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unknown - MAJ 05 07 2023 Tableau des Electeurs
unknown - 22BM Un projet pour lhumanite
Document publié le undefined NaN undefined NaN à NaNhNaN par la commune de Berric.
Lien du pdf (unknown - 22BM Un projet pour lhumanite)
Thèmes du document : Aménagement du territoire, Bois et produits du bois, Espaces terrestres et maritimes,
2280
Un
projet pour
l'humanité
Après
tout,
pourquoi
est-ce
que
ça
ne
marcherait
pas
? C’est
innovant,
simple,
ça
ne
demande
pas
de
prédisposition,
ni même
vraiment
d’entrainement
…
Oui...
ça va
marcher
|
IE
nous
à
découvertes
cet
été,
dans
le
Sud.
Nous
étions
si
contentes
! Mais
depuis,
on
reste
ici.
On
est
l'une
contre
l'autre,
mal
installées,
de
guingois,
un
peu
écrasées.
On
attend.
Ça
sent
le
renfermé,
la poussière
d'objets,
le confinement
moite
de vêtements
compressés
qu’on
a du
mal
à distinguer
les uns
des
autres,
Comme
c'est
long...
Combien
de
temps
va-t-on
encore
être
enfermées
? Et
si ça
ne
fonctionnait
pas
?
Si
son
idée était
jugée
saugrenue,
pas
assez
typique,
folklorique...
ou
trop
idiote,
tout
simplement
?
Non,
il
faut
que
ça
marche
!
C’est
que
nous
avons
de
grands
projets
pour
Phumanité,
nous
! Et
la patience
n’est
pas
notre
plus
grande
qualité.
La
porte
s’ouvre
de
temps
en temps.
Parfois
un
nuage
pâle
s’insinue
du
dehors
: c’est
le matin.
Parfois
une
lumière
jaune,
brutale,
nous
aveugle
un
instant
: c’est
le soir.
Quoi
qu’il
en
soit,
la
clarté
disparait
toujours
dans
un
claquement.
Ce
n’est
jamais
nous
qu’il
désigne.
C’est
souvent
celles
devant,
les
plus
vieilles,
qui
n’en
peuvent
plus,
les
pauvres
; ou
plus
raretment,
le soir,
celles
du
fond,
les
distinguées,
qui
nous
toisent,
nous
méprisent,
qui
nous
font
bien
sentir
que
nous
ne
sommes
pas
d'ici,
Allons,
il ne
faut pas y prêter attention.
Étouffons
ce fond
de jalousie,
ce n’est pas
constructif,
et ce
n’est
pas
comme
cela
qu’on
s’intégrera.
Patientons
slmplement...
Comptons
comme
des
ioutons
tous
ces
cordons
qui
peñdent
dans
Le noir.
Et
si
on
ne
sortait
jamais
?
S’il
avait,
finalement,
complétement
oublié
son
projet?
Non,
gardons
la foi
! Tromper
cet ennui
comme
on
peut, en rêveries,
en espoirs
fous,
et la perpétuelle
nuit
de
ce
réduit.
Lutter
contre
l’anxiété
qui
nous
dévore
jusqu’à
la corde.
Attendons
sagement,
réfléchissons
à
notre
plan.
Et
plaignons
plutôt
ces
sportives,
qui
reviennent
souvent
très
abimées,
trempées,
salies, comme
humiliées
exprès.
Au
moins,
ce n’est pas
à nous
que
ça risque
d'artiver… Les
semaines
passent,
des
mois
sans
doute.
Non,
ça
ne
marchera
jamais.
Personne
iei
ne
pourra
l’accepter.…
[
faut se
résigner
L'on
erierait
à la colonisation
FA
la mort
du
palet
FA
la
dictature
de
la canicule
!Nous
avons
été
folles
d'espérer.
Rassembler,
faire
naitre
durablement
le
sentiment
de
communauté,
de
partage,
d'égalité.
quelle
ambition
démesurée
! D'ailleurs,
dans
le Sud
non
plus,
cette lutte ne
fonctionne
pas
si bien.
