliothèques et aux archives départementales. Nous en avons déjà parlé en page 35 . Nous le développons davantage ici.
1 Us et coutumes.
a) Le langage
L'habitant du Nord est, nous dit-il, d'une stature au dessus de l'ordinaire. Il parle un français vicié par une mauvaise prononciation.79
M Bottin passe rapidement sur ce que certains nomment le Picard. Il ne l'ignore pas puisqu'il cite par ailleurs la chanson de Gayant :
« Wette in pau, compère, vla jaquo qui dense azvecque s'ssoeur Fillion et cha lé va ché petiot Binbin qui jue au volant tout douchemin. Turlututu, vla grand Gayant tout en faijant des contre-teins " »
b) L'habillement.
Les habitants du Nord, affirme-t-il, aiment le luxe particulièrement dans le vêtement.
« Depuis la Révolution un changement notable s'est fait dans l'habillement des hommes et des femmes de la campagne. Seules les personnes d'un certain âge ont conservé les failles, pièces d'étoffe noire qui recouvrent la tête et les épaules et qui sont fixées par une épingle sur l'estomac. »
Les femmes de nos jours, dit-il, portent un mantelet d'indienne, de toutes couleurs. Le cultivateur porte le sarot de toile bleue, un tablier en forme de jupon qui ceint tout le corps jusqu'aux genoux... Les bas des hommes et des femmes sont aussi de toile bleue. Enfin en période humide il faut y ajouter les sabots.
c) La Nourriture.
Si le costume a évolué la nourriture est à peu près la même qu'avant la Révolution, écrit M le préfet.
A midi et au soir on mange une soupe épaisse aux herbes, au lait, ou à la viande salée... On y ajoute le déjeuner et le goûter, du pain, avec beurre et fromage mous. Dans quelques endroits les repas consistent le matin en une soupe au lait de beurre, à dîner, une soupe au beurre ou à la viande, à goûter des tartines, le soir du pain, du beurre, du fromage et de la salade. A la ville les artisans et journaliers mangent un peu plus de viande de boucherie mais un peu moins de légumes.
Chez les gros fermiers et chez les particuliers aussi, la bière est la boisson ordinaire. Il signale ensuite la longue durée des repas d'invitation comme il les appelle (de 4 à 5 heures) que les gens de la région appellent les " cafés " où l'on sert un ample dessert arrosé de force verres de vin.
d) Le cabaret.
Boulainvilliers a dit des habitants du Nord qu'ils "sont exacts à la messe, au sermon, le tout sans préjudice du cabaret" et c'est vrai que les cabarets sont fréquentés avec assiduité les jours de repos. Il n'est pas rare d'y voir aussi les femmes et les filles sans que cela soit un sujet de discorde pour les ménages.
M Dieudonné déplore cependant l'usage des liqueurs fortes et notamment du genièvre.
"Cette liqueur perfide s'est malheureusement répandue, la fabrication qui était prohibée avant la Révolution comptait, sur la fin de l'an 9, 61 brasseries dans le seul département".98 Rarement on voit ceux qui en font un usage habituel et encore moins ceux qui en abusent atteindre l'âge de 40 ans.
e) Les Jeux.
Les gens du Nord aiment les divertissements. Les jeux les plus usités à la campagne sont ceux de la balle, de quille, de billon,(99 ) le tir à l'arc, à l'arbalète, le tir à l'arme à feu et surtout le tir à l'oiseau.100
98 Le préfet signale d'ailleurs l'existence d'une distillerie à Thumeries Elle était installée à la Cense de la Baverie.
99 Le billon est une quille pointue aux deux extrémités et que l'on cherche à jeter entre deux piquets ou au plus près.
100 d'après la description du jeu il s'agit du tir à l'arc à la perche verticale comme il se pratique encore de nos jours dans les flandres.80
Les enfants et les jeunes filles s'adonnent à la promenade, à la danse, au jeu de quilles, au " toucher 101", aux quatre coins. Les deux sexes apprécient aussi le jeu de volant, surtout dans les rues des villes où il déclenche parait-il de véritables passions.
f) Les fêtes.
Les fêtes principales s'appellent ducasses ou kermesses chez les flamands. La plupart des communes en ont deux : la grande et la petite ducasse. La fête dure trois à cinq jours qui coïncident souvent avec la dédicace de l'église du lieu. Avant la Révolution l'ouverture de la fête se faisait par une procession solennelle et on y voyait derrière le Saint Sacrement diverses représentations de géants, de saints, de diables, de paradis ou d'enfer.
Ce jour là chacun essayait de réunir ses parents ou amis avec le pot au feu, les tartes, les gâteaux, les pâtés et surtout le jambon qui est le met privilégié de cette fête. Il est en permanence sur la table presque toute la journée. On boit la bière à discrétion même chez ceux qui n'en ayant pas en cave sont obligés d'aller la chercher au cabaret.
Le carnaval est une autre fête. Il dure trois jours, les dimanche lundi et mardi gras. Il a lieu surtout en ville où il attire aussi les paysans. On se déguise, on défile et on danse pendant trois jours.
Dieudonné décrit aussi quelques autres fêtes typiques comme celle de Gayant à Douai qui remonte au 15ème siècle.
2 Habitat.
Dans les arrondissements de Lille, Douai et Cambrai les maisons sont en brique avec un soubassement en grès et en pierre blanche.
La pente des toits est généralement plus forte que dans le reste de la France. Les toits se terminent généralement par un pignon surélevé, en forme d'escalier.
Quelques uns construisent en pisé (moins onéreux 102) que la pierre ou la brique. Pour cela on travaille la terre en la battant et l'arrosant, on y ajoute de la paille et du foin haché. On applique ensuite ce torchis sur un lattis cloué entre les colombages. Les toitures sont en paille pour les trois quarts et en tuiles pour le dernier quart.
La maison d'un cultivateur ordinaire se compose de deux pièces au rez de chaussée : une cuisine qui sert à toutes les opérations du ménage et une chambre à coucher légèrement surélevée par rapport à la cuisine. Le fournil servant à cuire le pain est séparé de l'habitation. L'écurie aux chevaux et l'étable à vaches sont presque toujours contiguës à l'habitation. Les domestiques et valets de charrue y couchent. Sous la chambre à coucher se trouve ordinairement la cave ou la cave laiterie.
La maison d'un artisan de campagne est généralement composée des mêmes pièces que celle d'un fermier aisé mais la cuisine sert aussi de boutique.
Quant aux journaliers, plus pauvres, ils n'ont souvent qu'une seule pièce avec quelques fois une étable avec une vache...
3 Le Travail.
Les habitants de Thumeries vivent en majorité d’activités agricoles
a) Labours.
La culture des terres se fait à bras par une foule de petits propriétaires qui n'ont ni chevaux ni charrue. Ils utilisent le louchet. Dans notre secteur on utilise aussi le louchet pour finir les bouts de champs que le fer de la charrue ne peut atteindre.
La deuxième façon de labourer consiste à utiliser une charrue.
Il y a plusieurs types de charrues, la charrue raide et la charrue mobile, les binots raide et mobile et le brabant. Dans notre région on utilise surtout la charrue raide pour labourer et le binot pour déchaumer. Les autres outils les plus utilisés sont la herse triangulaire et le rouleau.
101 ce doit être un jeu du type chat-touché ou pris-pris comme disent les enfants d'aujourd'hui
102 une maison de journalier en pisé est estimée entre 400 et 500f pour 700 à 800 f en briques, une maison d'artisan aisé peut atteindre 2000f en pisé et 4 à 4.500f en briques et tuiles;81
b) La moisson.
Tous les grains se coupent avec le picquet ou la grande faux. Le picquet étant plus pratique pour récupérer les grains et les mettre en gerbes.
Les grains sont ensuite liés en gerbes que l'on réunit en petits tas ou meules de 15 ou 30 gerbes dressées recouvertes d'une 16ème ou 31ème gerbe pour les protéger de la pluie. Les grains séchés sont ensuite mis en grange ou, s'il n'y a pas assez de place, en meules. On les bat ensuite au fléau pendant l'hiver.
Les fermiers déposent leurs grains sur leur grenier immédiatement sous la toiture de chaume qu'ils jugent meilleure que le toit en dur pour la conservation des grains.
Ils placent des semences de houblon, de plantain, du bois de sureau ou même des écrevisses pour éloigner par leur odeur les insectes parasites. Le meilleur traitement reste pourtant un tamisage régulier.
c) La pomme de terre.
Peu connue encore dans la région avant la Révolution, la pomme de terre ne se cultive pas encore dans les champs mais surtout dans les jardins. Le préfet fait remarquer " qu'il est peu de produits cependant dont la salubrité et la comestibilité conviennent mieux à un pays dont la population est si grande "
d) Les ouvriers agricoles.
Il y a des cultivateurs propriétaires et des cultivateurs fermiers. Mais ils emploient aussi eux- mêmes un grand nombre d'employés.
Ce sont d'abord les " valets de charrue " ou " cartons " chargés de l'entretien des chevaux et de tous les travaux qui exigent leur usage. Ils gagnent dit-il 20 à 30 écus.
Ce sont ensuite les garçons de cour chargés de l'entretien du bétail. Ils sont plus jeunes et touchent le 1/3 du salaire des précédents.
Certaines fermes emploient aussi des bergers. Presque toutes ont des servantes de basse cour chargées de la traite des vaches, de la fabrication du beurre et du fromage; (salaire 5 à 8 écus) Enfin on recourt pour certains travaux (moisson, battage...) à des travailleurs saisonniers.
e) Autres Activités.
Il existe néanmoins d'après les statistiques du préfet d'autres activités à Thumeries. Sans parler des débits de boissons (déjà signalés) et des activités proches de l'agriculture (meunerie, maréchalerie,...)
Tordoirs.
Il s'agit de moulins à vent destinés à la fabrication d'huile.
Une Pépinière.
Voici le texte du préfet : " D'autres particuliers tiennent des pépinières plus étendues des mêmes arbres (chênes, ormes, frênes, peupliers et autres bois blancs) qu'ils destinent à la vente. Au nombre de ces derniers on doit distinguer celle du citoyen Coget, cultivateur à Thumeries, fournis d'arbres forestiers du pays et d'arbres rares étrangers. (103)
Une briqueterie.
Il n'y a pas de tuilerie à Thumeries mais on en dénombre trois à Ostricourt (deux en 1789) avec 10 ouvriers chacune et une à Wahagnies. Par contre Bottin signale l'existence d'une briqueterie à Thumeries.
Une distillerie.
On a vu ci-dessus que M Dieudonné déplorait l'usage exagéré de l'alcool dans les populations dont il avait la charge. Il explique par ailleurs que le nombre de distillerie limité avant 1789
103 ll s'agit de Jean Baptiste Coget, arpenteur, premier maire de Thumeries82
s'était multiplié avec la liberté de création. Il en signale une à Thumeries où l'on produit comme ailleurs du genièvre avec des céréales (blé, orge, avoine...) auxquelles on ajoute des baies de genièvre, de l'anis, de la coriandre. Chaque alambic occupe deux hommes payés 0.75 F à 1F50 par jour.
Le préfet se permet enfin un jugement sur les habitants du Nord :
Avec ses usages et ses préjugés l'habitant du Nord sait allier des moeurs douces et pacifiques à une teinte de rudesse qui tient au sol...Certes les sciences et les belles lettres sont moins caressées dans ce département que dans d'autres mais en revanche le génie des habitants y est dirigé vers le commerce et l'industrie. Ils y ont une aptitude étonnante et ils ont su porter à un haut point leur agriculture.
Nous verrons dans notre chapitre 5 combien cette recherche agronomique a porté ses fruits, en particulier à Thumeries, avec l’implantation de l’industrie sucrière.83
Chapitre 5 Thumeries, au 19ème siècle.
I Sous la tutelle des Bourbons et des Orléans (1815-1848).
En 1815, après la défaite de Waterloo, c’est la fin définitive de l’empire napoléonien et la restauration en France de la monarchie, le retour des Bourbons, en la personne de Louis XVIII, le propre frère de Louis XVI. Il n’y a pas vraiment de constitution mais le roi accorde une charte qui fixe les grands principes de fonctionnement des institutions. La charte conserve une disposition de l’Empire : la nomination par les préfets, des maires des communes. Ils continuent donc à être choisis parmi les membres du conseil municipal, élus eux-mêmes par les « plus imposés ».
En 1830 la Révolution de juillet amène au pouvoir une nouvelle dynastie, celle de la famille d’Orléans en la personne de Louis Philippe 1er, roi des Français. Le suffrage reste censitaire avec, il est vrai, un abaissement du cens, mais on garde la nomination des maires par le préfet.
A Les maires sont toujours nommés.
C’est à ce titre qu’en décembre 1815 le préfet désigne Augustin Defretin pour remplacer Michel Devienne. Tous les deux vont procéder ensemble à l’inventaire de la mairie à l’occasion de la passation de pouvoir.
1 Augustin Defretin.
a) Inventaire.
C’est l’occasion de découvrir la mairie en
1815. Il s’agit d’un local fort modeste situé
près de l’église comme le prouve une phrase
qui parle d’une « fenêtre donnant sur le
cimetière. »
D’après le cadastre de 1807(photo ci contre) il
s’agit du bâtiment indiqué par une flèche
Le mobilier, décrit dans l’inventaire, est des
plus simples : une table, un buffet, deux
bancs, six chaises, un poêle, un tison, une
pelle à feu, un cachet, reproduit ci-dessous, un panneau d’affichage, trois urnes et beaucoup de dossiers…
b) Le budget et le personnel municipal.
Les archives municipales conservent aussi les budgets de 1816 et 1817 qui sont presque identiques. Ce sont de petits budgets, très serrés. Les
dépenses ordinaires se situent aux environs de 822 F en ce
qui concerne les dépenses, pour 818 F de recettes prévues.
Il y a surtout deux postes importants que sont les salaires
du desservant (le curé), 200 et du garde champêtre,
260 F. Suivent les indemnités de logement de l’instituteur
(50 F) et le service de la sage femme auprès des indigents
(34 F). Il reste 218 F pour le fonctionnement. 20 F pour
les fêtes quelques francs pour les abonnements, l’achat de
registres d’état civil et finalement 30 F pour les imprévus.
En 1817 le maire nomme un « picqueur ». On désigne84
ainsi un employé chargé de suivre l’entretien des voiries communales. Il nomme à ce poste Louis Marie Couture qui est déjà instituteur, et greffier communal. C’est, en fait, un homme polyvalent, un des rares employés de la commune 104
c) Réquisitions et recensements.
Le maire, désigné par l’état, est vraiment le rouage de l’exécutif. Il établit des tableaux pour la conscription (un thumerisien,105 sera envoyé à la campagne d’Espagne), les tours de convois (liste des propriétaires de chevaux pour effectuer les transports) et divers recensements. Dans un recensement on voit que Thumeries compte 162 ménages, 241 garçons, 208 filles, 2 rentiers, un ecclésiastique.
L’indication suivante est plus intéressante : 197 personnes savent lire (soit 1/3 de la population environ)
On recense aussi le bétail : 49 chevaux, 14 taureaux, 250 vaches, 130 moutons, 10 chèvres, 60 ruches…
Enfin parmi les métiers recensés , signalons la présence de 25 domestiques, 5 charpentiers, 2 carrons, 1 boulanger, 3 tailleurs, 2 cordonniers, 2 maréchaux, et un « mécatien » (sic)
En 1818, Augustin Defretin est remplacé par Alexandre Coget. Mais c’est sans doute en hommage à Augustin, ou à son Père Michel, ou aux deux, qu’une rue importante de Thumeries portera quelques années plus tard le nom de rue Defretin.106
2 Alexandre Coget.
Le maire, désigné par le préfet en 1818 est Alexandre Coget. Qui est-il ?
a) Un expert agronome.
Alexandre Coget est ni plus ni moins que le deuxième des trois garçons survivants de Jean Baptiste Coget, l’arpenteur, le premier maire. L’aîné, Joseph, est cultivateur, installé à Lorgies dans le Pas de Calais et Alexandre gère la ferme et la pépinière fondées par leur père. Sur ce plan sommaire de 1810 on voit la première ferme
Coget à l’emplacement de l’usine actuelle.
Issu de l’agriculture Alexandre devient
rapidement un notable local, Il rachète le château
blanc à la veuve Colle en 1819. Il aura la
confiance du préfet puisqu’il sera non seulement
maire mais aussi conseiller général et député. Par
la suite avec son frère et ses neveux, il deviendra
un véritable industriel.
En 1820, il reçoit de la chambre d’agriculture un
prix d’agronomie qui le classe comme « expert ».
b) Un homme politique reconnu.
Maire, désigné par le préfet, il est apprécié de ce dernier. De nombreux courriers en font foi. Monsieur le préfet, M de Mornay, lui écrit en 1821 pour lui demander son avis sur les maires ou adjoints des environs.
104 ADN O 590/1
105 Jean Baptiste Dhainaut, né le 5 germinal an 7
106 Le nom de rue Defretin (actuelle rue Léon Blum) apparaît de manière sûre dans le recensement de 184685
« Monsieur, le renouvellement quinquennal des maires et adjoints devant avoir lieu cette année je m’en occupe conformément aux ordres du gouvernement mais vous sentirez que je ne connais pas assez parfaitement les hommes qui exercent maintenant ces fonctions pour décider s’ils doivent rester ou être remplacés. Avant de prendre une détermination je préfère consulter des hommes qui, comme vous, Monsieur, avez mérité ma confiance et placé plus près des lieux vous êtes à même de me donner des renseignements à cet égard.
Les maires et adjoints qui par leur zèle, leur bonne conduite, leur exactitude à faire exécuter les lois ont justifié la confiance du gouvernement doivent être conservés.
Et ceux que leur insouciance, leur défaut d’aptitude et de lumière, leur opposition aux vues du Roi n’ont pas répondu à cette confiance doivent être remerciés.
Je vous prierai aussi de ne pas oublier que si dans quelque commune vous avez des doutes à l’égard de la conservation du maire et des adjoints il faudrait vous déterminer en faveur du remplacement si je trouve sur les lieux des hommes plus instruits, plus zélés et en un mot plus capables d’exercer les fonctions à la satisfaction du gouvernement. Les communes sur lesquelles j’ai l’honneur de vous prier d’étendre vos réactions et vos renseignements sont toutes celles du canton de Pont à Marcq. Je vous serai obligé de faire attention aux notes que je place au bas de cette lettre, elles contiennent mon opinion sur quelques maires. Agréez, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.
Et en note de bas de page:
À Pont à Marcq, le maire est bien incapable, examinez s’il ne serait pas possible de trouver quelqu’un plus capable. À Attiches, l’adjoint parait se plaindre de l’incapacité du maire et il demande que le Sr Lorrain, avocat, soit chargé de cette fonction.
c) Manque de documentation.
Il est à déplorer que le cahier des délibérations municipales qui va de 1817 à 1854 ait disparu. Nous n’avons donc que des bribes d’informations ou de délibérations quand elles ont été jointes à des dossiers et de ce fait sont conservées aux archives départementales. C’est d’autant plus regrettable que c’est la période où les frères Coget, Alexandre, le maire, et son frère, précédemment fermier à Lorgies, puis négociant à Lille, revenu à Thumeries en 1819 ou 1820 107vont créer dans leur ferme une nouvelle activité, la production de sucre de betterave et devenir progressivement des sucriers, de véritables industriels. Les origines de la sucrerie sont floues. Qui a lancé l’activité ? Est-ce Alexandre ? Est-ce Joseph ? Quel est le rôle de chacun des deux frères?. Quelle est la date précise de la fondation ?
Ce dont on est sûr c’est qu’au recensement de 1836 Alexandre habite au château (on le dit « propriétaire » et Joseph, son neveu (qui porte le même prénom que son père) est noté comme « sucrier » et il vit rue Defretin avec Joséphine, sa sœur, son frère Henri, et une cousine Elisa Desurmont,108 La maison héberge aussi une demoiselle de confiance, deux domestiques et deux servantes. (Ce sont là déjà les signes d’une certaine aisance).
107 D’après un relevé des changements de propriété archives municipales le château de la veuve Colle passe à Coget Alexandre en 1819 et en 1820 Coget Joseph cultivateur et fabricant de genièvre acquiert une propriété d’Alexandre son frère 108 Elisa épousera en 1836 à Thumeries Alexandre Coget son cousin, fils de Joseph, fabricant de sucre à Marquillies.86
Alexandre Coget fut maire pendant 26 ans, de 1818 à sa mort. A son actif on peut mettre la réalisation de grands travaux comme la construction d’une nouvelle église, d’un nouveau presbytère et probablement d’une nouvelle école publique.
Nous parlerons de ces réalisations ci après.
Voici un petit organigramme de la famille Coget, utile pour bien distinguer les générations étant donné le retour fréquent des mêmes prénoms, Jean Baptiste et Joseph notamment.
3 Auguste Houzé.
Alexandre Coget est resté maire jusqu’à la fin de sa vie. Son dernier acte d’état civil date du 3 juin 1844. Ensuite il tombe malade et c’est son adjoint, Auguste Houzé qui le supplée pendant sa brève maladie. . Alexandre meurt le 2 juillet 1844.
Pendant plus de deux ans, son adjoint, signera les actes d’état civil avec la mention « adjoint faisant office de maire ». Il semblerait que le préfet ait reporté longtemps la nomination officielle d’Auguste Houzé, cela jusqu’en novembre 1846.
Ses relations avec le curé Gadenne ne sont pas très amènes et les archives conservent quelques courriers adressés au préfet pour obtenir le déplacement du « desservant » comme on nomme le curé.87
« Je crois qu’il est de mon devoir de vous instruire, que tous les habitants de cette commune se plaignent des exigences de Monsieur le curé et des principes subversifs de tout ordre social qu’il professe et enseigne du haut de la chaire. J’ai même reçu à cet égard une plainte de plusieurs personnes notables de la commune dans laquelle elles rapportent les principes et paroles prononcés par Mr le desservant et demandent que de concert vous preniez des mesures pour faire cesser le mal déjà trop enraciné…
Je n’ai pas cru convenable, Monsieur le préfet, de vous adresser cette plainte mais je vous assure que la commune verrait avec le plus grand plaisir le changement de desservant, dans l’intérêt de l’administration communale mais aussi de la religion car les habitants s’éloignent chaque jour de l’église et plusieurs familles préfèrent aller dans les églises voisines pour entendre la messe…109
La lettre se termine en faisant allusion au curé, à son caractère ardent, à un zèle inconsidéré « à l’esprit de domination qui le dirige… »
Bref, on sent qu’il y a une forte rivalité entre les deux hommes. Une lettre confidentielle du doyen à l’évêque précise ce problème de caractère et surtout la raison de l’emportement du curé. La commune, endettée par la construction de l’église, traîne à lui construire un nouveau presbytère qu’il attend impatiemment.
Monseigneur, je me vois obligé d’appeler votre attention sur des dissentiments assez graves qui se produisent dans la commune de Thumeries entre Mr le desservant et l’autorité municipale Leurs relations qui n’ont jamais été bien bonnes deviennent de plus en plus difficiles et provoquent de part et d’autres des récriminations pleines d’aigreur. Mr le desservant qui est, il parait, d’un caractère ardent, a été vivement choqué du refus qui a été fait par le conseil municipal de lui construire un presbytère. La gêne qu’il a pu en éprouver a sans doute augmenté son mécontentement. Le conseil municipal de son côté s’est plaint des exigences de Mr le desservant en présence surtout de la situation financière de la commune qui se trouve obérée. Mr le desservant n’a pas laissé échapper l’occasion de se plaindre publiquement de la conduite de la commune à son égard et l’a fait avec amertume. Le conseil municipal, par représailles, a persisté dans ses dispositions. Quelques soient les torts réciproques la vivacité de Mr le desservant lui est nuisible à lui-même.
Je crois que les chose ne seraient pas arrivées à ce point si ce dernier avec un esprit plus calme et avec moins d’ardeur à réclamer ce qu’il regarde comme un droit avait usé, avec le conseil municipal, de voies douces et conciliantes qui seules peuvent écarter des obstacles de la nature de ceux qui s’opposaient à ce que les prétentions de Mr le curé fussent accueillies facilement. Je crains que Mr le desservant soit peu disposé à suivre cette marche prudente mais je crois cependant que vos avis, Monseigneur, pourraient le rapprocher de cette ligne de conduite et faciliteraient son maintien à Thumeries sans grand dommage pour les intérêts si dignement confiés à votre sollicitude.
Veuillez agréer etc.… suit une signature illisible lettre datée de Lille le 1er sept 1844 (l’auteur est sans doute le doyen, un intermédiaire hiérarchique)
La petite guerre est déclenchée et va se poursuivre. Le maire reproche au curé d’avoir donné à l’église de Flers un tableau qui appartenait à l’église de Thumeries sans en référer à la Municipalité, décision prise en l’absence du Maire, lors d’un conseil de fabrique de juillet 1844, juste après la mort d’Alexandre Coget.
Ici encore on accuse le caractère du curé. Renseignements pris il avait sans doute raison sur le fond comme le prouve sa lettre :
109 ADN 2 V 10188
Lors du projet de l’église ayant fait la connaissance de Mr Lenglart il me demanda si je désirais un tableau me priant de lui donner les proportions de l’église qui devait n’avoir qu’une seule nef. Il se mit alors à travailler une descente de croix de grande dimension.
Mais l’église ayant ensuite subi un changement considérable dans les plans, au lieu d’une seule nef de 12 mètres de largeur elle en reçut trois.
Dès lors le tableau fut disproportionné avec l’église. J’ai fait part de cet inconvénient à M Lenglart mais sur son insistance j’ai du l’accepter comme objet d’attente pour une pose provisoire. M Lenglart aurait donné à la commune et non à l’église ce dont je ne me serai jamais douté car depuis 6 ans que je le connais il ne m’a jamais parlé de l’autorité municipale Une fois posé dans l’église, tous reconnurent qu’il y était déplacé, qu’il ôtait à l’église sa beauté qu’il fallait l’enlever. M Alexandre Coget maire de Thumeries lui- même et plusieurs de ces messieurs me prièrent de le faire disparaître ajoutant qu’ils allaient faire une demande au ministère pour en obtenir un plus en harmonie avec le style de l’église et ses proportions.
Il y a 18 mois, étant à Paris, j’appris du ministre que je devais rapidement recevoir le tableau demandé par le maire actuel de Thumeries. Je visitais plusieurs églises et je trouvais celle de Flers qui me parut celle qui était la plus convenable…le tableau fut donc transféré à Flers en vertu d’une délibération du conseil de fabrique du 7 juillet 44
20 décembre 1845 Gadenne110
Finalement M Gadenne fut nommé à Râches et Mr Houzé put librement gérer sa commune jusqu’à la révolution de 1848.
B Naissance à Thumeries de l’industrie sucrière.
1/ la recherche du sucre.
a) Aux temps anciens.
Depuis l’Antiquité les hommes ont cherché dans la nature des aliments sucrés ou sucrants. Ils les trouvaient surtout dans le miel des abeilles mais aussi dans les sèves de quelques plantes ou dans certains fruits comme les raisins, les dattes, les figues. La canne à sucre, déjà connue des chinois, avait surpris Alexandre le Grand qui vantait « le roseau qui donne du miel sans le secours des abeilles. » Ce fut une denrée rare avant que les Portugais et les Espagnols ne l’importent dans le nouveau monde.
b) Le sucre extrait de la betterave.
Depuis 1575 on sait par les travaux d’Olivier de Serres qu’on peut extraire un jus sucré de la betterave. L’allemand Margraff poursuit cette piste et parvient à extraire du sucre sous forme solide. Ses travaux, suivis par un français émigré en Prusse, Achard, sont relatés dans le journal « Le Moniteur ». Mais le prix de revient de ce sucre est prohibitif à la fin du 18ème siècle. Ce sont les conflits militaires entre la France révolutionnaire et l’Angleterre et surtout, après 1808, le blocus continental imposé par Napoléon, qui vont perturber l’approvisionnement de l’Europe en sucre de canne et inciter les chercheurs à perfectionner la fabrication de « sucre indigène », à partir du raisin, des fruits, de la betterave, et à multiplier les ruches… (On passe de 25000 tonnes en 1807 à seulement 2000 tonnes en 1808.) Du coup, l’idée de produire du sucre de fruits ou du sucre de betterave devient séduisante et l’Empire soutient les projets par l’exemption totale de taxes et d’impôts et par la création de 5 écoles de chimie sucrière dont une sise à Douai. L’épuration chimique du sucre de betterave
110 ADN 4 V 4689
est réalisée enfin par Benjamin Delessert en janvier 1812 à Passy, près de Paris, mais aussi dans le Nord.
c) Des recherches performantes dans le nord.
Dans le Nord, les premières recherches commencent en 1809.En 1810 M Thierry, employé de la préfecture fabrique de la cassonade en partant de la betterave. En 1811 M Drapier, pharmacien à Lille, présente un pain de sucre.111 Mais les recherches les plus poussées sont menées par un jeune de 20 ans, Crespel, associé à Parsy et bientôt soutenu par son beau-frère, Dellisse. Dès 1810 ils remettent leurs premiers échantillons à la veuve Colle qui possède une raffinerie de sucre sur la place de Lille.112 Mais leurs travaux ne sont pas connus du gouvernement.
Le 25 mars 1811 parait un décret impérial qui décide d’implanter 32.000 hectares de culture de betteraves susceptibles de fournir les 15 millions de kilos de sucre dont la France a besoin.113 Le ministre de l’intérieur, le célèbre Chaptal, envoie à Lille Charles Derosne pour fonder une usine gouvernementale. Pendant ce temps un autre chercheur, Barruel, est en charge de l’école de Douai, 12 élèves en 1811, 33 l’année suivante. Mais il ne s’investit pas suffisamment et cette école ne fonctionnera que deux ans. Par contre, en 1813 tout marche bien pour Crespel (plusieurs usines).
Après la chute de Napoléon, le blocus est levé, le sucre de canne revient et la plupart des usines de sucre de betteraves disparaissent. Crespel pourtant persiste et perfectionne ses procédés. En 1824 son établissement d’Arras produit 100 tonnes, 380 tonnes en 1826.
2/ l’implication des Coget dans la sucrerie.
On a déjà vu que Jean Baptiste Coget, le
premier maire avait fondé en l’an X une
ferme modèle. Il y avait installé une
pépinière réputée. A sa mort, en 1808, il
possédait treize ou quatorze hectares de
pépinières à Marchiennes et à Thumeries
avec dit-on 300 espèces d'arbres114 Un
de ses fils, Alexandre, partage la même
passion. Pour l’agronomie. Nul doute
qu’il a dû s’intéresser de prés aux
travaux de Crespel. Son frère Joseph,
précédemment agriculteur à Lorgies
(PdC) puis négociant à Lille, est revenu
à Thumeries en 1820. C’est sans doute à
deux qu’ils ont fondé en annexe à la ferme et à la pépinière une petite fabrication de sucre de betterave.
On ignore la date exacte de la fondation: un tableau conservé aux ADN datant de 1828 énumère les sucreries répertoriées dans le Nord, cette année-là, Avesnes, Cambrai, Valenciennes, Famars, Bouchain, Dorignies, Villers au tertre, Monchecourt, Dunkerque et Lille. Pas de traces de Thumeries.!115
Par contre une lettre du préfet (hélas non datée) n’en cite que 7 en activité et trois en construction. Thumeries fait partie des 7 premières : Cafler à Dorignies, Houdart à Villers au tertre, Cogez à Thumeries, Fremicourt à Crévecoeur près de Cambray, Béthune à Bouchain, Lelièvre à Famars près de Valencienne, Degravier à Steene près de Bergues. C’est pourquoi la société Béghin a longtemps affirmé que la fondation remontait à 1821.
111 cf. Monique Mestayer dans les amis de Douai septembre 1962
112 La veuve Colle est justement propriétaire du château blanc de Thumeries, propriété acquise par son mari en l’an III après la vente de M de Carondelet
113 ADN M 581/ 44.
114 Notices biographiques tome IX page 129 ADN
115 ADN M 581/5190
Le troisième frère survivant, Jean Baptiste Joseph, né en 1777, installé à Phalempin sera lui aussi sucrier et lui aussi, maire de son village. Ils décéderont successivement : Joseph en 1827, Alexandre en 1844, et Jean Baptiste en 1846. L’affaire passera à la génération suivante, celle de Joseph, fils de Joseph, né en 1806, à Lorgies et d’Henri Coget, son frère, né en 1818 à Lille.
En 1836 le recensement de la population de Thumeries fait état, dans une maison de la rue Defretin, de Joseph Coget, « fabricant de sucre », vivant avec sa sœur Joséphine, son frère Henri et plusieurs domestiques.
3 De la pépinière à la sucrerie.
En 1829 les frères Coget signent des accords avec d’autres fermiers pour la livraison de betteraves produites en dehors des 37.5 hectares de leur propre ferme.
En 1836 ils achètent leur première machine à vapeur (8 CV) On remplace ainsi la traction animale utilisée pour écraser les racines. La vapeur facilitera ensuite la « diffusion. » La production passe de 121 tonnes de sucre par an en 1842 à 137 en 1843 et 141 tonnes en 1845 à partir de 35 000 tonnes de betteraves.
La production emploie 153 personnes dont 100 saisonniers pour la culture et 53 permanents pour la fabrication. On connaît les salaires du contremaître (600 F/an), d’un ouvrier (1.25 F /jour), d’une femme (0.75 F /jour) ou d’un enfant (0.70 F) L’entreprise emploie à ce moment 7 femmes et 9 enfants.
Les frères Coget deviennent rapidement les personnalités les plus riches de Thumeries comme l’atteste la liste des dix personnes les plus imposées au titre des impôts directs en 1855 116 dont nous extrayons les cinq premiers (l’impôt des frères Coget est quatre fois plus élevé que celui des suivants) :
Coget Joseph et Henri 1175,18 F
Vanderstraeten 333,63 F
Vallois Coget 205,95 F
Lenglart Louis 204,62 F
Houzé Auguste 171,29 F
Signalons enfin deux circonstances favorables à cette époque : l’extension à partir de 1850 du bassin minier tout proche (il sera plus facile de se procurer de l’énergie) et en 1856 la mise au point par Vilmorin d’une nouvelle variété de semence de betterave,de meilleure teneur en sucre.
C les grands chantiers de la 1ère partie du 19ème siècle.
Les trois chantiers qui suivent ont été initiés par Alexandre Coget. Il a seulement réalisé le premier (l’église). Disparu en 1844 il n’a pas pu achever lui-même les deux autres.
1 L’Eglise.
a) L’édifice avant 1840.
Nous avons déjà évoqué, au chapitre 3, l’aquarelle du duc de Croye qui nous donnait une vue de Thumeries et donc de l’église au début du 17ème siècle.
De l'église on voit nettement la tour, construite apparemment en pierre avec une flèche à quatre pans, de chaque côté du clocher une nef. Des arbres cachent le reste de l'édifice et ne permettent pas de faire la distinction avec les maisons avoisinantes.
116 ADN O 590/101 à propos d’un emprunt pour payer le presbytère91
On sait également qu’on y enterrait facilement au 18ème siècle, directement dans l’édifice, les nobles, certains curés et même certains
membres de leur famille. C’est ainsi
que l’on conserve encore dans l’édifice
actuel quelques pierres tombales de
cette époque. Ces pierres ont été
regroupées dans une chapelle à la
reconstruction de 1840.
Elles évoquent :
1.Simon Tourtois, 8 octobre 1723, 63
ans et Marie Françoise Bataille 1700
(leur présence ici est inexpliquée)
2. plaque dont l'inscription est effacée
(peut être s'agit-il de Gilbert Toussois
enterré dans l'église le 7 janvier 1742
quelques jours avant Isabelle de
Carondelet (117)
3. François Marie d'Esclaibes, 4° fils, année 1723.
4. François Augustin d'Esclaibes, leur dernier fils, 1727.
5.Ferry Nicolas d'Esclaibes, escuyer, seigneur d'Amervalle, 8 septembre 1729, ci-dessus. 6.Isabelle de Bousies de Carondelet, 1742, décédée à 24 ans probablement suite de couches. 7. Jean François de Carondelet, leur bien-aimé fils, baptisé le 19 janvier, jour du décès de sa mère et décédé quelques jours plus tard.
A partir de cette date on pourrait se demander ce qui a justifié l'enterrement dans l'église de certaines personnes plutôt que dans le
cimetière attenant à l'édifice.
8. Anne Thérèse Legrain, épouse Favier,
décédée le 7 novembre 1752, à 79 ans,
Marie Angélique Favier, sa fille, décédée le
27 février 1758 à 60 ans,et Marie joseph
Willemot, leur cousine, décédée le 13
septembre 1756 à 27 ans.
L'état civil nous révèle qu'elles
habitaient« chez le curé », Mr Favier, leur
frère et oncle... (Il s'agit donc d'un privilège
lié au statut du chapelain).
9.Joseph Favier, lieutenant, 17 janvier 1763,
77 ans, Marguerite Charlotte Favier 30 mars
1766, 75 ans, Jean François Favier, 28
octobre 1769, 83 ans, Marie claire Monique Favier.
10. enfin, un peu dissimulée par les fonds baptismaux, la plaque du curé, Simon François Favier, né à Thumeries et curé du même lieu et de Wahagnies.
11. plaque effacée (il s'agit d'un autre prêtre)
12. Marie Agnès Coingnet, 27 janvier 79, 37 ans qui était la servante du curé.
les registres paroissiaux font état, en 1746, du décès à Douai de dame Adrienne Robertine d’Esclaibes, baronne douairière de Potelle, dame du château et de la mairie de Thumeries veuve de messire Nicolas de Carondelet, décès survenu le 29 août à 78 ans. Elle sera inhumée dans la chapelle st André dans cette paroisse
De même en 1763, Jacquerye senior, fils de messire Josse Joseph, chevalier, conseiller du parlement de Flandres et de dame Jeanne Petronille Albertine Lebrun, âgé de 5 ans et 8 mois inhumé dans la chapelle de la vierge.
En 1774, c’est le tour de Messire Josse Joseph Jacquerye, inhumé en présence de son fils, chanoine de Seclin, dans l’église.
117 (D’après les registres paroissiaux)92
On n’a pas conservé ces trois pierres mais on peut déduire de ce qui précède que l’église devait être modeste, sans doute en terre battue et qu’elle avait deux chapelles dont une dédiée à Saint André, patron de cette paroisse, et l’autre à Notre Dame.
Nous avons vu, au chapitre 4, ce qui est arrivé à l’édifice durant la Révolution (substitution de cloches, fermeture temporaire, projet d’atelier de salpêtre, inventaire et vente du mobilier.) L’édifice a dû souffrir durant cette période.
Le 20 juillet 1817, Alexandre Coget, tout nouveau maire de Thumeries écrit à Mr le comte de Rémurat, préfet du Nord :
"Il est urgent de faire des réparations aux clochet (sic) et à l'église de notre commune"(118)
Il revient à la charge le 2 mars 1818 et cette fois la lettre lui est retournée avec une annotation réclamant de "produire les comptes de la fabrique", c'est-à-dire de la paroisse. (7 mars) Les archives départementales conservent un devis qui nous indique l'état des lieux et les travaux envisagés :
"Flèche du clocher à recouvrir à neuf en ardoises, toit de l'église du côté du midi à remanier et relever en se servant des pannes qui existent tant sur le toit que dans le grenier
Partie inférieure de couvertures au-dessus de la nef du midi à rehausser en se servant des mêmes bois et des mêmes pannes, toit de l'église du côté du nord à remanier et rehausser, toit du choeur aussi à remanier, mur de la nef du côté du midi à rehausser en briques, murs extérieurs à rejointoyer, etc...
Un bordereau estimatif des travaux donne les prix de ces travaux et estime le travail à six journées d'ouvrier à 1 F50 la journée !
couverture d'ardoises neuves 477,75 F
remariage de couverture 182,20 F
remariage de tuiles sur vieilles lattes 387,88 F
maçonnerie 331,20 F
enduits et plâtrage 240,60 F
bois de chêne 62,40 F
lattes 13,50 F
L'adjudication des travaux est attribuée le 23 juin 1819 à Louis Carpentier, maçon à Mons en Pévèle pour 1975 F. Les travaux sont effectués comme l'atteste la lettre de réception des travaux datée du 1er septembre 1820 et signée du maire Mr A Coget et de Philippe Joseph Delestré, arpenteur -vérifieur des eaux et- forêts.(119).
b) le projet Colbrant et ses corrections.
Malgré ces travaux de restauration on envisage rapidement
la construction d'une nouvelle église sans doute à
l'initiative de l'abbé Gadenne, nommé curé de Thumeries
en 1837.
Les plans ci-joints, établis en 1839 par l'architecte Colbrant
de Lille montrent à l'évidence, surtout avec le portique grec
de façade, le retour du néo-classicisme dans la mode locale.
Une autre curiosité à laquelle Mr Colbrant semble tenir est
une espèce de jubé120 qu'il dessine en transparence sur ses
plans.
118 Archives départementales O 590/23
119 Archives départementales O 590 2493
Cependant la commission départementale du bâtiment, maîtresse des subventions, critique le projet :
"Isoler le choeur risque de lui donner non de la majesté mais de le rendre trop petit"
Elle souhaite aussi que la sacristie soit placée au fond du chœur et non sur le côté comme sur le plan. L'architecte fait une sorte de compromis: abandon du jubé mais statut quo pour la sacristie, prétextant que l'espace est trop restreint et sert de passage.(121)
L'adjudication des travaux se fait le 25 mars 1840 à Lille. Il y eut sept soumissions par les entreprises Bigot à Orchies (19.047 F), Bernard à Phalempin (19.047 F), Béghin à Wazemmes (19.047 F), Desnez à Pont à Marcq, Béghin à Lille (18.824 F), Ramon à Houplines 18.856 F) et Clabaux à Raches.
C'est cette dernière qui obtient finalement le marché pour 18.675 F.
Le devis détaillé prévoit :
la fouille des terres et la démolition de
l'ancienne église, maçonnerie et
fondations, et leur transport à environ 30
mètres selon les indications de
l'architecte.
de nouvelles fondations en chaux de Tournay pour 1/2, de sable de Phalempin pour 1/4 et de débris de démolition pour 1/4
la maçonnerie de fondations en briques soufflées de premier choix (21 mètres de clocher et 71 mètres de murs)
le reste de la maçonnerie en briques de pays, maçonnerie des frontons et chapiteaux en pierre d'Hordain sculptée,
charpentes en bois d'orme,couverture en ardoises, plafond blanc à la chaux, pavage en marbre blanc et noir dans le choeur et en béton pour le reste,
châssis des fenêtres en bois de chêne, etc. , etc...
120 Le jubé est une tribune transversale qui sépare le chœur de la nef dans certaines églises.
121 Lettre du 1er février 184094
c)95
La réalisation finale.
Dès 1841, l'essentiel des travaux est accompli, comme le témoigne la lettre du maire au préfet :
" Tous les travaux exécutés en 1840 comprennent la maçonnerie de l'église, du clocher, à la réserve d'environ six mètres dans la partie la plus élevée, les croisées aussi été (sic) placées en 1840. Aussi le vaisseau de l'église a été terminé la première année et au mois de novembre, Mr le curé y a officié et continue de le faire "
Les archives renferment ensuite divers documents concernant le financement des travaux, (par exemple, une autorisation d'abattre des frênes poussant dans le cimetière pour en vendre le bois au profit de la construction) les demandes et accords de subventions diverses. En date du 15 août 1844 apparaît un récapitulatif des frais :
PRIX DE LA CONSTRUCTION DE L'ÉGLISE 23.459.27 F dépenses de mobilier 6.500,00 F TOTAL 29.959.27 F
Pour payer cette somme, on a reçu:
souscription des habitants 4.000 F vente de la vieille église 2.620 F vente d'une pièce de terre attenant à l'église 1200 F conseil général 3.000 F de Mr le Ministre Vivien 600 F de Mr le ministre Martin 6.000 F de la préfecture 1.300 F du budget additionnel (commune) 300 F Sur laquelle somme de 19.020 F, Mr le Curé (Gadenne) réclame les 2.000 F à recevoir cette année de Mr le Ministre des cultes, étant donné qu'il a avancé l'argent nécessaire à l'entrepreneur !(122)
Le déficit est donc de 10.939,37F, déficit que Mr le Curé, aidé de ses amis, a bien voulu combler sans compter les 400 F qu'il a souscrits avec les habitants de Thumeries.
Total pour Mr le Curé : 11.329,27 F
On obtient finalement ce qui est décrit dans une réponse à l'enquête faite par l'évêché de Cambrai:(123)
U ne église bâtie en 1840 , longueur 28 mètres, largeur 12 mètres, choeur en hémicycle, sans chapelle, construite en briques et pierres d’ordain, avec une façade en pierre blanche et 8 colonnes en 2 rangées, colonnes d'une pièce provenant des carrières de Soignies surmontées d'un chapiteau dorique. Les fenêtres sont modernes et cintrées, les vitres en verre blanc. Les stalles de l’ancienne église sont conservées et servent. Il n’y a pas de chaire mais nous désirons en poser une. L’entrée est une porte cintrée surmontée d’un frontispice dorique.
Ce qui est finalement le plus étonnant c'est que la réalisation ne corresponde pas aux plans (il y a 3 nefs alors qu’on en prévoyait une seule plus large) 124et que les archives ne gardent pas de traces des raisons de ce changement, ni même des nouveaux plans. Peut-être faut-il
122 "D’après un arrangement fait avec Mr Coget, décédé" (lettre du 27 janvier 1845
123 Archives départementales 1 T 253/17 entre 1841 et 1844 allusion au château de M Coget décédé en 1844
124 Ce changement de plans entraîne indirectement la question du tableau que nous évoquions plus haut96
voir là l'influence de la forte personnalité du curé Gadenne. C'est du moins l'hypothèse des auteurs de "églises de la Pévèle française".125
L’église est bénie le mardi 27 octobre 1840 par le grand doyen de Saint Etienne à Lille.
C’est le curé Gadenne qui prend possession de l’édifice et qui bénit sa nouvelle cloche :
J’ai été bénite le 15 octobre 1843 par Mr Charles Gadenne, curé de Thumeries et fondateur de l’église construite en 1840. Les saints noms de Marie Andrée m’ont été donnés par M Henri Clayes de Seclin et Madame Carlier, née Henriette Mailly, de Lille. Je pèse 280 kilos.126
2 Le presbytère.
a) Vétusté après la Révolution.
Le presbytère issu de la Révolution est considéré comme vétuste. En 1809 un ouragan a dévasté trois bâtiments proches, l’église, le presbytère et la mairie. Bien qu’on ne puisse pas faire le détail pour chacun, le devis de Louis Carpentier pour en réparer les dégâts se monte à 148 francs pour tuiles, clous, chaux et 22 journées de couvreur. Puis en 1812, Michel Devienne, maire de Thumeries, procède à une adjudication de travaux de réparations. Cette adjudication a lieu après un affichage dans les communes voisines. Le devis initial était évalué à 2.000 F. Après 13 rabais successifs c’est le sieur Théodore Bernard qui remporte l’adjudication.127
Le devis prévoit de retirer les toitures en tuiles, de remplacer les lattes défectueuses et les tuiles manquantes ou défectueuses, de replacer les autres. Il faut aussi créer un appentis, recrépir, refaire les plafonds des deux appartements du côté du cimetière, percer une fenêtre du côté de l’église et reboucher l’ancienne. Il faut aussi remplacer une porte cochère tombée en ruines.
Rien de bien exceptionnel. Le devis ne prévoit que six journées de maçon.
En 1822 le budget de la fabrique (paroisse) consacrera 30 F sur 142 F, soit 21%, du budget, à de nouvelles réparations au presbytère 128
Le bâtiment reste vétuste et M Alexandre Coget envisage finalement une reconstruction en même temps que la construction de l’église.
En 1840, le 8 mai, il demande un crédit de 80 F pour construire un aqueduc au presbytère et propose de le financer en vendant 5 frênes abattus 129sur le cimetière le 27 mars. Ensuite, en 1844, il sollicite l’accord préfectoral pour reconstruire le presbytère après démolition et estimation du précédent à 1.050 F 130
NB (Joint à cette demande l’état des contribuables les plus imposés en 1844: Coget Henri 384F, Vandestraeten-Coget (Lille) 296 F; Béghin-Coget (Fâches) 63 F et aussi l’état de la paroisse :( superficie 702 ha, 86 ares, 44 ca, population : 793 catholiques, aucun non catholique)
b) Un projet de l’architecte Colbrant.
Il confie donc la réalisation au même architecte que pour l’église. Nous n’avons pas les plans. L’architecte avait estimé les travaux à 7.744 F. Le projet prévoyait éventuellement la récupération de certains matériaux de l’ancienne maison et la revente du reste. Le maire (Houzé) estime pouvoir économiser 1.500 F. Dans une lettre du 10 juin 1845 131 il envisage ainsi le financement : 2.500 F d’emprunts à couvrir par l’impôt, 1.000 F promis par le ministère du culte et 1.200 F promis à son prédécesseur par le curé Gadenne. Il espère un
125 Les églises de la Pévèle française éditions Mardaga 1990
126 ADN 1 T 253/17 fondeur Caullier Roussel à Lille
127 ADN O 590/30
128 ADN 5 V 369
129 ADN O 590 /115
130 ADN O 590/95 et 1T253/17
131 ADN O 590/3197
rabais de 1.000 F lors de l’adjudication… Il espère enfin que le préfet comblera la différence, « étant donné les efforts déjà consentis pour la construction de l’église. » Ce montage financier va être malmené en particulier par le refus de M Gadenne de donner le moindre sou. On a déjà vu, ci-dessus, à propos du tableau, que leurs relations n’étaient pas très courtoises. M Gadenne ne s’en cache pas d’ailleurs :
« Je suis convaincu que, sans le décès de Monsieur Coget, cette affaire aurait été menée à bien. Il n’en n’a pas été ainsi. On a modifié les plans, on s’est refusé aux garanties que je demandais »132
L’adjudication a lieu le 24 septembre 1845. Les travaux sont attribués à l’entrepreneur Desruque de Seclin pour le prix de 5.950 F.
c) Des problèmes financiers.
Les problèmes de financement vont venir, d’après le Maire, de la défaillance du curé qui avait promis 1.200 F. Celui-ci avait voulu s’opposer à l’adjudication mais ses courriers ne sont pas arrivés à temps ou on n’a pas voulu tenir compte de son avis.
Il ne voulait pas d’ajout (et il semblerait qu’on ait voulu ajouter un abri pour le corbillard et la pompe à incendie), et il voulait aussi qu’on le loge provisoirement à la place de l’instituteur. Voici de larges extraits de la lettre du Maire : 7 octobre 1845
Mr le préfet, j’ai trouvé à mon retour de Lille le 27 septembre dernier la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser le 24 à laquelle se trouvait jointe celle de Mr le desservant de cette commune en date du 17 et vous me demandez sur cette dernière mon avis et mes observations.
Je crois d’abord vous faire remarquer, Mr le Préfet, que votre lettre du 24 n’a pu me parvenir que le 26 après l’adjudication des travaux du presbytère qui a eu lieu le 24.Je ne pouvais donc empêcher cette adjudication n’ayant pas eu connaissance du refus que Mr le desservant se propose de faire de contribuer pour une somme de 1.200 francs pour la reconstruction du presbytère,
surtout que par une lettre du 11 septembre 1844 adressée à votre prédécesseur il s’était engagé à ajouter aux 1.200 francs qu’il avait offerts, tout ce qui pourrait manquer aux sommes votées par le conseil municipal. Je pense donc, Mr le préfet, que l’affaire de l’adjudication étant un fait accompli toutes les parties doivent donc l’accepter et Mr le desservant ne peut être dégagé de son obligation qui, au surplus, n’est pas conditionnelle.
Il est bien vrai que par lettre de Mr le desservant du 26 octobre 1844 il éclate toutes les conditions pour arriver au don de 1.200 francs qu’il a promis ; toutes sont remplies. Voici son programme :
1 qu’on ne s’occuperait que de la bâtisse on ne fait pas autre chose.
2 que la pièce servant de Mairie lui serait abandonnée on la lui abandonne. 3 qu’on avancerait la place possible de la haie du sieur Denneulin certes en construisant nous nous mettrons à la dernière limite de la propriété communale. 4 qu’on lui accorderait pour logement la maison de l’instituteur en attendant que le presbytère soit habitable.
Sur ce point je ne pense pas avoir le pouvoir de disposer de cette maison, surtout lorsqu’elle est habitée par l’instituteur et le conseil que j’ai consulté sur ce point est d’avis de ne pas en changer la destination. La commune,il est vrai,est tenue de donner un logement ou une indemnité au desservant mais le chiffre de cette indemnité n’étant pas fixé par le décret impérial cette caution devient difficile à traiter à l’amiable lorsque l’on montre du mauvais vouloir. Cependant je pense sous peu de jours pouvoir procurer à M le desservant un logement tel qu’il ne pourra plus faire aucune objection mais en attendant j’aurai le plus
132 Lettre du 11 avril 184698
grand soin de ne faire procéder à la démolition de l’ancien presbytère sans avoir au préalable fait par écrit l’engagement avec Mr le desservant.
J’arrive maintenant, Mr le préfet, aux observations que j’ai à vous faire sur la lettre du curé du 17 septembre 1845 et je trouve que toutes les conditions y relatées sont remplies à l’exception de celle d’une allocation de 1.500 F
par le conseil général. Ainsi le vote de 2.500 F par
la commune a eu lieu et une ordonnance du roi en
date du 14 octobre 1844 autorise l’emprunt de
cette somme, le secours de 2.000 F par le ministre
du culte a été accordé. Quant aux 1.500 F pour
l’estimation du vieux presbytère cette condition est
également remplie de la manière suivante : le
devis primitif qui a été arrêté avec mon
prédécesseur s’élevait à la somme de 7.744 F76 et
l’on avait émis pour condition que les vieux
matériaux pourraient au besoin être employés en
déduction du devis. Lorsque j’ai pris
l’administration de la commune j’ai trouvé que
pour le chiffre de 7.744 F76 il n’existait aucune
ressource dans la commune pour faire procéder le
8 janvier à l’adjudication annoncée. Mais
connaissant l’urgence de la construction du
presbytère j’ai prié Mr l’architecte de vouloir bien
sans changer en aucune manière les plans joints à
son devis primitif, faire un nouveau devis en
tenant compte que les matériaux jugés propres à
la nouvelle construction seraient employés.
Bref, dans ce contexte la construction réalisée en 1846 a été payée sur sept ans à raison de 500 F environ par an, sauf en 1851 (1.500 F) , et à la conclusion 954 F d’intérêts réclamés par le maçon .coût total 6.804 F, dépassement de près de 900 F. (Pour mémoire à cette époque le salaire annuel de l’instituteur est de 200 F!)
La photo ci-dessus nous présente le bâtiment tel qu’il subsiste aujourd’hui après plusieurs réparations.
Mr Gadenne a été muté en 1847 et n’a donc pas, ou très peu, profité du nouveau local.
3 l’école.
a) Un premier établissement embryonnaire.
Le troisième chantier de cette première partie du 19ème siècle consiste en la construction d’une nouvelle école pour remplacer le premier établissement très embryonnaire qui fonctionnait depuis 1790. En fait, on ne parle pas en 1790 du bâtiment mais, on l’a déjà vu, uniquement de la nomination du premier instituteur, un clerc comme on l’appelait alors.
Ce sont des documents postérieurs qui nous renseignent sur l’implantation de cette petite école. En 1837, Alexandre Coget, le maire, qui cherche à construire une nouvelle école, rappelle au préfet, l’incident de septembre 1792, dont nous avons parlé au chapitre 4, et il insiste en particulier sur l’incendie de la maison vicariale.
« Le conseil municipal fait ressortir que l’emplacement de la maison brûlée par les autrichiens en 1792 avait autrefois cette destination (maison d’école) 133
133 ADN O 590/999
En attendant une nouvelle construction, la commune loue, pour 50 F, une maison qui sert d’école.134 (Nous n’en connaissons pas l’emplacement exact).
b) Construction d’un nouveau local.
La loi Guizot de 1833 fit obligation à chaque commune d’avoir son école. Elle pouvait acheter une école existante ou en construire une nouvelle. L’application de la loi s’est faite lentement dans le Nord, puisque en 1852, 60 communes n’étaient pas encore en règle d’après Richard Hémeryck 135
Stimulé par la loi Guizot, Alexandre Coget se met en quête d’un terrain, de subventions ou de ressources.
Pour le terrain, nous venons d’y faire allusion, il envisage le manoir vicarial :
"Avant la Révolution de 1789 le curé de Thumeries avait deux vicaires dont un à Wahagnies et l'autre à Thumeries. Celui-ci avait sa maison bâtie sur un terrain entouré de haies vives, contigu au cimetière.
En 1792 pendant le siège de Lille, l'ennemi pénétra dans notre commune, y tua 17 habitants, y brûla 6 maisons dont celle du vicaire. Par suite de cet incendie le terrain de la maison et le jardin potager ont été faire partie du cimetière et les cimetières ayant été abandonnés aux communes c'est en ce sens que nous nous croyons propriétaires de l'ancien fond de la maison vicariale et du jardin potager. Il est de notoriété publique que jamais aucune inhumation n'a eu lieu sur ce terrain"(136 )
Mais ce projet est contesté par le Curé et son conseil de fabrique qui revendiquent la propriété de ce terrain.
"Le conseil de fabrique proteste contre les prétentions de M le Maire relativement à un terrain contigu au cimetière sur lequel la fabrique depuis plus de 30 ans a exercé tous les actes d'une propriété paisible, excepté cette année ou M le Maire s'est autorisé à permettre au locataire d'en bêcher le fond. De là résulte cet inconvénient que tandis que mon ministère m'appelle au cimetière pour inhumer les morts, d'autres jettent des immondices jusque dans la fosse sous prétexte qu'il ne fait que remplir un travail qu'exige la culture."(137 )
Il faudra plusieurs années pour obtenir ce terrain, les subventions et l'accord du nouveau curé, M Gadenne, pour créer cette nouvelle école. .
En 1841, le 3 mai, M le Maire écrit au Préfet pour obtenir le droit de vendre 30 arbres, des « mauvais bois blancs » poussant dans le cimetière. A ce propos on voit que le projet d’école est toujours en suspens :
« Si nous sommes un jour autorisés à
construire une maison d’école dont la
demande et toutes les pièces sont au
ministère depuis deux ans, l’emplacement de
cette maison nécessitera d’abattre 18 des
arbres dont le conseil sollicite la vente » 138
134 ADN O 590/92
135 Richard Hémeryck thèse de doctorat les écoles congréganistes dans le département du Nord sous le second Empire 2005
136 ADN O 590/09
137 Lettre du curé Gamelin, 11 juin 1837 ADN O 590/9
138 ADN O 590/112100
Dès 1840, l’architecte Colbrant a été invité à dresser les plans du nouvel établissement scolaire.
Voici ce qui était envisagé :
Nous vous présentons ci-après un croquis de la façade. On envisageait un bâtiment imposant aux murs enduits et rehaussés de pierres apparentes avec un petit chapiteau grec au 1er étage et une porte monumentale.
C’est un projet ambitieux, peut être trop ambitieux pour une commune, qui dans le même temps construit une nouvelle église et se propose d’édifier aussi un nouveau presbytère.
Voici le plan initial :
A droite on place le logement de l’instituteur, salle à manger au rez de chaussée, chambre à l’étage.
Les locaux scolaires sont à gauche avec séparation des sexes.
A l’étage (croquis gauche, en haut) on envisage l’installation d’un dortoir.
Le devis se monte à 8.056 F. Cela paraît trop onéreux et on envisage donc de diminuer la hauteur du bâtiment qui passerait de 7m 60 à 7m (économie de 300 francs), de supprimer le plâtrage extérieur pour 264 F, de vendre une maison de construction ancienne (8 m de long sur 6 m de large couverte de pannes pour les 3 /4 et de chaume (cadastre n° 144 section B) attenant au cimetière, enfin de supprimer le dortoir primitivement prévu à l’étage. Dans une lettre du 8 juillet 1839 M le Maire parlait du logement de l’instituteur :101
« Il lui faut un logement convenable. Celui qu’on lui destine se compose d’une petite cour, d’une place à manger et d’une cuisine au rez de chaussée et de deux chambres à l’étage. L’économie portera sur la suppression du dortoir qui serait indispensable si nous avions bientôt un instituteur assez instruit pour avoir des pensionnaires »
Dans la même lettre on remarque le passage suivant:
La commune n’a pas assez de ressources pour avoir une institutrice rétribuée pour les indigents ce qui les oblige à recevoir leur éducation chez l’instituteur. De là la nécessité d’un plus grand local pour la classe afin de séparer les deux sexes...
Cette citation demande un petit commentaire.
Il n’y a pas, c’est vrai, à cette date, d’institutrice communale mais on sait par ailleurs, par les cahiers de recensement, qu’il se trouve à Thumeries une institutrice privée qui reçoit quelques filles. Nous reparlerons plus loin de son établissement.
c) Implantation de l’école.
Le plan ci contre nous montre l’édifice, dans son
environnement proche en 1851 On notera la
présence de l’arbre de la liberté planté sans doute
à la révolution de 1848.
Le résultat est une école-mairie comme ce fut le
cas dans beaucoup de communes rurales de cette
époque. Le devis de 1843 est de 7.300 F pour
l’école et de 1.000 F pour la mairie.
Le bâtiment comporte deux entrées, une pour la
classe et une autre pour le logement et la mairie.
La réalisation n’est pas parfaite et en 1851 on
procède déjà à des travaux ordonnés par le
comité de salubrité: 150 F pour des serrures, la
peinture des fenêtres, la pose de ventilation aux
fenêtres, le remplacement de certaines gouttières.
Les dimensions de la salle de classe sont de
8m65 sur 6m et la hauteur de 3m.
Cela ne suffit pas, si on en croit une note
d’inspection du 13 juin 1853 (l’école n’a pas dix
ans)139
« Concernant une maison d’école bâtie en 1844
et peu solide.
Des observations réitérées m’ayant été faites sur le peu de solidité de la maison d’école de Thumeries par suite des négligences ou même de fraude dans l’exécution des travaux, je crois devoir informer l’administration. Comme il s’agit d’une question d’art, je me déclare incompétent.
C’est là que travaille l’instituteur qui est en même temps le greffier municipal.
En juin 1849 le maire, Joseph Coget, réclame des moyens pour la pédagogie. En soulignant « l’urgence de donner à des enfants qui quittent l’école à 12 ans une instruction primaire en rapport avec leur position et leur époque. »
139 ADN 1T79/80102
Je vous prie de prendre en considération le dénuement où se trouve notre commune. Depuis longtemps l’éducation de la jeunesse y a été en souffrance car parmi les électeurs inscrits au nombre de 251, à peine en trouvera-t-on 70 qui sachent lire couramment et bien écrire. D’abord les maîtres capables nous ont manqué, aujourd’hui ce sont les objets d’enseignement dont nous sommes dépourvus.
Voici la liste des fournitures qu’il réclame et leur prix :
24 catéchismes du diocèse 10,50 F
12 manuels de lecture 3 F
12 ex N°3 de la bibliothèque manuscrite 4F
12 grammaires 6F
12 cours de thèmes (Bonnaire) 13.50F
12 manuels de composition française 13.50F
12 exemplaires d’exercices de calcul 13.50F
95 tableaux de lecture musicale et chant 13F
1 mappemonde 15F
1 carte d’Europe 9.20F
1 carte de France 9.20F
Le plan ci-dessus (1878) récapitule la situation de 1844 à 1878. École en bas, mairie à l’étage.
II la deuxième partie du 19ème siècle.
De 1850 à 1900, ce qui va marquer Thumeries, c’est d’une part la question scolaire et d’autre part l’industrialisation du village.103
A importance de la question scolaire.
Pour mieux comprendre ce qui va suivre il est bon de rappeler en quelques lignes l’évolution de la politique et des lois scolaires au cours du 19ème siècle, évolution où l’on voit le conflit d’influence entre l’Eglise (seule responsable de l’éducation avant la Révolution) et d’autres forces, (bourgeoises, républicaines, radicales,) au cours du 19ème siècle.
A la Révolution quelques projets généreux présentés par Talleyrand ou Condorcet envisageaient la gratuité, la laïcité et la généralisation de la scolarité. Mais faute de moyens rien ne fut mis en place.
Bonaparte s’attache surtout à l’organisation de l’enseignement secondaire : création des lycées en 1802 avec une organisation très militaire, des maîtres célibataires, des programmes inspirés des jésuites. En 1808 il crée l’Université pour diriger l’enseignement dans son ensemble (organisation, diplômes…) mais abandonne de fait les écoles primaires aux congrégationistes. (Frères des écoles chrétiennes surtout mais aussi d’autres congrégations fondées à cette époque comme les frères maristes).
Le monopole de l’Université va être entamé en 1833 avec la loi Guizot qui supprime le monopole de l’Université pour les écoles primaires et impose la création dans toutes les communes de plus de 500 habitants d’une école primaire publique.
En 1850, sous la seconde République et l’influence du parti de l’ordre et des catholiques est promulguée la loi Falloux, une loi très favorable à l’Eglise. On peut ouvrir des écoles libres, confessionnelles, les ecclésiastiques contrôlent les maîtres, des subventions peuvent être accordées aux écoles libres jusqu’à 10 % des investissements. Cet avantage sera réduit ensuite par deux lois plus républicaines : d’abord celle de Victor Duruy (1867) en faveur des écoles publiques de filles et surtout en 1881 et 1882 par les lois Jules Ferry qui mettent en place en France une école publique, gratuite, laïque et obligatoire..
Nous avons déjà présenté dans la période 1840-1850 la première école publique de garçons. Nous allons maintenant nous intéresser à l’école des filles qui présente la particularité d’avoir été créée « libre », c'est-à-dire cléricale, et d’être devenue ensuite municipale, autrement dit, publique.
1/ L’école des filles.
a) Fondation.
Dans une lettre, citée plus haut, nous remarquions le passage suivant:
La commune n’a pas assez de ressources pour avoir une institutrice rétribuée pour les indigents ce qui les oblige à recevoir leur éducation chez l’instituteur. De là la nécessité d’un plus grand local pour la classe afin de séparer les deux sexes...
Il n’y avait donc apparemment qu’une seule école publique. Mais l’étude des recensements vient infirmer quelque peu cette affirmation : dès le recensement de 1836 en effet on trouve mention de la présence d’une institutrice, Eugénie Defretin, née en 1786, épouse de Louis Delmotte le cordonnier. Décédée en 1845, selon l’état civil, elle sera remplacée ensuite par Domisse Bénédicte, 33 ans, célibataire qui habite rue Houdart.
En fait c’est le curé, Mr Gadenne qui a installé dans une maison qui lui appartient une première institutrice rapidement remplacée par une seconde, Melle Domisse. Elle est célibataire et a obtenue son brevet en 1844. Dès sa prise d’activité elle reçoit en plus de ses élèves externes quelques pensionnaires qu’elle héberge. Elle était d’ailleurs persuadée que M Gadenne, propriétaire des lieux, avait pris les autorisations nécessaires. Elle se rendra compte en 1857, après douze ans de fonctionnement, que le curé n’avait eu qu’un accord verbal. Forte de l’appui des autorités locales et du fait que son dortoir est suffisamment vaste (8m70 sur 6m40) elle obtiendra néanmoins l’autorisation de poursuivre cette activité et d’accueillir 8 pensionnaires à condition de réserver le 9ème lit à une surveillante.140
140 ADN 1 T 122/6104
En 1846 suite à la demande de femmes mariées de Thumeries qui désiraient vaquer librement à leurs travaux agricoles elle consent à accueillir dans une salle particulière de son école les tous petits. C’est l’ébauche d’une « salle d’asile », c'est-à-dire d’une sorte d’école maternelle. Au début, écrit-elle, ils n’étaient que soignés et surveillés mais vu le nombre croissant, je fus obligée de construire des gradins et de leur fournir une sous-maîtresse adjointe à mon école. Cette première adjointe est Amélie Facq, ancienne élève, brevetée en 1855, et qui applique aux enfants de Thumeries ce qu’elle a appris auprès d’une directrice de salle d’asile de Douai. Il est donc évident que les filles sont pour certaines éduquées rue Houdart dans une sorte d’école privée et d’autres dans l’école municipale mixte.
Le départ pour une autre paroisse de son mécène va créer quelques problèmes financiers pour l’école privée.. Il va de soi que M Gadenne garde son argent pour sa nouvelle paroisse et de ce fait Melle Domisse se trouve mise en difficulté. Les inspecteurs interviennent plusieurs fois pour persuader la commune de la prendre en charge. Le conseil municipal résiste un moment pour des raisons financières, prétextant qu’elle est célibataire, qu’elle n’a que 12 élèves indigentes sur 52, que ses élèves ne sont pas absentes pour travailler aux champs comme les garçons et qu’elle touche de l’argent pour la pension et la salle d’asile.
b) L’école libre de filles devient communale.
Les inspecteurs continuent d’insister et finalement l’institutrice sera reconnue de facto « communale » par la prise en charge de son salaire.
Suite à une note du 15 mai 1850 obligeant la commune à l’entretien d’une école spéciale de filles sur ses propres ressources, le Conseil municipal en accordant un traitement fixe à son institutrice la reconnaît communale. Dès lors il doit lui fournir un logement convenable ce qu’il ne trouve pas pour le moment dans la commune si ce n’est celui actuellement occupé par la dite institutrice dont le prix de location est trop élevé
En 1870 le conseil municipal est invité par M le Maire à choisir une nouvelle enseignante en remplacement de Melle Domisse, décédée. Il a alors, en vertu de la loi Falloux, le choix entre une congréganiste et une laïque. Le choix se porte sur une laïque, Melle Amélie Facq, titulaire depuis 15 ans du brevet de capacité, ancienne élève et ancienne adjointe de Melle Domisse L’année suivante le conseil autorise Melle Facq à poursuivre l’exploitation du « pensionnat » :
« Considérant l’instruction très suffisante de cette demoiselle, considérant combien peu de communes des alentours possèdent de pensionnat et l’embarras des familles dont les moyens sont trop faibles pour envoyer leurs enfants en ville... »141
c) Achat de l’immeuble.
En 1873 M Gadenne, curé de Raches et ancien curé de Thumeries, envisage de vendre à la commune sa maison d’école. Le bâtiment est estimé à 7.000 F. M Gadenne accepte une réduction de 1.000 F « en faveur d’une commune où il a exercé son ministère pendant longtemps 142 ». Les inspecteurs, consultés, ont estimé la maison convenable en ce qui concerne le logement de l’institutrice mais la classe trop petite en proportion du nombre d’enfants qu’elle est appelée à recevoir.
141 CF archives municipales PV n° 114
142 M Gadenne a été curé de Thumeries de 1837 à 1846. C’est pendant son séjour qu’a été construite la nouvelle église105
Notons que le partage du jardin pose problème. La commune s’engageait à « élever une muraille de séparation dans le cas où le voisinage de jeunes instituteur et institutrice devienne l’objet de commentaires ». En 1876 sous la pression des inspecteurs et de l’opinion, le jardin est attribué tout entier à l’institutrice ce qui oblige la commune à acheter un autre terrain (appartenant à JB Duquesne) pour le fournir à M Dieudonné, instituteur.
Cette anecdote montre l’importance vouée à cette époque au jardin pour subvenir aux besoins alimentaires des uns et des autres.
Le vote définitif aura lieu en 1875.
Dépenses : 6.000 F pour la maison Gadenne, 2.000 F pour le jardin Coget, 900 F d’actes, 4.732 F de travaux.
Déduction faite des subventions, la part communale sera réduite à 5.816 F, dépense rendue possible grâce à la compréhension de M Gadenne qui accepte le versement de 500 F par an sans intérêts.
Entre 1873 et 1876 des transformations seront effectuées selon les plans ci joints143
2/ Les instituteurs du 19ème siècle, les institutrices et leur statut. . Que savons nous d'eux, de leur formation, de leur statut, de leur salaire ?
Nous disposons, comme sources de renseignements de l'état civil, des cahiers des divers recensements et des procès verbaux des réunions du Conseil Municipal
a) Les maîtres et leur formation.
Voici un tableau chronologique établi en recoupant nos différentes sources :
Date Instituteur Institutrice
1791 Simon Louis Coget (clerc)
1796 Alexandre Lalleman (curé)
1798 Louis Couture (greffier)
1816 Simon Louis Coget, 53 ans,
1836 Pierre Joseph Coget, né le 26 mars 1796
1841 Pierre Joseph Coget Eugénie Defretin, née en 1786, épouse de Louis Delemotte, cordonnier, décédée le 10 janvier
1845
1843 Xavier Decourtray, 22 ans, célibataire,
jugé bien jeune par le maire. Il n’obtient
pas le poste de greffier municipal et
démissionne en 1846
Domisse Bénédicte, 34 ans, célibataire, née à
Roost Warendin, qui habite rue Houdart avec 6
pensionnaires de 6 à 12 ans parmi lesquelles il y a
Amélie Facq , 12 ans
1847 Debouvry, qui était précédemment
instituteur à Faumont
143 CF Archives départementales O 590/10106
1851 Vrasse (qui sera aussi secrétaire de
mairie à partir de 1852
Melle Domisse est assistée par une sous-
maîtresse (Amélie Facq)
1856 Dieudonné Rousseau, 22 ans, né à
Villereau dans l'Avesnois, qui a épousé
une thumerisienne, Christine Coget, fille
de boulanger (8 mars 1855)
Domisse
1870 Laquelle lui donnera plusieurs enfants :
Hermance (1857), Charles-Henri (1859-
1876), Hector (1861)
décès de Melle Domisse le 25 juin 1870 qui est
remplacée par son ex sous maîtresse, Amélie
Facq, née à Mérignies en 1834, que le conseil
municipal préfère à la candidature d'une
éventuelle congréganiste
1872 Rousseau Melle Facq a deux sous maîtresses, Céline Sailly, 32ans, née à Douai et Blanche Guillaume, 14 ans,
née à Râches
1876 La sous maîtresse s'appelle Eloise d'Herbécourt, 18ans
1880 M Lagache remplace M Rousseau. Il est
instituteur de 3°classe et a été breveté le
1er mai 1877
toujours Facq
1886 Valérien Dumetz, qui a 30 ans, réside rue
Defretin et a pour épouse Eugénie Bouly,
28 ans elle même institutrice
Madame Dumetz-Bouly est assistée de Marie
Carlier, 21 ans fille du boucher (Augustin) de la
rue Defretin
1891 L’adjointe se nomme Florine Dubois, 20 ans 1896 Nouvelle institutrice : Flore Roseau, 33 ans, qui vit avec sa fille Charlotte, 5 ans, une servante et 3
pensionnaires
1898 Le nouvel instituteur se nomme Gervais
Legrand.
Quelle est leur formation ?
Formation et compétence sont celles que l'on exige à l'époque, voire un peu plus. Nous disposons d'un certificat établi en 1816 pour le premier instituteur, Simon Louis Coget :
"a été examiné (à 53 ans) sur la lecture, l'écriture, le calcul ainsi que sur les procédés de l'enseignement..." après nous être aperçu qu'il possède une connaissance suffisante des principes et des dogmes de la religion, vus les certificats de vie et de mœurs... lui avons accordé le présent brevet"
La seconde partie de l'examen peut en surprendre quelques uns mais il faut se rappeler du contexte. Nous sommes sous le régime de concordat signé entre l'Eglise et Bonaparte. La religion est officielle et obligation est faite à l'instituteur non seulement d'apprendre les enfants à lire, écrire et compter mais aussi d'enseigner la lettre du catéchisme.
En 1834, l’instituteur, Pierre Joseph Coget, breveté du 2d degré depuis le 28 avril 1832 reçoit 30 élèves gratuits et perçoit en plus de son salaire annuel de 200 F un loyer de 50 F pour son logement.
Par la suite, les maîtres de Thumeries, Rousseau (144)comme Facq (145) et leurs successeurs seront tous issus de l'école Normale de Douai, première école de ce type du Nord, fondée en 1834 un an après la loi Guizot qui organise l'école de la Monarchie de Juillet. Cet établissement prépare les futurs instituteurs au brevet de capacité, examen qui se passe en public devant une commission de sept membres.
144 Rousseau a obtenu son brevet en 1854 avec six mentions
145 En 1855107
b) Statut et rémunération.
Après la loi Guizot l'instituteur est instituteur communal ou instituteur libre. L'instituteur communal perçoit un salaire fixe et dispose d'un logement communal. Il doit, lors de son installation, prêter serment de fidélité au Roi, à la Charte et aux lois. Après son installation il est irrévocable, donc indépendant et du Maire et du Curé.
Les institutrices sont apparues un peu plus tard. Celles qui disposent du même diplôme ont pourtant un statut plus précaire (pas de salaire fixe avant 1843) 146 et un salaire plus faible par la suite. C'est pourquoi elles sont souvent célibataires. C'est le cas à Thumeries de Melle Domisse (1844-1870) puis d'Amélie Facq (1870 1886) qui avait commencé sa carrière comme on l'a vu plus haut comme "sous-maîtresse" Ce dernier titre exigeait d'avoir au moins 16 ans, de disposer d'une bonne éducation, de savoir bien parler, lire et écrire.
Comme nous le disions, à partir de la loi Guizot, les instituteurs ont droit à un salaire fixe qui évolue entre moins de 400F et 2.000F par an dans le département du Nord avec une moyenne de 400F pour un minimum légal de 200F (147)
Nous pouvons grâce aux archives locales établir un tableau de l'évolution des salaires.
Salaire de l’instituteur Salaire de l’institutrice Année Salaire
fixe
Payants Gratuits Total Fixe Payantes Gratuites total
1860 150 150 150 150 1862 200 388 12 600 150
1863 200 150 315 35 500 1866 200 404 604 150 441 591 1867 200 448 152 800 150 456 606 1868 200 395 138 733 150 418 81 649 1869 200 410 90 700 150 346 54 550 1870 200 389 200 789 150 354 189 693 1871 200 422 58 680 150 423 77 650 1872 200 417 220 837 150 463 125 738 1873 200 419 232 851 200 420 130 750 1874 200 339 246 785 200 466 163 829 1875 200 301 264 765 200 448 648 1876 200 321 285 806 200 394 152 746 1877 200 319 243 762 200 370 136 706 1878 200 382 194 776 200 322 141 663 1879 200 252 234 686 200 254 183 637 1880 200 278 258 736 200 278 258 736
Au salaire fixe minimum il faut ajouter des suppléments que sont les participations des familles. On distingue les "élèves payants (1,50 F/mois) et les élèves gratuits pour qui ils ne touchent que 0,50 F
C'est le conseil municipal qui fixe le seuil de ressources pour les "gratuits" et on voit dans le second tableau que leur nombre augmente progressivement.
Date
Garçons
payants
Garçons
gratuits
Total
garçons
Filles
payantes
Filles
gratuites
Total filles
1862 29 3 31
1863 23 8 31 1866 30 30 33 33
146 CF R Hémeryck
147 Les instituteurs du nord par R Hémeryck108
1867 33 34 67 34 34 1868 29 31 60 31 18 49 1869 30 20 50 26 12 38 1870 29 44 73 26 42 68 1871 31 13 44 31 17 48 1872 31 49 80 34 28 62 1873 31 52 83 31 29 60 1874 25 55 80 35 36 71 1875 22 59 81 33 ? ? 1876 24 63 87 29 34 63 1877 24 54 78 27 30 57 1878 28 43 71 24 31 55 1879 19 52 71 19 41 59 1880 21 57 78 21 57 78
Les rémunérations ne paraissent pas énormes si on les compare à celles du garde champêtre (450 F/an en 1856 ) et des ouvriers de la sucrerie Coget qui gagnent 1,25 F par jour, ou 600 F par an pour le contremaître en 1845. (148). La commune complète ces recettes pour arriver à 600 F en 1862, 800 F en 1865, 1.000 F en 1873 et 1.200 F en 1876.
De ce fait les instituteurs ont tendance à fournir d'autres services rémunérés, cours du soir, pensionnat, salle d'asile ou à cumuler d'autres fonctions, (agriculteur, arpenteur, assureur, commerçant à l'occasion) mais plus souvent "clerc laïc" au service de la paroisse ou greffier Municipal . L'école Normale les prépare à cela puisque dans sa formation elle propose une initiation à la tenue de l'état civil, au dessin linéaire, à l'arpentage et même à l'horticulture... Ainsi le premier instituteur de Thumeries était clerc laïc c'est à dire qu'il exerçait des fonctions paroissiales avec le grand inconvénient qu'il fallait quitter l'école pendant les enterrements par exemple. M Rousseau, lui, est secrétaire de mairie et donne des cours du soir aux adultes (il touche 200 F pour l’année 1880) et Melle Facq tient un pensionnat (149) de quelques jeunes filles et une salle d'asile (sorte de maternelle pour enfants de 6/7 ans) ce qui lui apporte 100 F en 1876 (150)
Le conflit et la démission de M Decourtray en 1846 tiennent à sa rémunération. Il reproche au maire d’avoir pris comme greffier l’instituteur de Moncheaux et le Maire se défend en disant que l’instituteur a négligé d’augmenter ses ressources en perdant des élèves par la mauvaise tenue de sa classe.151
Malgré ces cumuls rémunérateurs on parle souvent des difficultés de M Rousseau qui a perdu un enfant jeune, dont la femme est paralysée et dont le dernier est entré à l'école Normale, Ces citations justifient les primes qu'on lui accorde en plus de son salaire.
Bref il faudra attendre les lois de Jules Ferry (1881) pour remplacer ce système par celui de l'école publique, laïque, obligatoire et GRATUITE.
Cependant, la commune continuera à verser des compléments de salaire à l’instituteur : 200F en 1881, 400F en 1898.
L’institutrice, Mme Roseau perçoit 300 F.
Les adjoints M Grimez et Melle Coget touchent 100 F et 150 à partir de 1906.
Règlement, méthodes, effectifs.
Il y a sans doute d’autres questions qui restent sans réponses au plan local.
Nous savons peu de choses des règlements appliqués dans les écoles de Thumeries à cette époque, tout au plus apprenons nous qu’en 1881 après délibération la rentrée des classes,
148 cf. mémoire de maîtrise de Magalie Micquet sur M Ferdinand Béghin et son oeuvre
149 (PV 114)
150 (PV 190)
151 ADN 1 T 89/80109
primitivement fixée à 8 h et à 13 h ,serait décalée d’une demie heure pour permettre aux enfants du Thélut et de la Bastringue d’arriver à pieds, à l’heure.(152)
On sait aussi peu de choses des méthodes employées sauf qu’au hasard d’une visite en 1884, « M le Maire a visité les classes et a remarqué un grand nombre de cartes et de tableaux faits par l’instituteur et il propose un supplément de 100 F en témoignage de satisfaction. » Enfin nous ne disposons pas de statistiques sur les effectifs mais on peut essayer de les déduire des tableaux de rémunération (cf. ci-dessus)
Avec une participation de 1,50 F par mois on peut estimer au plus le coût de l’année scolaire à 14,5F et à 4,5 F pour les « gratuits ».
Cependant on peut aussi payer à l’année, ce qui revient à 12 F pour le premier enfant, 10 F pour le second, 8 F pour les suivants (153) . Il faut aussi savoir que certains élèves ne fréquentent l’école que pendant les mois d’hiver. Prendre comme base de calcul 13,5 F est vraiment une estimation basse et pourtant les effectifs ainsi calculés sont impressionnants puisqu’ils dépassent parfois 80 élèves, chiffre qui constitue le seuil de dédoublement depuis un décret de 1842.
3/ L’école des garçons à la fin du 19ème siècle.
En 1877 l’école des garçons est trop petite comme l’atteste le procès verbal 154 qui prévoit un emprunt de 6930 F :
« Considérant que la classe des garçons qui reçoit en hiver 155 plus de 80 élèves n’a qu’une surface de 56 m2, que ceci est préjudiciable à la santé du maître et de ses élèves, que son habitation est exiguë et constamment ouverte au public à cause de l’escalier commun entre son logement et la mairie … »
Le plan que nous avons déjà présenté (156) montrait l’organisation des lieux avec la classe au rez de chaussée et les locaux de la mairie au premier étage.
Projet d’amélioration
Le Conseil municipal envisage donc la construction d’une nouvelle classe, ce qui permettrait de placer la mairie dans l’ancienne, au rez de chaussée et d’ajouter l’ancien local de la mairie au logement de l’instituteur.
Mais dans une lettre du 22 juin 1877 monsieur le Préfet critique ce projet
« Faisant connaître les inconvénients d’établir une nouvelle classe sur l’emplacement de l’école actuelle ce qui réduirait considérablement la cour qu’il juge déjà trop petite »
Il fait donc remarquer
Que cette école a des fenêtres donnant sur le cimetière, que les bâtiments sont vétustes et exigent des réparations immédiates.
Cette lettre entraîne le passage à un projet bien plus ambitieux qui consistera à déplacer l’école dans un autre secteur du village. Ce sera l’œuvre de Joseph Coget que nous étudierons plus tard.
B industrialisation progressive du village.
Nous avons évoqué récemment la fondation de l’entreprise sucrière. Elle va passer en un demi siècle du stade familial au stade industriel. Dans le même intervalle elle changera de nom,
152 PV 209 page 256 archives municipales
153 Archives municipales 1866 numéro 58
154 PV n°222 de 1877
155 La fréquentation scolaire n’est pas encore obligatoire et les garçons ne vont pas à l’école pendant les travaux agricoles de l’été
156 Archives départementales O 590/13 cf. page 98110
passant des Coget aux Béghin. Les frères Coget marqueront néanmoins la fin du 19ème siècle thumerisien, notamment par l’action municipale de Joseph Coget, deuxième du nom.
1 / Le passage des Coget aux Béghin.
a) Retour sur la famille Coget.
Nous avons déjà présenté l’arbre généalogique des descendants de Jean Baptiste Coget. (page 82) Ce qui frappe en premier lieu c’est l’absence de descendance masculine. Des fondateurs, seul Joseph a eu 6 enfants dont 4 filles. Parmi ces dernières, deux décèdent en bas âge, Eléonore à 8 ans (1814-1822), Eugénie à 4 ans (1815-1819), et une troisième, Joséphine, restée célibataire et décédée à 50 ans (1809-1859). Alexandre, fils de Joseph, s’est marié et installé à Marquillies, où il a fondé sa propre entreprise sucrière. Il a eu 3 enfants dont un seul garçon, mort jeune également.
La sucrerie thumerisienne, implantée rue Defretin, est donc gérée par les deux autres frères, Joseph (2ème du nom) et Henri. Les deux frères sont restés célibataires.
On comprend dès lors la place particulière que prend dans la famille, Henriette, qui a épousé, en 1834, le fils d’un brasseur de Fâches : Antoine Ferdinand Béghin, dont elle aura un fils, Ferdinand, né en 1840. Ce dernier se rapprochera de ses oncles au tournant de sa 20ème année. Aux recensements de 1861 et 1866 il est recensé à Thumeries, dans la maison des Coget, avec la mention « sans profession ». En fait, tout laisse à penser qu’il collabore avec eux et apprend le métier de sucrier « sur le tas ». En 1867, son père décède… ce qui incite les héritiers survivants à mettre de l’ordre dans leurs affaires…
b) 1868 une année charnière pour la sucrerie.
Trois événements vont faire de l’année 1868 une année charnière dans la famille Coget.
Un Partage.
Le premier est le partage des biens entre les héritiers survivants. Ce partage est effectué devant maître Cochez, notaire à Ronchin, le 26 mai 1868.157 . Ce document est particulièrement révélateur de l’expansion de l’entreprise et de l’enrichissement rapide de la famille Coget en 40 ans. Ils sont propriétaires d’une grande partie du foncier thumerisien ( plus de 70 parcelles différentes, situées dans presque tous les quartiers de la commune). Le tout est estimé à 758.257 F. Les héritiers survivants sont Joseph, 62 ans, Henriette 61 ans et veuve, Henri 50 ans, Alexandre, 57 ans… tous ayant atteint un âge où l’on peut envisager dans leur milieu une certaine retraite.
Dans le partage, Joseph reçoit le premier lot, estimé à 182.867 F, Henri le second lot (258.612 F), Henriette et Alexandre les 3ème et 4ème lot estimés tous les deux à 112.318 F chacun. Une Vente.
Le partage étant effectué, le même notaire enregistre le même jour la vente de quelques parcelles, relevant de la part de Joseph et constituant l’entreprise :
« divers bâtiments formant une ferme avec une maison d’habitation et une fabrique de sucre sur 53 ares 40 tenant au nord à la route N)8 de Lille à Douai estimé à 28.000 francs. On ajoute dan la vente quelques ares de labour, face au potager, un peu plus d’un hectare de vergers avec uen « bascule » et un « abreuvoir », un autre hectare de vergers face à la ferme. Le nouveau propriétaire devra régler des intérêts annuels toujours « en bonne espèce de monnaie ».158.
Un Mariage.
157 ADN J 884/132
158 D’après Éric Fottorino page 16 Rappelons qu’à ce moment la sucrerie occupe 111 hommes, 8 femmes, 17 enfants et produit en période de campagne 40 tonnes de sucre par jour.111
Enfin, troisième événement de l’année 1868, le mariage de Ferdinand, premier du nom, qui épouse le 19 août 1868, à Courchelettes, Marie Louise Trannin. Le contrat de mariage, signé la veille, chez maître Proyart, fait état de l’estimation de l’apport de Ferdinand, à savoir 84.510 F pour la ferme et la sucrerie, 245.376 F pour le matériel, 219.380 F pour les marchandises, 118.771 F d’argent et 100.000 F de dot alors que l’apport de son épouse est de 150.000 F.
De cette union naîtront trois fils, Pierre (1869-1894), Joseph, né en 1871, et Henri, né en 1873. Nous aurons l’occasion de reparler des deux derniers.
Ainsi en 1868 l’entreprise sucrière a changé de mains. Elle s’appellera désormais, Ferdinand Béghin, puis après le décès de ce dernier, « Béghin frères ».
Les frères Coget se retirent donc de la vie industrielle mais pas de la vie locale;
c) Retraite des frères Coget.
Les frères Coget se retirent de l’industrie mais pas de la vie locale. Ils s’installent dans un château qu’ils viennent de construire à deux pas de la sucrerie et dont on trouve la trace dès le recensement de 1872.
Ils y vivent tous les deux avec un ou deux domestiques et une servante.159
Joseph, on l’a vu, avait été brièvement maire en 1848 mais il avait été rapidement écarté de ce poste. On peut penser que ce retrait est dû à l’arrivée au pouvoir du parti de l’ordre et à la forte influence catholique.
Mais en 1870 le maire de Thumeries, Louis Denneulin décède en septembre en même temps que s’écroule le second Empire. C’est donc, le jeune retraité, Joseph Coget, adjoint, qui assure l’intérim. En 1874 il est
nommé par le préfet par la
suite il sera régulièrement
élu et réélu (mandats de 4
ans). Il tiendra le poste
jusqu’à sa mort.
Son frère Henri sera associé
à son conseil municipal et
s’engagera avec lui au
service de la commune
particulièrement après le
décès de Joseph.
2/ Joseph Coget se
retire…à la mairie.
Joseph Coget, jeune retraité,
se retrouve donc maire du
fait du décès de son
prédécesseur, Louis Denneulin. Il sera confirmé à son poste en 1874 par le préfet 160 et ensuite réélu plusieurs fois jusqu’à son propre décès. Durant ses mandats Thumeries va intensifier sa modernisation, créer son corps de sapeurs pompiers161, poursuivre et intensifier le pavage de ses rues et chemins, déplacer sa mairie et construire une nouvelle école pour les garçons.
159 Le second château situé de l’autre côté de la route date des années 1890 une lettre du curé Bulteau (1891-1898) en 1896 fait allusion à la construction et à la bénédiction par un prêtre nommé Decarnin, proche du maire JB Denneulin élu en 1895 d’un nouveau château ce qui nous situe donc en 1895 ou 1896
160 En 1874 l’assemblée en charge d’établir la constitution hésite entre la nomination et l’élection des maires avant d’adopter définitivement la formule de l’élection
161 nous traiterons des sapeurs pompiers dans le chapitre sur les associations112
a) Poursuite et intensification des pavages.
On ne se rend pas compte, de nos jours, de l’importance économique que représentait le pavage des chemins à cette époque. Nous avons déjà abordé brièvement cette question dans le chapitre 4. Le chantier de l’époque était la route de Lille à Douai, c'est-à-dire la traversée du village d’ouest en est. Mais au cours du 19ème siècle on s’est efforcé de paver aussi les voies secondaires.
Sur la base des procès verbaux de la municipalité (à partir de 1854) nous trouvons successivement :
le pavage de la rue basse « une double voie devenue impraticable », pavage décidé en mai 1854 et estimé à 2.484 F. Les propriétaires riverains sont tellement intéressés qu’ils sont prêts à avancer les sommes nécessaires, sans intérêts. Les travaux sont terminés en 1855. 18 mai 1856 imposition de 3.548 F pour le pavage.
1857, pavage du chemin des tuileries sur une longueur de 75 mètres (888 F) 1870, classement de la voie des croix en chemin communal. La voie des croix était un sentier situé dans les champs à l’emplacement de la partie haute de l’actuelle rue Salengro. Les riverains, intéressés, ont cédé 3 mètres de terrain pour élargir ce sentier à la dimension d’une route. Ce chemin sera privilégié par rapport au chemin des tuileries et remplacera ce dernier pour se rendre à Ostricourt.
1872, emprunt de 43.920 F pour les chemins vicinaux.
1873, chemin de Drumetz, 850 mètres, 18.000 F.
1874, classement de la rue basse, « seule sortie possible pour les arbres du bois des cinq tailles »
1880, encore une liste des chemins à construire
(chemin des moulins, 1.050 m, chemin de l’église,
350 mètres, chemin des tuileries, 560 mètres, chemin
de Desfontaine ( ?) 240 mètres, chemin de la Baverie
560 m, chemin du Thélut, 420 m, chemin de la Pétrie,
540 mètres, soit en tout 3820 mètres.
1882, faute de ressources municipales, Monsieur le
Maire, Joseph Coget, avance personnellement
13.700 F, sans intérêts, pour l’achèvement du chemin
de Thumeries à Pont à Marcq.
1885, pavage du chemin des Moulins (probablement
l’actuelle rue de l’halloteau).
b) Une extension vers l’est (nouvelle école
et nouvelle Mairie).
Devant les réticences des inspecteurs sur le projet de
construction d’une classe supplémentaire dans la cour
de l’école des garçons, 162, Monsieur Coget propose
d’édifier une nouvelle école. C’est un projet ambitieux qui va déplacer en même temps l’école des garçons et la mairie et déplacer de ce fait le centre administratif de la commune vers l’est en l’éloignant du centre traditionnel qu’était le quartier de l’église.
Il s’agit donc de la construction d’une nouvelle école en même temps que d’une nouvelle mairie. Ce projet passe par l’achat d’une propriété appartenant à Melle Florentine Roger, située en face du cabaret le « dindon rouge » 163 et comprenant une « maison avec jardin » pour le prix de 8.000F pour la maison et 3.000 F pour les labours. La vente est enregistrée le 28
162 cf page 105
163 Il s’agit de l’actuelle boucherie Dumortier qui conserve d’ailleurs une oriflamme à cette enseigne. Dans cette propriété Roger on sait qu’il y avait un verger avec 1 noyer, 9 cerisiers, 4 poiriers, 9 pommiers et 1 prunier ( ADN O 590/112113
novembre 1879 à Pont à Marcq par maître Cousin, notaire. Cette maison (164) sera attribuée au logement de l’instituteur.165.
Dans l’espace voisin, agrandi de 7m2 par une modification d’alignement avec la propriété voisine de Deregnaucourt, on édifiera la nouvelle mairie et au milieu de la propriété sera construite la nouvelle école, soit deux classes utilisées jusqu’en 2007 par la cantine. Le coût de l’opération est estimé à 8.500 F pour l’achat de la propriété, 10.700 F pour la construction de l’école, 1.000 F pour le mobilier, 2.940 F pour le mur de clôture et 4.000 F pour la Mairie. La commune fait alors de multiples démarches pour obtenir des subventions de l’État et du département (18.000 F environ). La part communale sera financée par la vente de l’ancienne école au cordonnier Léon Desprez qui fit la meilleure offre à 3.600 F. Vous trouverez ci-contre des reproductions des plans de l’architecte lillois Pennequin conservés aux archives départementales 166
Le budget prévisionnel, du 16 mai 1878 s’établit ainsi :
acquisition de la propriété Roger : 8.400 F
frais 1.005 F
construction d’une classe
10.710 F
mobilier 1.000F
mur de clôture 2.940 F
reliquat pour école des filles
945 F
construction d’une mairie :
4.000 F
total 29.000 F
La réception définitive des
travaux aura lieu en 1882 167
La mairie restera à cet
emplacement (rue Defretin
appelée ensuite rue Léon
Blum) jusqu’en 1958.
c) étude de divers projets.
Durant ses différents mandats Joseph Coget va soutenir certains projets pour moderniser son village, projets d’implantation postale, projet de chemin de fer, aménagement du cimetière. Tous ne seront pas suivis d’effet.
La Poste
Déjà en 1868 sous le mandat de Louis Denneulin, le conseil municipal avait protesté contre le projet d’organiser la distribution postale à Pont à Marcq à la place de Carvin. On demandait à l’époque que le bureau soit plutôt implanté à Thumeries, place jugée « plus centrale » et arguant que « Thumeries possède 4 châteaux, une sucrerie et une distillerie ». La question revient sur le bureau le 26 mars 1873 à la demande de plusieurs habitants. Les arguments sont semblables : Thumeries serait au centre du secteur postal, Thumeries fait état de plusieurs commerçants et industriels intéressés, il y aurait maintenant 5 châteaux…168 En 1881, Monsieur Coget fait état d’une demande de télégraphe électrique, émise par des particuliers (sans doute les sucriers) qui offrent de prendre en charge les deux tiers de la
164 Actuelle cabinet dentaire du docteur Rotellini
165 Archives départementales O 590/12
166 (O 590/37.)
167 Archives municipales PV 321
168 PV des délibérations du conseil municipal N°133 page 63114
dépense (1.200 F) pour la pose des poteaux et des fils. Le reste, soit 400 F, est demandé au gouvernement. Cette installation du télégraphe est effective dès 1881.
Un Chemin de fer
Les premières implantations de chemin de fer en France commencent en 1842. Elles seront intensifiées durant le second Empire. Dès 1872, soit trente ans plus tard, le conseil municipal de Thumeries est invité à délibérer sur un projet d’implantation d’une ligne de chemin de fer entre Orchies et Don. Le projet envisage de passer par Pont à Marcq, Mérignies, Attiches, Seclin et Gondecourt. Joseph Coget, au nom de Thumeries, propose un autre trajet par Bersée, Mons en Pévèle, Thumeries, Wahagnies, Annoeulin.
« Le trajet projeté ne travers que de petites communes…le tracé modifié concernerait 4.500 habitants au lieu de 3.500. Sur le tracé, Bersée se distingue par sa production de graines de betteraves, Mons en Pévèle a trois sucreries, Thumeries une sucrerie très importante, des bois, des sablières, Wahagnies une sucrerie, trois carrières, 2 panneries, 1 briqueterie, Annoeulin, une fabrique d’alcool, et une de chicorée… »
Le projet revient à l’ordre du jour en 1877 et il défend toujours le tracé par Mons en Pévèle 169
Ce projet n’a finalement pas vu le jour.
Un second projet sera refusé un peu plus tard. Il s’agit d’un chemin de fer à voie étroite, entre Saint Amand et Lens, qui aurait pu passer à Thumeries mais trop à l’écart du village. Voici le motif du refus :
« Comme la voie passerait derrière le village, nos industriels ne pourraient pas relier leurs usines à la voie et seraient obligés de charger et de décharger leurs marchandises en amont et en aval. De ce fait, Monsieur Coget considère que ce projet n’est pas d’utilité publique »
Il ne sera pas réalisé non plus.
Le Cimetière.
