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Document publié le Mardi 1 janvier 2041 par la commune d'Hesse.
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Thèmes du document : Mode, textile et habillement, Aménagement du territoire, Bois et produits du bois,
Les belles histoires
de nos mémères
- 7 -
Le Henri Crochet du petit canal
sur la photo : assis, M. Eugène Blondlot et Madame, née Albertine Charpentier. Debout derrière leurs parents, Lucien et sa sœur Marie-Hermance. Lucien Blondlot épousa Marie Clipffel, native de Cubolot. Le couple eut trois fils : Eugène (décédé en bas âge), André et Jean. M. André Blondlot prit pour femme M elle Huguette Helvig, de Hesse, déjà décédée. Ils sont les parents de quatre filles : Marie-Cécile, Renée, Andrée et Anne. Seule cette dernière ne réside pas à Hesse. Quant à M. Jean Blondlot, déjà décédé, il se maria avec Melle Paulette Rabot demeurant à Hesse. Ils ont deux enfants, Isabelle et Hubert, qui résident à Hesse.
– Ah ! te v’là mo feu1 ! J’attendais que te rentes de l’école pour t’envoyer fére une commission chez la Marianne du Dédé Mangin et pis encore chez la grante Lulu. Tiens, v’ là ton goûter ! Le fais pâs tomber, namm2, ça s’rait dommâche pour ta fine gueule, toua qu’aimes tant ça !
– Quesse que c’est aujord’ hui ? Du chocolat ?
– Du chocolat ? Et avec quels sous que t’ veux que j’ t’en acheute, du chocolat ? J’en ai point, des sous, moua. Merci mon chien, namm !
– Merci mémère ! Oh ! mais c’est une tartine de lard, du bianc3, du bon, et moua qui croyais que t’en avais pu ! Te l’avais bien caché sui-là, hein ? Et te m’as mis une belle couche de moutarte par dessur … Oh ! mémère que t’es bonne ! Je t’aime, je t’aime, je t’aime ! – T’aimes surtout mes belles lèches de pain4, namm, petite pinéguette5, va ! Donne-moi dong ton sac d’école que j’ le rente dans note cuisine. Ne tréne pâs trop, passque t’as sûrement des devoirs à fére.
– J’ les f’rai demain, c’est jeudi6.
– Te veux dong pâs v’nir demain avec moua chercher des moules au bois du moulin7 ? – Oh ! que si ! La m’man est d’accord ?
– Mais que oui ! On ira tous les trois, avec encore la Marianne et la grante Lulu. C’est justement ce que te vas aller leur dire. Dis-leur à tous les deux qu’ê viennent demain matin pour huit heures avec seaux et pots d’ camp8. On les attendra au roûche pont9, nous zaûtes10. Allez vas-y mo feu, et ne routsse pâs11 au villâche, namm, tes devoirs t’attentent.
HESSE-INFOS N° 40 / Août 2011 page 27Le lendemain, alors que le soleil se levait timidement du côté de Vespach12, l’horloge du clocher égrenait tranquillement ses huit coups, tandis que le petit groupe s’engageait sur le chemin de halage qui longe le petit canal13, en direction du bois du moulin.
– Joséphine, t’as pâs bientôt fini de sauter comme une grante gaïsse14 par-dessus chaque marguerite que te rencontres ! Et pis ne vas pâs tout près du canal, on sait jamais ... – Mais je fais pas d’ mal, m’man ! J’ê quand méme pâs obligée de marcher à côté de toua comme si j’aurais encore deux ans, non ! Te crois toujours que je vais tomber dans le canal, c’est pâs possipe d’éte froussarte comme ça.
– C’est qu’elle a réson, ta mére, Joséphine. Quand t’es tout près de l’eau comme maint’nant, fais gaffe au Henri Crochet15, passqu’i’ peut te choper en deux temps trois mouv’ments avec ses longs doigts crochus. Te s’rais pâs la premiére qu’il attrape, va ! Il en a eu des plus malines que toua, le monstre, tout l’ monte le sait à Hesse. Et i’ les a mangées tout cru. I’ laisse juste les habits et les souliers, passque ça lui donne le cuisant16. Tout le reste disparaît dans la panse du Henri Crochet.