C’est
sans
doute
beaucoup
trop
demander
aux
êtres
humains
!
Tout
est
si
calme.
Parfois
des
éclats
de
voix
au
loin,
Sinon,
le
silence,
absolu.
Pas
un
tic-tac
d'horloge,
pas
un
gargouillis
de
tuyauterie,
pas
un
pépiement
d'oiseau
né
parvient
jusqu'ici.
C’est
un
silence
opaque,
écrasant,
tendu
: sortira-t-on
cette
fois,
quand
la porte
s'ouvrira
? On
ne
peut
pas
s'empêcher
d'espérer...
On
n’est pas faites pour vivre
iei nous
! Quelle
pitié.
Et si un jour,
enfin, on sortait, réussirions-
nous
à nous
acclimater
? On
à tellement
besoin
du
grand
air,
et du
soleil
du
Sud.
Les
rayons
doux
qui
caressent
la toile,
la peau
cuivrée
des
vacances,
puis
la chaleur
qui
s’installe,
colonise,
et tape.
On
aime
quand
ça transpire,
quand
l’ombre
de chaque
chose
se plaque
au
sol, d’un
noir
profond,
se
ratatine,
ses
contours
francs
comme
consumés,
grésillant
sous
l’êté.
L’Andalousie
!
Le Pays
basque
! L’insolation
de rouge
derrière
les yeux
fermés
! Le
ciel immense,
azur intense,
implacable,
La
virulence
invincible
de
l’été.…
lei,
tout
est
gris,
vaguement
frais,
et
cetie
perpétuelle
odeur
d'humidité
! Depuis
qu'il
nous
a
achetées,
on
reste
prostrées,
lamentabléement
vides,
De
ce
côté
de
la porte,
Pair
stagne
dans
la
naphitaline,
sans jamais
apercevoir
la moindre
trouée
d’oiseau
clair.
C’est
bien
la peine
!
Bien
la
peine
d’avoir
voyagé
si
loin.
D’avoir
quitté
son
pays,
sa
chaleur,
ses
cortèges
colorés.
Tout
ça pour
apporter
un
rayon
de soleil
dans
Le cœur
d’autres
âmes.
Quelle
vanité
de vouloir
transmettre
son
gout
de
la fête
quand
on
en
est déracinées,
de
rêver
à des
projets
de
concorde
universelle
alors
qu’on
est toutes
seules,
Quelle
pitié...
Mais
un jour,
enfin,
il nous
choisit.
Enfin ! Sans
ménagement,
il
nous
saisit,
nous
jette
contre
le
carrelage,
la
tête
en
bas.
Il
s’approche,
nous
essaye
: ça y est.
Le
colosse
progresse,
lourd
sur
le sol
frais — on
couine
un
peu,
de
plaisir,
et sous
le poids.
Il se poste
devant
le miroir,
nous
contemple
un
instant
et file à l’extérieur
: on
lui
convient
! I
nous
trouve
belles,
nous
sommes
flattées,
Mais
surtout
on
est dehors.
Dehors,
enfin
|Un
jardin.
Le
ciel
resplendit.
Le
gazon
nous
enivre,
tout
près,
épais
de
son
vert
puissant.
On
prend
le
frais,
on
s’en
imprègne.
On
foule
avec
délice
les
interstices
de
terre
douce,
entre
les
hortensias.
On
attrape
tous
les rayons
timides
d’un
début
d'été.
Un
barbecue,
Le
premier
de
la saison,
On
marche,
on
écrase
autour,
On
croise
d’autres
paires,
plates
et décontractées.
Nous
sommes
clairement
des
étrangères,
mais
nous
nous
sentons
tout
de
suite
acceptées
! F
nous
présente,
parade,
explique
son
grand
projet
dont
ñous
sommes
les
vedettes,
exotiques,
colorées.