Le mot cimetière vient du latin coematarium qui veut dire dortoir. Ce lieu de repos pour les morts a longtemps été comme un jardin, avec des arbres, de l’herbe, une clôture vivante. A la fin du 19ème siècle les mentalités ont un peu changé et en 1883 M Coget se plaint de la mauvaise qualité de la haie :
« Traversée de toutes parts par les enfants à qui ces lieux consacrés à la mort n’inspirent aucun respect ni recueillement »170
Il envisage donc la construction d’un mur
pour entourer ce lieu près de l’église. Il
propose au conseil de vendre les arbres qui
s’y trouvent et d’employer le produit de la
vente, estimée à 864 F. La dépense
monterait à 2.700 F, selon l’architecte
Pennequin, consulté. Il demande donc une
subvention de 600 F, le reste serait couvert
par un « membre de la commune » (lui-
même ou son frère Henri, sans doute…).
D’autre part pour financer cette opération et
surtout la suivante qui consistera à déplacer
le cimetière dans un autre emplacement du
village il met en place, comme ça se fait
déjà dans les communes voisines, des
concessions de terrains, pour augmenter les ressources communales. Voici, le plan établi en 1883 avec trois zones, la zone A réservée aux concessions perpétuelles (132 m2 à 150 F le
169 Archives municipales PV page 112 N°219
170 Archives municipales 26 avril 1883115
m2), la zone B attribuée aux concessions trentenaires (50 F le m2) et les zones C pour les concessions temporaires (15 ans minimum – 25 F le m2).
Lui-même, afin de fournir des ressources aux nécessiteux achètera une concession de 6 m2 destinée à sa sépulture, à celle de son frère et de sa sœur. C’est son frère Henri, dernier survivant, qui réalisera son projet d’implanter un nouveau cimetière.
3/ Henri Coget, bienfaiteur.
Le dernier des frères Coget, membre du conseil
municipal,171 va mettre un point d’honneur à achever les
projets de son frère, décédé en 1886, en ce qui concerne le
cimetière, les écoles et l’aide aux nécessiteux.
Le cimetière
Il achète donc en 1895 pour 1.767 F un terrain à la famille
Carpentier, 31 ares 31, situé le long du pavé de Thumeries à
Ostricourt, au lieu dit « le tournant »,172 et il en fait don à la
commune à la seule condition que les anciens propriétaires
du terrain, Louis Carpentier et Pauline Houzé, puissent
disposer d’une concession gratuite. On cessera donc
d’enterrer dans l’ancien cimetière, près de l’église, et les
titulaires de concessions disposeront d’une concession
gratuite dans le nouveau à charge d’y transférer, à leurs frais,
leurs monuments.173
Don aux écoles et aux malheureux
Dans son testament olographe du 6 novembre 1895 Henri
Coget lègue à la commune une rente de 600 F pour soulager
les vieillards et les infirmes, 400 F au bureau de bienfaisance et 400 F aux écoles laïques de la commune. Ce testament a été déposé chez Maître Mariage à Phalempin avec notification à ses héritiers, Madame Henriette Bulteau, épouse Cuvelier à Paris (petit neveu), Alexandre Coget à Marquillies, son frère, Joseph et Henri Béghin, ses petits neveux.
Pour recevoir ce don et en disposer la commune doit créer une caisse des écoles ; ce qui est fait en 1898.
En remerciement, le conseil municipal décidera que le portrait de M Henri Coget sera placé dans l’endroit le plus apparent de la mairie en souvenir de ses bienfaits…
Voici, ci-contre, le portrait au fusain, conservé en mairie.
On trouvera donc chaque année, dans les archives municipales, jusqu’à la guerre de 1914, des délibérations destinées à affecter aux familles nécessiteuses les fonds du legs de Henri Coget.174
C les grandes réalisations de Ferdinand Béghin.
Après le décès de Joseph Coget en 1885, le conseil municipal procède à son remplacement. Il élit son propre neveu et successeur à la tête de l’entreprise sucrière : Ferdinand Béghin, 1er du nom. Véritable chef d’industrie, il aura le souci à la fois du développement de son entreprise et de la valorisation du village. Il sera réélu à la tête du village en 1888 et 1892. Sous ses mandats on poursuit les chantiers de pavage des chemins, on implante le nouveau cimetière, dont nous avons parlé, mais son plus gros chantier sera l’installation du chemin de fer à Thumeries.
171 Henri est nommé « adjoint supplémentaire en 1888 Il est également désigné comme suppléant pour les sénatoriales.
172 ADN 1 Z 61172
68 dans les pièces annexes on parle d’un forage fait en 1890 pour M Béghin à 250 mètres du futur cimetière : terre végétale 1,50 ; argile jaune : 2.50m sables mouvants 10 mètres c’est de ce sable que les puits du village prennent leur eau entre 7 et 8 mètres de profondeur sous ce sable il y a de l’agile noirâtre 41,5m, puis du sable vert enfin la craie est à 55,5m
174 Cette donation disparaît avec les dévaluations des rentes après le conflit de 1914-1918.116
1/ le chemin de fer.
.En 1891, Alfred Lambert, ingénieur résidant à Paris, au 162 boulevard Magenta, propose les plans d’une ligne de chemin de fer régionale reliant Douai à Pont à Marcq. Voici la description du projet initial.
« Le chemin de fer du présent devis a son origine dans la gare de Pont de la Deûle, près du canal, il emprunte la plateforme commune des lignes de Douai à Lille et de Douai à Orchies jusqu’à sa séparation, il franchit la vallée de la vieille rivière et du filet mourant, contourne Raimbeaucourt, gravit et descend le plateau de Moncheaux, tourne à droite pour suivre le flanc de plateau de Mons en Pévèle puis s’infléchit à gauche en desservant Bersée, Mérignies, Tourmignies et se retourne à droite pour aller se raccorder près du chemin d’Aigremont à 280 mètres en deçà de la station de Pont à Marcq avec la ligne de Don à Templeuve, après un parcours de 20 km 330. »175
Voici ci-joint un plan qui montre les éventuelles variantes du tracé entre Moncheaux et Bersée. On n’envisage pas pour l’instant de passer par Thumeries.
Le coût de l’ouvrage est estimé à 565.245 F pour la création de la voie, à 71.500 F pour les ouvrages (bâtiments et accessoires), à 16.170 F pour le mobilier et les divers matériels et à 224.000 F pour le matériel roulant. Notons qu’une locomotive à vapeur vaut à l’époque 40.000 F.
Mr Béghin va tout faire pour obtenir un passage par Thumeries. Il fait intervenir dans ce sens M Louis Legrand, conseiller général du Nord, qui réside à Bellincamps.
175 ADN S 3274117
« Une réclamation a été formulée par la commune de Thumeries qui désire voir la ligne se rapprocher du centre de son agglomération et passer entre cette agglomération et le Thélu. Déjà la commission d’enquête s’était préoccupée de desservir la commune de Thumeries. Tout permet d’espérer, dit Mr Legrand, qu’il sera possible de lui donner satisfaction lors de l’approbation définitive… cela porterait la longueur totale à 29 km »176
Dans un premier temps, comme le montre le croquis ci-dessous, il s’agirait d’un raccordement d’une voie secondaire entre Ostricourt et Mons en Pévèle (tracé surligné à gauche du plan qui suit.
Finalement le trajet sera modifié à partir de Moncheaux en contournant Bellincamps, puis en décrivant une large courbe à travers le bois national pour passer aux abords de la sucrerie et rejoindre Mons en Pévèle par le bas de Deux Villes.
Le 19 février 1892 le préfet du Nord signe la convention avec l’ingénieur Lambert. La concession de la ligne est faite pour 75 ans d’exploitation. Passé ce délai, la ligne reviendra au département.
Le 19 juin 1894 autorisation est donnée de pénétrer dans les propriétés privées, mêmes closes, (à l’exception des habitations) afin de procéder aux études préalables à l’installation. Le 9 août 1894 le projet est proclamé d’utilité publique.
Suivent les négociations de toutes sortes entre les riverains les municipalités et la compagnie. Les uns réclament des passages à niveaux pour joindre leurs champs, d’autres de nouveaux chemins d’accès, d’autres des tuyaux d’évacuation des eaux pluviales surdimensionnés. Les archives départementales (série S) conservent les cahiers des observations des uns et des autres.
En ce qui concerne Thumeries, Ferdinand Béghin n’obtient pas de passage à niveau supplémentaire près des piquets 301, 302, 318, 324 (aux abords de Bellincamps) par contre sa
176 Cession du 23 décembre 1891 ADN S 3275118
demande d’aménagement de passage à niveau sur le chemin de grande communication N° 8, près de la gare, est accordée.
Dans les bois, le service forestier, accepte les passages à niveau à condition que la compagnie remette les clés des barrières mobiles entre les mains de l’agent local qui habite la maison forestière de l’Offlarde.177
Le long de ces 29 km il y aura donc 7 stations sans compter les terminus. En outre il sera prévu un arrêt en pleine voie au hameau de la Pétrie sur la commune de Thumeries. En fait, il faut distinguer :
-Des arrêts purs et simples avec seulement une consigne, à Roost, Raimbeaucourt, La Pétrie. -Des garages (arrêt avec service de marchandises pour un wagon complet avec une voie d’évitement, non pour se croiser, mais pour recevoir quelques wagons) à Deux villes, Secmont et Tourmignies Chaque garage prévoit une demi-lune capable de recevoir 15 wagons.
-Des stations avec voie d’évitement, service des voyageurs et de marchandises à Moncheaux, Thumeries, Mons en Pévèle, Faumont, Bersée, Mérignies et aux deux terminus. Chaque gare comporte un bâtiment avec logement de fonction à l’étage.
La station de Thumeries est située au lieu dit La Fabrique au point kilométrique 10,616 à proximité du chemin de GC N°8 duquel on accédera à la cour des voyageurs par une avenue de 10 mètres de largeur. L’installation comprend une demi lune de 270 m de longueur, une voie de débord de 91 m pouvant garer 13 wagons. La station est équipée également d’un gabarit de chargement et d’un pont bascule.178
Voici, ci-dessus une photo montrant cette installation.
Mais auparavant il a fallu procéder aux expropriations des terrains soit 70 parcelles sur Thumeries avec quelques propriétaires notables (Heddebault, Ferdinand Béghin, Brame Coget à Marquillies, Duquesne le distillateur, Henriette Coget, veuve d’Antoine Béghin, Pierre Legrand, député) et bien d’autres (Beaucamps, Duflot, Morel, Penin, Parsy, Huot, Clément, Messenne, Pinte….
Le tracé thumerisien traverse les quartiers suivants :le trou mourant, le bois Langlart, le bosquet Bridoux, la forêt domaniale, le quartier de la Fabrique, celui de la Baverie, celui des prés, un autre bois domanial et enfin la fosse sans fond et le quartier du Lobez.179 Monsieur Béghin ne verra pas l’inauguration qui eut lieu en 1896.
177 ADN S 3282
178 ADN S 3280
179 Le quartier de la fosse sans fond est occupé actuellement par les anciens bassins de décantation (le talus), celui du Lobez se trouve à l’ouest du quartier de la domerie119
Voici, à titre anecdotique, des extraits du règlement et des tarifs prévus à l’inauguration de ce tronçon en1896)
Article 1 : 1ère classe (voitures couvertes, fermées à glaces, à banquettes rembourrées) 0,07725 par kilomètre, 2ème classe (voitures couvertes et fermées à vitres) 0,05665 par km. Ce qui donne un aller à Pont de la Deûle pour 0,85F en 1ère et 0.60F en 2ème classe. Article 2 : les militaires ou marins ne paieront que la moitié du prix
Article 3 : les enfants de 3 à 7 ans ne paieront que la moitié du prix…
Article 8 : les bagages sont acceptés gratuitement jusqu’à 30 kg par personne. Article 18 les chiens seront muselés et acquitteront une taxe de 0.02F par km avec un minimum de 0.30F
Article 32 : le prix à payer pour le transport des animaux à la vitesse des trains de voyageurs sera de 0.20F du kilomètre pour les bestiaux et équidés, de 0.08F pour les porcs, de 0,04F pour les moutons et brebis
Article 35 : les petits animaux comme chiens, chats, cochons d’inde, singes, écureuils, oiseaux, placés dans des cages sont taxés au poids.
Cartes d’abonnement hebdomadaire : 1F pour 5 km, 1,40F de 6 à 11 km (exemple Douai) Les betteraves, pulpes et écumes : 0,4675 du kilomètre par wagon etc.
La compagnie prévoit trois départs dans chaque sens par jour. A Pont de la Deûle à 6h 49, 12h22 et 16h16, (passage à Thumeries, 7h12, 12h46,16h40 ) et à Pont à Marcq 4h22, 8h03, 15h40
On voit qu’il n’est pas prévu de « croisement » des trains.
En 1898, le curé de Faumont, l’abbé Dal, a écrit un petit opuscule intitulé « agréable excursion à travers le pays de Pévèle » dans lequel il décrit les paysages traversés et émaille son récit de quelques allusions historiques. Voici ce qu’il dit à la traversée de Thumeries :
THUMERIES. Nous avons sur notre gauche la fabrique de sucre de la famille Béghin, l'une des plus anciennes de France. Fondée par Mrs. Coget frères, cette usine a reçu sous la direction du neveu, leur successeur, une nouvelle impulsion et de nouveaux développements. On y trouve réunis tous les derniers perfectionnements de l'industrie sucrière. 400 000 kilos de betteraves sont engloutis chaque jour dans ce minotaure qui les rend en sucres raffinés de la meilleure qualité.
Mr Ferdinand Béghin180 a en outre une exploitation de 150 hectares où sont appliquées les méthodes les plus savantes et les plus rationnelles de la culture intensive.
En face de la pétrie, à droite, nous rencontrons le Bellincamp (camp de guerre). C'était un des quartiers de défense que les Flamands avaient établis sur le Boulenrieu. C'est là, dans un très beau château, tout nouvellement restauré, que Mr Louis Legrand y a établi une résidence d'été..."181
Il est évident que ce service ferroviaire a rendu de grands services à la population locale, mais surtout à l’usine, pour le transport de son personnel (les béghinettes comme on les appelait) et surtout de ses marchandises d’autant plus qu’en 1907 un embranchement privé raccordera l’usine à la gare de Thumeries. Tout un réseau intérieur sera progressivement implanté avec un service de locomotives, (la « traction ») des voies de stockage, de déchargement, de chargement et des aiguillages.182
180 Ferdinand Béghin est décédé en 1895 mais ses fils ont fondé en 1898 la société Ferdinand Béghin
181 Le récit complet a été réédité par la société historique de Tourmignies et par l’association « les amis du PP »
182 Dans ses carnets, Ferdinand Béghin, 2ème du nom, raconte comment il jouait au train dans de vraies locomotives dans l’enceinte de l’entreprise familiale, avec l’accord de son père qui mettait à sa disposition le personnel de la « traction »120
2/ progression de l’usine et projet de raffinerie.
Pendant ce temps l’usine ne cesse de progresser. Ferdinand Béghin (1) a acheté en 1892 à la société Fourroy & Cie, une sucrerie, implantée à Courcelles les Lens depuis 1865.183 Le contrat est passé devant Me Crépin, notaire à Carvin. C’est son fils aîné, Pierre qui est chargé de la diriger. Malade dès 1893, Pierre laisse sa place à son frère Henri.
La même année, il obtient du préfet l’autorisation d’établir à travers la forêt de Phalempin une conduite en fonte destinée à relier ses usines de Courcelles et de Thumeries. La permission est accordée pour une période renouvelable de 9 ans. Il aura à respecter les fossés traversés, à assurer pendant les travaux la libre circulation sur la drève du point de vue ( ?) et sur les filets traversant cette drève, et à exécuter tous les travaux et ouvrages que pourrait exiger l’agent forestier local.
Entre temps, en 1895, il reconstruit la râperie et ses enfants construiront des maisons ouvrières près du site en 1904.
Ce premier ouvrage précède de peu l’installation du chemin de fer dont on a parlé. Le sucre, fabriqué durant quelques mois de campagne, était ensuite raffiné dans une usine de Douai. Ferdinand comprend tout l’intérêt qu’il y aurait, pour lui, à raffiner lui-même son sucre. Il caresse donc le projet de construire une raffinerie dans le village de Thumeries. Le raffinage n’est pas une chose simple. Qui peut mieux en parler que son petit fils, Ferdinand (2ème du nom) dans ses carnets :
La raffinerie est un métier complexe qui exige un matériel important, beaucoup de main d’œuvre, et beaucoup d’énergie. La technique est la suivante : le sucre brut est affiné dans des turbines, il est ensuite refondu et mélangé avec du lait de chaux, pour fixer son alcalinité, et du kieselguhr, il est ensuite passé sur des filtres presses. Le deuxième stade est la filtration sur du noir animal, les filtres retiennent les matières organiques et une partie des matières minérales. Le sirop sortant de ces filtres à plus de 99% de pureté est turbiné. Ce sucre de premier jet est envoyé à la casserie pour le conditionnement. Trois cycles semblables sont exécutés pour arriver enfin à la mélasse »
Un accident de voiture à cheval l’empêchera de réaliser ce projet. C’est Henri Béghin son fils cadet qui achèvera la construction de la raffinerie et la fera fonctionner avec l’aide d’un contremaître qu’il avait apprécié à Courcelles, André Coget.184
3/ redistribution des cartes après la mort accidentelle de Ferdinand. La mort de Ferdinand vient perturber la vie locale. Elle est due, dit son petit fils, à un accident de cheval. Il avait présidé son dernier conseil municipal le 7 juillet 1895. Au conseil du 26 août la présidence est exercée par son adjoint, Jean Baptiste Denneulin, « faisant office de maire en l’absence de Monsieur Béghin, malade » selon le procès verbal. Il est décédé le 1er septembre de la même année.
a) Remplacement à l’usine.
L’entreprise passe donc dans les mains des deux fils, Joseph et Henri. En 1898 ils vont créer la « société Ferdinand Béghin », société en nom collectif au capital de 700.000 F avec pour objet « toutes opérations relatives à l’industrie sucrière ». Les deux frères apportent à la société un terrain d’un peu plus de 5 hectares sur lequel sont construits la sucrerie, des granges, des bureaux, des bascules. Il y a aussi l’habitation de Joseph construite en 95 ou 96, l’habitation d’Henri, héritage des Coget, et l’usine de Courcelles.
183 d’après les dossiers des dommages de guerre ADN 10 R 4990
184 D’après un hommage funèbre prononcé par Henri Béghin aux funérailles d’André Coget (1859-1933)121
Les deux frères se complètent
parfaitement : Henri185 excelle
à la technique et Joseph à la
gestion. A deux ils vont
développer l’entreprise de
manière remarquable. En 1900
l’usine de Thumeries traite 850
tonnes de betteraves par jour,
(60.000 tonnes pour toute la
campagne). 1000 T par jour en
1910 et même 1.500T en 1914.
La production de sucre est de
1.500 T par an. L’image ci-
contre est extraite de l'histoire
de la firme écrite par Eric
Fottorino.
Elle date de 1906
Elle représente une machine à
casser le sucre en morceaux à la fin du 19ème siècle.
b) Remplacement à la Mairie.
Mr Ferdinand Béghin était aussi maire de Thumeries.
L’intérim est assuré pendant quelques mois par son adjoint Jean Baptiste Denneulin, l’aubergiste. Le 12 mai 1896 le conseil municipal se réunit pour élire un nouveau maire. Très spontanément, au premier tour, il donne 10 voix sur 11 au fils aîné du maire défunt, Joseph Béghin. Mais celui-ci, refuse le poste sans que l’on sache ses raisons personnelles. On procède donc à un second tour et c’est Jean-Baptiste Denneulin qui est élu cette fois avec 10 voix sur 11. Il sera régulièrement réélu maire de Thumeries en 1900, 1904, 1908 et 1912, année de sa disparition. C’est le premier maire « non sucrier » et ce sera le premier maire du 20ème siècle. Il participera à ce titre au grand banquet républicain offert à Paris par le président de la république le 14 juillet 1900.
III Évolution de la population au 19ème siècle.
Nous sommes arrivés au tournant du 20ème siècle. Il est bon de jeter un regard sur tout le siècle écoulé et d’observer l’évolution globale de la population durant la période qui s’achève. Nous nous servirons des relevés de l’état civil pour établir les courbes de natalité et de mortalité et en tirer quelques enseignements, ensuite nous nous servirons des recensements de population et en particulier de ceux où les professions des thumerisiens sont notées.
185 Henri a été interne à l’âge de 8 ans, il a fait ensuite de brillantes études à l’institut agronomique de Paris122
RECENSEMENTS DU XIX° SIECLE
THUMERIES
0
200
400
600
800
1000
1200
1400
1600
632
782 806 832 833 840
928 939 956
1010 1002 983 1004
1073
1181
1525
13 20 23 13 17 10 23 41
1800 1836 1846 1848 1851 1856 1861 1866 1872 1876 1886 1891 1896 1901 1906 1911
années
A étude des courbes de natalité et mortalité.
1. Nos sources.
Comme nous l’avons vu dans les chapitres précédents il y a peu de recensements fiables avant la Révolution. Au cours de cette dernière, les enquêtes se multiplient. Le premier recensement national date de 1801.Nous l’avons déjà présenté au chapitre 4.
A partir de 1822 la périodicité des opérations de recensement est fixée à cinq ans. Elle sera respectée sauf pendant les périodes de guerre (1970,1914 et 1939). Les listes deviennent nominatives à partir de 1831. En 1856 on ajoute le nombre de maisons, en 1872 la nationalité des habitants. Les archives municipales conservent les listes nominatives depuis 1836 avec deux listes manquantes (1841 et 1881).
2. Evolution générale.
Vous trouvez, ci-dessus, le graphique représentant l'évolution générale de la population du village. Il montre une relative stabilité dans la première moitié du 19ème siècle et une légère progression ensuite.
3. Croît naturel et flux migratoire.
Le second graphique (page122) présente le relevé désormais classique des actes de l'état-civil (naissances, décès, mariages).
Si on s’attarde un peu sur les chiffres il apparaît que la population n'augmente pas au rythme du croît naturel.186
Ainsi entre 1836 et 1846 le croît est de 36 individus et la population n'augmente que de 26 personnes. La différence s'appelle le solde migratoire.
On a quitté la commune pour différentes raisons. Le solde migratoire est négatif durant tout le siècle ce qui est la trace de ce que l'on nomme l'exode rural. La création de l'entreprise Coget qui occupe pourtant 150 ouvriers (dont une partie de saisonniers, il est vrai) en 1845 (187) ne suffit pas encore à maintenir au village les habitants.
186 Le croît naturel est la différence entre les naissances et les décès pour une même période
187 Selon le mémoire de maîtrise de Magalie Miquet p 38123
Voici un tableau qui confirme ce phénomène :
Années Croît solde
1836-1846 +36 -10
1846-1856 +31 +3
1856-1866 +111 -12
1866-1876 +110 -39
1876-1886 +75 -83
1886-1896 +53 -51
1896-1906 +69 +108
Par contre c'est bien l'extension de l'entreprise sucrière à la fin du siècle qui explique l'inversion de la tendance à partir de 1896 et la forte augmentation de la population au début du 20ème siècle.
On constate, qu’entre 1800 et 1850, les courbes des naissances et des décès sont très proches l’une de l’autre avec des taux situés dans la fourchette des 20 à 30 pour mille, ce qui est encore élevé.
Peu à peu ces taux vont diminuer. Cette transition démographique n’est pourtant pas conforme à Thumeries à la transition générale française qui fait état d’une baisse générale et progressive.
On constate en effet, à Thumeries, une nette reprise à la fin du siècle et au début du 20ème siècle.
Ici encore, on peut penser que c’est une conséquence de l’industrialisation du village.124
Thumeries au 19ème siècle
0
50
100
150
200
250
99 99 93 101 98 100 93
115 107 107 114
152 155 149
168 159
149
118
108 113
141
181
211
42
82
94
76 68 70 81 82
98 92
119
85
98 100 107
116 107
95 89 93
111
91
120
13 20
25 21 28 24 34 26 26 33
37 45 35
20
31 30 35 40
43 37
54 46 56
1800 1810 1820 1830 1840 1850 1860 1870 1880 1890 1900 1910
naissances décès mariages
Rappelons, pour mémoire, les dates évoquées ci-dessus :
1895-1896, création de la ligne de chemin de fer entre Pont à Marcq et Pont de la Deûle. 1896, création de la raffinerie
1898, fondation de la société Ferdinand Béghin.
Notre troisième graphique fait apparaître l'écart entre la population réelle (graphe1) et la population théorique compte tenu du croît naturel.
La courbe supérieure, entre 1855 et 1905, représente la population théorique, celle qu’on obtiendrait si personne n’avait quitté le village. La courbe inférieure retranscrit la population réelle.
L’écart entre les deux visualise l’effet de l’exode rural.125
THUMERIES : LE SOLDE MIGRATOIRE
au XIX ème siècle
0
200
400
600
800
1000
1200
1400
1600
632
782 806 832 833 840
928 939 956
1010 1002 983 1004 1073
1181
1525
839 863 863
927 986
1046 1097
1173 1200 1224
1243 1286
1397
1800 1836 1846 1848 1851 1856 1861 1866 1872 1876 1886 1891 1896 1901 1906 1911
Population réelle Population théoriqu
Notons que la courbe de l’exode s’inverse au tournant du siècle. On vient maintenant travailler et s’installer à Thumeries…
B étude des recensements (évolution des métiers).
A partir du recensement de 1836 nous trouvons la trace des professions exercées par les habitants. Nous allons donc comparer les situations à des moments différents.
1. 1836 : une commune rurale.
La population en 1836 est de 782 habitants, répartis en 128 ménages et une cinquantaine de veufs.
Les deux professions les plus fréquentes sont : les journaliers (ils sont 99) et les agriculteurs au nombre de 64.
Certains des journaliers travaillent dans l’agriculture si bien qu’on peut affirmer que plus de la moitié de la population a une activité relevant de l’agriculture.
D’autres professions ont d’ailleurs un rapport direct avec l’agriculture. Notons en passant l’existence d’un garde champêtre, d’un garde forestier, d’un berger, d’un meunier, d’un charron, de trois maréchaux-ferrants, d’un marchand de vaches et d’un marchand de poules. (à qui on donne le joli nom de poulattier).
Au service de cette population agricole on note aussi l’activité de quelques artisans et commerçants : 6 cordonniers, 5 couturières, 4 charpentiers, 3 tailleurs, 2 maçons, 2 lingères, un tonnelier, un boulanger, un aubergiste et 5 cabaretiers.
L’activité sucrière récemment lancée est toujours liée à l’agriculture : Joseph et Henri Coget,eux-mêmes, sont classés parmi les agriculteurs bien qu’ils aient à leur service et à celui de leur sœur Joséphine une « demoiselle de confiance », deux « domestiques » et deux servantes.
On note en passant la présence de notabilités que nous avons déjà évoquées, un curé, un instituteur, une institutrice…126
2. 1872 : présence de nouveaux métiers.
Le recensement de 1872 fait état des mêmes métiers avec 72 agriculteurs et 49 journaliers. A quelques unités près on retrouve les métiers évoqués ci-dessus (gardes, meuniers, berger, etc.…)
On en découvre quelques nouveaux : 4 bûcherons, 1 scieur de long, 2 peintres, 2 épicières, un boucher un chaudronnier, une sage femme, un receveur et un buraliste.
La sucrerie est maintenant répertoriée avec un patron (Ferdinand), 2 contremaîtres, 4 employés, 1 mouleur, 1 voiturier.
3. 1901 : population en hausse et industrie bien implantée.
En 1901 la population a augmenté. Les métiers traditionnels aussi sauf l’agriculture qui descend à 56 agriculteurs et 7 ouvriers agricoles. Signe, peut être de l’augmentation de population, le nombre de cafés qui passe de 8 en 1872 à 28 en 1901. Ils sont presque toujours tenus par des femmes dont le mari exerce une autre profession.
A noter l’apparition de trois religieuses et surtout de nouveaux employeurs, les mines, M. Blondeau et les frères Béghin.
En 1901 on dénombre 20 mineurs ou employés aux mines (Dourges, et surtout Ostricourt) Deux entreprises locales émergent au-delà de l’artisanat : une fabrique de vêtements, l’entreprise Blondeau (1 patron, 1 employé, 5 tailleurs, 2 domestiques et un jardinier) et surtout l’usine des frères Béghin.
C la « belle époque » 1900-1914 continuité avec la période précédente.
Le nom de « belle époque » a été donné a posteriori, après le premier conflit mondial, à la période qui a précédé celui-ci. Il évoque une certaine nostalgie : croissance, stabilité monétaire, insouciance.
Nous avons choisi de placer ces 14 premières années du 20ème siècle dans le chapitre 5 parce qu’il y a continuité avec le 19ème siècle et que la véritable rupture est celle de la première guerre mondiale.
1 Une certaine continuité.
a) Dans la croissance démographique.
Les recensements du début du siècle attestent de la poursuite de l’augmentation de la population thumerisienne : 1072 habitants en 1901, 1176 en 1906, 1526 en 1911, près de la moitié en plus en 10 ans.
Cette population nouvelle est attirée par l’industrie sucrière et les frères Béghin commencent dès cette époque à construire des cités nouvelles pour accueillir ces nouveaux habitants. Ce sont les cités de la Baverie (19 maisons édifiées entre 1911 et 1914), la cité du Maroc (28 maisons) et la cité des marronniers en 1914.
Seconde conséquence de cette embellie : les écoles deviennent trop petites.
L’école des garçons, construite en 1878, rue Defretin a besoin de locaux supplémentaires.
« La population ayant augmenté en raison de l’importance de l’industrie la Municipalité se trouve dans l’obligation d’agrandir ses écoles. L’école de garçons qui ne comporte actuellement qu’un rez de chaussée avec deux classes sera remontée d’un étage. Le bâtiment prolongé jusqu’au mur de clôture. Cette partie servira de cage d’escalier et de vestiaire et de couloir d’accès au jardin188…
Les travaux sont adjugés le 2 novembre 1911 à l’entreprise Wille Jules de Sailly les Lannoy et la réception définitive des travaux consignée le 12 mars 1914.189
188 Archives départementales O 590/40 1910
189 Archives municipales PV 66 ,145127
A l’école des filles, en 1899 on
note « le mauvais état de la salle
d’asile »et on va donc déplacer la
cloison en bois entre la salle à
manger et la première classe pour
la remplacer par des briques
creuses qui atténuent le son et
faire deux classes contiguës et
transformer la salle d’asile en
salle à manger pour l’institutrice.
En 1900 c’est une classe
enfantine supplémentaire qui est
envisagée. On trouve au conseil
du 16 avril la mention suivante :
« M Béghin, raffineur de sucre à
Thumeries, offre d’avancer la
somme nécessaire qui lui sera
remboursée progressivement.
Au budget de 1901 il est prévu 2.983 F
d’emprunt et 2.600 F de subventions
pour cet agrandissement.190
Voici ci contre le plan de ce projet et ci-dessous
le dessin représentant la classe supplémentaire.
Ce local existe encore.191
Dans sa séance du 20 octobre 1909 le conseil
municipal vote la construction d’une classe
supplémentaire dans les deux écoles, un
deuxième poste d’adjoint chez les garçons et un
deuxième emploi à l’école des filles.
En 1910, enfin une nouvelle classe sera construite : « La population ayant augmenté en raison de l’importance de l’industrie sucrière, la Municipalité se trouve dans l’obligation d’agrandir ses écoles...A l’école des filles mal distribuée au point de vue surveillance, où la cour est trop petite et dépourvue de préau une nouvelle classe sera construite à droite de l’entrée et en front de rue »
Voici à titre d’anecdote quelques tarifs de fournitures scolaires en 1914 192
190 O 590/115
191 Comme ce local est longé par une voyette, les fenêtres donnant sur le chemin sont particulièrement hautes sur cette face
192 O 590/114128
Cahier couronne 25 feuilles :15 F les 100
Craie blanche boite 0.75 F
Ardoise 8 F le cent
Plumes sergent major 1.50 F la grosse
Crayons 0.30 F la 12aine
Méthode de lecture 0.40 F le livret
Tout de France 1.30 F
Dictionnaire Larousse 2.60 F
Gomme 0.05 F
Et ci contre, le plan des bureaux prévus pour ces équiper ces locaux.
Nous verrons dans un autre chapitre les
transformations élaborées dans les écoles au
courant du 20ème siècle.
b) Dans les efforts pour l’agriculture
La municipalité continue ses chantiers de
pavage et d’entretien des chemins ruraux.
Elle va aussi édifier, rue basse, un ouvrage
particulier, un abreuvoir destiné au bétail et aux aux chevaux.
C’est à la demande des cultivateurs de la
commune « qui réclament depuis plusieurs
années sa construction » qu’on envisage dans le
centre du village l’installation d’un abreuvoir
communal.193.
Voici les plans déposés aux archives
départementales : 194
Il sera donc construit en haut de la rue basse,
avec un raccordement au trop plein des fossés
du château blanc.
Il s’agit d’un bassin en pente douce, long de 12
mètres, accessible au bétail,
Le devis prévoit un terrassement de 80 m3 (64
F), un muret de protection de 28 mètres (260F),
un pavage de 2.000 pavés (250 F), 20 m3 de sable et main d’œuvre pour le pavage (100 F), 50 mètres de tuyaux de drainage (100 F), les honoraires du métreur et les imprévus s’élevant à 26F.
Total 950 F
Cet abreuvoir est resté en place jusqu’en
1952, date à laquelle, devenu inutile, il a été
rebouché, remplacé ensuite par une
habitation préfabriquée et après 1990, par un
petit espace vert.
c) Dans les efforts pour l’industrie.
Pendant ce temps les frères Béghin
poursuivent le développement de l’outil
industriel.
En 1907 ils obtiennent l’implantation d’un
193 PV du conseil du 11 juillet 1905
194 ADN O 590/42129
embranchement ferroviaire privé entre l’usine et la gare de Thumeries. Dès lors la cour de l’entreprise va être équipée de plusieurs aiguillages et de lignes intérieures pour le déchargement des wagons de betteraves, de charbon pour la chaufferie, de chaux pour les fours à chaux, etc.…
En 1908, le conseil municipal présidé par Jean Baptiste Denneulin, étudie la demande de Jean Baptiste Coget qui envisage la formation d’une société et la création d’un entrepôt de sucre.
Près de la station (gare) un entrepôt réel des sucres qui sera en même temps magasin général dans les termes de la loi en vigueur.
La délibération rappelle d’ailleurs que
selon la loi du 31 mai 1846 seules les
communes peuvent demander et obtenir la
création d’un dépôt réel de sucre. Il s’agit
donc de convaincre la municipalité du bien
fondé de sa demande, de lui garantir que sa
démarche sera totalement gratuite, qu’elle
pourra rétrocéder rapidement ce dépôt à la
société qu’envisage M Coget. Avec ces
assurances le conseil accepte la
proposition.
La photo ci-dessus présente donc les
entrepôts et les quelques maisons qui l’accompagnent avant la construction du château Malle (avant 1922).
On y stockait donc du sucre conditionné en sacs de 80 à 120 kilos empilés en tas. Travail de costauds comme on peut le deviner. Par la suite, l’aménagement d’un pont transporteur permettra le chargement et le déchargement des wagons avec un peu moins d’efforts physiques.
Plus tard encore, le troisième bâtiment sera aménagé avec des alvéoles permettant de garder le sucre en vrac sans le conditionner en sacs. Ici des tapis roulants remplaceront le pont roulant. Le sucre stocké provenait d’outre-mer et de différentes usines métropolitaines et devait être retravaillé et raffiné avant d’être conditionné.
L’entrepôt a eu depuis son origine une vocation de magasin général. C’est un statut particulier qui donne à la marchandise conservée à long terme une valeur de garantie. On appelle cela le « warrant », sorte de nantissement ou d’hypothèque sur une valeur mobilière. La marchandise apporte une garantie officielle à la signature du propriétaire.195 En 1911, les frères Béghin achètent la sucrerie de Beauchamps sur la Bresle dans l’Oise aux confins de la Somme et de la Seine maritime.
Pour l’histoire je dirai que le prix payé s’était élevé à cinq millions. Cette usine était vieillotte et dès la première année, mon père prendra des mesures pour la moderniser3196.
Cette usine jouera un grand rôle pour la société pendant la guerre et après le conflit.
2. Les inventaires.
a) La loi de 1905.
Ce sous-titre évoque une des conséquences de la loi de séparation de l’église et de l’état, votée en 1905, Son article premier affirme que la République assure la liberté des cultes mais l’article 2 met fin au concordat établi par Bonaparte en 1801 et supprime les salaires et les subventions. L’article 3 prescrit de faire l’inventaire des biens ecclésiastiques.
195 La création de 2 silos de 20.000 tonnes en 1968 va diminuer l’importance des entrepôts. Après la fermeture de la sucrerie (1991) ils seront revendus à la société Laude qui louera ses vastes espaces à des entreprises recherchant de vastes lieux de stockage (Célatose, Inbrand, Tico, Viadis pour les premières)
196 Ferdinand Béghin, « mes carnets » page 9. Cette usine jouera un grand rôle dans le maintien de la société Béghin durant la première guerre mondiale et dans le financement de la reprise après guerre130
Cette décision a donné lieu en certains endroits à des manifestations violentes. Les commissaires se sont trouvés ici ou là devant des églises barricadées, des portes piégées, des manifestants hostiles… Comment se sont passés les inventaires de Thumeries. Voici le procès verbal établissant le déroulement
des faits :197
Le jeudi 8 mars 1806, à 3 heures du soir,
Mr Boyer, percepteur à Phalempin, s’est
présenté à la porte de l’église de
Thumeries, pour procéder à l’inventaire
des biens de cet édifice. Il fut reçu dans
l’église par le desservant qui lui lut une
protestation et permit de faire l’inventaire
des objets contenus dans l’église, ce qui
fut fait. Mais au moment d’opérer dans la
sacristie le desservant refusa d’en ouvrir
la porte. Mr le percepteur s’est alors
retiré. M Boyer était accompagné de deux
gendarmes et au cours de cette opération
il ne s’est produit aucun incident.198
L’inventaire ci dessous nous donne un descriptif
précis de l’état de l’édifice en 1905. On pourra le
rapprocher des quelques rares photos présentées
ci après
b) Inventaire de l’église.
Devant l’autel de St Antoine de Padoue
un chandelier en cuivre estimé à 20 F
un tableau du sacré cœur 80 F
50 chaises 150 F
14 stations de chemin de croix (tableaux en bois
et plâtre) 200 F
1 calorifère 50 F
1 lampe à suspension 10 F
A droite de l’autel de St Antoine
fonds baptismaux en marbre
grille de communion en fer
autel de St André en marbre
maître autel en marbre blanc et gris
autel de la Vierge en marbre avec au dessus un
tableau
un confessionnal en bois très simple
un orgue
Dans le clocher : une cloche
Dans l’église
4 chandeliers en cuivre 40 F
un tableau de st André 50 F
une horloge 30 F
une chaire 10 F
12 chandeliers en cuivre 60 F
une statue de St André 20 F
une statue de St Joseph 20 F
197 ADN 4 V 31
198 À la même référence on note qu’à Wahagnies il a fallu enfoncer les portes sans manifestations hostiles toutefois…et à Thumeries l’église était ouverte (rapport du commissaire)131
un tableau de la vierge 500 F (attribué à Murillo)
une statue du Sacré Cœur
b) inventaire de la sacristie
La sacristie ne fut visitée que plus tard, en voici le détail
Placard 3 portes (80 F), armoire 2 portes (80 F),
calice en argent (100 F), 61 purificatoires (25 F),
plateaux en métal, 2 appliques d’éclairage (4 F)
Chasubles, manipules, étoles de couleurs différentes,
blanc (100 F rouge (70 F) noir (40 F) violet (10 F) doré
(100 F)
draperie or pour bénédictions 10 F,
2 surplis (6 F) 10 étoles (15 F) 3 navettes (5 F) 25
purificatoires (25 F) missel de 1875 (10 F), pro defunctis
(2 F) 3 voiles pour ciboires (9 F) 4 tablettes à 1 F, 24
sachets (80 F), 13 amicts (7 F) 5 cordons blancs (7 F), 12
surplis (36 F), 5 ceintures (4 F) 3 rouges et une noire, un
lavabo émaillé (6 F), des liasses d’actes paroissiaux, 2
chasubles de diacre et sous diacre (10 F), intérieur de
tabernacle en cuivre sculpté (10 F), 8 plumets pour dais,
4 grands pour 8 F et 4 petits pour 2 F)
2 chandeliers à 6 bougies (20 F) , 2 à 5 bougies (16 F), 2
à 3 bougies (6 F), 4 chandeliers en verre (2 F), 2
‘girandoles ( ?) à 4 branches (10 F), un ostensoir argenté
(15 F), une lanterne (3 F), 2 encensoirs argentés 10 F, et
un cuivré 3 F, une garniture velours noir pour
enterrement 30 F.
Je me suis permis de relever l’ensemble de l’inventaire.
Bien sûr il s’agit de termes techniques qui ne sont compris que par les initiés. Au-delà de ce souci du détail qui satisfait sans doute aujourd’hui notre curiosité, il faut surtout se rappeler la réprobation que cette mesure suscitait chez les catholiques et l’on peut comprendre le contenu de la protestation du curé remise à Mr le percepteur avant de procéder à l’inventaire :
Nous protestons de toute l’énergie de notre âme contre cet inventaire et nous déclarons ne vouloir y participer en aucune manière, nous cédons à la force. Gardiens vigilants des biens qui nous ont été confiés nous croirions forfaire à l’honneur et manquer au plus sacré des devoirs en ne le faisant pas et Dieu nous en demandera compte un jour C’est la loi, dit-on, il faut obéir à la loi. Ce sont les hommes qui font les lois humaines et ils peuvent se tromper. Est-il donc si rare de voir dans l’histoire des lois abusives du droit des citoyens. Dieu seul est infaillible.
D’ailleurs la plus grande partie du mobilier de cette église appartient à des particuliers. Les orgues, tous les tableaux, le chemin de croix, toutes les statues, la lampe du chœur, tous les autels, tous les vitraux, comme en fait foi l’inscription qu’ils portent, proviennent de dons offerts par des personnes charitables. Nous faisons les plus expresses réserves des droits de la fabrique sur ces biens qui sont les nôtres ainsi que des droits des donateurs sur les objets qui leur appartiennent nous vous demandons , Monsieur, de vouloir bien annexer cette protestation à l’inventaire. En assistant à l’inventaire qui va avoir lieu nous voulons seulement sauvegarder les droits de la Sainte Eglise et notre présence ne doit en aucune manière être considérée comme une acceptation de la loi du 9 décembre 1905. Le Saint Père s’est réservé le jugement à porter sur cette loi. Nous souscrivons d’avance à sa décision et nous faisons d’ailleurs toutes les réserves nécessaires pour l’avenir. Du reste le Pape vient de condamner cette loi et nous la condamnons avec lui.
Signé Jaffroy, curé de Thumeries, Thumeries le 8 mars 1906132
199
3. Édification d’un monument aux morts de la Patrie.
Enfin, pour conclure ce chapitre 5, nous terminerons en évoquant la construction d’un monument aux morts de la Patrie.
Contrairement à la plupart des villages français, le monument de Thumeries ne date pas du la première guerre mondiale.
C’est en effet dès 1900 que le conseil municipal est sollicité à ce propos par un conseiller, Mr Laurent :
« Monsieur le Maire donne la parole à Mr Laurent, lequel propose de voter une subvention pour aider à élever un monument commémoratif des soldats morts pour la patrie. Le conseil municipal, après en avoir délibéré à l’unanimité, vue la situation financière de la commune, regrette de ne pouvoir voter aucune subvention en argent mais décide d’accorder à perpétuité dans le cimetière communal une concession pour y élever ce monument. Le conseil prie également Mr le préfet de vouloir bien user de son influence auprès des pouvoirs publics afin d’obtenir une subvention.
Nous n’avons pas trouvé trace de cette subvention
mais nous pouvons assurer que ce monument a été
édifié du vivant de Mr Jean Baptiste Denneulin,
maire, décédé le 18 octobre 1912.
En effet le monument porte le nom des 7 membres de
la commission : voici leurs noms et les dates de leur
décès : Outre Jean baptiste Denneulin il faut noter
Jean Lelièvre, adjoint, 28/6/1924, André Laurent,
Charles Carlier (29/08/1909), Jean Baptiste Milleville
(19/02/1909), Jean Baptiste Lozin (25/02/1926), et
André Marsigny (21/03/1932). Ces dates attestent
que le monument est antérieur à 1909.
Les premières victimes dont les noms furent gravés
sont celles de la guerre de 1870 : Depret Henri, Pinte
Eugène, Lemaire Joseph, Lozin Charles, Méresse
Pierre, Leroy Prosper.
On y gravera par la suite les 37 noms des victimes de
la guerre de 1914 (Cf chapitre 6, à suivre) et
199 La rue de l’église au début du 20ème siècle133
quelques autres encore (Milleville Victor, décédé à l’hôpital militaire de Maubeuge en 1891, Louis Lelièvre décédé en 1911, Adolphe Dhainaut décédé en 1937 au barrage du péchoir dans l’Yonne, Christian Gulczinski, accidenté dans les gorges du Verdon, Louis Marsigny mort en Tunisie (1954) tous décédés pendant leur service national. On y a ajouté depuis 2 soldats disparus en Indochine, Mazure C. en 1955 et Évariste Danikowski 1953.
Après le décès de M Denneulin c’est Mr Blondeau son adjoint qui prend la place de maire. Il ne se doutait pas que deux ans après son élection il aurait à administrer une commune confrontée à une occupation militaire, privée d’une partie de ses jeunes hommes mobilisés, privée aussi de sa principale ressource, la sucrerie.
En effet en août 1914 commence la première guerre mondiale et avec elle Thumeries comme la France entière quitte la « Belle époque » et se trouve plongé dans un autre siècle, le 20ème, commencé dans la quiétude mais qui verra se dérouler deux guerres mondiales.
Nous verrons cela dans notre chapitre 6.134
Chapitre 6 : Thumeries dans la1ère partie
du 20ème siècle.
I/ La première guerre mondiale à Thumeries et ses conséquences. Nous ne faisons pas ici le résumé de l’histoire générale. Cependant, rappelons en quelques mots qu’entre 1905 et 1914 la France et l’Allemagne se sont affrontées plusieurs fois à propos des colonies et particulièrement du Maroc, que d’autres conflits sont apparus dans les Balkans avec en première ligne l’Autriche et la Serbie. Le détonateur du grand affrontement A été l’attentat de Sarajevo où périt l’archiduc d’Autriche. La volonté d’en découdre, les nationalismes exacerbés, le jeu des alliances entre les grands pays ont amené l’Europe à déclencher un conflit dont elle ne mesurait ni l’ampleur ni la durée.
La guerre est déclarée le 2 août 1914. Très vite débordées par le grand mouvement enveloppant des troupes allemandes (le plan « Schlieffen »), les armées franco-britanniques, massées en Belgique, doivent se replier. Lille est déclarée ville ouverte le 23 août. La guerre se poursuit vers le sud, devant Paris. On connaît la suite: les troupes allemandes sont arrêtées à la bataille de la Marne et repoussées jusqu’à l’Aisne. Chaque camp essaie ensuite de contourner l’autre par l’ouest dans ce qu’on appelle la « course à la mer », qui ramène les combats dans notre région. Mais, incapables de l’emporter, les adversaires s’enterrent dans une guerre de tranchées qui durera quatre ans. Le front se stabilise rapidement à environ 20 km à vol d’oiseau de Thumeries, aux abords de Liévin, Loos en Gohelle, Neuve Chapelle, Laventie, Fleurbaix…
Commence alors à Thumeries comme dans beaucoup de communes du Nord une longue et dure occupation.
A. Thumeries, ville
« occupée ».
Les allemands se sont bien organisés.
Ils éditent même des cartes du front et
des cartes postales dont nous avons
trouvé quelques exemplaires que nous
vous proposons ici.
1. Présence et manœuvres des
troupes allemandes.
Voici le premier document intitulé
« Abmarsch, » ce qui signifie départ.
Nous nous trouvons dans une prairie à
l’emplacement de l’actuelle salle des
fêtes. En arrière plan on distingue quelques outils agricoles (des rouleaux). Au premier plan on voit des fantassins, qui sortent avec leur
paquetage complet (sacs sur le dos, casque
rond, fusil) Au second plan, un soldat tient
un cheval, celui d’un officier sans doute.
La troupe est importante, rangée par rangs
de 5. Il y a bien une cinquantaine d’hommes
à la porte et presque autant dans le fond.
Le second document est intitulé « Abfahrt ».
Cela veut dire aussi « départ » mais, en
véhicule à moteur, cette fois.
Nous sommes pratiquement au même
endroit. Chaque camion équipé de pneus
pleins, emmène environ 15 à 20 soldats.
Notons à gauche les voitures légères des135
officiers et dans le fond quelques maisons anciennes (la maison blanche est probablement l’actuel restaurant « la sucrière ».)
La troisième carte est intitulée
« Verladung » ce qui signifie
« chargement ». On se trouve cette fois
devant l’usine. Le bâtiment, au premier
plan, a disparu mais au second plan on
distingue celui de la poste et du café
attenant (actuellement « la cravache
d’or »).
On retrouve toujours les camions assez
rustiques, au moins 7 camions, une
vingtaine d’hommes par camion, au sol des
officiers équipés de redingotes et de
casquettes.
La dernière carte s’intitule « Bagage »
ce qu’il n’est pas nécessaire de traduire.
Ici on découvre l’intendance. Ce sont
des chariots tirés par des chevaux
transportant de la paille ou du foin pour
les bêtes, des paniers (peut être des
pommes de terre) des sacs de toutes
sortes.
On remarquera l’encombrement de la
rue avec des convois dans les deux sens.
A l’observation de ces images on prend
conscience de la forte présence
allemande dans un village de 1.500
habitants à l’époque.
Il n’y a pas, bien sûr de caserne pour
héberger ces soldats. Les allemands ont
donc réquisitionné tout ce qui était disponible. On trouve quelques traces de cette occupation dans les documents suivants.
2. Réquisitions de logements.
La troupe s’installe d’abord dans les
châteaux. Celui de Bellincamps, propriété
de Mme Alice Heddebault, veuve depuis
1910 de Louis Legrand, sert de
cantonnement dès le mois d’octobre 1914,
pour des troupes de passage. Il convient
particulièrement bien aux aviateurs qui
utilisent les grandes allées pour décoller et
atterrir et se rendre à Lesquin. Le château
abrite aussi, de novembre 1915 à mai 1917,
un « Lazarett », c'est-à-dire un hôpital de campagne, réservé aux aviateurs. Puis c’est un groupe d’aviateurs qui investit les lieux. En 1917, Les allemands font démonter tous les pavés de l’entrée principale (355 mètres). Le mobilier, ancien et riche, acquis en Hollande du temps où M Legrand était ministre, disparaît bien sûr pendant cette occupation.. Cette occupation laissera des traces et Ferdinand Béghin qui récupère le bâtiment après son père préférera le raser et le reconstruire selon ses goûts. Voici, page précédente, la façade du château de cette époque.
Il en va de même au château blanc dans le centre du village. Ici la ferme elle-même est contrôlée par les allemands que l’on voit derrière les femmes du quartier qui procèdent à la traite des vaches au bénéfice de l’occupant qui en avait fait un hôpital vétérinaire.200
200 D’après le mémoire de maîtrise de Magalie Miquet déjà cité136
Le château qui logeait M Georger, directeur de l’usine, et proche collaborateur des frères Béghin est réquisitionné également. Le couple Georger garde la disposition de trois pièces, le bureau en bas, une chambre au premier et une chambre de domestique au second étage. Mais en août 1917, les Georger sont expulsés : le château devient un hôpital avec logement des infirmières et des médecins au premier étage avec les officiers blessés, les autres victimes s’entassant au rez de chaussée. Les allemands évacueront les lieux le 18 octobre 1918 et Mr Georger, de retour dans les lieux le 11 décembre affirme qu’il a retrouvé le bâtiment vidé de son riche mobilier et occupé par 220 soldats anglais ;201
Le château d’Henri Coget, que nous
avons présenté au chapitre 5, abrite
des officiers de Uhlands, une
colonne bavaroise et un officier chef
de gare. Celui de Joseph Béghin, de
l’autre côté de la rue, est occupé dès
septembre 1914 par des Uhlands.
Les officiers logent dans le château,
les hommes dans la propriété. Puis
viennent en 1915 le général Von
Armin qui reste jusqu’en juillet
1916, ensuite des officiers artilleurs qui sont changés toutes les 4 semaines. Les propriétaires ne sont pas là mais le jardinier a été réquisitionné durant toute la guerre. Ont été réquisitionnées aussi en 1914 les réserves du château : 100 kg de pommes de terre, 1278 bouteilles de vin, 130 kg de laine, etc…202
Une autre photo montre des soldats allemands posant aux fenêtres près de l’église. Nous sommes devant l’entreprise de confection de M Blondeau (actuelle rue Jean Jaurès)
3. Un foyer du soldat allemand.
201 ADN 10 R 4240
202 ADN 10 R 4240137
A l’occasion de la vente d’un
immeuble de la rue Léon Blum et des
travaux d’électricité afférents un
artisan a mis au jour des fresques qui
remontaient à l’époque de la grande
guerre. Ces peintures déjà dégradées
ont disparu maintenant. Mais nous
avons eu 203 ces photos que nous
vous présentons ici.
Ces fresques évoquent d'une part
l'adversaire, l'anglais, sous les traits
d'un boucher au tablier tâché de
sang..
Près de la fenêtre, il y avait aussi un poème, écrit dans l'écriture gothique traditionnelle que nous vous présentons ci-dessous et qui rappelle à chaque client les exigences de la vie commune comme vous pouvez le constater en lisant sa traduction.
Kamerad tritt ein
Ein Heim soll es sein
Und nicht -bedenke-
Eine Wüste Schenke
Nimm ab die Mütz'
Dann geh und sitz'
Gemütlich und friedlich
und sauf nicht u(nd) rauf nicht
Und grüll nicht u(nd)spring nicht
Sei sauber und nett
Spuck nicht auf's Parkett
Benimm dich Genau
Als ob deine Frau
Hier schalte und walte
Du Kennst deine Alte.
Camarade, entre
Ce doit être un foyer
Et non pas - songes-y
Un cabaret de débauche
Enlève ta casquette
Puis avance-toi et assieds toi
Confortablement et paisiblement
Ne te saoûle pas, ne te bagarre pas
Ne vocifère pas et ne saute pas
Sois propre et aimable
Ne crache pas sur le parquet
Comporte toi exactement
Comme si ta femme
Vaquait ici à ses occupations
Tu connais ta vieille !
B. Thumeries, ville exploitée.
1. la gestion difficile du ravitaillement.
La sucrerie est provisoirement fermée. Le chômage
s’étend. Il faut multiplier les secours aux personnes.
C’est ainsi que le 17 janvier 1915 le conseil
municipal décide de créer une caisse d’aide aux
chômeurs qui sera gérée par M Blondeau (maire),
Lelièvre (adjoint) Herin et Ramery (conseillers),
Lobert et Beauprez (délégués patronaux), Dubois et
Coille (délégués ouvriers). Les avances sont fixées
entre 0,50 F et 2,50 F par jour et par famille. A titre
indicatif le charbon coûte 26 F la tonne de boulets
en 1915 (30 F pour des gaillettes de 80/120).
Il s’est formé aussi un comité de ravitaillement, dit
comité hispano-américain204, afin d’aider au
ravitaillement des territoires occupés. Thumeries
203 Don de Mrs Vanhove et Landrieux
204 commission for relief in Belgium138
dépend du comité de Seclin, fondé le 25 juin 1915, qui utilise comme entrepôt les locaux de la sucrerie Desmazières et la malterie Pontfort. Ce comité prend en charge 28 communes. Le ravitaillement provient de farines américaines moulues à Roubaix et qui arrivent par péniches via le canal de Seclin. Le comité de Thumeries est présidé par M Blondeau, le maire et géré par Mrs Herin, Pionnier, Dauchot, Corteggiani, Soula, Hugot et Pioche. Il s’agit d’assurer la fabrication et la distribution de pain, trois fois par semaine, à raison de 250 grammes par habitant. Le comité distribue aussi d’autres denrées : du lard, du bœuf salé, du saindoux, du riz, des haricots, des lentilles. Il y a aussi quelques autres produits comme du savon, du sucre, de l’huile, du lait condensé. On lui demande aussi des semences pour les jardins.
« Sans le comité nos malheureuses populations auraient cruellement souffert de la crise actuelle » 205
On peut se faire une idée des stocks en 1917 : 579 kg de haricots, 493 de riz, 59 de lard, 500 de bœuf, 6 de saindoux. En 1918 on a 4.218 kg de farine, 690 kg de céréales, 1.228 kg de haricots, 227 de lard, 1.489 de saindoux, 213 de viande salée, 491 de lait concentré, 590 kg de café, 625 kg d’aliments pour enfants, 600 kg d’avoine, autant de seigle, 90 kg de son, 250 kg de sel, 229 kg de savon, 52 kg d’amidon.
L’organisation est parfaite quoique les locaux soient étroits. Le maire surveille la panification. Le boulanger, Verdière, a eu un problème 2 jours de suite en utilisant en même temps de la farine de seigle et de la farine de froment. S’étant aperçu du mauvais résultat il changea son travail et put obtenir un pain « mangeable ». Ensuite, M Blondeau assure qu’il a assisté au tournage et au défournement de 103 pains avec un travail soigné. En 1917 il est nommé délégué intercommunal pour Wahagnies, La Neuville et Thumeries et muni d’un laisser passer établi par la Kommandatur de Thumeries. En 1918 il se plaint d’ailleurs que la Kommandatur lui prélève des hommes pour travailler et désorganise le travail du comité qui ne dispose plus que de 4 personnes à la boulangerie, un magasinier, un receveur, un boucher un charretier soit 8 personnes pour 1600 habitants.206
La guerre perdure et en 1918 un procès verbal du conseil fait état des difficultés croissantes de la population du fait de l’augmentation du prix des produits et surtout de la raréfaction de certaines denrées.
Voici le tableau qu’il fournit :
La population comprend :
390 évacués du front touchant soit l’indemnité légale soit un salaire appréciable. 565 ouvriers ou ouvrières de Thumeries touchant des salaires supérieurs à ceux du temps de paix (exemple 290 F/mois pour une famille de 4 dont 3 travaillent). 400 titulaires d’allocations militaires dont 104 aidés par le B.A.S.
50 personnes aidées par le bureau de chômage ou le B.A.S suffisamment pour acheter les produits du comité.
40 fonctionnaires et retraités.
85 propriétaires.
Total 1530 habitants.
Mais si tout le monde peut se procurer les produits du comité de ravitaillement les autres produits sont inaccessibles. Il n’y a plus de viande disponible à la campagne, même pour les gens riches.
On pourrait objecter qu’il reste des poules mais il est défendu de tuer une poule sans permission.
205 ADN 9R 1376
206 ADN 9 R 1376139
La production d’œufs est pour les 4/5 requise et le reliquat ne représente qu’un œuf par personne et par mois. Quelques autres produits sont encore possibles comme les lapins et des légumes mais leur quantité est restreinte Nous encourageons donc les potagers et nous avons distribué 12 kg par habitant de plants de pommes de terre.207
2. Les impôts de guerre.
Nous venons de voir que l’armée allemande réquisitionne des logements, qu’elle prélève de la nourriture mais elle ne s’arrête pas là.
Les troupes d’occupation ont maintenu les autorités municipales pour mieux pressurer et contrôler l’habitant. C’est le fait des impôts d’occupation dont nous trouvons quelques traces. Voici un exemple :
J’ai reçu de la Kommandatur la lettre suivante datée du 22 juin 1916. En vertu de l’article 49 de la conférence de la Haye,
L’autorité militaire allemande requiert de la commune de Thumeries le paiement de la somme de 216.080 F, payable en quatre fois, 2 /10ème en monnaie allemande ou française, le reste en billets communaux. Une réduction de 20% sera accordée pour le paiement en or ou de 5% pour le paiement en argent.
On voit la place que jouaient encore les monnaies métalliques au début du 20ème siècle. Rappelons que le franc or, le franc germinal, avait gardé son cours pendant 100 ans mais qu’il n’a pas survécu à la grande guerre. L’ impôt d’occupation sera prélevé à plusieurs reprises à peu près dans les mêmes termes.
En 1918 les troupes d’occupation taxent même la commune pour l’électricité.
Tant que l’usine Béghin a pu produire l’électricité, la lumière nous a été fournie par elle. La commune a dû seulement fournir le charbon nécessaire. Aujourd’hui que le courant ne provient plus de la même source, l’autorité allemande nous remet une facture comprenant : 1/ les lampes à usage des troupes, et 2/ les lampes à usage des habitants (407 lampes) et en exige le paiement à raison de 3 F par lampe et par mois à compte du 1er mai208
3. Le financement par l’emprunt.
La présence militaire allemande fait perdre à la commune ses ressources ordinaires, sa part d’impôts.. Les procès verbaux du conseil municipal font état presque chaque mois de la même décision :
En raison des circonstances que nous traversons, le receveur municipal se trouve privé de toutes communications avec les services du Trésor. J'ai appris que la ville de Seclin a émis des bons communaux et qu'elle acceptait d'en mettre à notre disposition...(209 )
On décide donc d'un emprunt de 50.000 F à 2%.
Il sera suivi de bien d'autres emprunts contractés cette fois auprès de la ville de Lille :
207 PV du conseil municipal page 143
208 PV du 28 juin 1918 page 146
209 PV du conseil 19 novembre 1914 archives municipales140
Date de l’emprunt somme date somme 3 octobre 1915 34.000 F 29 octobre 1915 30.000 F 10 février 1916 36.000 F 18 mars 1916 34.000 F 7 mai 1916 25.000 F 5 juin 1916 30.000 F 2 juillet 1916 25.000 F 23 juillet 1916 18.075 F 27 juillet 1916 26.000 F 30 septembre 1916 33.000 F 20 novembre 1916 35.000 F 20 décembre 1916 33.000 F 12 février 1917 40.000 F 11 avril 1917 16.000 F 2 juin 1917 22.600 F 23 juillet 1917 49.000 F 3 octobre 1917 34.000 F 16 janvier 1918 52.000 F 14 février 1918 57.000 F 9 mars 1918 55.000 F 8 avril 1918 40.000 F 28 juin 1918 53.000 F 5 août 1918 57.000 F
Thumeries est libérée en octobre1918. A partir du 14 novembre la formule change mais le problème reste le même :
Considérant que dans les circonstances actuelles, la caisse communale ne peut être alimentée par des bons de monnaie et que les recettes budgétaires normales sont pour la plupart irrécouvrables, la commune demande à l’état de bien vouloir consentir à avancer les fonds nécessaires jusqu’à la reprise de la vie administrative normale » (PV du 14 novembre 1917)
Nous aurons donc une nouvelle succession d’emprunts.
Date de l’emprunt somme date somme 14 novembre 1918 9.558, 85 F 17 décembre 1918 252.000 F 18 janvier 1919 24.000 F 16 février 1919 235.200 F 26 février 1919 40.000 F 27 mars 1919 40600 F 25 avril 1919 25.000 F 20 mai 1919 30.000 F 6 juillet 1919 20.100 F 20 juillet 1919 1200 F 26 août 1919 59.900 F 10 septembre 1919 (nonchiffré) 26 octobre 1919 20.500 F 23 novembre 1919 6.600 F 28 décembre 1919 22.500 F 22 février 1920 16.200 F 28 mars 1920 20.100 F 11 avril 1920 8.700 F
Le 14 septembre 1920 on trouve trace du vote d’un budget
pour 1920. Il aura fallu presque deux ans pour que cesse le
recours aux emprunts ou aux avances budgétaires pour faire
face aux dépenses communales.
C Les dommages de guerre.
Après quatre ans de guerre, l'été 1918 voit enfin le front
allemand enfoncé vers l'est par les anglais. Lille est libérée le
17 octobre, Thumeries le 18. La carte ci contre montre la
progression des troupes alliées vers Lille ;Menacés au nord
vers Courtrai et au sud vers Douai les allemands évacuent
rapidement cette poche sans faire sauter comme ailleurs les
châteaux, clochers et hôpitaux de campagne.(210 ) Thumeries
a donc été relativement épargnée. Les anciens se souviennent
seulement de trous de mines creusés aux divers carrefours
(211 ) afin de ralentir la progression des alliés.
Une personne, dont j’ai oublié le nom, m’a donné une
photocopie d’un récit d’un soldat anglais qui raconte la
210 A Beaucamps Ligny, village où j’ai travaillé longtemps, à 20 km d'ici, tout le pensionnat qui servait d'hôpital et toute l'église qui servait d'observatoire pour l'artillerie ont été dynamités
211 En face de la pharmacie et au "Tourne bride"témoignage oral de Adrien Chère.141
grande nouveauté de retrouver une guerre de mouvement après quatre ans dans les tranchées. On avance, on découvre, il faut s’organiser, trouver de quoi se loger... En voici quelques mots concernant Thumeries:
« In the course of next day we passed beyond the active war area of immunition dumps and nto a quiet agricultural country, billeting for the night in the pleasantly wooded village of Thumeries. It was scarcely a triumphal procession, however, as some housewives of this village actually refused to allow our men to be billeted in their houses on the ground that the Boche had never done so and they saw no reason for making an exception with us ! From now on wards, therefore, it was found to be simplest plan for billeting officers on entering a town or village to get from the Mayor the Boche billeting scheme and used it as it stood”.
Pour ceux qui ne lisent pas l’anglais disons qu’ils passent au-delà des zones de combats et des dépôts de munitions pour arriver dans un pays agricole calme et qu’ils cherchent à loger pour la nuit dans le village plaisant et boisé de Thumeries. C’était presque une procession triomphale.
Petit bémol, cependant, certaines ménagères du village refusent de loger par terre les hommes sous prétexte que les allemands ne l’ont pas fait. A partir de ce jour les anglais en prenant une ville ou un village demanderont au maire le plan de réquisition des allemands et l’utiliseront à leur tour pour leurs hommes …
1. Les victimes du conflit.
C’est l’heure des bilans. Les survivants rentrent au village. Certains ont été blessés, mutilés, gazés. Un dossier incomplet sans doute fait état de blessures graves (amputations d’une ou deux jambes pour Pinte Eugène, Jules Bridelance, Aimable Guinez) perte d’un œil (Emile Masqueliez) ; fracture du genou pour
Laman Emile., et d’autres pathologies
(bronchites chroniques ou tuberculose).
D’autres, malheureusement, ont payé de
leur vie. Leurs noms seront gravés sur le
monument aux morts qui existait déjà à
Thumeries avant la guerre. Certains
seront rapatriés et la commune va édifier
un caveau dans le nouveau cimetière
pour y recueillir leurs restes.
Voici quelques photos de ce caveau et
du monument aux morts.
On dénombre 40 victimes. C’est beaucoup certes, mais du fait que Thumeries était en zone occupée, seuls les mobilisés de 1914 sont concernés. Les autres n’ont pas pu rejoindre les armées et ont été préservés. On aurait donc pu en déplorer davantage.
12 hommes sont tombés dans les 5 premiers mois de la guerre, 2 dans les premiers affrontements en Belgique, 10 autres à la bataille de la Marne et dans les combats qui ont suivi (course à la mer).
L’année 1915 a vu tomber 15 thumerisiens.
5 ont perdu la vie en 1916,
5 autres en 1917,
2 en 18.
Il y aura encore 2 décès (suite de blessures) après la fin du conflit.142
212
212 Le monument aux morts sera gravé en 1920 par le marbrier Verlhelst (650 F) M le Maire fait tracer en plus en blanc les victimes de 1870 et inscrit donc au budget la somme de 700 F143
Liste des victimes…
Nom Prénom Âge Décédé Lieu du décès Profession 1911 Rue en 1911213
ou remarques
BAILLEU Emile 20 16/09/15 SAPIGNEUL (Marne) né à Attiches 14/09/95
BAUDRY Alexandre 23 07/03/16 REVIGNY Marne Maréchal ferrand RUE DES PRES
BIGOTTE Eugene 29 07/10/14 HERMEVILLE (Meuse) né à La Neuville
BIGOTTE Augustin 25 05/05/18 ROBIAC (Gard) Journalier Béghin RUE DES PRES
BIGOTTE Pierre 22 19/11/16 TILLOLOY (Aisne) Mineur Ostricourt RUCHONNETTE
BIGOTTE P Augustin 22 05/05/17 CHEMIN DES DAMES
BOUSSEMART Augustin 26 20/08/14 NEUFCHATEAU Disparu en Belgique
BRAY Jules 25 24/08/14 MISMES (Belgique) Mineur RUCHONNETTE
BRIDELANCE François 39 04/09/15 ABBEVILLE journalier Ruelle Houdart
BRIDELANCE Louis 38 24/02/16 VERDUN journalier RUE DES PRES
BRUISSE Louis 23 13/10/14 SAPIGNEUL Jardinier Béghin BASTRINGUE
CABRE Alexandre 1918 Date à l’église
CALIMEZ Louis 30 11/11/14 BEZEUVAUX (Meuse) mineur RUE HOUDART
CROMBEZ Gustave 29 28/09/15 AIRE SUR LA LYS bourrelier RUE DEFRETIN
DEFRETIN Emile 34 09/04/16 FROMEREVILLE Meuse
DEFRETIN Fernand 23 17/02/15 MARNE mineur THELUT
DELAHAYE Louis 10/06/15 HEBUTERME
DELSAERT Joseph 26 15/10/14 SAPIGNEUL mineur RUE DEFRETIN
DEPRET Désiré 34 05/12915 hopital d’AMIENS né à Mons en Pévèle
DEVIENNE Pierre
Augustin
35 06/08/19 THUMERIES (maladie en
captivité
OLIZIER
DILLIES Alphonse 22 22/01/15 HARRAZEE (Argonne)
DILLIES Louis Jules 23 06/10/17 BRENELLES (Aisne)
DUBOIS Jean
Baptiste
26 12/09/14 BAZOCHES journalier Béghin OLIZIER
DUQUENNE Camille 27 17/02/15 MESNIL LES HURLUS
ESCALBERT Edouard 33 25/11/14 SOUPIR Journalier RUE DES PRES
FLINOIS Joseph 30 25/09/15 THELUT Pas de Calais né à Wahagnies
FOUQUART Eugene 40 28/03/17 EMERAINVILLE
HERENGT Léon 25 30/04/19 VIR PAZAR + au Montenegro
LAGACHE Georges 23 20/08/17 CORNIEZ journalier RUCHONNETTE
MARSIGNY Louis 23 23/09/14 Bataille de la MARNE Ouvrier maçon RUE HOUDART
MINNE Léon 33 28/01/15 RAUZIERES (Meuse) Valet de chambre Rue de la Fabrique
MONNET Léon 28 16/04/17 VAUCLERC
MULIER Edouard 26 04/11/16 GEZAINCOURT
PINTE Louis 25 17/09/14 REIMS Journalier asturies RUE DEFRETIN
POTIER Ernest 36 14/11/18 PLESSIS HURLU journalier Rue de la Baverie
PRUDHOMME Paul 26 17/09/14 PONTAVERT (Aisne) Ouvrier agricole
ROGER Henri 43 03/02/15 EMBRY cultivateur HALLOTEAU
SAROT Noel 25 25/02/15 MESNIL LES HURLU chaudronnier
TYS Marcel 28 03/10/14 VERDUN journalier Rue des longues haies
WACQUIER Octave 31 10/06/15 HEBUTERNE
213 La profession ou le quartier en 1911 sont relevés dans le cahier du recensement144
2. Les dégâts matériels et les reconstructions.
L’Allemagne déclarée responsable de la guerre au traité de Versailles (28 juin 1919) doit s’engager à réparer les dégâts causés par elle durant la guerre. Collectivités, entreprises et particuliers vont essayer de monter des dossiers pour faire l’inventaire des dégradations subies par leurs bâtiments.
Dès le 26 octobre 1919 le conseil municipal demande une avance d’argent au préfet pour ces réparations aux bâtiments occupés par les allemands durant la guerre. Je cite : « Les troupes allemandes ont occupé les locaux communaux, mairie, écoles, logement des instituteurs et institutrices, église, durant toute la guerre. »Le 28 décembre le conseil nomme l’architecte Boudin de Lille pour suivre les travaux de réparation.
Il s’agit de quelques travaux au logement de l’instituteur et dans les écoles. On déplore un certain nombre d’objets volés, un bureau, une collection de tableaux d’histoire naturelle, des cartes de géographie, des poêles, un tableau noir, des encriers, un globe terrestre, des livres de bibliothèque. 214 (valeur 16.080 F en 1920). On peut ajouter le matériel de chauffage à l’école des filles (4.576 F) et des réparations à la maison de l’instituteur (42.403 F) Il y aura quelques difficultés pour remplacer la cloche qui avait été emportée et qu’on n’a pas retrouvée. C’était une cloche de 550 kg avec un battant de 42 Kg. Les dossiers seront discutés jusqu’en 1926 date à laquelle le Maire accepte de clore le dossier des dommages communaux. La commune touchera donc 180 F pour des stores, 6.600 F pour une cloche, 5.725 F pour une nouvelle pompe à incendie et 2.500 F pour la réparation de l’orgue.
La société Béghin dépose aussi des dégradations survenues dans des immeubles d’habitation de ses ouvriers dans le quartier de Lakeu. J’ignore de quel quartier il s’agit, mais les réparations portent sur les maisons N°10, 13, 18, 19, 20, 22, 24. D’autres réparations seront demandées également rue de la Baverie.
Mr Georger, directeur, dépose aussi un dossier concernant le château de M Henri Béghin, un dossier de 9 pages :
«Il résulte des renseignements recueillis et des explications que nous avons provoquées, que les dommages causés sont bien le fait de l’ennemi, d’une part par l’occupation de l’immeuble qui est resté à la disposition des troupes et d’autre part par suite de l’explosion de mines pratiquée à peu de distance des lieux »215
Enfin M Henri défendra les intérêts de sa belle mère, Mme veuve Legrand, née Heddebault, qui réside à Paris. Finalement cette dernière lui vendra le château et les dommages de guerre qui lui sont attribués. (1920).
3. Le cas particulier de l’entreprise Béghin.
En 1919 La société Béghin demande des avances pour remettre en état la ferme de l’usine, rue Defretin. Cette ferme comprend, nous dit-on, 140 hectares dont 128 de terres à labour, le reste en prairies et bois. La société obtient une avance de 120.000 F pour remettre en état les terres et remplacer l’outillage détruit ou emporté (26 chariots, 5 tombereaux, 3 moissonneuses lieuses, 3 semoirs, 1 faucheuse et bien d’autres outils.216
En ce qui concerne la sucrerie on fait état d’abord des réquisitions de sucre cristallisé (plus de 8.000 T) et 179 T de sucre raffiné au profit des troupes d’occupation sur l’ensemble du conflit pour une valeur estimée à 4.379.782 F en 1919.
Il y a ensuite l’usine elle-même :
On déplore l’enlèvement de la chaufferie, constituée de 8 chaudières Babesek et Wilcox, équipées de systèmes automatisés d’alimentation, de régulation et de décendrage. Il manque aussi des machines à vapeur Dujardin et des dynamo génératrices d’électricité. Dans la même lettre M Georger, le directeur, ajoute :
214 ADN O 590/118.
215 ADN 10 R 4992
216 ADN 10 R 4992 en 1915 l’administration allemande a payé 1/5ème de la recette des blés et avoine tandis qu’en 1916 la récolte de pommes de terre a été réquisitionnée par la commune/145
« Une usine complète à usage de sucrerie raffinerie produisant annuellement 150.000 quintaux de sucre brut et 450.000 quintaux de sucre raffiné dont le matériel entier a disparu ou a été brisé. Les dommages subis sont évalués à 8 millions (valeur d’avant guerre) »
La série 10 R aux archives conserve plusieurs boites de documents regroupant les déclarations de sinistres, puis les demandes d’acompte, puis les devis de reconstruction détaillés ainsi que les innombrables courriers qui s’y reportent, courriers aux préfectures, aux services des dommages de guerre, aux architectes.
Dans ces circonstances, les frères Béghin, Joseph et Henri, font preuve d’une remarquable efficacité. Cette efficacité tient à leur complémentarité. Henri est un technicien hors pair. De plus il est veuf depuis 1919 et son fils, Ferdinand, affirme que son père a noyé son chagrin dans une sorte de boulimie de travail. Joseph, son frère, est un grand gestionnaire. Il est devenu maire et jouit donc d’un certain prestige et du respect des autorités. Ils ont su s’entourer d’un véritable bureau d’étude et de gestion des contentieux. Ils ont aussi l’avantage par rapport aux autres sucriers de
profiter du rendement de la sucrerie
de Beauchamps (Oise) qui n’a pas
fermé pendant la guerre et dans
laquelle, à la demande de l’état, ils
ont même installé une distillerie. Ils
disposent donc d’un volant de
liquidités qui leur permet de remettre
en route sans attendre, comme les
autres, le versement des indemnités.
Forts de cette expérience, après avoir
relancé leurs propres usines,
Thumeries et Courcelles, ils vont en
racheter d’autres avec les droits aux
dommages de guerre qui y sont
attachés.
C’est ainsi que passent dans la société
Béghin la râperie de Marquillies 217
puis les usines des consorts Couppé à
Ferin, des consorts Lefebvre à Corbehem,
des consorts Dubois à Lécluse, de Godefroy
à Ecourt Saint Quentin, de Fievet à Lécluse,
de Loth & Rouge à Quéant, de Davaine à
Villers les Cagnicourt, de Delcroix à
Phalempin… et la liste n’est peut être pas
exhaustive.
Les dommages de guerre permettent de
créer une nouvelle sucrerie à Corbehem
reliée par pipe-line aux râperies de Quéant,
Ecourt, Cagnicourt de même que
Marquillies sera reliée plus tard à
Thumeries.
Paradoxalement, on le voit, une usine
fermée pendant six ans s’est mise à racheter,
absorber et moderniser les autres…L’usine de Thumeries va devenir le siège social d’un empire industriel.
217 Les deux photos de cette page montrent les ruines de l’installation Brame Barrois à Marquillies. ADN146
II L’entre deux guerres.
Entre les deux guerres mondiales, Thumeries est profondément marquée par l’action de la famille Béghin, en particulier Joseph et Henri et leur famille.
A La place spéciale prise par J Béghin, maire et industriel.
1 Son élection et ses mandats.
Né en 1871, Joseph Béghin, n’avait que 25 ans à la mort de son père,
Ferdinand, quand le conseil municipal l’avait pressenti pour être maire.
Préoccupé par la succession ou se sentant trop jeune pour la mission, il
avait refusé sa nomination, comme nous l’avons vu, tout en assumant
le rôle de conseiller. En 1919, le conseil municipal, réuni le 10
décembre, dans la salle de l’école des garçons, le désigne pour la
seconde fois, maire de Thumeries. Cette fois, à l’âge de 48 ans, il
accepte la charge. A l’époque, il n’y avait qu’un adjoint au maire. Le
conseil élit à ce poste M. Gervais Legrand, ancien instituteur. La
fonction d’adjoint est importante du fait des activités professionnelles
de M Béghin. Une délégation spéciale est votée en la faveur de M
Legrand, le 6 mars 1920. Il s’agit de palier aux absences du maire. En effet, si Joseph Béghin, préside pratiquement toutes les réunions du conseil municipal, il n’en va pas de même pour la tenue de l’état civil. C’est son adjoint, en vertu de sa délégation spéciale, qui dresse et signe les actes. Il en sera de même après M Legrand 218avec les autres adjoints successifs de M Béghin:Honoré puis Aimé Beaucamps. La signature de M Béghin, chevalier de la légion d’honneur, n’apparaît qu’à de rares occasions, parmi lesquelles, celles qui concernent sa famille proche (le mariage de sa nièce, Françoise Béghin avec M Pierre Malle le 25 novembre 1921, les naissances des enfants Descamps ou Malle…
M Béghin entame donc en 1919 une longue période à la tête de la commune. Il sera réélu successivement le
17 mai 1925, avec
comme adjoint M
Honoré, disparu
dès 1926 et
remplacé par
Aimé Beaucamps,
en 1929 et en
1935. Aimé
Beaucamps, lui-
même décédé en
1937 sera
remplacé par
Joseph
Beaucamps. Voici
ci contre la photo
du Conseil
municipal de
1935. On
remarque au
dernier rang un
nouveau venu, le
neveu de Joseph
Béghin, Ferdinand (le 2ème du nom), fils d’Henri Béghin, son futur successeur...
218 M Gervais Legrand est décédé le 8 juin 1830 à l’âge de 70 ans147
2 Mélange des rôles.
Mr Joseph est, avec son frère Henri, à la tête de la société F. Béghin. Ils disposent de ce fait d’une fortune personnelle importante. Ils n’hésitent pas à l’occasion de puiser dans leurs propres deniers pour faciliter la gestion de la commune. Ce nouveau mécénat s’exerce à plusieurs reprises et de plusieurs manières.
* la première manière de faire est d’avancer de l’argent ou de prêter du matériel. Ainsi par exemple, en 1921 le remplacement de la cloche « volée par les boches » selon la formule du procès verbal revient à 6.676 F dont seulement 5.573 F sont couverts par les dommages de guerre. M Béghin avance donc, sans intérêts, les 1.112 F qui
manquent pour pouvoir installer plus rapidement la nouvelle
cloche.219. Il prête aussi à plusieurs reprises ses attelages,
chariots et chevaux, pour des transports de terre ou de
matériaux.( exemple en 1931 pour réfection de la chaussée
de la gare) Un peu avant, après l’achat d’un corbillard
(5.300 F en 1926) il avait proposé de prêter quand le besoin
se ferait sentir, un cheval pour tirer le véhicule et, son
adjoint, M Aimé Beaucamps, ne voulant pas rester en
arrière, avait proposé de conduire gratuitement l’animal pour
les cérémonies.220
* Seconde manière de pratiquer le mécénat : le don de
terrains. Ceci est plus important bien sûr. Voici deux
exemples : en 1922, il cède gratuitement un terrain de 19
ares 72 pour
agrandir le
cimetière, se
réservant 3
concessions
qu’il paiera
d’ailleurs au prix normal si bien que l’extension,
l’implantation d’une nouvelle haie et les clôtures
seront payées par la concession Béghin. Il offre
également le terrain nécessaire à la construction
de l’école maternelle du Thélut dont nous
reparlerons à la seule condition qu’elle accueille
les enfants de ses ouvriers du quartier du Wacca
tout proche, quartier situé sur le territoire de
Mons en Pévèle.
* Enfin, troisième manière de faire, faire exécuter
par les ouvriers de l’usine certains chantiers,
préparés par son architecte, Cordonnier. C’est ainsi qu’ont été édifiés près de l’église, le dépôt communal (garage pour corbillard, pompe à incendie, et prison), le kiosque à musique et le revêtement des murs de l’église.
3 Sa succession.
Joseph Béghin est décédé en 1938.
Dans la foulée de ses longs mandats le
conseil municipal n’envisage pas de
s’éloigner de la famille. Comme il n’a
pas eu d’héritier mâle c’est vers son
neveu, Ferdinand, le dernier Béghin
que l’on se tourne.
C’est le fils d’Henri, né en 1902. C’est
un sportif confirmé, champion de sport hippique, un
219 On voit ici l’importance des sonneries de cloche dans un monde rural encore dépourvu de montre !
220 PV page 338 28 décembre 1928148
moment membre de l’équipe de France de concours221 olympique. C’est déjà un futur chef d’entreprise formé près de son père, Henri, qui lui a transmis son savoir faire, sa passion et déjà la responsabilité de quelques sucreries.
Las, un an plus tard ce sera la guerre. Ferdinand, mobilisé, dans la cavalerie évidemment, avec le grade de sous-lieutenant, sera éloigné jusqu’en juillet 1940, confronté aux allemands, obligé de battre en retraite, de se réfugier brièvement en Angleterre, avant de revenir en France à la recherche d’une unité combattante et après l’armistice de rejoindre Thumeries par la suite.
Son château de Bellincamps étant occupé comme en 1914 par des aviateurs allemands il s’installe provisoirement chez M Georger, son directeur, en compagnie de Pierre Malle et de Claude Descamps dont les propriétés étaient également occupées. Il écrit, dans ses carnets222
.Par la suite, pour libérer Georger, nous nous installerons dans une maison de confort très modeste derrière la gare de Thumeries. Mon père habitait Paris et vu son âge avait décidé de ne plus s’occuper de ses usines… je considérais de mon devoir d’habiter Thumeries d’autant plus que j’étais maire du village »
En 1943, les allemands, ayant abandonné le château, il peut réintégrer Bellincamps jusqu’à la fin de la guerre. On verra plus tard son implication dans la résistance.
B Les grands chantiers de Joseph Béghin.
Durant ses divers mandats, Joseph Béghin, mène à bien divers chantiers. Ce sont des travaux d’équipement (électricité, aménagement d’un stade, installation d’une piscine), et des constructions (logements, écoles, salle des fêtes), travaux pour lesquels il utilise les services de deux architectes régionaux très connus, les Cordonnier.
1/ Travaux d’équipement.
a) L’électrification.
Au début de son premier mandat, Joseph Béghin, reprend un projet de modernisation du village lancé juste avant la guerre : l’électrification. C’est en effet en 1913 que M Blondeau avait commencé à électrifier le village. Ceci était bien engagé et nous avons vu que, durant la guerre, les forces occupantes avaient taxé la commune pour sa consommation électrique fournie en grande partie par la centrale de l’usine. Il y avait alors quatre cent lampes. Dès 1922 le conseil municipal reprend le projet et envisage d’y consacrer une partie des dommages de guerre pour rendre le projet moins onéreux. (séance du 18 novembre 1922). Dès le mois de décembre 1922 le projet est élaboré. Les dépenses sont estimées à 95.360 F. On envisage une subvention du ministère de l’agriculture de l’ordre de 30.000 F, le reste serait à couvrir par emprunt.
Le 10 juin 1923 M le Maire fait savoir
au conseil qu’il a trouvé un
concessionnaire en la personne de M
Loir, rue Saint Augustin à Lille. Il
négocie avec lui des aménagements du
cahier des charges (variations de
tension ou de fréquences tolérées),
prix de l’installation, prix de
l’abonnement et tarification pour les
abonnés.
L’alimentation doit se faire par une
ligne haute tension venant de
Libercourt jusqu’au cimetière, ligne
gérée par la compagnie nordiste
d’électricité (C.E.N) pour un montant
221 (page précédente une photo de M Béghin, félicité par un officiel après sa victoire au grand palais en 1931 sur son cheval « écureuil »)
222 Un ouvrage tiré à 100 exemplaires, sorte de mémoires, réservées à la famille proche mais dont il circule quelques photocopies à Thumeries.149
de 10.000 F dont les 4/5èmes sont à la charge de la commune et le reste au concessionnaire. Le concessionnaire choisi plus haut (M Loir, société U.E.I.) se doit d’implanter le reste de l’installation, à savoir un poste principal de réception et de transformation de 15.000 V, 1 poste secondaire, un réseau haute tension entre les postes, un réseau de basse tension et d’éclairage public (30 lampes). Le chantier sera suivi par les adjoints Charles Honoré d’abord puis Aimé Beaucamps.
Le 26 décembre 1924 les travaux sont terminés. Le ministère a fourni 17.000 F et on a dépensé 29.072 F à la place des 31.015 F prévus pour M Loir en plus de l’emprunt de 85.360 F. Investissement total : 133.375 F. Dorénavant poteaux et fils électriques font leur apparition sur les photos anciennes comme le montre, page précédente, cette vue de la rue Defretin dans les années 30.
b) Aménagement d’un stade.
En 1934 la famille Béghin offre à l’avant-garde (section sportive dont nous ferons plus tard l’historique) un nouveau stade. Voici la manière dont on le présente à l’époque dans le journal « l’écho du Nord »223
Nous avons appris que des
travaux d’agrandissement
et d’aménagement étaient
en cours d’exécution au
stade de l’avant-garde de
Thumeries et nous nous
sommes rendus sur place
afin de décrire à nos
lecteurs l’état actuel des
travaux.
Maintenant il est évident que l’avant-garde possédera bientôt un magnifique parc de sports grâce aux généreux mécènes …Le terrain de football a été drainé et a subi un nivellement soigné…Des ouvriers achèvent la construction d’une magnifique piste cendrée de 5 mètres de large qui ceindra le terrain de football. De chaque côté du terrain, derrière les buts, de bons sautoirs ont été aménagés pour les sauts à la perche, en longueur et en hauteur. A l’entrée dans la partie gauche se trouve un bel emplacement pour les aires de lancers de poids, disque et javelot à l’usage des athlètes de l’avant-garde.
Dans la partie droite on trouvera un « ground » pour la pratique du basket et un peu plus loin des courts de tennis et un portique.
En cette période de crise, les créations de
stades sont assez rares et nous ne pouvons
que féliciter ceux qui ont permis par leur
générosité l’aménagement du stade de
Thumeries.
c) Création d’une piscine.
Dans la foulée la société Béghin va installer sur ce
stade une piscine découverte. Construite en 1935,
elle comprend deux bassins à ciel ouvert de 10
mètres sur 12,5 mètres avec une profondeur de 80
cm à 1,20m pour le petit bassin, et de 25 m sur
12,5m pour le grand bassin. Le volume est
d’environ 800m3. Les aménagements complémentaires comprennent une soixantaine de cabines (26 pour les hommes, 20 pour les dames, le reste pour les jeunes) des plongeoirs et deux tremplins élevés (3 mètres et 5 mètres).
223 6 novembre 1934150
La grande qualité de cette installation était d’être pourvue d’un système de filtrage et de purification performant, réalisé par une société parisienne affichant comme références l’installation de piscines couvertes dans des villes comme Paris, Le Touquet, Bordeaux, Rouen et ,dans notre région, à Tourcoing.
(Voici quelques plans des travaux et des avants
projets, entrée, plongeoirs)
. Les enfants de Thumeries y apprennent
à nager, y passent leurs brevets, mais on
y dispute même des matches de water-
polo. Cette piscine, ouverte chaque année de juin à septembre, fonctionnera jusqu’en 1979 A cette date elle aura vieilli, quelques échelles seront rouillées, les exigences de sécurité seront plus draconiennes, les filtres
auraient du être changés… Bref la
piscine a été abandonnée et c’est
finalement une salle de tennis qui
recouvrira ses anciennes
installations. Il n’en reste que
l’escalier extérieur et les gradins
intérieurs.
2/ Des constructions.
Les années 30 vont voir
l’expansion du village. Pour
satisfaire aux besoins de main
d’œuvre, les sucriers vont faire
venir de nombreux ouvriers des
alentours mais aussi d’Italie ou de
Pologne. Pour les loger ils vont
construire de nombreuses cités
ouvrières. Il faudra ensuite
développer le potentiel scolaire
et faciliter les quelques loisirs,
sportifs entre autres.
a) les cités
Déjà avant la guerre mondiale
quelques nouvelles cités
avaient vu le jour. En 1911
C’était la cité du Nouveau
Monde suivie en 1912 de celle
de la Baverie. (Cf. photo). En
1913 et 1914 c’était le tour de
la cité du Maroc et celle des
Marronniers 224
Après la reprise de l'activité
224 Je me pose la question de la dénomination de la cité du Lakeu ou Laken (voir dommages de guerre) peut ‘être est-ce justement la cité des Maronniers ou celle du Maroc .151
sucrière la population augmente et entre 1921 et 1926, dates des recensements de la population, apparaissent les apports migratoires polonais.
Sous les mandats de M Joseph Béghin voient le jour en 1923 la cité Pétavis, en 1924 celle de la Pannerie, en 1925 la cité du Petit Versailles, en 1926 le Petit Wasquehal et en 1929 la cité du Bois.
b) des écoles.
En matière scolaire, M Béghin, qui a amené beaucoup de familles jeunes dans les quartiers du Thélut et du Wacca (Mons en Pévèle) envisage d’y implanter une école maternelle. Dans les écoles du centre, le 11 janvier 1922, on transforme la classe enfantine de filles en classe primaire pour les enfants des deux sexes mais cela ne suffit pas. Il faut envisager la construction d'une école maternelle neuve pour le hameau du Thélut, comme l'atteste le PV du conseil du 25 sept 1926 :
"considérant la distance qui sépare le hameau du Thélut des écoles du centre, soit 1 km 700 et l'impossibilité où se trouvent les familles d'envoyer leurs jeunes enfants à l'école de Thumeries, considérant le chiffre d'habitants de cette section (900) chiffre dont l'accroissement est à prévoir en raison des constructions récentes et celles prévues (225), et le nombre des enfants de 2 à 6 ans qui est déjà de 105, considérant les inconvénients qui résultent pour les enfants de ne pouvoir fréquenter aucune école (danger de la rue, mauvaises habitudes, manque d'éducation suivie) et
l'embarras où se trouvent les mères
occupées hors de la maison faute d'un refuge
pour leurs enfants, le Conseil municipal
décide la création d'une école maternelle.
Si la réalisation est décidée, il faut encore en
trouver le financement. Avant l'élaboration
du budget primitif de 1927, le maire, Joseph
Béghin lui-même, présente les projets
d'ensemble de la commune 226
On y trouve :
-1/ l'achèvement des travaux de voirie
commencés en 1925
-2/ l'établissement de trottoirs en carreaux
ou en briques (39.000F prévus en 1927)
-3/ l'aménagement de la place publique permettant le dégagement du monument aux morts, l'établissement d'un square, la construction d'un kiosque et l'aménagement des bâtiments servant actuellement de prison, remise de pompe à incendie et adjonction d'un bâtiment nouveau pour remiser le corbillard. Le tout doit coûter 140.000 F
-4/ la création d'une école maternelle au Thélut pour 450.000 F
-5/ l'achat d'un corbillard pour 6.000 F
-6/ la réparation de la toiture de l'église pour 16.000 F
Il faudrait donc emprunter 700.000F ce qui parait excessif. La suite montre l'implication du maire et de sa société dans la vie locale :
"Aussi nous sommes heureux de vous dire que Messieurs Béghin (le maire, et son frère Henri) se proposent d'offrir à titre de don à la commune l'article 3 de notre programme, c'est à dire la création de la place, la construction du kiosque, le local de prison, pompe et corbillard... à la seule condition que ces travaux soient exécutés par leurs soins (c'est à dire par les ouvriers de leur usine).
225 Le Thélut comportait 27 maisons en 1921, 61 en 1926, 69 en 1931 plus les 13 maisons du Nouveau monde.
226 ( O 590/136152
Il poursuit
"de plus en ce qui concerne l'article 4 de
notre programme, création d'une école
maternelle, comme il est à prévoir que les
enfants de la cité Fourre et Rhodes située
sur le territoire de Mons en Pévèle mais à
quelques centaines de mètres de
l'emplacement prévu devraient profiter de
cette installation plutôt que d'aller à l'école
à Mons en Pévèle qui se trouve à plus de
deux kilomètres, Messieurs Béghin à qui
appartient cette cité offriraient le terrain
nécessaire à la construction de l'école
maternelle et en plus une subvention de 110.000 F ce qui ramène l'emprunt à 450.000 F ! Cette proposition est bien sûr acceptée volontiers et M Aimé Beaucamps, adjoint, s'empresse de remercier les frères Béghin, au nom du conseil, pour leur générosité.
. Il restera à régulariser les actes de propriété comme le fait le Conseil du 26 juin 1928. La commune accepte le terrain offert gracieusement pour la dite construction. Ce terrain se situe face à la rue, N°531 section A et comporte 14 ares 40. Les seules réserves faites par la société Béghin sont d'exiger que tous les murs des constructions en bordure de terrain seront mitoyens et que la commune de Thumeries s'engage à accepter dans cette école les enfants dont les parents sont employés
dans les usines Béghin même
s'ils sont logés dans des
communes voisines.
Les travaux seront confiés à
Louis Marie Cordonnier,
architecte, et exécutés par
l'entreprise Brunaux de Mons en
Pévèle.
Le devis détaillé se trouve aux
archives départementales (227). Il
date du 7 octobre 1926 pour un
montant de 545.339 F
Pour les initiés, disons qu'il
prévoit des marches et seuils en
pierre de Soignies, des carrelages
Mulliez, une charpente en sapin rouge, un escalier en orme, le parquet du bureau de la directrice en chêne et la toiture en tuiles...etc.
Il faudra évidemment adapter aussi les écoles à l’augmentation de la population. Il faut se rendre compte qu’entre les recensements de 1921 et de 1931 la population passe de 1.624 individus à 2.508 soit un accroissement de 54 % en 10 ans.. il est évident que cette augmentation entraîne, à terme, des problèmes d'infrastructures scolaires.
Dès le 27 septembre 1930 le Conseil Municipal note que le "nombre d'enfants dépasse 160 pour les garçons et 180 pour les filles ". Il sera donc nécessaire de créer une classe supplémentaire et d'obtenir un poste d'adjoint supplémentaire. Ce sont ces projets que nous allons présenter maintenant :.
Agrandissements à l’école des filles
On se met en route très rapidement. Le 14 décembre 1930 une délibération autorise l'achat de mobilier scolaire indispensable pour les deux nouvelles classes (tables, tableaux...) En février 1931 un marché est passé avec l'entreprise Fourres et Rhodes (collaboratrice attitrée de la société Béghin) pour refaire les sanitaires des deux écoles et les trottoirs de l'école des filles.
227 ADN O 590/122153
Au 3 octobre 1932 la situation est la suivante : 210 élèves dont 32 pour la 1ère classe, 46 pour la seconde, 46 pour la troisième et 86 pour la quatrième !
"considérant que ce nombre d'enfants ne permet plus de donner place aux enfants de la quatrième classe, qu'en se basant sur les naissances le nombre actuel d'enfants n'est pas exceptionnel, que non seulement il se maintiendra mais qu'il aura tendance à s'accroître encore dans les années à venir... considérant que le local nécessaire est déjà aménagé le conseil municipal décide de demander d'urgence une cinquième classe à l'école des filles et la nomination d'une institutrice titulaire de ce poste (cf. p 451 3 oct. 1932)
Nous n'avons pas de certitude, faute de documents ou de plans, de ce local déjà terminé mais il est probable qu'il s'agisse de la classe élevée au premier étage, classe à laquelle on accède par un escalier extérieur et une galerie vitrée, éléments visibles sur des plans ultérieurs et sur la photo ci-dessus.
En 1936, le 8 août, on décide d'agrandir la cour de récréation en aménageant le jardin de la directrice. Ce travail est confié à Théodore Coget, artisan à Thumeries, pour une dépense évaluée à 10.770 F.
Autre conséquence du nombre, la nécessité d'aménager de nouveaux sanitaires. Mais les travaux seront plus conséquents.
En effet on se voit contraint de relier les sanitaires au réseau d'égouts par une canalisation de 197 mètres entre l'école et le lieu dit « le Tournebride » (actuel emplacement de la banque du crédit agricole). Monsieur le Maire monte un dossier pour obtenir des subventions, le reste sera financé par l'emprunt. Les travaux sont estimés à 127.000 F avec seulement 52.000 F de subventions.
Enfin pour clôturer la mise en valeur de l'école des filles, la pose d'une couche de tarmacadam sera décidée le 8 juin 1938.
Nous disposons aussi d'un plan de Louis Marie Cordonnier daté du 27 mai 1937 prévoyant la construction d'une sixième classe à l'étage, entre la 5ème et l'étage du logement. Mais ce projet n'a pas vu le jour comme l'atteste une photographie prise peu de temps avant le remplacement des locaux désaffectés de l'école et leur remplacement par l'actuel
hôtel des postes. (page précédente)
A l'école des Garçons
Ici la stratégie de M Béghin est la même : construire d'abord, et
demander le poste d’enseignant ensuite. Mais cette fois nous
disposons des plans.