– Te dis tout l’ temps ça, mémère, mais c’est pâs vrai, j’ te crois pâs ! Ya pâs plusse de Henri Crochet dans le petit canal que de lièfe de Pâques dans le bois du moulin, ha ha ha ! Et le Pére Noël et le Pére Fouettard, c’est pareil ! J’ les connais vos histouâres pour les enfants, mais quand on a douze ans comme moua on croit pu à tous ces âties-là17, la la la ! – Pourtant te f’rais bien d’ la croire un peu, ta mémère, Joséphine, foi de grante Lulu. Le Henri Crochet, il existe bel et bien. C’est pâs le Piére Soukman qui te dira le contrére, peussqu’i’ l’a vu, lui, le Henri Crochet, de ses yeux vu ! Te lui demand’ras ouar une foua quand t’ le verras, mais je gâge18 qu’i’ dira rien, il aime pâs parler d’ ça. C’est qui lui en a arrivé une belle, au Piére Soukman, ça fait une pére d’années de ça. Ta mémère a pâs oublié l’histouare-là, pour sûr, namm ouâr Apolline ?
– Oh ! que non que j’ l’ai pâs oubliée l’aventure du Piére Soukman, te penses bien Lulu, surtout que c’est justement ici que ça s’est passé, à la grôsse gare du p’tit canal19. – Et quesse qui s’a passé ? Allez, raconte mémère !
– Mong qu’elle est curieuse la gamine-là ! Et à quoi qu’ ça sert que j’ te racontes si te prétends que je dis rien que des âties ? Allons, parlons pâs tant et pressons-nous ouar un peu, les moules nous attendent. Et faut qu’on soye rentrées pour midi, passque les hommes veulent dîner20 à l’heure.
– Te m’ la racont’ras l’aventure du Piére Soukman, dis mémère ?
– On verra bien ! Ça dépend combien de pots d’ camp que t’auras rempli … Je gâge que te pens’ras surtout à t’en mette plein le bec, gourmante comme t’es ! L’an dernier te t’étais mâchurée21 jusque derriére les oreilles, te t’rappelles ?
Une fois le repas de midi expédié et la vaisselle rangée, Joséphine, sa maman et sa grand- mère se lancent dans la réalisation de la gelée de mûres. Les fruits cueillis le matin au bois du moulin sont versés dans la grande bassine en cuivre placée sur le fourneau, où ronfle un beau feu de bois.
– Mets-y ouâr deux bons verres d’eau, mo feu, avec les moules. Et pis fais bien attention de pâs te choquer22, namm !
– Mais oui, mémère, j’es quand méme pâs si malchiquante23 que ça ! Et pis j’ai douze ans quand méme.
– Te remueras avec le kuitte-paîllon24 pour que ça attache pâs au fond pendant que j’m’en vas à la câfe chercher les verrines. Et toi, Mélie, t’auras qu’à préparer la chaussette que j’ai mis de côté dans la cherpeugniotte25, c’en est une de ton pére qu’a d’jà été raccommodée et re-raccommodée une pére de foua.
– Oui, m’man ! Et je prépare aussi le tout gros saladier pour le jus, et pis aussi le suk. Mais d’abord j’ m’en vas avec toi à la câfe pour t’aider, s’agirait pâs que te te câsses la binette
HESSE-INFOS N° 40 / Août 2011 page 28dans les escaliers, à ton âche ! Avec ta mânie que t’as toujours de remplir ton ventrêt26 avec les pots vides, t’aurais vite de rater une marche et de nous casser le col du fémur. Joséphine, mets dong ouâr deux bouts d’ bois dans le fourneau pour que les moules éclatent vite. Et dès qu’ ça mousse, t’enlèfes la bassine du feu et t’ la mets sur la pierre d’eau. – Et je prends des lavettes27 pour tenir les anses … Et je fais attention de pâs renverser … Et reu gneu gneu … Et reu gneu gneu … A vos ordres Madame !
– Fais pâs l’effrontée avec ta mére, Joséphine ! C’est pâs passque t’as douze ans que te peux pu prente un aller-retour28 sur les joues, méfie-toi, surtout qu’elle a la main leste, ta mére !