Et nous
pensons
au
nôtre,
tellement
plus
ambitieux...
C'est
une
excellente journée.
Le
soir,
nous
retrouvons
notre
placard
d'entrée,
fières
et un
peu
fatiguées.
Mais,
après
ça, plusieurs jours,
on
reste
là. Peut-être
à nouveau
la pluie
? Les
rares
moments
de
lumière
sont
d’un
terne
à
pleurer.
Ou
bien
nous
a-t-il
oubliées,
déjà
?
Peut-être
a-
t-il
renoncé,
moqué
par
des
sceptiques
archoutés,
son
ambition
ridiculisée
par
des
traditionalistes
? Il avait
Pair si content
pourtant,
si déterminé
à proposer
son
idée au conseil
municipal.
Dans
l'obscurité
du placard
encombré
de cirés,
l'inquiétude
seule
nous
distrait,
Mais
à nouveau
il nous
attrape.
Ëlues
du jour,
bonjour
!
Nous
nous
promenons
toutes
en couleurs,
à ses
pieds.
De
brèves
balades
pour
s’apprivoiser.
Sa
foulée,
sa cheville,
la pilosité
de
ses
doigts
de
pieds.
Deux
petites
cloques
au-dessus
des
talons
s’élargissent,
crèvent
et suintent,
on
s’en
imprègne.
C’est
doux
et visqueux
comme
les premiers
soleils,
Progressivement,
on
apprend
sa démarche,
la forme
du
coup
de pied...
On
se détend.
À
mesure
des
week-ends
ensoleillés,
on vagabonde
un
peu
le long
des
plages.
S’allongent
les journées
d'été,
dans
le
sable
trop
vite
frais
de
soirées
arrosées.
Voilà,
nous
y
arrivons.
Bientôt
les
grandes
transpirations
!
Nous
fondons
de
grands
espoirs
sur
ce
réchauffement
climatique
dont
il parle
constamment
pour
mieux
nous
intégrer.
Évidemment,
il y a aussi
l’entrainement.…
assidu
parfois,
et titubant
souvent
! On
y
rencontre
du
monde
: des
larges
brides
à semelles
de
liège,
de
fins
laçages
élégants,
beaucoup
de
toiles
fines
et confortables,
On
piétiné,
on
tourne
en
rond
autour
d'un
trépied
grésillant,
on
bronze
en
éventail,
On
absorbe
parfois
même
un
trop
plein
de
bière,
ou
un
filet brut
et pétillant,
rien
de
bien
méchant...
On
contemple
les
roses,
et les
violets,
et les
ors
persistants,
qui
se
mélangent
au
loin dans
le ciel
un
instant,
On
danse
autour
des
feux.
Des
lueurs
orangées
illuminent
la nuit
d’impulsions
féériques.
C’est
un joyeux
sabbat
: la musique
pulsant de percussions,
les rires encascades
claires,
les
pas
de
bourrée
si bien
nommés.
On
tourbillonne
dans
les
chansons,
dans
les
envolées
de
mollets,
au
cœur
des
farandoles,
pas
gracieuses
du
tout,
mais
qu'est-ce
qu’on
s’en
moque !
Puis
des
cris
montent
jusqu'aux
étoiles.
Acclamations
dans
les
aigus,
répétées:
c’est
son
prénom.
« Erwan
! Erwan
! Erewan
!»
IT
rit,
se
pavane
un
peu,
salue
l'assemblée,
son
front
presque jusqu’à
nous.
Et les choses
sérieuses
peuvent
commencer.
Placé
derrière
une
ligne
imaginaire,
un bâton,
ou
le plus souvent,
un trait creusé
sur la plage
qui
laisse
à l’une
de
nous
un
surplus
de
sable
dans
le talon,
il progresse.
Toujours
plus
fort,
toujours
plus
loin,
sous
les
exclamations,
On
s’élance,
on
encaisse.