Louis Marie Cordonnier fournit
un premier projet: construction
d'un bâtiment neuf au fond du
jardin, près de la rue Gambetta. Il
y aurait deux classes séparées par
un couloir central, un préau avec sanitaires. Ce premier
projet, trop peu détaillé est refusé par la préfecture. 228
Un nouveau plan, daté du 13 septembre 1933, prévoit cette
fois une seule classe plus vaste avec un vestiaire et un
dégagement vers la rue. Le préau et les sanitaires sont
dissociés de chaque côté de la nouvelle cour. Par ailleurs, le
passage entre les deux cours exige la destruction de l'ancien
escalier de l'école existante et sa reconstruction à l'extérieur
du bâtiment dans la cour. CF photo page 125
Ce nouveau projet reçoit l'aval du préfet le 23 septembre à condition "que les matériaux et fournitures soient d'origine française, ce qui exclut le sapin du nord et la pierre bleue de Soignies.
Cette réserve s'explique par le contexte de crise économique engendrée par le krach de Wall Street, en 1929, crise qui a généré un peu partout des réflexes protectionnistes et des campagnes de sensibilisation du type : "buy english", ou "achetez français ".
228 (lettre du 4 septembre 1933 archives départementales O 590/24154
Le devis de l'architecte parle de 282.223 F
Ainsi, juste avant la seconde guerre mondiale
Thumeries est équipée des écoles adaptées à
ses besoins:
Une école de filles (5 classes), rue Houdart,
avec comme directrices successives , Mme
Pioche, Melle Fromont (de 28 à 33) ,Melle Tison
(de 33 à 36) et Melle Cavry (de 36 à 48).
Chez les garçons, rue Defretin, une école (5
classes), dirigée successivement par Mrs
Legrand, Lenain, Bacquart. Valin.
Au Thélut, une maternelle dirigée par Melle
Delannoy puis Melle Viales...
A noter qu’il existe par ailleurs, près de
l’église, une garderie privée, tenue par des
religieuses, un établissement qui absorbe un
certain nombre d’élèves du centre.
La seconde guerre mondiale et surtout le baby-
boom qui la suivra créeront de nouveaux
besoins et entraîneront de nouvelles
constructions dont nous parlerons plus tard.
c) Une salle de sports et des fêtes.
La salle des fêtes a été construite en 1924 d’après les plans de son architecte Louis Marie Cordonnier. Les plans ont été
dessinés jusqu’au plus petit détail
(moulures de la scène, forme des
escaliers.) Elle est d’abord
prévue comme salle de sports,
d’après les titres des plans. On
l’a prévue pour la pratique de la
gymnastique et les entraînements
de basket. Mais en fait c’est un
ensemble complet, destiné aux
loisirs, que s’est donné la société
Béghin. On y avait construit une
vaste scène de théâtre et installé
au second balcon un projecteur
de cinéma. Les agrès et les sièges
escamotables se rangeaient dans
l’espace situé sous la scène. 229
Voici une photo de la salle, dans
sa version cinéma ou théâtre.
3/ Des architectes régionaux réputés.
Nous venons de faire allusion au nom de l’architecte employé par les frères Béghin pour leurs installations industrielles et ensuite par M Joseph Béghin pour la commune : Louis Marie
229 cette salle sera vendue à la commune en 1969 pour 300.000 F et porte depuis 1982 le nom de centre de loisirs François Malle155
Cordonnier. Il est temps de présenter ce grand collaborateur de Joseph Béghin ainsi que son fils Louis Stanislas Cordonnier tant ils ont marqué nos paysages.
a) Une famille d’architecte.
Louis Marie Cordonnier est un architecte particulièrement renommé dans la région. Une rue de la ville de Lille porte d’ailleurs son nom. Il est né à Haubourdin en 1854 et a baigné tout jeune dans l’univers architectural puisque son père, Jean Baptiste, était déjà architecte, fondateur de la société régionale d’Architecture, auteur de l’hôpital psychiatrique d’Armentières, de l’église d’ Haubourdin et de quelques villas du Touquet. D’ailleurs Louis Marie ne termina même pas ses études d’architecte, pressé qu’il était de donner un coup de main à son père, débordé de commandes.
Louis Marie a construit de nombreux hôtels de
ville, à La Madeleine, Dunkerque, Comines,
Béthune, de nombreuses églises : Notre Dame de
Pellevoisin à Lille, Merville, Bailleul, Waziers, et
en Normandie la basilique Sainte Thérèse de
Lisieux.
On lui doit aussi des hôtels particuliers à Hardelot
et beaucoup des villas du Touquet,
Enfin il a dessiné les plans de monuments
remarquables comme la place Philippe le Bon, le
mémorial de Lorette, la chambre de commerce de
Lille, le grand opéra de Lille et le palais de la paix
à Amsterdam..
b) Son oeuvre thumerisienne.
Dès 1920 il est embauché au service de la
société Béghin pour divers travaux. Comme
M Joseph Béghin est aussi maire de
Thumeries il est nommé en 1927 architecte
communal en remplacement de M Boudin,
démissionnaire du poste. A ce titre il aura
une certaine mainmise
Voici un inventaire de ses œuvres
thumerisiennes.
1920 le château Malle.
1920 une maison rue Jean Jaurès.
1923 le bâtiment dit « des
célibataires ».
1923-25 le château de Bellincamps.
1925 la salle des fêtes
1927 abords de l’église et kiosque
1929 la cité du bois.
1929 la maternelle La Fontaine.
1934 la ferme Béghin.
1935 le stade et la piscine.
1936 transformations diverses dans
les écoles.
1937 bâtiment de maîtrise.
1938 la maison Foucart
1938 la transformation de l’église156
c) Un style Cordonnier 230
Louis Marie Cordonnier a réalisé des œuvres fort différentes d’inspiration classique, baroque parfois normande aussi.
A Thumeries ce qui frappe c’est d’abord une volumétrie importante.
Quelquefois c’est l’usage futur du bâtiment qui l’impose comme la salle des fêtes mais quand le projet est plus limité, il conserve cette volumétrie en regroupant les petits projets dans un plus grand ensemble, des groupes de quatre
maisons ouvrières par exemple, sans
aucune mitoyenneté.
Deuxième caractère : le rôle enveloppant
du toit. Ses bâtiments sont relativement
bas mais disposent d’un toit important,
enveloppant. Il utilise souvent des toits à 4
pans à structures complexes qu’il relève
par des lucarnes, des ruptures de pentes, de
grandes cheminées.
Les matériaux qu’il utilise s’expliquent par le
caractère industriel, sinon de ses œuvres, du
moins de ses commanditaires. Beaucoup de
charpentes sont métalliques (comme à la ferme
ou à la salle des fêtes) parfois il utilise le béton
armé.
Des détails fréquents :
Il dessine lui-même les dessins des frises de
briques, les grilles, les jardinières, les souches de cheminées. Il utilise abondamment des arcs de décharge en briques, au dessus des
linteaux en béton, des frises de
briques, il fait déborder les toitures…
Bref les étudiants en architecture et
les amateurs éclairés parlent d’un
style thumerisien pour ces édifices
des années 30.
Vous pouvez admirer son style dans
les photos actuelles de certains de nos
bâtiments. que ce soient des maisons
de cadres, des maisons ouvrières, le
bâtiment de la ferme, la maison du
concierge, le château de la famille
Malle ou celui de Bellincamps.
C. Dans le sillage de J Béghin.
230 nous nous servons ici d’articles paru dans le bulletin municipal sous la plume d’Emmanuel Cordonnier, un homonyme, alors étudiant en architecture.157
Nous venons d’évoquer les châteaux. Il est vrai que les frères Béghin se sont rendus propriétaires des divers châteaux, ceux des Coget mais aussi celui de M Legrand à Bellincamps. Ils vont même par la suite en construire d’autres pour y recevoir la famille. (comme celui de la famille Malle, construction Cordonnier bien sûr) et une extension au château blanc (pour la famille Descamps).
1) La famille Béghin.
L’organigramme présenté ci-dessous présente les trois générations de Béghin. La première génération est celle de Ferdinand, le premier du nom, l’époux d’Henriette Coget, dont nous avons parlé au chapitre 5.. La seconde génération est celle des deux frères dont nous parlons dans ce chapitre, la troisième est celle de leurs enfants. Comme pour les Coget au siècle précédent ce qui frappe est la grande féminisation de la descendance directe puisque seul Ferdinand (2ème du nom), fils d’Henri peut transmettre le nom, mais lui-même n’a eu que des filles.
Joseph Béghin a eu 5 filles. Il a eu aussi la douleur d’en perdre deux, assez jeunes, Adrienne à 9 ans et Geneviève à 19 ans.
Tour à tour les deux frères associeront leurs gendres respectifs à leurs affaires.
En 1921 se marient Jenny, fille de Joseph avec Claude Descamps, fils d’un industriel de La Madeleine et Françoise, fille d’Henri avec Pierre Malle, enseigne de vaisseau dont le père est aussi ingénieur et ami d’Henri.
Les deux gendres vont être associés à la gestion de l’entreprise dès 1922.
Voici comment Ferdinand (marié lui-même en 1930) présente l’organisation de 1929 dans ses carnets (page 36)158
Mon oncle, Joseph Béghin, s’occupait des questions financières, de l’achat
des betteraves et du commerce des sucres. Son gendre,
Claude Descamps, de la vente des raffinés. Mon père
s’était réservé la direction de la papeterie de Corbehem et
des relations avec Prouvost et ne s’occupait pratiquement
plus de la raffinerie et des sucreries. Mon beau frère
Pierre Malle, dirigeait la sucrerie raffinerie de Thumeries
et la sucrerie de Beauchamps. Quant à moi je dirigeai la
cartonnerie de Corbehem et quatre sucreries récemment
rachetées…
Les statuts de la société évoluent au gré des alliances.
Ainsi en 1921, la société comptait
6850 parts appartenant à Joseph et Henri (2.925 parts chacun) et
à Mme Brame (1.000 parts). En 1924 la société est transformée
en société anonyme dont le capital (34.935 actions de 500F) est
partagé entre Joseph, 13.260 actions), Henri (ci-dessus) (14.382)
Mme Barrois (4992) et les nouveaux membres, Mme Descamps
(ci contre M Claude Descamps) Mme Pollet E, Mme Pollet R,
Mme Malle (ci-dessous Pierre Malle), chacun pour 561 actions et
Maxime Barrois (51 parts).
L’année suivante, 1922, une nouvelle redistribution a lieu avec
les chiffres suivants : Joseph, 10.943, Henri 11.943, Mme Barrois
4998… puis Mmes Descamps, Pollet, Pollet, Malle, Geneviève
Béghin, Ferdinand Béghin, Marie Louise Béghin, chacun 1000
actions et Maxime Barrois 51.
Il y aura bien sûr une nouvelle distribution en 1938 au décès de
Monsieur Joseph (Mme Joseph 99.476, M Henri 155.259, M Descamps 64.752, Ferdinand 64.753, M Malle 64.753, Mme D’Epenoux 64.752, Gisèle Béghin 64.752 et 32.000 parts environ à la famille Barrois.
2) Evolution générale de l’entreprise entre les deux guerres.
Redémarrage.
C’est l’occasion de faire le point sur l’évolution de l’entreprise
Béghin entre les deux guerres.
Nous avons évoqué plus haut la gestion particulièrement efficace
des dommages de guerre. La société redémarre donc avec ses
usines réparées (Thumeries et Marquillies) en 1920 et ses
nouvelles acquisitions, d’abord Caudry (1924), Corbehem puis
Arras (1932), Trézennes (1933), Courrières (1937) et Pont à
Marcq (marque Abeille en 1938).
Un conflit avec un de ses fournisseurs va pousser Henri Béghin à
se lancer dans la fabrication de carton d’emballage (1926). Il
construit à Corbehem, un site propice à ce type d’industrie par sa
situation au bord de la Scarpe, une première cartonnerie. C’est le
premier pas vers la diversification, un pas très important. Le site
de Corbehem va accueillir ensuite en 1929 une seconde machine pour fabriquer du papier destiné à la Presse.
En 1933, c’est la création de la papeterie. Fabricant de papier, Henri Béghin va s’investir ensuite dans la presse, grande consommatrice de ce produit. La société Béghin va prendre, en association avec le groupe Prouvost, d’importantes participations dans de grands journaux nationaux comme Paris-Soir, l’Intransigeant, Match, Marie Claire et même le Figaro. M159
D’Espénoux, un autre gendre, sera placé à la gestion du groupe presse et plus tard Jean d’Ormesson. Ce n’est qu’en 1970 que Béghin se retirera du domaine de la Presse.
Mais avant 1939, c’est la sucrerie et la raffinerie qui constituent l’essentiel de l’activité du groupe. L’usine de Thumeries, en 1938, emploie 1675 personnes, 906 hommes et 769 femmes. Le travail n’est pas encore très automatisé et emploie plus de 600 manoeuvres de chaque sexe, quelques ouvriers (93), quelques ouvrières (132), et des ouvriers spécialisés (143).
L’usine consomme 40.000 T de charbon par an, 25.000 litres de gasoil et 36.000 hectolitres d’eau par mois provenant de ses propres forages.
3. Quelques faits divers révélateurs.
Pour terminer cette évocation j’évoquerai trois événements d’importances variables mais qui révèlent la place de l’entreprise dans la vie du village et même dans la région. Le journal « l’écho du Nord » titre dans sa une du vendredi 11 juin 1937 sur deux colonnes « 250 femmes intoxiquées dans les ateliers de casserie de la raffinerie Béghin, à Thumeries » Sur l’intervention des délégués le travail est arrêté pour le reste de la semaine. On y voit aussi deux photos de 2 jeunes victimes, une jeune fille de 14,5 ans et une autre de 17,5 ans. En s’affaissant d’un coup en syncope ou
avec des convulsions elles ont créé un émoi
considérable et ont déclenché d’autres malaises
chez d’autres ouvrières.
La direction fait évacuer les ateliers puis fait venir
des spécialistes de Lille pour inspecter les locaux.
Aucune trace de gaz nocif. L’explication rationnelle
est donnée par les conditions météorologiques
exceptionnelles de ce jeudi : température proche des
33°C à l’ombre, un temps orageux avec une
hygrométrie record (un journaliste affirme que l’eau
suintait sur les murs et que même dans le
laboratoire, les photos bien que séchées à l’alcool
restaient humides !).
Mais à la reprise le mardi le phénomène persiste :
70 ouvrières sont reprises de crises. Le journaliste
note des phénomènes curieux : certaines tombent
avant de rentrer dans l’usine, une autre s’est
évanouie à la descente du train à la gare et a été
soignée dans le bistrot d’en face. Il y a eu 10
malaises à 8h30, 70 à 15 h. On pense finalement à
un phénomène contagieux d’auto-suggestion. Tout
rentre dans l’ordre le jeudi suivant.
Ce fait banal est révélateur à nos yeux. Il nous
montre le nombre de femmes employées dans
l’usine (plus de 700), le jeune âge de beaucoup
d’ouvrières (14-15 ans). On voit aussi leur
provenance : la plupart des malades viennent du
Douaisis, en train, ( le P.P.) , et un membre de la direction laisse entendre qu’elles sont plus victimes des fumées de Dorignies, Auby, Pont de la Deule ou des miasmes venus des marais de Flines, de Flers ou d’ailleurs. On touche aussi du doigt le paternalisme ambiant dans la gestion du problème : les victimes du malaise sont reconduites chez elles par les autos de l’usine et sont autorisées à ne pas reprendre le travail le lendemain si elles ne s’en sentent pas capables.
Une grève en 1937.
Un mois plus tard, c’est un mouvement de grève qui surgit. Pourtant en 1936, au moment du front populaire, il ne s’était pas passé grand-chose à Thumeries sauf un blocage des entrées par des mineurs grévistes, mais l’année suivante, pour la première fois, un mouvement de160
grève commence à Thumeries. Dans la nuit du 2 août une bagarre oppose deux ouvriers syndiqués dans des syndicats opposés. La direction met à pied celui qu’elle croit fautif et veut l’empêcher de prendre son poste le lendemain. Celui-ci se présente quand même. Les contremaîtres l’empêchent de pénétrer dans l’usine ce qui déclenche la réaction de sa cellule syndicale et l’établissement d’un piquet de grève. Mais la réaction de la direction est forte. Elle envoie aux 1.800 ouvriers une lettre de licenciement. La factrice la distribuera à chacun à l’appel de son nom devant la porte de l’usine. L’affaire sera conclue par des pourparlers à l’inspection du travail et la signature d’un compromis (maintien de la convention collective et des congés payés, reprise de tous les personnels licenciés sauf huit ouvriers…) Nous voyons dans ce conflit et sa gestion une mise au jour de l’ambiance du front populaire à Thumeries. D’abord le choix de la direction en matière de préférence syndicale (le blessé était membre de la CGT mais c’est lui qui est sanctionné), la force de la réaction ouvrière, la très forte réaction patronale, et aussi l’importance dans la négociation des avantages récemment acquis, les congés payés et la convention collective…
L’accident de 1948.
Nous faisons le choix de présenter ici un accident ferroviaire survenu après la guerre. Les victimes en sont les jeunes filles, ouvrières chez Béghin, les béguinettes, comme certains les appelaient, venant en train au travail comme
celles dont nous venons de parler.
Le petit train reliant Pont à Marcq à Pont de la
Deûle, surnommé le « PP », a été marqué, le
mardi 17 février 1948 à 17 heures 15, par un
accident spectaculaire et particulièrement
meurtrier.
Ce jour-là, comme chaque jour, les ouvrières de
la sucrerie, les béghinettes, comme on les
surnommait, reprenaient le chemin de la
maison.
A quelques centaines de mètres de la gare,
au lieu-dit "la corne du bois", le train de
voyageurs a été percuté, dans un bruit
effroyable, par un train de marchandises
lourdement chargé de charbon venant en
sens inverse.. Le choc fut terrible, le
premier wagon fut pulvérisé et
pratiquement recouvert par la locomotive.
Aussitôt les secours arrivent : ce sont le
personnel de la sucrerie, les docteurs de
Thumeries, Blanchet, Desmont et
Bétrémieux et des bénévoles.
Ils dégagent 22 morts, dont 18 jeunes
femmes et une quarantaine de blessés
dont deux décédent les jours suivants.
Le spectacle était difficilement
soutenable aux dires des journalistes et
des sauveteurs eux-mêmes.
Une chapelle ardente fut aménagée le
lendemain, dans la salle des fêtes de
Thumeries, où les familles venues
d'Auby, Douai, Pont de la Deûle, Sin le
Noble, Waziers, Raimbeaucourt,161
Leforest reçurent les marques de sympathie des personnalités locales et départementales et de la population.
Comment est-ce arrivé ?
Sur cette voie unique un train doit en attendre un autre. Un bâton témoin doit normalement être remis par le chef de train montant à celui qui descend. Le train est parti sans avoir reçu ce précieux témoin. Erreur humaine sans doute...
Au procès, le 14 mars 50, le tribunal reconnut la culpabilité du chef de gare, du conducteur et du chef de train mais en reconnaissant les circonstances atténuantes expliquant leur erreur : surcharge d'une journée de travail commencée à 5 heures, absence d'un adjoint malade, distraction provoquée par la discussion avec un membre de la SNCF, retard fréquent du train de marchandises...
La voie, dégagée par des engins de levage venus de Douai, fut remise en circulation après une journée d'efforts. Elle reprit son activité jusqu'à l'abandon de son exploitation vers 1990.
Même si la catastrophe a eu lieu après guerre elle
est révélatrice aussi d’un fonctionnement antérieur
à la guerre: encore beaucoup de jeunes femmes
venant du douaisis, empruntaient le petit tortillard
local comme en 1937.
Voici deux photos de victimes.162
Revenons donc en 1939.
L’histoire locale va s’insérer, on s’en doute, dans l’histoire générale.
Malgré les efforts des gouvernements anglais et français l’Allemagne hitlérienne va faire basculer l’Europe dans la seconde guerre mondiale. Nous allons donc essayer de retracer la vie à Thumeries durant ces années tragiques.163
III La seconde guerre mondiale
En 1939, poursuivant sa politique d’annexion de territoires germanophones, Hitler, chancelier du 3ème Reich, lance la Wehrmacht à l’assaut de la Pologne. En réaction à cette invasion, la France et la Grande Bretagne déclarent la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939. Cependant, en dehors de quelques opérations navales, de quelques incidents de frontières en Alsace, il n’y a guère d’affrontements militaires dans les premiers mois. La tactique adoptée à l’ouest est la défensive (on compte sur la ligne Maginot et sur le blocus pour convaincre l’ennemi de céder). En attendant on perfectionne les fortifications tout le long de la frontière en prolongation de la ligne Maginot. Cette guerre, presque sans combats, a duré jusqu’en mai 1940 et porte désormais le nom paradoxal de « drôle de guerre ».
A. La drôle de guerre et la campagne de France dans notre secteur.
1 Jeunes thumerisiens mobilisés et soutenus.
Les thumerisiens en âge de prendre les armes ont répondu à la mobilisation générale. C’est presque 300 personnes qui furent mobilisés.
Le départ pour le front marque les esprits et chaque association se mobilise pour envoyer des colis à ses mobilisés.,
La section d’Anciens combattants de Thumeries vient d’envoyer un mandat à tous les mobilisés de la commune. Ceci honore les anciens combattants et leur président, M Bridelance. A l’occasion de la Sainte Cécile, la société « La Concorde » a fait une collecte à travers tout le village au profit de ses mobilisés ce qui prouve l’intention de ses dirigeants de rester en liaison avec leurs sociétaires. D’autres groupements, Amis des sports, Société mixte de tir, les supporters « face au jeu» ont envoyé mandats et colis à leurs mobilisés. La direction des établissements Béghin a décidé de venir en aide aux familles de son personnel appelé sous les drapeaux.
Suivant les charges de famille et l’ancienneté à l’usine des allocations seront versées pour les femmes et les enfants…231
Les autorités municipales et Monsieur Girol le curé, lui-même, s’engagent et essaient de coordonner la mobilisation :
Sous l’égide de la municipalité un comité vient d’être constitué à Thumeries. Il viendra en aide aux 300 mobilisés de la commune. Ce comité est ainsi formé : président : M le curé de Thumeries, vices présidents : M Raymond Crombez et Théodore Desmons, conseillers municipaux. Un membre de chaque société du village en fait partie. Pour l’Avant Garde notre vice président, Paul Debuire, a été désigné. Les membres de la commission passeront dans toutes les maisons le 11 février pour recueillir des fonds…
Une ambiance particulière.
Nous allons citer plusieurs fois ce modeste document, élaboré par le bureau de l’avant-garde (les 5 « planqués » comme ils se nomment, Léon Ladureau, président inspirateur, Couillez Alfred, sous-directeur, qui a fourni l’encre, Lézy Victor qui a fourni le porte plume, Facq Jean Baptiste, la plume et Debuire Paul, le papier). Leur idée est de soutenir les mobilisés et de diffuser à tous les nouvelles des uns et des autres au hasard des courriers.
Au détour des pages, dupliquées avec une machine élémentaire à base d’alcool, on imagine un peu l’ambiance de cette drôle de guerre.
231 Extrait du bulletin de liaison de l’avant-garde. Ce bulletin de liaison que nous citerons plusieurs fois a été imprimé à la machine à alcool pour les adhérents (collection Adrien Chère)164
D’abord, et c’est un peu normal, dans une société qui a une section de préparation militaire, transparaît un certain patriotisme et une grande confiance dans l’issue prochaine de la guerre, une victoire, bien sûr. Voici l’appel du président (232) :
Mobilisés de l’avant-garde, gymnastes, coureurs, basketteurs, athlètes, brevetés, votre président est heureux de vous saluer par l’intermédiaire du bulletin. Merci à tous d’être fidèles au poste que la France vous a confié ! Officiers, sous-officiers, militaires de tous grades notre société est très fière de comprendre tant de mobilisés.
Faites rayonner autour de vous l’esprit sportif. Nous avons besoin de plus en plus d’une jeunesse forte. Le sport vous a habitués à l’effort et il vous en faudra en dépenser beaucoup. Vous connaissez la devise que j’avais choisie pour votre société et qui rayonne en lettres d’or sur votre drapeau : Patrie, force, courage.
Je ne pensais pas il y a douze ans que cette devise devrait vous servir de guide en une aussi cruelle circonstance. C’est la France qui vous commande, vous êtes tous venus à son service, Merci….
On espère évidemment que la guerre sera courte :
N’espérez pas tous votre colis le même jour. Que diraient nos charmantes postières devant une telle avalanche et si jamais, ce que nous souhaitons, les derniers à servir voient la guerre s’achever avant d’avoir reçu leur colis ils viendront le chercher eux-mêmes à la salle des fêtes…
Evidemment cet optimisme de façade n’empêche pas de prévoir l’hiver qui commence et de tricoter gants, chaussettes, et autres accessoires. Les championnes du tricot sont Mme Cornette et Reine Macquart mais beaucoup de monde suit leur exemple.
Depuis le mois d’octobre nos tricoteuses ont fait preuve d’une grande activité. La palme revient à Mme Détrain qui en est à se 9ème paire de chaussettes.
Puis vient, Mme Cornette Antoine, spécialisée dans les gants, Mme Danchin, femme de notre président, Melle Reine Macquart et Groust pour les passe- montagnes. En votre nom nous adressons à ces dames nos sincères remerciements. En stock, à votre disposition, nous possédons chaussettes, gants, passe montagnes, cache nez. Ne vous gênez pas, demandez ce dont vous avez besoin…
La vie continue mais avec quelques perturbations…
Le bulletin de l’AGT donne aussi aux mobilisés des nouvelles du village et de ses activités. Ce sont de petits instantanés qui éclairent un peu cette période.
L’activité sucrière reprend et, à l’automne 1939, commence une campagne sucrière inhabituelle :
232 N°3 décembre 1939165
La fabrication a débuté le 12 octobre et ne sera pas terminée avant le 15 janvier. Pour combler les vides un sérieux effort a été demandé aux anciens fabricants. Nous sommes revenus comme autrefois aux postes de 12 et 18 heures. Inutile de dire que les anciens tiendront le coup pour cette campagne à l’exemple des jeunes qui doivent tenir le coup pour une campagne qui n’est pas tout sucre.
Comme chaque année à pareille époque les rues du village sont jalonnées de voitures de betteraves et de pulpes. Avec les pluies incessantes elles sont transformées en véritables bourbiers.
L’avant-garde essaie de maintenir quelques activités sportives, mais c’est difficile. Les rangs des seniors sont clairsemés par la mobilisation et certains terrains sont inutilisables (nous en reparlerons).
Basket, le 17 décembre,en déplacement à Wattignies, nos minimes gagnèrent par 14 à 10 tandis qu’une très modeste équipe seniors faisait match nul, 29- 29, grâce au cran d’Armand Couillez…
Cross country, Lézy seul senior encore présent fit une course d’entraînement…
Gymnastique, toujours l’inertie dans cette branche la salle des sports étant transformée en hôpital…
Le patronage continue ses activités et
notamment le théâtre. Voici deux clichés
des troupes théâtrales pendant la guerre. Les
profits des spectacles étaient reversés pour les
mobilisés et plus tard pour les prisonniers.
Une autre troupe a également fonctionné,
animée par M. Réal, un athlète réputé, lanceur
de marteau à l’AGT.
Au début des hostilités on avait essayé de faire comprendre à la population les mesures de protection à prendre en cas d’alerte aérienne. Voici comment le bureau de l’Avant-garde en parle au bout de quelques mois :
Alerte. Par tous les temps au début des hostilités sonnait l’alerte. Malgré le tragique du moment on assistait à des scènes d’un haut comique. Les femmes munies de valises se sauvaient vers les abris (tranchées transformées à l’heure actuelle en piscines) mais on s’habitue à tout et la sirène laisse tout le monde impassible.
Il y avait quand même, dans les locaux de l’usine, un abri bétonné avec, nous a-t-on dit, un équipement de ventilation et un générateur électrique susceptibles d’être actionnés par un vélo !166
Comme on vient de le voir, la vie continue, presque comme avant.233
Cependant il faut parler maintenant d’un changement important, c’est la présence des troupes anglaises.
2. Les britanniques s’installent dans le secteur.
Nous avons déjà fait allusion à l’utilisation de la salle des sports par des troupes alliées. Essayons de clarifier la situation.
Installation des britanniques dans le secteur.
L’Angleterre, qui a déclaré la guerre en même temps que la France organise le transfert de ses forces en évitant la côte nordiste menacée par les avions allemands. Les troupes et le matériel sont acheminés via les ports de Picardie. A la fin du mois de septembre 160.000 hommes ont débarqué avec 24.000 véhicules et 12.0000 tonnes de matériel, de ravitaillement et de munitions. Ils vont se déployer dans notre secteur.
Un voisin wahagnisien, Gérard Hugot,(234) a consacré tout un ouvrage aux événements en ce qui concerne Wahagnies. Il explique que l’état major avait pris la décision de répartir les forces tout au long de la frontière belge. (Les belges, encore meurtris par l’expérience de 1914, auraient souhaité maintenir leur neutralité et rester en dehors du conflit). De la côte jusqu’à Halluin c’est l’armée française qui prend ses quartiers, commandée par le général Giraud, puis de Halluin à Maulde, près de Valenciennes, la défense revient à l’armée britannique, enfin c’est de nouveau les français entre Valenciennes et la ligne Maginot. L’installation des britanniques dans notre secteur est négociée à un haut niveau comme l’atteste le témoignage d’un habitant de Mons en Pévèle, agriculteur de son état, mais aussi collaborateur de la brasserie Saint Arnoult :(235)
Vers le 10 octobre, je recevais la visite d’un capitaine de l’armée française, officier de liaison avec l’armée anglaise, passé en mairie de Mons en Pévèle pour réquisitionner l’immeuble vacant de la « cantine », face au réservoir, propriété de la brasserie. Le lendemain vers 8 heures les livreurs qui partaient en tournée furent bloqués par des sentinelles anglaises. .. Vers 9 heures, branle bas général, des dizaines de voiture, civiles et militaires, munies chacune d’un fanion ne cessaient de monter la côte. Quelle ne fut pas notre surprise d’identifier sir Eden, ministre britannique, et de reconnaître le roi Farouk d’Egypte, Paul Raynaud, président du conseil, le général Gamelin de l’armée française, le général Gort, généralissime du corps expéditionnaire britannique…
D’après les recoupements, faits par M Delannoy, ces
autorités avaient choisi Mons en Pévèle pour sa
position élevée et pour prévoir les défenses du
secteur. On y envisageait trois lignes de défense
hérissées de blockhaus, l’une près de la frontière, la
seconde à 8 km en retrait, la troisième à 12 ou 14
km. L’état major s’installerait à Wahagnies, au
château Lalart.(236 ).Les troupes seraient utilisées à
la construction de ces défenses. On envisageait
même, chose qui ne fut pas exécutée, l’évacuation
complète de la population locale.
Le corps expéditionnaire britannique (CEB, en
anglais, BEF British Expeditionnary Force) installe
233 Un abri bétonné avait été construit avant guerre sous l’impulsion de M Foucart, directeur de l’usine, officier de réserve . Il avait été visité en 1939 par le général Billotte. Deux autres abris étaient disponibles chez Béghin, l’un près de l’infirmerie, l’autre en face de la bascule à wagons (témoignage de François Lemaire)
234 Wahagnies et Attiches au rendez vous de l’histoire, Gérard Hugot 1999 300 pages
CCAS de Wahagnies
235 Témoignage de M Emile Delannoy, habitant de Mons en Pévèle
236 Actuel IMPRO167
donc son état major à Wahagnies. Une base de la RAF s’installe à Lesquin et les troupes un peu partout, tout au long de la zone. Thumeries héberge trois unités différentes : le 43rd, le 4th et 1st Bucks. Voici quelques photos de soldats anglais de ce dernier bataillon.237.
Une sorte d’occupation amicale.
Tout ce qui est libre est réquisitionné pour loger les officiers et la troupe.
Robert Crombez, de Thumeries, se souvient que ses parents hébergeaient le sous-lieutenant Moore. Gaston Wilmot explique que chez ses parents, cafetiers au Thélut, il y avait deux salles, une grande salle de bal, investie par les hommes de troupe et une autre, plus petite, attenante à l’habitation, occupée par les officiers. Les anglais occupaient aussi dans le village, la salle des fêtes, la maison Dillies, (actuellement magasin Senet), l’école maternelle du Thélut, et le logement dit « des célibataires » (près du passage à niveau).
Tout est en leur possession, même le terrain de sports devant la salle des fêtes est rempli de pièces et pas de pièces cent sous.
dit le journal de l’avant-garde, évoquant sans doute des véhicules ou des pièces d’artillerie. Leurs activités sont essentiellement militaires. Ils partent chaque jour pour Landas, écrit M Wilmot, pour y creuser des fortifications. Gérard Hugot décrit aussi les tranchées dans le bois de Phalempin et notamment à l’Attargette à la lisière de la forêt. Il en reste encore quelques vestiges utilisés de nos jours par les jeunes amateurs de VTT. Les anglais impressionnent par leur discipline, leur sens de l’organisation et les travaux qu’ils font.
Bien heureux qu’il pleut tous les jours pour nos amis les anglais. Ils n’ont pas peur de l’eau…je m’lave, je m’arlave matin, midi, soir je m’rase et je me rerase…2 fois par jour. Baptiste n’en revient pas.
Sur les grandes et même les petites routes circulent à
longueur de journées et même de nuit camions,
camionnettes, motos et d’autres engins qui se croisent
en éclaboussant les passants.. Vous entendez d’ici les
ménagères de la grand’ rue, vous devinez aussi ce que
peuvent devenir les boulevards de l’halloteau, le
Thélut et la rue des prés et que tout ce trafic ne
s’exécute pas sans quelques pannes, accrochages ou
descentes au fossé.
Un tour dans les champs et pâtures, quel spectacle, un
véritable tremblement de terre, on pave celle ci on
remue celle là. Bientôt la Marque passera au Maroc
et le mont de Pève se trouvera à Bellincamps238.
Les bataillons ne sont pas pourvus de cuisines roulantes et ils
construisent, derrière leur cantonnement, des feux en briques
ressemblant un peu à nos barbecues.
Ceux de Wahagnies se rendent même à Thumeries pour
profiter des installations de douches. Chaque dimanche ils
organisent un petit défilé en armes avec, pour terminer, la sonnerie des deux hymnes nationaux, la Marseillaise et le « God save the king » !
237 Photos famille Fouquet.
238 Journal de l’AGT168
Impact sur la population.
Evidemment la présence de ces jeunes hommes
dans la commune modifie les comportements. Ils
ont d’autres habitudes, ils sont bien payés. Ils
dépensent allègrement. Thumeries va vivre un
peu à l’heure anglaise.
Gaston Wilmot a découvert le thé, une boisson qu’il ne connaissait pas. Elle lui était offerte, chaque matin, par l’homme qui s’occupait de l’intendance des officiers. La famille devait en effet traverser leur logement pour se rendre dans sa cuisine. Le soir, par contre, c’est la bière qui coulait à flots, surtout la bière brune qu’ils appréciaient. Ci-dessus une photo plus ancienne de l’autre café Wilmot, tenu par Gustave, père d’Henri, au Thélut, face à la salle des sports actuelle.
Les autres cafés faisaient aussi leurs affaires comme le raconte le journal de l’AGT :
Si on en juge par les cadavres qui s’alignent à la porte de nos bistrots, de terribles assauts sont livrés surtout à la bière brune.
Chez Willinck pour être servi en tabac et cigarettes il faut se lever de bonne heure. Au café Couillez on n’arrête pas de plurer des pommes de terres, les frites se liquident comme des petits pains, le café au lait comme les demis. Alfred et surtout Suzanne causent déjà couramment l’anglais.
Une section de la 1th Bucks est logée dans le quartier du Nouveau Monde. Ils y apprécient l’accueil d’une famille thumerisienne d’origine britannique, les Wigley. Voici quelques soldats posant avec les membres de la famille 239
A beaucoup de fenêtres apparaissent
des annonces du genre « Washing
done here », c'est-à-dire, « ici on fait
la lessive » ou « beefsteak and eggs,
chips ». Les jours de lessive, dit un
chroniqueur, les fils à linge alignaient
autant les linges militaires que les
linges civils.
Les anglais disposaient aussi de bottes
en caoutchouc que les thumerisiens ne
connaissaient pas encore. Les
débrouillards firent quelques trocs
pour s’en procurer et remplacer ainsi
leurs vieilles galoches à daches
beaucoup moins étanches.
Bref, si de temps en temps, on sent qu’ils agacent un peu, les Anglais sont nos alliés, et finalement leur présence rassure la population. Gaston Wilmot raconte aussi que la ferme Béghin servait de cantonnement à quelques soldats français. Ces derniers avaient en charge trois canons de 75 installés dans les champs de Louis Denneulin, Paul Rachez et à la ferme Laloux, au Thélut.
Français et anglais se retrouvaient donc le soir dans le café de ses parents. Les anglais avaient d’avantage d’argent et des équipements plus modernes. Les français essayaient de les distraire, histoire de se faire offrir un verre. Chacun essayait d’animer les soirées, en chantant, en dansant, en imitant Napoléon, pour rire, et se faire offrir un verre ou une cigarette anglaise….
3. Les vraies hostilités et leurs conséquences.
Les choses changent le 10 mai 1940. Les allemands lancent une forte offensive dans les Ardennes. Les troupes anglaises manoeuvrent en quittant la région pour la Belgique. Malheureusement pour elles le mouvement des allemands est efficace. Le coup de faucille de
239 Photo conservée par la famille Fouquet et probablement prise en automne 1939.169
la Wehrmacht est tourné dans le sens inverse de celui de 1914. La percée des Ardennes se poursuit à grande vitesse avec l’utilisation de forces blindées très mobiles. Rapidement français, belges et anglais doivent se replier sans même pouvoir s’accrocher aux fortifications dressées pendant la drôle de guerre. On sait que ce mouvement enveloppant va amener rapidement les allemands jusqu’à la mer et obliger les anglais à un ré-embarquement dramatique à Dunkerque.
Les anglais sont partis précipitamment abandonnant par exemple chez Dillies (Magasin Senet actuel) des vêtements, des clubs de golf, des raquettes de tennis, des cigarettes de bon tabac anglais et même des armes dans cette maison qui servit quelques temps de terrain de jeu pour les enfants de la rue basse.
Les canons français prévus pour tirer vers Orchies ont été orientés vers Hénin pour éviter l’encerclement, avant d’être emmenés. Quelques caisses de munition ont été jetées dans les tranchées immergées et recouvertes ensuite de terre. On ne le les a jamais retrouvées.
Les combats se sont passés rapidement à Thumeries à la fin du mois de mai. Des tirailleurs sénégalais ont fait escale dans le bois des cinq tailles, se ravitaillant en eau au café de Maxime à la cité du Maroc.240 Ils sont repartis bien vite.
Dans l’après midi du dimanche 19 mai 1940 un avion anglais, aux ailes de deux couleurs, blanche et noire, d’après un témoin, (probablement un Spitfire) a été pris à partie par une escadrille de 3 ou quatre avions allemands. Après avoir fait plusieurs passages à très basse altitude pour essayer de leur échapper il a été touché et démantelé. Le moteur est tombé dans le bois, des débris dans les pâtures de la
famille Denneulin, et la carlingue sur le
hangar de Mme Parsy Buisine, rue des Prés
(actuelle rue Emile Zola). Le hangar,
pulvérisé par l’impact, a été reconstruit par
la suite avec les dommages de guerre. Le
pilote s’est éjecté, mais du fait de sa faible
altitude, son parachute n’a pas joué son rôle
et il est tombé, mortellement blessé dans la
pâture Denneulin, rue des Prés. Un témoin
visuel nous disait qu’il s’agissait d’un « bel
homme » probablement (d’après son
uniforme) un néo-zélandais. Sa dépouille a
été emmenée rapidement par les anglais
encore présents dans le village. 241
Quelques soldats tués au combat.
Une semaine plus tard environ, un autre accrochage a eu lieu dans le bois de l’Offlarde, faisant trois morts. Les archives municipales conservent un plan sommaire indiquant l’emplacement de la sépulture d’un lieutenant et de deux soldats inhumés près du chemin de grande carrière derrière la ferme Béghin. La date approximative de leur décès se situe entre les 25 et 27 mai 1940.
Aux mêmes dates il y a eu plusieurs incidents dus sans doute à l’action des chasseurs bombardiers en piqué, les stukas, vedettes de cette guerre éclair. On déplore d’ailleurs une autre victime en face de l’école publique et de la mairie. Un soldat français posté devant la mairie a tiré au fusil-mitrailleur sur un avion allemand. Cet avion a lâché une bombe qui a écrasé le café des sports, tenu par Jules Mercier, et tué le courageux soldat. Ce dernier, qui ne portait pas de plaque au moment de son inhumation, faisait partie d’une division marocaine. (14ème régiment de tirailleurs) Seule trace d’identité, son bidon, marqué « Saintigny Elie ». Il fut inhumé dans le cimetière communal (2ème allée) et transféré finalement, en 1950, dans le
240 Témoignage de la famille Tournemaine Degand
241 Témoignages conjoints de Henri Denneulin et Robert Tournemaine170
caveau des poilus de 14-18.242 Un autre soldat a été tué par le bombardement chez le bourrelier Alexandre Crombez. Il s’agit de Eugène Germain. L’état civil de Thumeries fait état de deux autres victimes près de la ferme Béghin, des réfugiés belges, non identifiés sur le moment.243 Deux autres belges encore, Arnaud Willems et Simone Willems ont été mortellement blessés le même jour, à la cité des cheminots.
Cette attaque aérienne brève a fait quelques dégâts dans le centre. Plusieurs bombes ont endommagé la mairie, l’école communale, le logement du directeur, le café Mercier, et un peu plus à l’ouest l’école des filles (une bombe dans la cour, près des WC) et le logement attenant (loué à M Henri Delaine). Des dossiers de dommages de guerre attestent de ces faits (archives municipales).
Ces bombardements épars provoquent un Exode bref.
D’autres bombes sont tombées au Thélut sur la maison occupée par Tournemaine près de l’épicerie Crombez Les effets de souffle ont été perçus jusqu’à l’école maternelle (cf un dossier de dommages de guerre aux archives municipales) et
d’autres entre le village et la cité du Maroc.
Nous nous étions mis à l’abri dans la cave du numéro 12.
Elle avait été renforcée et étayée. Il y avait aussi à la
cave des outils comme une pioche. Nous étions à 13, issus
des familles Pollaert, Ninrinck, Capet. Les deux seuls
hommes, dont mon grand père, regardaient par la petite
fenêtre de la cave et ils ont commenté ainsi ce qu’ils ont
vu : un ! (bombe sur le village), deux ! (dans le champ
en se rapprochant) et « maintenant pioche » au lieu de
dire trois. Le projectile avait atteint la cuisine à trois
mètres de la fenêtre dégageant un énorme nuage de
poussière. Les hommes sortirent pour puiser de l’eau
pour évacuer la poussière et les aviateurs les ont repérés
à la pompe. Les prenant pour des soldats ils refirent un
passage en mitraillant…La maison éventrée fut
indisponible pendant plus de 18 mois244
Un jeune polonais, âgé entre 12 et 16 ans, est retrouvé mort, rue des prés ce même jour, d’après l’état civil.
Les anciens avaient gardé un mauvais souvenir des allemands pendant la guerre de 1914 si bien que certains adultes ont évacué vers la côte. D’autres venaient d’ailleurs et posaient à Thumeries, dans les cafés, dans les fermes, quelquefois dans les pâtures. Des agriculteurs venus de Nomain, par exemple, se sont ainsi installés quelques jours dans la ferme Traissac, rue basse, d’autres venant de Moncheaux n’ont pas dépassé la pâture Jaquette près du château. Certains n’ont pas eu de chance car leur convoi a été mitraillé par les avions allemands sous prétexte qu’ils pouvaient dissimuler des soldats ennemis. Un convoi a été ainsi démantelé au lieu dit « les 4 chemins » près de la Ténarderie... L’état civil garde ainsi le nom de Ernest Huart, citoyen belge, tué « rue des prés ».
Après la chute de l’avion anglais et l’approche des combats plusieurs familles thumerisiennes prirent aussi le chemin de l’exode. Certaines, comme la famille Crombez, réussirent à passer, à gagner le sud et à y séjourner un an. La plupart des autres furent surpris, doublés par la rapide manœuvre allemande et contraints de revenir très vite. Voici le témoignage de Gaston Wilmot :
242 archives municipales dossier guerre soldats victimes prisonniers 1940 45
243 Ce sont Anne Robert et Delvaux Marie Aimée identifiées par la suite cf état civil
244 Témoignage oral de Mme Dumas petite fille de M Pollaert qui avait 5 ans à cette époque ci-joint photo de la cuisine reconstruite ( Plusieurs maisons de la cité du Maroc étaient étayées avec des arbres coupés dans le bois. On y stockait aussi quelques outils pour se dégager, des serpillières et de l’eau pour se protéger des gaz, même de la colle à tapisser pour fermer les soupiraux.171
De très nombreux Belges et des Français des régions frontalières formèrent un long cortège pitoyable en direction d’ils ne savaient trop où. J’en vis passer au Thélut de ces véhicules de toutes sortes, surchargés d’objets ramassés à la hâte. Beaucoup de personnes de tous âges défilaient tristement…D’aucun faisaient halte dans les salles de la maison et dans d’autres lieux disponibles mais juste le temps d’une nuit afin de reprendre des forces. Deux familles de Vieux Condé demeurèrent dans notre salle, ils espéraient attendre là des jours meilleurs. Un obus, tombé à une trentaine de mètres de la maison, derrière l’épicerie Crombez, hâta leur départ. Ils en craignaient d’autres et ils se disaient que nos salles étaient peut être visées car elles pouvaient héberger des troupes….je n’oublierai jamais le sifflement de cet obus qui a détruit la maisonnette des Tournemaine… »245
B. Seconde Occupation allemande.
La campagne de France durera jusqu’à l’armistice demandé par le maréchal Pétain le 17 juin 1940. La France sera dès lors coupée en deux zones, une zone occupée et une zone libre. Les soldats prisonniers restent en captivité. 133 thumerisiens subissent cette épreuve. Les autres rentrent dans leurs foyers. Les archives municipales conservent une liste de 190 démobilisés. Notre région sera gérée, à partir de ce moment, par les autorités allemandes de Bruxelles. C’est, 26 ans après la première guerre mondiale, une seconde occupation allemande qui commence.
1. Réquisitions des logements et des personnes.
Les lieux.
Comme en 1914, les allemands vont s’installer à Thumeries. Les premiers soldats se sont installés à la ferme Boudelle fin mai. Mais cette fois il n’y a pas de proximité du front ou de combats sauf en 1944. Une forte présence militaire n’est pas aussi nécessaire et ils n’ont pas repris l’ensemble des logements utilisés en 1940 par les Anglais. D’après une circulaire de la préfecture, seule la Wehrmacht (armée allemande) est habilitée à réclamer des logements gratuits à l’exclusion des autres services comme la douane, la police, l’organisation Todt, la poste du Reich. etc… Les lieux occupés en priorité sont les châteaux de la famille Béghin. C’est le cas du château de M. Ferdinand, le maire de Thumeries, mais aussi de ses proches, comme il l’écrit dans ses « carnets »246
Ma propriété étant occupée par des aviateurs qui, la nuit, partaient du terrain de Lesquin, près de Lille, pour bombarder l’Angleterre, il n’était pas question de l’occuper ni d’y mettre les pieds. Je rejoindrai Pierre Malle et Claude Descamps qui dans la même situation que moi, s’étaient installés chez notre directeur, Georger.
On voit donc que le château de Bellincamps, celui des Malle et le Château Blanc étaient occupés. Celui d’Henri Béghin l’est aussi d’après un certificat de travail fourni par les allemands à une employée (archives municipales)
On certifie par la présente que Mme Irène P……. est occupée au château Henri Béghin comme femme de nettoyage et aide de cuisine. Elle travaille 12 heures par jour (traduit de l’allemand bureau postal du camp L 18836 Canton aérien Bruxelles)
Quelques aviateurs allemands logeant au château de Bellincamps venaient durant leurs jours de repos dans le café Wilmot au Thélut où ils consommaient du cognac. La famille Wilmot ne comprenait pas leur langue mais devinait à leurs mimiques qu’ils se racontaient leurs exploits au cours des premiers raids sur l’Angleterre.247
245 Extrait de »Mon histoire…un maillon de la chaîne » par Gaston Wilmot éditions les ateliers de Porthos 2007 192 pages
246 Mes carnets par F Béghin page 150
247 Témoignage oral de Gaston Wilmot172
Le Château Blanc, propriété de Claude Descamps, également occupé, nous a laissé plus de traces dans les archives municipales. On trouve d’abord des attestations de travail pour quelques femmes employées en juin 44, Marthe W…., Marie P….., Josefa N….., Marie P…., Edwige S….., Anne Marie S…. (nous estompons volontairement les noms de famille) Le document est signé de l’Hauptfeldwebeldiensttuer Uffz.
Les allemands avaient installé un talus dans le parc avec un stand de tir. Pendant les exercices une sentinelle faisait le gué pour empêcher tout passage dans le chemin rural qui borde le petit bois. Cependant, un jour, une balle a ricoché et a blessé une femme qui se trouvait à l’étage d’une des petites maisons basses face au bois. Blessée à la tête, elle a été prise en charge par les allemands.248
En 1944 l’occupation du château est d’ailleurs renforcée considérablement. Des entreprises françaises sont invitées à y faire des travaux ou à livrer du matériel. Il s’agit de travaux de plomberie (raccordement à la conduite d’eau municipale, installation de plusieurs lavabos et baignoires, entretien des canalisations d’eaux usées… Interviennent ici les entreprises Dumoutier et Ragot de Lille. On fait livrer aussi un salon, une table, deux chaises, un tapis, une lampe, deux tableaux, …sans doute pour un officier. Par ailleurs on réquisitionne aussi des outils, scies, pelles, bêches, seaux, charrettes…
Le 26 octobre 1944 le Maire sera invité à faire l’inventaire du matériel abandonné par les allemands.
En voici quelques extraits : 167 paillasses, 39 tables, 56 chaises, 2 fauteuils, 27 armoires à 2 portes, 55 polochons… De quoi permettre le couchage de 170 à 200 hommes. D’ailleurs, dans le budget communal de 1940 on peut noter les lignes suivantes : -traitement des gardes auxiliaires chargés de la surveillance des lignes téléphoniques allemandes 0ctobre 5.250 F, novembre 10.260 F, décembre 16740 F
-logement des troupes d’occupation : novembre 6.361 F décembre 2.000 F
-fourniture de courant électrique aux troupes allemandes occupant certains immeubles de Thumeries 5.000 F en décembre.
-réquisition de tables et chaises pour les troupes d’occupation 6.456 F en mai 40.
D’autres maisons hébergeaient aussi des officiers (maison Crombez, 22, rue de l’église par exemple249). Des cafés attiraient les soldats et les jeunes, curieux, regardaient par les carreaux les beuveries de la soldatesque.
Les personnes.
On vient de faire allusion à un service de gardiennage. Les archives municipales conservent quelques autres traces de thumerisiens affectés à la surveillance, au nettoyage des cantonnements allemands mais aussi à des travaux plus lourds.
Les cantonnements allemands sont surveillés par du personnel local. Voici un état d’émargement des gardes pour la période de juillet 1942.
Nom Nombre d’heures Salaire brut Salaire net
Lemaire___Joseph 248 1488 1372
Meuland__ Henri 152 912 876
Gerardin___Lucien 248 1488 1372
Lagache___Charles 248 1488 1372
Moranville__ Antoine 95 576 553
Caudron__ Georges 25 150 150
Un document semblable datant de 1943 fait état de 9 employés au lieu de 6. En plus du gardiennage les allemands emploient du monde pour le nettoyage. Nous avons à notre disposition deux listes de 1943 portant les noms de 30 pour l’une et de 31 personnes pour la seconde, 9 ou 10 hommes, 19 femmes, employés 9 heures par jour, 6 jours par semaine.
248 Souvenirs de Robert Tournemaine
249 Les allemands qui ont occupé cette maison n’ont pas apprécié la collection de livres intitulée « Patrie » qui relatait les événements de la guerre de 1914. Cette collection a été détruite par leurs soins173
Une autre liste ne précisant pas l’affectation présente un homme et 4 femmes employés en 40 et en 41, 9 heures par jour.
De plus gros travaux.
Il arrive aussi que la population soit requise pour des travaux plus lourds (élagage ou bûcheronnage par exemple).
Nous soussigné, Maire de la commune de Thumeries certifions que les troupes allemandes ont procédé du 15 juin au 30 août 1944 à l’abattage de nombreux arbres dans la forêt des cinq tailles à Thumeries, propriété de Mme Joseph Bégin. Cet abattage a porté sur 259 m3de bois de toutes essences utilisés pour les constructions d’ouvrages militaires dans la forêt de Phalempin. Les branchages ont servi à la confection de fascines.
Cette réquisition comme celle qui suit concerne la construction dans la forêt de Phalempin d’une rampe de lancement de bombe volante V1. Ceci explique les renforts de troupes arrivés en 1944 au château blanc et la réquisition suivante, musclée (archives municipales)
7 juillet 1944, sur ordre de M le Préfet, M Le Maire de Thumeries est tenu de mettre à la disposition des troupes d’occupation 20 ouvriers.
Ceux-ci devront se trouver à la Mairie demain 8 juillet à 8 heures avec 10 haches, 5 scies de bûcheron, une chaîne de ferrage pour confectionner des faisceaux. Mr le Maire est tenu de désigner parmi les ouvriers un technicien qui sera le chef d’équipe.
Les autorités allemandes informent les intéressés qu’en cas de défection des sanctions sévères seront prises pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement ou l’internement dans un camp de concentration »250
Plus sérieux encore, l’envoi de Louis G----, V--- Etienne et B--- Pierre, tous trois envoyés travailler aux fortifications sur les côtes françaises.
Avec une telle pression des occupants, de la propagande et le soutien tacite des autorités de Vichy il n’était pas facile de gérer la commune et de défendre les intérêts de ses habitants dans une situation difficile.
2. La gestion municipale de la crise.
Situation anormale.
La municipalité de l’époque doit faire face à une situation anormale. Anormale, d’abord par l’absence du maire, Ferdinand Béghin, qui est mobilisé et qui passe les mois de la drôle de guerre et ceux de la campagne de France loin de Thumeries.251.
La commune est donc confiée au premier adjoint, M Macquart.
Mais elle est privée en plus de ses ressources habituelles. Dès le 5 mars 1940, le conseil municipal avait pris la précaution d’annuler un emprunt de plus d’un million de francs, engagé un mois avant la guerre (2 août 1939). Cet emprunt devait couvrir les travaux d’adduction d’eau potable. En ces temps difficiles, les conseillers ont préféré surseoir à la dépense.
250 Archives municipales dossier 1940-1945
251 Ferdinand Béghin est affecté à la 401ème compagnie hippomobile puis dans la cavalerie en Lorraine. Il est en permission dans le Nord au moment de l’attaque allemande et rejoint rapidement son régiment. Par la suite il sera transféré près d’Abbeville où il subit une forte attaque blindée allemande le 6 juin. Son régiment est malmené et dispersé et il se replie vers Saint Valéry en Caux, fuit en bateau, est récupéré par des marins anglais. Il revient en France à Cherbourg le 14 juin puis gagne Brest, cherche à rejoindre son unité de cavalerie toujours sur le repli pour échapper à la captivité. Après l’armistice il est démobilisé174
Enfin, pour faire face aux dépenses ordinaires, la commune fait une demande de prêt occasionnel aux autorités allemandes, le 15 juin 1940.
En raison des circonstances actuelles qui privent les communes de leurs ressources normales, il importe de rechercher les voies et moyens de nature à assurer le paiement des dépenses qui incombent aux autorités locales….les fonds publics auxquels les municipalités faisaient appel n’étant plus disponibles le conseil municipal décide de solliciter des autorités allemandes supérieures une avance de 672.720 francs…
Une seconde demande, cette fois auprès de l’Etat Français est formulée dans les mêmes termes le 6 septembre pour un montant de 330.000 F. Ces deux emprunts seront remboursés par la suite.
Des mesures exceptionnelles.
Comme en 1914, le conseil restreint, va prendre des mesures exceptionnelles pour faire face à la situation. La première est la constitution d’un comité de ravitaillement, décidée le 29 mai 1940. Le président est Arthur Macquart, accompagné du chef de ravitaillement, Théodore Desmons, de trois secrétaires, Emile Duflot, Augustin Coget et Léon Villette, d’un trésorier, Auguste Huart et de deux auxiliaires, Alexandre Coget et Vandenbeucq Fortuné. A la séance suivante, le 5 juin, les conseillers restants décident d’un comité de guerre qui assurera tous les services y compris le ravitaillement. En voici la composition : président Arthur Macquart, vices présidents, G.Beaucamps et Jean Morel, trésorier Sévère Milleville, chef de police, Coilliot, secrétaire Joseph Dhainaut.
En juin on décide d’apporter des secours aux nécessiteux. Voici les motivations telles qu’elles sont exprimées dans le procès verbal.
« Par suite des événements diverses entreprises et usines ont licencié une partie de leur personnel et ne travailleront par la remise en route de leurs établissements que quelques jours par semaine.
Les mesures envisagées sont de donner du travail aux chômeurs. Il s’agit de leur confier des travaux agricoles ou de donner des aides suivant le barême ci après : 7 F pour un chef de famille, 4,50 F pour une femme et 4 F pour un enfant.
Retour progressif à la normale.
Petit à petit on revient à un fonctionnement municipal qui pourrait paraître normal. A compter de septembre, Mr Le Maire, est revenu et préside de nouveau les séances du conseil. Certains projets, écartés un temps, refont surface, comme les travaux d’adduction d’eau potable qui seront largement subventionnés, l’achèvement de la construction de l’abri à l’entrée du cimetière et divers autres travaux.
Le conseil doit aussi mettre en place de nouveaux services et créer de nouveaux postes de personnel.
Le premier est l’instauration d’un service de « gardes messiers », c'est-à-dire, en ces périodes de pénurie, de deux gardes chargés de protéger les récoltes contre le pillage.(nomination de 2 gardes, Lucien Gerardin et Stanislas Bogusz, au salaire de 40 F par jour pour 8 heures de fonction) Il faut aussi créer, en Mairie, un poste supplémentaire pour assurer la distribution des aides alimentaires.(par exemple 1 quart de litre de lait par jour aux 635 enfants des écoles). Enfin est créée une cantine municipale.
Cette création est effective en 1943,
« Pour éviter aux écoliers éloignés de l’agglomération de rentrer chez eux pour le repas de midi alors que le parcours leur est particulièrement pénible par suite des restrictions actuelles qui empêchent en général les parents de les vêtir et de les chausser selon leur désir.175
Notons toutefois un changement de procédure qui a eu lieu en 1942. L’état français, dirigé par le Maréchal Pétain, change la manière de désigner le conseil municipal. Désormais (jusqu’en 1945) le conseil ne sera plus élu par la population mais désigné par l’état par l’intermédiaire de son préfet. Ceci passe inaperçu à Thumeries parce que M Ferdinand Béghin est maintenu maire de la commune. Le reste du conseil nommé par le préfet reprend 12 anciens conseillers et six nouveaux. 252
Les nouveaux promus se nomment Théodore Desmons, employé, Jean Morel, maréchal ferrant, Auguste Huart, chef d’équipe, Pierre Devienne, cultivateur, Charles Barbier, ajusteur, et Maria Cavry, directrice d’école, première femme du conseil municipal, en n’oubliant pas qu’en 1942 les femmes ne votent pas encore !
3. Tensions entre la population et l’occupant.
Manifestation d’hostilité et représailles.
C’est un accident de guerre, survenu dans le ciel de Thumeries, qui va perturber la vie locale et révéler la tension latente entre la population et les autorités occupantes.
Le 2 juillet 1941, vers midi, un avion anglais est abattu par les allemands et s’écrase dans la plaine agricole derrière la ferme Flinois à une cinquantaine de mètres de la ferme. D’après un témoin, âgé de 5 ans à l’époque, qui a vu les allemands l’emporter sur une plate forme agricole, il portait des couleurs de camouflage, style kaki. Mais le pilote avait sauté en parachute et, emporté par le vent, il avait atterri plus loin, dans la zone du Lobez (actuelle résidence Domerie). Il fut fait prisonnier par les allemands malgré l’hostilité manifeste des thumerisiens présents. Voici le récit des faits d’après un membre des renseignements généraux253
En juillet 1941 un avion anglais était abattu sur le territoire de la commune de Thumeries tandis que l’aviateur atterrissait en parachute à quelques kilomètres de distance de son appareil. De nombreux habitants se portèrent sur le lieu d’atterrissage de l’aviateur et se livrèrent à une manifestation à l’égard des soldats allemands qui venaient s’emparer du parachutiste. En répression de cette manifestation les autorités allemandes procédèrent quelques temps après à l’arrestation de 10 otages qui furent détenus à Valenciennes puis à Huy en Belgique. Ils ne furent relâchés qu’après plus de 6 mois de captivité. Entre temps la police allemande procédait à une enquête et à des perquisitions chez des personnes soupçonnées d’avoir pris part à la manifestation. Une dizaine d’entre elles furent détenues 31 jours à Loos. Parmi elles, Monsieur Pluyme, cultivateur à Mons en Pévèle, soupçonné d’avoir été l’instigateur de la manifestation. Au cours de la perquisition à son domicile il fut constaté que son poste de TSF était branché sur Londres. Le poste fut saisi et M Pluyme condamné à 2 ans d’emprisonnement par le tribunal militaire de Bruxelles.
En fait il semblerait que la patrouille allemande n’était composée que de deux motards et qu’ils avaient été reçus par le fermier Pluyme et quelques femmes sortant de l’usine, venues rejoindre leurs compagnons aux champs. Les Thumerisiens avaient essayé vainement d’empêcher la capture du parachutiste.
Les témoins avaient donc menacé les militaires allemands avec des fourches. On devine bien sûr que les autorités allemandes n’ont pas apprécié et ont déclenché de sérieuses représailles. Dès le 21 juillet, Mr le Oberfeldkommandant a prononcé les mesures expiatoires suivantes :
252 Les anciens conseillers nommés de nouveau sont Béghin Ferdinand, Macquart Arthur menuisier, Duflot Léon, employé, Parsy Eugène agriculteur, Crombez Raymond, employé, Desmons Jean Baptiste, médecin, Wilmot Henri surveillant et pompier (père de Gaston Wilmot , un de nos témoins), Flinois Alexandre, surveillant, Claude Descamps industriel, Foucart Raoul, ingénieur, Derache Henri agriculteur et Coget Augustin employé
253 ADN 1 W 1874 à propos de la détention d’un habitant de Mons en Pévèle176
Tous les appareils de TSF sont confisqués. Ils sont à livrer auprès de la Mairie de Thumeries pour le 25 juillet. Le maire les remettra à la Orstkommandatur, boulevard de la Liberté à Lille.
Tous les cafés et restaurants de Thumeries seront fermés immédiatement jusqu’au 19 août.
Il est interdit à la population de quitter son logement après 16 heures le dimanche, 21 heures le lundi, 22 heures les autres jours, jusqu’au 19 août.254
Comme les RG le laissaient entendre les allemands reprochent d’une part l’hostilité de thumerisiens contre un groupe de l’armée de l’air allemande qui affirme avoir été menacé avec des fourches et d’attitudes analogues à plusieurs reprises, enfin qu’il a été prouvé que des émissions de la radio anglaise ont été écoutées dans des auberges et des maisons privées. Dès le 26 juillet, 379 appareils de radio sont confisqués mais la kommandatur vérifie les listes des redevances des PTT et fait remarquer qu’il y avait 438 postes déclarés avant guerre. La mairie, dans une lettre du 29 août se défend en prétextant que certains appareils ont été détruits en mai 40 et que certains immeubles sont occupés par l’armée allemande elle-même et détiennent sans doute le reliquat de postes. La confiscation des postes est maintenue jusqu’au début de l’année 1942.
Dans une lettre du 24 juin 42, le premier adjoint essaie d’obtenir la restitution des appareils, arguant que la population ne peut pas profiter de la propagande de Vichy (c’est de bonne guerre !)
Il est à signaler que le manque d’appareils récepteurs prive le public de la commune de tout contact avec le gouvernement, de tout message du chef de l’état, du président du conseil qui sont de si bonne propagande
Autre sanction, vexante et anachronique, l’obligation de tuer les pigeons voyageurs.255 Certes ces derniers avaient servi de messagers pendant la grande guerre, mais en 1941, on ne voit pas comment les pigeons de Thumeries auraient pu servir aux anglais et menacer l’Allemagne!
Enfin, la sanction la plus grave, fut
l’arrestation de 10 otages le 25 juillet.
Ce sont René Ardourel ( 41 ans, un enfant de
19 ans, peintre artisan rue Defretin), Jean
Minne (19 ans, célibataire, mécanicien, rue de
l’église), Marcel Benoit 39 ans, célibataire, rue
de l’église), Maurice Monthuys (33 an, maître
nageur,cité des écoles), Emile Fouquet (28
ans,manœuvre, 2 enfants) Jean Bassement (40
ans, 5 enfants, le nouveau monde), Henri
Meulan ( 42 ans, rue des prés, 2 enfants),
Henri Lietard (43 ans 2 enfants forgeron aux
mines, rue Faidherbe), Paul Delmer et Eugène
Bataille, rue du Thélut.
A priori, il semblerait que ces hommes aient
été pris au hasard sur les listes électorales.
M Béghin essaie dès le 28 juillet de plaider
leur cause :
Il fait valoir que la plupart des personnes arrêtées avaient toujours été correctes avec les allemands, que la plupart appartiennent à son personnel et remplissent des fonctions très utiles au bon fonctionnement de l’usine. Il demande donc leur libération ou au moins la réduction de la durée de l’incarcération256
254 ADN 1 W 672
255 Gaston Wilmot page 25
256 1 W 672177
L’incarcération à la citadelle de Huy (notre photo) durera jusqu’au lendemain de Noël 1941 pour 8 d’entre eux. Les deux derniers, Lietard et Delmer attendront l’année suivante pour rejoindre leur village.
Autres faits, autres sanctions.
Déjà le 6 septembre 1940 André Deloigne
est incarcéré 8 jours à la prison de Loos
suite à une perquisition à son domicile. On y
avait trouvé un révolver!
Le 27 avril 1941, Victor Lemaire, qui était
affecté à la surveillance des fils
téléphoniques, est arrêté, suite à un sabotage
(fils coupés dans la commune). Il est resté à
la prison de Loos jusqu’au 31 juin 41.
L’été 41, comme on l’a déjà remarqué, est
tendu. On trouve aux archives
départementales257 deux brefs
communiqués de la Feldkommandatur datés
du 6 septembre. Le premier à 8 heures demande de rassembler 20 gendarmes à Thumeries pour le lundi matin Cette convocation est strictement confidentielle et il ne faut pas en donner connaissance à Monsieur le Maire. (On devine une certaine méfiance).Le second communiqué produit à 19h30 note qu’il est inutile de rassembler les gendarmes, le coupable aurait été arrêté.
Il semble que ces 2 notes correspondent à l’arrestation, suite à des dénonciations anonymes258, de neuf personnes. Parmi elles, on retrouve Victor Lemaire, qui est déjà allé à Loos. ( cf notre photo de la prison de Loos) Il est accompagné cette fois de Emile Montel, de Claude Malfait ( né en 1879 demeurant rue de la gare) , d’André Deloigne, de Jean Henry, de Jean Degand ( né à Attiches en 1908), demeurant cité du Maroc et de Joseph Lemaire. Ils sont restés à Loos jusqu’au 11 octobre. Malfait et Degand auraient même été battus par les allemands. Voici la version de la famille Degand :
Pour dissimuler le cuivre qui intéressait les allemands pour leurs usines d’armement on avait peint tuyauteries et robinets de cuivre à l’usine. La dénonciation laissait entendre que Jean Degand savait où il y avait beaucoup de cuivre. Mais ce dernier avait emmené les enquêteurs dans des locaux où il n’y en avait pas ou peu.
Réticences par rapport au STO.
En 1942 dans le cadre de son effort de guerre, l’Allemagne a
besoin de plus en plus de main d’œuvre. Le gauleiter Fritz
Sauckel, imagine de faire appel à des travailleurs venus d’un peu
partout. Plus de 600.000 travailleurs français iront en Allemagne
entre juin 42 et juillet 44. Certains se sont portés volontaires
d’autres non. En dehors de l’idéologie antibolchevique (cf
l’affiche ci contre) les motivations sont diverses. En ces temps de
crise quelques uns ont été séduits par les promesses de forte
rémunération. On a aussi fait miroiter, en France, le retour
possible de prisonniers (un prisonnier libéré pour trois travailleurs
volontaires). Malgré la propagande de Laval (comme le montre
l’affiche ci-contre) ce service n’a pas trop marché. Au contraire c’est à partir du STO que se fait la rupture avec le régime de Vichy. Beaucoup seront réfractaires au STO, obligés de se cacher dans des fermes isolés, tentés par la suite par la résistance. Pierre Legrain, par exemple, un jeune athlète dont nous reparlerons, est passé progressivement dans la clandestinité puis dans la résistance pour échapper à la réquisition du STO.
257 ADN 1 W 672
258 Archives municipales, note au crayon de bois 9 habitants arrêtés comme extrémistes sur dénonciation anonyme.178
On trouve dans les archives municipales une liste de 8 français envoyés en Allemagne au titre du Service du travail obligatoire Demoor Albert (Halloteau), Wilmot Gustave, Poulain René, Wattrelos Jules, Choquet Lucien, Dewisme Roland, Contardo Henri, Bogusz Stanislas, et Verdru . Parmi eux, trois seulement étaient « volontaires ».
Pour la population, le reste de la guerre est marquée par le manque d’alimentation, la recherche de solutions pour y remédier. C’est le règne du système D, troc de bons alimentaires contre des bons de tabac, longs
déplacements en bicyclette pour se rendre dans
des fermes accueillantes, escalade du terril
d’Ostricourt à la recherche de charbon pour se
chauffer.259 C’était déjà une forme de
résistance !
C La fin de la guerre.
Nous venons de faire allusion à la Résistance. Il
est évident que résister à l’occupation demande
beaucoup de discrétion. Les fortes représailles
après l’incident de l’avion abattu ne pouvaient
qu’inciter à se montrer prudents. Cependant
certains habitants de Thumeries ont commencé à s’engager clandestinement contre l’occupant.
1. Les Résistances.
Des initiatives individuelles.
Dès 1940 des français avaient caché à la Ténarderie des soldats britanniques en les dissimulant dans la citerne désaffectée. Ils les ont ensuite transférés, cachés dans un char rempli de paille et recouverts de pommes de terre.260
Ce même bâtiment de la Ténarderie sera utilisé par la famille Wigley dont nous avons déjà parlé.261 En dehors des réseaux connus de résistance, cette famille s’est engagée à titre individuel dans la guerre. Elle était protégée indirectement par M Béghin qui avait omis volontairement de la signaler sur la liste des étrangers vivant à Thumeries, protégée aussi par les voisins qui ne les ont jamais dénoncés, protégée encore par les postiers qui distribuaient le courrier provenant des prisonniers. Car les Wigley recevaient des courriers provenant des soldats anglais qu’ils avaient connus. Sur les sept qui figuraient sur la photo, trois sont morts, trois sont prisonniers, un dernier se trouve en zone libre, près de Nice. Mme Wigley, d’origine britannique, s’est aussi portée au secours de plusieurs aviateurs britanniques abattus dans le secteur. Sa connaissance de l’anglais facilitait les choses mais aussi sa connaissance des lieux. Elle a ainsi caché, à plusieurs reprises, des aviateurs dans les ruines de ce que les anciens appellent le château Hulotte dans la propriété de la Ténarderie. 262Mme Wigley y apportait nourriture, couvertures et réconfort avant leur transfert. Sa fille raconte qu’un jour la maison était parfumée d’une délicieuse odeur de rôti, mais au moment du festin qu’elle espérait, sa maman avait emmené le rôti à la Ténarderie en disant simplement « pour vous, la soupe est prête ! »
Bien plus surprenante est l’anecdote suivante. Une fille Wigley, Sidonie, a emmené jusqu’à Calais (où les Wigley avaient résidé avant de venir à Thumeries) un aviateur anglais, peu doué pour le vélo, en utilisant un tandem qu’elle dirigeait elle même. Heureusement pour elle, les allemands n’ont pas prêté attention à ce couple de jeunes gens inoffensifs se déplaçant à vélo.263
259 Quelques mineurs détournaient du charbon destiné à l’Allemagne et l’envoyaient au terril sous quelques centimètres de gravats. Ce charbon était récupéré par les initiés suffisamment courageux pour affronter à la f,ois la grimpette du terril et le couvre feu. 260 Témoignage oral de F Lemaire qui a participé au transfert de ces soldats jusqu’à Waziers
261 Page 166 à propos des soldats britanniques
262 Voici une photo (1990) page précédente des ruines du château « hulotte « dans la propriété de la Ténarderie
263 Pourtant le fait que l’homme soit assis derrière et que son pantalon trop court avait été rallongé sommairement aurait pu attirer l’attention. Ils ont peut être trouvé ce couple de français très originaux …179
C’était pourtant une rude aventure pour une jeune fille de 15 ans, et même un réel exploit sportif, de revenir saine et sauve, en solo, de Calais, sur un grand tandem.
Il y a peut être eu d’autres faits de ce genre, peu ou mal connus, qui mériteraient sans doute les hommages qu’on a coutume de décerner d’ordinaire aux FFI officiels.
Parmi ces derniers on a connu à
Thumeries deux organisations.
Le groupe WO (War Office)
Ce premier groupe de résistants
thumerisiens nous est présenté par
M Ferdinand Béghin lui-même
dans son ouvrage » Mes carnets. »
« J’avais été contacté par la
section WO du capitaine Michel,
officier anglais de l’Intelligence
Service, qui n’avait pas quitté la
région après la défaite et faisait
partie du réseau O.F.A.C.M….
Après une longue discussion dans le cimetière sud de Lille avec un de ses adjoints je déciderai d’entrer dans la résistance. Mon rôle sera modeste. Il consistera à recruter des hommes dans le secteur »
Ce groupe, indépendant du mouvement officiel de la résistance, coordonné par Jean Moulin n’avait pas beaucoup d’armes. C’est d’ailleurs en voulant récupérer les armes d’un petit groupe d’allemands en fuite que M Ferdinand Béghin fut gravement blessé le 3 septembre 1944. Le groupe WO prit alors la responsabilité du château blanc et du stock de matériel laissé par les allemands. Voici deux documents les concernant, une carte individuelle et une photo du groupe. On y trouve Doutreligne, (garde forestier chez Béghin), Karpinski Wadek, Robert Delannoy, Robert Crombez, R Jury, Noël Lagache, Paul Volkaert, chef du groupe. Au premier rang:X?, P Cogez, Roland Laine, Raymond Martinache et Jean Minne.264
Le groupe Voix du Nord.
Le second groupe de résistants locaux est
rattaché au réseau clandestin, « Voix du nord ».
Ce mouvement de résistance est né en 1941 à
l’initiative de Natalis Dumez, ancien secrétaire
de l’abbé Lemire et d’un policier, Jules Nautour.
Il est dirigé, à Thumeries, à partir de 1943, par
le capitaine Cornette, frère d’Antoine Cornette,
un basketteur de l’Avant-Garde. Parmi eux se
trouvent Albert Delannoy, Louis Furlan et son
frère, Pierre Legrain, René Fontaine et d’autres.
D’après un témoignage oral de Pierre Legrain 265
les missions étaient ponctuelles : transport et distribution de tracts ou de l’édition clandestine de la Voix du nord, sabotage des lignes téléphoniques allemandes, plastiquage de voies ferrées à Orchies, tentatives de destruction de la rampe de V1 en construction dans le bois de Phalempin. Pierre, natif de La Neuville, passionné de chasse, connaissait bien la forêt ce qui permettait de déjouer la surveillance allemande. Le groupe était fractionné pour ne pas
264 Le groupe WO de Thumeries a cessé d’exister en 1954 , date à laquelle il s’est dissous en reversant 5.000 F au CCAS
265 extrait d’ un bulletin municipal de la commune de Thumeries180
être repéré. Chacun n’ayant qu’un ou deux contacts connus. Eux aussi manquaient d’armes. Ils disposaient par exemple d’un revolver attribué à Cornette mais il n’avait guère de munitions, de l’une ou l’autre carabine ou fusil de chasse, trop peu pour s’affronter directement aux allemands. Quelques uns de ces résistants participeront aux combats de Tourmignies au moment de la Libération, comme on le verra ci après.
2. La libération.
Mouvement des anglais.
La deuxième armée britannique de Montgomery, venant du sud, épaulée sur sa droite du côté de l’Escaut par les américains, dédaigne la poche de Dunkerque fortement défendue par les nazis et pousse rapidement par les grands axes vers Arras, Lille et Anvers. Le 2 septembre 1944 les anglais sont à Arras. Menacés d’encerclement les allemands de Thumeries évacuent le village sans combattre. Depuis une semaine, en effet, ils avaient réquisitionné des chariots et des chevaux pour fuir dans ces charrettes recouvertes de feuillage. La population craignait encore ces soldats bariolés, déguisés, mais toujours armés et capables de faire feu à n’importe quel moment. 266 La nuit du 2 au 3 septembre, abrités derrière leurs fenêtres closes, les habitants ont entendu beaucoup de bruits de mouvement. C’est le dimanche 3 septembre au matin que les anglais débouchent de Wahagnies et se dirigent vers Attiches sans passer dans Thumeries. Le bruit des engins blindés s’entend jusqu’à l’église (ou au patronage) où se déroule la messe du dimanche. On devine l’empressement de tous pour quitter l’office et courir au petit Thumeries accueillir les libérateurs.267
A l’arrivée des anglais ordres et contre ordres divers se succèdent dans le groupe disparate de résistants. On leur suggère de se rendre aux bassins de décantation, puis à l’école des garçons puis encore à la Pétrie. En fait il n’y a pas eu d’accrochage à Thumeries mais seulement à Pont à Marcq ou à Tourmignies.
Les combats de Tourmignies.
Vers midi, une ambulance arrive de Oignies remplie d’hommes armés. Ils disent qu’on demande du renfort à Pont à Marcq. Quelques résistants du groupe Cornette se joignent à eux. Pierre Legrain et Albert Delannoy montent même sur le toit de la voiture. Ils sont accrochés peu avant la gare de Tourmignies par une batterie allemande, la batterie 4 du Croquet, qui fait retraite. L’armement est disproportionné. (En fait, les résistants n’ont pas ou peu d’armes et sont impuissants devant l’armée allemande qui replie, bien qu’affaiblie avec beaucoup d’organisation). Un homme est tué.268 Les résistants essaient d’échapper au tir des armes automatiques, en se dispersant et en se cachant derrière les saules qui bordent la rivière. Au passage du mur du château, Léon Degand, qui était manchot, perd du temps et est mortellement blessé. Son compagnon, Brice, est blessé aussi et il sera soigné dans le café Raptin). Les survivants, Legrain et Delannoy se cachent ensuite dans les champs de betteraves. Les allemands repartent et, peu de temps après, nos deux résistants rencontrent une colonne de véhicules blindés marqués d’une étoile. Il s’agit des anglais. Ils montent sur un char et dirigent la colonne à la recherche des allemands. Cinquante ans après, lors de son interview,269 Pierre Legrain était encore impressionné par la puissance de feu des alliés et leur déploiement tactique.
Les allemands, retrouvés au centre de Mons en Pévèle, renoncent finalement à se battre, se rendent, sont faits prisonniers par les FFI. Un autre groupe, descendu par l’Offrande, épuisé et affamé se rendra à l’Attargette. Les FFI les ramènent triomphalement à Thumeries où, bien
266 Témoignage de René Vasse dans un bulletin de 1994
267 M Masquelez, maire de Thumeries depuis 1989 raconte qu’il est allé voir le spectacle assis sur le cadre de vélo de son grand père
268 Cet homme a été ramené par ses camarades dans une camionnette qui s’est arrêtée au café Wilmot au Thélut (témoignage oral de Gaston Wilmot)
269 Interview de Pierre Legrain, réalisé par mes soins pour le bulletin municipal en 1994181
que prisonniers, les allemands entrent fièrement, au pas cadencé, et sont pris ensuite en charge par les gens d’Ostricourt.
Le coup de feu de M Ferdinand.
Pendant ce temps, M. Ferdinand Béghin voyant passer un groupe de dix allemands bien armés, sur la route de Moncheaux, près de sa propriété, aurait bien voulu récupérer leurs armes pour le WO. Armé seulement d’une mitraillette, il longe la haie, les retrouve, leur crie de se rendre et, un peu téméraire, mais fidèle à son caractère, il ouvre le feu. Les allemands se jettent dans le fossé et au lieu de se rendre, répondent par un feu nourri. M. Béghin est atteint par une balle et tombe sans connaissance derrière la haie. Alertés par la fusillade les résistants arrivent, les uns poursuivent les allemands à travers champs, les autres évacuent leur chef dans sa maison avant de le transférer à l’hôpital d’Oignies.
Certains FFI, ou prétendus tels, s’en sont ensuite pris à quelques femmes à qui ils reprochaient des relations trop amicales avec des allemands. Six femmes furent ainsi tondues au balcon de la Mairie, leurs cheveux jetés dans la rue, par la fenêtre, livrées ainsi à la vindicte populaire. De nos jours les témoins de ces scènes, âgés d’une vingtaine d’années à l’époque, évoquent encore avec gêne ces règlements de compte.
« Je n’ai pas oublié ces visages. Fallait-il tant d’acharnement ? Un peuple en liesse peut devenir aveugle » nous confiait un témoin oculaire.
Nous tairons donc le nom des « coiffeurs » comme celui des victimes.
Par contre, dans les jours qui suivent, eurent lieu des manifestations et défilés de fête où s’exprimait enfin la liesse populaire, comme ce cortège des enfants des écoles de filles dans la rue principale. 270
D’autres FFI plutôt que de raser des femmes vont s’engager aux côtés des troupes françaises et alliées « pour la durée de la guerre ». Ce sera le cas, par exemple, de Marcel Dessenne (engagé à la réduction de la poche de Dunkerque ainsi que Georges Bigorne), de Louis Furlan (engagé dans la division Rhin et Danube), de René Fontaine, associé aux américains dans la fameuse bataille de Bastogne, et de quelques autres…
Signalons ; pour mémoire,
que le 4 septembre, alors que
les combats avaient cessé on a
retrouvé et arrêté à Mons en
Pévèle deux soldats
allemands, qui étaient en
charge des projecteurs de lutte
anti aérienne. Ces territoriaux
étaient restés sur place et on
les a retrouvés, occupés
banalement à la récolte de
leurs pommes de terre !
Une coupure de presse fait
état, en 1949, d’une remise de la médaille de la libération aux FFI thumerisiens 271
Ce sont :
270 Photos Jacques Cabre, page suivante
271 Voix du Nord 2 octobre 1949182
Béghin Ferdinand, Capet Henri, Coget Alfred, Damelincourt Raymond, Debuire Roger, Delaine Henri, Dessenne
Marcel, Doutreligne
Delphin, Dupire Emile,
Duquenne Robert, Facq
Paul, Foucart Raoul,
Foucart Roger, Gensty
Bolislaw, Huart Georges,
Lecomte Edmond,
Lecomte Léon, Legrux
Maurice, Longuepée Jean,
Martinache Raymond,
Rachez Désiré, Richez
Paul, Rousseau Jean,
Trémelet Jean, Vasseur
Alfred, Villette René.
Quatre hommes furent
décorés à titre posthume : Bernard Philippe, Degand Léon, Laine Roland et Mekil Charles.
3. Bilan local de la seconde guerre mondiale.
Enfin la guerre est finie. C’est le moment de faire le bilan.
La guerre a marqué une fois encore une génération qui a souffert d’abord de la pénurie de denrées alimentaires, ensuite du climat de tension et de méfiance, de la division des français eux-mêmes. Au-delà de ces problèmes psychologiques nous évoquerons les dégâts matériels, le traumatisme de la captivité et enfin les victimes civiles et militaires du conflit.
a) Les dommages de guerre.
Une lettre du délégué régional à la reconstruction immobilière, datée du 3 décembre 1941, adressée à Monsieur le Maire fait état de 126 immeubles partiellement détruits et de 6 immeubles totalement détruits. Or, dit-il, seuls 13 dossiers seulement sont parvenus en préfecture. Il demande donc de faire le nécessaire pour instruire les dossiers de façon précise. Nous n’avons pas le détail de ces dossiers mais seulement les traces des demandes transmises à Lille. Cette trentaine de dossiers s’étalent sur toute la guerre.
Ce sont en premier lieu les victimes des bombes de mai 40 dans la rue Defretin
Herent Aristide, secrétaire de Mairie, demeurant rue Defretin, en face de la salle de musique actuelle
Crombez Alexandre, voisin de Herent Aristide, (déclaration de 1942)
Plancq Eugène, boucher, toujours dans la rue Defretin ( « chez Dindon »et Morel Carlier ,son voisin et associé.
Mercier Julien, café voisin de la boucherie, en face de la mairie
Berthe Courault, rue Gambetta, près de la bibliothèque actuelle
Debuire Paul, au Petit Versailles
Lenne Pierre, à l’ancienne poste (café tabac actuel)
Veuve Desmons, près de la pharmacie
Viennent ensuite les logements du Thélut, proches de l’école maternelle.
Penin Henriette, au Thélut, maison individuelle près des établissements Debersée Albert Archas (dommages déclarés en 1941)
Bourdon Robert
Veuve Loyhier Bigotte au Thélut
Tournemaine Lucien
Arthur Jonas, résidence des cheminots
Donchez Ernest même résidence (déclaration de 1945)183
Puis nous pouvons citer les maisons de la cité du Maroc (cf notre récit) et quelques immeubles non localisés
Maurice Lagaisse (cité du Maroc)
Pollart Henri (cité du Maroc)
Cabre Hubert, maison proche de l’école des filles
Veuve Cléton, née Ninrinck
Constant Deprez
Lefebvre Gaston, rue de la Baverie
Maurice Ruchot, cité du bois
Denneulin Lemoine Ida
Mekil Paul
Depret Dhainaut Caroline
Sabbe Robert
Enfin, pour terminer, les châteaux de la famille Béghin, qui ont souffert et de l’occupation des armées allemandes et du pillage de leur mobilier et de leur cave.
Malle Pierre (déclaration de 1946)
Béghin Ferdinand
Claude Descamps
Certains dégâts de 1940 ne sont pas indemnisés tout de suite parce que les hommes sont prisonniers et il faut leur écrire pour qu’ils établissent un pouvoir au nom de leur épouse. Il s’agit de Bourdon Robert (stalag 1B matricule 60.134) Tartare Anthime (stalag 2A 972), Debuire Alphonse (stalag 6G 40.954) et Butruille Paul (stalag 12A 10578). Ce fait est révélateur de la situation de dépendance des femmes en matière de gestion des comptes.272
Par contre nous avons des dossiers plus complets concernant les dommages causés aux bâtiments communaux. 273 L’évaluation des dégâts et des réparations est faite par l’architecte communal (Cordonnier).
L’école des garçons a été touchée par deux bombes tombées de chaque côté de la façade à moins de 15 mètres. Les réparations portent sur de la plâtrerie, de la menuiserie, de la peinture, de la vitrerie et quelques éléments de couverture, le tout pour 1.978 F à la maison du directeur et 20.819 F à l’école.
La mairie toute proche nécessite une intervention chiffrée à 4.224 F
A l’école des filles, rue Houdart, les dégâts sont plus importants. Il faut plus de 49.000 F pour effacer les traces d’une bombe tombée dans la cour et d’une autre tombée sur une maison voisine.
Enfin, au Thélut, une bombe incendiaire, a endommagé la maison de la directrice et le devis de réparation se monte à 1.052 F
b) Le traumatisme de la captivité.
115 Thumerisiens ont vécu le traumatisme de la
captivité. Un seul, Delecroix Barnabé, a été libéré en
1941. Tous les autres sont restés prisonniers jusqu’en
1945.
En voici la liste.
272 Le droit de vote ne sera accordé aux femmes qu’en 1945
273 Dossiers ADN et archives municipales 26.869 ‘école des garçons, 26.905 école des filles 26907 mairie184
Quinze de ces rapatriés nécessitent des soins médicaux et ne sont pas capables de reprendre le travail d’après une lettre du maire du 20 juillet 45.
c) Les victimes du conflit.
Enfin, pour terminer ce chapitre, il nous
faut rendre hommage aux victimes civiles
et militaires qui ont versé leur sang
durant cette horrible guerre. Leurs noms185
sont gravés sur le monument aux morts de la commune. Nous les présentons dans l’ordre où ils sont gravés.
Cabre Camille
Né le 26 septembre 1909 à Thumeries.
Soldat au 12ème régiment régional, matricule 6288, Camille Cabre est. mort pour la France à Bailleul le 12 juin 1940.Une bombe a touché son abri, près du collège de l’immaculée conception. Il habitait avant la guerre à la cité de la
baverie.
Delannoy Henri
Né le 5 juillet 1917 à Wahagnies. Soldat au 43ème régiment
d’infanterie, matricule 1823, demeurant 9 rue du nouveau
monde à Thumeries, Henri Delannoy est mort pour la
France à Baumont Hévillers (Belgique)le 18 mai 1940 et a
été inhumé sur place, tombe 147, près du chemin de fer
(d’après ses compagnons de combat). Son corps a été
rapatrié en 1949 et inhumé dans le caveau des poilus en
compagnie d’un de ses compagnons d’infortune, Lucien Hoël.
Coille Léon
Né le 11 février 1911 à Thumeries. Soldat au 16ème régiment des travailleurs, matricule 882. Léon Coille a été surpris par une attaque allemande à Wervicq en Belgique. Blessé le 29 mai 1940 à 9 heures du matin, il a été transporté à l’hôpital de Saint Omer où il est décédé le 4 juin
1940. (hopital Ribot).
Ses cendres furent ramenés à Thumeries en juillet
1948 et honorés avec un discours de Florian
Milleville, secrétaire de la SFIO et de M Scache,
maire.
Ninrinck Charles.
Né le 24 novembre 1903 à Thumeries. Soldat au 401 régiment
d’artillerie. Charles Ninrinck est Mort pour la France le 13 juin
1940 sur le territoire de la Celle sous Chantemerle dans la Marne.
Voici, la photo de la tombe de Charles.274 Il était marié avec
Adeline Escalbert.
Coillet Hector.
Né le 1er août 1914 à Faumont. Soldat au 100ème régiment
d’infanterie, Hector Coillet est mort pour la France le 16 juin 1940 à Olleye en Meurthe et Moselle, abattu par une patrouille allemande. Avant la guerre il résidait 37 cité du bois.
Lefortier Robert.
Né le 6 mai 1916 à Ecrammeville (Calvados), soldat au 119ème régiment d’infanterie, matricule 530. Robert Lefortier est mort pour la France à Baalon (Meuse). Ses parents habitaient St Lô dans la Manche tandis que lui résidait rue de l’église à Thumeries.
Degand Edouard.
Né le 1er janvier 1917 à Thumeries. Sergent. Edouard Degand a été victime d’un accident mortel (chute d’un arbre) alors qu’il était prisonnier au stalag VII A à Kreuthof le 15 janvier 1941.
Groust Joseph
274 Collection particulière (DL) la photo provient de son épouse qui s’appelait Adeline Escalbert186
Né le 16 septembre 1913,à Dunkerque, soldat au 67ème régiment d’infanterie, matricule 4978 il habitait rue de la gare. Joseph Groust est mort pour la France le 16 mai 1940 à Marby (Ardennes).
Grouzet Emile
Hugonot Joseph
Né le 17 septembre 1909 à Hordain. Soldat au 411ème régiment de pionniers, Joseph Hugonot est Mort pour la France, sans doute en captivité, à Stolp (Allemagne)
Lagache Pierre.
Né le 5 février 1905 à Lille. Soldat au 8ème régiment du génie télégraphique, matricule 1902, résidant à la cité du bois. Pierre Lagache est Mort pour la France le 1er novembre 1940 à l’hopital de l’Ommelet. Inhumé au cimetière de Marquette.
Dhainaut Henri.
Descamps Patrick, fils de Claude Descamps, tombé à Savigny sur Orge en 1944, à la libération de Paris. Nous parlerons de lui plus tard.
Bernard Philippe.
FFI. Décoré à titre posthume en 1949 cf ci-dessus.
Les archives municipales conservent aussi la mémoire de quelques victimes dont les noms ne figurent pas sur le monument ::
Louis Hurtrez, né le 1er avril 1912, décédé à Château Florcien (Ardennes) le 9 juin 1940. Le document adressé à la mairie de Thumeries fait état d’une transcription à la mairie de Fâches Thumesnil.
Kléber Donne, né le 21 janvier 1911, décédé le 30 mars 1942 à Sachsenhausen.
Antoine Ignazak, né le 1er juin 1902 à Dortmund, décédé à l’hopital complémentaire de Leipzig. Il avait été incorporé en France dans la 1ère division polonaise. (marié à Melle Skrzybzak)
En plus des victimes militaires, on déplore aussi quelques victimes civiles.
Maximilien Motscha tué par les allemands à Libercourt. Sa dépouille a été ramenée en 1949 d’après un extrait de presse (Voix du Nord du 10 novembre 1949)
Jean Baptiste Bigotte, victime d’un obus de DCA tombé sur sa maison, ruelle Defretin. Il avait 13 ans. Fils d’une famille modeste (le papa était mineur) ses funérailles furent prises en charge par la municipalité.
Emile Membré
Il est né à Beaumetz les Cambrai le 3 janvier 1897. Il est venu ensuite se domicilier à Thumeries. Il est décédé à Saint Omer le 24 mai 1940. Il a été déclaré « mort pour la France » le 29 septembre 1942 d’après l’état civil ;
Lemaire Charles.
Né le 15 juillet 1906. Prisonnier de 1940 à 1945 a contracté une grave maladie en captivité. Rapatrié le 17 mai 1945, il n’a jamais pu reprendre son activité (raffineur). Réformé à 100% il est finalement décédé en janvier 1951. Il est néanmoins considéré comme « mort pour la France »
La commune a aussi rendu hommage en 1949 à un enfant d’Oignies inhumé au cimetière de Thumeries. Il s’agit de René Herchuelz, né en 1913, sergent chef au 43ème régiment187
d’infanterie au moment de la guerre, qui a participé à la campagne de Belgique, qui a était évacué à Dunkerque, puis ramené en Normandie où il a été fait prisonnier. Après s’être évadé il a rejoint le maquis de Savoie avant de se réfugier dans le Nord. En juillet 44 il rejoint Marseille où il est mortellement blessé lors d’affrontements avec des miliciens. A été promus capitaine à titre posthume.
Ainsi se termine ce triste bilan.
La guerre enfin terminée, la vie va reprendre, non sans quelques changements notables dans les mentalités et dans les structures. Il y aura notamment un changement surprenant de municipalité.
Nous verrons cela dans le prochain chapitre.188
Chapitre 7 : La 2ème partie du 20ème siècle.
I. L’ère Martin. 1945-1947.
La fin de la guerre de 1940-45 va entraîner, à Thumeries, un renversement inattendu à la tête de la commune. Le maire sortant, Ferdinand Béghin, va se trouver écarté du pouvoir. Il ne nous appartient pas de juger des faits mais de les relater. On peut quand même s’interroger sur les raisons peu évidentes de cet échec.
Le maire est-il resté trop distant de ses administrés durant la guerre ? A –t-il été jugé, bien que résistant, trop lié au pouvoir Pétainiste qui l’avait nommé ? La population a-t-elle voulu se libérer d’une mainmise un peu paternaliste sur ses affaires ? Est-ce la revanche du Thélut sur le centre ville ? Est-ce le triomphe de la section socialiste SFIO ?
Tout cela reste hypothétique et chacun peut faire librement son opinion.
A Le Renversement de Ferdinand.
1 La délégation spéciale.
Toujours est-il que le préfet nomme pour gérer la commune une
délégation spéciale de trois membres dont le président est Antoine
Martin. Les deux autres membres sont Werquin Maurice et Hornain.
Les procès verbaux de la municipalité font état de leurs premières
décisions à compter du 17 mars 1945 concernant les salaires du
secrétaire de mairie puis des femmes de ménage et l’embauche de
nouveaux employés. C’est la gestion normale d’une sortie de guerre
avec une très forte inflation.275
2 La personnalité de Mr Martin.
Antoine Martin est né à Wahagnies le 9
novembre 1886. Il a épousé à Thumeries le
24 décembre 1910, Léontine Delmotte, une
fille de commerçants du Thélut. Antoine
était « houilleur » d’après l’état civil. Un
contrat de mariage a été signé chez Maître
Mariage à Phalempin.
Voici une photo des jeunes mariés et une
autre d’Antoine en veste de boucher.
C’est probablement ainsi qu’Antoine s’est installé au Thélut où il
exerça pendant la guerre le métier de boucher.
Le couple n’eut pas d’enfants. Léontine est décédée le 13 avril
1953 et Antoine le 20 septembre 1956.
3. Son élection pour un court mandat.
Le 13 mai 1945 ont lieu les premières élections municipales
d’après guerre. Sont élus : Antoine Martin, maire, Lohez Gustave,
1er adjoint, G. Lespagnol, 2ème adjoint, Florian Milleville, 1er
adjoint supplémentaire. Un seul membre de la liste sortante est élu,
c’est Raymond Crombez. Il démissionne de suite. Deux élus,
encore prisonniers, (Florian Cabre et Jules Gahide) n’assistent pas
à l’installation du nouveau conseil.
275 Photos aimablement prêtées par Michel Boutillier et Alexandre Crombez..189
B Une gestion difficile.
Les circonstances de ce changement de municipalité ne facilitent pas son installation.
1 Des « représailles… un peu mesquines ».
Tout d’abord, M Béghin, prenant acte de sa défaite, met immédiatement un terme à une situation qui durait depuis 1919, à savoir un certain mélange des affaires de l’usine et de celles de la commune. Il renonce à des pratiques décennales, liées à une forme de paternalisme, et retire purement et simplement les matériels mis à la disposition de la commune par l’usine.
C’est ainsi que le 2 juin 1945 la municipalité doit s’acheter une machine à écrire pour remplacer celle qui a été reprise par la société Béghin.
M. le Maire expose au conseil municipal que la machine à écrire remise à titre de prêt par la société Béghin depuis 1925 au service de la Mairie avait été retirée par la dite société par suite du changement de municipalité.
Le même jour on vote aussi une prime aux mères de familles (fête des mères) pour compenser celle qui était versée auparavant par la société Béghin.
Le 30 juin enfin, on fait l’achat d’un cheval pour les travaux de voirie (ramassage des ordures ménagères) et le 15 septembre l’acquisition d’un tombereau, toujours pour les mêmes raisons.
2. Difficultés particulières supplémentaires.
Le changement de municipalité a entraîné aussi quelques démissions. Il faut donc pallier à ces défections.
Ce sont d’abord deux membres du personnel qu’il faut remplacer. Les nouvelles employées seront Andrée Hivon, de Mons en Pévèle et Antoinette Caudron de Thumeries. Le 15 septembre, le conseil vote une subvention spéciale pour reconstituer la fanfare, l’ensemble des membres antérieurs ayant démissionné en bloc, suite aux résultats des élections!
3. Décisions de la nouvelle municipalité.
Le nouveau conseil va constituer ses commissions, voter les nouvelles taxes et le budget, notamment les subventions aux sociétés locales (pompiers, musique et société de prévoyance).
Il va effectuer aussi le recensement de 1946.
A mettre aussi à l’actif d’Antoine Martin et de son équipe, la reprise du marché, deux fois par mois, dans la rue de la gare, l’élargissement de la rue Faidherbe sur toute sa longueur pour la rendre praticable, en sens unique, par les automobilistes et l’agrandissement du cimetière.
C Une mesure symbolique : le baptême des rues.
