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Document publié le Vendredi 20 mars 2026 par la commune de Lavaur.
Lien du pdf (Conseil Municipal - 2026 03 20 Discours de Bernard Carayon Installation Conseil Municipal 2026 2032)
Thèmes du document : Démocratie, Démocratie locale et participation citoyenne, Sécurité publique,
1/5
Discours d’installation du Conseil municipal
Prononcé par Bernard CARAYON, Maire de Lavaur
Hôtel de Ville, le 20 mars 2026
Mesdames et Messieurs les élus,
Mes chers concitoyens,
Nos majorités successives, depuis 1995, auront transformé et redessiné notre ville,
durant près de 40 ans, à l'issue de ce mandat. Ceux qui nous succèderont auront un bel
héritage. Et un héritage ne se dilapide pas.
Notre sixième victoire consécutive est historique, pour Lavaur, et en Occitanie.
Est-ce un hasard ? Je ne le crois pas. La fidélité et la confiance des habitants de Lavaur
sont les sœurs de notre engagement, de l’abnégation et des succès de nos équipes.
Mais nous l’accueillons avec humilité : après tout, nous ne sommes, les uns comme les
autres, que de passage.
***
Mesdames et Messieurs,
Partout en France, la parole en politique est discréditée.
Les haines, la violence, la criminalité, le communautarisme, l’antisémitisme
progressent ; le tissu social, l’attachement aux valeurs nationales et aux principes
républicains, se déchirent.
Les références traditionnelles d'enracinement, de liberté, d’égalité, d'identité, de
fraternité qui ont forgé des générations de Français de toutes origines, de toutes
opinions et de toutes confessions, se délitent.
On invente des mots - “fake news”, “résilience” - pour stigmatiser ou se rassurer.
On invente des lignes rouges à ne pas franchir, mais les transgressions, longtemps
réservées au domaine des arts, sont devenues pour beaucoup un mode de vie, une
culture dominante.
Notre civilisation européenne, qui a porté à son plus haut niveau l’esprit critique et la
protection des droits de l’Homme, est devenu le creuset d’idées folles, banalisées : -2/5
l’indulgence pour des États autoritaires ou totalitaires, la distribution de brevets de
morale, l’hystérisation des débats politiques et culturels. Jusqu’à l’année dernière,
Google affichait les avis sur les établissements scolaires, générant des harcèlements
sur certains professeurs ; l’éloignement enfin, et comme jamais, entre ceux auxquels
on ne reconnaît que des devoirs - en particulier celui de se taire et de baisser la tête -
et les autres, qui s’arrogent tous les droits. Les premiers sont en bas de la hiérarchie
sociale, les autres au sommet de tous les pouvoirs.
J’ai conscience de vous peindre un tableau un peu sombre de la société française.
Mais je la connais bien. En 33 ans d'activités publiques, j'ai reçu, comme maire, ou
comme député, plus de 20 000 personnes.
Je connais bien aussi, de l'intérieur, le fonctionnement du Pouvoir à la française, et les
codes intellectuels de nos élites, après avoir enseigné aussi, à l'Université, puis à
Sciences-Po Paris.
La crise de notre pays est douloureuse tant le sentiment d’injustice est profond et
répandu. Combien de nos dirigeants donnent-ils le sentiment à nos compatriotes que
notre pays a encore un destin de puissance, une espérance fraternelle, un message à
porter dans le monde ?
***
Et pourtant, ici, nous sommes épargnés par les fractures françaises et leurs formes si
nombreuses d’effondrement, parmi lesquelles j’inclurai aussi volontiers l’affaissement
intellectuel et moral des politiques. Il faut relire Julien Benda qui écrit en 1927 La
Trahison des clercs, ouvrage dans lequel il souligne l’abandon de la recherche du beau,
du vrai et du juste pour l’idéologie. Relire aussi L’Étrange Défaite de Marc Bloch, cet
intellectuel résistant, fusillé en 1944 par les Nazis, qui dénonce ces élites sourdes et
aveugles auxquelles on doit le désastre de 40. Et puis, bien sûr, George Orwell,
annonçant dans 1984 l’ère du contrôle social par la technologie.
Un romancier extraordinaire, Umberto Eco, écrit cruellement : “Les réseaux sociaux
ont donné le droit de parole à des légions d'imbéciles qui, avant, ne parlaient qu'au bar
et ne causaient aucun tort à la collectivité.” !
Mais combien de politiques savent aujourd’hui écrire, penser et parler ?
***3/5
Je sais que, dans une campagne électorale, certains croient pouvoir tout contester, y
compris la vérité crue des chiffres. Car l’ignorance se mêle souvent à la mauvaise foi.
Notre ville a connu le plus fort développement économique du Tarn : 2 400 emplois
installés en 25 ans, le taux de vacance commerciale le plus faible aussi (8 %), des zones
et des parcs d’activités florissants, des entrepreneurs courageux qui se battent pour
gagner des marchés, ou résister à la bureaucratie de notre pays, des commerçants et
des artisans qui se réunissent dans la convivialité et le partage. Lavaur est aussi
devenue le premier site mondial du groupe Pierre Fabre, avec 2 050 salariés. Qui l’eut
cru en 1995, alors que notre ville ne disposait même pas de zone industrielle----- ?