Regardez
donc
jusqu'où
l’on
peut
s'envoler
! Regardez
nos
couleurs
sous
le ciel étoilé
!
Et un jour,
c’est
le jour.
Ïf nous à brossées,
détachées
au vinaigre
blanc
dilué,
fl nous
a bichonnées
: nous
sommes
prêtes,
Bientôt,
peut-être,
nous
serons
complétement
adoptées,
nous
nous
multiplierons
aux
pieds
des
bretons
et.
mais
restons
concentrées.
Dehors,
c’est juillet.
La
chaleur
se
fait
presque
espagnole.
Le
conseil
est
réuni
au
grand
complet.
La
maire
et
ses
quatre
adjoints
ventrus
ont
Pair
très
excités
: un
bon
présage.
D'abord
il se tient droit,
au bord
de
la place
où
s’organisera
bientôt
le fest deiz,
comme
chaque
année,
Son
ombre
se
découpe
nettement
sur
la
pierre
grise.
[l
explique,
pousse
la
petite
assemblée
à
s’imaginer
: «4
y
aura
beaucoup
de
bruit,
des
exclamations,
Des
rires,
des
cris,
des
chansons.
Là-bas,
le palet,
et.
Oui,
on
pourrait
se
mettre
ici.
On
u
besoin
d'un
terrain
bien
dégagé...
Et le long
des
deux
côtés,
la place
résonnera
comme
une
marmite
à l'étouffée
:
ce
sera
l'attraction
du
village,
peut-être
même
de
la région
! »
U
sourit,
fait
de
grands
gestes
avec
les
bras,
et nous
sentons,
dans
des
grandes
enjambées,
les
chocs
du
talon,
quelques
petits
graviers,
la
chaleur
lisse
du
pavé.
«
On
s'avancera
là.
On
pourrait
construire
une
plateforme
de
bois pour
délimiter,
ou
tout simplement
tirer
un
trait sur
le sol...
» H
se poste
derrière
la ligne
qu’il
vient
d'imaginer,
pieds
bien joints.
Le
soleil
au
zénith
assomme
l’assemblée.
Son
poids
qui
se balance,
et la tension
qui
monte,
la transpiration...
La
transpiration,
Hourra
! Bataille
gagnée
! Le
conseil
municipal
a arrêté
la nouvelle
compétition
du
Festival.
I
faut
dire
que
même
la
maire
a
voulu
essayer!
Passant
de
pied
en
pied,
nous
nous
sommes
envolées,
puis
retombées
en
roulés-boulés
réjouis
: nous
savons
supporter
le
fracas
du
pavé.Quel
plaisir
à ces
rires
À gorge
déployée
! Et
les
élus
ont
voté,
sans
discuter,
l'attrait
pour
la
population
locale
d’un
concours
de
lancer
d'espadrilles,
Quelle
fierté
! Tant
de joie
À procuret,
tant de vocations
sportives
étonnantes
à faire naitre
!
Et notre
véritable
plan
peut
maintenant
Vraiment
commencer…
Bientôt,
peut-être,
nous
vêtirons
toute
la Bretagne.
Bientôt,
même,
le monde
entier
!
Gaîté,
chaleur,
simplicité
: nous
voulons
supprimer
toutes
les inégalités.
Oh
oui,
c’est
ambitieux
!
Mais
les
humains
n’y
parviennent
pas
seuls
: trop
stupides,
trop
affairés.…
nous
devons
les
aider, Ici,
dans
ce
village,
nous
allons
à
nouveau
tenter
de
leur
faire
prendre
conscience
de
leur
égalité
!
Patriarche
agriculteur,
pharmacienne
endimanchée,
jeune
brasseur
entrepreneur
où
bien
sévère
instituteur, tous,
en nous
portant aux
pieds,
dans
la communion et
à l’unisson, tous
! partageront
cette
humilité
ontologique
qui
sauvera
l’humanité
: notre
inéluctable
et terrible
odeur
de
pieds.