De nouvelles élections, en 1947, vont renverser la municipalité SFIO. Cependant, entre 1946 (date du recensement) et 1947 (renouvellement de la municipalité), Antoine Martin va décider de nouvelles appellations pour certaines rues de Thumeries.276
1 Liste des nouvelles rues.
Voici donc un tableau faisant état des anciennes et des nouvelles appellations :
Certains noms propres qui existaient déjà sont conservés, comme la rue Gambetta, et la rue Faidherbe. D’autres sont conservés mais en les déplaçant pour désigner désormais des voies annexes, comme la ruelle Houdart, la ruelle Defretin, la rue de l’halloteau, la cité de la Baverie.
276 Cette décision hautement symbolique ne figure pas, ce qui est surprenant, dans le cahier des procès verbaux de la municipalité conservé en Mairie.190
Ancienne appellation Nouveau nom
Rue Basse Rue Jean Baptiste Lebas
Rue de l’halloteau Rue Jean Jaurès
Rue Notre Dame Rue Jules Guesde
Rue des prés Rue Emile Zola
Rue Defretin Rue Léon Blum
Rue Houdart Rue Salengro
Rue des longues haies Rue Marx Dormoy
Rue de la gare Rue Gabriel Péri
Rue du Thélut Rue Pierre Brossolette
Rue de la Baverie Rue Léo Lagrange
2 Les personnalités honorées.
Les personnalités ainsi honorées sont, dans l’ensemble, des personnalités notables émanant du mouvement socialiste.
Il y a d’abord les anciens.
Jules Guesde (1845-1922), fondateur du POF, (1er parti ouvrier français) et co- fondateur de la SFIO (section française de l’internationale ouvrière).
Jean Jaurès (1859-1914), fondateur du journal « l’Humanité », hostile à la guerre, abattu par un fanatique à la veille de la guerre de 1914. Il est resté une figure pour tous les gens de gauche.
Viennent ensuite trois personnalités qui se sont fait remarquer lors de l’avènement du front populaire en 1936 :
Léon Blum (1872-1950) qui refusa en 1920 de se rallier au Komintern. A la tête du gouvernement du front populaire, il instaura les 40 heures et les congés payés. Il fut déporté à Buchenwald. De retour en France il reprit brièvement une activité politique avant de devenir représentant de la France à l’Unesco. Roger Salengro (1890-1936), maire de Lille, ministre de l’intérieur du front populaire. Ne supporta pas les campagnes de dénigrement dont il était victime. Il s’est alors donné la mort.
Léo Lagrange ((1900-1940) socialiste d’origine nordiste, fut nommé en 1936 à un ministère nouveau, celui des sports et des loisirs. Il encouragea le sport, et les loisirs de plein air. Il est mort pour la France en 1940.
Enfin les quatre derniers sont des héros de la Résistance.
Pierre Brossolette (1903-1944) résistant, intervenant pour la Résistance à la BBC, la radio de Londres, fut capturé par la Gestapo, il s’est jeté d’une fenêtre de l’avenue Foch pour éviter de parler sous la torture.
Jean-Baptiste Lebas (1878-1944), maire SFIO de Roubaix, ministre du travail en 1936, déporté politique à partir de 1942. Mort, suite à de mauvais traitements, en 1944.
Marx Dormoy (1888-1941), membre également de la SFIO, ancien ministre du front populaire, fut assassiné par des membres du mouvement d’extrême droite « la cagoule ».
Gabriel Péri (1902-1941), journaliste, membre du parti communiste, fut fusillé par les allemands pour son action dans la Résistance.
3 Corrections ultérieures (Sous l’autorité de M. Scache).
Ces noms n’ont jamais été remis en cause sauf les deux derniers. En effet, M. Scache, maire à partir de 1947, va remplacer les deux derniers par des noms que nous avons fréquentés au détour des pages de cet ouvrage : Joseph Béghin et Henri Coget.
Voici la délibération du conseil concernant cette modification :191
Monsieur le Maire rappelle au conseil municipal qu’au lendemain de la libération certaines rues dont les anciens noms rappelaient fidèlement quelques événements d’histoire locale, quelques singularités topographiques et appelées, d’après une tradition très ancienne, rue basse, rue de l’halloteau, rue des prés, pour ne citer que ces trois artères ont été respectivement dénommées rue Jean Lebas, rue Jean Jaurès, rue Emile Zola.
Le président fait remarquer que si certains personnages sont dignes d’honorer nos rues, il n’est pas toujours nécessaire d’aller les chercher à l’extérieur. Nous avons dans notre commune des hommes très dignes également dont les noms rappelleraient mieux à tous sa prospérité et sa vitalité. De plus en prenant des noms de chez nous nous payons notre dette de reconnaissance et la commune garde son originalité…
Monsieur le Maire propose donc à l’assemblée que la rue Marx Dormoy soit débaptisée et appelée désormais rue Joseph Béghin, que la rue Gabriel Péri soit débaptisée et appelée désormais rue Henri Coget.
Ce qui fut voté et réalisé, le 30 juillet 1952.
II L’ère Scache.
Nous venons de faire allusion à Maurice
Scache, élu à la tête de la municipalité en
1947. Nous aurons l’occasion de présenter
dans un chapitre ultérieur la vie et la
personnalité de M. Scache.
Pour l’instant nous évoquerons surtout les
réalisations effectuées sous son autorité,
pendant ses mandats. M Scache ayant exercé
plusieurs mandats est, pour l’instant, le Maire
qui est resté le plus longtemps à la tête de la
commune de Thumeries. Ses mandats
correspondent à ce qu’il est convenu d’appeler
la période du baby boom, une période de
renouveau de la natalité avec comme
conséquences une augmentation de la
population en général, de la population
juvénile en particulier.
A. Des agrandissements pour faire face au baby boom.
1 Achèvement des travaux engagés à l’église par la famille Béghin. Sans attendre le baby boom la population locale avait déjà considérablement augmenté entre 1925 et 1939,(277) du fait de l’attrait du travail proposé par la société Béghin. Cette dernière a construit à cette époque plusieurs "cités"(Le Petit Versailles en 1925, le bâtiment dit des célibataires en 1926, la cité du bois à partir de 1926...)
A quelques mois de la seconde guerre mondiale on finit par constater aussi l'exiguïté de l'église.
277 La population de Thumeries passe de 1624 habitants en 1921 à 2508 habitants en 1931192
"Mr Macquart premier adjoint expose au conseil municipal qu'il est saisi d'une demande de la famille Béghin tendant à autoriser l'agrandissement de l'église paroissiale. Mr l'adjoint fait ressortir que l'accroissement continu de la population depuis la guerre rend l'édifice actuel insuffisant pour l'exercice normal du culte... que la famille Béghin prend à sa charge tous les frais..."(278)
Dans ces conditions le conseil ne peut qu'accepter,
Avec reconnaissance la demande de Messieurs Béghin qu'il remercie au nom de la commune toute entière
Le projet Cordonnier.
L'originalité du projet élaboré par l'architecte Cordonnier est de faire du neuf tout en gardant un minimum de l'ancien. Il s'agit pourtant d'une refonte presque totale de l'édifice existant : -suppression des colonnes et des voûtes de 1840.
-remplacement par une voûte unique en arc brisé.
-agrandissement par l'adjonction d'un transept et d'un chœur.
Les plans joints montrent, soit la juxtaposition des empreintes au sol, soit le tracé des anciennes voûtes au dessus des fonds baptismaux.
Le travail a été entrepris en 1939. Retardé par la 2ème guerre mondiale, il s'est achevé, pour l'essentiel, après 1945. Durant les travaux, la communauté chrétienne se rassemblait dans une salle provisoire, au patronage (actuel local
d’art et culture).
La décoration.
La décoration de l’édifice rénové a d'abord été
confiée à Mr l'abbé Paul Pruvost. Ce prêtre,
originaire de Bourbourg, artiste reconnu,
soutenu par la commission d’art sacré, réalisa
les fresques murales des deux chapelles
latérales.
L'autel du Sacré Cœur, à droite, évoque la
protection du Sacré-Coeur sur le village,
symbolisé par deux blasons, (une herse,
symbole de l'agriculture et une ruche, symbole
du sucre), et deux paysages, l'un de l'église,
l'autre de l'usine. (Cf nos photos).
L’autre chapelle est consacrée à la Vierge
Marie et a été restaurée en 2006.
278Archives municipales page 592193
On pensait d’ailleurs que l'abbé Pruvost réaliserait des statues, des vitraux (279) et la décoration du chœur, mais il en fut autrement.
La décoration du chœur.
Les trois fenêtres que l'on aperçoit sur les plans et qui sont visibles au chevet de l'édifice furent rapidement occultées; cela faisait trop de lumière à contre-jour du choeur. La décoration du choeur fut confiée ensuite à un autre artiste, le jeune Michel Saint Olive, présenté et soutenu par la famille Béghin comme ancien compagnon de combat du jeune Patrick Descamps(280).
La première esquisse de l'artiste présentée ci-après, ne reçut pas l'aval de la commission d'art sacré présidée par Mgr Lothé :
"Du point de vue du droit canon le Christ ne saurait être agréé. A l'exception d'un linge insignifiant qui ne compterait pas de loin, il est nu... et comme le crucifix est un objet de vénération qui doit pouvoir être regardé par tous sans arrière pensée cette représentation en dehors de toute tradition ne peut être admise. Il conviendrait de demander à l'artiste de couvrir le Christ du linge traditionnel.
Tenant compte de cette observation et de quelques autres, le jeune artiste revoit sa copie qui est finalement acceptée le 6 octobre 1950.
La réalisation de cette oeuvre monumentale exigea des travaux préalables importants : la pose d’une poutre de béton armé de 0.30m x 0.70m pour supporter une masse de 17 tonnes de pierre dans une encoche de 22 cm.
Juché sur un double échafaudage (281) un sculpteur,
nommé Santini, tailla sur place, à l'échelle définitive,
les pierres scellées reproduisant ainsi la maquette
originale de Michel Saint Olive placée à sa droite sur
son échafaudage.
Le résultat final constitue une oeuvre originale et
unique dans la région.
Une lettre du jeune artiste nous permet de situer sa
recherche et sa méditation :
" Ce grand sujet du Christ mourant
sur la croix est le plus beau mais aussi
le plus redoutable et le plus sacré pour
un artiste chrétien.
J'ai cherché à sculpter un Christ dont
la souffrance ne soit pas seulement
physique, comme beaucoup de gibets
atroces ; j'ai voulu exprimer une
souffrance morale, acceptée
généreusement par un être divin et
cette divinité je l'obtiendrai par la
noblesse et le dépouillement de l'attitude.
279 Cf Voix du Nord du 19/03/1950
280 Tué dans les combats de la libération de Paris
281 Témoignage oral de Mr Milleville194
Pour la Vierge, elle regarde son fils mourant; cette expression je l'ai trouvée dans les yeux de ma mère regardant mourir mon père Quant à Jean c'est le témoin qui indique et dirige le regard de l'humanité vers la seule scène importante à considérer dans le monde (282)
L'ensemble est complété par des bas-reliefs moulés représentant les sacrements. A la base, d'autres bas-reliefs, en pierre sculptée, représentent les quatre évangélistes, Mathieu et un ange, Marc et son lion, Luc et le taureau et Jean, l'aigle de Patmos.
L'édifice, ainsi achevé, fut béni en 1954 par le cardinal Liénart, alors évêque de Lille.
2 Aménagements et agrandissement des structures scolaires.
a) Dans l’enseignement primaire.
Nous avons déjà évoqué, en ce qui concerne Thumeries, ce regain de natalité qui s'est manifesté dans beaucoup de pays après la guerre. Pour Thumeries l'apport de population ouvrière et les naissances nombreuses obligent donc les élus à envisager rapidement la création de nouveaux locaux scolaires.
Sixième classe chez les garçons.
Le Conseil donne un avis favorable au projet de 6ème classe à l'école des garçons. (Séance du 9 avril 1948). La décision est motivée par les
effectifs (40 élèves en moyenne par classe) et
la "progression des naissances depuis 1944".
La classe se situera à l'étage au dessus de la
cinquième, c'est à dire au-dessus de l'actuelle
bibliothèque. Le devis (4.310.460 F) et les
plans sont élaborés par M Cordonnier comme
à l'accoutumée.
classe supplémentaire chez les filles ?
Le 18 avril 1950 on envisage aussi une classe
supplémentaire à l'école des filles. Mais on y
renonce vite. Pourquoi ?
L'école est jugée trop petite pour 148 élèves
dont 20 de cinq ans. Or elle ne peut être
agrandie car elle est enserrée entre deux rues
et des maisons d'habitation. Dès le 12 mars,
on fait valoir que cette école est faite de bâtiments disparates : une première classe incluse dans l'habitation, classe étriquée et insalubre comme la seconde qui se trouve en appentis. La troisième classe est isolée près de la ruelle Houdart et de ce fait est équipée de fenêtres trop hautes. Seul le groupe des deux dernières classes est correct encore que celle de l'étage est pourvue d'un escalier extérieur de 25 marches d'une seule volée, jugé dangereux.. Comme on aurait besoin en plus de la sixième classe d’une salle pour les travaux ménagers le projet est abandonné et on envisage dès lors une nouvelle construction.
282 Archives diocésaines : on y trouve les maquettes, un auto portrait et les courriers de Michel Saint Olive195
Le groupe scolaire serait déplacé de 500 mètres environ sur un terrain appartenant à Madame Béghin. Aucune promesse de vente n'a encore été faite mais la municipalité a de bonnes raisons de penser qu'aucune difficulté ne suivra à ce sujet. Le projet est donc d'une incontestable utilité et conçu selon les dernières instructions officielles" 283
Écrit l'inspecteur d'académie
Il s'agira de l'école Paul Bert dont nous parlerons ci après.
En attendant l'architecte transformerait l'école existante en logement pour les adjointes suivant les plans ci-joints.
Cinq logements sont susceptibles d'être créés. La commission des travaux retient finalement 3 logements, deux pour couples dans le bâtiment à étage, et un pour célibataire dans la pièce du bas. La première classe servira de remise, la troisième sera démantelée et la quatrième servira de garage.284
Ici encore le projet n'a pas été mené à terme et les locaux serviront plus tard d'exutoire à l'école des garçons avant d'être en
partie abattus pour la construction de
l'hôtel des postes. De l'ancienne
école de filles il ne reste aujourd’hui
que deux locaux : un local dans la
ruelle Houdart et un logement face à
la place.
Nouvelle école de filles.
Achat du terrain.
Dès 1952 la nouvelle construction
est à l’ordre du jour. Le groupe scolaire serait déplacé d’environ 500 mètres le long de la route de grande communication de Carvin à Orchies plus connue des Thumerisiens sous le nom de rue Emile Zola.
Le terrain pressenti pour le projet appartient à la famille Béghin et la mairie comme les inspecteurs de l’enseignement primaire ont tout lieu de croire que Madame Béghin, veuve de Joseph, l’ancien maire, ne voudra pas s’opposer à une vente d’intérêt général. Le terrain est libre de toute construction. Jusque là, c’était une pâture. Il est aussi libre de toute mitoyenneté sauf sur un point où il existe une propriété bâtie. Le sol est plat et « drainable ».L’architecte continue en disant :
« Le terrain est argilo sableux, perméable. Le sous sol se compose d’une nappe d’argile de 1.20 m à 1.60m et de sable vert sur 0.80 m. On trouve l’eau vers 2m, 2.50m » (17 juin 1953)
La surface est de 4.500 m2 environ ce qui laisse une bonne superficie disponible pour la cour, un plateau d’évolution, et un jardin scolaire.
La vente est conclue devant maître Guéranger à
Phalempin,285 entre M Scache, maire, d’une part, et la
famille Béghin pour « un terrain situé au lieu dit « la
Baverie » de 45 ares 71 sur lequel il existe un calvaire ; Ce
calvaire avait été édifié sur 40 m2 en 1898 à la suite d’une
« mission » (sorte de temps fort de la vie paroissiale). Il n’est
pas donné pour l école ?
(Ce terrain avait appartenu avant à M Charles Barrois,
membre de l’institut, et docteur es-sciences qui l’avait
échangé avec M Béghin après la première guerre mondiale).
283 lettre de l'inspecteur primaire 10/12/1952 archives municipales
284 PV du conseil 1953 page 12
285 Archives municipales PV du (29 juin 1955)196
Les projets successifs de l’architecte.
L’école comprendra 6 classes, une salle d’enseignement
ménager, un garage à vélos, un débarras, un préau de 160
m2, 9 WC, un plateau d'évolution, un terrain de volley, une
cour de récréation, un logement pour la directrice.
C’est sur ce cahier des charges que travaillera M Louis
Stanislas Cordonnier l’architecte municipal, le fils de celui
dont nous parlions jusqu’ici.
Ses deux premiers projets, prévoyaient l’école au fond de la
cour et la propriété de la directrice du côté gauche de
l’entrée. Ils sont tous deux refusés par M Corbeau,
architecte de contrôle, du fait « que la cour se situe au
nord »286)
Le 4ème et 5ème brouillon gardent la même place pour
la directrice mais situent la cour au sud et le bâtiment
au nord. Mais compte tenu de la forme du terrain lui-
même M Cordonnier donne une forme particulière à sa
construction. Il en résulte des pièces en forme de
trapèze et des triangles. « Ce qui les rend difficiles à
aménager » et les fait refuser de nouveau.
Remarquons encore un détail du plan : Les premiers
projets prévoyaient un accès piétonnier par l’arrière,
une voyette à créer entre le petit Versailles et l’école.
Ce chemin n’a finalement pas été tracé.
Les projets suivants sont des élaborations progressives
de ce que nous connaissons aujourd’hui. Le 8 juin
1953 M Scache écrit :
« L’architecte en est à son sixième avant-projet qui a des chances de recevoir l’approbation officielle »
Cette fois la maison de la directrice et son jardin sont placés à côté, derrière le calvaire et le bâtiment s’aligne d’un seul tenant jusqu’au préau.
Travaux
L’adjudication des travaux a lieu le 4 avril 1955. Le gros œuvre est réalisé par l’entreprise Milleville, les charpentes et les menuiseries
par Marcel Benoît, la couverture par Jules
Coille, les peintures par Ardourel (toutes
des entreprises locales) et l’électricité par
une entreprise de Ronchin. La construction
commence en 1955 et le gros œuvre est
achevé un an après.
A la rentrée il y a 225 fillettes et 100 élèves
de maternelle. L’année suivante, en
septembre 1957, elles sont 269 élèves, plus
92 maternelles.
En 1960 on pose du macadam dans la cour.
En 1963 c’est l’installation d’un
préfabriqué de deux classes
supplémentaires
En 1967 la municipalité complète l’ensemble par la construction, en face de l’école, de 6 logements pour les instituteurs.
Dénomination.
C'est le 21 novembre 1955 que le conseil unanime décide de donner le nom de Paul Bert à cet établissement :
286 (cf. PV du 20 avril 1957197
« Pour honorer un défenseur de l’école publique. Physiologiste distingué et homme politique né à Auxerre en 1833, il fut ministre de l’instruction publique et prit une grande part de l’élaboration des réformes concernant la gratuité et l’obligation de l’enseignement primaire »
b) Dans le secondaire.
Jusqu’ici les enfants de Thumeries qui fréquentaient les classes secondaires devaient se rendre à Lille ou à Douai. La nouveauté est l’adjonction progressive à l’école des garçons de classes secondaires.
Pendant la construction de l’école des filles, côté école des garçons, on est de plus en plus à l’étroit avec six classes. D’autant plus à l’étroit en 1955 qu’on envisage à Thumeries la création d’un cours complémentaire, les communes voisines n’ayant pas accepté de le faire. Il s’agit bien d’une septième classe, la première d’une nouvelle série.
Cette nouvelle classe est installée dans le « nouveau bâtiment » avec ses 33 élèves (dont 12 filles) et ses professeurs, M. Zeller et M. Lagache. En attendant
une autre solution immobilière une classe s’installe dans les
locaux récemment désaffectés de l’ancienne école des filles, rue
Houdart. Cette affectation retarde et finalement annule les projets
de logements dont nous avions déjà parlé.
La progression des effectifs est rapide : 33 élèves en 1956, 95 en
1957, 142 en 1958, 170 en 1959, 229 en 1960, 206 en 1961 et
246 en 1962.
En fait ce n’est pas une classe mais deux classes par niveau qui
s’ouvrent avec des élèves venant de Thumeries mais aussi des
communes environnantes.
Projets de construction et solutions provisoires.
Dès 1959 on envisage la construction d’un nouveau C.E.G. Mais
un tel projet ne s’élabore pas en un an. En attendant on va multiplier les expédients pour loger tout ce petit monde et l’école primaire de garçons qui cohabite avec le CEG. Jugez plutôt :
On utilise bien sûr l’ancienne école de filles, une classe dès la rentrée de 1956. Puis en 1958 on récupère les locaux de l’ancienne mairie; la salle du conseil municipal et le bureau de la secrétaire générale sont transformés en deux nouvelles classes.
En 1959 on s’installe dans les anciens
locaux du patronage, rue Faidherbe.
Hélas l’hiver est rigoureux et les
locaux difficiles à chauffer. Un
procès verbal du 13 février 1959 constate que la
température ne dépasse pas 10°C, « à cause du
froid persistant. ».
On se replie alors sur la salle d’attente de la gare,
libérée par la cessation d’activité du trafic
« voyageurs ». Mais ce local n’a pas de sanitaires
ni de cour de récréation si bien que le maître doit ramener à chaque récréation ses ouailles dans l’enceinte de l’école. Cependant la température y est normale. La location sera poursuivie plusieurs années de suite pour un franc par mois (par élève sans doute)198
On utilisera ensuite, avec l’accord de la société Béghin, qui en est encore propriétaire, les locaux de la salle des fêtes. (Salle du 1er étage).
En 1959 on construit enfin dans le fond du parc de la nouvelle mairie trois nouvelles classes et un logement d’instituteur (ce seront les locaux de la future école Condorcet).
En 1964 s’y ajouteront deux classes préfabriquées en attendant toujours la construction du nouveau CEG.
Enseignement technique.
Cette même année 1959, le conseil municipal décide d’adjoindre au cours complémentaire des cours d’enseignement technique ouverts aux élèves du cours complémentaire et aussi aux jeunes ouvriers de Thumeries en cours du soir. Ils se déroulent de 17 h 30 à 18 h 50, voire 20 h 30 quand il s’agit de cours d’atelier. Ceci vise à former aux CAP de dessinateur industriel, d’ajusteur ou d’aide comptable. Ces cours sont dispensés à raison de 12 heures par semaine à compter du 9 novembre 1959. Les premiers professeurs indemnisés par la municipalité sont Messieurs. Depriester et Vanhove pour le français, Brunaux, Oslawski et Lagache pour les mathématiques, Bridelance pour l’atelier et Waxin pour le dessin industriel. Les professeurs de technologie et de comptabilité sont pris en charge par la société Béghin mais nous ignorons leur identité pour l’instant.
Ceci est l’ébauche d’une véritable section technique. La construction d’un nouvel ensemble scolaire, envisagée dès 1959, a longtemps associé les deux projets. Plusieurs années durant ce qui devait devenir finalement le CES Albert Camus était projeté comme un ensemble bipolaire : CEG et CET groupés.
Hommage à Condorcet.
En 1963 l’école des garçons, encore à l’étroit, prend le nom de Condorcet pour honorer, dit le procès verbal, « ce célèbre philosophe et mathématicien, secrétaire perpétuel de l’académie française ».
Son nom restera attaché au fronton de l’école maternelle du centre quand, après la construction du CES et celle de l’école primaire du Thélut, le passage à la mixité, l’ensemble des écoles de Thumeries sera réorganisé.
Le CES Albert Camus.
Le dimanche 10 septembre 1968 l'importante cérémonie d'inauguration du CES de Thumeries s'est déroulée sous la présidence de M Maurice Schumann, ministre d'état chargé des affaires sociales et de M Guy
Debeyre, recteur de l'académie de Lille,
en présence de nombreuses personnalités
régionales (M Vandelanoitte, député, M
Marceau Laurent, conseiller général) et
locales ( M Scache, maire, entouré de ses
adjoints, Mme Malle, Mrs Lagache,
Delannoy et de tout son conseil, M Dal ,
principal du collège, M Dupas sous
directeur et des enseignants.)
Cette belle réalisation couronnait un
travail lancé neuf ans auparavant qui
aboutissait grâce à la persévérance et au
suivi de Mme Malle et de Mrs Scache et
Lagache.
Un dossier vieux de presque 10 ans.
Nous signalions plus haut que dès l'année scolaire 1958-59 la Municipalité cherchait à agrandir les locaux destinés aux écoles. Le 28 novembre 1959 M Scache écrivait :199
" Ne serait-il pas préférable de construire de nouvelles classes pour le cours complémentaire et le cours technique à un autre emplacement et de réserver l'école des garçons actuelle pour les enfants de l'école primaire.
Personnellement je crois que nous devrions nous efforcer de construire dès maintenant 9 salles de classes, deux salles d'atelier, un réfectoire, une cuisine. Comme l'académie se montre très favorable à nos projets elle est disposée à nous accorder de l'ordre de 85% de subventions, n'est-il pas préférable de construire grand dès maintenant …"
Première phase : un projet communal.
Premier pas : l'achat du terrain. Il est négocié le 30
juin 1960 devant maître Guéranger, notaire à
Phalempin, entre M Scache d'une part et Mme Jenny
Descamps et sa mère, Mme veuve Joseph Béghin
d'autre part. Il s'agit d'un terrain de 17.335 m2 situé
au lieu dit "Petit Wasquehal" négocié pour le prix
modique de 15.535 F.
Le projet est ensuite présenté à la préfecture qui
donne son accord, en mars 1961, pour la
construction d'un CEG mixte.
En juillet de la même année le conseil municipal
d'abord, puis l'académie, portent leur choix sur le
nom de deux architectes qui seront associés aux
premières études. Il s'agit, d'une part de M Neveux
qui a déjà participé à la création du lycée de garçons
de Roubaix et du lycée E.Couteaux de Saint Amand
les eaux; et d’autre part de l'architecte officiel de la
commune de Thumeries, M Louis Stanislas
Cordonnier. Ces deux hommes de l'art commencent
à travailler sur un projet à deux faces : un CEG et un
CET.
Le 6 octobre 1961 le conseil municipal approuve le
double projet qui prévoit pour le CEG huit classes,
un local scientifique, un local de travaux manuels,
une salle d'enseignement ménager, un bureau de directeur, un bureau médical, une salle des professeurs, des logements, une cuisine et une cantine.
Le CET comprendra 6 classes, un local de technologie, un local de dessin, un atelier, un bureau d'étude, un magasin et une salle des professeurs.
Un second projet est soumis au conseil municipal le 16 mai 1962 et approuvé. Les plans reproduits ci dessus montrent l'implantation qui était prévue par les architectes et les projets de logements (un bâtiment à deux étages). Cette conception des lieux et des locaux a finalement été abandonnée par la suite.
Deuxième phase : l'état devient maître d'œuvre.
Malheureusement le financement ne suit pas. Dans une lettre du 25 février 1963, M Christian Fouchet, ministre de l'éducation nationale, explique à Mr Van der Meersch, conseiller général du Nord, les raisons de ce retard :
"Malheureusement, en raison de son classement au 15ème rang sur la liste départementale et au 31ème rang sur la liste académique, ce collège n'a pu être financé cette année, non plus que le CET classé au 44ème rang des urgences. Il ne me semble pas que les disponibilités puissent permettre le financement en 1964"200
Pour essayer de débloquer les choses, à l'initiative de M Neveux l'architecte lui-même et sur le conseil de l'inspecteur d'académie dans sa lettre du 19 décembre 1963,287 le conseil municipal décide de confier la construction du CEG à l'État sous réserve que les deux architectes soient conservés.
Malgré cette précaution l'appel d'offre national écartera nos deux architectes régionaux (qu'il faudra indemniser pour leurs prestations pour 9.025 F chacun) au profit du projet de M André Chatelin, architecte parisien, premier prix de Rome.
Entre temps une lettre annonce:
"en vue de pallier les difficultés d'équipement des communes du département en établissement du second degré, Monsieur le ministre envisage de lancer un programme de construction industrialisée"288
On remarque que pour gagner du temps, le projet de CET est petit à petit retardé.
Le projet de M Chatelin prévoit : un bâtiment administratif avec une conciergerie, un bâtiment médico-scolaire, un garage, un externat avec au rez-de-chaussée trois laboratoires, une salle de professeurs, une salle de documentation une salle de collection et une classe et à l'étage 9 classes. Un second bâtiment comprendra au rez-de-chaussée les travaux manuels, la technologie, des dépôts, deux classes, un bureau et, à l'étage, 8 classes dont deux réservées à l'histoire-géographie.
Troisième phase : la réalisation.
Les travaux commencent en février 1966. La commune aura à sa charge le raccordement au réseau d'eau potable, l'évacuation des eaux usées, l'alimentation en énergie électrique. Les travaux devaient être achevés pour la rentrée de septembre.289
En fait malgré le suivi de M Noël Lagache, membre de l'enseignement et adjoint de M Scache, les travaux n'avancent pas vite. Et la rentrée doit être différée pour janvier 67. Le 21 novembre, M le Maire signale le retard et les conséquences néfastes que cela entraîne
"Le stockage et l'équipement général et des divers matériels pédagogiques ne peut être assuré avec toutes les garanties qu'exigent des objets d'une telle valeur, la mise en service de la demi pension ne peut être sérieusement envisagée, l'occupation des logements de fonction est sans cesse repoussée, la rentrée de septembre n'ayant pu se faire il semble peu probable que celle de janvier s'y fasse sans intervention du ministère
D'une manière générale ce
chantier est très mal dirigé, les
ordres de l'architecte ne sont
pas suivis, les dégâts commis sur
des travaux ne sont pas réparés,
etc.
Le 8 décembre une note rappelle aux
entreprises que la rentrée scolaire de
janvier est conditionnée par la présence
du chauffage central pour lequel il
manque l'alimentation électrique et la
cuve à mazout et par l'aménagement de
la cuisine (il manque la cuve de propane
287 Dans cette lettre l'inspecteur d'académie confirme l'intention de l'académie de construire à Thumeries un CEG mixte de 13 classes pour 450 élèves
288 lettre du 27 novembre 1964
289 Un article de la voix du Nord du 25 août 1966 titrait « le CES ouvrira ses portes en septembre »"201
et la chambre froide n'est pas terminée). Dans les escaliers il faut encore monter les balustrades et les mains courantes.
Toutes les remarques faites aux réunions de chantier font apparaître des négligences et des malfaçons qui expliquent certains problèmes de sécurité signalés quelques années plus tard. Finalement c'est à la rentrée de février 1967 que les 269 premiers élèves pourront s'installer. A la rentrée de septembre 1967 ils seront 378 dont 175 demi-pensionnaires. A cette même rentrée commence le ramassage scolaire par car qui amène 114 élèves des environs et l'ouverture d'une classe de quatrième à deux langues vivantes.
Le 23 novembre 1967 paraît le décret de nationalisation qui fait prendre en charge les frais de personnel par l'état et 70% des frais de fonctionnement.
Dénomination.
Le 2 avril 1968 le conseil municipal
décide de donner à cet établissement le
nom d'Albert Camus. Le 24 du même
mois le conseil académique refuse,
pour un temps, cette appellation
trouvant qu'il vaudrait mieux "orienter
le conseil d'établissement vers le nom
d'une personnalité locale", mais ce
changement n'a pas eu lieu et c'est
finalement le nom d'Albert Camus
qui s'est imposé pour l'inauguration
dont nous parlions ci-dessus.
Quant au projet de cours technique il
est définitivement dissocié de celui du
CES. Nous verrons ci-après le sort qui
lui sera dévolu.
c) L’enseignement technique.
Création.
Nous avons vu précédemment la création du cours du soir technique le 27 octobre 1959, à l’initiative de la municipalité et de la société Béghin. En 1960 Mr Scache, demande le rattachement de ce cours à des sections techniques déjà reconnues. Longtemps associé au projet de construction d’un collège d’enseignement général le CET est resté dans l’ombre du collège. Pour des raisons essentiellement budgétaires les projets furent finalement séparés et la construction d’un nouveau CET différée.
La section technique.
En 1961 les archives font état de 45 élèves.
En 1964 dans une lettre de l’inspecteur d’académie nous remarquons que l’on prévoit l’implantation d’un groupe de locaux préfabriqués (deux classes et un réfectoire) destinés à une formation « commerciale » d’une part, et à une première année de mécanique générale d’autre part. Pour réaliser ce projet il faut fournir un terrain et l’aménager. C’est la société Béghin qui fournira un terrain de
5.893 m2 à côté du patronage avec
l’approbation du conseil municipal
bien sûr.
Le contrat sera exécuté par la
société S.F.C. rue du hameau, Paris
XVème.202
Le CET est alors rattaché au collège d’enseignement technique de Fives.290. Il comprend trois classes préfabriquées (une de mécanique, deux de comptabilité) avec en plus un réfectoire et une cuisine ouverts aussi au CEG.
Le budget primitif de 1965 fait état d’un crédit de 84.000 F pour quatre classes préfabriquées. La réception des locaux a lieu en 1965.
Un « provisoire » qui dure…
Des difficultés vont surgir rapidement et entraver la progression de cet établissement. En 1967 le conseil municipal fait savoir qu’il « espérait que l’état prendrait le relais des investissements » compte tenu que les enfants qui le fréquentent ou le fréquenteraient proviennent tous de la Pévèle. On attendait le secours de l’état ou du moins celui des communes environnantes.
Las, en 1969, on apprend que les communes environnantes ne veulent pas participer au financement et le conseil regrette l’échec du projet de création d’un syndicat mixte. Sachant que la carte scolaire prévoit aussi l’implantation d’un CET à Seclin le conseil municipal de Thumeries devient de plus en plus réticent pour une implantation à Thumeries 291
3 De nouvelles cités.
Plusieurs nouvelles cités vont voir le jour
durant les mandats de M Scache. Souvent les
terrains sont fournis par la société Béghin et la
construction subventionnée par divers
organismes.
C’est le cas d’abord en 1955 de la cité Patrick
Descamps. La construction est l’œuvre de la
Société coopérative d’H.L.M. avec le
concours du C.I.L. (crédit immobilier de
Lille) de la société Béghin et de la
municipalité. Cette résidence est inaugurée
par Jean-Claude Descamps, le frère de Patrick
Descamps 292
, en présence des membres de la famille Béghin et de
l’abbé Roelandt, qui célèbre la messe et bénit ensuite les
logements.
Il s’agit, bien sûr, de maisons ouvrières mais avec le
principe d’accession à la propriété.
L’année suivante, en 1956, c’est le tour de deux nouvelles
cités, la cité Geneviève Béghin dans le quartier du
cimetière
(actuelle
rue
Pasteur) et
la cité
Henri
Béghin qui
complète
l’ancienne rue des maronniers aux abords du
stade. Les plans sont établis par un architecte
lillois M Maes. En même temps la rue de la
Ruchonnette au Thélut voit s’édifier quelques
maisons nouvelles. En 1969, le quartier des
Moulins voit le jour à l’initiative du CIL de
290 Procès verbal du 16 mars 1964
291 Ce CET se transformera en LEP, prendra le nom de Louis Malle, et sera fermé en 2000.
292 Nous présenterons ce personnage dans un chapitre ultérieur203
Lille.
Bref on construit un peu partout dans le village.
B. Une Nouvelle Mairie.
1 Le projet.
Conséquence prévisible de l’accroissement de la population, l’ancienne mairie, construite en 1878 devient un peu étroite pour les besoins de l’administration municipale. M Scache s’intéresse donc à une propriété située à deux pas de là à l’entrée de la rue Léon Blum.
"nous n'avons pas de place publique ce dont nous souffrons particulièrement les jours de marché, de fêtes communales et de manifestations extérieures, de plus par suite de l'accroissement constant de la population, la mairie encastrée par les maisons attenantes est trop exiguë(293)
C’est en ces termes que le maire écrit au préfet pour présenter ce projet.
2. La maison.
La maison qu’il convoite s’appelle la « villa des roses ».
Elle avait été élevée par Melle Augustine
Duquesne sur un terrain légué par son
père JB Duquesne (294) veuf de Mme
Elisa Parsy. Cette dame, décédée
célibataire, avait institué, comme
légataires universelles, ses nièces, Mme
Elisabeth Honoré, veuve Juéry, et Mme
Risine Honoré épouse Lefebvre et
comme usufruitière sa soeur, Mme
Duquesne, veuve Honoré, décédée le 5
mai 1945 (295).
La propriété avait été partagée dès 1946
en deux parcelles distinctes (296) C’est
après le décès, le 27 octobre 1956, de Mme Juéry-Honoré à Roubaix, que Mr Scache, maire, présente sa demande au préfet
De son côté, M Neveux, héritier, écrit :
"Nous avions envisagé qu'une de mes filles
pourrait y habiter comme elle en avait
manifesté l'intention. Cette idée étant
abandonnée il semble qu'il puisse être donné
une suite à l'intention de la municipalité
d'acquérir la propriété"(297)
Fort de cet accord de base Mr Scache n'aura plus qu'à
négocier le prix d'achat de cette propriété qui sera fixé
finalement à 8.420.000 F.
293 3 décembre 1956
294 (décédé à Thumeries le 31 juillet 1890) La famille Duquesne gérait la distillerie de la Baverie
295 (testament du 13 décembre 1939
296 26 septembre 1946 devant Me Morel, notaire,
297 2 janvier 1957204
3 Le don de Mme veuve Joseph Béghin
Apprenant cela, Mme veuve Joseph Béghin écrit à Mr le Maire le 27 mai 1958 :
Ayant eu connaissance du désir de la commune d’acquérir pour y transférer ses services administratifs et y faire un jardin public une propriété de 5425 m2 (…) je serai disposée à faire don à la commune d’une somme de 8.420.000 F qui devra être réservée à cette acquisition. Je désire faire ce don en souvenir de mon mari, Monsieur Joseph Béghin, qui fut maire de Thumeries de 1919 à sa mort en 1938.
Le conseil municipal du 30 mai 1958 s’empresse d’accepter le don de Mme Béghin :
Nous avons été profondément touchés par ce geste généreux et c’est avec la plus vive gratitude que nous vous adressons, Madame, nos très sincères remerciements.
Il ne restera qu’à apposer à l’entrée de la mairie une petite plaque qui rappelle depuis aux Thumerisiens le don de Mme Béghin.
Quelques aménagements ont été faits ensuite pour améliorer le service (construction d’une salle de réunions dans le parc en 1978 (mandat de M. Lagache), aménagement de bureaux à l’étage en 1991 (1er mandat de M. Masquelez).
C. Autres projets de M. Scache.
1 La place publique.
L'achat de la future place ne se fit
pas aussi facilement que celui de
la mairie. M. Lefebvre,
propriétaire, souhaite vendre sa
parcelle par lots pour réaliser un
centre résidentiel et commercial
qui ajouterait, pense-t-il, « à
l'esthétique de Thumeries et à la
prospérité économique de la
commune ». (298)
Faute d'accord avec lui sur le
projet, le conseil municipal finit
par mettre en route une procédure
d'évaluation par les domaines,
suivie d’une procédure
d'expropriation.
Le 21 avril 1959 la commission
départementale de contrôle des opérations immobilières publiques considère que l'opération est « opportune » et émet un avis favorable au prix de 3.342.570 F.
L'expropriation est finalement prononcée
le 10 septembre 1959.
La photo ci dessus montre à la fois l’école
des filles (en bas à gauche) et le parc
arboré (en bas à droite) avant qu’il ne soit
aménagé en place publique.
2. Une salle des fêtes.
En 1962, à la fin d’un conseil municipal,
un conseiller envisage la construction
d’une salle des fêtes. Le conseil, consulté
à bulletins secrets, se prononce ainsi : 8
298 2 septembre 1957205
voix pour, 2 voix contre, 4 blancs et un qui souhaite le report de la question. Avec cette petite majorité l’étude de la question est entérinée. 299 .Le 8 août 1968 une délibération est prise pour demander des subventions en vue de l’édification d’une salle des fêtes. Il s’agirait d’un local qui pourrait accueillir des bals, des fêtes scolaires, des banquets, la fête des mères. Le projet est confié à Louis Stanislas Cordonnier qui envisage de l’implanter rue Gambetta, près de l’école Condorcet, du parc de la Mairie, et de la place. En 1969 le projet élaboré par l’architecte municipal, est estimé à 961.588 F. Il comprendrait deux niveaux : au rez-de- chaussée, l’entrée, la billetterie, un escalier, une salle, avec une scène de 138 m2. Au niveau 1, on prévoit une petite bibliothèque, une salle de réunion, les toilettes et le local de concierge. A la fin de l’année, n’ayant pu obtenir l’inscription du projet au 5ème plan et les subventions qui s’en suivent, M. Scache change de projet. S’étant rapproché de la société Béghin, il s’est rendu compte que cette dernière était disposée à lui revendre sa salle des fêtes (salle des sports). C’est l’accord qu’il conclut en 1970. La société Béghin lui vend la salle des fêtes et ses annexes, soit un bâtiment de 1330 m2 avec une scène de 70 m2, une galerie, et des locaux annexes. Le prix est fixé à 300.000 F. La commune empruntera cette somme auprès de la société Béghin elle-même (prêt à 5,5% en 5ans)! Quelques locaux seront encore loués par l’ancien propriétaire pour maintenir l’activité de commerce à l’usage des employés, la Coopérative (dans les actuels locaux de la musique jusqu’à la liquidation de la Coop en 1986.)300
Avec l’économie pratiquée, M. Scache
va pouvoir envisager un autre projet : le
déplacement de la Poste.
3. Autres aménagements.
Depuis longtemps la Poste était à
l’étroit dans une maison face à l’usine.
Le local appartenait d’ailleurs à la
société Béghin ce qui choquait
quelquefois certains thumerisiens et
notamment un conseiller d’opposition,
Florian Milleville, qui ne se lassait pas
de demander un changement. Voici une photo du
local avant la guerre.
Mais le choix de l’emplacement de la future poste
a été longuement discuté. On a pensé un moment à
une pâture près du château blanc (là où l’on a
installé depuis la gendarmerie). On a envisagé
aussi de la placer au fond du parc de la Mairie
(près de l’école) ou sur la place publique au niveau
de la Mairie. Bref la réalisation ne se
fera qu’après le retrait de M Scache sous
la direction de son successeur, M Noël
Lagache.
Par contre M Scache mènera à terme
d’autres réalisations. Citons
l’aménagement de la salle des fêtes qui
299 Dès 1963 les sociétés locales peuvent bénéficier de la salle des fêtes de la société Béghin à certaines conditions…
300 Le planning fourni par Mme Danikowski montre que l’utilisation principale reste le sport tous les jours il y a la gymnastique de l’école du Pévèle, le lundi, la réunion du basket, le mardi et le vendredi, l’entrainement du ping pong, le mardi l’EPS des hommes et le vendredi l’EPS des femmes. Les matinées sont réservées à l’hygiène scolaire.206
vient d’être achetée. On achète des tables et des chaises pour la meubler (300 chaises et 50 tables en janvier 70), on construit, sur le côté, un foyer de jeunes (1971).
Ce foyer constitue actuellement la salle annexe. Enfin, on édifie, sur la place, un nouveau local « incendie » pour recevoir les pompiers et leur matériel.
Ce local coûtera 75.600 F
III. L’ère Lagache 1971-1989.
En 1971, Noël Lagache, succède à Monsieur Scache à la tête de la commune. Il va poursuivre un certain nombre de dossiers qu’il suivait d’ailleurs déjà en tant que premier adjoint. Enseignant lui-même, il a déjà suivi de près la construction du CES. Il va maintenant s’occuper des écoles communales.
A .Une grande question : l’enseignement.
1 Une école primaire au Thélut: l’école Jules Ferry.
Le projet.
Dès le 15 janvier 1973 le conseil avait demandé la construction d’une école primaire au Thélut. Le 18 décembre de la même année il prend acte d’un document du préfet exposant le programme de construction :
L’accueil des élèves d’âge préscolaire, quartier du centre à Thumeries, nécessite la transformation de l’école des filles en école mixte et la transformation de l’école de garçons en école maternelle à 4 classes. Dans ces conditions il y a lieu de prévoir la construction d’une école primaire mixte à cinq classes afin de permettre le relogement des enfants d’âge élémentaire de ce secteur actuellement scolarisés dans les écoles du centre »
La Construction.
Un terrain est réservé au
plan d’occupation des sols,
dans la rue Brossolette.
L’élaboration des plans sera
l’œuvre de l’architecte
Gérard DOISY. Ses
travaux s’échelonnent de
1976 à 1978.
L’architecte tient compte de
l’évolution des exigences
pédagogiques mais aussi de
la forme allongée et étroite
du terrain qu’on lui propose.
Il va donc construire un
bâtiment tout en longueur mais en le
composant autour d’un noyau central
en
« Deux parties identiques,
mais décalées, afin d’éviter la
monotonie d’un long couloir et
de rendre vivante la
construction ».207
Pour éviter l’entrée et la sortie des enfants directement sur la rue, c’est le logement de direction qui sera construit à l’entrée. L’entrée des élèves sera reculée de quelques mètres derrière un petit parking.
L’architecte sépare aussi les locaux de service des locaux scolaires. Ces derniers donnent directement sur l’extérieur par des baies vitrées coulissantes et des portes fenêtres propices à des activités de plein air si l’on implante une terrasse.
Un local muni d’une cloison mobile permet de transformer la salle polyvalente en un grand espace.
Les premières estimations portent le devis à 2,6 millions de francs mais c’est plutôt de 2,9 millions de francs qu’il s’agira avec quelques subventions (51.800 F de la préfecture). Le permis de construire est envoyé en juillet 1977 par M Lagache. Les travaux devraient être terminés pour juillet 1979.
On trouve dans les archives municipales les traces de l’appel d’offre du 6 mars 1978. Voici les principales entreprises qui emportent le marché et interviendront sur l’école :
Botte Leforest Gros œuvre
CRI Wambrechies Carrelage
Calime Escaudain Plâtres
Joncquez Gondecourt Charpente
Bedart Flines Menuiserie
Ducrocq Béthune Etanchéité
Havet Haubourdin Menuiserie alu
Demars Armentières Plomberie
Silfe Lille Electricité
Cabre Courrières peinture
Le bâtiment se construit à partir de juin 78. Il comprend finalement 5 classes, un vestibule, un bureau, un restaurant, une salle polyvalente, une bibliothèque, une salle de détente, une infirmerie, un office , une réserve, un atelier, une chaufferie et des sanitaires. Le tout est construit sur 6.000 m2 dont 2.500 m2 seront réservés à la cour de récréation.
La Décoration.
Dans la partie centrale du bâtiment
on trouve un bas relief décoratif,
réalisé en pierre de Paris. C’est une
figuration de l’enfance environnée
des « éléments qui orchestrent son
éveil au monde : minéraux,
végétaux, animaux, eau, air, soleil
etc. »
C’est ainsi que l’artiste présentait
son œuvre en 1977.
Ce bas relief est l’œuvre de Armand
Debève, sculpteur, résidant à
Annoeullin, ancien élève des écoles
des Beaux-arts de Douai, Lille et Paris, lauréat du prix international de sculpture en 1968, professeur d’art, et auteur, par la suite, de nombreuses œuvres monumentales dans la région et la métropole (stations de métro).
2 Réorganisation générale de la carte scolaire (mixité).
L’école du Thélut est donc d’emblée une école mixte pour les enfants du Thélut et du Wacca. Sa réalisation permet de décongestionner les écoles du centre et de les réorganiser. C’est ainsi qu’à partir de 1974 le conseil municipal accepte ce qu’il nomme « le mixage », (la mixité), à208
l’école Paul Bert en commençant par les CP. Le processus, qui s’étale sur plusieurs années, est presque terminé quand se produit la fermeture de l’école des sœurs.
3. Autres questions scolaires.
Nous venons d’évoquer l’école des sœurs. Bien que cet établissement fût un établissement privé, il accueillait entre 70 et 100 enfants du centre du village. Mais en 1977, à l’occasion du départ en retraite de sa directrice, sœur Anna, et faute de recrutement de la congrégation religieuse, la communauté de Thumeries sera fermée. De ce fait une partie de l’école Condorcet, l’ancienne école des garçons, sera affectée à la maternelle publique du centre. Signalons encore la présence d’un établissement scolaire technique pour jeunes filles, fondé et géré par Mme Malle : « L école du Pévèle » De 1956 à 1989 cet établissement a formé des générations de jeunes filles aux CAP de dactylo, d’employée de bureau, de couture et même à un BEP de correspondancière.
B. Autres réalisations de M Lagache.
1 Encore des constructions (la poste, 2 lotissements, la gendarmerie)
a) L’hôtel des postes.
Revenons un instant sur le projet de M Scache.
Dès 1969, il avait écrit (février 1969) à la
direction des services postaux pour faire part de
son projet et demander quelques renseignements
sur la taille du terrain nécessaire, les formalités à
entreprendre, les subventions potentielles. Les
archives gardent la trace d’un avant projet établi
par un atelier de Paris (atelier Patrix, rue de
Vaugirard). Il y est présenté un bâtiment de forme
hexagonale, avec des côtés de 9 mètres de long
qui aurait été placé au centre de la place pour
permettre la circulation tout autour de l’édifice,
équipé d’un préau. Ce projet, accessible de
tous les côtés, n’a pas eu l’aval de la Poste.
En 1972 Mr Lagache obtient une promesse de
prêt par la CAECL. Par contre les membres du
conseil doivent se déterminer sur
l’emplacement. Trois projets sont en
compétition. Voici les plans qui les
concernent.
Le premier, place le bâtiment sur la place,
juste devant les préfabriqués de l’école des
garçons et le local des sapeurs pompiers. Le
second se trouve aussi sur la place en
supprimant les préfabriqués. Ces deux
projets ont l’inconvénient de diminuer la
surface disponible pour la place et sont209
refusés finalement à cause « de l’intérêt économique de la place ».
Le troisième site, qui a finalement été retenu, est l’emplacement de l’ancienne école des filles dont une partie des installations est considérée comme vétuste et devrait à terme être détruite. Les plans sont élaborés par un architecte lillois, André Lys. Il envisage une ossature en béton avec des murs de brique, un toit en terrasse, un logement de fonction placé au 1er étage. Le décès de M Lys retarde encore quelques temps la réalisation. Les plans définitifs et la réalisation seront gérés par Mr Leclercq, architecte à Phalempin.
L’estimation des travaux faite en 1973 était de 800.000 F mais le prêt n’étant obtenu qu’en 1975 c’est à 1.200.000 F qu’il faut s’attendre. La
poste octroie une subvention de 100.000 F.
Les travaux commencent par la démolition d’une
partie de l’ancienne école par l’entreprise Coqueman
de Chemy. (14.112 F). Les murs sont dans un triste
état puisqu’au cours de la démolition un
pan entier s’est écroulé et a endommagé
la propriété voisine de M. Manège. Le
gros œuvre est réalisé par l’entreprise
Bertolotti pour 880.000 F. Voici une
image de la réalisation définitive et une
autre plus récente.
b) Trois nouveaux lotissements.
A signaler, durant les mandats de M Lagache l’édification de trois nouveaux lotissements, le premier par les maisons familiales de Cambrai, le second par la société Artois logement le troisième par la SRCJ.
Le premier construit dans le lieu dit « le
Lobez » portera le nom de « Domeries »,
un nom en lien avec l’étymologie ancienne
de Thumeries. Certains affirment en effet
que le mot « domerie » viendrait du latin
domus (la maison) ou dominus (le
seigneur) ou des deux, et que cette origine
aurait un rapport avec la seigneurie des
chanoines de Seclin dont nous avons parlé
dans nos premiers chapitres.
Le projet de lotissement avait été lancé à la fin du mandat de M Scache en 1970. Il portait sur 65 lots. Les maisons familiales de Cambrai commencent les travaux sur un terrain de 26.562 m2. On y installe des logements de type F4, F5 ou F6 jumelés en général par deux. Ils comportent aussi une cave qui donnera des soucis aux premiers propriétaires qui constitueront une association de défense pour faire
valoir leurs intérêts, association de
défense qui mettra aussi en place durant
quelques années une remarquable « fête
campagnarde » animant le village
chaque année.
Le lotissement Artois logement est
implanté dans le chemin de la Baverie
en 1978. Il est réalisé entre 78 et 80 et210
porte sur 32 logements dans sa première tranche. Une seconde sera programmée en 1983. Après avoir envisagé de lui donner le nom de Maurice Scache on lui donnera finalement le nom de « paradis », nom qui avait été initialement prévu par le constructeur comme le montrent les plans qui suivent.
Le troisième est implanté face à l’école et se nommera
« résidence des prés ». Il s’agit d’un petit lotissement de 15
maisons, réservées aux aînés de la commune.
c) Une nouvelle gendarmerie.
La dernière grande réalisation de M Lagache sera la gendarmerie de Thumeries. Les gendarmes utilisaient jusque là des locaux situés à
l’extrémité de la rue Salengro, locaux appartenant à la
société Béghin. La brigade s’était installée là en 1942
dans ce lotissement presque neuf, à l’invitation de la
société Béghin. Notre photo montre le petit local
d’accueil de la brigade à cette époque. La gendarmerie
se met en quête de locaux plus fonctionnels, implantés
soit à Thumeries, soit à Ostricourt. Pour ne pas laisser
disparaître sa brigade, la municipalité s’est efforcée de
lui fournir ces bâtiments plus fonctionnels. Le projet
initial date de 1987. C’est la collectivité
qui construira avec l’aide de quelques
subventions. Le loyer devrait permettre
de couvrir les emprunts (1 million de
francs environ sur 10 ans )
L’implantation sera faite dans la pâture
Jaquette » face au château blanc sur un
terrain de 4138m2. Les plans sont
élaborés par un architecte, originaire du
cru, Patrick Lenne. Il s’agit d’un
ensemble de bureaux et de dix
logements répartis autour d’une cour.
Les travaux commencent en 1988.
L’inauguration (notre photo) se fera
après les élections de 1989 qui amènent à la tête de la commune, Armand Masquelez. Auparavant, M Lagache et son équipe avaient également investi pour améliorer les possibilités de loisirs, notamment pour l’amélioration du stade et la création d’un étang de pêche.211
2 Aménagements au stade et projet d’étang de pêche.
En 1974, la société Béghin envisage de vendre ou plutôt de rétrocéder à la commune pour une valeur symbolique ses installations sportives. L’estimation est faite par le service des domaines pour 280.000 F en 1975. La reprise est effective en 1976. La municipalité procède donc en 1976 à des travaux pour améliorer le stade. Il s’agit de refaire le drainage (pour 106.390 F) et de construire de nouveaux vestiaires. Ils seront installés sous une magnifique tribune (notre photo).
La salle de sports de la rue Léo Lagrange fera l’objet aussi d’une rénovation en 1979. On y installera des vestiaires intérieurs. Pour obtenir les subventions départementales elle sera transformée en salle omnisports en dépit des efforts de quelques dirigeants du basket qui auraient souhaité garder les deux terrains de basket.301
Seule la piscine pose problème à la commune.
En 1975, après la rétrocession, elle est encore
gérée par l’AGT mais le nettoyage est assuré
par la commune avec les pompiers. 302 Les
installations vieillissent et leur entretien coûte
cher. Son activité est pourtant prolongée
quelques années malgré un important déficit
(66.821 F en 1979).
En 1981 un sondage d’opinion avait recueilli
300 avis favorables à l’implantation d’un étang
de pêche. L’initiative vient de Marcel
Dessenne. C’est lui qui portera à terme ce
projet reporté à plusieurs reprises. C’est le
choix de son emplacement qui mettra du temps
à se concrétiser. En 1981 on envisage de
l’installer dans le quartier de l’Olizier, au lieu
dit « le trou mourant » mais d’autres proposent de le placer près de la Marque ou aux abords du quartier du Maroc près des anciens bassins de décantation. On envisage un bassin d’un hectare, d’une profondeur de 1,50 m à 2m. La 1ère étude prévoit un coût de 350.000 F qui pourrait recevoir 120.000F du comité
d’entreprise de l’usine. En 1982 on
cherche toujours le terrain car les prix
demandés par les propriétaires
paraissent excessifs et on se décide à se
rapprocher de la société Béghin par
l’intermédiaire de M Pollet, conseiller
municipal. Après bien des avatars le
projet est réalisé en 1989, à la fin des
mandats de M Lagache, face à la
Ténarderie, sur un terrain de 3 hectares.
Notre photo montre le plan d’eau, à sa
création, avant qu’il ne soit planté et
agrémenté par les amateurs de pêche
avec la participation des écoles
(opération baptisée « Chico Mendès »).
3 Les syndicats intercommunaux.
301 L’amélioration de la salle du stade presse car le plancher primitivement installé dans la salle du CES souffre d’un pourrissement précoce et devra être remplacé pour un devis de 84.672 F si la dépose est faite par les employés municipaux. Le devis de 1977 parle de 1.040.000 F pour la rénovation.
302 Tarifs en 1975 10 F pour 30 bains pour le personnel de l’usine, les membres de l’AGT, les thumerisiens et les scolaires, 10 F pour 15 bains les adultes, 20 F pour 5 bains pour tous les autres La piscine connaît un grand succès en 1975 par beau temps 900 cartes vendues212
Les mandats de M Lagache voient aussi la mise en place de la collaboration intercommunale. Signalons en particulier le syndicat intercommunal de la Pévèle et du Mélantois (le SYPEM), le SIRIOM (syndicat intercommunal pour le ramassage et le traitement des ordures ménagères) et d’autres instances de collaboration pour la gestion des bassins hydrauliques (bassin de la Marque et bassin de la Scarpe).
Le Sypem fut d’abord présidé par le docteur Six, maire de Pont à Marcq. Par la suite (1977) le président fut M Hermelle, conseiller de Capelle en Pévèle, les vice-présidents Vandelanoitte (Templeuve) et Dubois (Ostricourt). Les compétences du syndicat portent sur l’assainissement et les installations scolaires du niveau secondaire. Il fut un moment question de la construction de piscines (une ou deux dans la Pévèle) mais le projet n’a finalement pas vu le jour. Des divergences sont apparues ensuite dans le mode de calcul des participations des communes au financement, Thumeries en particulier se sentant particulièrement défavorisée. 303.
Le Siriom, syndicat intercommunal pour le ramassage et l’incinération des ordures ménagères, a été créé le 8 janvier 1968. Les ramassages étaient effectués au début par la TRU. Par contre l’incinération a rapidement posé des problèmes : un premier four FAS tombait souvent en panne et un second four MULLER n’a jamais fonctionné correctement. Cela entraînait des surcoûts d’exploitation car la TRU se voyait contrainte à tout mettre en décharge. En 1977 la présidence incombe à M Poggy, maire d’ Annoeullin. Il confiera le ramassage à l’entreprise Yagoubi de Oignies. Thumeries cherchera même un moment à sortir de ce syndicat sans jamais obtenir son bon de sortie. Finalement ce service s’est structuré sous la baguette d’ Alain Randour d’Ostricourt et le bureau s’est installé dans les locaux de l’ancienne mairie de Thumeries.
C Evolution de l’industrie sucrière.
L’activité sucrière ne dépend pas de la
commune mais conditionne fortement sa
vie et ses ressources.
L’entreprise lancée par Joseph et Henri
Béghin dépasse largement le cadre du
village. A côté des premières usines
(Thumeries, Beauchamps, Corbehem),
elle a créé des succursales à l’étranger
(Maroc, Uruguay) des ramifications dans
la fabrication de carton, de papier
journal, dans la presse même. Cependant,
le siège social reste à Thumeries, le
berceau de la famille.304 Nous ne nous
intéressons dans cet ouvrage qu’à la partie thumerisienne du groupe. C’est ce que nous nous proposons de décrire maintenant : l’évolution de l’usine pendant les mandats de M Scache et de M Lagache.
1 .Des locaux disparates, régulièrement
améliorés.
L’usine, ou plus exactement , les usines de
Thumeries, puisqu’on y trouve une sucrerie, près de
la gare, et une raffinerie près du château Coget, n’ont
pas de plan cohérent, conçu à l’avance. Elles se sont
implantées progressivement, au cours des années,
avec de multiples aménagements ce qui donne, pour
303 Cette situation a perduré si bien que lorsque le Sypem a envisagé de se transformer en communauté de communes (la CCPP) la commune de Thumeries et quelques autres (Wahagnies, Pont à Marcq, Ostricourt) n’ont pas adhéré. Le Sypem existe encore en 2008 le temps de solder ses remboursements d’emprunts.
304 Le siège social a été transporté provisoirement dans le Lot pendant la guerre mais l’entreprise n’a pas cessé son activité et a même absorbé la sucrerie de Courrières en 1942 et celle de l’abeille en 1946213
un observateur extérieur, un aspect un peu anarchique305.
Chaque année ou presque on procède, entre les campagnes, à des améliorations. En 1955-56 on installe une nouvelle chaufferie et une nouvelle centrale électrique. En 1959 on pose deux essoreuses automatiques, six autres en 1961 ainsi qu’une nouvelle évaporation à la raffinerie. La casserie, qui datait de 1918 s’automatise en 1956 avec une chaîne automatique Hesser.
En 1964 l’usine traite 3.800 tonnes de betteraves par jour avec ses deux râperies, celle de Thumeries et celle de Marquillies, reliée à Thumeries par un pipe-line depuis 1951, mais Marquillies travaille 65 % de cette production. Le site de Thumeries est fort enclavé, bien adapté au transport ferroviaire (12 km de voies intérieures) mais moins bien adapté à la nouvelle demande de transport par camion. Certaines photos du site montrent bien ce manque d’espace.
Les betteraves y arrivent donc par train pour 34% et sont
déchargées dans les « rigoles »
Une fois lavées à grand jet de « mitrailleuse » elles sont
découpées en fines lanières, les cossettes, et placées dans
deux batteries de 11 cuves successives pour en extraire le
maximum de sucre.
Ce procédé de
diffusion en vases est
un procédé exigeant
en main d’œuvre,
difficile pour les
personnels et de moins en moins efficace. On traite 1700 à
1800 tonnes par jour On envisage donc de le remplacer en
1966 par un nouveau procédé, la diffusion continue. On
parle d’implanter en 1966 une diffusion verticale de type
Bucker Wolf.
2. Une nouvelle râperie et ses conséquences.
En fait cet investissement a été remplacé par la
récupération d’une diffusion horizontale venant de
l’usine de Caudry fermée. Ce long tube de 95 tonnes
a été ramené en 1967, en deux morceaux, pour les
besoins du transport (5m de diamètre, 17m50 de
longueur) Les deux parties ont été ressoudées sur
place et installées de l’autre côté de la route près de
l’ancien château de Mr Joseph. On aménage à côté
une vaste aire plane pour recevoir la noria de camions
qui viendront désormais approvisionner l’usine. Une
cana
lisati
on aérienne traversera la route pour
transférer le jus à la sucrerie.
La place libérée par le transfert de la râperie
va entraîner des modifications successives
des installations intérieures : 1968, on rase
l’ancienne diffusion pour faire place à une
nouvelle épuration venue d’Allemagne
(Putsch). On construit aussi cette année là 2
silos de 20.000 T pour stocker la production
de sucre. En 1969 c’est la mise en place
d’une nouvelle évaporation. En 1971 la
305 Mémoire de M Henaff faculté de géographie 1964 la photo du garage date de cette époque, l’autre date de 1989-90 (dernière campagne)214
chaufferie passe au fuel.
L’usine prend alors son essor.
En 1985 la diffusion verticale de Marquillies est démontée et installée à Thumeries. (CF notre photo ci-dessus) L’usine traitera alors jusque 6.500 à 7.000 tonnes de betteraves par jour.
Ces investissements nouveaux et l’importance croissante du transport routier modifient la vie du village. Pendant la campagne, c'est-à-dire trois mois environ, le village est parcouru par des camions de plus en plus nombreux.
Pour augmenter la sécurité on envisage une déviation routière, un contournement. Plusieurs projets sont pensés par la DDE. Le premier envisageait un contournement par le Nord en passant par le quartier du Maroc, les anciens bassins, le stade… Il soulève beaucoup de réticences. Malgré quelques modifications il est finalement abandonné au profit d’un contournement sud. C’est l’origine de la « route du sucre » qui contourne le village entre Thumeries et Ostricourt depuis 1976. Il a fallu, pour ce faire, obtenir l’accord de l’ONF et construire un pont pour continuer d’accéder au remblai.
L’industrie sucrière consomme beaucoup d’eau. L’usine dispose de plusieurs forages mais s’efforce de recycler ses eaux de lavage. Après décantation dans des bassins appropriés l’eau est réutilisée. Mais les anciens bassins, près de la cité du Maroc, deviennent insuffisants et ils menacent même une année de s’effondrer. L’usine creusera donc de nouveaux bassins au nord aux abords du bois des cinq tailles.
3 Apparition d’une certaine inquiétude :
Le village vit ainsi au rythme de son industrie principale avec
ses bons côtés et aussi ses servitudes mais il est vrai qu’on
s’accommode en général de quelques nuisances, comme la
circulation routière, les traces de boue, les odeurs de
betteraves, les sifflements de la vapeur relâchée vivement en
cas de panne.
Cependant l’introduction de quotas dans la production de
sucre de l’Union Européenne inquiète les cadres et quelques
initiés. A terme, certains gestes perçus comme des cadeaux,
comme la vente de la salle des fêtes, la rétrocession des
installations sportives, la fin du traditionnel banquet du 1er mai
présidé par Mme Malle elle-même en présence des cadres de
l’entreprise (1986), apparaissent à quelques uns comme les
signes avant coureurs d’un désengagement progressif de la
société Béghin à Thumeries.
1986 voit apparaître une demande instante de modification du
POS pour autoriser l’extension des bassins dans le bois des 5
tailles. L’argument invoqué est explicite : il s’agit de sauver
l’usine pour les 10 ans à venir. Ce qui est fait mais seulement
pour 4 ans.
Cela se poursuit avec la rétrocession gratuite des voiries en 1988 puis la vente de la chapelle et du foyer cinéma pour 100.000 F (valeur inscrite à l’inventaire Béghin).
D’autres décisions ne manquent pas d’inquiéter les personnels comme les premiers plans de réduction des effectifs avec des
encouragements au départ en retraite.
On trouve déjà dans la presse de 1979 un
article faisant état de 151 départs en retraite
anticipée à 56 ans et six mois mais aussi de
chômage partiel. Pour la direction la baisse
des commandes est due à l’effondrement du
marché africain qui a nécessité la fermeture
de l’atelier » pain de sucre ». (Notre photo).
Malgré les commentaires rassurants de la
direction on commence à se demander215
jusqu’à quand une l’usine restera considérée comme performante dans un contexte économique aussi difficile. La disparition successive des membres de la famille Béghin 306 qui protégeaient encore le site historique, la logique économique des grands groupes, la place grandissante des financiers, 307 la logique industrielle qui privilégie logiquement une sucrerie traitant 20.000 T au détriment d’une plus petite à 7.000 T. Tout cela inquiète de plus en plus la population locale et ses élus. D’autres restructurations avec des plans sociaux adviendront en 1986 et 1988 et contribueront à entretenir l’inquiétude de ceux qui restent « à l’usine » ou « au siège ».
Nous verrons dans le chapitre suivant les étapes de la fermeture et ses conséquences.
306 (1971 décès de De Nervo, 1982 Mme Malle 1977 démission de Ferdinand Béghin)
307 entrée en bourse de Béghin en 1956 (Jean Marc Vernes)216
Chapitre 8 : la fin du 20ème siècle.
Dans ce chapitre 8, nous avons tenu à isoler les 10 dernières années du 20ème siècle qui correspondent à l’avènement d’un nouveau maire, élu en 1989, Armand Masquelez. Ces dernières années du siècle sont d’abord marquées dans l’histoire locale, en 1990, par la fermeture de la sucrerie et ses conséquences humaines, économiques et environnementales.(&1) La municipalité a essayé de faire face à cette nouvelle conjoncture. (&2) Dans une dernière partie (&3) nous ferons, comme à la fin des siècles précédents, un bilan démographique de la commune.308
I. Le déclin de l’activité sucrière.
Nous avions terminé le chapitre précédent en évoquant une inquiétude grandissante dans la population concernant l’avenir de l’industrie sucrière locale. Parmi les causes lointaines il y a certes le désengagement progressif de la famille Béghin, le jeu impitoyable de la Bourse mais aussi une longue logique de concentration agricole et industrielle.
A Les étapes du déclin.
La fermeture de la sucrerie semble considérée comme l’événement le plus marquant de la décennie. C’est sans doute le plus emblématique car c’était la plus ancienne activité thumerisienne (1821) et celle qui mobilisait le plus de monde. Elle s’inscrit dans un long processus de réorganisation industrielle qui a vu la production de produits finis augmenter sans cesse (maximum 140.000 tonnes en 1992) alors que le nombre de personnes employées ne cessait de diminuer depuis les années 30.
1. Les préliminaires.
a) Le désengagement de la famille Béghin.
A la tête de l’empire Béghin se trouve depuis 1944, Ferdinand Béghin,
2ème du nom, le fils d’Henri. C’est un véritable chef d’industrie, qui
connaît bien ses usines, leur technicité, leurs procédés de fabrication. En
1948, il a rencontré un jeune banquier, Jean Marc Vernes, (photo ci-
contre) à qui il a fait de plus en plus confiance, une confiance presque
aveugle.
« Je le croyais mon ami… Tout en le sachant coupable je
voulais le sauver »309
Ferdinand fait de plus en plus confiance au banquier et l’introduit dans son entreprise malgré les réticences des membres de sa famille qui sont plus méfiants que lui. Jean Marc Vernes finit même par être considéré comme le dauphin potentiel de Ferdinand Béghin. Cette perspective déplait à la famille et du coup, Ferdinand est abandonné par les siens. Du moins, c’est l’impression qu’il a, quand les familles de ses beaux frères, les Descamps, les Malle et Pollet revendent leurs actions sans le mettre au courant (1972). Ces actions ont alors été rachetées par les groupes Suez-Vernes et European Sugars qui détiennent alors ensemble 35 % de Béghin dont 21% des actions viennent de la famille.
De ce fait Ferdinand se trouve de plus en plus isolé. Il reste certes président de la société mais il n’en a plus la maîtrise totale car il doit composer avec des administrateurs extérieurs à la famille comme le sont Jean Marc Vernes, les représentants d’Eridania, de Suez, de Tate and Lyle310, de Tirlemont. Petit à petit il va être écarté et finalement, en 1977, il donnera sa démission.
308 Pour le 18ème siècle, voir chapitre 3 pages 30 et suivantes, pour le 19ème siècle voir chapitre 5 page 117 et suivantes
309 Ecrit-il dans « Mes Carnets » page 209 en faisant allusion à l’affaire de la garantie foncière.
310 Tate and Lyle, 1er groupe sucrier anglais, vient d’investir en 2008 dans un laboratoire international de recherche à Villeneuve d’Ascq217
b) Le combat boursier.
Béghin était entré en Bourse en 1956 et cela lui avait apporté du capital. Ce fut un moment favorable pour l’entreprise mais du strict point de vue thumerisien, il faut reconnaître que les investissements successifs se sont faits très loin de Thumeries, et même parfois loin du sucre (dans le carton, le papier, la presse).
Ferdinand Béghin lui-même, poussé par Jean Marc Vernes, n’avait-il pas recouru à une OPA boursière en 1962 en s’alliant à European Sugars, et même à Eridania pour se rendre maître de 51% des actions Say, opération qui s’est terminée en 1973 par la fusion des deux sociétés sous le nom de Béghin-Say (1er sucrier européen avec 15 usines.)
Mais en 1977, les indicateurs sont pour la première fois dans le rouge, à cause de certains investissements qui visaient à moderniser les usines Say, du prix croissant de l’énergie suite aux chocs pétroliers, et enfin à cause d’énormes investissements concédés pour construire l’usine de Connantre. Quelques actionnaires réclament, certains mêmes arrivent à émouvoir des délégués syndicaux, même parmi les cadres. Bref, en 1977, Ferdinand, contesté et peut- être un peu fatigué, démissionne. A cette période, Béghin Say est encore une entreprise saine, mais financièrement fragile, et donc convoitée par certains groupes étrangers. Au premier rang de ceux-ci se trouve le groupe Ferruzzi.
C’est un groupe agro alimentaire italien, spécialisé dans le négoce des oléagineux, leur stockage et leur transport. Ce groupe, prospère et riche, n’est pas connu hors d’Italie avant le décès de son fondateur, Sérafino Ferruzzi en 1979. 311
La direction du groupe est reprise par un gendre, Raul Gardini, (ici à
droite) qui va le développer de manière remarquable. Il achète à M.
Monti la société Eridania, premier sucrier italien et acquiert à ce titre
quelques actions de Béghin. Par la suite, en 1980, il prend le contrôle
de Béghin Say, via Eridania, en rachetant les actions d’European
Sugars, et de Tirlemont. En 1986 Ferruzzi détiendra plus de 50% des
actions de Béghin. En 10 ans le chiffre d’affaire du groupe Ferruzzi
passe de 700 à 16.000 milliards de lires. En 1987 il s’empare aussi
du groupe Montedison.
Montedison etait un groupe industriel et financier d’Italie spécialisé
dans la chimie. Cette grosse société fondée par la fusion en 1966 de
Montecatini et de Edison, est toujours menacée jusqu’en 1981malgré
l’intervention fréquente de l’état italien. Une privatisation a lieu en 1981 et les groupes Agnelli (Fiat), Pirelli, Bonomi, rachètent les parts de l’état. Quand ils décident plus tard de retirer leurs « billes », c’est Ferruzzi qui entre dans le capital dont il détiendra 47% en 1987. On peut se demander si Raul Gardini était un mégalomane, emporté dans une spirale d’achats, ou un visionnaire qui avait pressenti la place future de la « chimie verte » (bio-matériaux, bio- énergie)… En fait, il réinvestissait les bénéfices de l’industrie sucrière sur d’autres marchés. Il voulait faire du groupe Ferruzzi un géant mondial de l’agro-alimentaire. Après le sucre (Eridania et Béghin-Say déjà propriétaire de Ducros) il a ajouté à son escarcelle l’amidon, les oléagineux et la nutrition animale.
L’aventure périclite dans les années 90. Montedison est contrainte de céder ses parts de marché dans la chimie. Elle reste une holding à la tête de Béghin-Say, mais se trouve de plus en plus endettée et convoitée.
En 1991, le groupe Ferruzzi perd Raul Gardini après son implication
dans un scandale politico-financier en Italie.
En 1992, Arturo Ferruzzi (ci-contre à gauche) réinjecte ses parts de
Montedison dans Eridania. Le groupe Eridania-Béghin-Say devient
presque indépendant et plus vivable. Certains observateurs prétendent
même que Béghin a quasiment repris Eridania. Ce nouveau groupe
est alors bien connu pour son activité sucrière (Béghin-Say) mais
aussi pour la transformation des oléagineux (Lesieur, en France) la production d’amidon ou le commerce d’épices (Ducros).
311 Les enfants de Sérafino sont Arturo (notre photo) , Alessandra (épouse de Carlo Saina) et Idina (épouse de Raul Gardini)218
Arturo Ferruzzi n’a pas la carrure de Raul Gardini et il a du mal à faire face à la pression des créanciers et des actionnaires rendus méfiants après 2 campagnes médiocres (1999-2000). Il est poussé à faire des remaniements puis finalement à scinder la
holding en 4 sociétés séparées, (Béghin-Say (sucres), Cérestar
(produits du maïs), Céréol (oléagineux, exemple Lesieur) et
Provimi (alimentation du bétail), prémices d’une nouvelle mise en
danger dont nous reparlerons au chapitre 12.
En attendant Eridania-Béghin-Say reste dans le groupe
Montedison dont les actionnaires principaux sont Fiat et EDF.
Ceux-ci n’ont pas vocation à rester dans le sucre si bien que
Eridania est reprise par une coopérative de planteurs italiens et
Béghin Say retrouve provisoirement sa propre identité, avec à sa
tête un arrière petit fils de Joseph Béghin, Jérôme de Pelleport.
(Notre photo)
c) Une constante tendance à la concentration.
En plus du combat boursier se produit en même temps un phénomène économique, agricole et industriel dès les années 70.
Avant cette date, il y avait beaucoup de sucreries qui avaient elles mêmes un certain nombre de « bascules « (lieux de réception, de pesée et de tarage des betteraves). Les agriculteurs y déposaient leurs betteraves et repartaient avec les pulpes et les collets qu’ils ensilaient pour nourrir ensuite leur bétail. Ainsi en 1950, 7.000 planteurs approvisionnaient Thumeries à travers 47 bascules. En 1953, ils étaient seulement 5.500, 3.200 en 1960, 1.500 en 1970.312 La première concentration est donc agricole. Des agriculteurs se spécialisent dans la betterave. Ils en produisent plus et surtout ne sont plus des éleveurs de bétail. Cela entraîne pour les sucriers la nécessité de traiter les pulpes, de les sécher et de les commercialiser à part. La production betteravière s’intensifie donc dans de grandes exploitations qui sont, soit dit en passant, loin de Thumeries.313
La seconde concentration est industrielle. La logique est de ne garder que les grosses productions. Cette logique n’a pas attendu l’arrivée de Ferruzzi mais avait commencé bien avant.
Au 19ème siècle, suite à l’action de Napoléon il y eut jusqu’à 500 sucreries en France. Il en restait 335 au début du 20ème siècle, 120 en 1946.
En 1960 c’est la naissance de la PAC (politique agricole commune) qui impose des quotas de production. A partir de 1970 les sucreries produisent elles-mêmes du sucre blanc et on ferme les raffineries (1972 pour Thumeries) et les râperies (Courrières et Marquillies en ce qui concerne la sucrerie de Thumeries).
Ferdinand Béghin. n’échappe pas à ce mouvement. Il a ainsi fermé ce qu’il avait d’abord absorbé : Trézennes, Santes, Caudry, Lieusaint, Longueil,…314.
« Notre plan de concentration se poursuit… Nos filiales qui ne font plus de bénéfices seront successivement arrêtées »315
Jusque 1977, date du départ de Ferdinand, Thumeries, la maison mère a été épargnée mais les chiffres peuvent devenir impitoyables. Voici le traitement journalier de betteraves en 1988 : Chalons, 12.600 T Abbeville, 7.300 T Boiry, 17.000 T Chevrières 9.300 T Pont d’Ardres, 8.200 T Attigny, 5.000 T, Escaudoeuvres, 11.700 T Connantre 18.000 T Thumeries, 7.000 T, Sillery 8.000 T…
Attigny et Thumeries, malgré leurs efforts, font donc figure de mauvais élèves.
312 Chiffres tirés du mémoire de maîtrise de Magalie Miquet déjà cité
313 Création de la première SICA pour traiter les pulpes (société d’intérêt collectif agricole) en 1971 avec une unité à Courrières et une autre à Boiry
314 En 1985 ce sera la fermeture de la sucrerie de Corbehem
315 Mes carnets page 190219
2 La fermeture de la sucrerie.
a) L’annonce.
La dernière campagne (1990) a été excellente à Thumeries. On y a traité 7.000 à 7.700 tonnes de betteraves par jour. Mais la campagne n’a duré que 66 jours au lieu des 80 jours habituels, faute de betteraves à travailler. Difficile dès lors de justifier des investissements pour 60 jours de travail par an ! Dès le 7 décembre 1990, le journal « la Voix du Nord » fait état de bruits avant-coureurs d’une éventuelle fermeture de la sucrerie, qui aurait été décidée dès le mois de novembre dans les états-majors de l’entreprise.
« Le projet présenté par la
direction de Béghin Say, visant à
interrompre définitivement l’activité
sucrière au moyen d’un plan de
réduction des effectifs touchant 149
salariés, a véritablement été saisi
comme un abandon prémédité.»
Les décisions définitives ou officielles
doivent être programmées en C.C.E. le
vendredi 14 décembre.
b) La réaction populaire
Bien sûr, les habitants et surtout les
commerçants de Thumeries sont
consternés. Se basant sur cette réaction populaire, les délégués syndicaux manifestent et montent un projet de « ville morte » avec une manifestation originale. Il s’agira de traverser le village en démarrant, de façon symbolique, aux abords du château de Bellincamps, résidence devenue occasionnelle de Ferdinand
Béghin. Les ouvriers sont rejoints par
nombre d’habitants (500 à 600
personnes) et d’élus locaux au premier
rang desquels se trouve Robert Anselin,
maire d’Ostricourt et député qui prit la
parole devant l’usine (notre photo). A
ses côtés M Masquelez, maire de
Thumeries, son conseil et même
quelques élus des environs.
Malgré ces protestations la fermeture
de la sucrerie fut maintenue. La logique
industrielle a prévalu car, malgré le
savoir faire du personnel, les handicaps
de l’usine étaient importants :
Pas suffisamment de betteraves dans un rayon normal d’approvisionnement. Faible taille de l’usine (7000 tonnes par jour).
Vieillesse et complexité des équipements d’où un coût prohibitif de leur entretien. Manque d’espace pour un éventuel développement.
Proximité de la sucrerie de Seclin316
c) Le plan social.
149 ouvriers permanents sont concernés (des permanents, des saisonniers de l’usine de Thumeries et aussi de la SIEX une société de service extérieur créée il y a deux ou trois ans). Certains (les plus de 55 ans et 3 mois) partiront à la retraite, d’autres quitteront Thumeries pour d’autres usines du groupe (Boiry, Escaudoeuvres, Abbeville, Pont d’Ardres voire Nantes…). Quelques uns changeront d’affectation et passeront au conditionnement ou aux
316 La sucrerie Dujardin s’est arrêtée 2 ans après. Un accord avec la famille Dujardin aurait peut être pu permettre de prolonger l’activité de celle de Thumeries quelques années mais, à moyen terme, l’arrêt était inévitable pour les membres de la direction.220
services généraux. Enfin, d’autres s’installeront à leur compte comme artisans… (Ceux-ci recevront leur prime de licenciement, se verront offrir un stage de formation, une prime supplémentaire en fin de stage et des promesses d’aide personnelle des services comptables et informatiques). Les délégués syndicaux signent ce protocole d’accord le 14 janvier 1991. Les critères retenus pour garder les personnels sont la valeur professionnelle, les charges familiales et l’ancienneté dans l’entreprise.
3. Les conséquences paysagères immédiates…
Les premières conséquences
affectent le paysage. Déjà, en 1989,
la société Béghin avait rasé la vieille
gare qui lui appartenait. Maintenant
c’est l’ensemble des installations
sucrières qui vont être démontées,
les machines valables récupérées par
d’autres sucreries, les autres livrées
aux ferrailleurs. Les bâtiments
inutilisés seront rasés.
La chaufferie au charbon sera
remplacée par une plus petite
installation fonctionnant au gaz. La
chaufferie, les fours à chaux
attenants seront détruits et bien sûr la
grande cheminée abattue. Tout un
symbole !(notre photo)
La nouvelle râperie édifiée en 1968-69
à côté du château de M Joseph sera
démantelée ;
Voici quelques images de ces
changements.
(Chute de la cheminée et
démantèlement du tube de diffusion)
B Les conséquences.
1. Humaines :
La vie de 150 personnes a été bouleversée. Il n’est pas facile de mesurer l’impact. C’est quand même une grande page qui se tourne pour nombre de Thumerisiens qui sont entrés à l’usine à la sortie de l’école et n’ont connu toute leur vie qu’un seul employeur. C’est la plus ancienne activité de Thumeries et la plus visible qui s’arrête, celle qui créait, en temps de campagne le plus d’agitation et même quelquefois des nuisances, transports, odeurs, bruit de vapeur qui s’échappe, retombées de poussières…
2. Sociales :
La fermeture provoque davantage de précarité. Les commerces locaux connaissent de ce fait une baisse de fréquentation et par suite une baisse du chiffre d’affaire.221
3 Municipales :
La municipalité va être progressivement touchée, dans ses ressources, par la baisse de ses revenus. Béghin constituait jusque là les trois quarts de ses revenus. Les finances municipales, trop dépendantes de cette mono-industrie, connaîtront donc une baisse de la taxe professionnelle (moins d’ouvriers), et une baisse de la taxe foncière (bâtiments rasés)… en même temps qu’une augmentation du nombre de personnes en situation précaire qu’il faudra aider.
C Gestion progressive des friches.
1. Des bâtiments abattus :
Les friches industrielles subissent des sorts
différents selon leur nature. Certaines, nous venons
de le voir, sont abattues ou démontées comme la
cheminée, l’aire de réception, la diffusion et la
méthanerie (photo ci contre d’une installation de
recherche de production de méthane, rasée comme
le reste des installations). De ce côté de la rue
principale, en dehors du château de M Joseph, voué
à l’informatique, il ne subsiste qu’un seul bâtiment :
la salle de réception des betteraves, dite « salle de
tare. ».
La direction (M Agache) a le souci en faisant
disparaître les bâtiments obsolètes de sécuriser le
site et d’en aménager les abords. Il ne fallait pas
que les 300 personnes qui restaient au
conditionnement fussent constamment confrontées
à des bâtiments vides, déclassés ou insalubres.
Voici, ci contre, une photo actuelle des lieux.
2. Des friches négociées.
La salle de tare sera achetée plus tard par la
mairie avec le projet d’y installer les ateliers
municipaux. Par la suite le local et le terrain
attenant seront cédés au département pour y édifier un nouveau centre de secours. Nous en parlerons plus loin.
Une entreprise de peinture achètera aussi une partie de l’espace de réception des betteraves.317
Enfin les bassins de décantation,
situés dans le bois des cinq tailles vont
faire l’objet de l’attention de plusieurs
associations dont « Nature et Vie »,
une association locale.
En effet ces associations ont fait
remarquer que de nombreuses espèces
d’oiseaux nidifiaient ou étaient de
passage sur les bassins.
On y observe en effet toutes sortes de
canards (colvert, pilet, souchet,
chipeau), des sarcelles, des tadornes,
des grèbes, etc…
317 Entreprise Miquet222
A force de persuasion ces associations finissent par convaincre le conseil général d’acquérir les 40 hectares de bassins. Le conseil général a acquis en même temps le bois des cinq tailles et y a aménagé un magnifique site ornithologique avec des observatoires, des allées de promenade dans le bois…
C’est une très belle réhabilitation de l’espace abandonné par la sucrerie.
3. Des installations qui restent encore à gérer.
10 ans après la fermeture de la sucrerie, il reste encore des friches à négocier. Le château de Joseph Béghin, un moment transformé en centre informatique, vient d’être vendu en 2009. Les bureaux et ateliers qui longent la rue Joseph Béghin attendent encore d’éventuels acquéreurs.
Mais ceci n’est plus de l’histoire mais de l’actualité.
‘II L’Ère Masquelez.
Nouvellement élu en 1989, consterné par ce qui arrive à beaucoup de ses concitoyens, mais décidé à gérer au mieux sa commune dans ce contexte défavorable, Mr Masquelez se met en quête de compenser une partie du manque à gagner dû à la diminution de la taxe professionnelle en cherchant à augmenter l’assiette des taxes des ménages en développant le parc immobilier sur l’ensemble de la commune d’une part et à favoriser la création ou à créer lui-même des emplois. Il est soutenu dans ces tâches par ses conseillers et adjoints qui forment autour de lui « son équipe » comme il aime à dire.
A .Compenser les pertes fiscales.
M Masquelez va essayer d’augmenter les recettes fiscales de la commune tout en répondant à la demande de jeunes citoyens soucieux de rester vivre à Thumeries.
1. Favoriser de nouveaux logements.
Sous l’impulsion du Maire, la commune va donc devenir maîtresse d’ouvrage pour la construction de plusieurs lotissements en accession à la propriété.
Voici un aperçu des résidences dues à l’initiative municipale.
a) Résidence du château blanc (2 tranches) 1994.
La première résidence lancée par la commune est la résidence du château blanc. Elle se fait en trois étapes après l’acquisition des
terrains de chaque côté du château.
La première étape consiste à vendre
quatre parcelles déjà viabilisées dans
la rue Jean Baptiste Lebas. On
réinvestit la recette dans le
financement de la première tranche de
la Résidence du château, face à
l’Eglise.
La troisième étape sera la réalisation
de la seconde tranche (1996).
Ci contre, photo de la 1ère tranche)
b) Résidence du Millénaire (2000).
M le Maire avait acquis en 1998 avec la salle de tare un terrain et une vieille maison en face de l’usine. Ce terrain jouxtait une ruelle qui descend jusqu’à la MAS dont nous allons parler223
ci après. Il aurait voulu édifier là une maison d’accueil pour personnes âgées dépendantes. N’arrivant pas à obtenir l’aval de l’instance régionale de gérontologie (seule habilitée à en financer le fonctionnement), il abandonna le projet et le terrain fut partagé en lots libres de constructeur. La construction se fit au passage au 21ème siècle d’où le nom que porte cette charmante résidence.
c) Résidence de la Marnelle.(2004)
L’idée de ce nouveau lotissement est venue après la fermeture du lycée technique. La Mairie a racheté en 1995 les locaux du patronage, puis en 2000, l’emprise foncière du LEP et enfin quelques terres agricoles attenantes (2002) avant de lotir le tout en 2004.
d) Résidence de la clé des champs (2005-2007).
Trois ans plus tard, après la reconstruction du CES par le Conseil général, une réserve foncière pour une construction d’un CET était devenue caduque. Mise en demeure de lever la réserve, la commune a préféré acheter une partie des terrains pour y faire un nouveau lotissement de 16 parcelles.
e) Résidence Jacques Prévert (2007).
Ici encore, une parcelle enclavée entre la cité du bois et un lotissement privé (résidence de l’Europe) a été acquise, viabilisée et lotie par la commune comme dans les résidences ci- dessus.
f) Résidence Lucie Aubrac (2008).
Enfin quelques terrains situés entre la résidence des Près et la rue Jean Baptiste Lebas ont suivi la même procédure.
Début 2009 au moment où ces lignes sont rédigées, le projet sort de terre.
2) Des lotisseurs privés emboîtent le pas.
En plus des lotissements à initiative communale
certains lotisseurs privés ont acquis ici ou là dans la
commune des terrains où ils ont aménagés des
résidences. En voici quelques unes avec leur date de
création.
Le Clos du Verger, derrière la boucherie,
(2000)
La Résidence « la Maisonneraie » au Thélut
(2001)
La Résidence des Tourterelles, rue J Béghin (2001)
Les Résidences de la Marque, des Talus (notre photo en 2002) aux pieds des anciens bassins de décantation.
La Résidence de l’Europe, derrière le magasin carrefour-market ex Champion (2004). La Résidence de la Pommeraie. Face à l’école Paul Bert (2002)
3) Des ensembles de logements locatifs.
Par ailleurs, d’autres résidences ont été installées par
SRCJ (société régionale des cités- jardins) ou LTO
(logements pour travailleurs à Oignies), avec l’aide
de la Municipalité pour augmenter le parc de
logements locatifs.
Ce sont :
La Résidence Calmette (1989) réalisée avec
l’aide de la société Béghin.224
La Résidence Mozart (1991), dessinée
par l’architecte Patrick Lenne.
La Résidence Desrousseaux (1992), avec
le même architecte, il s’agit d’une rénovation
d’un ancien bâtiment Béghin surnommé « les
Célibataires » bâtiment cédé à SRCJ en 1991.
La Résidence Lucie Aubrac (2008) dont
une partie du lotissement sera constituée de
logements locatifs construits par SRCJ.
La Résidence Louis Marie Cordonnier.
Petit bâtiment sur une parcelle communale à
l’entrée de la Cité du bois. (2007)
La Résidence Jacques Brel, réalisée par LTO, sur une de ses parcelles, avec un accès par la rue J Béghin.
La Résidence Saint Exupéry prévue en 2009-2010 près du stade.
Bref on a beaucoup construit à Thumeries en 20 ans.
B Recherche et création d’emplois.
1. La commune crée elle-même des emplois.
Devant l’afflux de demandeurs d’emplois, en général d’anciens sucriers, la municipalité change son mode de fonctionnement. Au lieu de faire appel à des entreprises extérieures elle décide de créer ses propres services notamment en matière de gestion des espaces verts. Elle utilise d’ailleurs à fond toutes les formes successives de contrats aidés par l’état en cette matière (TUC, CES, CEC, etc…)
2. Soutenir au maximum les créateurs d’emplois.
M Masquelez est à l’affût de toutes les initiatives susceptibles de créer des emplois à Thumeries. Le projet le plus exemplaire est la création de la M.A.S. (Maison d’accueil spécialisée).
Un projet de l’UDAPEI (association les
papillons blancs) visait dès 1991 à créer une
structure d’accueil pour des jeunes
handicapés lourds. La municipalité a suivi
pendant plus de six ans l’évolution de ce
projet, aidant à trouver les terrains (achats
en 1993) et les partenaires financiers. Le
permis de construire est déposé en 1995. Le
résultat final est la création d’un
établissement modèle, inauguré en 1997,
avec à la clef la création d’une soixantaine
d’emplois…(une centaine avec les sous-
traitants). La MAS est devenue le premier employeur de la commune.
Une deuxième structure d’aide aux personnes a été progressivement mise en place. Il s’agit des « soins infirmiers ». Ce service a été lancé, soutenu et développé à force de persévérance. En plus des services réellement rendus aux personnes âgées restées à domicile, ce sont encore des emplois qui ont été créés dans ce domaine. (plusieurs postes d’aides soignantes). La première équipe est lancée en 1994. La CRAM donnera progressivement des « lits supplémentaires ».
Par contre un troisième projet, celui d’une MAPAD (maison d’accueil de personnes âgées dépendantes) n’a toujours pas abouti à l’heure où nous écrivons ces lignes. (2009)
3. Accueillir de nouveaux entrepreneurs.
La municipalité essaie d’accueillir et de faciliter l’installation de nouvelles entreprises à Thumeries. Les entrepôts sont loués à des entreprises de transport, de stockage ou de messagerie (Célatose, France-pneus…). L’entreprise Miquet (peinture) est venue de225
Moncheaux s’installer à l’ancienne râperie. D’autres investissent des locaux libérés (France Nord fermetures dans les anciens locaux de l’entreprise Lesot)….et il va de soi que les friches « Béghin » pourraient accueillir encore de nouveaux entrepreneurs à la grande satisfaction de tous.
C Faire de Thumeries une ville qui attire.
Le souci constant de l’équipe « Masquelez » est de rendre la vie à Thumeries agréable et de répondre aux besoins de la population. C’est dans
ce sens que de nouveaux services ont été créés
notamment en direction des jeunes ménages avec
enfants.
1. Améliorer les structures périscolaires.
Pour répondre à la demande de structure d’accueil
périscolaire la municipalité va transformer la
chapelle du Thélut en 1999. Le projet élaboré avec
l’accord des instances paroissiales, consiste à
réduire la dimension du lieu de culte et de
transformer l’espace restant en deux locaux, une salle de catéchisme et un local d’accueil périscolaire. Ce local a fonctionné quelques années avant que l’accueil périscolaire ne soit transféré dans les anciens locaux de l’école maternelle La Fontaine, rue du Petit Wasquehal.
2. Améliorer les structures scolaires et culturelles.
En 2002 le transfert des classes de la maternelle La Fontaine dans de nouveaux locaux plus vastes et plus fonctionnels est décidé. La construction est réalisée en extension de l’école primaire Jules Ferry en 2003. La direction sera
unique après le départ en retraite de l’ancienne
directrice (CF au chapitre 13, nos annexes, avec
la liste des chefs d’établissements) en 2004.) 318
L’autre école maternelle, l’école Condorcet,
située sur la place sera agrandie en 2006. Une
extension importante dote l’établissement de
deux nouvelles classes et d’un local de cantine
fonctionnel. (Notre photo)
Dans le domaine culturel, la commune dispose
d’une riche bibliothèque installée dans les
anciens locaux scolaires de la rue Gambetta et
d’un cinéma au Thélut.
Ce cinéma qui faisait partie de l’ensemble foyer
de l’abbé Roelandt a été séparé de la salle du foyer (devenue salle polyvalente), doté d’un accueil indépendant inauguré en 1992.
3. Développer la sécurité.
M Le Maire a fait appel dans certaines circonstances à une entreprise privée de surveillance pour les locaux communaux et certaines manifestations. Par la suite il a obtenu de son conseil la création d’une police municipale (2001).
Par ailleurs, en 2003, l’état a organisé le redéploiement des forces de police et de gendarmerie. La gendarmerie locale a été renforcée et la commune de Thumeries est passée dans sa zone de compétence. 319
Enfin, suite à la départementalisation des services de secours, un nouveau centre de secours a été construit à l’emplacement de l’ancienne « salle de tare » rachetée par la municipalité dans l’intention d’y implanter ses services techniques.320
318 Page précédente photo de l’inauguration de l’école maternelle Jules Ferry par M Derosier président du conseil général du Nord
319 Jusque là la commune de Thumeries où résidaient 10 gendarmes dépendait du commissariat de police de Wattignies.226
Conclusion, après 20 ans d’interventions de toutes sortes on voit apparaître des signes réels de changement en matière de démographie. Nous étudierons cela dans le & III, ci après.
III Evolution de la population durant l’ensemble du 20ème siècle. Les quatre mandats de M Masquelez chevauchent les 2 siècles. C’est pourquoi nous présentons en fin de ce chapitre l’évolution de la population locale sur l’ensemble du 20ème siècle.
Nous nous basons sur les recensements de la population (1901. 1908, 1911, 1921, 1936, 1946, 1954, 1962, 1968, 1975, 1990, 1999), et sur l’état civil. Cela nous permet de tracer le croquis de l’évolution générale de la population durant le siècle. (Voir page suivante)
A. 1ère moitié du 20ème siècle.
Dans le croquis suivant nous voyons apparaître plusieurs périodes fort différentes. Dans la première partie du siècle on distingue facilement 2 phases, une forte augmentation entre 1900 et 1930 puis une relative stabilité entre 1930 et 1945.
1. phase 1: Apparition de nouvelles cités. 1900-1925
Nous nous situons dans la continuité de ce qui a été décrit plus haut, à la fin du 19ème siècle. Le facteur déterminant d’évolution est l’extension de l’industrie sucrière. Rappelons ici que la fondation de la sucrerie date de 1821 par les Coget, que l’entreprise est devenue Béghin en 1868, que 1895 est la date de création de la raffinerie et que 1898 est celle de la fondation de la société anonyme Ferdinand Béghin.
Les chefs d’entreprise, pendant un demi siècle, sont Joseph Béghin (1871-1938) et son frère Henri (1873- 1944).
Sous leur impulsion l’entreprise sucrière prend de l’essor et attire une abondante main d’œuvre ouvrière. Celle-ci vient des environs souvent, mais aussi de plus loin. Cet afflux de main d’œuvre pousse les patrons à construire des logements pour leurs ouvriers.
C’est la naissance de ce que l’on nomme ici les cités.
On voit donc apparaître successivement :
En 1911 la cité de la Baverie 19 maisons.
La cité du Nouveau Monde.
En 1913 la cité du Maroc. (28 maisons)
En 1914 la cité des maronniers.
Et 5 maisons à la gare.
En 1923 la cité Pétavis (18 maisons).
En 1925 la cité du Petit Wasquehal
En 1926 14 maisons route d’Ostricourt
En 1929 la cité du bois.
En 1930 la cité du Petit Versailles.
En 1931 de nouvelles maisons aux maronniers et au nouveau monde.
320 Pour l’histoire des pompiers voir le chapitre 12 ci-après.227
2 Phase 2: Apport migratoire. 1925-1930
Cet apport de population locale ne suffit pas. La démographie française du début du 20ème siècle est particulièrement languissante. Les entreprises font donc appel dans les mines et dans l’industrie à de la main d’œuvre étrangère. Il y avait jusque là peu d’étrangers à Thumeries, essentiellement des belges.321. Leur nombre augmente brusquement en 1926 (308) et 1931 (579). C’est que l’on a fait venir de la main d’œuvre étrangère, surtout des polonais, installés particulièrement au Thélut.