Nos services publics, ici, sont solides : le service public communal, qui offre une palette
d’activités inouïe pour les jeunes et les Anciens ; la Régie, fleuron de notre économie,
service de proximité qui produit désormais 50 % de notre consommation d’électricité
; l’hôpital sauvé, il y a plus de 15 ans, d’une disparition programmée.
Quand des maternités ferment en France, la nôtre est neuve, labellisée dans
l’excellence : 750 accouchements en 2025 ! Quel symbole !
Les agents de nos services publics méritent notre considération et notre affection.
Les associations ont progressé en nombre (+70 % en 10 ans) et en adhérents : n’est-ce
pas le signe d’un élan formidable de générosité et de créativité ? Une centaine d’entre
elles seront logées dans un bâtiment qui abritait, il y a peu, un groupe international
dans des conditions exceptionnelles.
La délinquance est contenue : les cambriolages ont baissé de 20 % de 2019 à 2024 : on
le doit non seulement aux efforts inlassables de la gendarmerie nationale et de la
police municipale, mais aussi à nos caméras, qui ont suscité pourtant de nos
oppositions sarcasmes et doutes.
Mesdames et Messieurs,
Notre ville est heureuse.
Et c’est de ce constat partagé lors de tant de rencontres, non pas seulement en
campagne électorale, mais depuis de nombreuses années, que notre liste a décidé
spontanément, joyeusement, de s’appeler « Lavaur l’heureuse ».
Quand on aime sa ville, plus que le Pouvoir, plus que l’ambition personnelle, plus que
l’« envie » comme je l’ai entendu, on se rassemble au lieu de se diviser. On propose,4/5
au lieu de démolir ! On travaille sérieusement, au lieu de survoler les sujets. On
dialogue plutôt qu’on impose sa conception éthérée de la vie communale ! On est
présent dans nos manifestations, au bord des stades, autour d’un sapin de Noël avec
nos commerçants, dans les cérémonies patriotiques, auprès de ceux qui, dans les
associations caritatives, donnent de leur temps à ceux qui n’ont rien !
L’abnégation est une dimension morale essentielle de la vie publique, comme, du
reste, de la vie familiale. Ne pas le comprendre, c’est oublier que la Politique n’est pas
un métier, mais une vocation affectueuse, dédiée au service des autres, de sa ville ou
de son pays : une vocation qu’il est honnête d’adosser à des idées claires et constantes.
Notre projet pour les six ou sept prochaines années est ambitieux. Il l’est
volontairement. Car j’ai toujours été entouré d’élus qui partagent avec moi le goût des
grands défis. Le plus grand fut l’installation en 2000 du groupe Pierre Fabre que toutes
les communes de la Région se disputaient.
Autre défi majeur relevé : l’avenir de l’hôpital. Il est marié avec le CHU de Toulouse, le
meilleur de France. Et pourtant ! Que de manifestations avons-nous dû supporter
contre cette idée si simple : le petit frère doit être protégé par le grand frère. Ce
mariage a porté ses fruits. Il avait été béni par un ami, le professeur Louis Lareng,
fondateur en 1968 du SAMU, ancien député socialiste de Haute-Garonne.
***
Je rends hommage à nos collègues qui nous ont accompagnés dans notre précédent
mandat et qui ne siègeront plus avec nous. Ils ont été exceptionnels de dévouement, à
l’instar de ceux de nos équipes depuis 1995.
Je rends hommage en particulier à mes premiers compagnons qui siègent encore avec
nous, Bernard Lamotte, le courageux, Michel Bonhomme, le « tignous ».
Je rends hommage à certains élus des oppositions passées : lors de notre dernière
réunion publique, j’en avais cité trois. L’un d’entre eux, hélas, a dédaigné l’éloge,
plaidant qu’il « sentait le sapin ». À vrai dire, je n’ai pas compris cette formule, si ce
n’est qu’un engagement partisan ne remplace pas une attache humaine. Ni ma liberté
de penser. Celle-là, comme dans la chanson, on ne l'aura jamais. Alors je ne saluerai
aujourd’hui que mon ami Thierry Guindani et mon confrère Julien Soubiran qui sont
d’honnêtes personnes, des humanistes de convictions et non de déguisement, aimant,
du trottoir d’en face, la même ville : Lavaur.5/5
Ce que nous faisons ici, nous le faisons avec bonheur. Et un bonheur, fécondé par le
service des Vauréens, doit se protéger.
Lavaur l’heureuse, cela veut dire désormais que nos débats soient apaisés, que la
dignité inspire nos paroles et nos actes, que le goût de l’action se marie avec l’esprit de
justice.
Vive Lavaur,
Vive la République,
Et vive la France.