Prestation dépendance

Question au Gouvernement de - Emploi

Question de ,

Diffusée le 20 janvier 2002

Mme Dinah Derycke. Monsieur le ministre délégué à la ville, notre pays compte

actuellement un million de personnes dépendantes âgées de soixante ans et plus, et ce

nombre augmentera fortement dans les prochaines années. Apporter une réponse

satisfaisante aux besoins exprimés par les personnes âgées dépendantes et par leur famille

constitue donc un défi majeur lancé à notre société tout entière, au Gouvernement comme

aux collectivités territoriales.

Aujourd'hui, seules cent trente mille personnes bénéficient de la prestation spécifique

dépendance. C'est trop peu. Dans nos départements, et conjointement avec les associations,

nous avons tiré les enseignements de la mise en place de cette prestation.

Issue d'une proposition de loi émanant de la majorité sénatoriale, que nous n'avions pas

soutenue, la prestation spécifique dépendance, mauvaise au départ, est mauvaise à l'arrivée.

Les inégalités que les parlementaires de gauche craignaient alors et n'ont cessé de dénoncer

depuis sont maintenant flagrantes. Les différences de montants constatées entre les

départements sont importantes, puisqu'elles vont de un à quatre en établissement et du

simple au double pour les personnes vivant à domicile.

M. Hilaire Flandre. Avec vous, c'était rien !

Mme Dinah Derycke. Par ailleurs, cette prestation n'est pas suffisamment étendue et ne

prend pas en compte certaines dépendances, comme la cécité ou la malvoyance.

Un certain nombre de dysfonctionnements existent également. Ainsi, lorsqu'une personne

âgée vivant à son domicile est hospitalisée, la prestation est suspendue. La personne âgée

n'a donc d'autre solution que de procéder au licenciement de son aide-ménagère et d'en

acquitter personnellement et financièrement les charges. Pourtant, à la sortie de l'hôpital, elle

devra réembaucher du personnel. Convenez que la situation n'est satisfaisante ni pour les

personnes âgées, ni pour les salariés qui les accompagnent.

En outre, le montant de la prestation est généralement très insuffisant au regard des besoins.

Certes, la solidarité familiale pallie souvent les carences du système, mais de nombreuses

familles aux revenus modestes sont en difficulté.

Bref, le système est dissuasif, discriminatoire et insuffisant.

Une réforme est nécessaire. Elle soit s'inscrire dans la cadre de la décentralisation voulue par

le Premier ministre.

M. le président. Veuillez conclure, madame le sénateur.

Mme Dinah Derycke. J'en viens à ma question. Le Gouvernement a réagi en demandant

deux rapports, l'un à Mme Paulette Guinchard-Kunstler, l'autre à M. Jean-Pierre Sueur. Mme

la ministre de l'emploi et de la solidarité a annoncé le dépôt d'un projet de loi qui reposerait

sur trois principes : la création d'un droit reconnu aux personnes en fonction de leurs revenus

et de leur niveau de dépendance, une égalité de droit sur tout le territoire et l'ouverture d'une

aide à toutes les personnes âgées qui en ont besoin.

Qu'en est-il exactement aujourd'hui, monsieur le ministre ? Dans quels délais cette réforme,

qui répond à une préoccupation très forte de nos concitoyens, sera-t-elle concrétisée ?

(Applaudissements sur les travées socialistes, ainsi que sur celles du groupe communiste

républicain et citoyen.)

Réponse - Ville

Diffusée le 20 janvier 2002

M. Claude Bartolone, ministre délégué à la ville. Madame, vous l'avez rappelé, la

dépendance des personnes âgées est devenue un enjeu de société de première importance.

Toutes les familles françaises sont ou seront confrontées à la nécessité de trouver une prise

en charge adaptée pour ceux des leurs qui, atteints par l'âge, ont besoin d'être aidés à des

degrés divers dans les actes de la vie quotidienne.

Conscient de cette attente de nos concitoyens, le Gouvernement a décidé d'apporter aux

problèmes que rencontrent actuellement les personnes âgées et leur famille toutes les

réponses nécessaires. Cette réponse, le gouvernement précédent avait prétendu la donner en

créant la prestation spécifique dépendance par la loi du 24 janvier 1997, que vous avez

rappelée. Mais, comme vous l'avez dit, la PSD est aujourd'hui un échec, même si elle

comporte quelques points positifs, comme l'idée d'un plan d'aide globale et d'une grille

d'évaluation de la dépendance.

Perçue par un nombre insuffisant de personnes âgées, inégalitaire, puisque très variable d'un

département à l'autre, elle doit être aujourd'hui complètement modifiée. C'est donc une vraie

rupture que nous entendons réaliser. Un droit objectif sera reconnu aux personnes âgées en

fonction de leur degré de dépendance et de leur revenu. Ce droit sera identique sur tout le

territoire à situation comparable. Il sera étendu à toutes les personnes âgées qui ont besoin

d'être aidées.

M. Henri de Raincourt. Qui va payer ?

M. Claude Bartolone, ministre délégué. Enfin, ce droit sera mis en oeuvre dans le cadre

d'une gestion de proximité afin de personnaliser les modalités de l'aide apportée à la

personne âgée en fonction de ses besoins particuliers. Il nous faut offrir une prestation sur

mesure.

Au-delà de ces questions de principe, il faudra aussi aborder des problèmes plus ponctuels

tels que ceux que vous évoquez : le traitement de la prestation autonomie durant les périodes

d'hospitalisation ou les aides fiscales, notamment.

Le débat parlementaire permettra d'avancer sur ces questions, le Gouvernement a en effet

pour objectif de rendre effective cette nouvelle prestation autonomie dès le 1er janvier 2002.

Dès que le calendrier du Sénat le permettra (Exclamations sur les travées du RPR et des

Républicains et Indépendants), nous aurons l'occasion d'examiner ensemble ce texte de loi.

(Applaudissements sur les travées du groupe socialiste, ainsi que sur celles du groupe

communiste républicain et citoyen.)

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