C’est cette population jeune et dynamique qui explique le clocher de natalité entre 1920 et 1935. (croquis suivant) .Cette progression spectaculaire, différente de l’évolution générale de la population française pourrait se définir comme un « polono-boum » , sorte de babyboom anticipé ,basé sur l’arrivée des familles d’origine polonaise, à plus forte fécondité…
3 Phase 3 : La stagnation. 1931-1945.
Par contre à partir de 1931 la courbe de population générale (1er croquis) se stabilise. On peut l’expliquer par la conjonction de trois phénomènes.
Il y a d’abord la baisse de natalité générale, à partir de 1930, comme le montre le second croquis. Le second phénomène, c’est la baisse du besoin de main d’œuvre. C’est l’époque de la première mécanisation dans les ateliers de conditionnement. Le troisième phénomène enfin, est d’origine climatique. Il y a eu une succession de campagnes sucrières médiocres dues à de mauvaises conditions climatiques.
Entre 1932 et 1940 le traitement journalier des betteraves en période de campagne est descendu, de ce fait de 3.000 tonnes à 1.200 tonnes. 322
321 A partir de 1872 les recensements notent la nationalité d’origine. Les étrangers de Thumeries sont essentiellement des belges. Ils sont 41 en 1911, 79 en 1921.
322 D’après le mémoire de Magalie Miquet page 79.
THUMERIES AU XXeme SIECLE
1073
1181
1525 1624
1975
2508 2490 2530
3045
3553 3477 3600
3422
3252
3484
0
500
1000
1500
2000
2500
3000
3500
4000
1901 1906 1911 1921 1926 1931 1936 1946 1954 1962 1968 1975 1982 1990 1999
Recensements
Population
Population totale228
Enfin, la période de guerre, (1940-1945) d’occupation ou de captivité pour bien des hommes, explique aussi la forte baisse des naissances relevées dans l’état civil.
B. Deuxième moitié du 20ème siècle.
1 Phase 4: Le baby boum. 1946-1968.
A partir de 1945 apparaît au plan national, un phénomène démographique nouveau, phénomène que les historiens, géographes ou démographes, appellent le « baby boom ». Il s’agit d’une forte reprise de la démographie dans les années 50 et 60. La courbe ci-dessus est éloquente avec sa pointe en 1960. (353 naissances en 5 ans). Cette période de croissance induit dans l’immobilier local ce que nous avons déjà présenté dans le chapitre précédent : la construction de nouvelles cités comme la cité Geneviève Béghin, la cité Henri Béghin, la cité Patrick Descamps (1955).
2 Phase 5 : la Récession démographique. 1968-1990.
A partir de 1960 la courbe des naissances s’infléchit de manière notable. La baisse du nombre de naissances se combine avec les phénomènes économiques ; diminution des effectifs dans la sucrerie, chocs pétroliers, etc…
La montée du secteur tertiaire et la rurbanisation, c'est-à-dire le retour à la campagne de populations implantées auparavant en ville (lotissement les Moulins, les Domeries, le Paradis) ne suffisent pas à compenser les pertes d’emplois dues à la réduction des effectifs dans la sucrerie, puis à la fermeture de la sucrerie en 1991.
3. Phase 6: vers un sursaut démographique. Depuis 1990.
La courbe des naissances est constamment supérieure à celle des décès. Une forte demande immobilière se fait de nouveau sentir. Nous venons de parler abondamment, plus haut, des nouvelles résidences.
C. Changement d’atmosphère au changement de siècle.
Plusieurs lotissements avec accès à la propriété sont mis en œuvre par des promoteurs privés comme par la municipalité comme nous l’avons présenté ci-dessus. Ils laissent croire à une augmentation de la population.
Etat civil du 20ème siècle Thumeries
141
181
211
69
226
243
315
258
151
265
245
314
353
278
240
199
186
150
184
218
54 46 56 51
105 112
126
104
62
170
122
109 105
123
149
196
103
83 73
110 111
91
120
103
142
127
153
122
152 161 155
131
169
144
173 176
189
172
159
172
0
50
100
150
200
250
300
350
400
1900 1905 1910 1915 1920 1925 1930 1935 1940 1945 1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995
recensements
naissances mariages décès229
Certes les phénomènes démographiques sont des phénomènes lents et il faut être prudent dans leur interprétation.
Au recensement de 1999, Thumeries comptait 3.394 habitants. La densité de la population était de 483 habitants au km2 En neuf ans la commune avait gagné 169 habitants 323 C’est le résultat de l’excédent naturel (58 personnes) et aussi d’un excédent des entrées sur les sorties (flux migratoire +111 personnes).
Ce qui paraît évident c’est que désormais la grande majorité des Thumerisiens ne travaillent plus dans le village lui-même. Sur 1487 personnes actives, 931 travaillent en dehors de la commune.
Le recensement de 2006 confirme cette progression de la population locale puisqu’il affiche une population
de 3794 habitants.
On peut estimer qu’en 2008 Thumeries a atteint les 4.000 habitants.
Thumeries se classe de ce fait au 134ème rang des 625 communes du Nord. (2008).
323 Mais depuis 1975 elle en avait perdu 206230
Chapitre 9 : Quelques Thumerisiens célèbres.
Vous trouverez ici la présentation de quelques personnages célèbres de Thumeries. Pour éviter les redites nous ne ferons que citer ceux dont nous avons déjà parlé dans les pages antérieures.
I. Les notables.
A. Les Membres du Clergé.
Vous trouverez, en annexe, la liste des curés depuis la fin du 17ème siècle. Ils apparaissent facilement au détour des pages des registres de chrétienté, dont ils avaient la charge et qui sont conservés maintenant dans les archives municipales.
1. Quelques ecclésiastiques de l’ancien Régime.
Signalons en quelques uns qui sortent de l’ordinaire.
a) Pierre Antoine Lescoyer.
Curé de 1718 à 1745. C’est lui qui note pour la première fois les décès des enfants morts en bas âge et qui permet donc de faire des recensements plus sérieux que ceux du temps de son prédécesseur, Boutillier.
b) Favier Simon François.
Curé de 1745 à 1767. C’est un thumerisien d’origine. Sa famille gère la Cense de la Ténarderie. Avant que cette pratique ne soit rejetée, il a admis l’inhumation dans l’église de plusieurs membres de sa famille avant d’y être lui-même enterré. Quelques plaques gravées ont été conservées dans la chapelle des fonds baptismaux actuels, rappelant ces sépultures. (Voir chapitre 5, page 87).
Nous avons trouvé, par ailleurs, le testament de M Favier, rédigé en 1764, soit trois ans avant son décès, par un notaire, en présence de Carondelet, Seigneur de la mairie de Thumeries et de Pierre Antoine Duthilleul, son vicaire.
Premier, il recommande son âme à Dieu son créateur, à la glorieuse Vierge Marie, à ses patrons et à toute la cour céleste, les priant d’intercéder vers la divine miséricorde lorsqu’elle se séparera de son corps, choisissant sa sépulture dans le chœur de l’église de Thumeries…qu’il soit célébré aussitôt après sa mort dans les églises de Thumeries et de Wahagnies par les vicaires des dits endroits 500 messes à la rétribution de 10 patars chacune…pour le repos de son âme et celle de ses parents trépassés.. veut encore qu’il soit posé sur son tombeau une pierre de 4 carreaux…. Donne et lègue à J B Parsy son domestique pour les bons et agréables services qu’il lui a rendu… la somme de 25 écus de 48 patars pièce, 6 chemises, 6 mouchoirs,…le lit du Récollet avec paillasse, matelas, deux oreillers, un travers, deux couvertes et deux paires de draps… donne et lègue à sa servante son année de gages courante, 25 écus, son lit garni etc…
Veut encore qu’il soit distribué aux pauvres de Thumeries et Wahagnies par famille un havot de bled…. Donne et lègue à l’église de Thumeries 19 florins 4 patars, de même qu’à celle de Wahagnies….donne et lègue à son frère le père Spiridion, carme déchaussé à Lille, à titre de pension viagère la somme de 21 florins 12 patars chaque année sur le rendage de la maison qui lui appartient à Wahagnies occupée présentement par le vicaire du lieu…le reste de ses biens appartiennent à ses frères et sœur…
D’autres curés de l’ancien régime ont fait l’objet de divers passages de notre ouvrage :231
c) Pierre François Berry.
Curé de 1787 à 1791. Nous avons parlé de lui au chapitre 4, de ses ressources et de son refus de prêter le serment constitutionnel.
Rappelons aussi pour mémoire, les deux chanoines de Seclin, originaires de Thumeries, dont nous avons parlé abondamment, François de Carondelet et Jacquerye de Fréchies, tous deux chanoines de la collégiale Saint Piat à Seclin.
d) Jacquerye.
Chanoine de Seclin, responsable de la gestion des biens du chapitre, il s’est affronté abondamment à la nouvelle municipalité comme nous l’avons vu au chapitre 4. Retiré en sa propriété de Bellincamps, après la fermeture du chapitre de chanoines, il n’a pas supporté le nouveau régime et s’est prudemment retiré en terre impériale, à Tournai probablement.
Comme il est considéré comme émigré, la municipalité a fait faire l’inventaire de ses biens le 2 juin 1793324
Je, juge de pays du canton de Seclin soussigné, me suis transporté après avoir été requis des citoyens maire et officiers municipaux et procureur de commune de thumeries au domicile du nommé Lamoral Jacquerye ci-devans chanoine de Seclin accompagné du citoyen Dutailly secrétaire et greffier du dit thumeries me servant à d’od ou étans nous avons demandé après le dit Jacquerye, les domestiques nous ont répondue qu’il ne l’avoint vue depuis le jeudi trente may dernier au matin, nous croyant le dit Jacquerye émigré nous avons procédé à l’inventaire de c’est meubles comme il suit (orthographe originale) étant entré dans le vestibule, dans un salon sur la gauche d’où nous avons trouvé une comode couverte d’un bois marbré, une pendule en verte couleur, attaché à la boysery deux grand buffet et deux petit attaché à la cheminé que nous avons sellez, une pannette, deux table, une de chene, à pied de biche, une couverte de toille siré, et une autre de chene à pied droits, cinq chaise, une pendule avec sa caisse , une estampe représentant le repas de la cène, un petit secrétaire, un matelat ou un lit de plume, un moulin à caffet, un oreiller de plume, un sacq avec des rideaux, plusieurs essuimm ain et chiffont, un fer à faire les gauffres, un chené à rotire, une biblioteque d’au moins quatre cent livre, environ quatre douzaine d’assiette et plats, un dessert en bois, deux caraffe à liqueur et autres bagatelle non specifiez environ vingt cinq cadres , un fer à dure gauffre, une meulette de puit, une tetière d’étain, quatre saliere de cristale, une boite pleine de cœur d’argent et des medail, cinq couteaux à manche argenté, une caisse avec dix couteaux de dessert, un grand cadre représentant le dit Jacquery, deux chasubles avec leur étole, nous avons scellée la porte de la dite salle.
324 Rappel : L’orthographe des citations anciennes est conforme à celle des originaux232
« Puis dans les quartier à gauche, dans un cabiné au font, un bois de lits, une paillace, deux draps, une couverte, une table et une chaise, à la première chambre sont une paillas , un drap, une couverte, deux travers, dans la chambre à droite des précédentes un lit de plume garni de draps couverte et paillasse la chambre avans un bois de lits, sur l’escalier deux lits avec deux paillasse avec trois draps et deux couvertes, au grenier un poil et toute sa garniture environ cent cinquante flacons d’huile ; à la cuisine une grande table, deux seaux de bois, six chaises, une boulloirre, trois boutaille, un pot au laits, deux assiette d’étain et trois de fayence, un fetout, une petite table, un bans, une caffetière, une ormoire un pot d’étain, un garde mangé, au vestibule un garde mangé, au sellier deux rateaux , une au, un louché, un tonneau à battre le boeur, une petite armoire, un saloir au boeur ;;; à l’étable deux vache poil blonx, à l’écury un cheval de cinq pieds moins un pouce à tous crain ors d’âge, noire, un chariot à un cheval, un beneaux, un brabans, environs vingt huit planches, environ cent trente pieds de paille Lesquels affirmons le présent véritable et pour la conservation des dits effets avons étably pour gardiens le citoyen Bonaventure Brisaque pour le cheval et les vaches et les citoyens Etienne Vincent Labbé et M… Lure pour les meubles
et effets lesquels ont signé après avoir prêté le serment de s’en charger et nous les présenter quand ils serons requis. Etoit signé Brisaque, Luere, Labbé, Obeuf juge de paix, Defretin, Delemotte, Dutailly.325
2. Les curés concordataires.
Parmi les curés du 19ème siècle, sous le régime du concordat, signalons :
a) Jean François Aspelly
Nous disposons du texte de son serment326 dont voici un extrait.
"Je jure et promets à Dieu, sur les saints Evangiles de garder obéissance et fidélité au gouvernement établi par la constitution de la république française; je promets aussi de n'avoir aucune intelligence et aucun conseil, de n'entretenir aucune ligue, soit au dedans soit au dehors qui soit contraire à la tranquillité publique et ce dans ma paroisse ou ailleurs, si j'apprends qu'il se trame quelque chose au préjudice de l'état je le ferai savoir au gouvernement "
b) Charles Gadenne.
Une mention très spéciale à M Gadenne dont nous avons abondamment parlé au chapitre 5, à propos de la construction de l’église, de l’affaire du tableau, mais aussi à propos du presbytère et de l’école des filles qu’il avait fondée. Ce fut un personnage atypique, une forte personnalité, facilement en conflit avec les autorités municipales mais attaché à la paroisse de Thumeries.
Son conflit avec M Houzé, maire de Thumeries, est rapporté page 82-84.
c) A. Bulteau.
En fin de 19ème siècle nous pouvons évoquer le curé Bulteau, en conflit lui aussi avec le maire, JB Denneulin, pour un fait divers. Voici l’essentiel du courrier envoyé à son évêque. Monseigneur,
Voici la réponse que M Marsant, vicaire général, m’a prié de vous faire parvenir dans le plus bref délai au sujet de ma future mutation.
Ce qui a donné lieu à la lettre envoyée à la préfecture c’est une démarche faite par le maire de Thumeries près de M le doyen de Mons en Pévèle pour lui demander de bien vouloir agir
325 ADN 1 Q 521 1
326 Archives municipales (1er cahier des PV)233
de façon à ce que j’ai mon changement sous prétexte que ma santé laisse à désirer et que je ne suis plus à même de faire ma besogne. Soit dit en passant c’est une calomnie ni plus ni moins. Sans doute ma santé laisse à désirer mais jamais je n’ai eu depuis longtemps à me faire remplacer et je suis à la besogne aussi bien la nuit que le jour. Le Maire de Thumeries cherche à se venger de ce que j’ai écrit à sa grandeur, Mgr l’évêque d’Arras afin que ce dernier fasse une remontrance à M le curé Decarnin du Pas de Calais et beau frère du dit Maire, qui s’était permis de venir en cachette faire la bénédiction d’un château et cela sans mon autorisation et surtout in ordium pastoris. La personne qui a construit le château en question ne veut plus me voir à ce qu’il paraît parce que je n’ai pas voulu accepter l’année dernière à la première communion la petite cousine de sa domestique ; elle a fait des démarches près de moi en faveur de cette enfant. Je n’ai pu en conscience lui donner une réponse favorable. M le doyen a été consulté, il a interrogé l’enfant et m’a donné raison. En agissant de la sorte et en venant dans ces conditions là M le curé agissait en mauvais confrère et venait ainsi jeter la discorde dans ma paroisse et faire croire que je n’agissait pas avec droiture. C’est pourquoi j’ai cru bon d’avertir Mgr l’évêque d’Arras du fait que M Decarnin venait à Thumeries sous prétexte de voir sa famille et aller dîner en face de la maison de son beau frère au château de M Valois, y faisait un repas plus que copieux, jouait aux cartes et ne quittait le château que dans un état peu convenable pour un prêtre. On faisait tout cela sans même faire visite au curé de la paroisse et ayant même qu’il eût connaissance de la présence d’un autre prêtre. Le susdit châtelain est un homme d’un grand âge mais nullement chrétien et n’admettant que ce qu’il veut bien en fait de foi et de pratique. J’ai trouvé que ce monsieur donnait le scandale dans ma paroisse et que le châtelain ne devait pas en être édifié ni surtout converti. Le Maire de la commune de Thumeries ne remplit aucun devoir ; il n’y a que quelques années qu’il est maire et ne mérite aucune considération. C’est monsieur Henri Coget qui vient de mourir qui l’a fait élire maire et il suit son programme, c’est à dire, guerre à la religion. Ayant donc été au presbytère de Mons en Pévèle pour solliciter mon changement, M le doyen lui a répondu qu’il savait de bonne part que déjà depuis longtemps je l’avais demandé et que probablement je l’aurais bientôt. Il est rentré chez lui et a répandu le bruit que mon changement aurait lieu sous peu et que sa démarche aurait eu de l’écho en haut lieu. C’est alors que sur des demandes nombreuses et réitérées touchant mon départ que j’ai répondu affirmativement et que j’aurais eu soin de laisser l’église comme je l’avais trouvée à mon arrivée car les personnes du village m’avaient posé la question sur ce sujet.
Voici ma manière de voir et voici comment je me propose d’agir à mon départ lorsque Mgr voudra bien me changer et me confier d’autres fonctions.
J’emporterai avec moi tout ce qui m’est personnel en fait d’ornements, de vases sacrés, de chandeliers, de linges sacrés, de décors , que j’ai achetés avec mon propre argent ou qui m’ont été donnés personnellement soit pour ma fête soit dans des circonstances de reconnaissance et de rétribution. Quant aux armoires que j’ai établies à mes frais au fond de l’église il y en a deux que j’ai le droit d’emporter parce qu’elles ne tiennent à aucun mur et quant aux deux autres qui sont les plus grandes et les plus hautes j’allais justement en parler au conseil de fabrique afin de savoir si on m’autorisait à les enlever ou sinon je me serait entendu avec mon successeur pour me les faire payer insensiblement.
J’ai quatre nouvelles statues dans mon église dont trois m’ont été données évidemment au moment de mariages ou de quêtes particulières. A cela pour rester à la Paroisse ; quant à la quatrième c’est celle de Saint Roch ; une personne m’avait demandé d’en faire l’achat, d’établir le socle et qu’ensuite elle me la solderait. Je n’ai jamais reçu le moindre centime. Pour ne pas détruire l’harmonie du chœur je m’étais proposé de la laisser. Maintenant je ne dis pas ce que je ferai car à voir des gens qui vous prennent pour ce que vous n’êtes pas, c’est outre passer toutes les bornes.
Quant à l’inventaire j’en ai trouvé un fait à l’arrivée de mon prédécesseur, j’ai tout examiné et je m’en suis contenté, me proposant d’en établir un à mon départ. Personne du reste ne m’en avait parlé auparavant.
Voici Monseigneur tout ce que je pense au sujet des différentes questions que vous m’avez fait poser par Monsieur Massart, vicaire général, et j’ai la confiance que vous m’approuverez en tout et que sous peu j’obtiendrai mon déplacement. De votre grandeur, le fils respectueux et dévoué234
Bulteau Curé 327
Après la séparation de l’église et de l’état nous avons parlé aussi des inventaires et de la ferme protestation du curé Jules Jaffroy. (CF chapitre 5 p 127).
3. A la fin du 20ème siècle.
Nous présentons ici le cas particulier de l’abbé
Roelandt, vicaire décanal, en charge de la
jeunesse du doyenné de Mons en Pévèle. Ce
prêtre dynamique, qui ne résidait pas à
Thumeries, mais à Mons en Pévèle, a néanmoins
marqué une génération de jeunes qu’il regroupait
au patronage et dans des camps de vacances. Il a
aussi eu une forte empreinte sur les populations
des hameaux du Thélut et du Wacca en les
mobilisant pour la construction d’une « chapelle
des hameaux » et d’un foyer comprenant même
une salle de cinéma. Son œuvre a perduré après
son départ (1968) et en 2008 la municipalité l’a
honoré en donnant son nom à l’ensemble foyer-cinéma. (photo ci-contre)
Evoquons enfin la réorganisation progressive des structures paroissiales à la fin du 20ème siècle et à l’aube du 21ème siècle.
Plusieurs pasteurs s’y sont attelés : André Lepoutre, doyen, qui a mis en place une EAP (équipe d’animation pastorale) provisoire, travail poursuivi par René Delannoye (chargé de Thumeries et Ostricourt) et surtout par Jean Olivier (qui eut à gérer en plus Wahagnies et La Neuville).Enfin, Bernard Catteau, a été nommé à la tête d’une paroisse nouvelle, la paroisse des Saints Apôtres en Pévèle, réunissant 5 clochers et dépassant largement l’aire géographique du présent ouvrage.
B. Les Industriels.
Parmi les grandes familles qui ont marqué l’industrie locale nous évoquerons les Coget, les Béghin et les Malle.
1. La saga Coget.
Nous présentons ici la famille Coget à qui Thumeries doit l’origine de son industrie sucrière.
a) La première génération : Jean Baptiste Coget (1735-1808)
Le premier Coget, est un homme modeste, qui a fait quelques bonnes études, et va passer de l’agriculture à la politique.
Un homme aux origines modestes.
Il est né à Mons-en-Pévèle, en 1735, d'une famille peu fortunée, des laboureurs. Il suit pourtant des cours de sciences et d'architecture, probablement à Douai. Il s'occupe, à 30 ans, de sylviculture et se voit confier des domaines considérables par les communes et les grands propriétaires du Nord. Il conseille le rétablissement des bois par les plantations et cherche à en convaincre l'abbé d'Anchin328, lui proposant même d’opérer à ses frais le repeuplement des bois de l’abbaye, se réservant pour seule rétribution, les résultats de la première coupe. Il introduit le robinier et le peuplier noir d'Amérique qui pouvait atteindre en 25 ans 3 mètres de circonférence. Il est même appelé en Belgique où il est inspecteur général des forêts329.
327 (Archives diocésaines, 4D346)
328 Abbaye bénédictine fondée en 1079, propriétaire de bien des terres du Douaisis et même en Pévèle. Elle avait ouvert un collège en 1568, tenu par les Jésuites jusqu’en 1765.
329Dictionnaire biographique, ADN.235
Thumerisien par son mariage.
En 1769, il épouse à 34 ans330, une Thumerisienne de 2 ans sa cadette, Catherine Joseph Carpentier, née en 1737.
D’après l’état-civil on se rend compte que la famille de Catherine se réduit à deux filles et un garçon, encore célibataire. Les autres enfants, deux garçons, sont morts jeunes comme c’est fréquent à l’époque (Joseph à 16 ans et Henri à 22 ans), et les parents sont décédés aussi (Marie Thérèse Legroux en 1743 et Pierre Carpentier en 1761). Amener une compétence comme celle de Jean Baptiste est sans doute un bon placement pour la famille Carpentier comme pour notre pépiniériste.
Nous ne savons pas s’il y a eu dot, mais ce qui est sûr, c’est que Jean Baptiste devient thumerisien et tous ses enfants, dont nous avons déjà parlé, sont nés à Thumeries. Il se retrouve donc à la tête d’une exploitation agricole moyenne comme l’atteste un relevé cadastral de 1793. Ce cahier conservé aux archives municipales répertorie l’ensemble des parcelles du territoire local ainsi que le nom des propriétaires ou des locataires. Les gros propriétaires, on s’en doute, sont les nobles: le chanoine Jacquerye de Bellincamps, le baron de Carondelet du Château blanc, Mme Dassigny, M. Poteau de Lille. Après eux viennent la Noble famille, une institution religieuse, puis les gros fermiers, en premier, la veuve Denneulin et en second Jean Baptiste Coget dont la propriété personnelle est de 8 bonniers, 8 cents et 7 verges, mais qui cultive aussi 13 bonniers et 13 cents appartenant au baron de Carondelet331.
Un notable local , propulsé au premier plan par la Révolution.
Il fait donc partie des représentants de la communauté d’habitants de Thumeries qui négocient avec leurs homologues de Moncheaux l’établissement d’un pavé entre les deux villages.332 Cet homme qui est aussi nommé «arpenteur» et quelques fois «expert juré» va donc se retrouver propulsé en avant par la Révolution française.
La Constituante met en place une constitution qui place à tous les niveaux de l’administration des personnalités qui seront élues, (au suffrage censitaire, il est vrai). À Thumeries, comme ailleurs, on procède à ces élections et c’est Jean Baptiste Coget qui sera désigné maire. Nous avons détaillé, au chapitre 4, les mesures qu’il prit.
Par contre nous pouvons dire que Jean Baptiste Coget est un homme avisé, qui a vite compris l’intérêt qui consiste à se procurer les anciens biens du clergé.
Les archives départementales du Nord conservent333 les actes de vente de plus de cent parcelles provenant de la cure de Thumeries, de la collégiale de Seclin, de l’institution «la Noble famille» et des biens de quelques émigrés comme Jacquerye.
Il acquiert ainsi, le 28 prairial de l’an 4, une ferme et une dizaine de parcelles de terre. Il fait partie de ces paysans enrichis qui deviendront de fervents supporters de la Révolution. Il a quitté la mairie l’année précédente et s’est sans doute consacré à la mise en valeur de sa ferme, de sa pépinière et de son élevage.
À sa mort, le 19 avril 1808, il possède entre treize et quatorze hectares de pépinières à Marchiennes et à Thumeries avec, dit-on, trois cents espèces d'arbres et il a fait édifier dans cette commune une ferme modèle, sans doute celle dont provient la pierre marquée "AN X" qui a longtemps orné l'entrée des locaux de l'usine Béghin Say (chapitre 5).
330 Les mariages tardifs au XVIIIe sont fréquents et souvent liés à l'acquisition de propriétés foncières, gage de subsistance.
331 Le bonnier de Lille vaut 1,4246 hectare. Le cent est le 1/16e de bonnier et vaut 100 verges.
332 CF chapitre 4, les institutions
333 Arch. dép. Nord, 1Q 2625.236
C’est la seule trace matérielle de la première génération. Les suivantes ont repris les locaux et les ont abattus, modifiés, agrandis, au fur et à mesure des besoins d’une industrie en progression.
b) La deuxième génération : de la pépinière à la sucrerie.
Jean Baptiste Coget et Catherine Carpentier ont eu sept enfants, cinq garçons et deux filles Un fils, Pierre François, est décédé en bas âge, deux autres sont restés célibataires, Henri- Eugène, négociant à Lille, et Alexandre dont nous reparlerons. Enfin, deux autres frères ont épousé deux sœurs : Joseph, en 1803, et Jean Baptiste, en 1812, ont respectivement épousé Clémentine et Henriette Chombart, toutes deux filles de M. François Chombart, agriculteur, maire de Marquillies, et de Marie-Claude Albertine de Marquillies, décédée le 11 nivôse de l’an 7. Les autres filles Coget ont épousé l’une un Heddebault et l’autre un Valois. L’aîné des garçons, Joseph, s’est expatrié. Il a habité longtemps à Lorgies où sont nés plusieurs de ses enfants avant de devenir négociant à Lille, là où est né son dernier fils Henri (1818). Il revient à Thumeries, probablement en 1819, quand son frère Alexandre devient maire et acquiert le Château blanc.
Alexandre Coget.
Le fils cadet se nomme Alexandre. Il devient rapidement une personnalité remarquable et remarquée dans la commune et les environs.
C’est d’abord un riche propriétaire. Témoin : une liste de répartition de la contribution foncière en 1815. Dans une liste de 81 noms, 11 paient plus de 100 F, 3 plus de 200 F, 1 plus de 300 F (Duflot 352 F), et Alexandre Coget plus de 766 F. A la suite de son père, il est pris comme homme de confiance du baron de Carondelet dont il gère les biens334. Les archives départementales du Nord font état à plusieurs reprises de ventes de bois réalisées pour lui par Alexandre Coget, comme celle-ci : Vente de bois à la requête de Mr de
334 Le baron de Carondelet est né au château de Thumeries en 1753. Après une brève carrière militaire il devient prêtre, il est nommé par Louis XVI prévôt des chanoines de Seclin. Il est député du clergé aux états généraux de 1789. Retourné à l’état laïc, il s’est marié ; il s’est retiré en région parisienne. Il garde quelques terres et surtout des bois à Thumeries.
Famille Coget Jean Baptiste Coget 1737 1808
arpenteur
maire en 1790
époux de Catherine
Carpentier
1737-1812
Eugénie 1770-1858
ép Alexandre
Heddebaut
Henri Eugène
1773
temoin en 1803
mariage de son frère
à Marquillies
JOSEPH
1772-1827
maire en 1800
ép Marie Françoise
Clémentine
Chombart en1803
+en 1835
Pierre François
1776-1779
Alexandre
1774-1844
maire de 1818
à 1844
célibataire
J.Baptiste Joseph
1777-1846
sucrier et maire
de Phalempin
ep Henriette Chombart
1812 Marquilies
Catherine 1783
+ Antoine Valois
de Mons en P
Joseph
1806-1886
maire de
1874 à 1885
Henriette née
en 1807 Lorgies
épouse
+ Antoine
Ferdinand
Béghin en 1834
Joséphine
1809-1859
célibataire
Alexandre
né à Lorgies 1811
+ Elisa Desurmontt
en 1835
à Thumeries
Eléonore
1814-1822
Eugénie
1815-1819
Henri
1818-1898
célibataire
Henriette Adèle
célestine Julie
JBaptiste 1819-20
jn Baptiste 1829
8 enfantts
Ferdinand
Béghin (1)
Adèle est la gd mère
de Jeanne Delcroix
épouse de J Béghin
Guy
Heddebault
Alice Heddebault
ép Louis Legrand
Louise Legrand
épouse Henri Béghin
Joseph Béghin
et Henri Béghin
Clémentine 1837
Paul 1839-1843
Claudine 1844
tous nés à Marquillies
Claudine ep Maxime
Brame
Jean Baptiste Coget
1737 1808
arpenteur
maire en 1790
époux de Catherine
Carpentier
1737-1812
Jean Baptiste Coget
1737 1808
arpenteur
maire en 1790
époux de Catherine
Carpentier
1737-1812
Eugénie 1770-1858
ép Alexandre
Heddebaut
Eugénie 1770-1858
ép Alexandre
Heddebaut
Henri Eugène
1773
temoin en 1803
mariage de son frère
à Marquillies
Henri Eugène
1773
temoin en 1803
mariage de son frère
à Marquillies
JOSEPH
1772-1827
maire en 1800
ép Marie Françoise
Clémentine
Chombart en1803
+en 1835
JOSEPH
1772-1827
maire en 1800
ép Marie Françoise
Clémentine
Chombart en1803
+en 1835
Pierre François
1776-1779
Pierre François
1776-1779
Alexandre
1774-1844
maire de 1818
à 1844
célibataire
Alexandre
1774-1844
maire de 1818
à 1844
célibataire
J.Baptiste Joseph
1777-1846
sucrier et maire
de Phalempin
ep Henriette Chombart
1812 Marquilies
J.Baptiste Joseph
1777-1846
sucrier et maire
de Phalempin
ep Henriette Chombart
1812 Marquilies
Catherine 1783
+ Antoine Valois
de Mons en P
Catherine 1783
+ Antoine Valois
de Mons en P
Joseph
1806-1886
maire de
1874 à 1885
Joseph
1806-1886
maire de
1874 à 1885
Henriette née
en 1807 Lorgies
épouse
+ Antoine
Ferdinand
Béghin en 1834
Henriette née
en 1807 Lorgies
épouse
+ Antoine
Ferdinand
Béghin en 1834
Joséphine
1809-1859
célibataire
Joséphine
1809-1859
célibataire
Alexandre
né à Lorgies 1811
+ Elisa Desurmontt
en 1835
à Thumeries
Alexandre
né à Lorgies 1811
+ Elisa Desurmontt
en 1835
à Thumeries
Eléonore
1814-1822
Eugénie
1815-1819
Eléonore
1814-1822
Eugénie
1815-1819
Henri
1818-1898
célibataire
Henri
1818-1898
célibataire
Henriette Adèle
célestine Julie
JBaptiste 1819-20
jn Baptiste 1829
Henriette Adèle
célestine Julie
JBaptiste 1819-20
jn Baptiste 1829
8 enfantts 8 enfantts
Ferdinand
Béghin (1)
Ferdinand
Béghin (1)
Adèle est la gd mère
de Jeanne Delcroix
épouse de J Béghin
Adèle est la gd mère
de Jeanne Delcroix
épouse de J Béghin
Guy
Heddebault
Guy
Heddebault
Alice Heddebault
ép Louis Legrand
Alice Heddebault
ép Louis Legrand
Louise Legrand
épouse Henri Béghin
Louise Legrand
épouse Henri Béghin
Joseph Béghin
et Henri Béghin
Joseph Béghin
et Henri Béghin
Clémentine 1837
Paul 1839-1843
Claudine 1844
tous nés à Marquillies
Claudine ep Maxime
Brame
Clémentine 1837
Paul 1839-1843
Claudine 1844
tous nés à Marquillies
Claudine ep Maxime
Brame237
Carondelet, propriétaire, demeurant à Sceaux près Paris… [...]. Les adjudicateurs paieront entre les mains du sieur Alexandre Coget en son domicile à Thumeries335.
Ou cette autre : Le 13 avril 1809, à la requête de M Alexandre Coget de Thumeries, fondé de pouvoir de Mr de Carondelet, de Paris […] vente de chênes, bois blancs et charmes dans le bois de Phalempin.
M. de Carondelet est revenu vers la fin de sa vie à Thumeries où il est décédé « en sa maison près de l’église » selon l’état-civil. Ses héritiers continueront de correspondre avec Alexandre Coget. On conserve aux archives municipales un courrier où sa petite-fille se renseigne sur le prix des vaches dans le Nord. La formule de politesse mentionne avec affection M. Coget et sa bonne : « Plus heureux que moi, je sais que votre santé est parfaite… Tâchez bien de continuer ainsi et pour vous et pour bien d’autres qui s’en trouvent heureux. Recevez, cher Mr Coget les compliments affectueux de votre très dévouée. Melle de Carondelet. » En 1819 Alexandre rachète le château à sa propriétaire, la veuve Colle, dont le mari l’avait acquis de M. de Carondelet. La propriété vendue compte 6 arpents 31 et consiste en « un verger, un pré, deux bâtiments, un étang, un verger, un jardin, un bois et un terrain planté»336. Alexandre est aussi un homme politique, maire et conseiller général. membre du conseil de révision, membre du jury du tribunal de première instance, comme le prouvent plusieurs convocations conservées en mairie. Il sera maire de 1819 jusqu’à sa mort en 1844, soit pendant 25 ans.
Ses principales réalisations sont la construction d’une nouvelle église (1840)337, d’une nouvelle école communale et un projet de nouveau presbytère qui sera réalisé par son successeur.
C’est aussi un agronome averti.
Digne fils et successeur de son père, Alexandre est nommé le 8 février 1820 membre de la section d’agriculture établie près de la Société d’amateurs des sciences agricoles et des arts de Lille.
Voici la note du préfet : Je l’ai composée de propriétaires et d’agronomes les plus distingués et je me félicite de vous avoir choisi pour en faire partie. L’amélioration dans le système agricole, la propagation de méthodes reconnues sont les points principaux dont la société aura à s’occuper338.
C’est sans doute à ce titre qu’Alexandre Coget a dû s’intéresser aux recherches menées depuis l’Empire et le blocus continental sur la mise au point de procédés d’extraction du sucre de betteraves. Avec son frère, Joseph, ils vont implanter la première exploitation sucrière locale. Joseph Coget.
Le retour de Joseph à Thumeries date, sans doute de 1819. Son dernier fils, Henri est né à Lille en 1818, mais en 1819, Joseph apparaît sur un registre local des personnes réunissant les qualités requises pour être électeurs. Sur la première page, Joseph est noté « électeur en 1819, cultivateur et fabricant de genièvre, ci-devant négociant à Lille». Il paie 532 F 90 de contributions foncières (159 F 90 à Thumeries et le reste à Attiches, Bersée, Mons-en-Pévèle, Marquillies, Wavrin, Sainghin, Herlies, Illies, Wicres, Wahagnies) alors que son frère, Alexandre paie 484 F 61 sur Thumeries, Mons-en-Pévèle et Râches.
Comme on l’a vu au chapitre 5 on ignore la date exacte de la fondation de la sucrerie … C’est probablement entre 1821 et 1827.
Joseph décède en 1827. L’affaire continue à travers ses fils, Joseph (2e du nom) et Henri, sous le regard d’Alexandre, son frère et leur oncle, qui mourra en 1844.
c) La troisième génération : des Coget aux Béghin.
Nous avons présenté l’arbre généalogique des descendants de Jean Baptiste Coget.( p 231) Ce qui frappe en premier lieu, c’est l’absence de descendance masculine. Des fondateurs, seul Joseph a eu 6 enfants dont 4 filles. Parmi ces dernières, deux décèdent en bas âge, Eléonore à 8 ans (1814-1822), Eugénie à 4 ans (1815-1819) et une troisième, Joséphine, restée
335 Archives. dép. Nord, J 1801 11 et 12.
336 Arch. Municipales ., tableau de 1819 des changements de propriétés.
337 PLATEAUX A. (dir.), Les églises de la Pévèle française, SHPP, 1990, et notre plaquette Histoire de l’église de Thumeries. Et notre chapitre 5.
338 Archives municipales., courrier original.238
célibataire, et décédée à 50 ans (1809-1859). Alexandre, le fils de Joseph, s’est marié et installé à Marquillies, où il a fondé sa propre entreprise sucrière. Il a eu 3 enfants dont un seul garçon, mort jeune également.
La sucrerie thumerisienne, implantée rue Defretin, (actuelle rue Joseph Béghin) est donc gérée par les deux autres frères, Joseph (2e du nom) et Henri. Mais les deux frères sont restés célibataires.
On comprend dès lors la place particulière que prend dans la famille, Henriette, leur sœur, qui a épousé, en 1834, le fils d’un brasseur de Fâches : Antoine, Ferdinand Béghin dont elle aura un fils, Ferdinand, né en 1840. Ce dernier se rapprochera de ses oncles au tournant de sa 20e année. Aux recensements de 1861 et 1866 il est inscrit dans la maison des Coget avec la mention «sans profession». En fait, tout laisse à penser qu’il collabore avec eux et apprend le métier de sucrier «sur le tas». En 1867, son père décède… ce qui incite les héritiers Coget survivants à mettre de l’ordre dans leurs affaires…comme on l’a vu au chapitre 5. Donc, en 1868, l’entreprise sucrière change de mains. Elle s’appellera désormais, Ferdinand Béghin, puis après le décès de ce dernier, «Béghin frères».
Les frères Coget se retirent ainsi de la vie industrielle, mais pas de la vie locale. La retraite des Coget
Les frères Coget s’installent dans un château qu’ils viennent de construire à deux pas de la sucrerie et dont on trouve la trace dès le recensement de 1872 .Ils y vivent tous deux avec un ou deux domestiques et une servante339.
Joseph avait été brièvement maire en 1848, mais il avait été rapidement écarté de ce poste. On peut penser que ce retrait était dû à l’arrivée au pouvoir du parti de l’ordre et à la forte influence catholique.
Mais le maire de Thumeries, Louis Denneulin, décède en septembre 1870, en même temps que s’écroule le Second Empire. C’est donc, le jeune retraité, Joseph Coget, adjoint, qui assure l’intérim. En 1874, il est nommé par le préfet. 340 Par la suite il est régulièrement élu et réélu (pour des mandats de 4 ans). Il tiendra le poste jusqu’à sa mort.
Son frère Henri est associé à son conseil municipal et s’engage, avec lui, au service de la commune, particulièrement après le décès de Joseph.
Durant ses différents mandats, Thumeries, va intensifier sa modernisation, créer son corps de sapeurs pompiers, poursuivre et intensifier le pavage de ses rues et chemins, déplacer sa mairie et construire une nouvelle école pour les garçons. Joseph Coget va soutenir certains projets pour moderniser son village : projets d’implantation postale, de chemin de fer, aménagement du cimetière. Tous ne seront pas suivis d’effet.
D’ailleurs Il arrive même au maire de financer sur ses propres deniers certaines dépenses trop onéreuses pour la commune, de même que son frère Henri finance lui-même, de son côté, le cimetière, une partie des frais scolaires et une rente pour les nécessiteux.
2. La famille Béghin.
a) La première génération : Ferdinand Béghin.
Antoine Ferdinand Joseph Béghin est né le 28 prairial de l’an 12 à Fâches. Il a épousé à Thumeries, le 20 mai 1834, Henriette Coget, née le 9 novembre 1807 à Lorgies. Les témoins du mariage sont D. Platel, beau frère de l’époux et Jean Baptiste Coget (oncle paternel d’Henriette) et Joseph Coget son frère. De cette union naîtront deux enfants, Henriette (future épouse Bulteau, brasseur à Pont à Marcq) et celui qui nous intéresse ici, Ferdinand, né en 1840.
Comme nous l’avons vu précédemment il sera progressivement intéressé aux affaires des Coget et reprendra leur affaire en 1868 341
339 Le second château situé de l’autre côté de la route date des années 1890. Une lettre du curé Bulteau (1891-1898) en 1896 fait allusion à la construction et à la bénédiction par un prêtre nommé Decarnin, proche du maire JB Denneulin élu en 1895 ? Cela situe la construction de ce nouveau château en 1895 ou 1896.
340 En 1874 l’assemblée en charge d’établir la constitution hésite entre la nomination et l’élection des maires avant d’adopter définitivement la formule de l’élection.
341 Cf chapitre 5 page 106239
De son mariage avec Henriette Coget il aura trois enfants : l’aîné Pierre est décédé à 25 ans (un an avant son père) et deux autres garçons Joseph (1871) et Henri (1873) Nous avons vu qu’il est devenu maire de Thumeries à la suite de Joseph Coget et nous avons parlé de son œuvre (chapitre 5)
Il est décédé malencontreusement des suites d’un accident de voiture à cheval (1895)
b) La deuxième génération : Joseph et Henri Béghin.
Joseph (1871-1938) est l'aîné survivant de Ferdinand (premier du nom) et de Marie Louise Trannin .Il épouse en 1898 Jeanne Delcroix (1879-1963). Jeanne Delcroix est la fille d’Adèle Coget et donc la petite fille de Jean Baptiste Joseph Coget, fabricant de sucre à Phalempin. Elle lui donnera cinq filles : Jenny (1899) la future épouse de Claude Descamps, Gisèle (1900) qui épousera René Pollet puis Jean Leblan, Adrienne, née en 1902 et décédée malheureusement à l'âge de 9 ans, Alice (1904) qui épousera Etienne Pollet puis Rueff André, Geneviève enfin (1907) décédée à 19 ans dont le nom sera donné à la création d’une cité (actuelle rue Pasteur).
Son rôle dans l'entreprise
C 'est Ferdinand Béghin, second du nom, son neveu qui définit dans "Mes carnets" le rôle des uns et des autres:
"En 1929 voici comment étaient réparties les responsabilités entre les membres de la famille. Mon oncle, Joseph Béghin, s'occupait des questions financières, de l'achat des betteraves et du commerce des sucres. Son gendre Claude Descamps de la vente des raffinés. Mon père (Henri) s'était réservé la direction de la papeterie de Corbehem et les relations avec Prouvost. Mon beau frère, Pierre Malle, dirigeait la sucrerie de Thumeries et celle de Beauchamps. Quant à moi, j'avais sous ma coupe la cartonnerie de Corbehem et quatre sucreries.»
Son rôle dans la municipalité…
Joseph Béghin est élu maire de Thumeries, en 1919, à 48 ans. Il le restera jusqu'à son décès en 1938 soit une durée de 19 ans. Ses mandats correspondent à la relance des activités industrielles, à la gestion des dommages de guerre, à l'électrification du village et à la réalisation de nombreux projets. Citons la création d'un monument funéraire pour les victimes de la grande guerre, le remplacement de la cloche de l'église emportée par les allemands, la création d'une école maternelle au Thélut, l'agrandissement des autres écoles, l'embellissement extérieur de l'église, l'aménagement de l'ancien cimetière autour de l'église en un parc agrémenté d'un kiosque à musique. Il n'hésitait pas à l'occasion à prendre en charge sur ses fonds propres certaines dépenses trop lourdes pour le budget communal.342 Oeuvre posthume.
Décédé en 1938, il laisse la charge de maire à son neveu, Ferdinand Béghin. Quand, en 1958, le maire, Maurice Scache, négocie l'achat de la Villa des Roses, propriété de Mme Juéry- Honoré décédée le 27 octobre 1956, Madame veuve Joseph Béghin, en hommage à son défunt mari et en fidélité à sa mémoire offre de prendre à sa charge les frais d'acquisition qui s'élèvent à 8.420.000 F de l'époque. Il reste au conseil municipal du 30 mai 1958 à accepter le don de Mme Béghin.
"Nous avons été profondément touchés par ce geste généreux et c'est avec la plus vive gratitude que nous vous adressons, Madame, nos très sincères remerciements. »
Ceci explique pour les jeunes générations, ou pour les habitants qui ignoraient ce don, la présence à l'entrée de la mairie d'une petite plaque de marbre en hommage à Monsieur Joseph Béghin.
342 CF Histoire de l’Eglise de Thumeries240
Henri Béghin (1873-1944)
Henri Béghin est né en 1873. Dès l’âge de 8 ans il va en pension et entreprend des études d’agronomie.
En 1898 il épouse Louise Legrand (1879-1919), fille de Louis Legrand, propriétaire du château de Bellincamps. Son beau père, né à Valenciennes en 1842, était à la fois docteur en droit et docteur es lettres. Il exerçait le métier d’avocat. Il fut aussi tour à tour sous-préfet, conseiller général, député et même ministre. Sa belle mère, Alice Heddebault, est
l’arrière petite fille de Jean Baptiste Coget.
De cette union naquirent trois enfants :
Françoise Béghin (1900), la future Madame
Malle, Ferdinand Béghin (1902), le deuxième du nom et
Marie Louise Béghin (1903) qui épousera en 1927 Bernard
d’Espéroux.
La photo ci-contre, don de Joseph Agache, représente la
famille autour, il me semble, d’Alice Legrand Heddebault,
la belle mère, vers 1918.
Henri est le « technicien » et Joseph le « financier ».
En 1912 la société achète la sucrerie de Beauchamps.
Mobilisé en août 14, puis démobilisé à la fin de l’année
1914, Henri est affecté à l’arrière à cette sucrerie avec de
nombreux ouvriers afin de maintenir la production de sucre
pour les besoins nationaux, civils et militaires. A la
demande du service des poudres il y adjoindra aussi une
distillerie.
Son épouse étant décédée en 1919 des suites d’une
opération de la vésicule biliaire, Henri se réfugie dans le
travail et redouble d’énergie. Il reconstruit et modernise
l’usine de Thumeries dès 1920 et il lui joint la râperie de
Marquillies.
Suite à un accrochage avec son fournisseur de carton, en 1925, il se lance dans la cartonnerie en 1926 puis dans le papier journal en 1929. Très vite une papeterie lui est adjointe et on passe rapidement de quelques tonnes à 600.000 tonnes en 1990.Une compagnie de cartons et papiers voit le jour au Maroc ainsi que la calaisienne des pâtes à papier, et la papeterie de Kaysersberg en Alsace. Des tonnes de papier sortent chaque jour des usines, or le meilleur moyen de les écouler et de s'installer dans la presse, grosse consommatrice de papier. C'est chose faite lors de l'association avec la famille Prouvost, propriétaire de deux journaux Paris- midi et Paris-soir dont la direction incombe à son gendre Bernard d’Espéroux. Il ajoute encore en 1930, l'Intransigeant.
Il confiera peu à peu la direction des sucreries à son fils Ferdinand et pour celle de Thumeries à son premier gendre Pierre Malle.
Fatigué, il meurt à Royat le 31 août 1944, victime d’une crise cardiaque.
c) La troisième génération Ferdinand Béghin (2ème du nom).
Fils d'Henri Béghin, industriel sucrier, et de Louise Sophie Legrand,
Ferdinand est né le 21 janvier 1902 au domicile familial. Enfant jugé
trop faible par ses parents pour fréquenter l'internat, son éducation lui
sera donnée à domicile par un jeune précepteur. Fin 1914, il entre au
collège de Gerson alors que la première guerre mondiale fait rage. Les
bombardements, l'abandon du château, la mort de proches mais aussi
le défilé du 14 juillet 1919 l'ont marqué profondément. Il poursuit ses
études à Paris, au lycée Janson de Sailly, obtient son bac et suit les
cours de préparation à l'institut agronomique. Son père le rappelle,
pour le seconder, avant la fin de ses études.
Fils de patron il ne bénéficie d'aucun passe-droit et travaille à tous les241
postes, ce qui lui donnera une parfaite connaissance du métier. Il fait aussi quelques voyages à l'étranger afin d'étudier de nouvelles techniques sucrières.
Son père, après avoir racheté le château de Bellincamps et les dommages de guerre afférents, le donne à Ferdinand. Ce dernier, plutôt que de le restaurer, le fait raser et décide de construire un nouveau château. Grand amateur d’équitation, il y installe des écuries pour ses chevaux. Il fait même un moment partie de l’équipe de France d’équitation (1936). Sous les drapeaux, en septembre 1939, avec le grade de sous-lieutenant, Ferdinand Béghin intègre la 411ème compagnie de transport puis le IIème groupe de reconnaissance du 9ème corps d'armée où il exerce ses talents de cavalier. Démobilisé, à la fin juillet 40, il rentre à Thumeries. Contacté par un officier anglais de l'Intelligence Service il entre dans le réseau OFACM de résistance comme responsable du recrutement. A la libération, il n'hésite pas, nous en avons parlé, à intervenir seul, face à un groupe d'allemands, sur la route de Moncheaux. Des coups de feu sont tirés et Ferdinand Béghin est touché aux poumons. Opéré d'urgence il lui faudra plusieurs semaines pour se rétablir. Il recevra plusieurs distinctions dont la légion d'honneur.
Après la guerre le monde des affaires l'attend à nouveau. Il est maintenant seul à la tête des sucreries et raffineries. Il les modernise et en achète d'autres. Leader du sucre français il en devient l'empereur en 1973 lors de l'absorption du groupe Say qui lui apporte 9 sucreries, 2 distilleries et 5 raffineries.
Sucrier exceptionnel il ne se cantonne pas seulement dans ce secteur d'activité. Il dirige et améliore constamment tant en qualité qu'en quantité la production de la cartonnerie créée par son père pour fabriquer les emballages de sucre. Viendront ensuite les produits d'hygiène (Vania, Lotus...). Du sucre au papier, en passant par les produits hygiéniques, et la presse (le Figaro en 1950) voilà une belle palette pour cet industriel pour qui la diversification fut un atout majeur et la raison de sa force.
Il était aussi apprécié pour son savoir faire. Du matin au soir dans son usine, sept jours sur sept, il aimait regarder la fabrication de "son sucre". En cas d'incident il se rendait sur place et aidait à la tâche. De caractère impatient, exigeant avec ses ouvriers il demandait le maximum à ses collaborateurs. Sa connaissance parfaite du métier forçait l'admiration et le respect de tous.
Cette autorité était un peu paternaliste. Sa première femme, Simone de Lenzbourg, l’aidait et visitait les ouvriers malades. Lui même fit construire des logements ouvriers. La grève de 1937 et surtout le fait que la mairie lui échappa en 1945 (après six ans au poste de maire) provoquèrent comme une cassure psychologique. Néanmoins Thumeries tiendra toujours une place primordiale dans son cœur et il continuera longtemps à partager sa vie entre ses résidences parisienne ou suisse et le château de Bellincamps.
Certes il confiait parfois son regret de n'avoir pas eu de fils pour reprendre le groupe ou de gendres à qui donner des places importantes.
En effet, de son premier mariage avec Simone de Lenzbourg (décédée en 1966), il n’eut que des filles qui réalisèrent de prestigieuses alliances (Roselyne, 1931, épouse du baron du Breuil, Françoise épouse du comte d’Ormesson, Marie France, 1940, épouse du comte de Gamay puis de François Moreuil).
Il regrettait aussi que son groupe soit tombé non pas dans les mains d'industriels mais plutôt de financiers.
Il est décédé le 18 avril 1984 à Fribourg en Suisse, où il résidait, et a été inhumé en Suisse.
3. La famille Malle.
Parmi les enfants d’Henri Béghin faisons maintenant une mention
particulière à Françoise Béghin, la sœur aînée de Ferdinand, qui épousa
en 1921 Pierre Malle.
a) Pierre Malle.
Pierre Malle rêvait dans sa jeunesse de voyages. Il préparait l’école
navale. D’ailleurs il est mobilisé dans la marine en 1915. Son père et
Henri Béghin, le père de Françoise, avaient de l’estime l’un pour l’autre
si bien que le mariage fut un peu arrangé et conclu en 1921. Cependant ce
mariage dura 62 ans. Cet homme discret avait quelques passions comme
la photographie, les vieux livres, les automobiles et la… politique.242
Marié en 1921, il secondera son beau père en 1925 en acceptant la direction de l’usine de Thumeries.
Pierre Malle est décédé en 1990.
b) Françoise Malle.
Françoise Malle, son épouse, est née en 1900. Elle épouse en 1921 un officier de marine, Pierre Malle. Henri, son père, fera construire pour eux une belle demeure à côté de sa propriété. C’est un petit château avec un jardin à la française entretenu par 9 jardiniers qui cultivent 55 variétés de fleurs dans quatre serres. Dans la propriété il y a aussi un court de tennis et une piscine privée. On l’appelle encore de nos jours, le « château Malle ». Ils auront 7 enfants, Simone, en 1922, (la future Mme de Lesquien), Solange, en 1924, (la future Madame De Nervo) Jean François en 1926, Bernard en 1929, Louis en 1932, (le cinéaste célèbre), Catherine et Vincent343 (ces deux derniers ne sont pas nés à Thumeries). Pendant la seconde guerre mondiale, la maison Malle est occupée par les allemands, et Françoise vit à Paris, rue de la Pompe, dans le 16ème arrondissement. C’est elle qui dirige la maisonnée où elle s’occupe de ses 6 enfants et aussi de son père malade.
En 1947, aux élections municipales, son frère, Ferdinand, blessé par son échec de 1945, ne se présente pas. Françoise soutient la liste présentée par Maurice Scache. Elue adjointe au Maire elle participera activement à la vie communale sous les divers mandats de M Scache et ensuite de Noël Lagache.
La population retient d’elle ses actions en faveur des enfants,
des malades, des associations locales.
Elle donnait beaucoup de temps et beaucoup d’elle-même au
bureau d’aide sociale. Elle participait aux consultations de
nourrissons, aux séances de vaccination, à la remise de
layettes aux nouveaux nés. Elle avait aussi le souci de
l’éducation des jeunes filles, fondant avec sa famille une école
technique privée, l’école du Pévèle, qu’elle soutiendra toute
sa vie. Cette action éducative lui vaudra d’ailleurs les palmes
académiques, distinction généralement réservée aux membres
de l’enseignement !
Elle visitait aussi personnellement les malades et certaines familles ouvrières profitaient de sa générosité pour obtenir de la viande fraîche ou du lait.
Les sociétés locales n’échappaient pas à sa sollicitude : elle tenait à organiser elle-même la fête des mères et la fête du travail. Les anciens évoquent encore avec nostalgie le banquet du 1er mai qu’elle supervisait. Elle soutenait aussi l’Avant-Garde veillant à l’équilibre des comptes. Je me souviens personnellement de certains déficits comblés miraculeusement en une nuit, la veille de l’Ascension et de l’assemblée générale, grâce à la discrète intervention de la bienfaitrice !
C’est vraiment une grande dame, dévouée et généreuse,344 dont M Lagache, maire de 1971 à 1989, fit l’éloge à son décès. Il voulut perpétuer son souvenir en donnant son nom à la salle des fêtes devenue depuis le centre de loisirs Françoise Malle.
c) Dans la famille Malle, Louis, cinéaste de renom.
Louis a passé sa jeunesse à Thumeries au château de ses parents mais n’a
pas beaucoup fréquenté la jeunesse locale. Il était pensionnaire chez les
jésuites, à Lille, puis à Paris. Il daignait faire un peu de tennis avec Marcel
Dessenne qui était le partenaire de son frère Jean-François.
Le personnel de maison évoque un enfant espiègle et original.
Cette originalité, il la mit en œuvre en se détournant de la carrière
industrielle qui lui était toute tracée pour se lancer dans le cinéma. En
1951 ayant été admis à Sciences Po et à l’IDHEC (école de cinéma) il
343 Né en 1944 inhumé à Thumeries en 2011.
344 Pierre Malle aimait à dire « je m’occupe de ma femme et elle s’occupe de l’univers »243
choisit l’IDHEC. En 1953 il saisit sa chance quand le commandant Cousteau cherche un stagiaire IDHEC pour son premier film. C’est le succès du « Monde du silence » qui obtient la palme d’or à Cannes en 1956.
Il réalise ensuite quatre films en 4 ans qui sont tous des succès, « Ascenseur pour l’échafaud », « Les amants », « Zazie dans le métro », et « Vie privée » où il dirige des vedettes comme Jeanne Moreau, Maurice Ronet, Catherine Demongeot et Brigitte Bardot… Il devient un réalisateur, volontiers provocateur, ne craignant pas d’enfreindre les tabous, au grand dam de sa pieuse mère.
C’était un personnage libre qu’on ne peut enfermer dans un style ni dans un type de film. Il était capable de s’émouvoir et de nous émouvoir en nous montrant le mouroir de Mère Térésa en Indes ou de dépeindre, sans état d’âme, l’atmosphère trouble de l’Occupation dans « Lacombe Lucien », l’histoire d’un jeune collaborateur.
Citons encore un film remarquable « Au revoir les enfants », un film qui lui valut plusieurs oscars. Dans cette œuvre très autobiographique, de son propre aveu, il montre, au-delà de quelques caricatures, une certaine estime pour les prêtres qui osaient prendre des risques pour sauver des enfants juifs.
Certes Louis Malle ne se réduit pas à cette œuvre mais ce film met en évidence des sentiments et des valeurs de courage, de dévouement, de générosité vécues dans sa famille et notamment chez sa mère à laquelle les thumerisiens qui l’ont connue, sont encore très attachés. Louis Malle s’est éteint le 23 novembre 1995, aux Etats-Unis.
C Les Maires.
Pour compléter la liste des notables nous présentons maintenant les principaux maires de Thumeries depuis 1789. Certains ont fait l’objet de développements antérieurs et nous nous contentons de les citer ici.
Le mot, « maire » vient du latin « maïor ou major » qui signifie « plus grand ». Le titre est employé pour la première fois au 9ème siècle dans un ouvrage de droit dont l’auteur est un abbé de Saint Germain des prés. Il s’applique au représentant du domaine. Le maire était donc celui qui administrait le domaine pour le compte du Seigneur. Avant la Révolution française de 1789, les seigneurs de Thumeries, par exemple, étaient les chanoines de Seclin. La mairie de Thumeries était donc exercée par le châtelain de Thumeries qui résidait au château et qui avait comme tâche principale de percevoir la dîme des récoltes et de l’enclore dans sa grange au bénéfice des chanoines. Chose d’ailleurs paradoxale puisque le dernier survivant de la famille de Carondelet, Jean François, était à la fois, comme on l’a vu, ‘maire de Thumeries’, mais aussi chanoine et même prévôt ( le chef) des chanoines de Seclin.
La fonction moderne de « maire » est différente de ce qui précède. Elle est définie pour la première fois par la constitution du 12 juillet 1790. L’assemblée constituante a mis en place, à l’échelon local, une véritable démocratie. Il y aura désormais un conseil municipal élu, présidé par un maire, lui-même élu. Certes tous les français ne seront pas encore électeurs. Les femmes seront exclues du scrutin et il y aura même chez les hommes deux catégories de citoyens, les citoyens actifs (les « imposés ») et les citoyens passifs. Seuls les premiers voteront.
Le système n’est pas parfaitement démocratique mais c’est déjà un grand changement et les premières élections se font de manière particulièrement solennelle, le 30 janvier 1790. Les trois plus anciens d’âge constituent le bureau, désignent parmi eux un président et deux scrutateurs. Après le serment du bureau et de l’assemblée – d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de choisir les plus dignes- on commence par élire trois scrutateurs puis un secrétaire de séance. On procède ensuite à l’élection du Maire, de cinq « officiers municipaux » et de douze « notables ».
Jean Baptiste COGET, 1er maire.
Le premier maire est Jean Baptiste Coget qui sera d’ailleurs réélu plusieurs fois jusqu’en 1795.Nous avons longuement parlé de ce premier maire de Thumeries. C’est pourquoi nous renvoyons aux pages antérieures le concernant.
La chute de Robespierre en juillet 1794 amène une nouvelle constitution, celle de l’an III, qui met en place à Paris le « directoire » et qui supprime au plan local les municipalités de244
moins de 5.000 habitants en les remplaçant par des municipalités de canton. Ces municipalités ont à leur tête un président élu et dans chaque ancienne commune des délégués locaux qu’on appelle des « agents communaux ». Les successeurs de J B Coget seront donc Michel Defretin, Joseph Coget et Michel Devienne.
Michel Defretin.
Le successeur immédiat est Michel Antoine Defretin. En 1790 il était l’un des trois plus anciens et faisait partie des « notables élus ». Ses adjoints sont Duflot, Liétard, et Michel Devienne. Ce sont plus souvent eux qui signent les actes d’état civil (naissances, mariages, décès). On trouve Duflot, adjoint, en l’an IV, Antoine Lemaire en l’an V, Coget Joseph en l’an V et VI. Il arrive même que dans certains actes on note, Coget Joseph comme « maire » et non comme « agent. »
C’est Michel Defretin qui reçoit les prestations de serment des curés constitutionnels successifs (Crucq, Meurillon) C’est lui qui loue le manoir vicarial, ou plutôt ce qu’il en reste après l’incursion des Autrichiens qui y avaient mis le feu en septembre 1792.
Sous le consulat et l’Empire
Installé au pouvoir après le coup d’état du 18 brumaire an 8 (3 novembre 1799) Bonaparte rétablit les municipalités. Cependant les maires seront désormais nommés par le préfet et non plus élus par la population. 345 Le préfet choisit dans une liste de notables désignés par la population.
Joseph Coget
L’ancien adjoint de Michel Defretin est à son tour nommé maire. C’est le fils de Jean Baptiste. Voici le procès verbal de son installation :
L’an 8 de la république, une et indivisible, le 10 messidor, l’agent communal s’est rendu chez le citoyen Joseph Coget, nommé maire… pour entendre son serment de fidélité à la constitution.
Tous deux vont confirmer les postes de secrétaire greffier de Louis Couture (pour 4 F par an) et de garde champêtre Philippe Joseph Coget. (Un homonyme). Joseph Coget ne reste en place qu’un an puisque, dès l’an 9, le préfet désigne un nouveau maire en la personne de Michel Devienne. On retrouvera Joseph Coget plus tard.
Michel Devienne
Le 30 brumaire an 9, le citoyen Michel Devienne s’est rendu à la maison commune afin de prêter serment conformément à la loi pour remplir les fonctions de maire au lieu et place du citoyen Joseph Coget fonction à laquelle il est appelé par ordre du citoyen préfet du département du Nord
Le préfet garde Lamblin comme adjoint. Les conseillers nommés par le préfet sont tous cultivateurs et J B Coget fait encore partie du lot en compagnie de Mannier le meunier, de Duflot l’ex adjoint…
C’est sous son mandat que l’on régularise la situation des prêtres locaux amnistiés par le concordat signé entre Bonaparte et le Saint Siège.
Anecdote : Il refuse « vue la cherté de la bière d’imposer une taxe sur la bière qui ferait dit-il disparaître les auberges de la commune » qu’il remplace par un autre prélèvement sur le foncier.
On trouve dans les archives communales à cette époque quelques comptes, la nomination d’un instituteur diplômé et surtout les documents relatifs au recensement de l’an X, le premier véritable recensement en France que nous avons détaillé plus haut.
345 Loi du 2 pluviose an 8 et an 9245
Augustin Defretin.
En 1815 après la défaite de Waterloo c’est la fin définitive de l’empire napoléonien et la restauration en France de la monarchie, le retour des Bourbons en la personne de Louis XVIII, le propre frère de Louis XVI. Il n’y a pas de constitution mais le roi accorde une charte qui fixe les grands principes de fonctionnement des institutions. La charte conserve une disposition de l’empire, la nomination par les préfets, des maires des communes. Ils continuent donc à être choisis parmi les membres du conseil municipal, élus eux-mêmes par les « plus imposés ».
C’est à ce titre qu’en décembre 1815 le préfet désigne Augustin Defretin pour remplacer Michel Devienne. Tous les deux vont procéder à l’inventaire de la mairie à l’occasion de la passation de pouvoir.
C’est l’occasion de découvrir la mairie en 1815. Il s’agit d’un local fort modeste situé près de l’église comme le prouve une phrase qui parle d’une fenêtre donnant sur le cimetière. CF chapitre 5. Nous avons aussi parlé de ses budgets.
En 1817 le maire nomme un « picqueur » c'est-à-dire un employé chargé de suivre l’entretien des voiries communales. Il nomme à ce poste Louis Marie Couture qui est déjà instituteur, et greffier communal. C’est en fait le seul employé de la commune 346
Le maire, désigné par l’état, est vraiment le rouage de l’exécutif. Il établit des tableaux pour la conscription (un thumerisien sera envoyé à la campagne d’Espagne), les tours de convois (liste des propriétaires de chevaux pour effectuer les transports) et divers autres recensements. Thumeries compte alors 162 ménages, 241 garçons, 208 filles, 2 rentiers, un ecclésiastique. L’indication suivante peut être intéressante : 197 personnes savent lire (1/3 de la population environ) ; On recense aussi le bétail : 49 chevaux, 14 taureaux, 250 vaches, 130 moutons, 10 chèvres, 60 ruches…Parmi les métiers répertoriés, signalons 25 domestiques, 5 charpentiers, 2 carrons, 1 boulanger, 3 tailleurs, 2 cordonniers, 2 maréchaux, et un « mécatien » (sic) En 1818 M Defretin est remplacé par Alexandre Coget. Mais c’est sans doute en hommage à Augustin ou à son Père Michel ou aux deux qu’une rue importante de Thumeries portera longtemps le nom de rue Defretin.347
Alexandre Coget.
Le maire, désigné par le préfet en 1818 est Alexandre Coget. Qui est-il ?
Ni plus ni moins que le deuxième des trois garçons survivants de Jean Baptiste l’arpenteur, le premier maire).
Nous avons déjà abondamment parlé de la famille Coget et de l’œuvre d’Alexandre, église, presbytère, Etc.
Auguste Houzé (1844-1848)
Auguste Houzé était l’adjoint d’Alexandre Coget. Il lui arrivait
de le remplacer de temps en temps à l’état civil. Le 9 juin
1844, il officie à la place du maire « empêché par maladie ».
Le 2 juillet suivant il reçoit la déclaration de décès du maire,
déclaration faite par Antoine Vallois, maire de Mons en
Pévèle, son beau frère accompagné de Joseph Coget (38 ans)
son neveu…
Le préfet ne se presse pas de nommer un successeur si bien
que tous les actes d’état civil des années 1844,1845 et d’une
partie de 1846, portent la signature d’Auguste Houzé avec la
mention « adjoint, faisant office de maire ». Monsieur Houzé
aura en outre la responsabilité de mener à terme, non sans
quelques difficultés les dossiers initiés par son prédécesseur, la
construction d’une école et celle d’un presbytère.
.
346 ADN O 590/1
347 le nom de rue Defretin (actuelle rue Léon Blum) apparaît de manière sûre dans le recensement de 1846246
Joseph Coget (1848-1851)
En février 1848 éclate à Paris une brève révolution qui proclame la seconde république. Le pays est traversé par un élan de fraternité symbolisé par des arbres de la liberté que l’on plante dans chaque commune 348 Le suffrage universel masculin est proclamé. A cette occasion un nouveau maire est élu à Thumeries il s’agit de Joseph Coget, le sucrier. Il aura le souci de la qualité de l’école, soulignant « l’urgence de donner à des enfants qui quittent l’école à 12 ans une instruction primaire en rapport avec leur position et leur époque. Je vous prie de prendre en considération le dénuement où se trouve notre commune. Depuis longtemps l’éducation de la jeunesse y a été en souffrance car parmi les électeurs inscrits au nombre de 251, à peine en trouvera-t-on 70 qui sachent lire couramment et bien écrire. D’abord les maîtres capables nous ont manqué, aujourd’hui ce sont les objets d’enseignement dont nous sommes dépourvus.
Il demande donc des livres, des manuels de lecture, des grammaires, des outils pédagogiques (carte, mappemonde, tableaux, etc.…)
Les maires du second Empire
La révolution de 1848 installe donc en France la seconde République. La constitution prévoit l’élection au suffrage universel du président. Les élections portent au pouvoir un Bonaparte, Louis Napoléon, qui a profité du mythe de son oncle. Mais un peu avant la fin de son mandat l’assemblée refuse de l’autoriser à changer la constitution et à briguer un second mandat. Il utilise donc l’armée pour chasser les députés et modifier la constitution. C’est le coup d’état du 2 décembre 1851. Il modifie donc la constitution et, 10 mois plus tard, proclame l’Empire. Sous le régime impérial, l’élection des conseillers municipaux est maintenue mais tous les maires et les adjoints sont nommés de nouveau par le gouvernement pour les grandes villes, par le préfet pour les autres. Comme nous le disions plus haut, Joseph Coget, est sans doute trop républicain aux yeux du préfet de Lille et il est remplacé. Il ne reviendra que 20 ans plus tard. A sa place, le préfet, va placer un agriculteur : Victor Mannier.
Victor Mannier (1851-1860)
Victor Mannier est le petit fils de Noé Mannier, le meunier du début de la Révolution.. Son père, Michel Mannier a poursuivi l’exploitation du moulin. Victor est né en 1812 à Thumeries. Dans les recensements de 1851 et 1856, Victor, bien que meunier, est désigné comme « agriculteur ». Il vit dans le quartier de l’halloteau. Il est veuf. C’est un « gros fermier » à en juger par sa maison, classée dans les 15 plus grandes de Thumeries et le fait qu’il vive avec sa mère (Marie Agnès Hennet, 78 ans en 1856) et surtout trois domestiques, Albertine Vilette, 28 ans, veuve, Jean Baptiste Duquesne, 56 ans, célibataire, et Ferdinand Dubois, 23 ans, célibataire.
Il est nommé maire de Thumeries en 1851. Il doit sans doute prêter serment dès cette époque mais nous n’en avons pas de trace. Nous déplorons en effet l’absence d’un cahier de délibérations du conseil municipal pour la période 1815 - 1854. Par contre, nous connaissons la nature du serment, au moment du renouvellement de son mandat en 1855
« M Bruneaux Jean Baptiste, premier conseiller municipal, a reçu de M Mannier Victor, maire, le serment prescrit par l’article 14 de la constitution et le senatus consulte du 23 décembre 1852, lequel serment est conçu en ces termes : je jure obéissance à la constitution et fidélité à l’empereur et l’a aussitôt installé dans ses nouvelles fonctions. »
Son adjoint, Louis Denneulin, nommé lui aussi par le préfet, prête d’ailleurs le même serment. Les deux mandats de Victor Mannier sont caractérisés par une gestion très sage, préoccupée de payer les engagements antérieurs (l’église, l’école, le presbytère et les pavages de rues réalisés en 1850).
Son deuxième souci est de rémunérer correctement l’instituteur. Ce dernier touche 150 F par an, ce qui est peu, comparé au salaire du garde champêtre (450 F en 1856). Certes
348 Sur ce plan on voit l’école, l’église et l’arbre de la liberté au carrefour du pavé de l’école juste à côté du A.247
l’enseignement primaire n’est pas encore gratuit, et les familles versent 1,50 F par mois, et la commune 0.50 F par mois pour les « gratuits ». L’instituteur encaisse donc environ 500 F et complète son salaire avec d’autres services, cours du soir, secrétariat municipal par exemple. L’institutrice, elle, entretient un petit internat pour améliorer son ordinaire. M Mannier porte généreusement son salaire annuel à 150 F.
Voici deux anecdotes révélatrices de cette gestion. La première concerne le pavage de la rue basse. Les riverains soucieux de paver rapidement ce chemin pour pouvoir accéder à leurs parcelles et au bois, proposent à la commune de financer eux-mêmes les travaux pour 2.484 F. Ils anticipent les travaux, à charge pour la commune de rembourser ce prêt sans intérêts dès que ses précédentes dettes seront épongées. Les travaux sont réalisés dès l’année 1854 et coûtent finalement quelques francs de moins (2.346 F).
La seconde anecdote est l’établissement d’une taxe sur les chiens, autorisée par la loi du 2 mai 1855. Le conseil municipal d’août vote cette taxe. Il sera prélevé 3 F pour les chiens de 1ère classe (chiens d’agrément ou servant à la chasse) et 1 F pour les chiens de 2ème classe (chiens de garde).
M Mannier est remplacé par le préfet en 1856. A ce propos existe une petite confusion car la délibération rédigée sur le PV est raturée et une inscription dans la marge prétend que cette délibération est nulle, M Denneulin « ayant refusé cette nomination ». Pourtant les actes d’état civil sont bien rédigés au nom de M Denneulin Louis, « maire par intérim » dès le 5 août 1956. Il restera intérimaire jusqu’à son installation officielle en 1860. M Victor Mannier assistera encore à quelques conseils municipaux. Il quittera ensuite la commune.349
Louis Denneulin (1860-1870).
Son successeur n’est autre que son ancien adjoint : Louis Denneulin. Lui aussi est agriculteur. Célibataire, il habite rue des Prés, (actuelle rue E Zola) avec son frère Henri (1803-1887). Son grand père, Pierre Désiré Denneulin était originaire de Phalempin. Il avait épousé une thumerisienne, Antoinette Legroux qui lui avait donné 2 enfants. Veuf rapidement il s’était remarié avec une phalempinoise, Marie Anne Willemot, qui lui a donné 5 enfants. Le père de Louis François se nomme Louis Joseph (1764,1838). Louis est aussi l’oncle de Jean Baptiste Denneulin, aubergiste (1807-1874) et le grand oncle d’un autre Jean Baptiste Denneulin (1848-1912) futur maire de Thumeries.350 Pendant la révolution, la veuve Denneulin, ex- épouse de Pierre Désiré, gérait sa propriété et des terres louées à un noble, Mr De Diesbach. Elle était une des propriétaires les plus fortunées du village. Il n’est donc pas très surprenant que le choix du préfet se soit porté sur Louis qui était probablement à la tête d’une très belle ferme.
D’après les archives municipales il est confronté aux mêmes questions que son prédécesseur, la question scolaire et les travaux de pavage.
La question scolaire, d’abord. L’instituteur est Dieudonné Rousseau, arrivé à 22 ans à Thumeries où il reste en poste jusqu’en 1880. Compte tenu des prestations des familles et de la commune sa rémunération atteint 800 F en 1870. L’institutrice, Melle Domisse, n’atteint que 693 F à la même date. En fait, chaque année, une délibération nouvelle traite du salaire des instituteurs.
Les travaux de pavage, ensuite. Forts de l’expérience des riverains de la rue basse, ceux de la rue des tuileries recourent au même procédé.
Que pour couvrir la dépense des personnes s’engagent à avancer la somme nécessaire, sans intérêts, et ce jusqu’à ce que la commune ait terminé ses paiements antérieurs. Cette dépense prévoit 75 mètres de pavés neufs sur 2m50 pour un montant de 888 F
Un début de modernisation.
Mais au détour des autres délibérations du conseil municipal apparaissent quelques traces d’une modernisation du village, peut être due à l’implantation de l’industrie sucrière.
349 D’après l’histoire de Wahagnies, (Bruno Labbe Dupont 1992) page 197-198 le moulin, trop proche du chemin, a été démonté et remonté à Fretin. Ceci expliquerait alors le départ de M Mannier mais reste à vérifier. 350 Nous aurons l’occasion de présenter ci-après Jean Baptiste Denneulin. Il a été maire de 1885 à 1912 et une rue de Thumeries porte son nom.248
C’est d’abord en 1868 une demande de circonscription postale nouvelle. Le préfet envisage de faire desservir Thumeries non plus par Carvin mais par Pont à Marcq. Le conseil profite de l’occasion pour demander un bureau local. Voici des extraits de la délibération :
Attendu que Thumeries, par sa position au centre des communes éloignées de Pont à Marcq peut très bien, avec un bureau distributeur et 2 facteurs, desservir Wahagnies, Phalempin, Camphin, La Neuville, Thumeries, Moncheaux, Ostricourt … que le service des dépêches peut très bien être assuré par l’un des 2 facteurs dès 5 heures du matin…propose d’établir à Thumeries ce bureau distributeur que Thumeries , pour son importance, renferme 4 châteaux, une fabrique de sucre, une distillerie…
Une autre nouveauté est la création d’un corps de sapeurs pompiers que nous présenterons en détail au chapitre 11.
Louis Denneulin disparaît en 1870. Son décès survient en même temps que la guerre de 1870 et que la chute du second Empire.
1870 voit donc le retour de la République, la IIIème République, le retour aussi des élections, et à Thumeries le retour au poste de maire, de Joseph Coget, ancien « sucrier », récemment retiré des affaires industrielles.
Les premiers maires de la 3ème République.
Joseph Coget (1871-1885)
Joseph Coget, qui a déjà été maire brièvement en 1848, revient aux affaires en 1870 suite au décès de Louis Denneulin (septembre 1870) qui coïncide avec la chute du second Empire. Qui est Joseph Coget ?
Avec son frère Henri, tous deux célibataires, ce sont les derniers de la dynastie fondatrice de la sucrerie. Ils viennent de prendre leur retraite de l’industrie en vendant à leur neveu Ferdinand Béghin leur affaire (1868). Nommé maire, de manière provisoire en 1870, Joseph Coget sera ensuite élu et réélu régulièrement jusqu’à sa mort. (Elections en 1871, 1874, 1876,1878, 1880, 1884). 351
Nous avons déjà parlé de lui, de ses réalisations (les pavages, les écoles, le corps de sapeurs)
Ferdinand Béghin (1885-1895)
A la mort de Joseph Coget, le conseil municipal, élit son neveu, Ferdinand Béghin, à la tête de la commune. Ce dernier sera maire durant dix ans jusqu’à sa mort accidentelle en 1895 Nous avons présenté ailleurs l’œuvre principale de Ferdinand, à savoir l’implantation du chemin de fer entre Pont à Marcq et Pont de la Deûle et passant par Thumeries. Comme ses prédécesseurs il conduira de nombreux travaux de pavage.
Enfin c’est sous son autorité mais avec l’appui matériel de Henri Coget son oncle que sera installé le nouveau cimetière en son emplacement actuel.…
Ferdinand Béghin est victime d’un accident de voiture à cheval. Après son décès, le conseil municipal élit au premier tour son fils, Joseph Béghin qui refuse le
poste. Un second tour a donc lieu et amène à la mairie Jean Baptiste
Denneulin qui sera le premier maire du 20ème siècle.
Les maires du 20ème siècle
Jean Baptiste Denneulin (1896-1912).
Jean Baptiste Denneulin est né en 1848. Il a épousé Irma Decarnin qui
lui a donné 5 enfants, Jean baptiste, Emile Albert, Berthe, Marcel et
Emile Joseph. Il exerce le métier d’aubergiste près de l’église. Il est, en
1895, adjoint au maire, Ferdinand Béghin. Il fait d’ailleurs office de
maire à la place de ce dernier après son accident. Après le décès du
351 L’écart entre les scrutins ne sera finalement fixé à six ans qu’après le vote définitif de la constitution en 1884249
maire, le conseil municipal élit très naturellement le 12 mai 1896, Joseph Béghin, le fils du maire décédé. Mais Joseph Béghin refuse pour l’instant son élection. On ne sait d’ailleurs pas pourquoi. (Se sent –il trop jeune, ou veut-il consacrer son énergie au développement de la société Béghin qu’il va fonder avec son frère?). Le conseil procède donc à un second tour et Jean Baptiste Denneulin récolte alors 10 voix sur 11. Il sera ensuite régulièrement réélu (1900, 1904, 1908 et 1912). Commerçant de profession, il aura à cœur de travailler autant pour les agriculteurs, encore nombreux dans la commune, que pour l’industrie naissante et les populations qu’elle attire.
Nous avons décrit au chapitre 5 ses réalisations pour l’agriculture (l’abreuvoir communal et les pavages)) et d’autres pour l’industrie et les écoles.
Avec la 3ème république, le Maire est l’élu du conseil mais il représente aussi l’Etat et la République. A ce titre, Jean Baptiste Denneulin participe en 1900, au tournant du siècle, à un gigantesque banquet républicain pour fêter le nouveau siècle qui s’annonce. Il aura aussi à appliquer les lois votés par la république notamment les lois de séparation de l’Eglise et de l’état. Il fera en sorte que cela se passe « en douceur » malgré l’opposition de quelques uns.
Le conseil délibère ainsi pour le maintien en activité des religieuses qui tiennent un ouvroir et une salle d’asile à condition qu’elles évitent toute action polémique ou politique. Il procède aussi aux inventaires des biens d’église décidés par la loi de 1905, loi de séparation de l’église et de l’état. ( cf chapitre 5)
M. Denneulin est décédé en 1912. Il a été remplacé par M Blondeau qui eut à faire face à la première guerre mondiale.
Ils sont les seuls maires entre 1870 et 1945 à ne pas émaner du monde de l’industrie sucrière.
Aristide Blondeau.
Après le décès en 1912 de JB Denneulin le conseil municipal de Thumeries procède à deux élections complémentaires avant de se réunir sous la présidence de l’adjoint survivant Lelièvre et d’élire le nouveau maire de Thumeries. Au scrutin du 2
février 1913 Mr Aristide Blondeau obtient 9 voix devant Jean Morel (7
voix). Il est donc élu maire.
Aristide Blondeau est né le 5 février 1861. Ses parents, Augustin
Blondeau et Marie Martinache sont à la tête d’une entreprise de
confection implantée rue de l’halloteau (actuelle rue Jean Jaurès). Les
archives départementales 352 font état en 1875 du ménage Blondeau en
le classant 15ème dans la liste des plus imposés de la commune. Ils paient
79,74 F. Par deux fois l’entreprise Blondeau est mise à contribution pour
fournir les tenues des sapeurs pompiers locaux. Il s’agit de 25 dolmans
de draps en 1891 à 28 F pièce (O 590/113) et une seconde fois en 1912.
En 1901 la société Blondeau est le 2ème employeur de la commune avec
un employé, 2 couturières, un coupeur, 4 tailleurs, 2 domestiques, un jardinier. Le père d’Aristide, Augustin Blondeau, chef d’entreprise, a d’ailleurs été adjoint au maire de Thumeries de 1884 à 1996 sous les mandats de Joseph Coget et de Ferdinand Béghin. Aristide, lui, est entré au conseil à la place de son père à partir de 1908.
Il a épousé une femme d’Onnaing, Céline Bavay, qui lui a donné deux filles, Marie et Marguerite.
Aristide Blondeau aura surtout à gérer la situation particulière de Thumeries pendant la première guerre mondiale (1914-1918). l’occupation allemande, les problèmes financiers qui en découlent et surtout la mise en place et la gestion du ravitaillement. Nous avons présenté cela au chapitre 6.
En 1919 M Blondeau ne s’est pas présenté aux suffrages des Thumerisiens. Le maire élu sera, comme en 1896, Joseph Béghin. Mais cette fois il acceptera la fonction qu’il exercera d’ailleurs jusqu’à sa mort en 1938.
352 O 590/104250
Les autres maires du 20ème siècle
(de gauche à droite Joseph Béghin, Ferdinand Béghin, Antoine Martin, Maurice Scache, Noël Lagache et ci contre Armand Masquelez)
Les autres maires du 20ème siècle ont été présentés dans les chapitres antérieurs. Ce sont : Joseph Béghin, maire de 1919 à 1938, CF page 141.
Ferdinand Béghin, maire de 1938 à 1945 CF page 142.
Antoine Martin, maire de 1945 à 1947, CF page 186.
Maurice Scache, maire de 1947 à 1971 que nous présenterons ci après
Noël Lagache, maire de 1971 à 1989, CF page 204
Armand Masquelez maire depuis 1989. CF page 219.
II Les Patriotes.
Après les notables, nous allons présenter maintenant quelques thumerisiens patriotes, Patrick Descamps, Maurice Scache, Maurice Delmer, et… les victimes des conflits plus récents.
A. Patrick Descamps. Un héros de la libération de Paris.
1/ Un Thumerisien promis à une belle carrière.
Patrick Descamps est né à Thumeries. C’est un fils de famille : Son
grand père maternel n’est autre que Joseph Béghin maire de
Thumeries et industriel renommé qui a appelé près de lui et donné
des responsabilités dans l’industrie à Claude
Descamps l’époux de sa fille Jenny.
Claude Descamps et Jenny Béghin se sont
mariés à Thumeries le 5 février 1921. Ils ont eu
quatre enfants : Patrick, l’aîné, né le 6 janvier
1922, est suivi de Jacqueline, née le 15
décembre 1923 qui épousera Pierre de Pelleport. Les parents habitent en
ce temps là à la Baverie. Par contre les deux enfants suivants naîtront rue
de l’église c'est-à-dire au château blanc. Il s’agit de Jean Claude, né le 2
mai 1925 et de Robert (23 mai 1931).
Patrick fait de brillantes études puisqu’il est licencié es sciences. Ce jeune homme est sans doute promis à un bel avenir et en est conscient puisqu’il écrit dans une lettre du 24 mai 1944 , trois mois jour pour jour avant son décès :
« Je crois, si Dieu me prête vie, être destiné à exercer un commandement, des ouvriers sans doute, des hommes en tous cas. Je demanderai alors à Dieu de ne jamais me laisser oublier que pour être un vrai chef il faut aimer, il faut être juste il faut être fort. Quand on a décidé quelque chose, y croire et le vouloir »
2/ Un Patriote engagé.
Ce jeune homme qui aurait pu se servir des relations de sa famille ou de son âge (17 ans au début du conflit) pour rester à l’abri a décidé de servir la France.251
Pendant que le château de ses parents ou du moins la ferme attenante est réquisitionnée par les troupes d’occupation, lui, est passé dans les troupes de la France libre. Il refuse, malgré ses diplômes, de faire l’école des officiers. C’est, disait M Thiriez, en 1955, pour « être sûr d’être de l’armée de libération ».
Voici ci-dessus l’insigne du 501ème régiment de chars auquel il appartenait. Dans une lettre à ses parents, datée de juillet 1943 il exprime son engagement :
« Vous savez que ce que je fais aujourd’hui je l’ai décidé par moi-même avec toute la conviction nécessaire à un tel acte. Je le fais parce que je crois en mon pays comme je n’ai jamais cessé de croire, parce que je crois qu’aujourd’hui, mon pays a besoin de moi comme j’aurai toujours besoin de lui et parce que je sais que c’est sous son drapeau et avec ses armes que je dois le servir »
3/ Un croyant convaincu.
L’épreuve, le danger le font revenir sur lui même et exprimer ce qu’il a reçu de sa famille dans ce domaine :
« Ainsi, à 22 ans, après quelques mois d’une vie toute nouvelle et à la veille de circonstances qui auront sur le monde un retentissement énorme, je me retourne sur moi-même et j’y trouve avant toute autre chose, la Foi » (Huggate, 14 mai 44)
ou encore dans son testament :
« A tous, je vous dis au revoir et je vous quitte sans regret car je crois en Dieu »
4/ Un héros de la libération.
Ce jeune plein d’enthousiasme
participe à la libération de la France.
Il est caporal, chef d’un char léger au
501ème régiment de chars de combat
dans la division Leclerc.
Avec la 2ème DB il débarque à Utah
Beach (notre photo) le 2 août 1944 et
il est engagé rapidement dans les
combats près d’Alençon puis pour la
réduction de la poche de Falaise.
Une citation à l’ordre du corps
d’armée postérieure à son décès
évoque son engagement :
« Caporal, chef de char, plein d’ardeur et de conscience. Le 12 août 1944 à l’ouest de Sées a fait preuve de belles qualités manœuvrières alors que son char était en pointe d’avant-garde… »
La 2ème DB est célèbre pour sa participation à la libération de Paris le 25 août 1944. Le 22 août Leclerc a eu le feu vert des américains pour se porter au secours des FFI parisiens soulevés depuis le 19. Depuis son PC de Rambouillet il envoie en deux colonnes ses 2.000 véhicules dont 200 chars vers Paris. Mais les allemands ont des points de résistance localisés, des canons, des canons anti-chars à Antony, à la Croix de Berny, à Fresnes. Souvent renseignés par les FFI locaux les hommes de la 2ème DB réduisent une à une ces poches de résistance avant de pénétrer dans Paris.161 membres de la 2ème DB sont tombés lors de la libération de la capitale et, parmi eux, Patrick Descamps.
C’est justement la veille de cette entrée glorieuse que Patrick Descamps tombera à l’ennemi à Savigny sur Orge, après avoir détruit un des derniers canons anti-chars allemands qui barrait la route de Paris.252
« L’accrochage a eu lieu en fin de matinée du 24 vers 11 h 30. La colonne blindée entre sur le territoire de Savigny par le chemin des meuniers. Les FFI de Savigny se joignent à eux et des combats s’engagent sur le chemin des meuniers et la ferme de Champagne. Un soldat de la division Leclerc tué au cours des combats est ramené à la mairie ainsi que les FFI tombés avec lui (René Charton, Daniel Niort, Charles Mossier).353
Le combat a été bref et il n’y pas eu
d’autres victimes à Savigny. 354
Cet acte lui valut à tire posthume une
citation à l’ordre du corps d’armée.
« A trouvé une mort glorieuse le
24 août 1944 à Savigny sur
Orge »
Le testament de ce jeune homme de 22
ans inspire le respect. En voici quelques
extraits :
« Je ne veux ni fleurs ni couronnes car j’aimerais mourir sous l’uniforme de la France »
« Avant de vous quitter je veux vous laisser quelques consignes afin que chacun en soit non seulement le gardien mais le propagateur : tâchez d’être toujours sûrs de ce que vous croyez, cherchez la vérité, ne comptez pas sur les autres pour relever la France, commencez vous-mêmes.
355
B. Maurice Scache.
En 1990, Monsieur Maurice Schuman, collaborateur du général De Gaulle, dévoilait la plaque qui donne le nom du général à notre place publique et M Masquelez dévoilait ensuite la stèle attribuant le nom de Maurice Scache au parc de la Mairie.
1. Une longue carrière militaire.
Né le 21 juillet 1888 , à Englefontaine, dans le Nord, Maurice
Scache se lance dans la carrière militaire à 19 ans en prenant un
engagement de 3 ans au 73° RI de Béthune (17/8/1907). Sorti
sergent à la fin de cet engagement il reprend du service pour deux
ans, ce qui nous amène à 1912. Retiré en 1912 à Carvin où son
père est chef des contributions il épouse le 12 mai 1913 à Mons en
Pévèle Eugénie Foucart. Il est alors employé des chemins de fer.
La guerre de 1914.
C'est dans une section des chemins de fer qu'il est envoyé dès la
mobilisation du 1er août 1914. En 1915 il rejoint son régiment
d'origine, le 73°RI. En 1916, le 14 août, il est cité à l'ordre de la
brigade :
"Le sergent Scache, grâce à son énergie, à son courage et
à son calme, sous un bombardement violent qui à chaque instant
bouleversait les emplacements de sa section, a réussi à se maintenir et à s'organiser"
353 Archives de Savigny sur Orge
354 Voici un char léger de la division Leclerc C’est probablement ce type d’engin que conduisait Patrick Descamps
355 La sœur de Patrick épousera en 1946 Pierre de la Fouchardière ancien officier de la 2ème DB, futur cadre de la société Béghin253
1916 ce sont les batailles de Verdun et de la Somme, deux batailles qui lui vaudront plus tard deux médailles.
Après cette citation il est promu adjudant (12 /8 /1916) puis sous lieutenant de réserve. En 1917 il est cité encore deux fois : le 13 août à l'ordre de la division :
"Chef des sections de mitrailleuses d'une énergie et d'un courage admirable, chargé de passer un canal et d'accompagner des reconnaissances à l'avant des bataillons d'assaut dans un terrain complètement bouleversé sous un bombardement intense a par son attitude obtenu de ses hommes un effort magnifique.
"Officier mitrailleur d'une grande bravoure et d'un sang froid remarquable, pendant 5 jours de durs combats a su obtenir un excellent rendement de sa section par deux fois reconstituée sur le champ de bataille. A puissamment contribué à repousser plusieurs assauts de l'ennemi par un emploi judicieux de ses mitrailleuses"
Au printemps 1918 Ludendorff, nouveau général en chef des armées allemandes, lance son va-tout avant l'arrivée effective des américains. Devant cette nouvelle attaque Maurice Scache obtient une nouvelle citation :
"Le sous lieutenant Scache, officier mitrailleur, a su amener sa section sur les lignes allemandes en même temps que les premiers éléments d'assaut et par une mise en batterie rapide en terrain découvert, malgré un violent bombardement et de fortes pertes a contribué grandement à nous assurer la possession de la position conquise."
Mais quelques jours après ce fait de gloire il disparaît lors des combats de l'Aisne. En fait, il a été capturé le 12/6/1918 et sera détenu en Allemagne jusqu'en janvier 1919. Entre les deux guerres
Démobilisé quelques mois, il reprend rapidement du service, le 30 mai 1919 avec le grade de lieutenant d'active. Il va être affecté au 1er bataillon d'infanterie légère d'Afrique le 11 mars 1920. Il passera deux ans, en opération de maintien de l'ordre au Maroc.
De retour à Arras en 1922 puis à Lille au 43°RI il sera promu capitaine en 1930 à 42 ans. Il assure l'instruction des sous officiers. Il réside alors à Wambrechies.
Officier d'active il part dès le 3 septembre 1939 pour son second conflit avec l'Allemagne. En juin 40 il se trouve dans les Ardennes. Ici encore il est cité à
l'ordre du régiment :
"Officier d'un calme et d'un courage imperturbables
ayant au plus haut point le sentiment du devoir, le 9 juin 1940 à
Avançon (Ardennes) sous un fort et violent bombardement alors
que le village était en flammes a rétabli la liaison avec un PC
de bataillon en se rendant personnellement auprès du
commandant et a rapporté des renseignements précieux."
Malheureusement dépassé par les colonnes d'engins blindés
ennemis il est capturé, les armes à la main le 15 juin 1940 à
Villacerf (Aube) avec les membres de l'état major dont il avait
pris spontanément le commandement. Il commence ainsi une
seconde captivité. Il va être prisonnier à l'Oflag VIII A, matricule 2056, situé en Pologne. Il sera libéré par les troupes soviétiques et arrivera en France le 12 juin 1945, cinq semaines après l'armistice. Il se retire alors en convalescence chez sa belle sœur, rue de l'halloteau à Thumeries. Il termine ainsi une carrière militaire longue de 38 ans, avec deux guerres, une campagne en Afrique, deux captivités. Outre les citations évoquées ci-dessus, il a reçu la croix de guerre de 1914, la médaille coloniale avec barrette "Maroc", et la légion d'honneur.
La guerre l'a particulièrement frappé dans ses affections puisque il a perdu trois frères mobilisés avec lui en 1914, le premier tué à Verdun, les deux autres grièvement blessés et gazés décédèrent des suites de leurs blessures et lors de sa captivité en Pologne il perdit ses deux fils. Rares furent les familles aussi éprouvées !
2 Une nouvelle carrière, ...municipale, cette fois…
Il aura rapidement l'occasion de mettre en œuvre son courage, sa fermeté et son esprit de service. Élu en 1947 au conseil municipal après deux ans de la municipalité Martin, il sera254
désigné maire, premier maire depuis longtemps qui ne fût pas de la famille Béghin. Il exercera quatre mandats successifs, soit 24 ans d'un service civique prolongé.
Ce sont les mandats des Trente Glorieuses qui voient l'extension des activités industrielles et qui nécessitent des travaux d'agrandissement que nous avons présentés au chapitre 7. Par ailleurs il promeut la vie associative et en particulier la fanfare "La concorde" et le corps de sapeurs pompiers...Il est bien sûr président des Anciens combattants de 14-18 et des anciens prisonniers de 39-45.
L'heure de la retraite sonne en 1971. C'est l'âge qui le pousse à arrêter, il a alors 83 ans, et aussi, selon son expression "un peu de lassitude". C'est son premier adjoint, M Noël Lagache qui lui succédera. Il sera proclamé, "maire honoraire" et continuera d'honorer de sa présence les principales manifestations locales, fêtes officielles et manifestations musicales. M Lagache était ainsi l'interprète de toute la commune à l'occasion de son départ en retraite disant combien tous regrettaient la décision prise, tout en reconnaissant que chacun la comprenait fort bien. Il dit merci pour tout ce qu'il a fait pour la communauté, pour son dévouement sans bornes, jamais relâché, pour sa bienveillance et sa profonde humanité. Il souligna que le maire était toujours présent partout, tant dans les réunions communales, cantonales et départementales que dans les fêtes et cérémonies.
Vous avez bien défendu les intérêts de la commune, de vos administrés et du personnel communal particulièrement sensible à votre départ. Personne n'oubliera votre silhouette si familière, concluait-il.
3 L'Homme
Je n'ai pas connu M Scache mais à travers documents et témoignages j'ai découvert une personnalité attachante.
Militaire de carrière il aurait pu devenir un homme sec, froid ou autoritaire. C'est bien le contraire qui se dégage des documents.
Certes c'est un homme particulièrement méticuleux et ordonné. Ses documents personnels sont conservés, classés, annotés d'une belle écriture ronde. Certes c'est un patriote et on le devine à travers les livres sur la grande guerre qu'il
conservait mais aussi tel ou tel dossier confectionné
avec des coupures de presse (un dossier sur Napoléon
1er par exemple), ou la collection complète des devoirs
qu'il a rédigés à l'école d'officiers, analyses
d'armements, schémas tactiques, relevés
topographiques, dissertations...
Son patriotisme s'exprime humainement dans ses
discours ou ses allusions au conseil municipal, son
attention au sort des soldats Thumerisiens d'Indochine
puis d'Algérie.
C'est aussi un grand amateur de musique qui fit beaucoup pour l'amélioration de la société La concorde et son équipement. Les deux décorations musicales qu'il a obtenues lui tiennent à cœur et il les place dans le même dossier que ses récompenses militaires..
C'est un homme brillant mais surtout simple. Ainsi quand il est promu officier de la Légion d'honneur (1950) il contacte son "parrain" le lieutenant colonel Bétrancourt pour convenir d'une cérémonie presque privée :
"La cérémonie aurait lieu à la maison. Nous serions heureux que Madame Bétrancourt puisse t'accompagner... Ce serait une manifestation simple et toute familiale qui aurait, à nos yeux, plus de valeur que la remise des décorations au cours d'une prise d'armes" (8 mai 1950)
Enfin c'était un homme "bon". Déjà il le montre dans une dissertation à l'école des officiers où il choisit de raisonner "entre quatre z yeux" un sous officier ivrogne ce qui lui vaut les félicitations de son correcteur qui sent l'expérience personnelle (« Pour mon compte personnel, j'ai la satisfaction d'avoir su bien mener par la suite cette règle de conduite » ), ensuite on le sent à maintes reprises dans les attestations de service qu'il fait à ses ex- collaborateurs afin de permettre leur montée en grade après le conflit de 40. Mais c'est surtout ce qui ressort des témoignages des anciens Thumerisiens qui l'ont connu et qui le disent "bon", même "trop bon", mais peut on être "trop bon" si l'on n'est pas faible ?255
Hommages
Un tel homme méritait bien quelques hommages.
24 ans au service de la commune après 36 ans de service militaire, cela fait 60 ans au service de la communauté, Cela mérite bien quelques témoignages de reconnaissance En 1972 il recevait la médaille de vermeil du mérite départemental pour ses 24 années de mandat.