Une heure plus tard, une trentaine de pots emplis de gelée noire s’alignaient au centre de la table de cuisine. Apolline, Mélie et Joséphine s’étaient installées de part et d’autre de la grande table et devisaient gaiement, tout en sirotant leur verre d’eau de café sucrée29.
– Dis dong mémère, maint’nant que la g’leye d’ moules30 est faite, si te m’ racontais l’aventure qu’est arrivée au Piére Soukman. C’est vrai qu’il a vu le Henri Crochet ? – Eh beng mo feu, comme t’as bien travaillé et que te nous a pâs trop fait tourner en bourrique aujord’hui, j’ m’en vas te raconter. Ça s’est passé ya une bonne pére d’années, ta mére avait à peu près ton âche, je crois bien …
« C’était l’hiver, quéque temps après les Rois31. Le Piére Soukman travaillait depuis bien avant Noël à fére du bois dans ses sapins qu’il avait au bois du moulin. Yavait pâs de tronçonneuse, te penses, à l’époque-là, et chacun coupait son bois avec la soyotte32 et pis la hache et la serpe. C’était un sâpré travail ! Le Piére avait façonné une pére de stéres, qu’il avait alignés près du ch’min qui méne à la Noire Croix33. Il avait mis les rondins et les quartiers ensempe, et pis il avait rangé la charbonnette34 un peu plus loin. C’est qu’ c’était pâs un krâfiâ35, le Piére, il était capâpe de hârer36 des heures durant sans s’arrêter, et il aimait le travail prope et soigné.
Un bel après-midi qu’il était dans sa coupe en train de brûler les p’tites branches et les brindilles qu’il avait râclées sur un tas, le v’là qui aperçoit le Nouâr qu’était assis un peu plus loin sur un gros tock de sapin37, et qui le regardait avec un sourire de travers. L’homme avait son vieux chapeau mou vissé sur la téte ; son frac en velours râpé était pâs boutonné et ses hautes bottes étaient tout crottées, comme d’habitude. Le Piére a levé la main comme pour lui dire salut, et s’a remis aussitôt à son travail, tout en guinant38 de temps à aute vers le personnâche qui ne le lâchait pâs des yeux. Il aimait pâs ça, le Piére, il était pâs tranquille. Quesse que le Nouâr pouvait bien fére là à l’épier ? Est-ce qu’il en voulait à sa musette posée à quéques mètres de là ? Est-ce qu’il était à la recherche de champignons ? Ou alors quoi … C’est qu’ le Nouâr était quelqu’un qu’on n’aimait pâs nous zaûtes de Hesse, méme qu’on en avait peur. C’était un ancien légionnaire qu’avait roulé sa bosse jusqu’en Afrique, qu’on disait, c’est pour ça qu’on l’app’lait aussi des foua l’Africain. On disait qu’il avait des pouvoirs magiques, méme qu’il était un peu sorcier. Il habitait dans une maison délâbrée, pâs loin de là, vers Hermelanche39. Depuis plus de dix ans qu’i’ vivait là, personne avait jamais rentré chez lui. Et il avait jamais parlé à personne, sauf pour heurler après ceux qui s’aventuraient près d’ sa mâsure les nuits de pléne lune. I’ hachepaillait40 alors avec des mots que personne comprenait, une parlature de karamagnia41 qu’on aurait dit. Personne connaissait son vrai nom ; on l’app’lait le Nouâr à cause de ses ch’veux, de ses sourcils et de ses joues mal rasées qui avaient la méme couleur qu’un krâ42. En tout cas i’ valait mieux pâs avoir affére à lui, des foua qu’i’ lancerait des sorts à ceux qui avaient des mines qui lui revenaient pâs.