Décédé en 1978 à l'âge de 90 ans il reçut de nouveau l'hommage de la population et de son maire, Noël Lagache rappelant :
"Qu'il était un homme simple, cordial et bon, humain dans ses idées,
large dans la compréhension des choses du monde, accueillant chacun avec les mêmes égards, la même sollicitude"
Le 11 novembre la place publique qu'il avait obtenue laborieusement prenait pour quelques temps son nom. Quand en 1990 elle prit le nom de Charles De Gaulle libérateur de la France et fondateur de la V° république, la municipalité ne voulut pas oublier ou mettre à l'écart Maurice Scache. C'est pourquoi son nom est désormais donné au square de la mairie , appellation bien justifiée puisqu'il a dirigé l'équipe municipale pendant 24 ans, le plus long mandat de maire dans l'histoire de Thumeries depuis Alexandre Coget (1820-1844).
C. Maurice Delmer et les victimes des derniers conflits (Indochine, AFN)
1 Maurice Delmer.
Maurice Delmer est né à Mons en Pévèle le 10 novembre 1922 avant de venir à Thumeries pour travailler chez Béghin.
En 1942 il passe la ligne de démarcation pour
rejoindre les forces françaises libres. Il s’engage
à Toulon le 6 mars 1942 et reçoit sa formation de
fusilier marin à Sidi Yaya à partir du 9 avril
1942. Embarqué sur le « Richelieu » puis sur le
« Fantasque » il participe aux campagnes de
Tunisie, de Sicile, de Corse, puis à la campagne
de France dans le premier bataillon de choc.
Il est blessé en Allemagne le 13 avril 1945. Il
reçoit alors la croix de guerre et la médaille
militaire. Il est cité à l’ordre du bataillon, de la
brigade, du corps d’armée et de la division et
reçoit la fourragère à titre individuel.
Voici ce qu’écrivait de lui le général de
Montsabert dans sa citation à l’ordre de la
division :
Gradé d’une volonté à toute épreuve, le 4 avril 1945, à Karlsruhe, est entré avec les éléments avancés, a participé au nettoyage du Lyceum et à la capture de 18 prisonniers dont 2 officiers. Le 6 avril à Kuenigsbach a participé à l’assaut de la gare avec sa section montrant le plus grand courage sous le feu des tireurs ennemis. Le 13 à Eyachmuhl, fortement commotionné par une explosion de mortier, a d’abord assuré l’évacuation de ses camarades blessés avant d’être obligé d’accepter la sienne »
Le 1er décembre 1985 Maurice a reçu des mains du colonel Vandewalle, ancien de Rhin et Danube, la légion d’honneur à titre militaire.
Maurice a reçu aussi de nombreuses médailles remises par les autorités alliées.
Bien sûr, une fois démobilisé, Maurice s’est marié (en 1945) et a élevé 4 enfants. Il s’est aussi investi dans le sport (médaille de bronze de la jeunesse et des sports), le théâtre (troupe de J Réal) et le travail (médaille d’or).
Le voici, ci-dessus, en 1990, rappelant l’appel du 18 juin du général De Gaulle devant les élus et les anciens combattants réunis.256
2 Les victimes des derniers conflits.
Nous ne pouvons pas passer sous silence le destin de plusieurs enfants de Thumeries morts pour la France dans les conflits de la décolonisation.
Le premier se nomme Everyslaw, ou Evariste Danikowski. Il est né en 1929 dans une famille polonaise arrivée à Thumeries dans les années 20 et installée cité Pétavis. Engagé volontaire dans l’armée d’Indochine, avec le grade de caporal, au 24ème régiment de tirailleurs sénégalais, il a trouvé la mort en décembre 1953, route de Xon Trai à Yen Koai au Tonkin, probablement sur le chemin de la captivité selon les renseignements transcrits dans l’état civil.
Un second enfant de Thumeries a perdu la vie dans le même conflit. Il s’agit de Charles Masure, né le 18 juin 1927, à Waziers, décédé en captivité, des suites d’une maladie tropicale au camp N°2 de My Phuc (Indochine).
Louis Marsigny.
Né le 2 novembre 1926, il s’est engagé dans les FFI et participa à l’occupation de l’Allemagne en 1945. En février 46, il part pour l’Indochine où il est plusieurs fois cité à l’ordre de la brigade et décoré. Il obtient le grade de sergent. Rentré à Thumeries quelques mois, il contracte un nouvel engagement qui l’envoie en Tunisie par deux fois. Il réside à Bizerte où il a emmené sa femme et où il a fondé une famille. Il trouve la mort accidentellement, le 24 juin 1954, durant une mission à Le Kef. (Tunisie). Il est officiellement reconnu mort pour la France.
III Quelques grandes figures du sport local.
Nous présentons enfin quelques anciennes figures du sport local, toutes décédées. Les autres sportifs seront évoqués dans l’histoire des associations (chapitre 11)
A la Gymnastique et à l’athlétisme.
Jean Baptiste Facq.
Jean Baptiste Facq est né à Mons en Pévèle le 25 juin 1896.
Très tôt attiré par le sport il devint rapidement un brillant
gymnaste de l’étoile pévéloise puis directeur de cette société et
de celle de Bersée (1919) Entré à la société Béghin comme
comptable aux entrepots, en 1923, il adhère à l’AGT en 1924
comme moniteur chef. Il fut réputé pour ses séances
d’éducation physique.
Il a initié aussi le cross et a sorti plusieurs champions de
Flandres.
Il fut aussi à la base de la création de la section de basket. Le voici ci contre avec une équipe des années 30, debout, 4ème à droite.
P Legrain
Le conseil municipal de Thumeries, dans sa délibération du 23 septembre 2005, a décidé de donner à la salle de sports attenante au CES, le nom de « Salle de sports Pierre Legrain ». Le samedi 18 février 2006, M Armand Masquelez, maire de Thumeries, présida la cérémonie officielle en dévoilant une plaque commémorative, en présence de nombreuses personnalités sportives régionales ou nationales, d’anciens athlètes de l’Etoile d’Oignies et de membres de la famille de Pierre.
Pierre est né à La Neuville, commune voisine de Thumeries, le 18 février 1920. Sa maman était couturière et son papa menuisier. En compagnie de son père il a découvert les plaisirs de la nature, de la chasse, de la ballade dans les bois tout proches.257
C’était un sportif précoce et volontaire. Très jeune, il n’avait que 9 ans, il entre à l’avant- garde de Thumeries. Il y pratique le football avec Persy Wigley mais aussi la gymnastique et l’athlétisme sous la direction de Jean Baptiste Facq, moniteur chef.
De 1929 à 1939 chaque année, dans sa catégorie d’âge, il se classe premier dans une sorte de décathlon qu’on appelait alors le concours du meilleur athlète complet. Il s’entraînait après le travail, en sortant de l’usine où il avait été embauché à 14 ans.
Une anecdote montre bien sa volonté : En juin 1944 ayant obtenu le titre de champion de Flandres du marteau il est qualifié pour le championnat de France à Paris. La gare de Douai ayant subi des bombardements les trains furent supprimés. Qu’à cela ne tienne, Legrain se rendit à Paris à vélo. Après un tel effort il fut vice champion de France et revint dans le Nord en s’accrochant une partie de la route à des camions de la Wehrmacht en retraite ! Il fut aussi résistant. En 1939 il s’engage, il est fait prisonnier comme beaucoup d’autres en 1940, mais quand son détachement traverse la forêt de Phalempin qu’il connaît si bien, il en profite pour s’évader. Réfractaire au STO, il finit par devoir se cacher de plus en plus. Il rejoint le groupe de résistants « la voix du Nord » avec comme capitaine, Cornette, un autre ancien de l’AGT. Nous avons raconté plus haut les aventures de son groupe. C’est dans ce contexte militaire qu’il prit connaissance du recrutement que faisait le bataillon de Joinville qu’il rejoint et où il obtient, en juillet 1946, le diplôme de maître d’éducation physique, terminant 2ème sur 600 candidats.
En 1948 il obtient son premier titre de champion de France au lancer du marteau. Il le sera 5 fois en participant à 19 championnats. Son palmarès est éloquent : 43 sélections en équipe de France. Il fut sélectionné pour les jeux olympiques de Londres et d’Helsinki. Pierre Legrain fut aussi un entraîneur remarquable. Il exerça ses talents dans deux clubs, l’étoile d’Oignies d’abord et l’athlétic club de Douai ensuite. Il fit de Oignies le premier club de Flandres. Il découvrit, initia et perfectionna nombres de grands champions. Le plus célèbre est Guy Drut qui obtint à Montréal la médaille d’or olympique du 110 mètres haies. Dans un âge plus avancé Pierre s’est même mis au vélo donnant ses judicieux conseils aux membres du vélo club de Wasquehal et participant avec son ami, Stablinski, à nombres de courses de « gentlemen »
Il laisse, comme disait Robert Bobin qui fut président de la fédération, le souvenir d’un découvreur de talents, d’un initiateur toujours à la recherche du geste précis, d’un technicien de haut niveau optimisant les performances individuelles de ses athlètes, d’un optimisateur capable d’insuffler un mental à toute épreuve à ceux qu’il dirigeait »
Au Basket ball.
Adrien Chère.
Le mercredi 5 décembre 2007 disparaissait Adrien Chère, une figure de
Thumeries et de l’Avant-Garde, à qui nous voulons rendre hommage ici.
Adrien Chère est né, en novembre 1910, au café « à la descente des
voyageurs » juste en
face de la gare de
Thumeries. Après avoir
passé son certificat
d’études primaires et
suivi le cours
complémentaire, il
entre en 1924, à 14 ans,
dans les services administratifs de la société
Béghin. Il y restera 23 ans. Il aime la
musique et adhère à la Fanfare La concorde
où il jouera jusqu’en 1928. Entre temps il
avait commencé sa carrière sportive en
1924. L’Avant-Garde venait de redémarrer
ses activités sous l’impulsion de M Lefebvre, secrétaire particulier de Joseph Béghin, et de Jean Baptiste Facq, moniteur chef de gymnastique. Adrien commence donc par la gymnastique mais quand M Parmentier, instituteur, lance le basket, il fera partie de l’équipe258
aux côtés des pionniers J B Facq, Alfred Couillet, Victor Benoît et George Delehedde qui avaient découvert le basket au service militaire.
Après son service militaire il optient le diplôme de moniteur de gymnastique et d’éducation physique à l’école de Dinart (antenne de Joinville)et assure à Thumeries la succession, comme moniteur adjoint, d’Alfred Couillet aux côtés de J B Facq en 1933. Le voici, ci- dessus, avec son équipe, en 1935.
Marié en 1932 il doit quitter son épouse, Julie Fouquet, en 1939 pour répondre à la mobilisation générale. Il combat en Hollande puis à Dunkerque où il est fait prisonnier. A son retour en 1945 il reprend ses activités
professionnelles et sportives. Après un stage
de 4 mois au CREPS de Roubaix il décroche
le diplôme de maître d’éducation sportive en
1947, quitte la sucrerie et entre dans
l’éducation nationale au collège moderne de
Douai puis au lycée. Pendant quelques années
il fait la route tous les jours en moto mais
finalement il va s’installer à Douai. Il propose
d’ailleurs à l’Avant-Garde, pour le remplacer,
un moniteur des houillères qu’il connaît par le
basket, Marcel Dessenne. Le voici d’ailleurs
dans le rôle du dirigeant, debout à gauche, à
côté de Marcel et de l’équipe à Kaysersberg
en 1967.
Il continuera bien sûr à fréquenter assidûment Thumeries, ses défilés, ses manifestations, ses compétitions. C’est un Douaisien de fait et un Thumerisien de cœur.
Il a pris sa retraite le 30 juin 1974.
Durant sa longue carrière, Adrien Chère a été président d’honneur de la Région en Basket, secrétaire honoraire du comité du Nord de basket, membre du bureau de l’office municipal des sports de Douai, chevalier du
mérite social, officier des palmes
académiques, officier du mérite sportif,
il a reçu les médailles d’or du basket
(comité du Nord, des Flandres et
FFBB) et aussi la croix du combattant
et le titre de chevalier dans l’ordre
national du mérite.
Même à la retraite, il participait à des
manifestations sportives, courses et
marches. A 73 ans par exemple il
réalisa 1 h 56 aux 20 km de Douai, se
classant 1er vétéran et distançant bien
des plus jeunes.
C’est une figure sympathique, un
homme souriant, un amoureux de son village natal qui est parti nous laissant un immense souvenir.
Voici quelques mots extraits de l’hommage rendu par un de ses collègues :: Collègue, exceptionnel, Adrien a forcé l’admiration de tous. Sa vie professionnelle fut celle d’un homme exemplaire.. Sa foi et sa passion pour le travail bien fait sont légendaires. C’était un éducateur responsable, transmettant à des milliers d’élèves le sens de l’effort et du travail… Il fut un exemple « d’honnête homme. »
Pour terminer, le voici aux côtés de quelques anciennes gloires du basket local. Il était venu, à 80 ans, célébrer en compagnie de M Dessenne, le jubilé sportif de jeunes qui avaient 50 ans de moins que lui !
M Dessenne
Le samedi 13 janvier 2007 s’est éteint à Biscarosse une figure de Thumeries : Marcel Dessenne à qui nous voulons rendre hommage.259
Marcel Dessenne est né à Douai en 1925. Très jeune il est venu habiter à Thumeries, rue Gambetta puis à la cité du bois et ensuite rue Léo Lagrange.
A la libération de Thumeries en 1944, il n’a que 19 ans, mais il s’engage « pour la durée de la guerre » dans les forces françaises. Il a été affecté à la réduction de la poche de Dunkerque, où les allemands s’étaient fortement retranchés. Sa participation à la libération lui a valu plusieurs médailles comme l’atteste une photo récente.
Marcel Dessenne est surtout connu des anciens de Thumeries
pour ses qualités sportives.
A 15 ans il entre à l’avant-garde dans la section de gymnastique
dirigée par Baptiste Facq. Il fait aussi du basket et décroche avec
ses partenaires un titre de champion du Nord minimes en 1937.
Libéré de ses obligations militaires il suit les cours de l’école
militaire d’Antibes où il décroche un premier diplôme de
moniteur d’éducation physique. Il enchaînera les formations et
les diplômes d’éducation physique, de nageur sauveteur, de
moniteur
et de
directeur
de
colonies de vacances.
C’était un sportif vraiment polyvalent :
il a joué au foot ball à l’avant-garde en
1949-1950, mais aussi au tennis (il était
classé 30/1 en 1946). Moniteur de
sports aux houillères de Billy Montigny
il joua avec les célèbres carabiniers au
Hand-ball en 1950 et atteint le stade
des quarts de finale de coupe de France.
Presque en même temps il était le
marqueur numéro un de l’équipe fanion
de basket ball de Thumeries et cela pendant vingt ans jusqu’en 1972.
Entraîneur et éducateur sportif.
En 1951 Adrien Chère muté à Douai pour des raisons professionnelles quitte la direction de la section de gymnastique et de basket-ball. C’est Marcel qui reprend le flambeau. Il va en 20 ans montrer tout son talent : ses minimes (Dassonneville, Delehedde, Foutrain, Delaine, Bigotte, Milleville) sont champions
des Flandres dès 1952. Avec eux et
les générations suivantes il gravira
tous les échelons. Il faut dire que la
société Béghin lui fait confiance et le
détache au service de l’avant-garde. Il
consacre son activité aux
entraînements de la gymnastique, et
du basket, et encadre les camps de
vacances de l’usine. Recruté en plus
par la Municipalité pour assurer
l’éducation physique dans les écoles
primaires de la commune, Marcel est
vraiment placé aux premières loges
pour repérer et faire progresser les
talents naissants. Il s’appuie sur les jeunes qu’il intègre aux anciens, sur de nouvelles installations sportives (la salle des sports Ferdinand Béghin) il va assurer la gloire du basket thumerisien :
1958 c’est la victoire en coupe de France UFOLEP à Nice. Notre photo montre cette équipe à son retour arborant de superbes canotiers. En FFBB les mêmes atteignent les 8èmes de finales. En 1960 c’est l’accession à l’excellence nationale où ils affronteront des clubs260
prestigieux comme Denain, Tourcoing ou Graffenstaden. La lutte était inégale comme le montre notre troisième photo. Mais il s’accroche et le journal « Nord littoral » disait de lui : ( dans un article intitulé les bombardiers de Thumeries» Marcel Dessenne, toujours jeune marque 20 à 30 points par match »)
J’ai connu personnellement Marcel en 1971. Il dirigeait des
entraînements extrêmement dynamiques et nous faisait travailler
vitesse et précision. Nous étions les petits poucets de la Nationale II
mais il nous arrivait de surprendre les ténors grâce à l’esprit inculqué
par Marcel et, s’il nous arrivait de faire trop de fautes, il entrait en jeu
pour compenser et cela jusqu’à la cinquantaine.
Élu municipal
Entré au conseil municipal il fit plusieurs mandats et fut ensuite
adjoint délégué aux sports. Président de l’avant-garde il s’efforçait
de dynamiser la fête de l’association et fit venir deux fois la section de
gymnastique de la police parisienne, manière de se rappeler ses propres débuts à l’Avant- Garde.
Grand amateur de pêche lui-même il
n’eut de cesse d’obtenir la création du
plan d’eau communal et il assura la
présidence du club de pêche avant de la
confier à son fils Michel, né en 1951,
excellent basketteur lui-même, et
amateur de pêche également. Ci-dessous
une photo d’un des premiers concours
de pêche qu’il avait remporté. Il est
resté jusqu’au bout président d’honneur
de la société de pêche et membre actif.
Malheureusement la disparition brutale
et prématurée de son fils, notre ami,
Michel a privé Marcel et son épouse
Ginette de beaucoup d’affection et de
bonheur.
C’est pour se rapprocher de leur fille Nicole qu’ils passaient de longs mois près d’elle en Gironde. Voilà pourquoi Marcel nous a quittés, loin de Thumeries.
Mais les Thumerisiens, sportifs ou non sportifs, tous ceux et celles qui l’ont connu, gardent de lui un très grand souvenir.
Au Foot-ball.
Ferdinand Milleville.
Ferdinand Milleville est né au Wacca en 1906. Il fréquente l’école de Mons en Pévèle puis la pension Pinchard à Haubourdin où il obtient CAP et BEI de
technicien. Très jeune il fréquente la société sportive « l’étoile du
Pévèle » avant de rejoindre, en 1924, l’AGT. En même temps il
intègre les bureaux de la société Béghin. Après son service militaire, il
devient chef des travaux extérieurs de la société Béghin.
Mobilisé, en 1940, il prend part aux combats de Belgique avant d’être
fait prisonnier près de Godewaersvelde. Libéré, en juin 45, il devient
vice président des anciens combattants puis président à la suite de M
Scache.
Il s’engage aussi fortement dans la section de foot ball de l’AGT. Il en
devient président en 1975, après M Barra, et il le restera jusqu’en
1986.
Il a reçu de nombreuses décorations, la croix du combattant, la
médaille fédérale des ACPG, la médaille d’argent de la Jeunesse et des sports, la médaille d’or du foot-ball, la médaille d’or du Travail.261
Emile Olivier
Né en 1923, Emile Olivier a d’abord été un brillant élève de l’école primaire de Thumeries avant de continuer des études brillantes à Douai. En 1940 déjà il est instituteur intérimaire mais il poursuit ses études pour décrocher d’abord en 1945, une licence d’Histoire Géographie, et ensuite, en 1948, le titre de professeur agrégé.
Mais sa passion particulière fut le foot-ball où il s’est particulièrement engagé comme dirigeant.
Emile Olivier est décédé brutalement le dimanche 16 avril 1988. Depuis 1948 il participait activement à la vie de la section de foot ball. Il était aussi membre de la ligue du Nord. Son éloge funèbre fut prononcé le jour de ses funérailles par le président de la ligue du Nord :
« La ligue du Nord est en deuil parce que notre ami Emile Olivier nous a quitté. Je connaissais Emile Olivier depuis des décennies bien avant nos engagements à la ligue. Notre étroite collaboration avait créé des liens affectifs réciproques, profonds et sincères. Membre de plusieurs commissions, secrétaire général de la ligue de football il était aussi membre de plusieurs
commissions de la FFF. Professeur
honoraire de lettres supérieures,
Agrégé de géographie, il était aussi
titulaire des palmes académiques.
C’était un homme de grande valeur,
une grande figure du foot de la
région.
C’était aussi un symbole, celui du
dévouement désintéressé, de la
fidélité, de la conciliation et de
l’intégrité. »
Le voici dans une de ses poses préférées à côté d’une équipe locale.262
Chapitre 10 Le Patrimoine de Thumeries… ou quelques lieux dits marqués par l’histoire.
I. les lieux anciens.
Nous allons présenter maintenant les éléments principaux constitutifs du patrimoine Thumerisien, à savoir les châteaux, les censes d’origine médiévale, les grandes demeures construites par les sucriers.
A. Les châteaux.
Thumeries possède au moins deux châteaux, davantage si on intègre dans cette catégorie les grandes propriétés édifiées par les sucriers.
1. Le Château blanc.
a) Avant la Révolution.
Nous avons déjà présenté, dans notre chapitre 3, la construction du château, réalisée probablement en 1541. On peut y trouver le nom, les armoiries, les arbres généalogiques des familles nobles qui l’ont occupé jusqu’à la Révolution. Nous renvoyons donc nos lecteurs à ce chapitre.356
Le dernier noble occupant le château avant la Révolution, Jean François de Carondelet, l’a vendu à un négociant de Lille, Philippe Joseph Colle. L’acte de vente a été établi le 9 vendémiaire de l’an III, c’est-à-dire le 5 décembre 1794.
b) Les propriétaires du 19ème siècle.
Voici, ci-dessous, une copie du cadastre de 1807, conservé en mairie. On y voit l’ensemble des parcelles proches du château avec le nom des propriétaires, notamment la veuve Colle. Voici les surfaces des principales
parcelles :
80: 2 ha 20 (verger)
81: 17 ares 92 (ferme)
82: 15 ares 87 (étang)
83: 8 ares 68 (château)
84: 61 ares 27 (verger)
85: 59 ares 79 (jardin)
86: 70 ares 70 (bois)
87: 6 ares 84 (terrain planté)
La veuve Colle va, à son tour, vendre
cette propriété en 1819 pour 35.000 F
à Alexandre Coget dont nous avons
déjà parlé abondamment. Propriétaire
et maire de Thumeries, il l’occupe
ensuite avec quelques domestiques
jusqu’à sa mort en 1844.
Alexandre Coget est resté célibataire.
A son décès, ses biens sont partagés.
M Balthazar affirme que le château
faisait partie du onzième lot attribué à
356 Pages 21 à 29263
M. Louis Heddebault, fabricant de sucre à Fâches Thumesnil. 357 Son unique fille, Adèle Alice Heddebault en hérite ensuite au décès de son père.(1846) Elle apporte enfin le château avec d’autres biens dans sa dot quand elle épouse le Vicomte de Beaussier en 1857. Le château avait sans doute été mis en valeur par Alexandre Coget. Nous ne résistons pas au plaisir d’insérer ici l’inventaire complet tel qu’il apparaît dans le contrat de mariage d’Alice, établi le 2 mai 1857, devant maître Saint Léger notaire à Lille. L’inventaire qui suit nous montre l’héritage d’une jeune bourgeoise bien aisée mais a aussi l’avantage de nous donner une idée des prix des objets et même des animaux en 1857.
Argenterie
Douze services à filets pesant 1850 gr estimés 370 F douze services sans filets pesant 1520 g estimés 305 F
18 petites cuillères pesant 340 gr estimées 68 F une louche pesant 270 gr estimée 54 F
Une cuillère à fruits pesant 40 gr, 8F Un service pour enfants pesant 75 g, 15F
deux réchauds, pesant 1200 gr, 240 F
Linge
cinq grandes nappes damassées 110 F 12 nappes, 120F 57 serviettes damassées 114F
139 serviettes 256 F 25 paires de draps de lit 702 F
six paires de drap de lit de domestique 60 F 24 taies d'oreiller 84 F 20 stores, 46 F
12 rideaux de salon en mousseline brochée 140 F 24 petits rideaux de mousseline 48 F
Porcelaine et cristaux
230 assiettes, 12 assiettes de dessert, 121 F Une soupière, 2 saladiers, six plats ronds, quatre légumiers,
quatre sauciers et 24 tasses à café en porcelaine 74 F douze carafes, six moutardiers, douze salières et poivriers,
vingt quatre bobèches et deux compotiers le tout en cristal 93 F
quarante six verres à champagne, 22 petits et 12 verres à liqueurs 79 F
12 grands verres et 12 petits verres en cristal 18 F
Dans le cabinet à usage de bureau
Un piano 800 F Un cartonnier en acajou muni de ses cartons 100 F
Cinq chaises en cerisier fond en paille 8 F Deux chenets en fonte, pelle et pincettes 5 F
Une table pliante en acajou, 60 F Un petit cartel en cuivre, 30 F
quatre cadres contenant des dessins et ouvrages à la main, 10 F
Dans la cuisine
une table ronde, une table en orme et 5 chaises 11 F Un buffet en chêne 30 F
Une horloge et sa caisse en chêne 40 F Une cuisinière (vieille) 25 F
Quatre plats, onze assiettes, trois pots et une théière en étain 45 F
Une balance à levier 15 F
Une cafetière et deux passoires en fer blanc 4 F
Huit chandeliers, une lampe pour cuisine, deux marmites une bouilloire, huit casseroles, une bassine
et trois tourtières, le tout en cuivre, 73 F
Une poêle à frire en fer, deux braisières et une bassinoire en cuivre jaune,32 F
Un tapis rayé 65 F Une table trictrac à damiers et accessoires 30 F
Une glace avec encadrement doré 100 F
Une pendule dorée (Mme de la Valière) et deux lampes Carcel en porcelaine, socle en globes 220 F
Une table à jeux en acajou 20 F
dix chaises et deux fauteuils en acajou incrusté garni en drap brodé avec les housses en toile écrue, 260 F
quatre réchauds en plaqué 24F
Une cave à liqueurs en palissandre avec quatre flacons et seize verres en cristal taillé, 60 F
Une théière en métal anglais, 7 F quatre flambeaux en cuivre plaqué 8F
deux boites contenant chacune douze couteaux et deux services à découper marqués L H 50 F Dans le salon
une table en acajou avec ses allonges encadrées d'orme 50 F
Huit chaises six fauteuils et un canapé en bois sculpté peint en blanc, garniture en soie usée et un écran, 70 F
Une lampe carcel avec une suspension en bronze 120 F
Dans un cabinet
Un lit en chêne garni d'une paillasse, un lit en plumes et un matelas 80 F un tapis de table 3F Dans la boulangerie
Deux grands chaudrons et une éteinte en cuivre, un pétrin et ustensile de four 30 F Dans une petite chambre à coucher
357 Pour comprendre cet héritage il faut se référer à la généalogie des Coget chapitre 5 page 82264
Un lit en chêne, une paillasse, un lit en plumes, un matelas, un oreiller, un traversin, deux couvertures en laine, deux rideaux
en coton, ciel en bois 120 F Une table de nuit en chêne, quatre chaises en paille 6 F
Une table en acajou avec dessus de marbre lavabo en porcelaine 12 F
Dans une autre chambre
Une commode lavabo en acajou marbre blanc, glace et accessoires 100 F
Un lit en acajou pour deux personnes, une paillasse, un lit en plumes, un matelas, un traversin, un oreiller, trois couvertures
en laine 240 F
une table de nuit en acajou 37 F un morceau de tapis 5 F six chaises en acajou garnies en laine et crin 120 F Dans une chambre à côté
Un lavabo en noyer avec dessus de marbre, glace ovale et accessoires 18 F
Un lit en noyer , une paillasse, un lit de plumes, un matelas, un oreiller, une couverture en laine, une autre en coton, rideaux
en perse, ciel en acajou, 110 F
une table de nuit en noyer, une descente de lit, cinq chaises en cerisier fond de paille 38 F Dans une autre chambre prenant vue sur la route
Un lit en chêne, une paillasse un lit en plumes, deux matelas, une couverture en laine, une autre en coton, un traversin, deux
oreillers en plumes et rideaux d'alcôve 150 F Une table de nuit en acajou 25 F
Une commode chiffonnière en acajou dessus de marbre, intérieur en citronnier 80 F
Une petite toilette en acajou, un lavabo en noyer, dessus marbre, glace et accessoires 28 F
Six fauteuils et un canapé peint en blanc, garniture en laine et crin 90 F
Une prussienne garnie en cuivre dessus de marbre 50 F
Dans la chambre de Melle Alice et cabinet en dépendant
Un lit en acajou 120 F
Un sommier en lostéré, un sommier en crin, deux matelas en laine, un traversin, et deux oreillers en plumes, deux couvertures
en laine, une courte pointe piquée 490 F une descente de lit 19 F une table de nuit 37 F
une chaise en chêne avec garniture en tapisserie 50F Une chaise à médaillon en acajou, garniture en tapisserie 80 F
Deux fauteuils poufs en velours grenat 140 F une chaise en acajou garnie en velours grenat 20 F
un bureau étagère en acajou garni de basane verte avec écritoire en porcelaine dorée 120 F
Une armoire à glace en acajou 270 F un coffre à bois garni en tapisserie 32 F un tapis 230 F
un garde four en laiton de cuivre à 4 feuilles, ogival, pelle, pincette, tison et support en acier 40 F
balai et soufflet en palissandre 6 F
Un nécessaire en chêne dessus d'écaille incrusté garni de ses accessoires 150 F
Un verre d'eau avec son plateau en cuivre et glace 50 F
Une scribane en chêne avec incrustation 50 F Une commode lavabo100 F
Une garniture de fenêtre en velours grenat support en acajou, patère en acajou, deux rideaux en mousseline brochée, deux
petits rideaux en mousseline brochée, un store à franges,
la garniture d'alcôve en mousseline unie, un rideau de perse 165 F
Bibliothèque composée notamment des oeuvres de Buffon illustrées, histoire du consulat et de l'empire par Thiers, oeuvres de
Lamartine illustrées, Femmes illustres de l'Europe, voyage d'Anarchasis en Grêce, Jérusalem délivrée édition illustrée, Silvio
Fellico, Paul et Virginie, Don quichotte, et beaucoup d'autres ouvrages 600 F Dans la chambre de la cuisinière
Une chiffonnière en acajou avec dessus de marbre 30 F
Un lit en chêne garni d'une paillasse en zostère, deux matelas, deux couvertures en laine, une autre en coton, un oreiller et un
traversin en plumes 100 F
Une table de nuit en chêne une autre en noyer avec dessus de marbre 10 F
Une petite toilette en cerisier, cinq chaises en merisier, un petit buffet en chêne
un escalier portatif à quatre marches en bois blanc 25 F
Dans la tour une armoire en bois peint un presse linge 13 F
Dans une mansarde
Un lit en bois peint, une paillasse en zostère, un matelas, deux couvertures en laine, un oreiller, un traversin en plumes, une
table de nuit en chêne, une chaise 73 F
dans une autre mansarde
Un lit en bois blanc, deux paillasses un matelas deux traversins en plumes une couverture en laine, une autre en coton 60 F
un secrétaire en acajou, dessus de marbre 20 F
dans une autre mansarde un lit en fer, une table de nuit en chêne 21 F
Dans la cave
vin de divers crus 600 F
Sous un hangar
trois bancs de jardin en chêne avec côtés en fonte 30 F Un cabriolet 350 F dans l'écurie et dans l'étable
une jument baie rouge 800F Une vache rousse à tête blanche 375 F265
Sous les remises
Bois à brûler 250 F total de l'estimation du dit mobilier12 555 F
Total de l’estimation du dit mobilier :12.550 F
dressé par mademoiselle Adèle Alice Heddebault soussignée de M Corne, Thumeries le 1er mai 1857
Le vicomte de Beaussier, époux d’Alice, résidera avec elle dans son château de la Taule, dans l’Oise, estimé par ailleurs, par le même notaire, à 52.734 F. Trois ans plus tard, Il décide de se séparer du château de Thumeries. (1860). Les acquéreurs seront deux frères, originaires de Mons en Pévèle, Louis et Joseph Valois.
Après le décès de ces derniers, le château sera adjugé en 1899, pour la somme de 70.000 F à Joseph Béghin. Il revient ainsi dans le patrimoine des sucriers.
c) Les propriétaires du 20ème siècle.
Le château appartient désormais à Joseph
Béghin. Il y loge jusqu’à la guerre de 1914
un de ses collaborateurs directs, Mr Georger.
Nous avons vu, page 131, que le bâtiment et
ses dépendances ont été réquisitionnés par
les troupes allemandes comme toutes les
grandes propriétés de Thumeries.
Après la guerre nous disposons de deux
photographies qui nous donnent une idée du
bâtiment. La première carte postale présente
un bâtiment très sobre. La seconde, presque
identique, extraite de la collection Boutique,
montre sur le côté de la rue basse une petite
extension, légère, un peu comme une véranda… qui
abrite sans doute un escalier. Par la suite, dans les
années 20, M Béghin installera dans cette propriété
sa fille aînée, Jenny, qui a épousé Claude Descamps
en 1921. Le couple Descamps s’installera au
château, probablement en 1924. Leurs deux derniers
enfants, Jean Claude (1925) et Robert (1931) y sont
nés. M Descamps fera construire par l’architecte
Louis Marie Cordonnier une extension parallèle à la
rue basse (plans établis en 1933).
Nous avons vu que
leur propriété a servi
également aux troupes allemandes, puis aux FFI et même
brièvement aux Anglais durant la seconde guerre mondiale.
Mme Descamps après le départ de ses enfants et le décès de son
mari (1981) ne veut plus rester seule dans cette grande maison.
Elle le vend en 1982, à un particulier, M Menet.358 Ce dernier
envisageait de réaliser dans le petit bois adjacent un lotissement
de plusieurs parcelles. Contesté par les riverains et une
association, il n’obtint pas son permis de lotir et abandonna son
projet. Il se retira en vendant l’ensemble en deux lots séparés, la
ferme d’une part et le château d’autre part en 1992.
Le château est devenu depuis lors la propriété d’une association
d’obédience évangélique, l’association « Horizons ». Ses
membres remettent progressivement en état le château et la
propriété et s’efforcent d’en faire un lieu d’accueil pour des
volontaires de toutes sortes de pays qui viennent y travailler, y
358 M Arthur Lefebvre, seul conseiller municipal d’opposition, a vainement proposé l’achat par la municipalité mais cette dernière qui venait d’agrandir la mairie, n’a pas voulu acquérir le château et ses dépendances.266
perfectionner leur pratique du français, en vue, disent-ils, d’évangéliser en milieu francophone, particulièrement en Afrique.
Voici, ci-dessus une vue récente du château montrant bien l’extension de 1933-34 qui se reflète dans les douves.359
2. Le château de Bellincamps.
a) Quelques familles avant la Révolution.
A l’autre extrémité de Thumeries se trouve le château de Bellincamps. Pour certains férus d’étymologie ce nom viendrait du latin « Bellus campus » c'est-à-dire le « camp de la guerre » et évoquerait la bataille de Clodion dont nous avons parlé au chapitre 2 page 8. Ceci n’est qu’une hypothèse. M Jacquerye utilise d’ailleurs, en 1790, une autre expression, « la belle cour ».
On trouve mention de Bellincamps, en 1187, dans la bulle de Clément III, déjà évoquée dans l'histoire de Thumeries. A cette époque les bois et les fiefs des Grand et Petit Bellincamps relèvent des Châtelains de Lille.
Le Petit Bellincamps correspond vraisemblablement à ce que nous appelons de nos jours la Ferme St Pierre, près de Moncheaux, et le Grand Bellincamps correspond à l'actuel château. Cyrille Balthazar a dressé dans son ouvrage, déjà cité, la liste des Seigneurs successifs de ces fiefs :
-Jacques de Fontaine, chevalier
-Gossuin de Guignes, Ecuyer (1455)
-Pierre de Rasse, bailli d'Orchies (1472)
-Adrien de Raisse, chevalier (1511)
-Antoinette de Raisse, épouse de Louis d'Oignies,
chevalier.
-Romain Fruit, 1602
-Bon Fruit, 1611
- pas de traces avant 1729
-1729 : la famille Jacquerye
b) La propriété de Jacquerye.
Nous avons déjà parlé du Chanoine Jacquerye, prénommé Jean joseph Lamoral, fils de Josse Joseph, seigneur du bois de Bellincamps.. Ce dernier avait été enterré solennellement dans l'église de Thumeries en 1774.
Sa famille était très liée avec le
chapitre des chanoines de Seclin,
puisque son oncle,Jean Gabriel fut
bailli de la Collégiale en 1729 et
son propre frère, Bauduin Gabriel,
bailli de Seclin(360).
Lui même, licencié es lois,
conseiller du bailliage de Lille fut
chanoine de Seclin à partir du 14
juin 1784. Il avait la responsabilité
financière de 42 paroisses de la
châtellenie et notamment, depuis
neuf ans, de Thumeries.
Homme cultivé et Thumerisien
d'origine il fut naturellement délégué par le chapitre pour complimenter Mr de Carondelet, un autre thumerisien, pour son élection aux Etats Généraux de 1789.
359 Photo Jean Claude Collérie
360 le bailli est un officier qui exerce la justice au nom du roi ou au nom du chapitre des chanoines.267
Nous avons déjà décrit ses démêlées avec la première municipalité à propos des comptes de la paroisse.
Nous n’avons pas cherché comment s’est fait le passage des Jacquerye aux Legrand. Voici, ci-dessus, un extrait du cadastre de 1807.
c) Au 19ème siècle.
Vers 1890, d'après le récit de l'abbé Dalle , déjà cité, le château récemment restauré appartient à Mr Louis Legrand, né à Valenciennes en 1842. Docteur en droit et docteur ès lettres il fut tour à tour avocat, sous-préfet, conseiller général, député, ministre et maire de Lille. Sa fille, Louise, épousera M. Henri Béghin en 1898 et sera la mère de Françoise (la future Madame Malle), de Ferdinand, né en 1902 (et qui hérita du château) en 1927, et de Marie Louise, née en 1903.
Un autre Legrand, prénommé Géry, était propriétaire du Petit Bellincamps. Il s'agit d'un journaliste qui débuta dans l'illustration et créa ensuite en 1860 la "revue du mois". Voulant transformer sa revue en journal politique l'autorisation lui fut refusée en 1863. Il fonda alors le "Journal Populaire en
1866 et fit paraître à Bruxelles le
"Progrès du Nord", hebdomadaire
d'économie sociale, qui devint lillois et
quotidien en 1867.
Pendant la guerre de 1914, on l’a déjà
vu, une aile du château a été utilisée
comme "FeldLazarett", ou hôpital de
campagne, par l'armée allemande.
Mme veuve Legrand, vivant retirée à
Paris, vendit le château et les
dommages de guerre qui y étaient
attachés à son gendre Henri Béghin,
qui en fit don finalement à son fils,
Ferdinand.
M Ferdinand Béghin, décédé en 1994
fut le dernier Béghin à l’occuper. Il raconte dans ses carnets comment il en hérita.
En 1925, mon père m'avait donné la propriété de Bellincamps que mes grands parents maternels avaient régulièrement habitée tous les étés jusqu'à la guerre de 1914... Mon grand père, Louis Legrand était décédé en septembre 1910. Ma grand mère n'ayant plus habité Bellincamps après la guerre, l'avait venu à son gendre, mon père...Pendant les quatre années de guerre, le château avait été habité par des aviateurs allemands et se trouvait en mauvais état. A tort ou à raison j'ai préféré le démolir et construire une nouvelle maison... La construction dura deux ans.361
La construction est donc contemporaine de celle du "château Malle" édifié un an après le mariage de Françoise Béghin avec M. Pierre Malle. (1921)
3. Les Censes médiévales et les grandes demeures des sucriers. Le mot « cense » est un mot féminin qui dérive du latin « censa » et signifie le fermage. Ce mot désigne donc une « ferme » et on l’emploie encore comme tel dans notre patois. Il s’agit souvent avant la Révolution d’une grosse propriété.
A Thumeries on pourrait imaginer que la ferme du château blanc eût pu être désignée ainsi puisque le mayor (maire) était censé y enclore les fruits de la dîme. Mais nous n’avons jamais rencontré cette appellation la concernant.
Par contre on trouve plus couramment des traces de deux autres censes, celle de la Baverie et celle de la Ténarderie.
361 Extrait de « mes carnets »268
a) La Cense de la Baverie.
La Cense de la Baverie ou, selon l'orthographe fluctuante de l'ancien régime, de la Bavery ou de la Bavry, remonte au moins au XVIIème siècle puisque une description du diocèse de Tournai élaborée entre 1690 et 1728 la mentionne en ces termes :
Le fond de ces villages est propre à faire des tuiles pour les maisons. Aussi s'en fait-il grande quantité et ils en fournissent tous les lieux circonvoisins.
Monsieur le vicomte de la Hamaide y a un assez propre château près de l'église. Les fermes principales sont la Baverie et Bellincamps.
On ne sait trop d'où vient le terme. Vient il du mot baver ? Une encyclopédie du temps dit d'une terre qu'elle bave quand elle retombe dans le sillon de la charrue.
Serait-ce une évocation des terres grasses de la Pévèle sud ? Simple
supposition. La famille Favier dont un membre fut curé (voir chapitre 9)
tenait la ferme. Plusieurs de ses membres ont été enterrés dans l’église
même. Un acte de 1774 évoque la sépulture de Marie Claire Favier, fille
de feu Jean Baptiste Favier, censier de la Baverie, en présence de son
neveu Louis François Duquesne. Ce qui est sûr par contre c'est qu'à la
veille de la Révolution de 1789 cette Cense appartient à Madame
Dassignies qui possède 17 bonniers à Thumeries mais qui ne réside pas
sur place. Le fermier est Louis Charles Duquesne.
Les autorités révolutionnaires devenues méfiantes vis à vis des anciens nobles et particulièrement vis à vis des émigrés convoquent les locataires et notamment le sieur Duquesne pour les interroger :
"Est comparu Louis Charles Duquesne, fermier de la Baverie, et lui a été demandé s'il savoit si Madame Dassigny, propriétaire de sa ferme étoit émigrée, il a répondu après serment prêté qu'il ne savoit pas si Madame l'étoit mais qu'elle étoit au château actuellement Il lui a été demandé de plus s'il savoit où étoit M Dassigny fils, il a répondu qu'il ne le savoit pas et a signé L C Duquesne (362 )
Un autre document conservé en Mairie, le cadastre établi en 1807 par M Robin, nous présente bien cette ferme isolée. (image ci-dessus)
Une distillerie
L'abolition de certains privilèges et la levée de certaines interdictions accordées par l'Assemblée Constituante ont libéré la fabrication d'alcool. De nombreuses distilleries sont sorties de terre dans le Nord. Il n'y en avait que trois en 1789 toutes situées dans l'arrondissement de Dunkerque et vouées à
l'exportation. En l'an X le préfet en recense
31 dans 16 communes du seul
arrondissement de Lille dont une au moins à
Thumeries. C'est sans doute la création de
Louis Charles Duquesne dont nous venons
de parler. L'état civil et les recensements du
XIXème siècle le désigne ainsi que ses
héritiers soit comme « cultivateurs » soit
comme « distillateurs ».
On trouve ainsi en 1846 Antoine Joseph
Duquesne, 71 ans, fils de Louis Charles. Il
décédera le 24 mars 1867. Au recensement
de 1861 son fils Jean Baptiste Duquesne est
mentionné avec son épouse Elisa Parsy et leur trois filles Augustine (1856) Julie (1858) et Marie (1863).
362 Archives départementales du Nord 1 Q 515/42269
Augustine est restée célibataire et c'est Marie qui a transmis l'héritage par son mariage (24 janvier 1882) avec Charles Honoré fils d'un négociant de Carvin.
Ils eurent deux filles, Rosine et Elisabeth. La première épousera en 1903 Balthazar Lefebvre, directeur de raffinage à Inchy, et la seconde Gorges Juéry directeur des forces motrices du Haut Grésivaudan.
On voit qu'il s'agit de familles particulièrement fortunées. La villa des Roses qui sert actuellement de mairie appartenait d’ailleurs aux héritiers Juéry et le parc à l'emplacement de l'actuelle place Charles De Gaulle aux héritiers Lefebvre.363
Enfin, dernier document significatif, une photographie non datée mais proche du début de ce siècle nous présente face au bâtiment de la Baverie un attelage de barriques de genièvre que le cocher, Bigotte, emmenait régulièrement à Lille pour y être expédiées ensuite par le train.364 Le préfet Dieudonné 365explique que la matière première dont on se sert vers 1802 pour fabriquer le genièvre est, soit du blé, soit de l'orge ou de l'avoine. A ces céréales de base qui varient suivant le secteur on ajoute de la graine de genièvre venant du sud.
Chaque alambic, nous dit-il, occupe deux ouvriers, un maître et un jeune. Le tiers de la fabrication est consommée dans la région, le reste est exporté.
L'impact de la Sucrerie
Il est probable que la distillerie de la Baverie ait cessé ses activités durant la Guerre de 1914- 1918 qui vit Thumeries et notamment les grandes propriétés réquisitionnées par les troupes d'occupation.
Au recensement de 1926 on constate que la maison est occupée par Monsieur A. Georger ingénieur de la Société Béghin. Le bâtiment est d'ailleurs parfois encore dénommé par les Anciens "château Georger".
La nouveauté c'est que la ferme-distillerie-château n'est plus isolée. En effet depuis 1911 la Société Béghin a loti les terrains avoisinants. La cité de la Baverie est un de ces premiers lotissements de maisons ouvrières avec celles du Nouveau Monde et du Maroc. Un des logements est même affecté à la coopérative et la rue porte un certain temps le nom de "rue de la coopérative".
A partir de 1934 c'est en face de ces maisons que la société Béghin implante le nouveau stade destiné à remplacer celui du Maroc, jugé trop exigu, et dépourvu d'installations d'athlétisme. A compter de cette date le quartier est associé au sport d'autant plus qu'en 1935 est implantée une piscine de plein air (que nous avons déjà présentée) et, en 1956, une salle de sports, la salle Ferdinand Béghin.
Dans le cadre de la nouvelle dénomination de plusieurs rues de la ville, mise en oeuvre en 1947 par la municipalité dirigée par M Martin, la rue de la coopérative a hérité du nom de Rue Léo Lagrange. (Ce choix renforce encore le lien avec le sport puisque Léo Lagrange fut appelé le 4 juin 1936 par Léon Blum au sous-secrétariat des Loisirs et des sports.) Il conservera ce poste dans les trois cabinets du front populaire jusqu’au 8 avril 1938. En dix neuf mois cet ancien avocat et député socialiste du Nord a accompli une oeuvre considérable pour développer l’éducation physique et ouvrir le sport aux classes populaires. Il a lancé une importante politique d’infrastructures sportives mais aussi les loisirs culturels en encourageant les initiatives dans le théâtre par exemple. Léo Lagrange, est mort au combat durant la campagne de France en 1940...)
b) La Cense de la Ténarderie.
Nous trouvons aux archives départementales 366 plusieurs baux
concernant cette propriété. Par exemple, en 1762, les propriétaires
sont les tuteurs des enfants de J.B. Deslespaul, écuyer et seigneur
de Fretin. Le loueur est Pierre Joseph Cauvé. La ferme comprend
15 à 16 bonniers de terre à labour, de jardins et un manoir. Le prix
de location est fixé à 410 florins par an, payables en deux fois.
363 Voir l’achat de la mairie par M Scache page 200-201
364 Photo aimablement prêtée pr Henri Denneulin
365 Statistiques du département du Nord ADN
366 A la côte 17 G 172 ( cf notre ouvrage page 33)270
En 1771, le bail est renouvelé au profit du fils, Jacques Joseph Cauvez. Le document signale que « ses ancêtres l’ont occupée pendant de longues années » ce qui tendrait à nous faire remonter au delà de 1772. Les terres sont estimées cette fois à 19 bonniers.367. En 1773 le locataire change : il s’agit cette fois de Louis Darlez. Par la suite ce sera Josse Darlez. Pendant la Révolution la propriété appartient à Monsieur Poteau de Lille mais la ferme est tenue par la « veuve Darlez » 368. La propriété tient « au chemin de deux villes (Mons en pévèle) d’une part et au chemin du Thélut à Drumez d’autre part. L’image, ci- dessus montre la cense en 1807 (cadastre de Robin). A signaler qu’un fils Darlez a été prêtre. Considéré comme réfractaire il fut amnistié en l’an 11 suivant le document qui suit 369
Je soussigné JB Darlez, prêtre, résidant à Thumeries, reconnais que le sous préfet du troisième arrondissement du département du nord m’a remis aujourd’hui le certificat d’amnistie qui m’est accordé en vertu du sénatus consulte du six floréal an X lequel certificat est délivré par le grand juge et ministre de la justice Chagnier À la sous préfecture de Lille, le 9 germinal an XI de la république . Darlez JB
Par la suite cette propriété sera acquise par la famille Barrois.
D’autre part, à la fin du 19ème siècle sera édifiée une nouvelle
construction dont nous avons déjà parlé, ( cf la guerre de 1940)
le château hulotte. On le
voit sur certains plans.
(ci contre en 1874) Ce
bâtiment est aujourd’hui
en ruines.
En 1920, M Jean Marie
Barrois, docteur en
médecine demeurant à
Lille vend la propriété de
la Ténarderie à Henri
Béghin qui reprend en
même temps les
dommages de guerre qui y sont attachés. Cela deviendra par la
suite un relais de chasse. ( construction en 1920)
c) les grandes demeures des sucriers.
Le château Coget.
Nous avons évoqué cette construction à la page
107. Après avoir été la demeure des frères
Coget, Joseph et Henri elle est revenue à leur
petit neveu, Henri Béghin puis au gendre de ce
dernier, Robert de Nervo. Après quelques
avatars il a été racheté par la famille El Faiez qui
en a fait une demeure familiale avec en sus la
création de quelques chambres d’hôtes bien
appréciées.
Le château Béghin.
Construit à peu près dans les mêmes années le
château, dit de Joseph Béghin, inutilisé après la mort de Mme Joseph Béghin a finalement abrité les services informatiques de la société.
Après la reprise par Téréos, dont nous
parlerons au chapitre suivant, le château a été
367 Voir en annexe une note sur les données d’ancien régime
368 Cadastre de l’an 4, mairie de Thumeries
369 ADN 1 V 27271
abandonné jusqu’à sa vente en 2009. Il sera converti en bureaux, salles de réunions et de séminaires.
Le château Malle.
Ce dernier bâtiment, construit par Louis Marie Cordonnier a vu vivre la famille de Pierre Malle et de son épouse Françoise Béghin
Il appartient de nos jours à Maître Leroy, avocat au barreau de Lille.
B. Les lieux de culte ou de recueillement.
1 L’Eglise saint André.
a) Des origines à 1840.
On sait peu de choses sur l’église de Thumeries avant la Révolution. Elle apparaît sur la gouache décrite page 21.
Nous avons déjà évoqué aussi les sépultures du 18ème siècle qui ont laissé quelques pierres tombales dans l’église actuelle (page 86) et les réparations sommaires faites au début du 19ème siècle (page 87).
Pendant la révolution on y a prélevé des cloches (page 49) et elle a été fermée après inventaire (page 64).
b) Une nouvelle église de 1840 à 1939.
Vous trouverez pages 88 à 91 les détails et plans d’une nouvelle construction. La décoration donnera lieu à une belle contre verse entre le maire et le curé Gadenne,.
Au cours du 19ème siècle, la paroisse de Thumeries, héritière d'un nouvel édifice n'a pas eu de préoccupation immobilière majeure sauf à faire face aux dégâts des grosses tempêtes ou ouragans qui détruisent régulièrement les toitures :
Dès 1848 il faut réparer les faîtières et les ardoises
brisées par l'ouragan du 26 février
"remplacer les faîtières en terre cuite par
du plomb maintenu par des crochets de
fer"
Le tout plus quelques travaux de maçonnerie est
estimé à 1858,69 F.
En 1876, pour la même raison, c'est la sacristie qui
a souffert, le 12 mars et il faut en refaire la
maçonnerie, les plafonds, les enduits et la
couverture... Devis : 607 F. Les demandes de
subvention exigent de fournir le budget de la
fabrique (la paroisse) et celui de la commune qui comporte à cette date 956 habitants. le 14 mai 1882 le conseil municipal constate que
L'intérieur de l'église a besoin de grandes réparations
En 1896, la toiture a besoin de renouveau.
le 7 août 1896 le préfet accorde un secours de 600 F et le conseil municipal devra rajouter les 400 F qui manquent.
En 1910 on trouve du courrier et des devis à propos de la restauration des vitraux effectuée par l'entreprise Dalmar David et J. Dumez, peintres en vitraux à Lille :
"Trois panneaux démontés, repeint la manteau de sainte Catherine, remplacé diverses pièces brisées..."
Le tout représente une dépense de 1200 F!
A ce propos le préfet rappelle au maire les nouvelles dispositions juridiques concernant les biens d'église (suite aux lois de séparation de l'église et de l'état):272
"J'ai l'honneur de vous faire observer que les églises catholiques étant laissées gratuitement à la libre disposition des fidèles et des ministres du culte c'est à cette collectivité qu'incombe l'obligation naturelle de faire réparer les églises".(370 )
Il fait allusion ici à la loi de séparation de l’église et de l’état, votée en 1905, cinq ans avant. Son article premier affirme que la République assure la liberté des cultes mais l’article 2 met fin au concordat en supprimant salaires et subventions. L’article 3 prescrit l’inventaire des biens ecclésiastiques. Nous avons évoqué les inventaires de Thumeries à la page 125. On approche ainsi de la première guerre mondiale et de ses
vicissitudes.
La victoire de 1918 permet, après le Traité de Versailles (371),
de réclamer à l'Allemagne des "dommages de guerre" en
réparation des préjudices matériels subis.
Le 31 mars 1920 le maire de Thumeries réceptionne les divers
travaux de réfection effectués sur les bâtiments communaux,
écoles, logements d'instituteur, église.
Les devis ont été établis par un architecte, Mr H Boudin.(372)
Le devis concernant l'église date du 19 février : il ne porte que
sur des réparations de vitres, du banc de communion, de la
chaire, du plancher du clocher, du support de cloche et des
lamelles d'auvent.
C'est en fait la cloche qui constitue l'essentiel de l'affaire. Le
bronze a intéressé l'occupant et la cloche a disparu.
On fait état:
370 La législation a été précisée ultérieurement : toutes les églises, propriétés communales depuis 1905 appartiennent aux communes ; il en découle que les travaux d'entretien et de réparation reviennent aux communes propriétaires, lesquelles n'ont certes pas l'obligation de les entreprendre et peuvent éventuellement laisser tomber en ruines les églises (cf Mgr Kerlévéo,juriste,"notes sur les églises communales")
371 28 juin 1919
372Archives départementales O 590/119273
"de difficultés pour obtenir
le remplacement de la
cloche de l'église volée par
les boches. Le conseil fait
observer que l'absence de la
cloche est tout à fait
préjudiciable aux intérêts
d'une commune agricole
dont les cultivateurs
occupés au travail des
champs ont besoin de
connaître les heures
annoncées par la
cloche(373)
La demande est réitérée le 20 mars 1921 avec fourniture d'un devis établi par la maison Wauthy de Douai pour un prix global de 6926 F. Les dommages de guerre ne fournissant que 5554 F c'est le maire, Mr Joseph Béghin, qui avança à la commune les 1112 F qui manquaient.
La nouvelle cloche est installée en octobre et servira, en plus de l'usage cultuel,
"
Dans les cas d'incendie, d'inondation, d'invasion de l'ennemi, d'émeute et dans tout autre cas de péril commun exigeant un prompt secours"(374)
Voici la cloche exposée dans le chœur de l’église avant son installation.
Entre les deux guerres aura lieu enfin le déplacement définitif des restes du cimetière. A l'échéance du délai trentenaire, donc en 1926, Mr Joseph Béghin, maire, met en demeure les retardataires de faire enlever les derniers monuments afin d'aménager les abords de l'église en square. Il y ajoute la construction d'un kiosque à musique, et comme le tout dépasse les possibilités du budget de 1926, il décide de couvrir avec sa famille les frais de ces deux réalisations.
Le mécénat de la famille Béghin se poursuit en 1928 comme le montre cet extrait d'une lettre du curé Dutemple à l'évêque :
"Cette année de grands travaux ont été accomplis
par la famille Béghin à l'église de Thumeries:
restauration et embellissement du campanile,
nouvelle toiture avec ardoises et crochets de cuivre,
conduites d'eaux nouvelles en zinc... Deux sacristies
entièrement neuves, une nouvelle porte en chêne
massif (5000 fr)... Le choeur a été revêtu de lambris
en fibro-ciment d'un bel effet. Tous les murs
extérieurs ont été revêtus d'une couche épaisse de
ciment avec incrustations diverses"(375)
C'est donc bien à cette époque (et non pas en 1940) que disparaît le fronton grec de 1840 et que change l'allure du clocher.
On notera la modification du campanile particulièrement dans la forme des abat-son, l'apparition de nouvelles cheminées, le remplacement de la première fenêtre par un "oeil de boeuf", les modifications alentour : plantations de platanes et apparition des pylônes électriques.
373 Archives municipales, 11 novembre 1920
374 Archives municipales n° 236
375 lettre du 3 novembre 1928, archives diocésaines274
c) Derniers aménagements.
Les derniers aménagements notables portent sur les peintures extérieures de l’édifice en 1987. Les tons ocrés choisis en cette circonstance mettent bien en valeur les effets décoratifs implantés en 1926.
En 2007 on a restauré les fresques de l’abbé Pruvost et en 2008 le kiosque proche de l’édifice.
La chapelle Sainte Rita, au Thélut.
Le projet d’édifier un lieu de culte au Thélut, indépendant de l’église St André de Thumeries a germé dans les années 1954-1955 dans l’esprit de l’abbé Roelandt, vicaire décanal. Ce prêtre, très dynamique, animait les patronages, organisait des camps de vacances et assurait de multiples animations à Thumeries et Mons en Pévèle. Sensible aux souhaits de tous ceux qu’il rencontrait il finit par imaginer un nouveau lieu de culte situé à 3 km du centre de Thumeries et 3,5 km de celui de Mons en Pévèle. Près du foyer, déjà créé par lui-même pour les jeunes, il imagine, avec l’aide de Ferdinand Milleville, cadre chez Béghin, les plans d’une chapelle. Il mobilise autour de son projet beaucoup de bonnes volontés pour recueillir des fonds, grâce à des collectes de matériaux, de chiffons, de ferrailles, pour trouver des volontaires prêts à participer à la construction, pour trouver des mécènes comme Mme Joseph Béghin et Mme Malle sa belle sœur qui lui offriront le terrain.
La Voix du Nord annonce le projet en juin
1955 « une chapelle dédiée à Ste Rita sera
édifiée au Thélut ». Un autre article, en
septembre, présente un groupe d’ouvriers
afférés à la construction et en décembre le
journal régional annonce la bénédiction de
l’édifice par le cardinal Liénart évêque de
Lille.
Il s’agit d’un bâtiment de 27 m de long sur 12
m de large. En plus du lieu de culte il y aura
une sacristie et une salle de réunion vouée au
catéchisme. Mr le curé de Thumeries, d’abord
réticent, a quand même souligné le jour de
l’inauguration l’impact de ce projet fédérateur :
« Tous petits et grands, pauvres et
riches, ouvriers, artisans, entrepreneurs,
ont voulu travailler, participer,
collaborer à l’édification de cette petite
chapelle »275
Voici une photo de cet édifice et aussi la description qu’en fait son principal artisan, l’abbé Roelandt.
« Dès que l’on entre, on est saisi par la simplicité. De chaque côté de l’entrée j’ai placé un tronc destiné à recevoir les offrandes spontanées des fidèles. A la chapelle il n’y a pas de quêtes, pas de bruit d’argent autour de l’autel. Deux rangées de bancs solides et confortables côtoient l’allée centrale. Aucune place n’est réservée. Dans la maison de Dieu tous sont égaux dans la fraternité… ».
1968 voit le départ de l’abbé Roelandt.
20 ans plus tard la société
Béghin cède à la municipalité
certaines voiries pour le franc
symbolique et quelques
éléments de son patrimoine.
La chapelle et le foyer sont
négociés au prix de
l’inventaire Béghin (100.000
F). La municipalité devient
donc propriétaire d’un second
lieu de culte en décembre
1989.
En 1995, avec l’accord du
curé, elle met à la disposition
d’une association de jeunes la
sacristie pour y faire fonctionner, le samedi après midi, un club informatique. En 1996 pour loger un projet d’accueil périscolaire la municipalité pense à aménager ce local. Les travaux, reportés dans un premier temps, sont finalement réalisés en 1996-1997. Le lieu de culte initial est raccourci. L’ancienne sacristie devient halte garderie et une salle de catéchisme se situera entre les deux.
L’accueil périscolaire, timide au début, a pris de l’extension et a été transféré par la suite à l’ancienne école maternelle, La Fontaine. Les locaux situés au dos de la chapelle seront sans doute voués à un nouveau besoin, une halte garderie…envisagée pour 2010.
3. Petites chapelles et calvaires.
A Thumeries on trouve en plus de ces deux lieux de culte trois chapelles et deux calvaires.
a) Les chapelles.
La première se trouve au petit Thumeries près de la ferme Ramery, à l’entrée de La Neuville. Elle est dédiée à la Sainte Vierge et devrait être restaurée.
La seconde est adossée à la ferme Deloigne, rue Emile Zola. Il s’agit d’un ex-voto de la famille Deloigne Denneulin d’après l’inscription qu’on peut encore lire :.
« Reconnaissance au Sacré Cœur, de la famille Deloigne Denneulin 1941 » Il s’agit d’un ex-voto réalisé à l’initiative de Mme Deloigne-Denneulin pour le retour sain et sauf de son mari André Deloigne, emmené deux fois en otage à la prison de Loos par les allemands.376
La dernière chapelle se trouve rue de l’halloteau. Il s’agit d’une chapelle dédiée à Notre Dame de Lourdes. Il n’y a pas d’inscription.
b) Les calvaires.
Les calvaires sont des monuments qui représentent Jésus de Nazareth, le crucifié. Il y en a en fait trois, le premier se trouve dans l’église Saint André, dû à l’artiste Michel Saint Olive. Nous en avons déjà parlé.
376 Cf notre allusion aux otages de Loos page 174.276
Le second orne une allée du cimetière et porte la mention des
familles qui l’ont financé en 1896. avec en particulier Maître
Bulteau, curé, les familles Huot-Vanderstraeten, Duquesne
Denneulin, Béghin Tranin, Blondeau Dubois, Melle Bulteau.
Le troisième enfin se trouve juste avant l’école Paul Bert. Il a été
édifié là en 1895 suite à une mission (sorte de temps fort de
retraite spirituelle proposée autrefois dans les paroisses) il porte
une invitation à prier :
« Sanctifier le dimanche, pater, ave, donnant droit à une
indulgence de 40 jours ».
Vous trouverez une page sur ces chapelles au chapitre 13 .
C. Les hameaux et lieux dits.
Parmi les lieux dits de Thumeries, nous nous devons de parler de
deux noms aux origines communes remontant à l’histoire médiévale, le Wacca (sur la commune de Mons en Pévèle) et le quartier du petit Wasquehal (dans la commune de Thumeries) .
1 Le Thélut, le petit Wasquehal et le Wacca
Le Thélut.
Au chapitre 2, nous signalions trois
orthographes différentes pour ce hameau. En
1592, le docteur Tournemine avait acquis un
fief au hameau de Tehuluch (sic), en 1615
Nicolas de la Hamaide avait hérité d’un fief
situé à Tuluc, (paroisse de Thumeries), et en
1615, l’héritier du docteur Tournemine écrit
Thélus… . Nous avons aussi rencontré
l’appellation « chélu » mais c’est peut être
une transcription phonétique pour rappeler
que le « Th »était soufflé.
De nos jours d’ailleurs on trouve encore trois façons de l’écrire quelquefois dans les mêmes lieux comme le prouve cette photo récente où cohabitent « Thélus » et « Thélut »…Sur le plan de 1807 (page suivante) on a écrit
« thélu »
Le hameau était relié au centre du
village par le chemin de la Pourette et un
sentier (actuel piétonnier). C’est en 1848
qu’il est relié directement au chemin de
grande communication n°8 de Seclin à
Douai.377 Il a fallu construire 800
mètres de chemin dont les 375 premiers
mètres auraient 2.50 m de large à raison
de 110 pavés par mètre.
Longtemps isolé, ce quartier a gardé une
vie et une identité particulière. Il y eut
jusqu’à 25 commerçants et artisans au
Thélut. Il n’en reste que deux ou trois.
Mais les fêtes locales sont toujours très
animées et conservent une saveur
particulière et originale.
Le Wacca
Nous avons fait allusion au chapitre 2 (page 12) à quelques possesseurs de fiefs, à la jonction du 15ème et du 16ème siècle. L’héritage de l’écuyer Jean de Wasqual sera appelé ensuite le fief
377 ADN O 590/73277
de Wasqual. C’est l’origine des appellations modernes de ces quartiers : Wacca ( Mons en Pévèle) et Petit Wasquehal. (Thumeries).
2. l’Olizier et la Bastringue
A l’entrée de Thumeries, en venant de Moncheaux, se trouve le hameau de l’Olizier. A notre grand regret, nous n’avons pas trouvé l’origine de cette appellation, mais ce que nous pouvons affirmer, c’est qu’elle est assez ancienne et que son orthographe a évolué dans le temps. Haulizien
Dans un document de 1615, un relevé de fiefs, c'est-à-dire quelque chose qui ressemblerait, de nos jours, à un dossier de succession, on mentionne une terre, sise « au hameau d’haulizien »378
Haulissé
Le second document est une carte anonyme du 18ème siècle,
conservée aux archives nationales 379 et présentée par Bruno
Labbe dans son histoire de Wahagnies. Nous vous en
présentons, ci dessus, un fragment, où l’on note l’appellation
« hameau de Haulissé » mais on y voit aussi la cense de
Balanca (sans doute Bellincamps), le hameau de Vaca (le
Wacca). On remarquera aussi que l’actuel bois des cinq tailles
se nommait alors le bois d’Emerval.
Olligé
En 1782 les chanoines de Seclin, qui exercent la seigneurie sur
Thumeries renégocient la répartition de la dîme, l’impôt perçu
au profit du clergé. La paroisse y est divisée en cinq sections,
qu’ils appellent des « branches » et dont la « quatrième branche
dite d’olligé va du chemin de la pourette au chemin qui conduit
de Bellincamps à Moncheaux »
Olizier, Olisier, Olissier
A partir de 1795 on trouve l’orthographe actuelle : Olizier. Cependant il arrive, notamment en 1807 dans le cadastre que l’on voit page pécédente, que l’on écrive Olisier, de même que dans les divers recensements du 19ème siècle, Olisier en 1866, par exemple ou même Olissier…
La Bassetringue.
Ces fluctuations d’orthographe existent aussi pour le hameau tout proche de la Bassetringue. En 1841, sous Louis Philippe, on fait état de 2 projets de briqueteries temporaires au hameau de la « Basse tringue » (en 2 mots). Au recensement de 1846, on le nomme « batteringue » avant de prendre ensuite son orthographe actuelle.
3 Divers autres noms originaux.
Nous trouvons par ailleurs quelques diminutifs comme le Petit Thumeries qui désigne un quartier à l’entrée de Thumeries en venant de Wahagnies ou de la Neuville ; le « petit Versailles » désignant une série de logements édifiés en 1925, enfin le Petit Wasquehal, proche du Wacca dont nous venons de parler.
L’halloteau.
On l’écrit avec un ou deux « l ». Si l’on se réfère au picard (à notre patois) on peut fournir deux interprétations. Alloter c’est secouer ou remuer. Ce pourrait être une allusion à un mauvais pavage qui secouait les attelages passant par là. Mais comme le pavage est sans doute postérieur à l’usage du nom je pencherai pour la seconde hypothèse. Un « allo » c’est un saule. L’halloteau serait un petit saule ou une allée des saules…
378 Archives départementales du Nord B 3829
379 Archives nationales NN 188/39278
Rue Houdart.
Dans la répartition des sections du cadastre en 1791 une division est décrite ainsi : La cinquième section, dite de la rue Notre Dame va au levant de la rue Oudare au midi, à la voie des croyes au levant et au couchant au territoire de
Wahagnies. La rue Notre Dame et l’actuelle rue Jean Jaurès.
La rue Oudare, qui s’écrit ensuite Houdart, est l’actuelle rue
Salengro dans sa partie basse. Au 19ème siècle on l’a appelée
aussi rue du Raponneau.
Dans un rapport de 1847, l’agent voyer, Lemaire, affirme que
la rue Houdart vient d’être pavée. C’est, dit-il, une carrière
servant à l’exploitation de la plaine comprise entre l’église, le
chemin n°8, le chemin de Thumeries à Ostricourt (rue des
Tuileries) et la forêt.380 (CF plan ci contre)
Le pavé de la Pétrie.
Ce chemin de la « pétrie » ou de la « pétry » prolonge le
chemin de grande carrière qui traverse les bois qui séparent
Thumeries d’Ostricourt. Pétrie vient sans doute du latin petra
(la pierre). Certains y voient une allusion à la voie romaine
dont il a été question au chapitre 2 (page 6 et 7)
Le chemin de la pourette.
La pourette en patois est la poussière. Ce chemin était un
chemin de terre. Il est dénommé ainsi dans le recensement de l’an X. (1802). En 1868 sur un actede vente des propriété Coget on parle d’un chemin du long bonnier qui est soit le chemin de la pourette soit l’actuel piétonnier nommé chemin de la Baverie. La rue de la ruchonnette.
Dans le cahier du recensement de 1846 le rédacteur écrit « la rue Chaunette ». Elle n’a que trois maisons. Dans les recensements suivants c’est l’orthographe actuelle qui s’impose.381 L’offlarde.
Nous avons trouvé en 1791 mention de la voie de l’offlarde dans le cadastre. On y cite page 47) une section qui porte le nom de ce sentier, section qui va de Bellincamps aux rue Oudar (sic) et des croyes, c'est-à-dire notre actuelle rue Salengro.
II Les quartiers plus récents.
A. Les cités Béghin.
La société Béghin-frères fondée en 1895 s’est développée
rapidement comme on l’a vu. Elle a construit pour
héberger ses travailleurs quelques cités avant la guerre de
1914 : le « nouveau monde (1912), la cité de la Baverie
(nous venons d’en parler) la cité du Maroc (1913) et la cité
des marronniers en 1914.
Cité du Maroc.
La cité du Maroc date de 1913, du moins une première
tranche. Ce qui me fait penser à deux tranches c’est qu’au
recensement de 1921 on ne répertorie que 13 maisons alors
qu’à partir de 1926 on en compte 28 comme actuellement.
Pourquoi « cité du Maroc ?
Certes à l’époque il n’y avait pas de marocains dans la
ville. Les seuls thumerisiens d’origine étrangère, en 1911
comme en 1921, sont des belges (39) et 2 jeunes filles
allemandes, domestiques chez les frères Béghin.
380 ADN O 590/54
381 En 1846 on écrit aussi Belinquant (3 maisons), Batteringue( 5 maisons) et Thélu. (27 maisons)279
L’explication du choix de ce nom fait appel au contexte international. En effet en 1912, un an avant la construction, se termine « l’affaire du Maroc ».
Après la défaite française de 1870 la France essaie de sortir de l’isolement diplomatique où l’a plongée Bismarck. Elle tente aussi de se redonner une certaine gloire en se lançant en Asie et en Afrique dans une politique coloniale. Déjà installée dans l’Algérie voisine elle voudrait bien constituer dans le Maghreb une unité cohérente et tente de négocier avec le Sultan. L’Allemagne voit cela d’un mauvais œil et Guillaume II, le Kaiser en personne, débarque en 1905 à Tanger pour faire pression sur le sultan. A la conférence internationale d’Algésiras, où se règle le conflit, l’Angleterre soutient la France qui obtient la garde de la police des ports marocains. (c’est un 1er échec de la diplomatie prussienne).
L’affaire rebondit en 1911. Le sultan fait appel à la France pour mater une rébellion berbère. La France déplace un corps expéditionnaire à Fez. Les allemands inquiets envoient la canonnière Panther dans le port d’Agadir. L’incident faillit tourner à la guerre. Pour l’éviter le président du Conseil, Caillaux, cède quelques territoires en Afrique du Sud en échange de la liberté d’action au Maroc.
En France le regain de nationalisme, suscité par cette affaire, provoqua la chute du gouvernement Caillaux et son remplacement par Poincaré plus nationaliste. C’est donc très probablement ce contexte nationaliste qui est à l’origine du choix du nom de cette cité. On célébrait ainsi l’événement : pour la première fois, depuis 1870, la France avait tenu tête à l’Allemagne.
Bien sûr les tensions subsisteront et grandiront jusqu’à l’affrontement final de 1914. Quant au pays du Maroc, à partir de 1912, il deviendra officiellement un protectorat français. Il sera géré pendant 14 ans par une forte personnalité, le général Lyautey. (cf ci contre la première page du Petit journal en 1911)
Rappelons que bon nombre de « tirailleurs marocains » serviront dans l’armée française durant la première guerre mondiale.
Finalement le Maroc obtiendra son indépendance en 1956.
La cité du bois.
La construction de la cité du bois date de 1929. Les maisons ont été construites par l’architecte Louis Marie Cordonnier que nous avons déjà présenté. Elles viennent compléter quelques groupes de 2, plus anciens. L’originalité de cette cité c’est son plan. Cordonnier a abandonné les alignements de type « corons » pour créer une cité jardin aux rues sinueuses où il a disposé au milieu des jardins des groupes de 4 maisons adossées le plus souvent deux par deux. Pour varier encore il a utilisé quelques styles différents pour les ouvriers, les maîtrises ou les cadres et un seul alignement pour les vieux travailleurs que les thumerisiens ont vite surnommé « le coron des veuves » (photo ci-dessous)
La municipalité qui a bénéficiée d’une rétrocession
gratuite de ces voiries n’a été autorisée à reprendre
dans la voirie communale la cité du bois qu’à
condition de la partager en rues séparées. Le
conseil municipal du 8 février 1990 a essayé de
baptiser toutes ces voies, une douzaine à la fois. Le
choix n’était pas simple. Certains tenaient à garder
le thème du bois en privilégiant des noms
d’espèces végétales, d’autres voulaient évoquer la
région ou des événements historiques. Bref, ainsi
sont nées les rues du 19 mars 1962, du 8 mai 1945,
de la Libération , de Pévèle, de Flandres ainsi que
la rue André Malraux. On y trouve aussi les rues
des chênes, des charmes, des tilleuls, des sorbiers,
des platanes, des peupliers et une rue des jardins.
Les cités Béghin avec accès à la propriété.
Nous avons déjà parlé des constructions de l’ère Scache.(page 200)280
La cité Patrick Descamps, 1955, qui honore un patriote que nous avons
présenté abondamment dans le chapitre 9 (page 245)
La cité Henri Béghin, en 1956, qui fait mémoire d’un patron illustre (
CF page 235).
Enfin la cité Geneviève Béghin, édifiée en 1956 et dont le nom rappelait
une fille de Joseph Béghin, née en 1907 et décédée prématurément, en
1926, alors qu’elle n’avait pas encore 20 ans.382 Le nom de cette cité n’a
pas été conservé et c’est le nom de la rue qui la longe qui s’est imposé à
l’usage: rue Pasteur..
B De nouveaux lotissements. (Mandats de N. Lagache).
1. La résidence des Domeries,
Dès octobre 1970 on trouve des traces dans la presse locale d’un projet de lotissement appelé « domerie ». Une réunion d’information s’est déroulée en mairie de Thumeries en présence de M Scache à propos de ce projet de 65 lots. L’initiative venait du groupe « maison familiale » de Cambrai. Elle voulait faciliter l’accession à la propriété pour tous avec un apport initial de 600 F et une assurance de 500 F. A partir de 1971, les travaux peuvent commencer sur un terrain de 26.562 m2 divisé en 65 parcelles. On y installe des logements de type F4-F5 ou F6, jumelés en général par deux, de type Camerica V ou VI. Ils comporteront par exemple, au rez- de-chaussée : hall, séjour, une chambre, cuisine, garage-cellier et à l’étage 3 chambres et la salle de bain.
Le choix du nom « domerie » peut intriguer, d’autant que le terrain acquis pour cette construction se trouve au cadastre, au lieu dit « le Lobez ». Le choix du nom « domerie » fait référence à l’étymologie traditionnelle de Thumeries. En effet, comme l’atteste l’incontournable annuaire Ravet-Anceau, le mot Thumeries viendrait de Domerie. Ce dernier mot dériverait du latin « domus » (la maison) ou « dominus » (le seigneur) ou des deux mots. On évoquerait donc ainsi la maison du seigneur, c’est à dire l’église. On sait que jusqu’à la Révolution, Thumeries fait partie du domaine des chanoines de Seclin. Cependant les autres possessions du chapitre n’ont pas été appelées « domeries » et on peut éventuellement fournir d’autres hypothèses.
Contre les loups
Il faut savoir que d’autres théories plus sophistiquées ont été élaborées à propos de l’étymologie de Thumeries. Un auteur belge, Firmin Van Ackere de Zuilte explique notamment l’origine du mot par des sources « ouralo-celtiques » ! Ce dialecte pratiqué par des envahisseurs qui datent de 20.000 ans aurait laissé des traces… Ainsi les origines du mot seraient « hutamma », « ere » et « uska ». Les mots de base signifieraient, « ere », le loup. « Uska, la maison et « hutamma » la palissade. On aurait donc eu progressivement « tama- ere-iska , puis tamareska, puis thumerisca, enfin Thumeries ce qui signifierait littéralement la maison entourée de palissades contre les loups.
Le domaine de Turamaeri
Thumeries n’a pas suffisamment d’importance pour justifier des querelles ou des recherches étymologiques. Rappelons seulement que dans la Pévèle, les historiens sérieux , comme Alain Derville, professeur émérite de l’université de Lille III, distinguent des noms de villages d’influences diverses, romaines, romanes ou germaniques après l’invasion des francs. Il y a des noms gallos romains comme Auchy ou Bachy, anciennement Alciacum ou Bacciacum, domaines d’Alcius ou de Baccius… On trouve aussi des noms romans comme Bouvines (Bouvina, la bouverie) ou Flines (figulinas, les poteries) ou Templeuve (de templum le temple).
Viennent ensuite les terminaisons en iacas qui sont d’origine germanique et désignent les domaines d’hommes importants. Exemples Bléharies, Bousignies, Bouvignies, Mérignies et sans doute Thumeries et Wahagnies, noms qui renvoient à des hommes comme Bladahari, Boso, Maeri, Thuramaeri, Waho…
382 Extrit de l’image mortuaire de Geneviève Béghin, don de Jean Pierre Agache.281
Nous ne sommes pas à même de choisir entre les trois hypothèses. Faisons simplement remarquer une certaine concordance Il s’agit toujours de domaine ou de maison.
2. La résidence du Paradis,
Avant 1978 il y avait entre la râperie et le hameau du Thélut un chemin rural, nommé « chemin de la Baverie » qui traversait des champs. C’est sur une partie de ces champs que la société, Artois-Logement a envisagé la construction d’un premier lotissement. Au conseil municipal du 3 mars 1978, M le Maire, Noël Lagache, annonce :
« nous venons d’être avisés que
l’ouverture des plis, suite à l’appel
d’offre, se fera le 30 mars pour une 1ère
tranche portant sur 32 logements »
Les travaux
d’aménagement
et de
construction
sont donc
programmés en
1978, les voiries
provisoires en
mai, l’implantation des pieux en juin, et les premières
constructions en juillet. Le conseil du mois de septembre
constate que « les travaux sont en cours bien qu’ils aient pris
un peu de retard du fait que le compteur d’eau du chantier
n’avait pas été posé ». Au mois de novembre 1978 une
réunion a lieu en mairie pour coordonner les V.R.D et une
autre en février 1979 pour le choix des candélabres et des
plantations…
En mars 1979, un débat s’était engagé au conseil municipal
pour honorer Maurice Scache, ancien maire, décédé en 1978. Le conseil envisageait plusieurs hypothèses (le stade, la rue du petit Wasquehal, et, pourquoi pas, ce nouveau lotissement). Finalement il opte pour la place qui s’est appelée « place Maurice Scache » jusqu’en 1990). Il baptise en même temps « Jules Ferry » la nouvelle école du Thélut, Watteau et Carpeaux les deux impasses qui donnent dans la rue du petit Wasquehal et qui en perturbaient la numérotation. A cette occasion, M le Maire écrit :
Il faut aussi penser à baptiser les voies qui se trouvent à l’intérieur du lotissement d’Artois logement »
Il propose tout de suite d’intégrer les maisons qui se trouvent le long de la rue J. Béghin à la numérotation de cette rue.
Les 15 premiers logements sont livrés fin novembre 1979, 7 autres suivent en décembre et les derniers sont promis pour le printemps 1980 avec les espaces verts et l’aménagement des entrées de garage ;
Le bulletin de juin 1980 (un bulletin annuel, ronéotypé, sans photographie) en fait état
« 30 habitations ont été occupées en décembre 79 et janvier 80. Les espaces verts, les chaussées, les trottoirs sont en cours de finition »
Finalement le nom retenu entre 1980 et 1983 sera celui qui ornait le projet initial du lotisseur : résidence le Paradis »
La seconde tranche de construction sera mise en route à partir de 1983.282
3. La résidence des Moulins.
Le point le plus élevé de Thumeries se situe à une
altitude de 69 mètres dans le quartier dit des
moulins.
Un moulin dès le 17ème siècle
Déjà il y avait un moulin au début du 17ème siècle
comme l’atteste le tableau ci contre. Il s’agit d’une
aquarelle extraite des albums de Croy,(383) au
début du XVII°siècle et qui nous montre le village
de Thumeries : quelques maisons blotties autour
de l'église, avec en arrière fond le château et au
premier plan, sur la hauteur, un moulin à vent. Un
autre document, une carte du XVIII° siècle porte
près de Wahagnies la mention le "Calvaire et Min
de Tumeries". (Cf page 277)
Nous avons là la trace du premier moulin, sans doute un moulin à céréales.
En 1753 les baillis de Seclin donnent l’autorisation à Duquesne d’édifier un nouveau moulin :
« Nous avons examiné la requête présentée par le sieur Duquesne à effet d’obtenir la permission d’ériger un moulin à moudre le bled sur une pièce de terre à Thumeries. Après avoir pris connoissance de la situation du lieu et entendu quelques gens de loy de cette communauté nous ne voyons, Monsieur, aucun inconvénient à luy accorder la demande et nous jugeons que l’entretien du moulin dont il s’agit ne peut être que avantageux aux habitants du lieu »384 le fait qu’il y ait plusieurs moulins évite ainsi à Thumeries comme à Wahagnies les problèmes de monopoles qu’avaient certains moulins seigneuriaux jusqu’en 1790.
D'après les archives communales nous savons qu'il existait bien au moins un meunier à Thumeries en 1790. Il s'appelait Mannier. et exploitait le moulin appartenant à la comtesse de Lauraguais.385 On en parle même à deux reprises du fait que ses chevaux étaient malades et qu'il fallait prévenir toute épidémie :
"l'an mil sept cent quatre vingt dix, le 15 du mois de juillet nous soussigné maréchaux expert et artiste vétérinaire breftée certifions nous avoir transporté au vilage de thumeries ché noé Mannier , meunier, demeurant au dit thumeries pour vérifier une jument noire et un cheval gris de trois ans lesquel après les avoir vue
et examiné nous avons reconnue le cheval gris de trois ans getant par les deux nazaux une matière liquide et blanche, glandé sous la ganache provenant d'une gourme négligée, luy ordonnons de sen servir et de faire pencer jusqu'à parfaite guérison ou que sa maladie se déclare autrement et lui permettons de travailler avec les dits chevaux" 386
Après la Révolution : 3 moulins
Dans son inventaire des ressources du Nord le préfet Dieudonné et son secrétaire Bottin au début de l'empire relèvent (387 ) la liste des "tordoirs" (moulins à huile) de l'arrondissement de Lille au nombre desquels se trouve Thumeries. La fabrication de l'huile ayant bénéficié de la libéralisation des moulins le secteur s'est spécialisé dans la fabrication d'huile de colza, de lin,
383 il s'agit d'une collection d'aquarelles représentant un grand nombre de villes et villages de Flandres et publiée avec l'aide du conseil général Ces vues peintes vers 1603 par le valenciennois Adrien de Montigny restituent fidèlement les paysages ruraux du Nord 384 ADN C reg FW 1449
385 guillotinée à Paris en 1794
386 signé Grandier artiste vétérinaire (nous respectons fidèlement son orthographe que les enfants ne s’en offusquent pas)
387 page 199283
de chénevis, d'oeillette. Trente-deux moulins ont été construits en dix ans dans l'arrondissement de Lille.
Le cadastre de 1807, conservé en mairie, nous apprend l'existence : à la section B parcelle 3 d'un moulin à vent appartenant à Delval Pierre Joseph, cultivateur à Thumeries, -à la parcelle 17 d'un moulin à vent appartenant à Delval Eugéne, meunier à Wahagnies-(l’un des deux est un tordoir à huile), à la parcelle 19, d'un moulin à vent appartenant aux héritiers Mannier de Thumeries.
Un plan de 1875, dont voici un petit extrait, montre
l’emplacement de ces moulins.(à gauche, marqués d’une croix)
Les recensements successifs conservés en mairie attestent de la
permanence de meuniers jusqu'à la guerre de 1914. Mais il est
possible que certains disposaient déjà de moulins à
vapeur.(1856 :Carpentier Paul Joseph, meunier,70 ans, 1866 et
1876: Carpentier Eugène, meunier, 44 ans., 1886 : Dobry
Hyppolyte, meunier, 40 ans, 1901 : Pannetier Arthur, meunier,
28 ans.388
Disparitions
Les moulins à vent disparurent avant
1900. : l’un fut incendié en 1876, un autre
démonté et remonté en 1854 à Fretin (celui
de Mannier) et ceux des Delval sont tombés
progressivement en ruines…
Résidence des Moulins
La construction de la résidence « des
Moulins » date de 1969. il s’agit d’un
lotissement en accession à la propriété de
22 logements construits par groupes de
deux par le C.I.L de Lille
C Les derniers lotissements du 20ème siècle
Nous avons présenté, page 219 et suivantes, les lotissements construits sous les mandats de M Masquelez. En voici la chronologie…
1991 résidence Mozart
1992 résidence Desrousseaux
1994 résidence du château blanc
2000 résidence le clos du verger
2001 résidence du millénaire
2001 résidence les tourterelles
2002 résidence de la Marque
2002 résidence la pommeraie
2004 résidence de la Marnelle
2004 résidence de l’Europe
2005 résidence la clé des champs
2007 résidence Jacques Prévert
2007 résidence louis Marie Cordonnier
2008 résidence Lucie Aubrac
388 archives communales, recensements de la population284
III Les Quartiers dont le nom est lié à l’activité industrielle.
A. La Rue des entrepôts.
Création.
Première rue à droite après l’usine en direction de Douai, la rue des entrepôts ou de l’entrepôt est peu connue des Thumerisiens mais permet d’évoquer le passé industriel de la commune. Fondée en 1895, la société Béghin-frères commence à prospérer au début du 20ème siècle. C’est en 1908 que le conseil municipal, présidé par Jean Baptiste Denneulin, étudie la demande de Jean Baptiste Coget qui envisage la formation d’une société et la création d’un entrepôt de sucre.
Près de la station (gare) un entrepôt réel des sucres qui sera en même temps magasin général dans les termes de la loi en vigueur.
La délibération rappelle d’ailleurs que selon la loi du 31 mai 1846 seules les communes peuvent demander et obtenir la création
d’un dépôt réel de sucre. Il s’agit donc de
convaincre la municipalité du bien fondé
de sa demande, de lui garantir que sa
démarche sera totalement gratuite, qu’elle
pourra rétrocéder rapidement ce dépôt à la
société qu’envisage de créer M Coget.
Avec ces assurances le conseil accepte la
proposition.
La photo, ci contre, présente donc les
entrepôts et les quelques maisons qui
l’accompagnent avant la construction du
château Malle (1922.)
Utilisation.
On y stockait donc du sucre, conditionné en sacs de 80 à 120 kilos, empilés en tas. Travail de costauds comme on peut le deviner. Par la suite l’aménagement d’un pont transporteur permettait le chargement et le déchargement des wagons avec un peu moins d’efforts physiques.
Plus tard encore, le troisième bâtiment fut aménagé avec des alvéoles permettant de garder le sucre en vrac sans le conditionner en sacs. Ici, des tapis roulants remplaçaient le pont roulant. Le sucre stocké provenait d’outre-mer et de différentes usines métropolitaines et devait être retravaillé et raffiné avant d’être conditionné.
L’entrepôt a eu depuis son origine une vocation de magasin général. C’est un statut particulier qui donne à la marchandise conservée à long terme une valeur de garantie. On appelle cela le « warrant », sorte de nantissement ou d’hypothèque sur une valeur mobilière. La marchandise apporte une garantie officielle à la signature du propriétaire.
Évolution.
En 1922, la rue s’est enrichie d’une superbe propriété, le château Malle, édifié à l’occasion du mariage de Françoise Béghin et de Pierre Malle. Cette belle demeure fut la maison natale du cinéaste célèbre Louis Malle.
La construction de 2 silos de 20.000 tonnes chacun, en 1968, fit perdre aux entrepôts leur vocation première. On comprend donc, qu’après la fermeture de la sucrerie, la société des entrepôts ait été rachetée par la société Laude qui en a fait un lieu de stockage pour produits d’hygiène. Les locataires ont eu pour noms successifs Célatose, Inbrand, ou Tyco au gré des restructurations d’entreprises. Par la suite on y a stocké aussi des pneus.285
B Cité de la Pannerie.
Nombreux sont les Thumerisiens qui parlent du quartier de la Pannerie alors que ce vocable ne paraît pas sur nos plans. Il s’agit des rues Jean Baptiste Denneulin, des Tilleuls, des Sorbiers et d’une extrémité de la rue Salengro.
Une activité ancienne.
Déjà dans une description des paroisses du diocèse de Tournai publiée par le chanoine Pasture389 il est écrit au 17ème siècle:
« le fond de ces villages est propre à faire des tuiles pour les maisons. Aussi s’y en fait-il grande quantité et ils en fournissent tous les lieux circonvoisins »
Une carte du 18ème siècle fait état entre Thumeries et
Wahagnies de l’existence des tuileries de Juntiches.
Le préfet du Nord, Dieudonné, décrit en 1802 dans
ses « statistiques du département du Nord » la
production qui s’est poursuivie après la Révolution :
Les tuiles que l’on confectionne dans le Nord
sont plates ou en S appelées pannes. Les
pannes sont épaisses et pesantes et
consomment le double d’argile que les tuiles.
On cuit à la flamme au moyen de fagots de
bois blanc fendu très menu.
Il recense deux tuileries à
Ostricourt en 1789, une pannerie
à Phalempin, une tuilerie à
Wahagnies, et une briqueterie
à Thumeries.
Au 19ème siècle on a même
implanté ici ou là des panneries
ou briqueteries provisoires.
Avant la seconde guerre
mondiale il y avait encore ici une
usine de tuiles avec d’imposants
bâtiments, la tuilerie Gruyelle.
Son activité s’est arrêtée vers
1932 mais certains thumerisiens
ont conservé quelques tuiles
marquées Gruyelle. (Notre
photo)
Les argiles étaient extraites sur Ostricourt dans ce qu’on
nomme le château Pollet. (actuel gîte de France, sur la route
d’Ostricourt). On trouve aussi dans le bois un petit talus,
trace, dit-on, d’un petit train à voie étroite qui aurait relié la
pannerie au PP.
Après sa destruction, le site a été racheté par l’usine Béghin
qui y a implanté des hangars destinés à stocker la paille
d’emballage des pains de sucre, puis plus tard des engrais. De nos jours les hangars de la Pannerie hébergent une société de transport (René). Nos sources sont sommaires sur ce sujet.
389 ADN M 79 page 220-221286
C. La Cité Pétavis.
L’origine de la dénomination de cette cité est un peu mystérieuse. Voici les hypothèses les plus vraisemblables, inspirées du Web, d’une revue « Tentative » et des recensements de la population.
Comme beaucoup je suis allé sur le Web. J’y ai trouvé la trace d’un certain Jean Pétavis et de sa fille Adrienne dans le recensement de Dunkerque en 1906. On apprend qu’il était entrepreneur et Patron.390
Ma seconde source est un numéro de « Tentative » (revue interne à Béghin) de 1964 qui parle des travaux réalisés à
Thumeries pour agrandir la
casserie et installer une chaîne
Chambon venue de Denain. On
envisage ainsi d’agrandir les
locaux de l’expédition. « Ainsi
le petit magasin ou magasin
Pétavis sera supprimé et
remplacé par un autre
magasin ». La photo ci-contre
est celle de la maquette. J’en
déduis que le nom de Pétavis a
été donné en plus de la cité à
un bâtiment de l’usine. En
faisant le lien avec la première
information je formule donc
l’hypothèse que Pétavis aurait
été un entrepreneur, employé
un temps au service de la
société Béghin, pour certaines
constructions…391
La cité aurait été construite à
partir de 1923. Ceci explique
en partie la montée brutale du
nombre de maisons du Thélut entre deux recensements. On passe de 35 maisons à 61 entre 1921 et 1926. Ce bond englobe probablement les 18 maisons de la cité Pétavis et sans doute quelques autres du même style, rue de la Pourette, rue du petit Wasquehal, rue Pierre Viénot. On dénombre 308 étrangers au recensement de 1926. On constate l’arrivée massive des Polonais qui sont logés à la Fabrique (56 célibataires) et au Thélut pour la plupart. (21 couples avec des enfants et de nombreux célibataires…) On y mentionne des noms devenus familiers depuis (Blacknierek, Tomaszewski, Walzac, Florczak, Karpinski, Danikowski, etc…)
Parmi eux se trouvent sans doute les premiers résidents de la cité Pétavis toute neuve.
Je signale encore des appellations savoureuses pour des endroits précis :
Le carrefour, près du crédit agricole, où les attelages devaient tourner se nommait autrefois le « tournebride » et les cafés qui précédaient l’usine, « la clachoire », lieux où l’on faisait claquer le fouet pour accélérer l’allure à la sortie de l’agglomération.392
390 On trouve aussi sur le Web, une rue Petavis à Bouillac (Tarn et Garonne) et même un cratère Petavis sur la Lune !
391 M. Jules Lefebvre m’a confirmé (en 2009) que la société Béghin avait utilisé les services d’une entreprise « Pétavis »
392 D’après Arthur Lefebvre.287
Chapitre 11 : Les Associations.
La loi sur les associations date de 1901. A ce titre l’amicale des sapeurs pompiers est antérieure à cette loi. Cependant il nous a pourtant semblé logique de traiter ici, avant les autres associations, en début de chapitre, l’histoire du corps de sapeurs pompiers.
I. Les Sapeurs pompiers.
A/ Naissance et 1ère organisation du corps de sapeurs de Thumeries.
1. Sous le second Empire.
C’est avant la chute du second Empire qu’on trouve dans nos archives communales les traces de l’organisation du premier corps de sapeurs pompiers. Elle est envisagée dès 1869 par le conseil municipal, suite à une demande de la préfecture :
« pour que soit établi dans nos localités des corps de sapeurs pompiers »393 Le conseil s’appuis sur le fait que :
« 30 jeunes gens de la commune s’engagent volontairement pour 5 ans à faire partie d’une société de cette espèce.
Le conseil continue en disant :
«Que l’organisation de ce corps offre des avantages considérables tant sur le rapport des services des incendies que pour assurer le maintien de l’ordre et le respect des propriétés. »
On voit, avec cette dernière citation, que la tâche est double, sécurité d’une part et maintien de l’ordre, d’autre part. Ce n’est pas étonnant quand on sait que les pompiers, à l’époque, relevaient de la garde nationale.
Le conseil accepte donc l’idée et vote un budget de 600 F pour acheter une pompe et l’habillement.
Le projet suit son cours et le 22 mai 1870, le maire, Louis Denneulin, signale qu’il manque 500 F pour construire le dépôt de pompe et acheter les képis. Le budget est passé entre temps à 800 F.
7 jours plus tard, le 29 mai 1870 se constitue enfin le corps :
« Devant nous, Denneulin Louis, maire,
ont comparu Lagache Jean-Baptiste,
lieutenant et Coille Florimond, sous-
lieutenant, nommés à ces grades par
décret de l’empereur du 30 avril 1870,
lesquels ont prêté entre nos mains le
serment :dont la teneur suit
Je jure obéissance à la
constitution et fidélité à l’empereur…
Il a été ensuite procédé à leur reconnaissance
par la subdivision assemblée
393 PV n° 90288
Sapeurs pompiers vous reconnaîtrez pour votre lieutenant M Lagache Jean Baptiste et vous lui obéirez en tout ce qu’il vous commandera pour le bien du service »
Reste à solder les investissements. En 1871 le fournisseur de la pompe réclame le solde de 256 F. Le budget est serré. Il ne reste que 50 F en caisse. Le département qui avait promis 400 F n’a versé pour l’instant que 250 F. Le montant total est de 1.056 F(394) . La somme manquante sera avancée par M Eugène Denneulin, propriétaire à Thumeries, au taux de 4%. C’est tout ce que nous savons de ce corps initial et de ses membres, pompiers et presque policiers à la fois. Leur costume devait donc être proche de celui des armées de l’époque : bicorne, baudrier, pantalon bouffant.
Je pense qu’il est probable que les costumes loués par nos pompiers actuels pour la parade de 1989 (page précédente) peuvent être considérés comme la copie fidèle de ceux de leurs aînés.
2. Reprise sous la 3ème république.
Conséquence de la défaite de 1870, le Second Empire s’écroule et la République s’installe. En 1871, les pompiers cessent d’appartenir à la Garde Nationale. Le 29 décembre 1875 le décret Freyssinet fixe la réglementation des corps civils de sapeurs, lesquels se regrouperont en fédération en 1882 (deux ans avant la création légale des fédérations de syndicats !) Dès 1874, les Sapeurs Pompiers de Thumeries réclament un drapeau. Le conseil « considérant que toutes les sociétés ont le leur » vote 75 F et demande la même somme en subvention préfectorale pour acheter un drapeau dont la valeur est de 150 F.
A Thumeries le procès verbal n° 207 signale « que les corps existants disposent d’un an pour se renouveler ».C’est ce qui est fait sans doute puisqu’en 1880 une subvention de 100 F est versée par la mairie. Enfin en 1882 (PV n°324) le maire, Joseph Coget, réorganise officiellement la section locale.
L’effectif est ramené à 25 hommes parmi lesquels on distingue, un sous-lieutenant, deux sergents, quatre caporaux et un tambour-clairon.
Deux conseillers municipaux, Sylvain Beaucamps et Jean Baptiste Denneulin, (futur maire) sont désignés pour faire partie de la commission.
Ainsi fait, le corps reçoit un nouvel équipement fabriqué à Thumeries même, par l’entreprise Blondeau Martinache, qui en 1891, s’engage à fournir « aux sapeurs pompiers 25 dolmans de drap pour 28 F pièce » 395
3. A la veille de
la grande guerre.
Nos sapeurs
pompiers seront
ainsi équipés avant
la guerre de 1914.
Nous disposons
d’une photo de cette
époque sur laquelle
figure le maire JB
Denneulin décédé
en 1912.
Remarquez la tenue
et l’équipement,
avec le casque mais
aussi un fusil …
394 Procès verbal n° 108 de 1871
Rappelons pour situer ces chiffres que le salaire annuel tout compris de l’instituteur est d’environ 1000 F
395 Archives départementales O 590/118289
B. Entre les deux guerres.
1. Le matériel.
C’est au titre des dommages de guerre que le conseil municipal envisage l’acquisition d’une nouvelle pompe 396
« M. le Maire expose que la commune est dépourvue de pompe à incendie (…). Le conseil municipal demande à M. le préfet une avance suffisante pour le remplacement complet du matériel d’incendie suite aux pertes dues à la guerre »
Les démarches sont donc menées pour acquérir auprès de la société Duroy Sohy de Paris, une pompe N°2 avec piston de 110 :
«C’est à dire un modèle disposant d’un minimum de puissance pour notre commune et de toutes manières supérieure à celle de l’ancienne pompe détruite »397
On fournit aussi une nouvelle tenue. Le procès verbal du 29 mars 1923 fait état que :
« Les effets d’habillement des sapeurs pompiers de la commune ont besoin d’être renouvelés et la commune dispose des indemnités de dommage de guerre de 6.500 F pour cette dépense.»
Après appel d’offre, la commune traitera avec la maison Boutry Vanwesteyn, installée alors au 22, rue Négrier, à Lille.
2/ Le Personnel.
Les hommes ainsi équipés, seront au nombre de 28 avec comme chef de corps Henri Wilmot assisté d’un sous-chef, Raymond Dhaynaut.
Voici les noms de 25 des 26 hommes publiés dans un ancien bulletin et la photo de l’effectif : Camille Cabre, Coignet
Jean Baptiste, Depret
René, Detrain
Augustin, Dhenry
Hermens, Dufresne
Fernand, Flinois
Auguste (père et fils),
Flinois Charles, Groust
Pierre, Heicy Clovis,
Henry Florian et Louis,
Herbaut Joseph,
Herengt Jean Baptiste,
Lagache Hubert, Lohier
Désiré, Malfait Albert
et Claude, Marsigny
Edouard, Meresse
Gustave, Milleville
Louis, Mulier Augustin,
Parsy François et
Wilmot Louis.
3. Le local.
La municipalité améliore peu à peu la situation matérielle du corps de sapeurs. C’est d’abord la création de ce que l’on nomme le « dépôt communal » près de l’église ( 398)
396 PV du 14/09/1919 N°199
397 PV du 13/02/1921 N° 210290
Les plans sont établis en 1927 par M Cordonnier, architecte de la société Béghin et de la commune, (n’oublions pas que le maire de l’époque n’est autre que Joseph Béghin). Ce dépôt dont vous trouvez ci-joint un plan, vise à abriter à la fois le corbillard, le matériel d’incendie et un local dénommé sur le plan « violon », sorte de prison ou plus exactement de local destiné aux vagabonds ou lieu de dégrisement pour les ivrognes arrêtés sur la voie publique. Au budget de la même année 10.662 F sont attribués au mobilier des pompiers et au matériel d’incendie.
Pendant la seconde guerre mondiale le
corps est doté d’une moto pompe avec
chariot remorque, d’une échelle à coulisse
de 12 mètres et d’une autre échelle à
crochets de 4 mètres.
La commune est par ailleurs équipée de 27
bouches à incendie réparties sur le
territoire. Par contre l’effectif des
pompiers est réduit à 20 hommes.
C. Après la 2ème guerre
mondiale
1. Centre local d’intervention.
L’effectif est encore réduit et passe à 16
hommes en 1948, toujours dirigés par le
lieutenant Henri Wilmot. Son adjoint est
le sous-lieutenant Charles Hamelin.
Ils ont sous leurs ordres Bécu Louis,
Bienaimé Julien, Bonte Henri, Degorre Victor, Dufresne Fernand, Dutertre Louis, Flinois Géry et Pierre, Henry Florimond, Herbaut Joseph, Malfait Albert, Mekil Augustin, Rachez Albert et toujours Wilmot Louis.
Ils disposent d’une pompe de 30 m3,
d’un dévidoir mobile de 200 mètres
de tuyaux de 70 mm.
En 1952 la commune contracte une
nouvelle police d’assurance pour
couvrir les indemnités de ces
hommes en cas d’accident en service
commandé: 2.070 F par jour pour un
officier, 1.680 F par jour pour un
sous-officier et 1.280 F pour les
caporaux et sapeurs ( 399)
La même année on remplace l’étoffe
du drapeau (que l’on trouve trop
usagée). C’est l’entreprise Doublet à
Lille (entreprise fort connue de nos
jours dans ce domaine) qui est
choisie pour sa fabrication soignée.
(10 mars 1952).
En 1954 nos pompiers reçoivent une nouvelle tenue de feu : casque en acier chromé, veste de cuir, pantalon de drap, ceinturon, produits pharmaceutiques et quelques civières.
398 Ce bâtiment a été transformé récemment en local pour association caritative (chemin du presbytère)
399 PV du 25/03/1952 N°365)291
1957 voit le départ à la retraite du lieutenant Wilmot et quelques démissions. L’effectif reste donc à 16 membres en faisant quelques recrues.( dont François Lemaire, futur chef de corps). Le nouveau chef, le sergent Dufresne, est assisté de Louis Wilmot.
Le conseil municipal délibère des vacations (indemnités horaires) destinées à dédommager les sapeurs pour les heures passées soit en interventions soit en manœuvres. Elles évoluent suivant le grade entre 200 et 300 F de l’heure pour les interventions et entre 150 et 225 F pour les manœuvres. Qu’on prenne garde il s’agit, en 1958, d’anciens francs, c’est à dire de centimes ! D’ailleurs ces vacations sont revalorisées en 1962 et un sapeur touchera entre 2,80 NF (nouveux francs) et 4,80F de l’heure en intervention.
1959 voit la promotion du caporal, François
Lemaire à la responsabilité de chef de corps avec
le grade de sous-lieutenant. Il s’initie
personnellement au secourisme et transmet cette
passion à ses hommes qui vont acquérir de ce
fait une nouvelle compétence.
En 1966-67 on renouvelle les tuyaux avec
l’achat de 3 fois 20 mètres de tuyaux de 45
mm et de 7 fois 20 mètres de tuyaux de
diamètre 70 mm.
2. Centre de secours.
Le fait le plus notable est la demande
déposée pour la première fois le 27 octobre
1969 en vue d’obtenir le classement en
centre de secours.
Cette demande fait valoir
que les communes voisines, Mons en Pévèle, Bersée, Moncheaux, La Neuville, Wahagnies n’ont pas de pompiers, que les sapeurs pompiers de Thumeries sont 16 hommes « jeunes et valides » et qu’ils possèdent une moto-pompe, une camionnette Citroën, 2 dévidoirs, un appareil de respiration, deux échelles et 5 brancards. L’achat d’un fourgon pompe tonne est envisagé pour l’année 1970 et un nouveau local devrait être construit dans un prochain avenir.
Ce passage du statut de corps de première intervention à celui de centre de secours en charge de Thumeries et des communes voisines est effectif depuis le 1er janvier 1971. Le nouveau centre de secours a en responsabilité les communes de Wahagnies, La Neuville, Mons en Pévèle, Tourmignies, Bersée, Moncheaux, Ostricourt et bien sûr Thumeries.
Le Matériel
Afin de répondre à la demande les pompiers de 1971 disposent d’un fourgon pompe tonne avec sa propre réserve d’eau de 3.500 litres, équipé d’une pompe de 90m3, d’un appareil à mousse, de deux dévidoirs de 120 mètres de tuyaux, d’une réserve de 600 mètres de tuyaux et d’un dévidoir tournant relié à la tonne.
Le second véhicule est un fourgon-incendie tractant une moto-pompe de 60m3 qui permet d’alimenter avec un point d’eau deux grosses lances ou quatre petites lances. Le 3ème véhicule d’incendie est spécialisé dans la lutte contre les feux de cheminée. En plus les pompiers disposent encore d’une moto-pompe de 30 m3, d’un vide cave de 15m3 et d’un appareil d’oxygénation pour les asphyxiés292
Tout l’équipement et le matériel
est abrité dans le centre de secours
tout neuf, construit sur la place,
derrière la Mairie, en 1972.
Les Hommes
Les sapeurs sont placés sous la
direction du lieutenant François
Lemaire, aidé dans sa tâche par
l’adjudant chef Deleporte, deux
sergents-chefs Gérard Delacourt et
Jacques Ricquet, le sergent
Jacques Descamps, et trois
caporaux : Maurice Dauphin, Emile Boulinguez, et Christian Kuderski.
Les hommes se nomment Deleporte R, Diévart JC, Dumortier JM, Dutertre M, Fichel R, Fillière P, Macheludon J, Marcheix Y, Papeghin G, Quilliot B, Ricourt L, Suckiel E, Taysse A, Wiertel F.
Par ailleurs une amicale a été lancée et elle assure des animations
régulières (fêtes, repas, frites-moules cf photo…)
Améliorations successives.
Soutenu par la municipalité, dirigée successivement par Maurice
Scache, Noël Lagache et Armand Masquelez, le corps de sapeurs
pompiers sera doté régulièrement de nouveaux matériels :
1971 Acquisition d’un nouveau fourgon pompe tonne
1973 Fourniture de tenues de ville
1975 Acquisition d’un V.S.A.B. (véhicule de secours aux asphyxiés et aux blessés) sorte d’ambulance moderne pourvue de bouteilles d’oxygène et de matériel oxy- coupeur pour la désincarcération.
1977 Construction, par les pompiers eux-mêmes, d’un vestiaire (en fait un couloir aménagé le long du centre de secours).
le corps assure aussi la formation de son personnel et le passage de grades successifs : François Lemaire est promu capitaine, Patrick Fillière et Didier Lemaire, sous-lieutenants.
Nous disposons en archives d’un inventaire publié en 1981 (dix ans après la création du centre de secours). Cet inventaire est paru dans
la presse à l’occasion de la fête
campagnarde.
Le corps dispose de 35 hommes dont 34
titulaires du B.N.S (brevet national de
secourisme) et 25 sont spécialisés en
réanimation.
Le bilan de l’année 1980 montre leur
activité : 41 incendies, 27 feux de
cheminée, 50 secours routiers, 74
transports de malades ou de blessés, 120
opérations diverses : soit en tout plus de
300 sorties.
C’est en 1980 que la compagnie est
pourvue d’appareils sélectifs d’appel, des « bip », comme l’on dit, qui rendent les interventions plus rapides et évitent le recours systématique à la sirène.293
En 1982 la mairie achète un FPT d’occasion en complément du premier. Les pompiers iront le chercher à Florange (Moselle) .Par ailleurs, l’amicale remplace son « estafette » par un fourgon « J7 »
3. Vers la départementalisation.
Nouvelles autorités.
En 1986 c’est le départ à la retraite de François Lemaire qui reçoit à cette occasion l’hommage du colonel Moreau chef
des services « incendies » et des
municipalités de Thumeries,
d’Ostricourt et des environs.
Son successeur, sera Patrick Fillière
qui prendra le relais de la gestion du
corps, de son animation et du
développement d’activités éducatives
comme la formation des secouristes.
Le corps de Thumeries, soucieux
d’attirer des jeunes dans son groupe,
innove en mettant en place en 1996, un
groupe de jeunes, les cadets, qui
s’initient aux manœuvres d’incendie et
de secours (établissement des tuyaux,
branchements de dérivations et de lances, gestes de bases du secourisme)
Ils apprennent aussi à défiler et on les dote d’une tenue et d’une casquette rouge, comme on le voit sur la photo ci contre.
Projet de départementalisation.
1996 voit l’annonce d’une grande réforme, lancée par le gouvernement, la départementalisation des services d’incendie et de secours. Il s’agit d’une « remise à plat », ou d’une redistribution de tous les effectifs des sapeurs pompiers professionnels ou volontaires afin de mieux couvrir les besoins.
Cette réforme agrandit les compétences du S.D.I.S, service départemental d’incendie et de secours, chargé de coordonner les activités et de gérer les moyens.
A Thumeries, depuis cette date, la
municipalité a gelé un bâtiment racheté à la
société Béghin-Say, l’ex « salle de tare »
(en arrière plan sur la photo) pour le
proposer au SDIS afin de garder le centre
de secours sur place, mais un centre qui
serait plus vaste et plus fonctionnel que
celui de la place.
Les problèmes de financement du SDIS ont
longtemps retardé la réalisation de ce
projet mais finalement le projet a pris corps
en 2005 avec la démolition de l’ancienne
salle de tare, la pose de la première pierre
et la construction en 2005-2006 du nouveau centre de secours.294
Composition du corps en2001
Le corps des sapeurs pompiers comprend en 2001 trois officiers dont un médecin, cinq sous- officiers, 24 caporaux et sapeurs et 40 cadets.
Il utilise un fourgon pompe tonne, un VSAB, un VTU (véhicule tous usages), un véhicule léger. Il dispose d’un groupe électrogène et de trois groupes vide cave.
Rappelons que le corps a effectué 800 sorties en l’an 2000 !
Tout Sapeur pompier en 2001 se doit d’être aussi secouriste. Les formations et les recyclages sont assurés en ce qui concerne Thumeries par trois moniteurs nationaux qui forment également les personnels des CPI (centre de 1ère intervention) de Bersée et d’Ostricourt et contribuent à la formation des jeunes sapeurs (Secourisme, entraînement spécifique des jeunes sapeurs..
Un examen, le brevet national de jeune sapeur pompier, sanctionne entre 16 et 18 ans la formation et permet le recrutement en tant que sapeur pompier volontaire. Cependant une formation complémentaire de 100 heures est dispensée en sus par le S.D.I.S. (service départemental d’incendie et de secours) avant l’incorporation dans un corps de sapeurs.
Depuis 1995 l’association a reçu environ 300 enfants. 19 ont passé leur brevet depuis 1997 (1er examen), 16 ont été reçus. Parmi ces derniers 8 ont été incorporés au centre de secours de Thumeries, 3 dans d’autres centres et deux jeunes filles sont devenues professionnelles dans les sapeurs pompiers ainsi que trois garçons..
Finalement c’est en novembre 2006, que le corps de sapeurs pompiers de Thumeries s’est vu remettre par Mr Derosier, président du conseil général et du SDIS son nouvel équipement, une caserne toute neuve, adaptée à ses besoins et aux services à rendre.
On y dispose de bureaux, de services informatiques, de vastes garages, d’un local spécial pour le V.S.A.B, de vestiaires et douches, d’une salle de formation, d’une plate forme réservée à l’atterrissage des hélicoptères de la sécurité civile.
Voici, page suivante, la nouvelle équipe posant devant cette nouvelle installation. (photo 2006)295
Ce nouvel équipement facilite déjà les manœuvres et la formation.296
II. La Fanfare « La concorde. »
A. Les cinquante premières années. 1888-1938.
1. La fondation
C’est en 1888 que plusieurs musiciens de la commune, qui avaient pris
l’habitude depuis deux ans déjà, de se réunir pour faire de la musique,
décidèrent de faire agréer officiellement leur groupe et fondèrent un
groupement qui prit le vocable de « fanfare de Thumeries, la Concorde ».
Nous sommes là treize ans avant la fameuse loi de 1901 sur les
associations.
Le premier président est Aristide Blondeau, personnage que nous
connaissons et dont nous avons une photographie puisqu’il est devenu en
1913 maire de Thumeries à la suite du décès de Jean Baptiste Denneulin.
Monsieur Blondeau, fondateur de la musique a donc dû gérer la
commune durant les années d’occupation de la guerre de 1914-1918. Les
autres membres du bureau initial sont Charles Coget, G. Blondeau, A.
Deroubaix, directeur, G. Crombez, sous-chef et P. Selosse.
Dès 1900, la présidence est exercée par J. Morel secondé par A.Desprez et toujours Charles Coget. Il faut y joindre J Dhainaut et un nouveau directeur : M Housiaux. Ci-dessous une photo qui date probablement de
1914.
2.Après la guerre de 1914
La guerre de 1914, on s’en
doute, n’épargne pas, hélas, la
fanfare.
Après l’armistice, la fanfare
offre la présidence d’honneur à
M Joseph Béghin, patron de
l’usine et maire de Thumeries à
partir de 1919. M Béghin s’est
particulièrement investi dans la
vie de la société comme maire
mais aussi comme membre
bienfaiteur. Un regard sur le
livre de comptabilité de la
société fidèlement tenue par les trésoriers depuis 1921 (Dhainaut, Fregefond, Milleville, Dupuis, Cabre et Daniel Petit) l’atteste.
M Béghin commence par verser 200 F en 1921 à l’occasion du mariage de sa fille Jenny avec Claude Descamps. Cette somme représente dix fois la subvention communale de la même année.
Après les dévaluations du franc, des années 20, la subvention passe à 700 F, mais la comptabilité fait état de dons de M Joseph Béghin qui se situent
entre 2.000 et 3.000 F par an ce qui équilibre toujours le budget de la
société. Madame Béghin intervient aussi en 1925 pour financer
l’achat de la bannière (1.560 F)
Durant cette période la société est dirigée par M A Desprez,
président, R Crombez, vice-président et Carolus Fregefond, trésorier.
Ce dernier, par ailleurs cadre à l’usine, deviendra président après le
décès de Mr Desprez.
Dès 1926, la société commence à sortir de Thumeries pour participer
à la fête des sourds-muets de Ronchin. Le 20 mai 1934 elle prend
part pour la première fois à un concours. Elle se classe en 2ème
division avec les félicitations du jury et son chef reçoit un prix de297
direction ( 400)
En 1937 la presse se fait aussi l’écho de
récompenses obtenues par quelques vétérans de
cette formation, MM Desprez, Milleville,
Crombez et Guilbert qui entourent ici M
Fregefond.
Nos photos sont de mauvaise qualité mais ce
sont des copies de presse assez mal conservées.
Vous trouverez ci dessous une autre photo datée
de 1935.
Le journaliste présente ainsi la société :
«Groupement solide, sérieux, plein d’allant. Son répertoire est varié avec des pièces musicales fortes que les vrais amateurs ne dédaignent pas d’écouter. Son chef M Jacquart (chef depuis 1920) est trop connu pour en faire l’éloge. C’est une baguette autorisée qui ne peut conduire qu’à des succès ».
3. Anniversaire.
En 1938, la Concorde fête déjà ses cinquante années d’existence. L’originalité de la fête organisée à l’époque c’est qu’elle associe deux sociétés, la Concorde et L’Avant Garde, l’une a 50 ans, l’autre 25. A noter que la première a pour président Joseph Béghin et l’autre Ferdinand Béghin son neveu, deux mécènes particulièrement généreux.
Il est vrai aussi que certains musiciens sont aussi membres de l’Avant Garde. Un regard sur les statuts de l’époque montre cette tolérance :
400 D’après le journal « l écho du Nord » ancêtre de la Voix du Nord298
Exceptionnellement les sociétaires de la musique pourraient être admis comme membres de la société l’Avant Garde dans la section de gymnastique et de préparation militaire d’une manière transitoire pour l’année précédant leur incorporation [….] ils peuvent adhérer aussi à la section de tir…Mais il est bien entendu qu’ils ne participeront pas aux sorties de l’AGT le jour où la musique fera une sortie ou un concours. 401
L’article 28 énumère les sorties obligatoires : obsèques de personnalités, 14 juillet, Sainte Cécile. Les autres sorties sont décidées chaque trimestre par la commission. Et le secrétaire affiche dans la salle de répétition le tableau des absences. Il se doit de signaler plus de trois absences (article 7)
Revenons à l’anniversaire de la société :
A cette occasion, Thumeries avait revêtu une charmante parure de drapeaux, d’arcs fleuris, de fausses portes, avec une profusion de guirlandes, de gerbes, de plantes vertes du plus gracieux effet 402
Après une cérémonie au monument aux morts, M Joseph Béghin, maire et président d’honneur préside le banquet à la salle Coget-Carlier. Ses invités sont les maires des environs et les présidents des sociétés musicales et sportives invitées.
A 14 h 30 débute un défilé de grande dimension. Qu’on en juge plutôt : défilent ce jour la Concorde (75 exécutants), l’union musicale de Seclin (250 membres), l’harmonie de Lambersart (70), celle de Leforest (250), l’étoile des mines d’Ostricourt (50), l’harmonie de Mons en Pévèle (50) soit 735 musiciens.
Entre les musiques prennent place les sociétés sportives : la gymnastique municipale d’Armentières (75 membres), le stade héninois (50), la gymnastique de La Madeleine (75), la société sportive féminine de Lille (150) les sokols polonais (60) et finalement les 150 membres de l’Avant Garde.
Ce millier de personnes converge vers le stade où auront lieu des mouvements d’ensemble très prisés à l’époque puis des démonstrations de pyramides, des exercices aux barres parallèles et à la barre fixe, des épreuves d’athlétisme, des démonstrations de boxe sur le terrain de basket, des épreuves de natation et de plongeons à la
piscine toute proche.
La fête se termine par un spectacle nocturne, une fête de nuit où les
thumerisiens peuvent apprécier un ballet alsacien, une parodie des
chanteurs à la mode , un ballet dit « des boulonnaises, des danses du
sokol et enfin un ballet espagnol.
Bref, une très belle fête. N’oublions pas que nous sommes en août
1938 dans un contexte international tendu. Cinq mois auparavant
Hitler, le führer du Reich, a annexé l’Autriche. Deux mois après
Daladier, président du Conseil de la troisième république signera les
accords de Munich qui repousseront provisoirement la guerre qui se
profilait à l’horizon
B. La Concorde de 1838 à1888.
I/ de 1938à 1948.
La seconde guerre mondiale qui débute en septembre 1939 entraîne à la Concorde comme dans les autres associations une baisse d’activités. Un certain nombre de musiciens sont mobilisés et ne peuvent plus exercer leur art. Les membres restés à Thumeries essaient d’aider les mobilisés en leur envoyant des mandats. On le constate en consultant la comptabilité qui fait état de 34 mandats de 30 Fsoit une dépense de 1.020 F.
401 article 21 des statuts
402 Echo du Nord, 8 août 1938299
On sait peu de choses sur cette période délicate à la Fanfare. Les comptes permettent de savoir que le mécénat de M. Ferdinand Béghin se poursuit néanmoins puisque le budget de 1943 révèle une subvention de 8.162,50 F « pour couvrir les appointements des chefs » durant les années 1941-1942. En 1944 on trouve encore une somme de 3.500 F.
La fin de la guerre provoque à Thumeries un épisode inattendu de « politisation » de l’association musicale. Après plus de 25 années de règne Béghin le mandat de M Ferdinand est battu en brèche aux élections de 1945. Le maire sortant, battu, est remplacé par Antoine Martin. M Béghin accepte mal cette défaite et entraîne avec lui, on l’a vu par ailleurs, un certain nombre d’avantages antérieurs (machine à écrire, cheval, tombereau de la société mis à la disposition de la commune). A la société La Concorde, le président en exercice était M Carolus Frégéfond (ancien ouvrier de la casserie, entré à la société le 10 octobre 1907 comme simple magasinier et
qui avait gravi petit à
petit les échelons pour
devenir chef de
moulage puis adjoint du
directeur, M. Villette,
avant de remplacer ce
dernier nommé comme
directeur d’usine.
Monsieur Carolus se
sent obligé d’être
solidaire de son patron.
Il démissionne et avec
lui tout son bureau et
son chef M H Jacquart.
Le conseil municipal du
15 septembre 1945 se
fait l’écho de
l’épisode :
« Suite aux dernières élections municipales les dirigeants de la société de musique ont démissionné en bloc. Considérant qu’une nouvelle société de musique est en formation et sans argent, M le Maire propose de lui attribuer une subvention de 9000 F pour les dépenses de la fin de l’année 1945, 5.300 F pour le traitement du chef et 3500 F pour celui du sous chef »
M Carolus est remplacé par Gaston Dumont et M. Jacquart par Robert Choquel.
Le second épisode révélateur de cette tension « politique » intervient en 1948, le 9 avril. M Scache récemment élu intervient au conseil en ces termes :
« je suis conduit à proposer la suppression de la subvention à la Concorde, à cause d’une manifestation irrespectueuse à l’encontre de nos morts et du souvenir que nous leur gardons ainsi qu’une faute grave réprouvée par un des articles du règlement général de la Concorde ».
Que s’est –il passé? M le Maire reproche aux musiciens :
« D’avoir joué en plein cimetière et devant une assistance nombreuse l’Internationale, le jour des funérailles d’un conseiller municipal. Je n’apprendrais à personne que l’Internationale est considérée par un parti politique comme un emblème. Jouer l’internationale constitue donc une manifestation de caractère nettement politique interdite par l’article 3.300
Cet incident est finalement réglé par le renouvellement du bureau et l’abandon de toute manifestation politique à l’intérieur de l’association.
Voici, page précédente, une photo de la Concorde en 1948 en présence de M. Scache.
2/ L’Ère Sergeant.
Le président d’honneur est M Scache lui-même, le président Albert Fontenier puis François Pollet et le directeur Louis Sergeant.
Le procès verbal du 16 août 1951 montre l’amélioration des relations :
« subvention de 50.000 F à la Concorde qui depuis deux ans a fait un réel effort au point de vue technique »
M Sergeant signe cette année là un accord avec M Grimaldi, directeur d’école, pour donner à l’école primaire des cours de solfège, le soir après la classe.
Le 30 juillet 1952 le conseil municipal, constatant l’usure générale des tenues des musiciens s’engage à procéder à un renouvellement partiel en demandant à la maison Billaud-Renard, 75 rue de Lille à Seclin, de confectionner 17 uniformes neufs pour la somme de 350.000 F. Le 6 juillet 1953 le conseil vote le complément (409.660 F) et y ajoute une casquette réalisée par la chapellerie Benjamin, 45 rue de Béthune à Lille, pour 45.000 F.
Enfin en attendant le service militaire les jeunes qui n’ont pas droit à l’uniforme seront quand même dotés d’une tenue semblable à celle des adultes. (18 mai 1954).
Voici ce nouveau costume lors d’une fête de sainte Cécile peu après 1955.
A noter à l’actif
du nouveau chef
la participation de
la société à
plusieurs
concours
extérieurs.
* 1960 concours
des fanfares de
troisième division
à Lens
* 1962 la
Concorde obtient
le 1er prix de 2ème
division à Saint
James dans la
Manche.
* 1963 coupe des
fanfares de 2ème
division à
Haubourdin et à
Valenciennes
* 1965 1er prix à Marens (Charente maritime)
* 1970 à Romorantin (Loir et Cher) 1er prix et passage en 1ère division à Lille. * 1974 1er prix à St Pierre d’Oléron
* 1977 1er prix aux Sables d’Olonne.
3/ L’Ère Flinois.
Le 1er septembre 1979 Marcel Flinois, entré à la fanfare en 1935 en qualité de saxo-ténor, prend la responsabilité de chef. Il le restera jusqu’au bout de ses forces en 1996 sous les présidences de Mrs Pollet, Robert Delannoy et Robert Crombez.
Le soutien de l’usine est beaucoup plus discret qu’auparavant : Marcel mise sur la formation des jeunes et consacre beaucoup de temps à enseigner le solfège et la pratique de l’instrument. Il joue lui même du saxo-ténor bien sûr mais aussi l’alto ou le soprano mais il est encore à l’aise à la guitare et à l’accordéon ! Ce chef polyvalent recrutera beaucoup de Jeunes dont un certain nombre ont repris le flambeau et forment à leur tour de jeunes musiciens.301
En 1987 la Municipalité renouvelle
le costume des musiciens de la
Concorde et en 1988 elle participe
aux festivités du Centenaire de
l’association.
De nombreuses sociétés défilèrent à
cette occasion dans les rues de
Thumeries et se rejoignirent sur la
place pour exécuter ensemble
quelques morceaux. La population
fut aussi invitée à écouter des
groupes aussi divers que les
accordéonistes de Billy Montigny, le
club musical du 3ème âge de
Lambersart, la chorale Art et culture
.de Thumeries, et le club de jazz de
Tourcoing.
La photo ci-dessus évoque l’hommage fait à deux vétérans de la Concorde, le chef Marcel Flinois et Léon Prévôt
C. De 1988 à nos jours.
Depuis le centenaire de la Fanfare il s’est déjà écoulé 20 ans. C’est peu pour les adultes mais c’est davantage pour les jeunes et particulièrement les jeunes musiciens dont certains n’ont même pas encore 14 ans mais renforcent déjà les effectifs. Que signaler dans cette période récente ? Des manifestations festives particulières et le renouvellement des responsables de l’association musicale.
La fanfare a participé à de grandes manifestations comme celle du bicentenaire de la Révolution les 23, 24 et 25 juin 1989.
C’est la fanfare La concorde qui ouvre les festivités le 23 à 20 heures avec un concert donné à la salle Malle sous la direction de Marcel Flinois et la participation de la chorale Art et Culture dirigée par Norbert Codeville.
Elle interprète un long programme avec entre autres morceaux des extraits de l’Arlésienne de Bizet, des fantaisies sur des musiques de film et pour conclure, un morceau de circonstance, « que vive la liberté », une fresque historique de Laurent Delbecq sur des airs de la révolution. Le dimanche 25 juin les musiciens, renforcés par l’harmonie de Wahagnies se répartissent en plusieurs groupes dans le cortège de chars et de groupes qui sillonnent la ville en représentant des scènes célèbres de la
Révolution.
Il y eut ensuite le festival de
1999.Les 21-22 et 23 mai 1999, la
fête est organisée par la Fanfare
elle-même. A cette occasion elle a
invité neuf sociétés de musique des
environs. Certaines se présentent
seules comme l’harmonie de
Courrières dans un concert le
vendredi ou celle de Mons en
Pévèle qui anime un bal bavarois le
samedi. Toutes défilent dans les
quartiers de Thumeries et
convergent vers la place, le
dimanche, pour quelques morceaux
en commun.
Un dernier concert qui réunit les jeunes de la société de Moncheaux, la chorale Art et Culture et l’harmonie des mineurs de Lallaing termine cette brillante journée.302
La fête du millénaire est une troisième manifestation d’importance à laquelle participe la Concorde, le 25 juin 2000 pour évoquer le
20ème siècle finissant. C’est un grand défilé
de chars, de voitures, de tracteurs et de
figurants de tous ordres qui évoquent les
grands moments du siècle dernier.
La fanfare y participe de trois manières : la
première, traditionnelle, est d’ouvrir le
défilé. La seconde consiste, pour les jazz-
men américains de la fanfare, à
accompagner le groupe de danse de
l’association Art et Culture qui propose
une danse de charleston (charleston Time
de l’Ubéral) et « aim’t she weet » de M
Ager, tout cela sur l’ensemble du défilé,
avec une collaboration et une
synchronisation parfaites, enfin la
troisième, plus originale encore, est
d’accueillir sur la place chaque groupe en interprétant un morceau différent, illustrant musicalement le thème du tableau. Challenge remarquable que d’évoquer des choses aussi différentes que la belle époque, le charleston, l’exploitation minière, la débâcle de 40, l’industrie automobile, les congés payés, les années 60, la conquête spatiale ou la coupe du monde de foot !.
Changements de direction et Nouveau chef
C’est la maladie puis le décès de Marcel Flinois en 1996 qui entraînent son remplacement à la tête de la Concorde. C’est Alain Verdière, qui joue habituellement de la contrebasse qui prend la succession. Alain ne manque pas d’expérience puisqu’il joue à la Concorde depuis 1965 et exerce déjà ses talents de direction à Moncheaux. Il sera aidé dans sa tâche par Annie Charles (soprano) pour compenser les inconvénients de cette double responsabilité. La municipalité rendra hommage au chef défunt en donnant son nom à la salle de répétition et en inaugurant une plaque à l’entrée du local.
Deux ans après a lieu un changement de bureau.
Robert Crombez, président depuis 1986 souhaitant « passer la main » démissionne en 1998 en faveur de
Dominique Noens,
saxophoniste, la
propre fille du
regretté Marcel
Flinois.
La maladie emporte
également le vice
président Michel
Fouquart ;
Ces deux départs
entraînent aussi les
modifications des
statuts de la société.
Les modifications
sont élaborées à
partir de 1986 et
finalement déposées
en préfecture du
Nord : La fanfare se
redéfinit avec
comme objectif « de développer le goût et l’art de la musique.. Les nouveaux statuts sont enregistrés au journal officiel le 18 mars 1999.
La Concorde toujours vivante
Voici, la photo de la Concorde en 2002.303
Elle continue bien sûr à animer les fêtes et à former des jeunes.
Mais ceci n’est plus de l’histoire mais de l’actualité.
III. L’avant-garde.
A. Les origines.
La défaite de l’armée française en 1870, face à l’armée prussienne, fait naître en France un esprit de revanche et fait prendre conscience de l’importance d’une formation pré- militaire. La république va développer peu à peu l’idée du soldat-citoyen et encourager sa préparation physique. Beaucoup de clubs ou de sociétés sportives sont fondés à cette époque. Ce sont souvent des clubs de gymnastique qui développent les exercices physiques et la préparation militaire. La gymnastique fait par ailleurs son entrée à l’école. Les maîtres républicains sont nourris de culture
gréco-romaine et souhaitent que la
raison domine le corps. C’est le sens de
beaucoup d’exercices de l’époque avec
de grands mouvements collectifs et une
discipline toute militaire.
Dans la région, on note la
naissance de clubs de boxe ou de foot-
ball dès 1880 à Roubaix ou à Croix. En
1904 la ville de Lille accueille la fête
fédérale de l’union des sociétés de
gymnastique de France. A Thumeries,
on a acheté en 1874 des agrès pour
l’école, un portique à anneaux avec un
trapèze, une corde à grimper et des
barres fixes et parallèles.
1. La fondation du club de Thumeries.
C’est dans ce contexte que l’instituteur thumerisien Oscar Fassiaux, soutenu par son directeur, M Gervais Legrand, fonde, le 12 juin 1913, sous le numéro 6391 la « société de préparation et de perfectionnement militaires, l’Avant-Garde de Thumeries ». Le siège est placé à l’école, rue Defretin (actuelle rue Léon Blum). Le premier conseil d’administration comprend M Gervais Legrand, le directeur de l’école, président et trésorier, Georges Carlier, commerçant, vice-président, Oscar Fassiaux, instituteur, secrétaire. A citer les autres membres : K. Duquenne, H Flinois, J Macquart, A Guilbert, A Dépret.
a) Avant 1914.
Cette société naissante n’aura pas beaucoup de temps pour s’entraîner puisque moins de 14 mois après sa fondation éclate la première guerre mondiale durant laquelle Thumeries sera occupé par les troupes allemandes en présence desquelles il n’est pas pensable de pratiquer des activités paramilitaires !
La reprise des activités sportives, aux dires des anciens, se fait en 1919 avec quelques matches amicaux de foot-ball entre les jeunes thumerisiens et les soldats britanniques, libérateurs du village.403
b) Intervention de la famille Béghin.
La société va renaître en se liant à la société Béghin à l’initiative d’un autre instituteur, privé celui-ci : Albert Lefebvre. Ce dernier avait été le précepteur particulier de Ferdinand Béghin
403 Notre première photo, don de la famille Morel, montre JB Morel et ses copains au stade du Maroc dans les années 20… la seconde photo de foot est de 1930304
(né en 1802) et est devenu ensuite secrétaire de Monsieur Joseph Béghin, chef d’entreprise et maire de Thumeries.
L’Avant Garde reprend ses activités de préparation militaire sous les ordres d’Auguste Faidherbe, moniteur, domicilié à Douai où il exerce le métier de photographe. Le bureau constitué en
1921 comprend, Hervé
Constant, président,
Georges Carlier toujours
vice-président, Albert
Lefevre, directeur et
Léon Vilette, secrétaire.
En 1925, au départ de M
Lefebvre, la présidence
d’honneur sera dévolue à
Mr Ferdinand Béghin,
membre de l’AGT,
depuis 1920.
Le club, en plus de la
préparation militaire,
pratique le foot-ball. Il
dispose d’une soixantaine
de joueurs qui évoluent au stade du Maroc à l’emplacement des jardins ouvriers actuels.
c) Prépondérance de la gymnastique.
1924 voit la création de la section de gymnastique. Le moniteur chef est Jean Baptiste Facq, né à Mons en Pévèle en 1898 et précédemment moniteur à Bersée. Il est assisté d’un adjoint, Alfred Couillez.
Tous les jeunes de Thumeries ou presque passent dans cette section dynamique qui se présente au public dans les fêtes locales et dans quelques concours à l’extérieur. Pour l’aider, la société Béghin construit une salle des sports non loin
de la gare. C’est l’actuelle salle des fêtes. Les archives
du club font état de nombreux diplômes décernés par le
ministère de la guerre au titre de l’éducation physique ou
de la préparation militaire.
Voici quelques exemples :
diplômes de « tir à l’arme de guerre », 1928, 5ème du
douaisis, 9ème du Nord ; 1929 6ème du douaisis, 1930 3ème
du douaisis… Il y a aussi des récompenses pour le tir à
200 mètres : 1929 5ème. et de nombreuses citations en
gymnastique simultanée : 1928, prix d’excellence à
Calais, 1935, à Bruxelles 1er prix, à Metz en 1936 2ème
prix pour les
pyramides,
1937, 1er
prix à Paris,
1938, prix
d’excellence
à Béthune.
Les gymnastes deviennent des athlètes
complets que l’on engage peu à peu dans de
multiples compétitions (athlétisme, tir, cross-
country) ou même dans les sports collectifs
comme le foot-ball et le basket-ball un nouveau
venu dans les sports pratiqués dans le secteur.305
2. De nouvelles sections.
a) Le basket
C’est un autre instituteur, M Parmentier, qui eut l’initiative de fonder une section de basket en 1924. L’équipe est essentiellement constituée de gymnastes avec les moniteurs, Facq, Couillez, et des gymnastes Bernard Delehedde, Victor Benoît (qui jouait aussi gardien au foot), Jules Lagache, Léon Ladureau, Antoine Cornette.
Dans la presse locale on voit, dès 1935, que l’équipe seniors évolue en division d’honneur du district terrien.
b) Le cross country
Dès 1928 on pratique le cross, non plus seulement à l’entraînement, mais en compétition. Les résultats deviennent notables à partir de 1934 avec Ruant et en 1935 avec en plus Lézy, Pollet et Vancoillie. Sans grande vedette l’AGT
remporte pourtant de nombreuses courses par équipes
à cause de son homogénéité. Ainsi en 1937 au
championnat du Nord la première place leur échappe
mais ils prennent la 2ème place par Vancoillie, la 3ème
par Chandelier, la 4ème par Ruant, la 5ème par Lézy et la
6ème par Pollet. Dans la foulée ils deviennent
champions de France. Voici nos champions (photo de
mauvaise qualité extraite d’une vieille coupure de
presse ).
Le mécène, Béghin, s’engage de plus en plus derrière
le bureau et offre à la société un nouveau stade dans
le quartier de la Baverie. Il comprend un terrain de
foot-ball, un terrain de basket, une piste d’athlétisme,
des sautoirs en hauteur et en longueur.
En 1935 Thumeries organise la rencontre de basket
Nord/Alsace. La presse de l’époque explique comment venir à Thumeries : train venant de Lille ou de Lens jusqu’à Leforest puis une navette gratuite d’autocar ou, deuxième solution en venant de Douai, le train (notre fameux PP) « la gare de Thumeries n’étant qu’à 3 minutes du stade ».
On crée alors des challenges réguliers portant le nom de Pierre Malle qui a épousé Françoise Béghin et qui est directeur de l’usine, président de l’avant garde et principal sponsor. Il y aura aussi le challenge Henri Béghin. Ces compétitions permettent aux sportifs locaux de se mettre en valeur mais aussi d’attirer des sportifs régionaux. On présente même des compétitions de sports inconnus ici, comme le rugby en 1936, ou le hockey sur gazon en 1938 avec la présence du lillois
Grimonprez, international.
c) La natation
En 1935 se poursuivent les
investissements Béghin avec
l’édification d’une piscine
extérieure. Les premiers
brevets de natation sont
décernés en 1935 à Simone et
Solange Malle et quelques
proches mais dès 1936 c’est le
tour des sportifs de l’AGT :
Robert Delannoy, Raymond
Lefebvre, Armand Couillez,
Marcel Dessenne, Henri306
Denneulin. Par la suite les meilleurs gymnastes créeront même une équipe de water-polo avec l’apport d’autres nageurs comme Jacques Cabre. Ils organiseront aussi des fêtes nautiques et des compétitions de plongeons
Le club de foot a ses supporters dont le siège est au café Willinck (actuel café « la cravache d’or ») et la section générale ne reste pas en reste avec la création des « amis des sports », présidés par M Macquart et dont le siège s’installe au café Couillez (actuellement « chez Carole »)
3. En 1938, des « Noces d’argent ».
Nous arrivons en 1938. L’avant garde fête, cette année là, ses 25 ans d’existence en même temps que les noces d’or (50 ans) de la fanfare « la Concorde ».
Le club présidé par Ferdinand Béghin, président d’honneur, et Pierre Malle, son beau-frère, comprend un vice président Paul Bara, un secrétaire Adrien Chère et un trésorier Ferdinand Milleville.
Il continue ses activités pré-militaires avec une section de tir dont les instructeurs sont Emile Crombez et Adolphe Dhainaut.
Il a
une forte section de foot ball, présidée par Paul Bara avec Ferdinand Milleville et J Devaux,
une section de natation présidée par Paul Debuire,
une section de tennis fondée en 1935 et où l’on retrouve A Couillez, vice président, Désiré Colier trésorier. Originalité de cette section la présence dans le bureau d’une demoiselle, Renée Savary, secrétaire adjointe, première femme dont le nom est noté dans un carnet de 41 noms de dirigeants tenu jusqu’en 1957.
Il y a enfin ce que l’on nomme la section d’entraînement général c’est à dire la gymnastique et ses sports annexes, le cross et le basket. Le président en est Maurice Danchin qui a reçu la médaille d’or de l’éducation physique cette année là.
Las, l’année suivante éclate la seconde guerre mondiale. De nombreux sportifs seront mobilisés. Certains seront faits prisonniers, d’autres feront de la résistance ou s’engageront dans les FFI.307
B Les grands moments d’après guerre.
Nous avons largement évoqué dans un chapitre antérieur 404le patriotisme des dirigeants de l’avant-garde, le bulletin qu’ils composaient et les nouvelles qu’ils envoyaient aux sportifs mobilisés. Nous passons donc cette période de la guerre pour reprendre l’histoire de l’AGT à la libération. Voici néanmoins une photo de 1943 qui atteste du maintien d’une petite activité sportive au basket.
1/ Reprise des activités et nouveaux
équipements.
La petite section de tennis a poursuivi ses activités
pendant l’occupation comme l’atteste une
convocation du 28 juillet 1944. Iront défendre les
couleurs de l’AGT sur les courts d’Ostricourt le
dimanche 30 : Dessenne, les frères Grohin, Bertin, les
juniors Couillez et J.F. Malle et mesdemoiselles
Vandroth et Parmentier.
Après la libération de Thumeries (3 septembre 1944)
la section signale à ses joueurs qu’elle a reçu des
balles neuves et qu’ils peuvent se les procurer à raison de 3 balles chacun auprès du secrétaire Noël Lagache.
Dès la fin des hostilités, les sportifs prisonniers regagnent leur foyer et relancent rapidement les activités. Ainsi, Adrien Chère, libéré le 18 juin 1945, reprend ses activités de secrétaire, devient rapidement moniteur-chef de gymnastique (1er octobre 1945) et se voit nommer trésorier-adjoint de la ligue de basket.
Le Basket reprend de manière intense en 1946. (notre seconde photo) Dès la saison 1947 l’équipe fanion décroche les titres de champion du Nord honneur et de champion des Flandres et accède à la division d’excellence.
Le football est engagé en 1947 en
première division si l'on en croit les
coupures de presse de l'époque.
Au même moment fonctionne une
nouvelle section de préparation
militaire dont l'animateur principal est
Maurice Scache (un ancien militaire
de carrière. qui devient maire de
Thumeries en 1947). Adolphe
Dhainaut s’occupe du tir et Adrien
Chère de l’éducation physique..
En 1948 la
pénurie de
tissus
s’éloigne et les gymnastes touchent enfin une nouvelle tenue
blanche. La gymnastique a terminé son activité spécifique vers
1968-69 ou au plus tard avec le décès de M. De Nervo (1971)
Le stade de la Baverie voit, en plus des athlètes locaux, des vedettes
régionales dont certains ont acquis une notoriété nationale : c'est le
cas de l'enfant du pays, Pierre Legrain qui est entré à l’Avant
Garde à 9 ans sous la direction de Jean Baptiste Facq. Il y a
pratiqué, comme les autres, le foot et le basket avant de se
spécialiser dans les lancers sous les conseils de Réal.
C’est à Thumeries qu’il bat le record de France du lancer du
marteau avec un jet de 51m70 le 15 août 1949, record qu’il
404 Chapitre 6 & III.308
améliorera ensuite régulièrement. Athlète de haut niveau il sera sélectionné 43 fois en équipe de France et cinq fois champion de France avant de devenir un brillant entraîneur à l’étoile d’Oignies.
Dans son sillage et avec le soutien de M. Robert Deledicque, un dirigeant convaincu, et des entraîneurs du cru que sont Pierre Tessier de 1953 à 1956 puis Lucien Lagache à partir de 1956, on voit poindre des jeunes de valeur : les frères Lagache, Joseph Kasmierzack, champion de France juniors au lancer de marteau et qui réalise le record des Flandres à Thumeries le 15 août 1951 (42 mètres 39) derrière le senior Legrain (qui réalisa 50m74 ce jour là), Alain Hivon, champion du Nord en 1954 au 200 mètres et en 1956 au 100 mètres.
Par ailleurs la piscine permet aussi des compétitions de water-polo. Voici une rare photo de cette équipe.405
Nouvelle salle de sports
Les entraînements se font à la salle
des fêtes le mardi et le jeudi pour les
jeunes, le mercredi et le vendredi
pour les adultes. Le manque de place
se fait sentir. Un projet de nouvelle
salle de sports au stade de la baverie
voit le jour en 1952. Il s’agit d’une
vaste salle de 50 m sur 30 m.
L’inauguration officielle se fera en
1955 en présence de M et Mme
Malle, ( notre photo) et fera venir à
Thumeries des basketteurs illustres
comme Robert Busnel, futur
président de la Fédération, et
Haudegond, la vedette du club
valenciennois, qui se sont affrontés
au cours du match de gala entre
Marly et le Racing club de France.
Cette installation va galvaniser la
section de basket-ball qui va
s’envoler vers la gloire et estomper
petit à petit la section de
gymnastique.
2. L’aventure du Basket
a). La Montée en Nationale.
Le basket thumerisien évoluait jusque 1950, en « excellence Flandres » sous la direction d’Adrien Chère. Mais suite à une mutation professionnelle Adrien va quitter Thumeries et la direction de l’AGT pour rejoindre Douai. La direction va désormais être assurée par Marcel Dessenne, joueur vedette du basket qui était aussi moniteur de sports aux houillères. Homme polyvalent, Marcel est alors basketteur, mais aussi joueur classé au tennis et a précédemment exercé ses compétences au hand-ball dans les carabiniers de Billy- Montigny. Depuis quelques années il entraîne les jeunes basketteurs de Thumeries qui sont champions des Flandres minimes en 1952. Ce sont Dassonneville, Deleheede, Foutrain, Delaine, Bigotte et Milleville. Désormais détaché par Béghin au service de l’AGT, Marcel consacre toute son activité aux entraînements de la gymnastique et du basket, à la gestion de l’AGT et aux camps de vacances de l’usine. Recruté en plus par la municipalité pour animer
405 Photo du water polo prêtée aimablement par Jacques Cabre309
l’éducation physique dans les écoles il est vraiment placé aux premières loges pour repérer et faire croître les talents naissants.
S’appuyant sur les jeunes qu’il intègre aux anciens, profitant des nouvelles installations dont la salle des sports, Dessenne va engager la progression de l’AGT basket. Jugez plutôt : En 1958 l’AGT remporte
la coupe de France
UFOLEP à Nice. (Cf
notre photo) et atteint en
même temps le stade des
8ème de finales en FFBB.
Notons que ces années là
l’équipe de l’AGT a la
particularité de présenter
5 frères, les frères
Lagache et que pendant
la trêve hivernale ils
prennent l’habitude de
présenter une
confrontation serrée entre
les frères Lagache et le
reste de l’équipe au profit
du Noël des déshérités.
A la fin de la saison 59/60 l’équipe première accède à l’excellence nationale où elle sera affrontée à des clubs prestigieux comme Graffenstaden, Nilvange, Marly, Denain ou l’US Tourcoing dans lesquels évoluent des vedettes comme Haudegand, Siatek ou le réputé Jean Degros.
La photo ci contre montre Dessenne aux prises au rude Siatek
de Tourcoing !
L’expérience est rude, les défaites fréquentes et à la fin de la
saison c’est la descente indiscutable. Mais l’équipe a acquis de
l’expérience et une folle envie de remonter. Les poules dans
lesquelles elle évoluera, porteront des noms différents :
honneur national, excellence nationale ou fédérale. Notre
équipe joue toujours les hauts de tableau, témoin cet extrait du
journal « Nord littoral » avant une confrontation avec Calais.
Titre « les bombardiers de Thumeries »
Voici les extraits : « M Dessenne toujours jeune qui marque
20 à 30 points par match, A. Bigotte un redoutable scoreur, les
frères Lagache, René un ailier massif, Raymond un défenseur
robuste, Rybzinski modèle de basketteur de poche, véritable
feu follet, Florval et Chère des remplaçants modèles. »
Le match se joue à l’extérieur avec un résultat sans appel 67-48 pour Thumeries.
Au terme des saisons qui suivent Thumeries finit chaque fois 2ème ou 3ème, échouant toujours de peu pour la remontée. Finalement l’objectif sera atteint en 69/70 après une saison remarquable avec une seule défaite d’un point (65-64 à Arras) sur 18 rencontres. A la réception de fin de saison M De Nervo, président en exercice de L’AGT, félicite les joueurs et leur pose la question cruciale : acceptez vous de monter, de vous imposer de longs déplacements et des entraînements plus soutenus. La réponse qu’ils firent alors, positive, enclencha une époque glorieuse, celle des années de nationale.310
b). Les années de Nationale.
La saison 70/71 propose à notre équipe comme adversaires les clubs de Nilvange, Nancy, Neuilly, Mulhouse, Graffenstaden, Sochaux, Joeuf, La police de Paris et le PUC. Thumeries finit 6ème. Las en 1971 voit le décès de M De Nervo et son remplacement par M Marbot. L’équipe compte un moment dans ses rangs un géant, Duquesnoy, qui devint ensuite rugbyman. On le voit sur cette photo de 1969 en compagnie de Demeulemester, Riffelaere, Dubois, Richez, Leclerc, Chère et quelques autres.
En 71/72 Marcel Dessenne obtient le retour à
Thumeries de Michel Dubois, formé au club,
qui avait fait des prouesses à Berck
(champion de nationale II) et de J.V.
Denneulin, thumerisien d’origine,qui jouait
en championnat universitaire. Dans la foulée
celui ci amène un de ses amis, J C Collérie
(votre serviteur) de retour de Nouvelle
Calédonie (service militaire). Avec le reste
de l’équipe (Demeulemester, Chère, Labre,
Leclercq) le redressement de fin de saison
permet de finir 5ème alors que les adversaires
se nomment Vitré, Rennes, Cabourg, Brest,
Montivilliers, Neuilly, Boulogne et Oignies
nos voisins.
Voici, ci contre, une coupure de presse
relatant la fête qui célèbre ce maintien.
En 72/73 la FFBB annonce une restructuration
des championnats nationaux pour l’année
prochaine : il n’y aura plus que deux poules
de Nationale II au lieu de quatre, six équipes
par poule descendront donc. Ici encore une
bonne fin de saison et notre équipe termine 5ème et reste en Nationale II alors qu’elle perd en cours de route les services de Marcel Dessenne réintégré dans les services de l’usine. L’année suivante les entraînements sont assurés par les
joueurs eux-mêmes, professeurs d’EPS ( Michel Chère et
Lucien Belen) et l’équipe est managée par le dévoué G
Lagache. Les déplacements sont longs (Bordeaux, Nantes)
et périlleux car beaucoup de clubs se sont offerts les
services des premiers professionnels de la N II, américains,
tchèques ou polonais. La photo ci-dessous extraite de
l’historique du club de Cholet montre la supériorité
physique des étrangers, ici Tyrel, et
l’impuissance de nos joueurs (Collérie,
Michel et Armand Dubois) bien que
Demeulemester et M. Dubois émargent
au classement des quinze meilleurs
marqueurs de la Nationale II. La presse
cependant ne manque pas de titres
élogieux pour décrire cette
impuissance :
Thumeries, dépassé par Cholet 132-90 ;
Rien à faire contre les grands d’Asnières :
La taille de Valenciennes l’emporte sur la hargne de Thumeries,
Les américains du stade viennent à bout de Thumeries etc…etc…
Bref, à la fin de la saison, c’est la descente !311
L’année 74-75 un nouvel entraîneur reprend les rênes. Il s’agit d’Armand Masquelez qui amène avec lui quelques jeunes, comme Donchez, Bécu, Guilbert, Willemot, Dauphin, auréolés des titres de champions de Flandres cadets puis juniors. Avec ces renforts et les anciens tout paraît plus simple en nationale III au point d’aller battre les candidats à la montée, chez eux, à Cabourg. L’AGT finit la saison 3ème et fait de même l’année suivante.406 En 76/77 deux joueurs majeurs quittent le club, Michel Chère et Maurice Demeulemester. L’équipe perd en expérience, l’américanisation gagne aussi la Nationale III. Ajoutez un peu de malchance et la peur de mal faire et voilà le résultat : sept matches perdus d’un seul point d’écart dans la même saison et c’est la descente en Nationale IV.
Cette fois la descente est plus dure à
supporter. Michel Dubois décide de
rejoindre un club plus ambitieux,
Mons en Baroeul. L’apport de J M
Kostek venu de Charleville ne
suffira pas à empêcher une nouvelle
chute en juin 78.
c) Les années de régionale.
En 79/80 la dégringolade n’est pas
finie puisque l’AGT descend en
promotion régionale. Le nouveau
président, Pierre Dumont, tente de
remobiliser les troupes. Il demande à J.C. Collérie, joueur, d’assurer l’entraînement avec Henri Jastrzab manageur. Les temps sont durs, les joueurs peu assidus à l’entraînement mais la dégringolade s’arrête.
En 82/83 J M Foutry, ex Monsois, dirige l’équipe, renforcée par Robert Lespagnol, un thumerisien, de retour de Sochaux. En 84 On remonte en régionale pour un an seulement. Les ambitions reviennent dans les années 90. L’objectif est de nouveau la nationale. Quatre entraîneurs s’y attacheront : deux issus du club, d’abord le regretté Michel Dessenne puis François Banzet, un Templeuvois attiré par notre club. Ensuite, règlement oblige, deux entraîneurs diplômés, Frank Hénoc et Christian Bielawski. Avec leur talent et le recrutement de joueurs grands, athlétiques, et adroits l’équipe joue toujours les premiers rôles. Il manque chaque fois un rien pour que l’objectif ne se réalise. Une contre performance en poule finale fait avorter le projet d’une année !
Une première étape est néanmoins franchie en 2000 en accédant à la nouvelle division de « pré-nationale » , sorte
de nationale IV !407
Las, il n’y a plus
beaucoup de joueurs
thumerisiens dans
l’équipe fanion ni
beaucoup de supporters
dans les tribunes. Le
chant des sirènes des
clubs plus huppés ou
plus prestigieux finit
par faire muter
beaucoup des joueurs
majeurs. Malgré les
efforts des supporters
emmenés par Joseph
Dumont les défections
s’accumulent si bien
406 Voir ici l’équipe de Nationale 3
407 Photo de l’équipe en 2000 en compagnie de quelques anciens joueurs.312
qu’en 2002 l’invraisemblable se produit, le forfait général de l’équipe Première. L’équipe vedette disparaît mais le fanion est repris par l’ancienne réserve au niveau départemental. C’est la fin d’une aventure de cinquante ans pour le club mais le début, nous l’espérons, d’une autre aventure pour les jeunes qui suivront.
Par ailleurs même si nous n’en avons pas parlé, faute de documentation sérieuse, une section féminine fonctionne depuis de nombreuses années au sein de l’avant garde basket.
3. La section de football
a) Les débuts.
Moins spectaculaire au début mais toute aussi progressive fut l'évolution de la section de football.
Comme pour l’ensemble de l’AGT la guerre avait mis les activités de la section en veilleuse. Une fois le conflit terminé et les prisonniers rentrés, une nouvelle commission se forme avec Mr Barra, président depuis 1930, Ferdinand Milleville, secrétaire, J Devaux, trésorier, R. Ardourel O. Archies et A. Boussemart.
L’équipe première reprend la place qu'elle occupait avant la guerre : en première division du district terrien. Sous la direction technique de L. Dépret elle s'y maintiendra jusqu'en 1950. Dans ses rangs évolue à cette époque Glowacki futur professionnel qui évoluera dans la glorieuse équipe du stade de Reims aux côtés du prestigieux Raymond Kopa ! Notre formation descend cependant en deuxième division durant les saisons 51/52 et 52/53. En août 1951 un entrefilet de presse rappelle aux joueurs la nécessité de l’entraînement et signale que celui-ci est assuré par Cheuva, entraîneur du LOSC et par L Dépret en cas d’indisponibilité du premier. L’équipe 1 A finit première de sa division en 1953 après une dernière victoire devant Lesquin, victoire 5 à 4 (buts de Vienne, Maillot, Brunaux, Créteur et Dupire) et regagne la première division.
A partir de la saison 53/54 c’est
Créteur qui dirige les
entraînements. L’équipe se
maintient dans les milieux de
tableau. Notre première photo
(ci-dessous), extraite de la presse,
date de 1956 .C’est une période
difficile pour le recrutement à
cause des événements d’Afrique
du Nord : La section de foot doit
se passer de 14 joueurs retenus
sous les drapeaux ! Cette année là
elle dispute quand même sa
première finale de coupe de
Flandres, perdue hélas sous le
score sans appel de 6-0 contre le
LOSC.
Les effectifs grandissent : 75
licenciés pour 4 équipes en 1953,
54 licenciés en 1955, 100 licenciés
en 1958. A la fin de l’année 57/58
Marc Créteur et son équipe
décrochent le titre de champion de
première division et obtiennent
leur première accession en
promotion d’honneur.
Voici quelques noms de ce
groupe : Bigotte, Maillot, Dépret,313
Facq, Brunaux, Koncewiez, Novaczyk, Roczak…
La saison est difficile ; on finit 11ème sur 12 ( 4 matches gagnés seulement , 4 nuls, 14 défaites) et c’est le retour en première division.
b) En promotion d’honneur
A la fin de la saison 60/61 c’est la
deuxième accession en
promotion d’honneur.
Dans cette équipe évoluent
Delobelle, Boussemart, A.Dubois
Carvin, Vanduren, Martel, Facq,
Belka, Koncewiez, les frères
Novacczyk, Trémelet, Mrozek,
Depret, Roszak, Tenerelli Miquet
et Desreumaux. Ce dernier
signera un contrat professionnel
avec un club de Limoges. Elle se
comporte bien dans la première
partie du championnat, se classe
deuxième en janvier et finit 6ème
assurant son maintien. Elle
échoue en demi finale de la coupe
de Flandres
62/63 est une année plus difficile à cause du service militaire de plusieurs joueurs et on redescend en première division.
La section de foot est animée par
des dirigeants de talent :
Ferdinand Milleville, J. Devaux,
Karpinski, N.Luczak, A. Dehaies
et surtout l'infatigable Émile
Olivier un agrégé de géographie,
passionné de foot-ball, infatigable
formateur de jeunes, secrétaire de
la section puis trésorier de l’avant-
garde qui deviendra par la suite
une des figures éminentes du
football régional.
A leurs côtés se trouve une
précieuse équipe de supporters ,
vingt à trente passionnés animés
par Georges Huart, son fils
René et Noël Lagache. En
organisant des manifestations
de toutes sortes (spectacles,
soirées dansantes, galas de
catch, concours de chiens
ratiers, etc)…ils récoltent des
fonds qu’ils consacrent à l’achat
de ballons, de maillots, de
coupe-vent, au paiement de
stages de formation pour les
jeunes et à toutes actions
susceptibles de motiver les
joueurs.
En 1964 c'est de nouveau la
promotion (pour la troisième
fois). On cherche à s'y
maintenir avec des joueurs314
comme Osinski, Carvin, Huart, Vanduren, Martel, Turca, Koncewiez, Desprez Alain et Depret Jean-Paul.
Hélas ! on n'y arrive pas. En fait pendant plusieurs années l'équipe fera ce que l'on a coutume d'appeler dans les milieux sportifs "l'ascenseur" c'est à dire une succession de montées et de descentes entre deux niveaux: la promotion d’honneur la première division, puis à sa création la Régionale.
En 1970 après deux saisons en première division c'est la quatrième accession en Promotion avec une équipe solide: Matuskiewicz, Caillaut, Morel (dit « gigi »,) Jean Claude Vanduren, Éric Gorgol, Scymanek, Pruchniak, Van Aughem, Depret, R. Da Costa, Wocjik, Pajek et le fils Créteur.
De 71 à 75 on évoluera
en première division.
L’entraînement est
même assuré en 71 pour
une année par un joueur,
Eric Gorgol.
En 74/75 l’équipe monte
en Régionale et finit
meilleure deuxième.
Elle dispute le 6ème tour
de la coupe de France.
En 1975 Alfred
Maillot, nouvel
entraîneur, amène son
équipe en promotion
d'honneur. Citons Colin, Morel, Herba, Lefebvre, Vanduren , Renart, Simoulin , Stachon, Van Aughem, Depret, Owarzack, Wacrenier, Luisetti, Kuhn.
En 1976 ces joueurs accrochent à leur palmarès en coupe de France l’équipe de Raisme. Ils obtiennent aussi le trophée « Canard Duchène » décerné à l’équipe la plus « pétillante » de la compétition.
En 1977 ils terminent à
la 3ème place derrière
Marcq et Maubeuge. La
section dispose alors de
180 licenciés et un
journaliste de Nord-
Matin envisage même
l'hypothèse d'une
montée en Division
d’honneur . Le stade est
équipé cette année là,
par la municipalité
d'une nouvelle tribune
de 500 places avec
vestiaires et douches et
de nouveaux dirigeants
bénévoles complètent
l’encadrement ‘H Cauchy, A Ratajak, R Bellemonte, P Geudin
En 1980 arrive un nouvel entraîneur, Michel Boez, ex-joueur de Douai. Il assure un entraînement méticuleux et sérieux. Sous sa direction on accroche de "gros morceaux" en coupe de France comme l’équipe de Roubaix entraînée par Gianquinto et où évolue, ironie du sort, un jeune et brillant thumerisien, ancien professionnel, Thierry Denneulin . Avec ses vedettes, Kuhn et Renart , Boez concrétise un vieux rêve caressé à Thumeries depuis trois ans d'échec en finale : la victoire en coupe de Flandres obtenue en mai 81 aux dépens de Hem sur le score de 4 à 3.315
1984 voit l'apogée de la "bande à Boez" avec la remontée en promotion d'honneur après une saison presque parfaite, régulière et sérieuse : 14 victoires consécutives, 17 matches sans défaite, un beau palmarès.
c) Retour aux réalités locales.
Commence alors une période difficile due au contexte économique, aux répercussions jusque dans les divisions inférieures du
professionnalisme et de l’argent.
Le club a du mal à gérer ces
nouvelles tensions.
Plusieurs départs marquent la fin
de cette époque : R Huart et son
équipe de supporters, Mr Boez et
une grande partie des joueurs.
L’arrivée de nouveaux entraîneurs,
Mrs Page, Deleglise, ne permet pas
d’empêcher le retour de l’équipe
fanion en compétition de district.
D’autre part les villages
environnants se dotent aussi de
clubs de foot ball et attirent des
joueurs qui venaient
traditionnellement à Thumeries .
Cependant la persévérance d’un groupe de
dirigeants animés par Gigi Morel et Pierre Dépret
permet au football local de continuer.
La saison 2003-2004 se présente sous de bonnes
augures : les deux équipes seniors sont montées
d’une division, et derrière elles 7 autres équipes
sont engagées.
Les débuts sont prometteurs. On n’attend plus que
des spectateurs et le retour de dirigeants bénévoles
pour concrétiser le renouveau.316
C. Les autres sections.
L’avant-garde a , dans sa période la plus florissante,compté dix sections (foot, basket, tennis, vélo, tennis de table, karaté, club cynophile, gymnastique volontaire, jogging, boules…) Voici maintenant l’histoire de quelques unes de ces sections.
1/ La section de Tennis
a) Les débuts de la section, 1935.
L’avant-garde comprenait juste avant la guerre une petite section de tennis fondée en 1935. A sa tête se trouvait un cadre supérieur de l’usine, René Foucart, les autres membres du bureau étant des sportifs, issus du club : vice président Alfred Couillez, trésorier Désiré Colier, secrétaire Duflot Victor. Secrétaire adjointe : mademoiselle Renée Sawari. Mais on ne sait rien des activités de cette section avant la guerre.
Après la guerre, le bureau a quelque peu changé avec Delobel comme président, Georges Lagache comme trésorier et Noël Lagache comme secrétaire.
On dispute quelques matches ou tournois. Le 30 juillet 1944, par exemple, un match a lieu à Ostricourt entre Thumeries et Oignies. Les joueurs thumerisiens convoqués sont en seniors masculins : Marcel Dessenne, Armand et Francis Grohin, Bertin. En juniors, les fils Couillez et Jean François Malle ; en dames Melles Vandroth et Parmentier.
En août, la section affiche 16 joueurs, les sept ci-dessus, auxquels il faut ajouter Delobel, Leroy, Crombez, Grohin Pierre, Gilbert et Georges Lagache, Wyllinck, Facq, et Legrand. Les moyens mis à disposition sont restreints. Ainsi le secrétaire Noël Lagache met en jeu 6 balles neuves « qui doivent être rendues le jour même sous peine d’amende ». On ne dispose que d’un court, installé au stade.
On trouve encore en archives des traces de convocation, en 48, pour des rencontres contre l’ASPTT, Corbehem, l’US Marquette, le Tennis club madeleinois et Armentières tennis club. De même une note fait état du prix des balles Slazenger (5 F) et invite les joueurs à attendre les nouvelles balles Dunlop qui sortiront fin mai 48 et seront, dit-on, moins chères ! En 1947 la présidence passe dans les mains de Monsieur De Nervo, nouveau directeur de l’usine, futur président de l’Avant-Garde, qui recevra le titre de chevalier du mérite sportif en 1962. Mr de Nervo, Marcel Dessenne et Delobel sont classés 30/1 en 1949. On ne sait pas trop expliquer la disparition de cette activité sportive à Thumeries. Le tennis à cette époque est encore généralement considéré comme une activité « bourgeoise », les enfants d’ouvriers ou les employés locaux sont de plus en plus mobilisés par d’autres sports (Dessenne, Lagache, Couillez au
basket notamment), M de Nervo
est pris par son activité
professionnelle, la section n’est
pas inscrite en championnat
officiel … On joue sans doute
encore mais hors compétition. M
Foubert, cadre à l’usine, organise
des rencontres entre les cadres de
l’entreprise sucrière. La section
est donc mise en sommeil
progressivement.
b) La relance.
C’est Eric Gorgol qui va la relancer. Nous avons parlé de lui dans l’histoire de la section de foot-ball. Brillant footballeur, Eric, venant d’être embauché au siège de la société Béghin, a intégré l’équipe de l’Avant-Garde à l’invitation de M de Nervo, son patron. Entraîneur-joueur pendant trois ans, il permet la montée en promotion d’honneur ; Il part ensuite pour Leforest comme entraîneur. C’est une blessure qui l’éloignera des pelouses. Son tempérament sportif le poussera à trouver un autre sport et à s’y consacrer. Ainsi remet il en place l’activité tennis à Thumeries.317
Le soutiennent dans cette entreprise, Michel Dubus, Daniel Nuttin, Armand Dubois au bureau et des joueurs comme Denis Campion et J.C. Carton.
Nous sommes dans les années 1974-1976. La première affiliation à la fédération française de tennis date de 1976. A cette époque il n’y a pas de clubs de tennis dans les environs et la section locale forte de 70 à 90 licenciés accueille en plus des amateurs de tennis loisir. Elle demande des cotisations différentes pour
les membres de l’Avant-Garde, les
thumerisiens et les joueurs extérieurs. Ne
disposant que d’un court elle organise
des matches défis après inscriptions
prises directement au poste de garde de
l’usine ; (N’oublions pas que l’avant-
garde est alors une association gérée par
Béghin).
Grâce aux bénéfices de ces nombreuses
cotisations la section finance elle-même
la création d’un second court (juste après
les tribunes) et même, après le
remboursement de son 1er emprunt, d’un
troisième au fond du stade.
La fermeture de la piscine donnera ensuite l’opportunité de créer à son emplacement un court couvert en 1984.
Les présidents suivants (Jacky Flinois de
1987 à 1990 et Gilbert Abraham de 90 à
92) vont poursuivre les efforts commencés
mais s’intéresser surtout à la création de
tournois ouverts sur l’extérieur et sur la
formation des jeunes.
L’école de tennis réunit rapidement 80
jeunes le samedi après midi. Les
moniteurs se nomment Dhalluin,
Gwiadowski, Jacky Flinois, Gilbert
Abraham…
Les bons éléments sortis par ces anciens
se nomment Pascal Rotellini, Richard
Labbe, Eric Masquelez, David Kasprik,
Olivier Jastrzab.
En 1992 ils installeront aussi à côté du
terrain couvert par la mairie un club-house
apportant aux joueurs des vestiaires, des
sanitaires et aux dirigeants, un bureau.
Ce club house sera financé par le club lui–
même avec l’aide de la fédération et de la municipalité. A cette époque le club compte 80 messieurs, 20 dames et 40 jeunes….
c) La section actuelle
La présidence suivante (1992) est celle d’Henri Jastrzab, un sportif confirmé, joueur puis entraîneur de basket venu au tennis en suivant la passion de son fils Olivier. Le président d’honneur est le regretté Michel Foucart, ancien adjoint au maire.
Henri continue les efforts de ses prédécesseurs en matière de tournois et de formation. Avec son bureau, il va lancer des initiatives nouvelles en direction des jeunes.
On organise par exemple des stages d’initiation au tennis pour les écoles publiques de Thumeries. L’école Paul Bert y participe depuis 1994. Les premiers animateurs étaient Olivier Jastrzab, Thierry Denneulin, Philippe Cabre et Monsieur Hennart instituteur et tennisman lui- même.318
1996 voit la première victoire du club dans la coupe départementale récompensant le club le plus complet. Thumeries alignait à cette occasion les jeunes, Maud Denneulin, Julien Hoog, Guillaume Debuf Joachim Moncheaux, les vétérans, Eric et Colette Gorgol en double mixte, Daniel Nuttin et Christophe Carpentier en double messieurs, Céline Faucompré et Virginie Lagache en double Dame, Armand Dubois, Emmanuel Petiot et Olivier Jastrzab en simple, Wendy Levois en simple dames.
On organise aussi chaque année un déplacement à Paris lors du tournoi de Roland Garros. C’est l’occasion de réunir jeunes et moins jeunes dans une ambiance festive autour des vedettes du tennis
mondial.
En 2001 avec l’aide de
la ligue régionale et de
la municipalité la
section de tennis avait
mis en place une
remarquable
animation sur la place
de Thumeries en
direction des enfants,
intitulée « le tennis
dans la rue » ; Las une
pluie coriace, rare en
été, l’a obligée à
rapatrier tout le monde
dans le court couvert. (Notre photo)
Le président actuel poursuit aussi sans relâche la valorisation de ses infrastructures. La section a rénové entièrement un court et obtenu de la municipalité la réfection d’un second court extérieur et l’isolation thermique du court couvert en attendant qu’un budget prochain permette l’installation du chauffage
qu’attendent ses 150 licenciés.
En 2003 la section de tennis se porte bien.
Elle n’a pas de grandes vedettes mais une
homogénéité remarquable dans tous les
niveaux. Elle s’est présentée donc en
novembre 2003 pour la seconde fois en
finale de la coupe départementale.
Toutes les catégories ont été représentées :
Sébastien Gillot, Adrien Vanuxem, Marianne
Leriche en jeunes.
Olivier Jastrzab (15/1) Sandrine Delforge (30)
ont disputé les simples seniors, Marc Antoine
Dubois, Jean Philippe Defrenne et Maud
Denneulin le double mixte, Enfin les vétérans
Armand Dubois, Thierry et Anne Denneulin
complétaient la palette.
Le 16 novembre 2003 cette équipe a remporté ce nouveau trophée par six victoires à 2.
2 /Le Tennis de Table
a) Fondation.319
Une coupure de presse 408 fait état de la création du club local de tennis de table en 1962 sous l’impulsion du docteur Dhalluin, premier président, de Lucien Plancq, boucher, et de Michel Depriester, enseignant. Lucien et Michel assurent le secrétariat et la trésorerie de l’association naissante.
Le siège de ce jeune club est le café tenu par Mimie Coget à l’emplacement de l’actuel local d’auto-école. La salle attenante au café sert quelquefois pour des projections de films et permet l’installation de deux tables de ping-pong pour les entraînements et même les premières compétitions.
Les premières rencontres se disputent dans
le district de Lens. Première rencontre et
première victoire contre Hénin Liétard. Un
second article 409 nous offre à l’occasion
de la troisième victoire en trois matches la
plus ancienne photo dont nous disposions.
On reconnaîtra au milieu de leurs
adversaires Lucien Plancq, Michel
Blondelle (┼) Michel Depriester et au
premier rang trois minimes de l’époque,
Maurice Vin, Yves Trémelet, Michel
Tartare.
Notons que 42 ans après, le premier et le
dernier nommés, sont toujours en activité
dans la section.
b) Passage au sein de l’avant-garde.
Après avoir évolué seul, le club de tennis de table rejoint les autres sections de l’avant-garde, société dépendant alors de l’usine Béghin. La date de cette incorporation n’est pas sûre pour l’instant. On parle de 1964 ou 1965.
Les premières traces écrites indiscutables remontent seulement à 1970. La revue « Tentative »410 relate l’échec d’entrée au bureau de l’AGT de Jean Chloez, probable représentant du tennis de table. En 1971 la revue présente enfin les résultats de la section de tennis de table, preuve de son intégration.
L’avant-garde permet au club de sortir du café pour jouer à la salle de gymnastique, l’actuelle salle Françoise Malle, qui servait de lieu d’entraînement pour les sportifs et de spectacle pour les autres. Le gros inconvénient, bien sûr, pour la pratique du ping pong, c’est la qualité du plancher, très adapté pour la valse, mais particulièrement glissant pour les sportifs. Les
408 La voix du Nord 19 octobre 1962
409 même journal 30 septembre 1962
410 revue de la société Béghin320
pongistes installent quelques fois la seconde table sur la scène elle-même, mieux éclairée et moins glissante.
La construction fort attendue du collège Albert Camus (1967) et de la salle de sports attenante (1968) va libérer des locaux en centre ville et offrir une nouvelle salle. Le ping pong s’entraînera désormais dans la salle de classe désaffectée située au dessus de la cantine de l’école des garçons, rue Léon Blum. Ne disposant pas de l’espace suffisant à cet endroit, les compétitions n’auront pas lieu dans cette salle mais dans la salle de sports du CES.
c) Des résultats.
Nous ne disposons pas d’autres documents que la revue « Tentatives »
En décembre 1970 Georges Lagache y écrit : »
Ce sport est encore trop méconnu dans notre commune, il gagnerait à ce que les jeunes s’y intéressent… Ils trouveraient là l’occasion de se dépenser sainement tout en développant leurs réflexes et leur souplesse »
En 1970 la section est engagée dans le district lillois où elle évolue en départementale 4 et l’équipe 2 en départementale 6. L’équipe première ne concède qu’une défaite surprise contre Aubers et monte en D3. En 1972 nous retrouvons l’équipe 1 en D2 ce qui montre qu’elle est montée deux fois de suite. L’équipe 2 est montée d’une catégorie en deux ans D5. En 1973 l’équipe accède à la D1 et d’après les souvenirs de Lucien Plancq, en 73 ou 74 elle rate de très peu l’accession en régionale. A partir de ce moment la section évoluera selon les années en D1 ou D2.
Ce manque d’information nous invite à présenter deux caractères de cette section. Le ping pong, à Thumeries est considéré comme un sport de complément. A part les joueurs cités ci-dessus et quelques autres comme Jean Cloez, la plupart des pongistes thumerisiens sont des sportifs polyvalents pour lesquels le tennis de table est une seconde activité complétant soit le football, soit le basket-ball ou d’autres sports. Il est donc difficile dans ces conditions de maintenir des effectifs et des ambitions. Il aurait peut être fallu comme le basket recruter directement dans les écoles primaires. La section ne disposait pas d’enseignants hormis Michel Depriester (qui travaillait au
collège mais lui-même entraînait aussi des
basketteuses et il quitte Thumeries en 1972
pour la sous direction d’un CES de
Roubaix.)
Section à petits effectifs la section de ping
pong n’en dure pas moins depuis plus de
quarante ans avec des présidents différents,
le docteur Dhalluin, Jean Cloez,
malheureusement décédé, Lucien Plancq,
Patrick Gérard et de nouveau Lucien. Peu
nombreuse mais fidèle à l’avant-garde elle
se produit tous les ans à la fête de l’avant-
garde.
En 2004 le tennis de table thumerisien n’est
pas nostalgique. Avec ses 20 licenciés il présente deux équipes, l’une en D1, l’autre en D 3. Il dispose maintenant d’un outil de qualité, l’extension de la salle de sports du CES édifiée dans le cadre de la construction du nouveau CES. Cette réalisation municipale, largement soutenue par le conseil général, offre au CES et aux associations locales un local lumineux et attrayant. Les utilisateurs principaux sont le karaté, le taïso et le ping pong qui y pratique son entraînement comme ses compétitions.321
3. Section cycliste de l’AGT.
Les Précurseurs : l’USCT
Nous allons aborder maintenant l’histoire de la section cycliste fondée le 1er janvier 1986. Mais il faut savoir que étant donnée cette création récente ce n’est pas la première association thumerisienne de vélo. Il y a eu
auparavant un club de course cycliste,
l’union sportive cycliste de Thumeries
(l’USCT) fondée en 1954 par Roger Mékil,
premier président. Les premières épreuves
organisées par l’USCT étaient des « contre la
montre individuels » ouverts aux seuls
membres du club sur un très long parcours
passant par Thumeries, Ostricourt, Leforest,
Moncheaux… Il y en eut deux en 54. Le
départ se faisait devant le siège, café
Duclermortier, rue Salengro. Le premier fut
remporté par Marcel Lefebvre devant H.
Hérengt, G Decorte, E Boulinguez et Adolphe Callens. Vite restructurée avec un nouveau bureau présidé par Jean Dhainaut, Jules
Desespringale et Daniel Lenclud
l’association organise ensuite les
premiers grands prix de Thumeries.
L’arrivée se juge devant l’ancienne
mairie (siège actuel du SIRIOM) où l’on
dresse un podium comme le montre
notre photo. La course est subventionnée
par la société Béghin (directeur M
Georger) et la Mairie qui accorde
20.000F, des «anciens francs » bien sûr !
Il y aura plusieurs années de suite un
grand prix : En 1954 victoire de M
Lefebvre, notre thumerisien, qui finit
second en 1955 derrière Dislaire de Caudry. Chaque fois l’AGCT remporte le trophée Georger récompensant la victoire par équipe. En 1956 le troisième grand prix est complété par le premier cyclo cross, prix Patrick
Descamps, où M Lefebvre remporte
la 3ème place.
N’arrivant pas à faire face aux
difficultés inhérentes aux courses
cyclistes (recherche de primes, besoin
de voitures suiveuses, de motos,
etc…) le club décide de se dissoudre
en reversant ses actifs aux CCAS de
Thumeries (38745 F) et Wahagnies
(15000 F). C’est qu’entre temps, à la
recherche de subvention l’association
avait obtenu le soutien de M Marceau
Laurent, maire de Wahagnies, à
condition d’appeler le grand prix,
prix Augustin Laurent. Ce prix eut encore lieu en 1957, 58 et 59 mais on perdait d’un côté (la subvention municipale passe à 5000 F) ce que l’on regagnait de l’autre… A partir de 1960 il n’y a plus de trace d’activité cycliste de compétition dans la commune.322
Fondation au sein de l’AGT.
L’activité « vélo » sera relancée dans le courant de l’année 1985 à l’initiative de Daniel Stefanski. M Pierre Dumont, directeur de la sucrerie et président de l’avant-garde sut convaincre Daniel Stefanski d’adhérer à la société omnisports. La nouvelle section fondée officiellement le 1er janvier 1986 est une association bicéphale avec deux bureaux : une section « course », présidée par Daniel et comme présidente d’honneur Rolande Geudin, conseillère municipale, et une section cyclotouriste, dirigée par Francis Monseur. Les autres membres du bureau sont Robert Desprets, Eric Geudin, Odette Delobelle pour la course et Jacques Liévain, Annie Laine, Francine Stefanski, Pascal Dorchies, pour le cyclotourisme. Cette section toute nouvelle organise deux courses à Thumeries, une à Wahagnies et un cyclo- cross. La seconde année elle programme aussi une épreuve de six heures pour les cyclos et un second cyclocross à Wahagnies dans le super cadre des étangs de la sablonneuse. En 1988, elle ajoute une participation particulière aux fêtes de l’avant-garde (course de cadets et course féminine) et les années suivantes des jeux et animations cyclistes. Les cyclotouristes rendront hommage au
président de l’AGT, décédé prématurément,
en organisant chaque année un brevet cyclo
touriste, le brevet Pierre Dumont, invitant les
clubs des environs. Ce brevet réunit chaque
année de nombreux vélos, jusqu’à plus de
600 !
Changement de président
La section « course » est reprise en 1989 par
son ancien secrétaire, Eric Geudin. Son souci et celui de son équipe est de trouver des sponsors. Ils obtiennent suivant les années le soutien des établissements Codec dirigés par M Carton, de l’entreprise NC Déménagements (M Chevallier), du crédit agricole de Pont à Marcq (M Vandevelde. Elle organise un troisième cyclo cross, celui de la ville de Lecelles.
Les manifestations cyclotouristes
Notons des initiatives remarquables de la
section cyclotouriste. En plus des sorties
traditionnelles du dimanche matin, des
brevets organisés par les autres clubs, elle
s’engage dans des épreuves plus
spectaculaires (Lille-Hardelot, Lille-Val
Joly, Paris-Roubaix) et même à des
déplacements mémorables : un stage de
mise à niveau à Millau en 1989 soit 730
km en 8 jours avec des dénivelés
importants. Un autre stage à Gérardmer ou
à Nice ne compenseront pas la
participation à la mythique ardéchoise qui
réunit plus de 15000 vélos de toute
l’Europe.
En parlant d’Europe nos cyclistes se sont lancés les premiers dans le projet de jumelage avec Kirchehrenbach un village de république fédérale d’Allemagne. Le jumelage ne s’est pas concrétisé entre nos deux villes car la réunification de l’Allemagne après la chute du rideau de fer a poussé les villes allemandes à se jumeler avec une consoeur de l’ex RDA. Qui pourrait les en blâmer. N’empêche que nos cyclistes ont relié cinq fois la ville allemande et Thumeries en vélo, soit 750 km…Notre photo sur les marches de la mairie rappelle ce fait. 1991 voit apparaître la première fête du cheval à l’initiative d’une autre association les cavaliers et amis des chevaux. Cette manifestation voit la collaboration de l’association323
Nature et vie et de la section cycliste. Par la suite les cyclistes ont continué à participer activement aux fêtes du cheval successives.
Fusion des deux sections
En 1994 a lieu un remaniement du bureau avec la fusion des deux sections sous la même présidence, celle de Francis Monseur qui exerce cette fonction jusqu’à nos jours. Son équipe continue les mêmes prestations : deux courses à Thumeries, un cyclo-cross, le brevet Pierre Dumont, des animations à la fête de l’AGT.
Petite section, avec peu de coureurs et peu de moyens, l’AGCT dispose de dirigeants au grand cœur, toujours présents, pas toujours récompensés de leurs efforts… Cependant grâce à leur investissement personnel quelques coureurs sortent du lot et font parler d’eux avant d’être attirés par des clubs plus huppés et surtout capables de les emmener plus loin ou au moins de leur faire croire.
Citons parmi ces vedettes locales DENIS SABA qui fut champion des Flandres en juniors (1986) dans la discipline du cyclo cross. Denis est l’héritier direct de Marcel Lefebvre et justifie à lui seul qu’on parle en même temps de l’USCT ou brilla son père et de l’AGCT. On peut évoquer ensuite Sylvain Duval en 1989, les frères Crommelinck.
D’autres se sont illustrés comme Mathieu CAZE, originaire de Mons en Pévèle, venu à Thumeries mais qui dut quitter le club pour des raisons professionnelles… Citons encore Eric Verhellen victorieux à Thumeries en 1992, et classé 16 fois cette saison là… Notre documentation est forcément incomplète, Que personne ne se sente offusqué.
De nos jours
La section compte 25 licenciés UFOLEP en 2004.
Elle a toujours de nouveaux projets comme celui d’organiser en janvier 2005 le premier cyclo cross de la communauté de commune du
sud pévélois. D’autres courses pourraient
suivre si les dirigeants arrivent à résoudre
les problèmes de sécurité. Il est vrai que
l’organisation d’une compétition cycliste
réclame des efforts considérables. Pour
s’en rendre compte il suffit de savoir qu’il
faut indemniser les signaleurs, qu’ils
doivent être titulaires du permis de
conduire.!
Pour permettre aux jeunes de
vivre leur passion nous rappelons avec les
dirigeants deux conseils :
1er conseil
Quand vous rencontrez une course,
acceptez les décisions des signaleurs et suivez le sens de la course. Toute autre manière de faire peut mettre les coureurs en situation de danger grave ; ces jeunes gens se livrent à fond et font confiance aux signaleurs et aux utilisateurs…
Deuxième conseil
Pour ceux qui font du vélo ou qui incitent les
jeunes à en faire, utilisez le casque et faites
comprendre aux enfants qu’il faut le faire.
Ci contre une photo de départ d’une course
patronnée par le grand champion cycliste
Bernard Hinault. Sa venue à Thumeries, à
l’occasion de la course des képis, a été une
récompense pour tous les bénévoles.
4. La Boule Thumerisienne.324
Fondation
Pour ses 70 ans l’avant-garde de Thumeries s’enrichit d’une nouvelle section. En effet la section intitulée « la boule thumerisienne » est officiellement créée le 15 octobre 1983 à l’initiative de Léonard Kolodziejack et de Christian Guilmet. Les deux fondateurs ont eu envie de prolonger leurs souvenirs de vacances et de prolonger la bonne ambiance qui régnait lors des concours du CE de Béghin-Say pour offrir aux thumerisiens la possibilité de pratiquer la « pétanque à la loyale » comme il est dit dans les premiers statuts.
Dès le départ, ils réunissent 60 adhérents de tous âges. Le premier bureau se constitue avec les deux fondateurs, Jacques Descamps (secrétaire) Marc Enrico (secrétaire adjoint) Roger Pottier (trésorier) et Roland Dubois (trésorier adjoint). C’est Joseph Dumont qui assure la présidence d’honneur. Après quelques mois de
pratique sauvage ou sur le boulodrome
d’Ostricourt, le club hérite d’un terrain
aménagé au fond du stade. Notre photo
de 1984, présente les deux fondateurs
sur ces lieux.
Un boulodrome couvert
Les effectifs grandissent encore
puisque le bulletin n°16 de 1985 fait
état de 83 seniors, 17 jeunes et 7 vétérans soit plus de 100 adhérents. En 1987 profitant de la transformation de l’ancienne piscine en tennis couvert la section de boules obtient un boulodrome couvert offert par la commune et qui permet la pratique de la pétanque en tous temps. On y amène disent les anciens 20 tonnes de terre rouge pour aménager les pistes et les établissements Miquet réalisent la « Fanny », personnage symbolique que tous les adhérents connaissent. 411.
D’abord adhérente de la fédération nationale de pétanque amateurs et loisirs la section locale s’illustre dès 1989 avec une triplette championne du
nord et 5ème au championnat de France. Il s’agit de
Potier Roger, Potier Gérald et Penet Michel. Ils
l’emportent encore en triplette en 90 tandis que la
doublette Richard Suckiel et Philippe Florent est
championne de France en 90 et 91.
En 1992 la section locale adhère à une autre fédération,
plus nombreuse et plus sportive, plus officielle aussi, la
fédération française de pétanque, jeu provençal (
FFPJP) Elle évolue dans le district du Douaisis.
Construction d’un club-house.
1993 voit aussi l’inauguration du club house réalisé en grande partie par le personnel communal et les boulistes. Cet espace de convivialité permet d’accueillir les sportifs pendant les moments d’attente entre les parties, surtout l’hiver. L’hiver 93 accueille d’ailleurs le premier challenge d’hiver de Thumeries, une compétition qui attire du monde plusieurs semaines de suite pour des qualifications à la journée finale.
Changement de président et jumelage.
En 1995 Léonard cède la présidence à René Dubois
qui préside la section jusque 2009. Dans un premier
temps le nouveau bureau poursuivra la réalisation
411 La tradition veut que tout joueur ne marquant pas de point dans une partie subit un gage qui consiste à embrasser les fesses de la Fanny.325
d’un projet initié par Léonard à savoir le jumelage entre deux clubs de boules, celui de Thumeries et celui de Bray sur Seine où il s’est fait des amis. Pendant plusieurs années les deux clubs vont alterner des échanges. Bray et Thumeries ont des points communs, une activité sucrière et une structure de club omnisports. Les dirigeants de l’AGT et certains membres de la municipalité ont envisagé un moment l’élargissement du jumelage à d’autres disciplines ou à d’autres associations. Depuis quelques années les échanges liés au jumelage ont diminué d’ampleur pour des raisons financières. Le club braytois est sorti de son club omnisports et ne peut plus subventionner à 100 % comme il le faisait le déplacement.
Action vers les jeunes
La section de boules s’est aussi investie dans des actions en faveur des jeunes. Dans un premier temps, elle a organisé en octobre 96, une journée découverte, réunissant beaucoup d’enfants. La fédération a fourni du matériel et des conseils pédagogiques. Ce fut un franc succès, sur cette lancée le bureau a créé une école de pétanque qui depuis fonctionne tous les mercredis scolaires de 15 heures à 17 heures. Avis aux amateurs. (5 à 18 ans) Dans le même ordre d’idées les boules organisent depuis 1997 une animation « sport-éveil » initiation à la pétanque dans les classes de CE et CM de l’école Jules Ferry. Ses bénévoles consacrent une demi journée par semaine pendant un trimestre pour promouvoir leur sport avec sans doute l’espoir de voir quelques jeunes rejoindre l’école de pétanque ! Citons le plus beau résultat de l’école de pétanque : en 1999 une triplette thumerisienne composée de Wilfried Pluquet, Sylvain Vanbraekel et Jordan Simoulin, a été vice championne de ligue (5 départements) en juniors à Etaples.
Une section dynamique
Le bureau développe ses
activités : participation active
à la fête omnisports, au
téléthon et depuis 1998
organisation du réveillon de
la Saint Sylvestre.
Reconnue « sport de haut
niveau » en mars 2003 et
aspirant devenir sport
olympique, la pétanque se
structure et va se gérer en
compétition en poules,
divisions, zones.
Cette politique se met en
place depuis 2003 et
complète les différents
championnats Nord, Ligue,
France ainsi que la coupe de
France relancée en 2000.
5. La section de Karaté
Ce sport de combat est l’héritier de techniques de combat à mains nues élaborées pendant des siècles en Orient, Chine, Inde, Corée et finalement Japon. Ces techniques ont été longtemps la spécialité du samouraï. Elles s’enseignaient dans les temples où l’on cultivait en même temps une certaine philosophie (zen). Ce n’est qu’au début du 20ème siècle que le karaté perdit son caractère secret et fut enseigné à Tokyo.326
Plusieurs écoles marquent l’évolution de ce sport. L’une d’elles insiste sur la maîtrise du geste puisque les coups ne peuvent être portés sous peine de pénalité. Sans renier l’importance de cette maîtrise de soi certains karatekas frustrés se sont tournés vers des formes de combats plus « complets ». C’est le cas du karaté kyokushinkaï fondé dans les années 50 par le maître Masutatsu Oyama. Ayant suivi les formations de judo, de karaté shotokan et gojo ryu Oyama finit par créer sa propre école qu’il fit connaître en faisant des démonstrations extraordinaires, des combats contre des lutteurs, des spécialistes de la boxe thaï et même des taureaux ! C’est actuellement la forme la plus répandue de Karaté en Europe et dans le monde. Le sigle ci-dessus est la calligraphie du kyokushinkai en japonais et orne les dojos et kimonos des pratiquants.
Création de la section locale
La section thumerisienne du karaté
kyokushinkaï a été fondée en septembre 1982 par un
habitant des domeries, M André Bafcop, lui-même
ancien karateka. Il obtint le soutien des dirigeants de
l’avant-garde dont le président était le regretté Pierre
Dumont. La direction technique du club est assurée
par Bernard Houy, 2ème dan, professeur diplômé
d’état et directeur technique de la ligue Flandres
Artois. Les entraînements ont lieu tous les mercredis soir à la salle Françoise Malle. La section compte déjà 55 licenciés à Noël 82 répartis en deux catégories d’âges. En feuilletant nos anciens bulletins municipaux on se rend
compte que la section participe à la fête de l’avant-garde
renouvelée à partir de 84. Ainsi en 84 on note la présence de
Jacques Kalluer, champion de France 82, qui renforce la
section toujours menée par Bernard Houy.
Jacques Kalluer deviendra ensuite le second entraîneur du club
et emmènera les jeunes locaux pour leurs premières
compétitions en octobre 84. Ils obtiennent deux titres de
champions du Nord, Séverine Dubus en minimes et Cédric
Marchand en benjamins.
Suite au départ de la commune de M Bafcop la section n’est
plus gérée. l’AGT enregistre le 21 février 92 la mise en veille
de la section « pour manque d’effectifs » et les amateurs de
karaté se rapprochent de l’école de karaté de Moncheaux.
En 1988 cette section monchelloise s’était structurée avec comme président M Jacques Huquebart et comme secrétaire Mme Françoise Deschamps tous deux de Raimbeaucourt. La section déclarée en préfecture selon la loi de 1901 est aussi affiliée à la F S G T (fédération sportive et gymnastique du travail). Elle s’entraîne dans la petite salle des fêtes de Moncheaux à même le carrelage !
Retour à Thumeries.
La section de
Moncheaux a des difficultés à
renouveler ses dirigeants. M
Daniel Pollet, un thumerisien,
finit par en accepter la
présidence. Constatant que la
majorité des pratiquants
viennent de Thumeries il prend
contact avec la municipalité et
l’avant-garde qui lui accordent
un créneau horaire à la salle des
sports du CES. Nous sommes327
en 1994. Le transfert de l’association de Moncheaux à Thumeries est publié au journal officiel du 31 août 94.
L’entraînement est assuré par un nouveau professeur Cédric Marchand et la section est forte de 58 licenciés.
1997
Le club organise son premier tournoi international à la salle du CES. 200 invités foulent le sol de la salle ce jour là. Les thumerisiens sont entraînés par Cédric Marchand avec le renfort d’un nouveau collaborateur Joël Lavisse. La même année le club obtient son premier titre de champion de France par Jonathan Brisart en 9-10 ans ; ( Pacé en Bretagne). 1998
Thumeries organise la coupe de France. Onze clubs y participent. Avec les nordistes Santes, Sequedin et Thumeries les compétiteurs viennent d’Auby, Arillé, Chateauneuf, Crozon, Pacé, Peyrat de Beyrac ou Saint Cyr en val. Les 22 enfants de Thumeries emportent 11 coupes et Jonathan Brisart son second titre
national.
1999
Jonathan garde son titre pour la
troisième fois et derrière lui
l’AGKT obtient deux secondes
places avec Julien Wimille et
Cédric Housart. L’entraîneur
adjoint, Joël Lavisse, décroche sa
ceinture noire.
2000
Les jeunes cités ci-dessus
continuent leurs performances et
sont rejoints par Romain
Debaisieux champion de France
semi full
2001
Le président Daniel Pollet passe la main pour des raisons de santé mais le club continue sur sa lancée. A Chateauneuf en Thymerais 15 thumerisiens ramènent 11 coupes. Une initiative originale cette année là, un membre du club lance le site internet de la section qui présente le karaté et des photos des compétitions.
2002-2003
Encore deux titres en coupe de France décrochés par Cédric Housard et Karine Vannobel nos benjamins.
En mars 2003 le club de karaté de Thumeries est présenté comme le club du mois dans la revue spécialisée le budoka. .
On honore ainsi la seconde
ceinture noire du club obtenue
par Damien Nowak,
l’organisation de la coupe de
France et de la première
rencontre internationale
enfants-ados en 2002.
En juin un stage de
perfectionnement des gestes
techniques est organisé avec
les conseils de Javier Lauzano
champion de France 95.
2004
La section compte 48 licenciés.
Ils sont entraînés par Joël
Lavisse titulaire du diplôme
d’entraîneur fédéral. Les
entraînements ont lieu dans la
nouvelle salle du CES, la salle328
annexe, mieux chauffée et mieux équipée que l’ancien gymnase.
Avis aux amateurs.
N’oublions pas qu’en plus d’une saine activité physique le karaté développe un certain esprit issu de ses origines et qui veut entraîner cœur et corps, maintenir tous les sens en éveil, développer le respect des règles et des supérieurs, contrôler ses gestes et bannir la violence ou l’intolérance, se donner comme objectif d’atteindre sagesse et force.
C’est le sens du mot kyokushinkai : l’école de l’ultime vérité.
6 Le souffle de Thumeries.
Les précurseurs.
La plus récente section de l’avant garde se
nomme « le souffle de Thumeries » et
propose à ses adhérents la course à pied ou la
marche hors des stades. Elle se situe dans la
droite ligne d’une activité dont nous avons
parlé dans les pages qui précèdent , le cross-
country. Il y avait en effet, avant guerre, une
forte équipe de cross. (cf notre photo)
A partir des années 50 la course à pied
disparaît progressivement des activités de
l’avant-garde et on ne la pratique plus que
pour préparer physiquement les adeptes des
sports
collectifs.
C’est un ancien basketteur, Michel Bécu, qui relance
l’activité. S’étant adonné à la course à pied après son travail,
Michel s’est fixé plusieurs objectifs. Le premier fut une
participation au marathon de New York en 1989. Il se classe
5564ème ( 447ème coureur français). Poursuivant sur sa lancée,
il organise avec des amis, les 100 relais de Thumeries dans
le cadre de la fête de l’AGT (il s’agit d’effectuer 100 relais
de 1000 mètres sur la piste du stade,)
Troisième défi en décembre 94, tenir 24 heures de relais dans
le cadre du Téléthon. Le point de ralliement est alors le
centre de secours des Sapeurs Pompiers. (photopage
suivante)
L’année suivante, 1995, voit la poursuite de ces deux activités, les 100 km de Thumeries avec un tracé urbain cette fois et encore le téléthon. Les amis qu’a réunis Michel vont décider alors de créer une section de course au sein de l’Avant Garde.
Fondation.
C’est en octobre 1998 qu’est fondé « le
Souffle de Thumeries », dernière née
des sections de l’avant-garde, centrée sur
la course hors du stade. Les membres
fondateurs sont Patrick
Vanderheuderlinghen, président, Bernard
Henot, vice-président, Yannick Perlein,
trésorier, Muriel Vanderheuderlinghen
secrétaire. Et Lydie Henot, secrétaire
adjointe. Les membres de ce bureau
optent comme fondements de leur
association la pratique de leur sport mais
aussi la convivialité.329
Chaque mercredi ses quelques adhérents se réunissent à la salle Ferdinand Béghin avant de partir sillonner au pas de course Thumeries, ses rues et ses voyettes.
En plus de la préparation et de la participation à des courses extérieures cette section va reprendre et développer l’animation du Téléthon annuel.
Téléthon annuel
Elle obtient le soutien logistique de la M.A.S.