Alors te penses que le Piére Soukman, ça lui plaisait pâs trop de se savoir observé par l’ostrogo-là43. Quand tous les branchottes44 ont été brûlées et qu’i’ restait pu que des cendres, le Piére s’a r’tourné vers le tock de sapin. Plus personne ! Le Nouâr était pu là. Et la musette était toujours à la méme place. Note bok’yon45 a vite été s’assurer qu’i’ lui manquait rien. Non, l’Africain y avait pâs touché. Alors il a pris son sac en bandouliére pissque le soleil était
HESSE-INFOS N° 40 / Août 2011 page 29en train d’ se coucher et qu’il était temps de rentrer au villâche. Après avoir caché sa hache et sa serpe dans un bouquet de fougéres, i’ s’a engagé sur le ch’min de halage du p’tit canal en direction de Hesse, non sans r’garder vers Hermelanche, au cas qu’i’ verrait encore le Nouâr. Personne !
En cours de route, v’là note Piére qui remarque sur sa gauche, dans le fossé, un beau quartier de chéne d’environ un mète de long. Sûr’ment qu’il a tombé d’une charrette de bois, qu’i’ s’dit. Une belle pièce, qu’i’ s’dit, et comment qu’ ça s’ fait que j’ l’ai dong pâs vu en venant ? Et comme yavait personne à l’horizon, i’ décide aussitôt de prente le bout d’bois et de l’emporter chez lui. I’ verrait bien si quelqu’un lui dit quelque chose. Le Piére charge le quartier de chéne sur son épaule et reprend sa marche. Le bois était assez lourd, mais i’ pense qu’en faisant deux ou trois haltes en cours de route et en changeant d’épaule, ça devrait aller.
A peine fait-il cinq pas qu’il entend derriére lui comme un ricân’ment qui le fait se retourner. Personne ! Encore quéques pas, et le méme ricân’ment derriére lui. I’ se retourne encore une foua. Personne ! Mais i’ lui semble qu’ le bout d’ bois devient de plus en plus lourd. Alors i’ le pose à ses pieds et regarde autour de lui en se frottant la nuque. Oh ! Vin-ra46 que la peau lui chauffe dans le haut du dos ! Tout est calme autour de lui, ni kriss ni miss47, et le jour baisse tout douc’ment. Une p’tite brume flotte au-d’ssus de l’eau d’ la grôsse gare, jusse sur sa droite. Et le Piére se remet en route, avec le bout d’chéne sur son épaule. A peine fait-il trois pas qu’ le méme ricân’ment arrive à ses oreilles. Alors i’ décide de fére semblant de rien entente et i’ continue droit devant lui. Maint’nant, les ricân’ments se suivent, de plus en plus rapprochés. Le quartier devient si lourd que v’là mon Piére qui trabuche encore et encore, tant et si bien qu’i’ finit par riper sur la caillasse du ch’min et de tomber à genoux, pendant que le quartier de bois glisse dans le canal.
Le dernier ricân’ment a dev’nu un long cri d’horreur qui a fini sur une sorte de gargouillis, et le Piére en a pâs crû ses yeux en voyant comme une sorte de géant jaillir hors de l’eau, attraper le bout d’ chéne avec ses deux mains en forme de crochet et plonger aussitôt sous les flots d’où essqu’il était venu. Mong ! mais quesse que v’là pour une espèce de monstre aux roûches sailles48 tout pleins d’ vase, qu’i’ s’dit le Piére, j’ê tout d’méme pâs en train d’ réver ! J’ai pâs la berlue ! Et aussitôt i’ s’dit que ça doit ète le Henri Crochet avec des mains comme ça, le Henri Crochet qui vit dans le p’tit canal, le Henri Crochet que sa mére lui racontait quand il était gamin, sui qui chope les râces49 qui veulent apprente à nager près du roûche pont, sui qui mange la chair et rogne les osses de ses victimes. Alors dong il existait pour de bon ce maure ching50 de Henri Crochet qui attendait ses proies allongé dans la vase au fond du canal ! Eh beng oui, peussqu’i’ venait d’ le voir ! Eh beng ça alors, qu’ i’ s’dit note brafe Piére, quand j’ m’en vas raconter ça à l’auberche d’la Cécile dimanche après la messe, yen a plusse d’un qui prétendra que j’ai comme une araignée au plafond. I’ zauront qu’à dire c’ qu’i’ veulent, moua je sais c’ que j’ai vu. Le Henri Crochet ! Le vrai, sui qui vit à Hesse, dans le p’tit canal !