(maison d’accueil spécialisée) . C’est le nouveau
lieu de rendez vous des relayeurs mais aussi des
autres associations, invitées à participer. C’est la
réussite remarquable de cette poignée de joggeurs
de faire venir ainsi à la MAS les écoles, le
collège, les pompiers, les musiciens, l’association
de la vie communale. Au fil des éditions elle
fédère encore de nouvelles activités, comme le
cyclo-cross, la gym-tonic, les « secouristes », la
danse, la chorale. D’autres créent des
manifestations ailleurs dans le village, concours
de boules au stade, concours de belote chez
« Carole », vente d’objets divers chez les commerçants.
Les marcheurs
En 1999 accède à la présidence Yannick Perlein après les déménagements des deux premiers présidents. Il intègre une deuxième discipline, la Marche et de nouveaux adhérents. Les marcheurs se réunissent le dimanche matin
sur la place avant de gagner des sites
différents, toujours dans la bonne humeur.
L’association comprend en 2004 35
membres, 23 marcheurs (17 dames) et 12
coureurs. Elle est bien sûr toujours ouverte à
de nouveaux adhérents.
Les coureurs participent à différentes courses
de la région avec l’aide de l’association. Ils
peuvent aussi se retrouver à titre personnel
dans de grandes manifestations comme le
marathon de Paris.
Les marcheurs participent aux marches
organisées par les clubs des alentours. Les
manifestations les plus spectaculaires sont
bien sûr le téléthon et le parcours du cœur
.où le souffle de Thumeries s’associe aux
clubs de Wahagnies et d’Ostricourt ;
(notre photo : départ du parcours du cœur
2005)
7. les sections disparues.
Notre histoire de l’avant-garde ne peut se
terminer sans évoquer deux sections
aujourd’hui disparues: le club cynophile et
la gymnastique volontaire.330
Le club cynophile.
Le club cynophile de Thumeries est né dans les années 80. On trouve quelques allusions à sa fondation dans le bulletin municipal de 1984. On y présente le but du club : représenter la ville de Thumeries dans les différents concours. Apprendre aussi les chiens à mordre. C’est paradoxalement un apprentissage utile parce que l’animal ainsi « éduqué » ne mordra à l’avenir que sur ordre et non par réflexe. Toutes les races de chiens sont admises au dressage. En fait plutôt que de dressage il faudrait parler d’éducation. On ne donne pas de coups au chien mais par contre on distribue des récompenses et des encouragements. Les amateurs se retrouvent le samedi après midi et/ou le dimanche matin sur un terrain proche du stade. Le club l’a aménagé avec l’aide de la municipalité, y a édifié des parcours d’obstacles, des niches d’attente, a
récupéré un mobil-home pour l’accueil et
la détente. Le président à cette époque est
M Jean Noël Lhote.
Dix ans plus tard on parle toujours
d’éducation. Il faut apprendre le chien à
marcher au pied sans tirer sur sa laisse, à
rester à un endroit désigné, à ne bouger
qu’à l’ordre de son maître, à refuser la
nourriture que lui tendrait un étranger, à
sauter des obstacles et à vaincre le vertige.
En plus de cette éducation on propose aux
volontaires une initiation à l’attaque avec
un homme protégé des morsures et menaçant l’animal ou son maître d’un bâton ou d’une arme à feu.
En 1994 le bureau est dirigé (cf notre photo) par M De Ny, gendarme de profession et maître- chien qui apporte le savoir-faire de la gendarmerie.
Après la mutation de M De Ny, le club perd son principal animateur. Les membres diminuent en nombre et peu avant 2000 la section s’éteint.
La municipalité qui cherchait un autre terrain pour éviter les nuisances sonores s’est contentée d’enlever les installations inutilisées.
La gymnastique volontaire.
Un groupe informel au début.
M Marcel Dessenne, moniteur chef de
la section de gymnastique de l’avant-
garde, avait accepté de donner des
cours de gymnastique à un groupe de
cadres de la société Béghin et à
quelques amis (Mrs Soyez, Delobelle,
Garnier…) Il assurait ces séances dans
la salle des fêtes. C’est ainsi que l’idée
vint à Madame Christiane Soyez de créer un
groupe pour les dames. C’est l’origine de la
section. M Dessenne avait ainsi un programme
bien fourni : 7 heures du matin,gym pour les
hommes, presque tous les jours, à 8 heures deux331
fois par semaine, gym pour les dames, l’après midi éducation physique dans les écoles, et le soir entraînements de basket jusqu’à 22 heures.
Nous étions en 1973 et les fondatrices sont Mesdames Soyez, Warlop, Dhalluin, Chloez, Lagache…
Adhésion à la FFEPGV
Rapidement, pour soulager M Dessenne, le groupe se renseigne auprès de la fédération française d’éducation physique et de gymnastique volontaire (FFEPGV) à laquelle il adhère et il reçoit l’aide d’une première éducatrice, Martine Milon.
Martine Milon assure quelques cours mais incite ces dames à suivre des formations au CREPS de Wattignies afin d’apprendre à encadrer les séances ultérieures. Suivent ces formations Mme Soyez, Madame Lagache et Mme Carlucci.
En 1981 Madame Carlucci prend la responsabilité du groupe. C’est peu après (1983) que la gymnastique volontaire intègre la société
l’avant-garde comme une section à part
entière, la présidence étant assurée par
Mme Monique Bernard.
Des manifestations spéciales
Le groupe travaille chaque semaine dans
une bonne ambiance ses abdominaux, ses
fessiers et autres dorsaux. Il accepte
néanmoins de sortir de l’ambiance
discrète de la salle des sports pour
participer à diverses manifestations
extérieures.
Hommes et femmes se donnent en
exhibition lors des fêtes de l’Avant-garde, défilent cerceaux en mains durant les braderies en compagnie de la fanfare.
Lors des fêtes du bicentenaire le
groupe de gymnastique n’assure pas
moins de trois tableaux historiques :
le château de Versailles (une
maquette montée sur un char), les
parisiennes venues chercher le roi à
Versailles en octobre 1789, et la
charrette des condamnées à la
guillotine durant la terreur.
En 2001 équipées de vélos et de
tandem elles illustreront le front
populaire et les premiers congés
payés.
Enfin la gym participe aussi chaque
année aux festivités du téléthon
organisé par le Souffle de
Thumeries.
Pendant plusieurs années les quelques hommes du groupe (Mrs Vanhove, Bernard et quelques amis du quartier dynamique des Moulins) organisent même une marche annuelle, dite marche du muguet. Leurs invités sont invités à faire le tour de Thumeries, à parcourir ses voyettes, à s’enfoncer dans le bois de l’Offlarde jusqu’aux abords d’Ostricourt. Il s’agissait d’un parcours du cœur local.
Fin des activités
Ce groupe, très dynamique, fête en juin 2003 à la fois la fin de la saison, la remise de médailles aux plus anciennes de ses membres, et le départ légitime à la retraite de Mme Carlucci qui l’a animé depuis plus de 20 ans. C’est la fête et on attend sans trop d’inquiétude un nouveau moniteur ou une nouvelle monitrice. Las, il ne s’en est pas présenté. Il y avait pourtant cinquante adhérentes.
Les plus mordues, lasses d’attendre, se sont tournées vers d’autres clubs encore en activité :332
Les unes sont parties à Mons en Pévèle, les autres ont rejoint les pratiquants du Taïso ou de l’association gym-tonic à Thumeries.412
IV. Histoire de l’association Art et Culture.
A. Au commencement il y eut le dessin.
L’initiative est venue d’un professeur du collège,
Jacques Hérengt. En 1957 il suit un stage de dessin
au C.E.M.E.A et en revient passionné. Il veut en
faire profiter les enfants.
Avec un collègue, Jean Pierre Oslawski, il monte un
projet d’association soutenu par la municipalité
(Noël Lagache, premier adjoint) et par les membres
du comité d’établissement Béghin.
En octobre 1966 Ils fondent un atelier de jeunes
(notre photo) dont les premières activités seront le
dessin et la peinture.
Ils envisagent déjà d’autres possibilités, modelage,
sculpture, gravure, lecture, théâtre.
La commune prêtera le local, l’ancienne école des
filles, et assurera les dépenses de fonctionnement
non couvertes par la cotisation des familles (3 F par mois).
Devant le succès des premières inscriptions
c’est une véritable association qui est créée
en 1967 avec, comme président d’honneur, le
maire, Maurice Scache, comme président M
Garnier, comme secrétaire M Trezinski,
comme trésorier M Soyez.
1. Une exposition annuelle.
Chaque année l’association organisera une
exposition des travaux de jeunes. Placée les
premières années dans les ateliers, elle gagne
rapidement la salle des fêtes et dure quatre
jours, du vendredi soir (vernissage) au lundi
soir. En 1970, par exemple, elle réalise un
château-fort, en utilisant 3.000 boites
d’allumettes et 300 boites de portions de fromage « la vache qui rit ».
En 1971 elle invite le célèbre animateur de radio Lille : Simmons. Ce dernier met en exergue le profit, pour 120 enfants, des activités organisées par Art et Culture.
Chaque année un thème domine l’exposition : les mathématiques modernes en 1972, la photographie en 1973, les jeux de cartes en 1976.
A partir de 1973 l’exposition est relevée par un spectacle de danses folkloriques et rythmiques interprétées par les jeunes de l’atelier de danse.
2. De nouvelles activités.
En effet très rapidement de nouvelles activités sont apparues.
Si la première année il n’y en avait que deux, le dessin et la peinture, l’année suivante on y ajoute la linogravure et la vannerie. La troisième année voit la naissance des ateliers de poterie et d’aéromodélisme, installés au patronage. En 1970 c’est le lancement des ateliers de photographie, de marionnettes et de danse.
En 1972, après cinq ans d’existence Art et culture compte donc douze activités : dessin, peinture, photo, marionnettes, danses, pyrogravure, linogravure, poterie, vannerie, aéromodélisme, broderie et inclusion sous plastique. De nouveaux animateurs se sont joints
412 Notre photo 2003 récompenses aux anciennes de la gymnastique volontaire333
aux pionniers : Mesdames Laurent (danse), Houzé (vannerie) et Dhaynaut (couture), Messieurs Depriester, Mortelette (peinture), Dhaynaut (aéromodélisme).
En 1975 on compte presque 300 enfants à l’association. Au spectacle de fin d’année un journaliste se permet un commentaire peu amène ce qui lui vaut une remarque cinglante du président M Garnier :
« Votre rédacteur est absolument libre de ne pas apprécier le résultat de nos efforts mais il n’a pas le droit d’attaquer des enfants à la racine de leur bonne volonté et de leur enthousiasme. Quant à ses possibilités avec les mêmes enfants et les mêmes moyens de réaliser mieux, permettez moi d’en douter. Je ne sais s’il a essayé pendant neuf ans d’occuper 150 enfants et de leur faire réaliser le meilleur d’eux-mêmes. Ses critiques prétentieuses semblent montrer une absence totale de
sens pédagogique et de possibilité
d’émerveillement. Puis qu’il n’a pas
rêvé avec nous, qu’il aille rêver
ailleurs… »
On voit l’implication de toute
l’association jusqu’à son président.
En dehors de ce flop, jamais plus la
critique ne sera négative et depuis cette
époque Art et Culture enchaîne les
succès et les éloges ;
En 1976 et quelques années ensuite, le
spectacle est présenté par Martine
Osinski.
3. Des palmarès.
En 1976, le jeune Bruno Dewaele obtient le premier titre de champion de France d’aéromodélisme à Lure, près de Belfort avec un total de 522
points sur 540 possibles.
Il renouvellera plusieurs fois cette performance avant de mettre ses
compétences au service des plus jeunes en devenant formateur lui-
même.
Mr Augier, encore un enseignant, anime l’atelier de photographie.
Art et Culture traverse allégrement les 25 années qui suivent.
Certes, quelques responsables ont changé : M. Soyez a remplacé M
Garnier à la présidence (en 1989) et M Dhaynaut a succédé à M
Hérengt comme directeur. M Mortelette est devenu directeur
adjoint La plus grande partie des ateliers fonctionnent toujours
avec de nouveaux animateurs.
Madame Szalecki a remplacé en 1999 au modelage le regretté Joseph Goluch et M Mortelette à la peinture. A signaler en 1998 l’exposition de peintures dans un
cadre très nouveau, celui de la M.A.S. Cette ouverture de la MAS à
la ville permet une exposition qui dure 10 jours. Elle attire de ce fait
non seulement les adultes mais aussi les enfants des écoles primaires.
Les anciens champions, Dewaele, Le Névé, Firmin, Leclercq, Sion,
Meignotte ont pris le relais de M Dhaynaut à l’aéromodélisme,
Gérard Vanhove a succédé à M Augier pour la photographie…
Mmes Descamps, Komoroski,Olszewski, Cavrois se sont succédées à
l’atelier de couture, qui malgré deux déménagements, a continué à
confectionner de nombreux costumes pour les spectacles dont nous
allons parler après.
Une nouvelle section est apparue en 1993. Son objectif est « la
forme, pas les formes ». Vous avez deviné qu’il s’agit d’exercices
d’aérobic ou de streching. Cet atelier a été confié à Nathalie Karpinski, au début, puis à Nathalie Ninrynck. Seuls quelques ateliers ont disparu comme la vannerie, l’inclusion plastique, la pyrogravure… effets de mode sans doute.334
Nous allons parler maintenant de deux sections importantes lancées dans les années 80, le théâtre et la chorale.
B Ouverture aux adultes. Théâtre et Chorale.
1. Le théâtre.
Chaque année, un petit spectacle vient rehausser l’exposition des œuvres des enfants. Quelques danses, petits sketches l’agrémentent. L’animateur, Jacques Herengt, organise donc en octobre 1977 plusieurs réunions d’information concernant le théâtre, la poésie, l’expression corporelle et le spectacle en général. Ces
premières prises de contact montrent que plusieurs
jeunes peuvent être intéressés et donner naissance à
une nouvelle section.
Cependant la première troupe théâtrale ne verra le
jour qu’en 1981 à l’initiative de Serge Buisine, CPE
du CET de Thumeries.
Elle mettra successivement en scène : »treize à
table », « la bonne planque », « les portes claquent ».
En 1982, en parallèle de la troupe adulte, Art et
culture lance un atelier d’initiation au théâtre réservé
aux enfants. Petit à petit cette initiation débouchera
sur la naissance d’une véritable troupe d’adolescents pleins de talents créant leurs propres sketches puis, comme ‘le génie n’attend pas, leurs propres pièces.
En 1984 on présente « j’y suis, j’y reste » de Jean Valmy et la troupe s’exporte à Somain, Leforest, Phalempin, Estaires, Douai…
En 1985 la direction
est assurée par Daniel
Simon qui forme aussi
les jeunes de l’école
de théâtre. Il monte
« lorsque l’enfant
paraît » D’André
Roussin. A noter qu’à
cette époque les
décors sont réalisés
par les élèves du
centre d’apprentissage
de Phalempin.
En 1986 la troupe joue
« Oscar ». 1989 voit le
retour aux commandes de Serge Buisine et il propose au public : « je veux voir Mioussov, une comédie hilarante pleine de qui pro quo
En 1992 la pièce sera « caviar ou lentilles »
où Pierre Porquet joue le rôle principal, un
père italien qui fréquente les réceptions pour
y soustraire de la nourriture pour sa
progéniture. Evidemment ce ne sont pas des
boites de lentilles qu’il ramène !
Aux premiers acteurs, Serge Buisine, Robert
Hallot, Jacqueline Perrot, Georgette Tillie,
Nadia Ninrinck se sont joints au fil du temps
et des pièces quelques jeunes : Bérangère
Demaury, Bernard Facq, Marie Odile Facq.
Et j’en oublie sûrement.
Plus encore, en 1993 les « jeunes « volent
de leurs propres ailes et lancent leur propre
pièce : « Chou Chéri ». Ce sont Didier
Dumont, Céline Descamps, Anne et Cécile335
Gérard, Laurence Herbaut, Grégory Cinus, Antoine et Sébastien Dumont.)
En 1996 la troupe est passée à 16 membres et joue « Pyjama pour six » un vaudeville de Marc Camoletti et en 98 une pièce policière « Piège pour un homme seul »
Les ateliers de jeunes se développent et les « tambours battants se présentent au festival de théâtre amateur de Mons en adjoint deux années de suite ; en 1996 avec « un monde magnifique » une pièce écrite par un de leurs membres, Grégory Cinus et en 1997 avec « les sept vies du chat ». Avec cette pièce ils obtiennent la première place ex-aequo Ils s’investissent beaucoup, jusqu’à 10 heures par semaine, dans l’écriture Certains mêmes poursuivront au-delà de l’association une carrière semi professionnelle au sein de cette troupe. Ils se mettent aussi au service de l’atelier des plus jeunes et vont faire émerger quelques jeunes talents, des jeunes filles qui présentent en 1997 « détournement de contes » . A leur tour elles constitueront deux nouvelles troupes « les zouaves » et « c’est pas mâle » qui présentent « pigeon vole » de Georges Berdot et « le mystère du
tableau volé » de Yak Rivais en 1999.
2. La chorale.
C’est également en 1981 qu’est lancée une chorale d’adultes,
animée par Norbert Codeville jusqu’en 1998 puis par Catherine
Dujardin.
A ses débuts la chorale participe à des concerts organisés au profit
d’associations nationales, UNICEF, secours catholique,
virades de l’espoir…ainsi qu’à des choralies dans les
villages environnants.
Fondée un an après le théâtre la chorale a été dirigée par
Norbert Codeville. Composée rapidement d’une
quarantaine de membres elle participe à diverses
manifestations. Elle organise par exemple en 1984 une
rencontre de chorales avec celle du CES (Mme Philippe), le
chœur du rail de Lens et la chorale d’Amiens. Elle participe
plusieurs fois à la fête de la musique à
Ostricourt et en 1988 un journaliste signale une
soliste de l’école de musique d’Ostricourt. « Il
s’agit de la jeune Catherine Dujardin » qui par
la suite rejoindra Art et Culture et prendra la
succession de Norbert Codeville en 1994.
En 1989 la chorale participe aux festivités du
bicentenaire par un concert le samedi et par
l’interprétation de chants révolutionnaires (çà
ira ; la carmagnole…) tout au long du parcours
du défilé de chars.
A noter aussi un concert exceptionnel avec
l’harmonie de Roncq (où Norbert Codeville
est saxophoniste) participation aux chœurs
d’Aida, et à une évocation de Ennio
Morricone. Ce fut une expérience
impressionnante pour nombre de choristes de
chanter avec deux autres chorales en
compagnie d’une puissante harmonie et sous
la baguette d’un chef prestigieux !..
Sous la direction de Mme Dujardin la chorale
progresse rapidement. Elle est de plus en plus
nombreuse et il a fallu changer de salle de
répétition. Elle donne chaque année des
concerts soit à Thumeries soit ailleurs en
fonction des invitations. C’est le cas à la fête de la musique de Thumeries en 97 et en 98 en compagnie de la fanfare La Concorde. En 98 la chorale se produit à Mons en Pévèle en336
première partie d’un programme dont la seconde n’est autre que le concert de Stephan Stalanowski, premier violon de l’orchestre philharmonique de Lille.
En 1999 pas de concert, la chorale s’étant consacrée à la préparation du vaste répertoire de la
comédie musicale.
La présence dans la même association de trois sections comme la danse, la chorale, le théâtre a conduit peu à peu Art et culture à réunir de temps en temps ses membres dans un projet commun devenu à la mode : la comédie musicale.
3. Les comédies musicales.
La présence de ces deux nouvelles sections, (
chorale et théâtre), va ouvrir des perspectives
et la traditionnelle exposition--spectacle va se
muer en comédie musicale. Le concept est à la
mode et Art et culture va se lancer à fond dans
ce projet. En effet c’est l’occasion de fédérer
les activités dans un projet commun : la section
peinture confectionne les décors, la couture
produit des centaines de costumes.
On inclut à l’occasion des projections de
diapositives et la technique sera assurée par les
membres de l’aéromodélisme.
Le premier essai s’intitule : « la colo en folie »
( ci dessus) et décrit une nuit folle au camping.( 1984)
La comédie suivante date de 1986. Elle a pour titre « les gags de la marine ». C’est une évocation de la mer, de la plage, du soleil.
Deux ans plus tard (1988) on
évoque la vie gitane avec
« Viva la vida » (photo ci
contre)
En 1990 , dix ans déjà avant la
fin du siècle, la comédie
musicale « 2001 » évoquera,
l’histoire de Thumeries, grâce
à (ou à cause d’ ) une machine
à remonter le temps que des
enfants manipulent plus ou
moins bien.
On se retrouve par moments
chez les gaulois affrontés aux
romains, au Moyen-Âge au château de Thumeries, à la Révolution, sous le premier Empire sans oublier la belle époque, les cabarets, et le célèbre french cancan.
En 1993 ce sera « Marianne et baptiss’ »
A l’occasion d’un congrès européen dans notre bonne ville, Baptiss, un brave patoisant s’efforce de trouver un mari pour notre Marianne nationale. Le prétexte est trouvé pour337
découvrir nos richesses régionales, nos fêtes, nos géants, notre grosse tête, « bouque à chuc », de faire aussi le tour de l’Europe à travers plusieurs jolis tableaux ou de scènes cocasses comme ci-après un groupe de choristes représentant l’Ecosse.
C’est dans la bonne humeur que se croisent dans les coulisses de la
salle des fêtes 150 figurants de tous âges. On utilise tout : la cuisine
pour maquiller, la salle annexe pour habiller les enfants ; la loge des
dames est au premier étage, celle des hommes, à la cave !
La technique (son et lumière) opère au balcon et les accessoiristes là où
ils peuvent.(couloirs, coulisses, arrière scène)
Il faut dire que les scénarios sont de plus en plus sophistiqués comme
dans la
comédie
intitulée « le
monde est
fou » où la
chorale est
installée sur
un
gigantesque
gâteau
Surenchère encore pour la suivante,
en 1999, les « Je de Jeanne » une
évocation du XXème siècle
présentant par exemple la conquête spatiale avec une scène où une maquette du lem descend toute fumante sur la scène au son de « carmina burana. » tandis qu’une lune lumineuse traverse toute la salle des fêtes !
Rien ne rebute nos techniciens
capables de construire une machinerie
sur mesures. Il va sans dire qu’une telle
organisation, contrairement au théâtre
où à la chorale, ne s’exporte pas en
dehors de notre salle des fêtes.
Enfin la dernière née des comédies
musicales fut « le Jour de lune » en
2004, la recherche d’un tableau volé au
plein cœur de l’Afrique dans une
famille de colons italiens, tableau
retrouvé dans un marché persan haut en
couleurs (notre photo)
En 2006 d’ailleurs Art et Culture a
célébré son 40ème anniversaire en
proposant un nouveau spectacle qui
reprenait des extraits de ses précédents
spectacles. Un « remix » en quelque sorte.
C. Art et culture (de 2000 à nos jours)
En ces premières années du 21ème siècle l’association poursuit sur sa lancée..
1. Toujours la danse, la chorale et le théâtre
a) La danse.
La section « danse » produit chaque année plusieurs spectacles : en particulier celui de la fête des mères en mai-juin et le goûter des aînés quelques jours avant Noël. C’est l’occasion à chaque fois de concrétiser le travail d’une année.
Les danseurs (ils sont un peu rares) et les danseuses participent aussi à des manifestations plus exceptionnelles. Citons d’abord la parade de l’an 2000, organisée par la municipalité où les338
danseuses d’Art et culture ont défilé en dansant dans les rues de Thumeries le charleston comme vous le voyez sur la photo.
Ajoutons aussi sa grande contribution à la comédie musicale de 2004 « jour de lune ». C’est d’ailleurs une animatrice de la section danse, Christine Verdière-Doignies qui en a écrit l’idée
originale : la recherche d’un tableau volé, en
Afrique, dans une famille d’immigrés italiens
soucieux de faire revivre chaque année l’ambiance de Venise. Les danseuses ont évoqué successivement Venise la magnifique, l’Asie et ses splendeurs, l’Afrique et ses mystères. Les ateliers de danse répètent à la salle Françoise Malle, le mardi soir pour les adultes et le mercredi pour les plus jeunes avec des horaires variés suivant les âges.
b) La Chorale.
Depuis le passage à l’an 2000, la chorale donne deux ou
trois concerts par an. En juin 2000 elle s’est produite
dans l’église de Bois Grenier avant de participer elle
aussi à la Parade du siècle en deux tableaux : « Paris en
colère » pour la libération et un pot pourri des tubes des
années
60. En
juin
2001
elle
donne
un concert à l’église de Thumeries en
compagnie de la chorale « Résonnance » de
Chéreng.
En 2002 c’est Mérignies (notre photo) qui
nous accueille en avril puis Wahagnies pour
la fête de la musique.
Au gré des invitations nous sommes allés à
Aulnoye les Valenciennes, à Aremberg, à
deux reprises, à Vendeville. En 2003 nous
avons accueilli dans l’église de Thumeries la chorale « Imagine » de Ronchin. En 2004 ce fut la participation à la comédie musicale ‘Jour de lune » avec un morceau resté au répertoire « c’est la fête » ( cf notre photo) .
En 2005 une participation à la fête de la musique de La Madeleine à l’invitation de Jean Christophe Rigot, professeur de musique au collège Albert Camus et pianiste de talent. Mr Rigot nous fait d’ailleurs parfois l’honneur de nous accompagner en direct lors de certaines sorties. En 2005 nous avons organisé avec trois autres chorales un concert au profit de Retina France et pour la lutte contre les maladies de la vision. Enfin 2006 a été marquée au printemps par un concert en l’église de Hem et une nouvelle comédie musicale en juin « Rétrospective »339
c) Le théâtre
A ce jour la section théâtre regroupe 52 participants, partagés en 6 groupes : 2 groupes d’initiation pour les plus jeunes conseillés par Sylvie Delebassé et Christiane Kasprzyk, le mercredi soir.
Un groupe de préados et un groupe d’ados dont s’occupent Mélanie Popek et Emilie Warembourg le vendredi soir et le lundi
soir. A chaque fin de saison, les parents sont
invités à un spectacle qui leur donne un
aperçu du travail effectué dans l’année par
tous les jeunes.
La troupe « c’est pas mâle » qui regroupe
cinq filles entre 20 et 30 ans et qui depuis
cinq ans a déjà mis en scène 3 spectacles :
en 2000, « Pas mâle, TV », en 2002
« théâtre sans animaux », en 2005 « les
quatre secrétaires »
La troupe « pile ou face » qui, depuis 25 ans
et au rythme d’une pièce par an évolue
actuellement avec comme metteur en scène
Jean Luc Vandekerckhove. Leurs dernières
pièce ont pour titre : en 2000 « sexe et
jalousie, un vaudeville de Marc Camoletti,
histoire d’un mari trompé qui veut devenir
l’amant de la femme de l’amant de sa propre
femme !
En 2002 « la perruche et le poulet » un
vaudeville policier suivi en 2003 de « dis moi
donc ce qu’il y a de neuf » de Paul Cote, une
prise d’otages rocambolesque.
2. Les activités manuelles.
a) Aéromodélisme.
Les jeunes construisent eux-mêmes leurs appareils et
s’initient à la technique du vol. La section, rattachée à
l’union aérienne Lille Roubaix Tourcoing pratique
principalement le vol libre. De mars à juin les modélistes
participent aux concours sélectifs pour le championnat de
France sur les terrains de Cambrai et de Bondues. Chaque
année ils
obtiennent cinq
ou six
sélections et
plusieurs fois
ils sont revenus avec le titre de champion de
France.
b) Couture
Atelier fréquenté en grande majorité par des ados
rejoints parfois par quelques adultes qui
souhaitent s’initier à la confection de vêtements.340
Par le passé l’atelier a présenté ses créations lors des expositions spectacles sous forme de défilés de mode ; La rénovation des anciens locaux du LEP par les ouvriers communaux a permis l’installation de l’atelier de couture et le regroupement des activités, dessin, peinture, travaux manuels, dans un même lieu.
c) Modelage
Mis en place à ses débuts par le créateur de l’association, Jacques Hérengt, cet atelier a toujours beaucoup de succès. André Pruvost a pris la succession, puis le regretté Joseph Goluch et c’est aujourd’hui Danuta Szalecki et Marie José Coussée qui en ont la responsabilité. Le mercredi matin est réservé aux enfants et le lundi soir aux adultes.
d) Pastel.
L’atelier pastel fréquenté par des enfants à partir de 8 ans permet de réaliser une œuvre en une seule séance. Depuis quelques années on se demande combien de chambres sont tapissées de ces petits chefs d’œuvre !
f) Photo
Développement de pellicules noir et blanc et mise sur papier font partie pour les enfants de la magie et du mystère. L’émerveillement de chacun devant l’apparition progressive de l’image dans le révélateur en est un témoignage. L’arrivée du numérique a mis cette activité en veilleuse.
3. les 40 ans, nostalgie, remerciements et perspectives…
2008 a vu beaucoup de changements pour
Art et Culture. L’association a d’abord
fêté ses 40 ans. Elle l’a fait à travers le
spectacle de 2007 intitulé « rétrospective »
avec des extraits de différentes comédies
musicales. ( ci-dessus quelques
techniciens)
Ensuite elle a pu remercier les dirigeants
qui ont pris leur retraite, M Soyez, M
Dhainaut, M Mortellette, Mr Vanhove,
Mme Karpinski et d’autres encore.
La poursuite de l’œuvre entreprise il y a
40 ans sera assurée par Mme Donchez,
nouvelle présidente, et Mme Verdière,
nouvelle directrice.
VI Art et Loisirs
L’association Art et Loisirs est né le
25 septembre 1955 à l’initiative de
l’abbé Roelandt dont nous avons
parlé précédemment. Autour de lui
et des fondateurs (Georges Bigorne,
Jules Ricourt, Paul Cambier) de
nombreux bénévoles se sont unis
pour organiser des séances de
cinéma (les premières au patronage,
rue Faidherbe), des conférences,
des excursions, du sport éducatif,
du théâtre, des camps de vacances.341
En 1956 l’abbé Roelandt avec l’aide des habitants et le soutien financier de la famille Béghin fait construire et aménager le foyer. Il y installe un cinéma qui passe son premier film (violettes impériales) en 1957. Après le départ de l’abbé le flambeau est repris, en matière de cinéma seulement, par Fernand Carpentier, projectioniste depuis 1961. A la retraite de Fernand, c’est Rachid Reffas qui reprend le flambeau.
Il faut dire qu’en 1994 la société Béghin a revendu à la Municipalité toute la parcelle, avec la chapelle Sainte Rita et le foyer.
La municipalité a séparé le foyer du cinéma.
Voici, ci-dessous, une photo de la nouvelle entrée du cinéma. Celui-ci a désormais son entrée particulière et le foyer est devenu une salle polyvalente utilisée par le centre aéré, les associations et de nombreux particuliers à l’occasion de fêtes familiales.
Après Bigorne, la présidence a été exercée par Paul Cambier.(Sur la photo de l’inauguration, page précédente) C’est Mme Annie Dewaele qui assure cette mission en 2009.
VI. Autres associations.
Il y a bien sûr à Thumeries bien d’autres associations comme, Les donneurs de sang (1965), le club féminin (1974), ou le club des toujours jeunes( 1978). D’autres oeuvrent dans le domaine des loisirs, du sport (Taïso) ou de l’entre aide. (la FNACA créée en 1980, ou « un filleul pour Madagascar, ou encore « chti partage ») ETC…
Faute de documentation nous n’avons pas essayé d’en faire l’histoire dans cet ouvrage. Cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas dynamiques ou efficaces.
On peut toujours trouver leurs coordonnées ou celles de leurs dirigeants actuels en se renseignant en mairie ou en consultant le site internet municipal (www.thumeries.fr). Enfin, née en 1990, l’association historique de Thumeries vous propose cet ouvrage.
Ci-dessous la nouvelle entrée du cinéma géré par Art et Loisirs.342
Chapitre 12 : Entrée dans le 21ème siècle.
I. Le choix de l’ intercommunalité.
A. La loi incitative.
La notion d’intercommunalité est proposée aux communes depuis 1992. Elle convient surtout aux espaces ruraux où existent des centaines de très petites communes qui seront incitées à mutualiser leurs faibles moyens. Cela correspond à une vraie attente puisqu’il se crée plus de 1.000 EPCI (établissement public de collaboration intercommunale) en 5 ans. Parmi ceux-ci on distingue des SIVU (syndicat à vocation unique) et des SIVOM (aux compétences multiples)
En 1899 la loi dite « loi Chevénement » cherche à amplifier le mouvement et à l’étendre. Pour constituer une communauté de communes il faut un accord commun des communes, une continuité territoriale et la délégation de certaines compétences. Deux compétences sont obligatoires, l’aménagement de l’espace intercommunal et le développement économique. En matière de fiscalité propre, la communauté peut créer une taxe additionnelle ou voter une taxe professionnelle unique (TPU). La communauté se donne des structures analogues à celles des communes, une assemblée, un bureau, un exécutif.
B/ Les Hésitations.
Les communes sont incitées à entrer en communauté depuis 1992. Le syndicat SYPEM envisage de se transformer en communauté. Les élus de Thumeries comme ceux d’Ostricourt toujours mis en minorité dans les décisions du Sypem n’apprécient pas cette solution. Au conseil municipal du 27 juillet une majorité relative se dégage pour un rapprochement avec les communes du Carembaut plutôt qu’avec celles de la Pévèle. Une autre solution envisagée était de faire une communauté à la taille du canton mais ce fut abandonné rapidement car certaines communes se rapprochaient de la communauté urbaine (Fretin) d’autres préféraient rester en Pévèle. Les contacts avec le Carembaut n’aboutissent pas, et le 28 mars 1994 le conseil abandonne pour le moment tout projet de communauté.
Ce n’est qu’en 2001 que des contacts seront
repris avec les deux communes voisines,
Ostricourt et Wahagnies.
C/ Les Etapes.
La communauté de communes du Sud
Pévélois (CCSP) s’est donc constituée le 19 décembre 2001 dans une première assemblée générale réunie à la mairie d’Ostricourt. Chaque commune avait présenté 7 délégués et 3 suppléants. Les délégués de Thumeries étaient Masquelez, Dewaële, Lefebvre, Carpentier, Meynckens, Verhellen et Wallyn. Les suppléants Carlier, Maniak et Collérie. Cette assemblée désigna le président, Robert Anselin, les vice présidents Masquelez (chargé des équipements), Dujardin (chargé de l’espace communautaire), Randour( chargé de l’environnement) , Lefebvre ( chargé des finances) et Croxo ( en charge des affaires administratives et juridiques).
Elle décida ensuite de l’adoption d’une TPU avec une période d’ajustement progressif de 5 ans.
Par la suite, sans entrer dans le détail, la CCSP s’est dotée de commissions de travail afin d’élaborer ses projets. Elle a ensuite embauché du personnel administratif et un technicien pour suivre les travaux.
Les grandes réalisations de son premier mandat sont la réfection de la place Albert Thomas à Ostricourt, les trottoirs et la voirie à Thumeries (rue Pasteur) et à Wahagnies. Elle a aussi fait les études et les estimations des infrastructures routières, de l’éclairage public et des espaces verts des trois communes en vue d’éventuels transferts de compétences. Elle a enfin acheté un bâtiment issu des friches Béghin pour y installer son siège définitif.343
A noter qu’avant cet achat les réunions se faisaient tour à tour dans chaque commune. Signalons aussi une disposition non prévue par la loi mais adoptée de fait : la présidence successive des trois maires, se remplaçant tous les deux ans.
Elle s’est aussi dotée d’un nouveau logo pour remplacer celui
de la page précédente qui n’était qu’une compilation des
emblèmes des trois communes. Ce logo orne désormais les
entrées du territoire de la CCSP et tous les documents qu’elle
produit.
Depuis les élections de 2008 la CCSP est formée de nouveaux
délégués. Ceux de Thumeries sont Masquelez, Dewaele,
Carpentier, Meynckens, Verhellen, Wallyn, .et Collérie.
La CCSP est confrontée à de sérieux problèmes financiers, dus à une forte chute de la TP (taxe professionnelle) suite à l’évolution de l’entreprise sucrière, dont nous parlerons ci-après, et au remboursement des emprunts contractés durant le premier mandat. Elle est donc obligée de réduire ses projets ou de chercher de nouveaux financements.
Mais ceci ne relève plus de l’histoire mais de l’actualité. (2009)
II. Tereos ou la fin de Béghin Say .
Nous avions parlé 413 de la fermeture de la sucrerie en 1991 et de ses conséquences. Dans les années 90 ne restent à Thumeries qu’une usine de stockage (deux silos de 20.000 tonnes) et de conditionnement, le laboratoire central et les bureaux du siège social.
Le conditionnement, où des investissements sérieux ont été faits (140 millions de Francs entre 1980 et 2000) produit du sucre en morceaux mais aussi des spécialités :‘sucre glace, gelsuc, vergeoise, ligne) et des sucres à usage industriel.
Le groupe Béghin Say est contrôlé par la holding Ferruzi – Montedison. Plusieurs tentatives d’OPA sur Montedison incitent Ferruzi à regrouper ses actifs agroalimentaires dans Eridania- Béghin-Say.
A. Rachat d’Eridania Béghin Say.
Deux années déficitaires (1999-2000) dues à des
campagnes plus médiocres et à des investissements
risqués à l’étranger obligent Ferruzi à scinder le
groupe en quatre sociétés différentes, Béghin-Say
pour le sucre (la société la plus rentable mais qui
supporte la majorité des dettes du groupe), Cérestar
pour l’amidon, Lesieur pour l’huile et Provimi pour
l’alimentation animale.
En 2001 le rachat de Béghin Say est comme
programmé. Plusieurs possibilités sont envisagées,
le rachat par un grand groupe sucrier européen, le démantèlement en petites unités ou la reprise par un groupe de planteurs de betteraves. Le montage financier est délicat car Béghin représente un gros morceau, estimé à 550 millions d’euros pour détenir 52,8% des parts. En s’associant, les planteurs de betteraves vont finalement réussir à prendre le contrôle de la société.
Les planteurs (Union BS) fourniraient 170 M€. SDA (sucreries et distilleries de l’Aisne, dirigées par Philippe Duval) apporteraient 300 M€. Les banques coopératives soutiendraient le projet pour permettre à ce nouveau groupe de revendre quelques usines qu’il ne voudrait pas conserver et faire face aux frais obligatoires de garantie des actionnaires de Béghin-Say. Ce montage financier est réalisé en 2003.
Le nouveau groupe s’appelle désormais Téréos regroupant les usines de SDA et de Béghin Say. Téréos maintient pour d’évidentes raisons commerciales la marque Béghin-Say.
413 Pages 213 et suivantes344
En 2005 Téréos fusionne avec SDHF (Sucreries des hauts de France) poursuivant ainsi la concentration industrielle. Téréos c’est à ce moment 16 établissements en France avec 1.819 employés et 16 établissements à l’étranger avec 9.840 employés.
B. Restructuration.
En 2004 le journal « l’usine’ » parle d’un avenir brumeux pour l’usine de Thumeries. Il écrit que le nouveau propriétaire du site envisage de transférer l’essentiel de l’activité du conditionnement vers ses autres usines françaises. D’après l’article, le maintien de l’activité du conditionnement à Thumeries serait ruineux. Tereos ne garderait qu’une ligne de production et le stockage, ce qui pourrait réduire les effectifs à 25 personnes. Or il y a encore 200 salariés sur le site. La
décision annoncée, les salariés se mettent en
grève et les délégués syndicaux négocient
pour sauver quelques postes ou améliorer
les conditions de départ. Les plus de 55 ans
partiront en retraite, ceux qui ont 54 et 53
ans auront une retraite progressive avec un
emploi à temps partiel dans les usines de
Boiry, Escaudeuvres, ou Origny.
En plus des 26 postes restants les syndicats
espèrent en récupérer 25 autres aux dépens
de la soutraitance malheureusement.
Par ailleurs, autre fait symbolique qui blesse
les Thumerisiens, le siège social est déplacé
avec ses employés à Lille. Le nom de Thumeries est désormais effacé de toutes les boites et paquets de sucre.414
C. Ce qui reste à Thumeries.
Après les départs des ouvriers remerciés et le transfert de quelques machines les ouvriers et cadre restants ont repris leur activité.
Il reste sur le site, en 2009 une quarantaine de
personnes, encadrement, manutentionnaires,
caristes, ouvriers du conditionnement, de
maintenance et de gardiennage.
La production conditionne les sucres en sacs
de 5 à 50 kilos ou en « bigs bags » de 500 kg à
une tonne. C’est 300 à 400 tonnes qui sortent
par jour…
Par ailleurs Téréos, constituée en grande partie
de betteraviers, faisant valoir leur statut
d’agriculteurs a obtenu de Nicolas Sarkozy,
alors ministre des finances, le statut d’entreprise agricole ce qui diminue considérablement sa taxe professionnelle.
Ceci est un avantage considérable pour le sucrier mais un très mauvais coup pour les finances communales et intercommunales.
414 En 2005 Téréos va également fermer le siège de Neuilly ( 200 postes) où plusieurs Thumerisiens ont travaillé.345
III. Situation démographique en 2008-2009.
A. Répartition par âge et par sexe.
L’INSEE a procédé en 2006 à un nouveau recensement. Nous vous présentons ici quelques unes de ses données.
La population totale de la commune est passée à 3.838 habitants. Ce qui est le maximum atteint dans son histoire. On peut y voir l’impact de la politique de construction dont nous avons parlé dans les chapitres précédents et d’une forte tendance à la rurbanisation de la Pévèle.
Ceux-ci se répartissent ainsi :
Sur le graphique ci-dessus vous trouverez les nombres d’hommes (losanges) et de femmes (carrés), répartitions par strates d’âges de 5 ans.
On peut observer une différenciation dans les nombres d’hommes et de femmes aux deux extrémités de la courbe.
A savoir une légère prédominance des garçons les 15 premières années (il naît plus de garçons que de filles) et une forte majorité de femmes dans les âges avancés, trace d’une plus grande longévité. Ces remarques généralement faites à l’échelle d’un pays ou d’un continent sont curieusement déjà visibles à l’échelle microscopique que représente notre village.
A partir de ces données, nous avons établi la pyramide des âges de la commune. (figure ci- après) .
On y trouve la trace du déficit des naissances dû à la guerre de 1940 puis l’impact du baby boum.
On y retrouve enfin la dissymétrie entre les hommes et les femmes au bas et en haut de la pyramide.
B. Logements
Les 3.838 thumerisiens vivent dans 1.374 logements. 1159 sont propriétaires. 1184 ont une voiture.
De 1968 à 1990 le nombre de logements est passé de 959 à 1.191 puis 1.439 en 2005. Ce sont des résidences principales à 96,5% et même à 96% des maisons individuelles. 1.320 de ces maisons ont été bâties avant 2004 dont 553 avant 1949 (41,9%)346
C.Activité.
La population active représente 69,1% de l’ensemble des Thumerisiens et on compte 62,4% de personnes ayant un emploi.
Les 30,9% des inactifs sont les étudiants, les scolaires, les retraités et pré-retraités. Pour plus de renseignements il est judicieux de se rapprocher de l’INSEE.
Pyramide des âges.
Conclusion .
Pour terminer plus de 800 ans d’histoire, force est de constater qu’il n’y a pas beaucoup de points communs entre les premiers thumerisiens et les habitants d’aujourd’hui. Nos ancêtres étaient pour la plupart de petits agriculteurs. L’avènement au 19ème siècle de l’industrie sucrière a profondément changé les choses et industrialisé le village. Elle a aussi attiré de nombreux habitants venus d’ailleurs.
La vie associative et la vie municipale ont longtemps bénéficié de cette manne providentielle. Les Thumerisiens d’aujourd’hui et de demain auront à inventer une autre manière de bien vivre à Thumeries.
A eux de prolonger cette histoire que j’ai essayé de leur raconter.
Thumeries le 1er octobre 2009.
JC Collérie347
Chapitre 13 : Annexes.
I. Nos archives.
Pour permettre à tout un chacun de poursuivre l’œuvre que j’ai entreprise, sans perdre de temps, il importe de ne faire aucune rétention de l’information.
Voici donc une présentation détaillée de mes sources avec quelques notes historiques.
A. Les archives municipales.
1. L’état civil.
a) La législation.
1539, trois articles de l’ordonnance de Villers Cotterets introduisent, dès 1539, l’obligation pour les curés de paroisse de tenir un registre des sépultures des « personnes tenant bénéfices » (nobles et ecclésiastiques) et des baptêmes de tous les nouveaux nés. Cette consigne, peu appliquée dans les faits, au début, est reprise en 1563 par le Concile de Trente, qui demande de recenser les baptêmes et les mariages.
En 1579, l’ordonnance de Blois réclame une copie annuelle des registres de baptêmes, mariages et sépultures.
Enfin en 1657, l’ordonnance de St Germain en Laye impose la tenue en deux exemplaires de ces registres, l’un des deux étant destiné au greffe !
Ces règlements sont plus ou moins bien suivis suivant les régions. On sait que, dans le Nord, on n’a qu’un exemplaire jusqu’en 1737 sauf dans l’arrondissement de Lille. En 1792 l’assemblée législative imposera aussi la tenue de tables décennales qui se révèleront très utiles pou les historiens et pour les généalogistes.
b) A Thumeries.
Le plus ancien document de Thumeries relate le baptême de Louis Legroux en 1659. Les premiers actes sont rédigés en latin sur un petit livret (format 15x20) de 1659 à 1667. En 1667 le format passe à 19x30.
Le premier acte rédigé en français date de 1689, soit 150 ans après l’édit de Villers Cotterets et cent ans avant la Révolution.
L’ensemble est conservé aux archives municipales.
Remarquons que ce n’est qu’avec l’entrée en fonction du curé Leschohier, en 1737, que l’on note les décès des enfants, morts en bas âge.
A partir de 1737 on aura un cahier par an, rédigé par le curé jusqu’en 1792. L’ensemble s’appelle les registres de chrétienté. La série est continue de 1737 à nos jours. Le second exemplaire est détenu par les archives départementales.
2. Les autres archives municipales.
a/ Les PV du conseil municipal.
La mairie conserve les procès verbaux depuis la création de la municipalité en septembre 1790. Cela représente :
Un cahier de 1790 à 1815.
Un second cahier de 1854 à 1892 (on note donc une énorme lacune entre 1815 et 1854… (situation regrettable puisqu’elle correspond au début de l’exploitation sucrière)
Un cahier de 1854 à 1892
Un cahier de 1893 à 1907
Un cahier de 1907 à 1939
Un cahier de 1939 à 1853348
Un cahier de 1953 à 1964
Des classeurs de 1964 à nos jours.
b/ Les anciens cadastres.
En matière de description des terres et des propriétés, la mairie dispose de 2 cahiers datés l’un de l’an IV, l’autre de l’an VI (environs 1796 et 1798) avec comme rubriques :le nom de propriétaire, éventuellement celui du locataire, la nature du bien et sa superficie.
Un plan en couleurs établi en 1808 par Robin et accompagné d’un cahier de 90 pages fixant les limites de la commune et la description sommaire des propriétés foncières (312 propriétés non bâties et 72 bâties)
D’autres documents cadastraux ont suivi et sont conservés sur place:1798, 1801, 1811, 1820, 1843, 1911 et ainsi de suite jusqu’aux cadastres actuels. De nos jours le cadastre est numérisé.
c/ Les recensements et mouvements de population.
Nous disposons en Mairie des documents relatifs aux recensements de 1836, 1841, 1846, 1851,1856, 1861, 1866, 1872, 1886, 1891, 1896,1901, 1906, 1911, 1926, 1931… 1946, 1954 ;1962, 1968,1975,1982,1990, 1999, 2006.
d/ Les relevés militaires du 19ème siècle.
de 1816 à 1909 nous disposons d’un recensement annuel des jeunes gens, de sexe masculin. Ce matériau pourrait servir pour certaines études plus particulières que je n’ai pas envisagées dans cet ouvrage.
3/ Plans et permis de construire.
a/ Plans de Cordonnier.
La commune dispose d’un fond d’archives provenant de l’ex entreprise Béghin au fur et à mesure de ses rétrocessions au domaine communal. Cela concerne : la salle de la croix rouge, l’église, les écoles, la chapelle du Thélut, le CES (ancien), l’école du Pévèle, le kiosque à musique, le dépôt communal, la Mairie (ancienne) , la piscine, le stade, la salle de sports (salle des fêtes).
b/ Les permis de construire.
Les permis de construire municipaux et privés sont archivés depuis 1953.
c/ Divers dossiers plus récents
écoles, gendarmerie, lotissements divers…
B Autres documents locaux.
1 Des collections privées.
Nos sources, en matière de vie associative notamment, appartiennent le plus souvent à des collections privées, aimablement prêtées par des particuliers, présidents, membres des associations concernées ou collectionneurs.
Une mention spéciale à ceux qui nous ont soutenu depuis le début de nos travaux : Michel Deledicque, président de notre association, les sportifs, Georges Lagache, Adrien Chère, Marcel Dessenne, les musiciens, Robert Crombez, Dominique Noens, les pompiers,349
François Lemaire, Eric Bécu, Patrick Fillière, les membres d’Art et culture avec en particulier Jean-Claude Dhaynaut et Jean Pierre Mortelette.
2. Epigraphie.
On désigne ainsi tout ce qui est gravé dans la pierre de nos monuments et par extension sur les murs de nos rues.
Signalons en particulier :
a) À l’église :
la liste des victimes de la grande guerre,
une collection de pierres tombales datant du 18ème siècle et replacées dans les fonds baptismaux après la reconstruction de 1840.
b) Au cimetière :
une dédicace au pied du calvaire et bien sûr l’ensemble des tombes.
« Calvaire : édifié par la générosité générale et en particulier de Maître Bulteau, curé , Mr et Mme Huot Vanderstraeten, la famille Duquesne Denneulin, la famille Béghin Tranin, la famille Blondeau Dubois, Adèle et Raymonde Bulteau 2 novembre 1896 »
c) Au détour de nos rues :
Tous les noms de rues et de quartiers dont certains évoquent des personnages que nous avons présentés .
Voici quelques cas particuliers :
La Résidence Mozart
« Le jeudi 24 10 1991 en présence de M A Masquelez, maire de Thumeries, M André Motte, président de la SRCJ, a été inaugurée la résidence Mozart architecte P Lenne » Salle de musique
« Salle de musique Marcel Flinois directeur de la Fanfare municipale La concorde 79-96 » La salle des fêtes
« Centre de loisirs Françoise Malle, adjointe au maire de Thumeries, membre de la commission administrative du BAS de1947 à 1982 »
Salle Pierre Legrain
« le 18 février 2006 Armand Masquelez, maire de Thumeries, a honoré Pierre Legrain, chevalier de la légion d’honneur, chevalier dans l’ordre du mérite national, international d’athlétisme, entraîneur éducateur, en donnant son nom à cette salle »
Espace Pierre F Roelandt
« Hommage des Thumerisiens au fondateur de la chapelle, du cinéma et de la salle polyvalente »
Plan d’eau Marcel Dessenne ;
Calvaire rue Zola
« Mission 1895, sanctifier le dimanche Pater et Ave 40 jours d’indulgence » À l’usine (jusqu’à 2004)
« an X » (: une pierre gravée, donnée en souvenir à Mr de Pelleport, dernier patron)
3. Bibliographie.
a) concernant Thumeries
Il y a eu avant nous un précurseur, Cyril Balthazar, : histoire des communes du Pévèle, Thumeries en particulier ». Son ouvrage peuple quelques bibliothèques locales. Viennent ensuite les publications de la société historique de Thumeries élaborées par mes soins ( Petites plaquettes presque toutes épuisées, sauf la dernière )
histoire de l’Agt350
histoire des châteaux
histoire de l’église
Thumeries sous la Révolution.
Citons aussi les articles « le coin du passé » parus dans les différents bulletins municipaux depuis 1789.
Concernant l’entreprise sucrière signalons :
Une thèse de maîtrise en histoire sur Ferdinand Béghin (Magalie Miquet) Lille III.1994
Un livre souvenir de la société Béghin-Say rédigé par Eric Fottorino : Béghin-Say, une saga industrielle » 2002
Ferdinand Béghin : « Mes carnets » (des souvenirs personnels à usage de ses héritiers, mais plusieurs photocopies ont circulé dans le village)
b) Concernant Seclin et les communes voisines
: Les divers ouvrages de Leuridan.
Jean Paul Thorez, un ami d’enfance, « Saint Piat, un missionnaire des
premiers temps » édition fleur d’espoir
G Waast monographie sur Mons en Pévèle
Michel Champagne : histoire de Moncheaux
Hugot : histoire de Wahagnies
Bruno Labbe-Dupont Wahagnies
c). Ouvrages généraux sur le pays de Pévèle.
« En pays de Pévèle » par Paul Delsalle, Christian Maille, Alain Derville, JC Rémy « Les églises de la Pévèle française » collection dirigée par Alain Plateaux
Alain Lottin histoire des provinces du Nord (3 volumes déjà parus)
C Les archives lilloises.
1 Les archives départementales.
Les archives départementales du Nord utilisent comme celles des autres départements un cadre de classement presque uniforme constitué de séries. Ces séries sont distinguées par les lettres de l’alphabet de A à Z. Elles se répartissent en quatre groupes chronologiques : de A à I pour l’ancien régime, L pour la période révolutionnaire, M à Z jusqu’en 1940, la série W étant réservée aux donations postérieures à 1940.
Sources concernant Thumeries
Séries anciennes.
Série B (justice)
Briefs B 3729 (terrains de la chatellenie
1547 concerne notamment la Ténarderie
Enquêtes fiscales 3757 (1543) 3760 (1449) 3763 (1549) 20182 (1491)
Fiefs : dénombrements entre 1389 et 1469.
3774 3804, 3810,3813 fiefs de la seigneurie de Phalempin
3829 fiefs du 14ème au 17ème siècle351
Série C (administration provinciale)
FLW 1449 concerne le moulin Duquesne et C 1414 (impôts en 1741)
C 1347 (bois des chartreux)
C 3090 (la cure en 1688)
C 1452 (droits sur les boissons en 1745)
C 2092 (impôts en 1686)
C3687 (terriers de 1719)
.Séries modernes.
Série E (notaires, corporations, confréries, état civil)
Quelques actes
E593 (1775 mariage Carondelet -Du Razoir)
E 610 baux Esclaibes- Carondelet
E 2240 Carondelet
Dans la série E il y a aussi l’état civil mais ce dernier est consultable en mairie.
Série G (clergé séculier)
17 G 49 actes des baillis de Seclin
16 G 977 baux émanant de la collégiale St Pierre de Lille
17 G 172 baux et ventes de Thumeries (dîme)
16 G 178 bois de la haute Marlière
17 G 98 droits de chasse (de Carondelet)
16 G 665 fiefs de la seigneurie d’Epinoy (16ème 17ème siècles)
16 G 287 bois de Bellincamps (14ème siècle)
17 G 191 dépenses du presbytère (17ème )
Série H (clergé réguliers
Deux allusions aux chartreux de Douai (61 H 2
Et au prioré de Flers 42 H 18
Série L (la révolution)
668 la municipalité
5030 cloches
5045 concerne le curé Lalleman
5086 concerne l’abbé Vandrisse
8909 clergé et vicaires
8922 et 8935 conflit avec Jacquerye
8941 inventaire de l’église
8942 revenus du clergé
8970 traitements et pensions
982 et 8153 comité révolutionnaire
2133 défense nationales
4436 décès de militaires (époque napoléonienne)
2123, 2989, 3191,8792 concerne l’invasion de 1792352
8272 statistiques
8809 sauf-conduit au bénéfice du curé Berry
série Q (domaines nationaux)
1 Q 2625, 513, 1235, 530, 552
Séries contemporaines
Série R affaires militaires
Pour la première guerre mondiale
10 R 4201, 4240, 4990, 4991, 4992, 4993, 4994, 5012, 5014, 5057, 5534, 5716 Pour la seconde guerre mondiale
R 10154, 107459, 147414, 147421
Série S (travaux)
Les moulins : S 6006, 6012, 1251 (les 2 derniers concernent Wahagnies)
Le chemin de fer (le PP) S 3274 à S 3282 S 2601
Série T enseignement
1T 253 enquête
1T 273 5 tableaux
1T 89/80 personnels
1T78/ 7-8 maison d’école
1T79/79
1T122/6 pensionnat
2T 1372 et 2756
Série V culte concordataire
1V23 27 28 55 72 dossiers individuels
2 V 101
4 V 31 46 (mobiliers)
5 V 9 175 et 369 concerne la fabrique
Série O administration communale
C’est évidemment la série la plus riche en voici le résumé
O 590
salariés
1 cantonnier 1817 1913
2 enseignants 1881 1906
3 receveur municipal 1898 1906353
4 facteur 1899-1906
5 garde champêtre 1903-1907
6 secrétaires de mairie 1906-1913
administration
7 commissions 1901-1913
116 cloches 1921
117 déchets en 1933
8 droits de places 1896
titres
9 maison vicariale 1837
10 école des filles 1873
11 jardin de l’instituteur 1876
12 école des garçons 1877
13 école des garçons 1880
biens
14 aliénation d’une maison 1842
15 aliénation ancienne école 1879
16 école des filles 1912
17 mitoyenneté
18 location 1910
19 droit de boisson 1813
20 assurances édifices 1860-1910
21 rentes 1872
travaux
22 Mairie archivage 1877
23 Réparations à l’église en 1817
24 Reconstruction en 1839
25 Réparations à l’église en 1848
26 Achat d’une chaire en 1853
27 Réparation de la sacristie en 1876
28 Réparation de toiture en 1894
29 Réparation de fenêtres en 1909
30 Réparation au presbytère 1812
31 Reconstruction du presbytère en 1845
cimetière
32 Mur d’enceinte en 1883
120 emplacements en 1920
121 caveaux pour soldats de 1914-18
école primaire
33 Plans de 1837
34 Mobilier en 1848
35 Réparation en 1851
36 Ecole des filles en 1873 et sv
37 Ecole des garçons + mairie 1878
38 Réparation école des filles en 1899
39 Classe enfantine en 1901
40 Toiture école des filles en 1907
41 Agrandissement des écoles en 1911
et extension du téléphone en 1905
42 Abreuvoir en 1905
43 Entretien des bâtiments de 1810 à 1874354
44 Chemins en l’an XIII
45 Carrière de l’église en 1842
122 maternelle en 1926
123 aménagements école des filles en 1932-37
124 construction scolaire de 1933 à 36
voiries municipales
46 Rue de l’école en 1850
47 Voie des morts 1851
48 Sentier de l’église en 1858
49 Suppression de sentier en 1877
50 Rue de l’école en 1884
51 Chemins divers en 1907
52 (125) chemin privé du Wacca
53 (126) chemin n°6 en 1921
constructions
54 rue Houdart en 1847
55 pavage rue basse en 1853
56 mise à niveau rue Defretin en 1899
57 avec plans
58 chemin du Thélut en 1907
59 autres chemins en 1909
60 pavages divers
61 redressement du chemin du Thélut en 1848
62 élargissement chemin n8 en 1865
127 à 129 couvertures de fossés
130 électrification
63 chemin des croix en 1869
64 chemin de gde communication en 1873
65 rue basse en 1875
66 chemin des croix en 1875
67 chemin N8 en 1877
68 le même en 1881
69 autorisation Vallois en 1867
70 autorisation Dugardin en 1875
71 réparation de chemins en 1808
72 curage de fossés en 1847
73 raccordement du Thélut en 1849
74 74 à 77 pavage
78 construction de ponts
79 à 82 aménagements de chemins.
cimetière
83 règlement et tarifs en 1873
84 en 1896
85 transformateur électrique en 1914
86 concessions de 1873 à 1908
134 de 1911 à 1933
135 concession à l’abbé Dutemple
87 comptes de 1806 à 1814
88 divers budgets 19ème siècle355
89 comptes de l’an XI
emprunts
90 pour chemins en 1810
91 chemins en 1827
92 pour école en 1838
93 pour des chemins en 1841
94 suite
95 presbytère en 1848
96 pour des fossés en 1847
97 pour église en 1848
98 pour le presbytère
99 pavage en 1849
100 réparations à l’église en 1853
101 presbytère réparations de 1855
102 pour équiper les pompiers en 1870
103 pour les chemins en 1874
104 achat de l’école des filles en 1874
105 pavage de 1875
106 divers travaux 1878
107 pour l’école en 1878
108 chemins
109 classe enfantine de 1900
110 travaux
111 divers
112 recette vente d’herbes de 1807 à 1913
113 costume des pompiers 1889-1913
114 fournitures classiques 1908-1914
115 pièces diverses
116 cloches en 1921
117 déchets en 1933
118 agrandissement du cimetière
119 réfection des bâtiments communaux en 1920
120 emplacements au cimetière en 1920
121 caveau pour les soldats
122 construction de l’école maternelle
123 aménagement école des filles 1932
124 construction scolaire en 1933
125 chemin du Wacca
126 chemin n6 en 1921
127 fossé
130 électrification
131 suite
132 plan de 1875
136 à 139 emprunts de 1926 à 1938 pour travaux
2.Les archives diocésaines.
La référence diocésaine est le numéro 346
4 D 346 personnel de l’église
problème du clerc paroissial en 1851
trésorier de la fabrique en 1896356
difficulté entre le maire et le curé en 1898
conseil paroissial en 1920
curé Petit en l’an X
3 F 346 visites décanales 1921 à 1953 F 346
comptes rendus paroissiaux de 1929 à 1949
renvoi de domestiques par le curé en 1852
dévotion à st Roch en 1854
mariage de domestique en 1848
bénédiction de l’église, dossier de presse, 1954
62 G 346 projet de chapelle au Thélut 1955
finances
2 L 346 bail à J Delval 1819
budget paroissial de 1933 à 1936
comptes de 1931 à 1934
propriétés 4 L 346
biens de la fabrique avant 1793
vente de terres pour l’église en 1841
mobilier 6 L 346
tableau pour l’église 1845
problèmes de dettes avec le curé à propos du presbytère en 1846
aide de l’état pour le presbytère en 1851
demande de pierre funéraire pour la famille Carondelet 1852
achat d’un orgue 1873
inventaire au départ de l’abbé Bulteau 1898
travaux de 1928
Art sacré 7 L 346
Agrandissement de l’église en 1939
Aménagement d’ensemble 1947
Peintures et sculptures 1949
Bas relief de Saint Olive en 1950
2N23, 346 plans
32 N 346 carte postale
2 Z 346 bibliographie Leuridan, Masure, Demarchelier
II Rappel de quelques listes évoquées dans l’ouvrage.
Voici quelques listes de personnalités
Les Maires
Les curés
Les chefs d’établissements d’enseignement357
Les MAIRES de Thumeries.
Années Maire 1er adjoint
1790 COGET Jean Baptiste
1792 COGET Jean Baptiste
an III DEFRETIN Michel Antoine
an VIII 1800 COGET Joseph (1)
an IX 1801 DEVIENNE Michel
1815 DEFRETIN Augustin
1818 COGET Alexandre
1844 HOUZE
1848 Joseph COGET (2)
1851 MANNIER Victor
1855 MANNIER Victor DENNEULIN Louis 1856 DENNEULIN Louis DUQUESNE Louis 1865 DENNEULIN Louis MARTINACHE Eugène 1870 Joseph COGET (2) DUQUESNE Jean Baptiste 1874 Joseph COGET DUQUESNE Jean Baptiste 1876 Joseph COGET DUQUESNE Jean Baptiste 1878 Joseph COGET DUQUESNE Jean Baptiste 1881 Joseph COGET DUQUESNE Jean Baptiste 1884 Joseph COGET BLONDEAU Augustin 1886 et 1888 Ferdinand BEGHIN (1) BLONDEAU Augustin 1892 Ferdinand BEGHIN (1) BLONDEAU Augustin 1896 DENNEULIN Jean Baptiste LELIEVRE Jean 1900 DENNEULIN Jean Baptiste LELIEVRE Jean 1904 DENNEULIN Jean Baptiste LELIEVRE Jean 1908 DENNEULIN Jean Baptiste LELIEVRE Jean 1912 DENNEULIN Jean Baptiste LELIEVRE Jean 1913 BLONDEAU Aristide LEGRAND Gervais 1919 BEGHIN Joseph LEGRAND Gervais 1925 BEGHIN Joseph HONORE 1930 BEGHIN Joseph HONORE 1935 BEGHIN Joseph BEAUCAMPS Aimé 415 1939 BEGHIN Ferdinand (2) MACQUART Arthur 1945 MARTIN Antoine LOHEZ Gustave 1947 SCACHE Maurice BRIDELANCE Jules 1953 SCACHE Maurice BRIDELANCE Jules 1959 SCACHE Maurice BRIDELANCE Jules 1965 SCACHE Maurice LAGACHE Noël 1971 LAGACHE Noël DELANNOY Robert 1977 LAGACHE Noël DELANNOY Robert 1983 LAGACHE Noël DELANNOY Robert 1989 MASQUELEZ Armand CROMBEZ Robert 1995 MASQUELEZ Armand DEWAELE Patrick 2001 MASQUELEZ Armand DEWAELE Patrick 2008 MASQUELEZ Armand DEWAELE Patrick
415 1935 Apparition d'un second adjoint358
Les Curés de Thumeries.
Date NOM PRENOM VICAIRES / COMMENTAIRES 1498 BOUTILLIER Jehan (d’ après enquêtes fiscales) 1718 LESCOYER Pierre Antoine GRANDSIRE 1731 POUTRAIN F 1737
SAMAIN 1740
PREVOST 1742 1745
FAYMONT 1745
1745 FAVIER Simon François
Né et inhumé à Thumeries en 1767
DELEMERRE chapelain
WILLEMOT Joseph 1749-1763
GRULOIS 1750-1761
DELAPORTE 1766-1770
CROMBE 1766-1771
1767 WILLEMOT Joseph Augustin
Né à Attiches fut d’abord vicaire
Décédé à Thumeries 1787
DUTHILLEUL 1762-1778
POTTIER 1778-1779
CARETTE 1781-1782
JOMBART 1782-1786
Donzé 1780-1781
DEHAYNIN 1786-1791
1787 BERRY Pierre François
Sera réfractaire et émigré
DEHAYNIN (vic de Wahagnies)
réfractaire
VANDRISSE 1788-1791
1791 PETIT Charles-François-Joseph
Né à St Pol en Artois en 1733 Prêtre
depuis 1759 Assermenté
VANDRISSE
vicaire jusqu’à l’an IX
1793 LALLEMAN Jean Anselme QUITTELIER (à Wahagnies) 1795 an III CRUCQ Antoine Joseph BOUTTELIER ( à Wahagnies) 1795 an III JOPON
1795an III MEURILLON Michel Gabriel
1801 VANDRISSE Guillaume Joseph Depuis 1791 d’après le maire an 9 1802-1807 ASPELLY Jean François Joseph (né en 1736)-Concordataire 1807-1819 DUBOIS Joachim Joseph né à Marquillies en 1765 + 1819 1820-1831 DUPUIS Alexandre Joseph né à Armentières en 1770 +1831 1831 LEFRANC
1833 ROHART
1834 GAMELIN Alexandre
1837 GADENNE Charles Construction de l’ église 1840 1846 DORLEMONT Benjamin
1881 HEBERT
1883 VANDERMERSCH L
1888 CHRISTORY Jules
1891 BULTEAU A
1898 DESBARBIEUX
1899 JAFFROY Jules Conteste les inventaires en 1906 1909 CAPPON Inhumé à Thumeries 1919 DUTEMPLE Concession perpétuelle accordée CM Inhumé à Thumeries 1933 GEORGE
1936 GIROL
1945 VAN WESEMAEL
1957 BOSSUT Albert Devenu chanoine à la cathédrale 1972 DUTOIT Ernest Doyen devenu archiprêtre 1987 LEPOUTRE André Doyen retiré à la Trappe 1993 DELANNOYE René Curé de Thumeries et Ostricourt 1996 OLIVIER Jean Curé de 5 clochers 2005 CATTEAU Bernard Doyen de Mons Templeuve 2012 Vanderschelden Christophe Curé de ste marthe et sts apôtres359
ECOLES DE THUMERIES
LISTE DES DIRECTEURS ET DIRECTRICES
École des Garçons
SIMON LOUIS COGET 1791
ALEXANDRE LALLEMAN 1796
LOUIS JOSEPH COUTURE 1798
SIMON LOUIS COGET 1816
PIERRE JOSEPH COGET 1836
XAVIER DECOURTRAY 1846
DIEUDONE ROUSSEAU 1856
M. LAGACHE 1880
VALERIEN DUMETZ 1886
GERVAIS LEGRAND 1898
M. LENAIN MAURICE
M. BACQUAERT ALBERT
M. VALIN 1935
M. GRIMALDI 1945
M. ZELLER 1951
M. DUPAS 1964-
M. DE SAINT AUBERT 1966-
M. AUGIER 1967
M. AUGUSTE BIGOTTE 1975
École Jules Ferry
M. BIGOTTE 1976-M. BARRY 1980-
Mme LETOT 1994-
M. LEROY 1998
Mme GAVEL 2010
Collège
CEG
M. ZELLER 56-63
M. LAGACHE 1964
M. DUPAS 64-66
CES
M. DAL 66-90
Mme VALLET 90-94
M. THERY 94-02
Mme HACHE 02-05
M LANGER 05-09
M Milleville
École des Filles
EUGENIE DEFRETIN 1841
BENEDICTE DOMISSE 1846
AMELIE FACQ 1870
Mme DUMETZ-BOULY 1886
FLORE ROSEAU 1896
Melle VANDAMME360
Melle BOULY 1912
Melle FROMONT LOUISE 1928
Melle TISON 1933
Melle CAVRY 1936
Melle HASBROUCK 1939-
Melle CAVRY 1945
Mme DESCAMPS 1948
Mme DE SAINT AUBERT 1954-
Ecole Paul Bert (devenue Mixte)
Mme DALLOT 74-79
M. DAMIEN 79-85
M. LAURENT 85-86
Mme LEHNERT 85-99
MME THOUILLET 99-03
MR GOURDON 03-06
Mr LAROY 06-07
Mme HECQUET 07-13
Mme Thierry 13-
Mme Pad
MATERNELLE DU THELUT
Melle DELANNOY 1929
Melle VIALES
Mme DERMELINCOURT
Mme LEGLAND 1959
Melle MATHES 59-64
Melle FLINOIS 64-67
Mme CORDONNIER 67-78
Mme CABUZEL 79-05
(suite à J Ferry)
MATERNELLE CONDORCET
Mme BUBEL 79-97
Mme VANDEWEGHE 97-98
Mme DUQUESNE 98-99
Mme DECLERCK 99-
Quelques documents particuliers.
La Bulle de 1188.361
Et celle de 1262 qui confirme la première :362363
Ci-dessus une page des registres de chrétienté présentant quelques victimes d’octobre 1792.364
Chapelles et calvaires…365
Pour comprendre certaines données ou certains chiffres fournis dans l’ouvrage voici quelques valeurs en usage dans l’ancien régime.
:
IV Les données d’Ancien Régime.
Dans les chapitres d’histoire concernant l’Ancien Régime il n’est pas rare que nous citions des chiffres de toutes sortes (mesures de longueurs, de surfaces, de volumes) des prix aussi établis dans des unités anciennes et mal connues de nos jours. Voici quelques équivalences qui permettront aux amateurs de se faire une idée des choses.
Notre liste n’est pas exhaustive. Les valeurs sont approchées. Nous nous appuyons sur quelques articles de la société historique de Pévèle (Paul Delsalle en particulier), et quelques sites web. Le préfet Dieudonné vers 1800 dresse aussi un inventaire des mesures anciennes et de quelques variantes locales.
La grande diversité de ces mesures selon les lieux justifie l’œuvre d’uniformisation réalisée par la convention avec l’introduction du système métrique
A Les mesures de longueur.
1. L’aune : 0,7 m.
Il y a 18 variantes dans le Nord, comprises entre 0,620 m et 0,845.
2. La verge : 2,98 m.
On recense 7 variantes comprises entre 2,978 m et 5,955 m
3. La toise.
Deux variantes pour cette unité utilisée pour la taille des personnes entre 1,490 et 1,787m
4 Le pied : 0.298 m.
Il y a 6 variantes comprises entre 0,294 et 0.310 m.
5. La palme :
C’est une mesure utilisée seulement à Douai 0,099m.
B Mesures de surface (mesures agraires).
1 . Le bonnier : 1,44 ha.
On trouve dans le Nord 7 variantes du bonnier entre 121,41 ares et 153,86 ares.
2 La huitelée.
6 variantes entre 22,77 ares et 33,43 ares.
3 Le journel.
6 variantes entre 28,41 ares et 47,81 a.
4 La mercaudée : 35,46 ares
On dénombre rien moins que 22 variantes de cette valeur dans le Nord comprises entre 22,72 et 39,10 ares.366
5 La mesure.
Le préfet cite 7 variantes entre 25.54 et 44,04 ares.
6 La rasière ( il y a aussi une rasière en unité de volume).
3 variantes entre 27,94 ares et 45,22 ares
7 La verge (carrée) : 0,3547 ares.
8 l’arpent : 120 pieds carre entre 35 et 51 ares.
9. Le cent de terre : 8,9 ares.
C Mesures de volume.
1 La rasière.
La mesure la plus commune est la rasière. Mais elle n’a pas la même valeur selon le produit que l’on mesure.
Ainsi la rasière en général vaut entre 60 et 190 litres.
La rasière de blé évolue entre 72,2 l et 172,9 l.
La rasière de sel entre 86,64 l et 184 l.
Des valeurs encore différentes pour le charbon de bois et d’autres pour le « charbon de terre ».
En ce qui concerne les liquides :
2 Le pot.
On en dénombre 27 variantes entre 1.80 l et 6.64 l ( un peu plus de 2 litres).
3 La pinte.
Pour les légumes elle vaut 0.771 l à Douai.
Elle vaut en général ¼ de pot, ce qui est très proche du demi litre.
4 La rondelle (72 pots).
Ceci équivaut à environ 150 litres.
5 Le tonneau : 48 pots.
Ce qui nous donne presque 100 litres.
Etc…
D Les monnaies.
Les monnaies qui circulent dans le territoire ne sont pas exclusivement des monnaies françaises. La proximité des terres d’empire explique aussi la présence d’autres unités comme le florin ou le ducat.
Voici quelques équivalences..
1 pistole 15 florins
1 ducat 2écus
1 écu 4 florins
1 florin 20 patars
1 florin 2 livres
1 livre 20 sols367
1 sol 12 deniers
Paul Delsalle a essayé de répertorier quelques prix en usage au début du 17ème siècle.
Prix des maisons : de 66 livres à 3.000 livres.
Prix du bétail : une vache vaut entre 64 et 144 livres.
Prix du matériel : (brouette neuve 10 livres).
Loyer mensuel : entre 3 et 13 livres.
Sur la base d’un salaire moderne modeste (5000 F fin du 20ème siècle il s’est essayé à établir quelques estimations, purement approximatives :
1 florin vaut 2 livres soit 276 francs ( 42 € ).
1 livre vaut 0.5 florin soit 138 francs (21 €).
1 sol vaut 12 deniers soit 6,90 francs ( 1,05 €).
1 denier 0.57 francs 8 centimes d’euro).368
Les Armoiries
Reprise d’un article paru dans le bulletin municipal
L’Héraldique :Un héritage qui remonte au 12ème siècle.
Les armoiries apparaissent en Europe occidentale dans le courant du 12ème siècle. Elles viennent de l’évolution de l’équipement militaire : les combattants portent des protections métalliques de plus en plus importantes (heaume, cotte de maille, casque avec nasal) qui les rendent méconnaissables. Ils ont besoin de signes de reconnaissance simples. Ils font peindre ces signes sur leur bouclier. Les croisades qui réunissent des chevaliers issus de nations différentes intensifient ce besoin de signes de reconnaissance. C’est l’origine des armoiries (le mot vient du mot armes et non du mot armoire!) qui gagneront ensuite les casques, les oriflammes et même les sceaux.
D’abord réservées aux seuls chefs de guerre les armoiries se généralisent à tous les chevaliers. En dehors des combats ces hommes s’affrontent aussi dans des joutes spectaculaires, les tournois où ils peuvent se défouler en jouant à la guerre. Les hérauts d’armes, anciens conseillers militaires, y deviennent les spécialistes qui annoncent les combattants, d’où le nom d’héraldique donné à la science du blason.
Peu à peu, la mode du blason gagne progressivement toute la noblesse mais aussi des prélats, de grands bourgeois, des villes ou des communautés villageoises, des corporations, des artisans…
Sur plus d’un million d’armoiries médiévales, un tiers ne relève pas de la noblesse.
Les règles du blason.
Je ne retiendrai ici que les éléments de base. L’écu est formé de deux éléments, les couleurs et les figures. Les couleurs sont peu nombreuses et plutôt vives ; elles se divisent en deux catégories, les métaux (or et argent) et les couleurs aux noms symboliques (gueules = rouge, sable = noir, azur = bleu, sinople = vert, pourpre = violet). Une règle simple s’applique presque sans exception : on ne superpose jamais 2 couleurs du même groupe. Les figures sont variées surtout après le 14ème siècle. Ce sont surtout des animaux (comme le lion des Flandres), des végétaux (comme la fleur de lys) toujours stylisés et des figures géométriques. (barrières, bandes, pals, besants).
Seul l’aîné de la famille a le droit de porter le blason plein. Les enfants puinés doivent introduire des « brisures » qui coupent le blason en plusieurs quartiers.
Le recensement.
Louis XIV, soucieux de récupérer de l’argent, avait lancé l’idée d’un recensement général des armoiries en percevant à l’enregistrement une taxe. Cet armorial élaboré jusqu’en 1709 n’a jamais été publié mais les planches, conservées à la bibliothèque nationale, recensent plus de 120.000 armoiries. A ma connaissance, celles de Thumeries n’y figurent pas.
Mais un manuscrit de la bibliothèque de Lille décrit ainsi le blason de Thumeries :
« de gueule au nom de tumerie d’or mis en fasce entre 2 cotices du
même »416
Voici une esquisse, réalisée par moi-même, de ce que devait être ce blason.
416 La fasce est une pièce centrale de l’écu occupant environ 1/3 la cotice est une bande généralement verticale plus étroite369
A la Révolution française l’assemblée constituante, soucieuse de faire disparaître les privilèges et les traces de la noblesse, fit une erreur historique en considérant que les armoiries étaient son emblème. (nous savons que bien des bourgeois et des artisans portaient aussi des armoiries). On a donc gratté, martelé, détruit beaucoup de ces écus de 1790 à 1796. L’usage des armoiries a été rétabli, d’abord par Napoléon Ier en 1808 en faveur de la nouvelle noblesse qu’il mettait en place, puis en 1814 par la Restauration.
Dans notre région parut en 1905 sous la plume de Leuridan, archiviste du diocèse de Cambrai, un armorial des personnes, des institutions et des villes du Nord. Quand la ville n’en possède pas, il lui attribue les armes des Seigneurs du lieu ou de ceux qui ont marqué la ville le plus longtemps. Nous allons donc voir maintenant successivement les armoiries officielles de Thumeries et celles des seigneurs du lieu qui auraient pu nous être attribuées.
Les armoiries officielles
Leuridan présente ainsi les armes de Thumeries
« d’argent à trois pals de gueule et au canton dextre de sable
au lion d’or »
les pals sont des pièces verticales qui divisent l’écu en 2-4 ou 6 parties.
Le canton est une division au 1/3 du chef. Il se trouve à la dextre du
chevalier, c’est à dire à droite et donc à gauche pour le spectateur. Il
porte le lion traditionnel des Flandres. Ce dernier est inversé( jaune sur
fond noir au lieu de noir sur fond jaune) peut être pour respecter la
règle des émaux (on ne porte pas deux métaux l’un sur l’autre) au lieu de porter le lion de sable sur un fond or, on porte un lion d’or sur fond de sable, le tout sur un écu d’argent. Leuridan ajoute que ce sont les armes traditionnelles de ce village. Cependant notre documentation est faible : aucun document du 19ème siècle ne nous est parvenu avec ces armoiries. Pourquoi cette brisure ? Si on conçoit facilement l’intégration du symbole des Flandres dans cet écu on ignore tout de la base : d’argent à trois pals de gueule. L’armorial de Leuridan comprend plus de 2.000 écus. Après consultation je n’ai trouvé que de rares écus « palés » et un seul aux mêmes couleurs (famille de Berchem, sans aucun lien apparent avec Thumeries ; Le mystère reste donc entier.
Les autres armoiries de Thumeries
Leuridan avoue que beaucoup de communes n’avaient pas d’armes et qu’elles avaient hérité de celles des seigneurs d’Ancien Régime. Voici donc ce qui aurait pu être retenu pour Thumeries.
Les armoiries de saint Piat
On les décrit ainsi :
« de gueule à un saint Piat vêtu d’ornements sacerdotaux tenant en
ses mains le sommet de sa tête coupée et ayant à ses pieds un cerf
couché, le tout d’or »
ce sont les armoiries de Seclin et de Chemy. Mais Thumeries aurait pu avoir les mêmes puisque le village dépendait aussi de la seigneurie des chanoines de Seclin comme l’atteste la bulle de Clément III parue en 1187.
Les autres familles nobles de Thumeries n’étaient
pas au sens strict les seigneurs de Thumeries. On les nomme pourtant
souvent ainsi. Propriétaires du château et de sa ferme ils étaient plutôt
les mayors, les maires, chargés d’engranger pour les chanoines les
gerbes de la dîme.
La première de ces nobles familles est celle de La Hamaide. Un de
leurs ancêtres s’est illustré aux côtés de Godefroy de Bouillon lors de la
première croisade. C’est probablement un de ses descendants qui a fait
construire le château vers 1659 comme l’indique une pierre de seuil. Les
armoiries, parmi les plus anciennes de la région, portent :370
« d’or à trois hamaides de gueule »
les hamaides sont des figures héraldiques qui portent le nom même de cette famille et représentent une herse sarrasine stylisée un peu à la manière d’une barrière. Les archives paroissiales gardent des traces de cette famille
depuis 1660 jusqu’au mariage de l’héritière Agnès de la
Hamaide avec Ferry Nicolas d’Esclaibes, seigneur
d’Amerval (1665).
Le château porte d’ailleurs un bas relief qui évoque sans
doute ce mariage : il présente( ci contre) un écu brisé en deux
avec à dextre les hamaides et à senestre les lions des armes
d’Esclaibes.
Les armes d’Esclaibes se décrivent ainsi :
« de gueule à trois lions d’argent couronnés d’or »
Plusieurs membres de cette famille ont été inhumés dans la nef de
l’église paroissiale et certaines pierres tombales ont été regroupées dans
les fonds baptismaux lors de la reconstruction de l’église en 1840.
Certaines communes ont hérité de ces armoiries comme Eclaibe (canton
de Maubeuge), Avesnes les Aubert, Beaumont et Inchy dans le canton de
Le Catteau.
La dernière famille est celle des
Carondelet.
Il s’agit d’une grande famille issue de la Bresse dont l’un des
membres fut conseiller de Charles Quint et Prévost des chanoines
de Seclin. N’oublions pas que Charles Quint cumulait les titres :
empereur d’Allemagne, roi d’Espagne, duc de Bourgogne et bien
sûr comte de Flandres.
Les armoiries des Carondelet se déclinent ainsi :
« d’azur à la bande d’or accompagnée de six besants d’or
mis en orle »
Ces armoiries sont devenues celles de Potelle dans l’Avesnois, de
Bantouzel, d’Aulnoy les valenciennes.
Signalons enfin que lors de la décoration de l’église de Thumeries en 1950 l’abbé Prévost, peintre décorateur, a reproduit dans la chapelle latérale droite 4 armoiries, celle de l’évêché de Noyon, celle de Saint Piat, celle de la châtellenie de Lille et celle des Carondelet. Le même artiste a peint derrière l’autel de la même
chapelle deux paysages de Thumeries, l’église et
l’usine, agrémentés de deux écus inventés par lui à la
mode des artisans de
l’ancien régime,
représentant une
herse, (symbole de
l’agriculture) et une
ruche, pour faire
allusion à l’industrie
sucrière.371
.372
Table des matières
Chapitre 1 : Présentation géographique. Page 5
I. Localisation en Pévèle.
A. Origine et signification du mot Pévèle.
B Altitudes et hydrographie.
C Végétation.
II Coordonnées géographiques.
A Localisation.
B Pentes.
C Communes voisines.
III Sols et sous-sol Page 6
A. Le sol.
B. Le sous sol.
C Les sols et l’activité agricole
Chapitre 2 : De la préhistoire à l’histoire. Page 8
I La préhistoire.
A. La Pévèle n’est probablement pas un désert.
B. La présence ancienne de l’homme dans le secteur.
C. Des fouilles exceptionnelles à Seclin.
II Les débuts de l’histoire dans notre secteur. Page 9
A. La guerre des Gaules.
B. La romanisation et la christianisation.
C. Les invasions franques. Page 7
III. Thumeries au Moyen âge. Page 12
A le contexte général.
1. La féodalisation.
2. Les progrès autour de l’an mil.
3. La réforme de l’Eglise.
B Des liens avec l’histoire de Seclin. Page 13 1. De St Piat au chapitre des chanoines.
2. Confirmation pontificale (La bulle du Pape, 1188)
3. En ce qui concerne Thumeries. Page 15
C Quelques documents médiévaux Page 16 1 les documents de la série B des archives départementales.
2 les enquêtes fiscales du 15ème siècle.
3 quelques remarques
Chapitre 3 Thumeries à l’époque moderne. Page 20
I Un village dépendant du chapitre de Seclin.
A. le chapitre de Seclin
1 Les dignitaires (Prévost, doyen, chantre).373
2 Les autres fonctions (écolâtre, choraux, divers).
3 Les chanoines.
B les droits et revenus du chapitre et du curé.
1 La justice.
2 Les revenus du chapitre.
3 Les revenus du curé de Thumeries.
C. La question particulière de la dîme.
II Un village à l’ombre du château. Page 25
A. Origine du château de Thumeries.
1 Une aquarelle révélatrice.
2 Description du document.
3 Hypothèses d’implantation.
B. Les familles illustres ayant vécu au château.
1 Famille de La Hamaide.
2 Famille d’Esclaibes.
3 Famille de Carondelet.
C. Les Autres familles nobles de Thumeries.
III la population de Thumeries avant la Révolution. Page 34
A. Étude des registres de chrétienté.
1 Mouvements naturels de la population.
2 Les années noires.
3 Le mariage.
B. Des activités essentiellement agricoles Page 33 1 Quelques grandes fermes
2 Exploitation des bois
3 Une exploitation manufacturière : les tuiles. Page 37
C. quelques aspects de la vie à Thumeries à la veille de la Révolution
1. L’habillement Page 39
2. La nourriture
3. Les maisons rurales
Chapitre 4 Thumeries sous la Révolution et le premier Empire.
I Les institutions. Page 41
A. Sous l’Ancien régime
1 la communauté d’habitants.
2 Relations avec la communauté de Moncheaux
3 Les autres institutions.
B Un Thumerisien, député aux Etats généraux de Versailles. Page 43 1 Son élection.
2 Sa personnalité.
3 Son rôle à Versailles.
C La Révolution installe de nouvelles institutions à Thumeries. Page 46 1 La première municipalité (élection ; élus, 1ère mairie)
2 Reprise des anciennes compétences
(hygiène sécurité, travaux publics, cadastre
3 Quelques nouveautés (symboles, emplois, contrôle des comptes antérieurs)374
II conséquences locales de la révolution. Page 57
A Application de la constitution civile du clergé à Thumeries.
1.Etat du clergé avant la Révolution (curés, vicaires, ressources)
2 La loi et les choix qu’elle impose
3 Réquisitions des biens de l’Eglise
B « La patrie en danger »: escarmouches locales. Page 64 1 La guerre déclarée au roi d‘Autriche
2 Conséquences régionales (Lille, Phalempin)
3 La guerre à Thumeries (incursion, réquisitions, conséquences)
C Sous la terreur: des mesures exceptionnelles Page 66 1 Contrôle des émigrés et visite du château.
2 Comité local et mesures de salut public
3 Carondelet, sauvé par la chute de Robespierre.
III Le consulat et l’Empire : Page 72
A La fin de la Révolution.
1 Le concordat. Page 73
2 Le recensement de l’an X
3 La nomination des maires.
B La guerre, une plaie pour les campagnes Page 76 1 Des guerres incessantes.
2 Le recrutement par conscription.
3 Les échappatoires.
C Le préfet donne des informations sur la vie quotidienne des nordistes. 1 Us et coutumes (langage, habillement, loisirs) Page 78
2 Habitat
3 Le travail (labours, moisson, autres activités)
Chapitre 5 Thumeries au 19ème siècle. Page 83
I Sous la tutelle des Bourbons et des Orléans (1815-1848).
A. Les Maires sont toujours nommés
1 Augustin Defretin 1815.
, 2 Alexandre.Coget 1818. Page 84 3 Auguste Houzé 1844.
B Naissance à Thumeries de l’industrie sucrière Page 88 1 La recherche du sucre.
2 L’implication des Coget dans la sucrerie.
3 Passage de la pépinière à la sucrerie. Page 90
C Les grands chantiers de la période.
1 L’Eglise (avant 1840, le projet, la réalisation). Page 90
2 le presbytère (une nécessité, le conflit avec le curé). Page 96
3 l’école (la 1ère école, le projet Colbrant, la réalisation). Page 98
II La deuxième partie du 19ème siècle. Page102
A Importance de la question scolaire.
1 L’école des filles (de la paroisse à la commune).
2 Les instituteurs, institutrices et leur statut. Page 105 3 L’école des garçons à la fin du 19ème siècle. Page 106 B Industrialisation progressive du village. Page 109375
1. Le passage des Coget aux Béghin.
2. Joseph Coget prend sa retraite…à la Mairie. Page 111 3..Henri Coget, bienfaiteur de la commune. Page 113 C. Les grandes réalisations de Ferdinand Béghin à la fin du 19ème siècle. 1 Le chemin de fer (le PP) Page 115 2 Développement de la sucrerie et projet de raffinerie. Page 118 3 La redistribution des cartes après l’accident mortel de Ferdinand.
III Évolution de la population au 19ème siècle. Page 121
A Courbes de natalité et de mortalité
1 Nos sources.
2 Evolution générale.
3 Croît naturel et flux migratoire.
B Étude des recensements et évolution des métiers. Page 123 1 En 1836 : une commune rurale.
2 En 1872 quelques nouveaux métiers liés à la sucrerie. Page 124 3 En 1901, l’industrie s’est véritablement installée.
C.A la « belle époque »
1 Une certaine continuité
2. Les inventaires Page 128 3 Le monument aux morts Page 131 Conclusion : après J B Denneulin, Mr Blondeau.
Chapitre 6 : Thumeries dans la première partie du 20ème siècle
I La première guerre mondiale à Thumeries et ses conséquences.
A. Thumeries, ville « occupée » Page 134 1. Présence et manœuvres des troupes allemandes.
2. Réquisitions de logements
3..Un foyer du soldat allemand, rue Defretin.
B. Thumeries, ville « exploitée ».
1. La gestion difficile du ravitaillement.
2. Les impôts de guerre. Page 139 3. Le financement par l’emprunt.
C Les dommages de guerre. Page 141 1. Les victimes du conflit. Page 144 2. Les dégâts matériels et les reconstructions.
3. Le cas particulier de l’entreprise Béghin.
II L’entre deux guerres Page 146
A La place spéciale prise par J Béghin, maire et industriel.
1.Élection de Joseph Béghin, ses mandats et adjoints successifs
2. Mélange des rôles, plusieurs cas de mécénat Page 147 3. Son successeur naturel : Ferdinand Béghin, sportif, entrepreneur et maire. B Les grands chantiers de Joseph Béghin. Page 148 1 Equipement (électrification, stade, piscine)
2 Les constructions (cités, écoles, salle des fêtes)
3Des architectes régionaux réputés Page 155
C. Dans le sillage de J Béghin ou La Saga Béghin. Page 157 1. La famille Béghin (enfants, alliances, intégration des gendres à l’entreprise)376
2 Evolution de l’entreprise entre les 2 guerres
3 Quelques faits divers révélateurs
Accident du PP Page 160
III La seconde guerre mondiale Page 163
A La drôle de guerre et la campagne de France dans notre secteur.
1. Jeunes thumerisiens mobilisés et soutenus.
2. Les britanniques s’installent dans le secteur. Page 166 3. Les vraies hostilités et leurs conséquences. Page 168 B. Seconde occupation allemande. Page 171 1. Réquisition des logements et des personnes.
2 Gestion municipale de la crise.
3 Tensions entre la population et l’occupant. Page 175 C La fin de la guerre Page 177 1. Les résistances. Page 178 2. La libération de Thumeries. Page 180 3. Bilan local de la 2de guerre mondiale. Page 182
Chapitre 7 : La deuxième partie du 20ème siècle. Page 188
I. L’ère Martin.
A le renversement de Ferdinand.
1 La délégation spéciale.
2 La personnalité de M Martin.
3. Son élection pour un cours mandat.
B Une gestion difficile. Page 185 1 Des « représailles un peu mesquines ».
2 Difficultés particulières.
3 Autres mesures nécessaires.
C Une mesure symbolique : le baptême des rues. Page 186 1 Liste des nouvelles rues.
2 Personnalités honorées.
3 Corrections ultérieures (Scache).
II l’ère Scache. Page 191
A. Encore des agrandissements dus au babyboom.
1 L’Eglise.
2 Les Ecoles. Page 194 3 Les Cités. Page202
B. Une Nouvelle Mairie. Page 203 1 Le projet.
2 La maison.
3 Le don de Mme veuve Joseph Béghin.
C. autres projets de M Scache
1 La place publique.
2 Une salle des fêtes.
3 Autres aménagements et projet de poste.
III. l’ère Lagache (1971-1989). Page 206
A. Une grande question : l’enseignement.377
1 Une école primaire au Thélut : l’école Jules Ferry.
2 Réorganisation générale de la carte scolaire (mixité).
3. Autres questions scolaires. Page 208
B. Autres réalisations de M Lagache.
1 Encore des constructions (poste, lotissements, gendarmerie).
2Aménagements au stade et étang de pêche. Page 212 3 les syndicats intercommunaux.
C Evolution de l’industrie sucrière Page 212 1Des locaux disparates régulièrement améliorés.
2 Une nouvelle râperie et ses conséquences.
3 Apparition d’une certaine inquiétude. Page 213
Chapitre 8 la fin du 20ème siècle. Page 216
I.Le déclin de l’activité sucrière.
A Les étapes du déclin.
1. Les préliminaires( désengagement de Béghin, le combat boursier, la
concentration agricole et industrielle).
2. La fermeture. (annonce, réaction populaire, plan social) Page 219 3 Impact sur les paysages
B Les Conséquences.
1 Humaines
2 Sociales.
3 Municipales..
C Gestion progressive des friches Page 221 1. Des bâtiments abattus
2. Des friches négociées
3 des installations qui restent à gérer
II L’Ere Masquelez Page 222
A . Compenser les pertes fiscales.
1 Favoriser de nouveaux logements
2 Des lotisseurs privés emboitent le pas.
3.Création de logements locatifs.
B Recherche et création d’emplois Page 224 1 Des embauches à la commune
2 Soutien aux entreprises qui embauchent ( exemple La MAS).
3 Accueillir de nouveaux entrepreneurs.
C Faire de Thumeries une ville qui attire. Page 225 1 améliorer les structures périscolaires
2 améliorer les structures scolaires et culturelles
3 développer la sécurité.
III Evolution de la population durant l’ensemble du 20ème siècle.
A.1ere moitié du siècle Page 226 1 Apport migratoire
2 Marasme des années 30
3 Méfiance durant l’occupation.
B 2ème moitié du siècle Page 227 1 Le baby boum378
2 Fin de l’immigration
3 Récession démographique
C. vers un sursaut ( ?)
1 Reprise en fin de siècle
2 Nouvel afflux migratoire
3 Données des derniers recensements.
Chapitre 9 : Quelques Thumerisiens célèbres. Page 230
I Les notables.
A. Les Membres du Clergé
1 Quelques ecclésiastiques d’Ancien Régime (Lescoyer, Favier, Berry)
2 Quelques curés concordataires
3 Quelques prêtres particuliers du 20ème siècle.
B. Les Industriels Page 234
1 la famille Coget.
2 la famille Béghin. Page 238 3 La famille Malle. Page 241
C Les Maires Page 243
1 Les maires de la révolution à l’empire.
2 Les maires de 1815 au 2d empire.
3 Les maires de la République. Page 248
II les patriotes. Page 250
A. Patrick Descamps.
B. Maurice Scache
C. Maurice Delmer, et les victimes des derniers conflits (Indochine, )
III quelques grandes figures du sport local. Page 256
A à la gymnastique et à l’athlétisme ( J B Facq, P Legrain )
B au basket : A Chère, M Dessenne, ,)
C au football F Milleville, E Olivier
Chapitre 10 Quelques lieux dits marqués d’histoire. Page 282
I Des lieux anciens.
A. Les châteaux .
1 Le château blanc
2 le château de Bellincamps
3 Les censes et les belles demeures des sucriers
B. Les lieux de culte et de recueillement Page 271 1 l’Eglise
2 la chapelle Ste rita379
3. calvaires et petites chapelles
C Les hameaux Page 276 1 ; le Thélut,Le petit Wasquehal et le Wacca
2, l’Olizier et la Bastringue
3 autre noms originaux
II Des quartiers plus récents. Page 278
A. Les Cités Béghin.
B. Les Cités avec accession à la propriété.
C. Les cités plus récentes.
III Des Quartiers dont le nom est lié à l’activité industrielle. Page 284
A. Rue des entrepôts.
B La Pannerie
C. Cité Pétavis.
Chapitre 11 Histoire de quelques associations. Page 287 I. Les Pompiers.
II. La fanfare la concorde. Page 296 III. L’avant-garde. Page 303 IV. Art et culture. Page 332 V. Quelques autres associations en bref. Page340
Chapitre 12 Entrée dans le 21ème siècle. Page 342 I. Le choix de l’ intercommunalité.
A. La loi incitative
B., Les hésitations,
C Les étapes.
II. Tereos ou la fin de Béghin Say page 348 A. Rachat d’Eridania Béghin Say
B. Restructuration
C. Ce qui reste à Thumeries
III. Situation démographique en 2008-9. Page 345 A Répartition par âge et par sexe
B Logements
C Activité
Conclusion Page 346
Chapitre 13 Annexes.
I Nos Archives
A. Les archives municipales Page 347 B Autres documents locaux
C Les archives lilloises
1 Départementales Page 350 2 Diocésaines Page 355 II Reprise de quelques listes. Page 357 Les Curés.
Les Maires.
Les Instituteurs.
III Quelques documents particuliers Page 361380
IV Données d’Ancien Régime. Page 365 Les mesures.
Les monnaies.
V Les Armoiries Page368 VI Table des matières. Page 372
Allusions à l’entreprise Béghin
Chapitre 5 19ème siècle page 84-86
B Naissance de l’industrie sucrière
La recherche du sucre
L’implication des Coget dans la sucrerie
De la pépinière à la sucrerie
Chapitre 5 page 107-108
B industrialisation progressive du village
Le passage des Coget aux Béghin
Retour sur les Coget
1868 une année charnière
Retraite des frères Coget
Chapitre 5 page 112-117
C les grandes réalisations de Ferdinand 1er
Le chemin de fer
Progression de l’usine et projet de raffinerie
La redistribution des cartes après son décès
Chapitre 6 page 142-143
Les dommages de guerre
Chapitre 7 page 210-212
C evolution de l’industrie sucrière (2ème moitié du 20ème siècle
Des locaux disparates régulièrement améliorés
Une nouvelle râperie
Apparition d’une certaine inquiétude
Chapitre 8
I fermeture de la sucrerie
Etapes
Conséquences paysagères
Gestion des friches
Chapitre 12
II Téréos et la fin de Béghin-Say
Photos de la page de dos
De gauche à droite et de haut en bas
Les Béghin : Joseph, Henri, Ferdinand
Mme Malle, Mr Scache avec M De Nervo, M Descamps
J B Denneulin, M Blondeau, Antoine Martin
M Scache, M Lagache, M Masquelez
Louis Malle, Patrick Descamps381