Il a encore resté quéque temps près d’la grôsse gare, attendant de voir si quéque chose bougeait dans l’eau. Et pis comme i’ faisait nuit et qu’i’ pouvait pu trop bien voir, il a reparti jusqu’à chez lui oussqu’il a rien dit à sa femme, la Pélagie, une critiquante qui lui aurait déclâré qu’il était mûr pour Lorquin51. Et cette nuit-là il a mal dormi, à fére cauchemar sur cauchemar, une foua en train de se sauver devant le Nouâr qui rigolait comme un fou, une ôte de foua en train de se sauver devant le Henri Crochet qui secouait sa rouche tignasse tout mouillée, se réveillant à chaque fois assis au beau miyeu du lit en criant Non ! et en cachant sa figure avec la couverte52. Mon pôfe homme, qu’ê lui a dit sa Pélagie qu’était couchée à côté d’lui, t’as trop travaillé en forêt. Pense ouar ! Fére du bois tout l’après-midi durant, après avoir fait l’équipe du matin à la verrerie ! Te vas y laisser ta peau un beau jour. Demain t’iras pâs au bois du moulin, et te viendras avec moua à Salbô53, qu’ê lui dit comme ça. Faut que je t’acheute une neufe veste de v’lours et encore une neufe pére de culotte. La celle que t’as est tant usée entre les jambes que t’as sûrement des courants d’air dans tes bijoux d’ famille. Et pis la Pélagie lui a fait boire une camomille pour qu’i’ se rendorme tranquille. Le lendemain matin, alors que le Piére Soukman avec sa femme i' passaient sur le pont
HESSE-INFOS N° 40 / Août 2011 page 30du canal pour aller prente la mich’line qui les emmènerait en ville, i’ zont vu tout un attroupement près du roûche pont. Parmi tout ça i’ zont reconnu le maire de Hesse qu’était en grante discussion avec deux gendarmes. Quesse qui s’ passe dong là-bas ? qu’elle a demandé la Pélagie au plus jeune du Batisse54 qui venait vers eux sur sa pétrolette55. Te sais quéque chose ? Et le gamin leur a dit qu’on avait retrouvé une pére de bottes dans les hautes herbes au bord du p’tit canal, et aussi un frac et un vieux chapeau mou, et pis encore d’autes gueniches56. Yen a qui prétendaient que ça s’rait les habits du Nouâr, l’Africain. I’ s’a p’téte jeté dans le p’tit canal qu’i’ zont dit les gendarmes. Mais on n’a pâs encore retrouvé le corps, qui est p’téte passé dans le grand canal et qui est parti au loin, entraîné par les péniches. Eh beng si l’Africain s’a noyé, qu’elle a dit tout d’suite la Pélagie, personne de Hesse va le pleurer, va ! C’était un rien-du-tout, un arch’lo57 qui faisait affére avec le diâpe, pour sûr. Et son Piére de lui réponte qu’elle avait sûrement réson. Mais en lui-méme i’ venait de comprente que le Nouâr et le quartier de chéne ne faisaient qu’un. Merci Henri Crochet qu’i’ pensa encore le Piére Soukman, tout en disant à sa femme de se dépêcher vers la gare. La barrière s’abaissait sur la grand’ route et la mich’line venait de s’engager lentement sur le pont de fer qui passe au-d’ssus du canal. Faudrait pâs la louper ! »
Notes
1. mo feu : mon fils, ma fille ou mon enfant
2. namm, namm ouâr, namm dong : n’est-ce pas
3. bianc, bianche : blanc, blanche
4. des lèches de pain : de fines et longues tranches de pain
5. une petite pinéguette : petite fille délicate, chétive, mais très remuante
6. c’est jeudi : c’était l’époque où les écoliers étaient en congé le jeudi, et non le mercredi comme de nos jours 7. chercher des moules au bois du moulin : chercher des mûres dans le bois situé près du moulin de Hesse 8. les pots d’ camp : petit bidon en métal dans lequel on transportait le lait, ou encore gamelle en métal dans lequel on mettait le repas à réchauffer
9. le roûche pont : le rouge pont ou pont rouge. C’est le nom donné par les Hessois au petit pont qui enjambe le petit canal. 10. nous zaûtes : nous autres, sous-entendu la mémère Apolline, sa petite-fille Joséphine et la maman de cette dernière, Mélie 11. ne routsse pâs : ne traîne pas
12. Vespach : lieu-dit situé du côté « est » du du ban hessois
13. le petit canal : nom donné au canal d’alimentation du canal de la Marne au Rhin, nommé quant à lui « le grand canal » 14. une grante gaïsse : une grande chèvre
15. le Henri Crochet : personnage imaginaire supposé vivre dans les rivières, les étangs ou les canaux 16. le cuisant : des aigreurs d’estomac
17. ces âties-là : ces bêtises
18. je gâge : je parie
19. la grôsse gare du p’tit canal : endroit où le petit canal devient très large
20. dîner : déjeuner
21. te t'étais mâchurée : tu t'étais barbouillée
22. te choquer : tebrûler
23. malchiquante : maladroite
24. le kuitte-paîllon : la cuillère en bois
25. la cherpeugniotte : petite corbeille en osier, dans laquelle la ménagère rangeait ses ustensiles nécessaires aux travaux de couture ou de raccommodage.
26. le ventrêt : grand et ample tablier féminin porté par-dessus les vêtements pour les protéger 27. des lavettes : des maniques, objets en tissu permettant de saisir les plats ou casseroles chauds sans se brûler les doigts 28. prente un aller-retour : recevoir une paire de gifles
29. leur verre d’eau de café sucrée : c’était la boisson traditionnelle des familles paysannes, bue tout au long de la journée. On versait un peu de café dans une cruche ou une bouteille que l’on remplissait d’eau froide, puis on rajoutait un ou deux bouts de sucre.
30. la g’leye d’ moules : la gelée de mûres
31. quéque temps après les Rois : quelque temps après le 6 janvier, fête des Rois 32. la soyotte : la scie
33. le ch’min qui méne à la Noire Croix : le chemin qui donne au lieu-dit « la Noire Croix », endroit situé entre le bois du moulin
HESSE-INFOS N° 40 / Août 2011 page 31et la route départementale menant de Hesse à Nitting.
34. rondins, quartiers, charbonnette : morceaux de bois de différents diamètres
35. un krâfiâ : personne qui n’est guère ardente au travail, un paresseux
36. il était capâpe de hârer : s’échiner au travail
37. un gros tock de sapin : souche de bois
38. en guinant : en lorgnant, en reluquant
39. Hermelanche : Hermelange, village voisin de Hesse, situé un peu plus loin
40. I’ hachepaillait : il parlait dans une langue étrangère
41. une parlature de karamagnia : un langage de bohémien
42. un krâ : un corbeau
43. l’ostrogo-là : individu qui se fait remarquer par un comportement étrange, mal perçu ou mal apprécié 44. les branchottes : les petites branches
45. note bok’yon : notre boquillon, notre bûcheron
46. Vin-ra ! : juron ressemblant à Sapristi !
47. ni kriss ni miss : sans faire de bruit
48. le monstre aux roûches sailles : la monstre aux cheveux rouges et raides
49. sui qui chope les râces : celui qui attrape les enfants
50. ce maure ching : ce mauvais garçon
51. mûr pour Lorquin : il pourrait être hospitalisé centre psychiatrique de Lorquin, village proche de Hesse 52. la couverte : la couverture
53. Salbô : Sarrebourg
54. le plus jeune du Batisse : le plus jeune des enfants de Baptiste
55. la pétrolette : un vélomoteur
56. d’autes gueniches : de vieux vêtements en lambeaux
57. un arch’lorr : de l’allemand familier « Arschloch » qui signifie « trou du c... »
L’histoire dont je me suis inspirée a pour titre « Le biéchot ». Elle est signée Jean-Paul Pfister et est parue dans l’ « Essor », revue des Anciens du Cours Complémentaire de Schirmeck. Elle est publiée sur le site Web de Pierre Juillot : http://juillot.web.cern.ch/juillot . Je l’ai largement modifiée et adaptée à l’environnement hessois. Les propos, en « parler hessois », sont prêtés à des personnages fictifs ... qui pourraient pourtant avoir vécu à Hesse il y a une cinquante d’années ! M-Odile Zdravic
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