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unknown - Biarritz Poesie Livret 11
Document publié le Mercredi 1 janvier 2025 par la commune de Biarritz.
Lien du pdf (unknown - Biarritz Poesie Livret 11)
Thèmes du document : Culture et patrimoine, Mode, textile et habillement, Aménagement du territoire,
« J’ai pour moi les vents, les astres et la mer », telle
est la devise de la Ville de Biarritz. De ces mots est
née l’envie de créer un parcours poétique au cœur
de la cité, qui se déploierait sous la forme d’un jeu
de piste accessible à tous, proposant des citations
d’auteurs célèbres ayant tissé, de leur vivant, un
lien notable avec la ville.
Cette idée a pu se concrétiser à l’occasion du
premier appel à participation citoyenne lancé
par la Municipalité de Biarritz, dont l’enjeu était
de recueillir des propositions imaginées par des
Biarrots qui donneraient lieu à de nouveaux amé-
nagements urbains.
Sur les 63 dossiers reçus lors de cette première
édition, 45 ont été écartés car non conformes au
règlement ou déjà en cours de réalisation. Après
regroupement de certains projets similaires et
le retrait de l’un d’eux pour des questions de
sécurité, 14 ont été soumis au vote des habitants,
et 7 ont finalement été retenus, dont celui de
Biarritz Poésie.
La mise en œuvre de ce projet à la fois ludique,
informatif et culturel, comportait deux parties dis-
tinctes et complémentaires :
– La première consistait à intégrer 10 citations
d’artistes – écrivains, poètes, cinéastes, musiciens,
plasticiens – à même l’espace urbain (sur le sol,
sur des murs ou tout autre élément architectural),
afin d’offrir à chacun la possibilité de découvrir ces
phrases disséminées dans la ville.
– La seconde partie est ce support écrit qui
fournit des informations biographiques et histo-
riques sur chacune des citations regroupées dans
un plan (présent en fin de ce livret) qui répertorie
tous les lieux où elles sont intégrées, en suggérant
un parcours possible.
L’une des volontés de ce dispositif est de rendre
hommage à des personnalités qui ont manifesté
une forte implication dans différents domaines de
la création artistique, et dont la qualité des pro-
ductions et des idées a participé à embellir notre
patrimoine. Donner forme à des mots que ces ar-
tistes ont eux-mêmes écrits ou prononcés, pour
les faire connaître par toute personne désireuse de
se prêter au jeu de la chasse aux citations, est une
façon de faire entendre à nouveau leurs voix et de
partager quelques-unes de leurs pensées les plus
poétiques.
Tout en découvrant, à l’aide des textes qui
suivent, des anecdotes plus ou moins insolites sur
ce qui rattache ces personnalités à la ville, ce projet
est donc une façon de créer des passages – sortes
de ponts ou de tunnels – pour relier des éléments
de notre passé à notre réalité présente, dans le but
un peu utopique de redonner vie à des parties de
notre histoire.
L’une des forces de Biarritz est d’avoir su ac-
cueillir, à différentes époques, des êtres dont les
particularités et les atouts ont contribué à enrichir
son identité. Il est donc intéressant d’essayer, par
le biais de cette proposition, de rendre un peu plus
visibles ces femmes et ces hommes d’exception qui
ont aussi permis à la ville de rayonner au fil des
siècles et par-delà les frontières.
Établir une sélection parmi tous les grands
noms qui ont traversé si brillamment le paysage
biarrot n’a pas été facile, surtout lorsqu’on pense
à des icônes telles que Coco Chanel, Pablo Picasso,
Guillaume Apollinaire, Blaise Cendrars, Anna de
Noailles, Orson Welles, Rita Hayworth, Roland
Barthes, Michel Leiris, Francis Jammes et bien
d’autres encore…
Parmi les principales qualités qu’on retrouve
chez les 10 auteurs qui ont finalement été choisis,
on peut citer une véritable passion et une certaine
noblesse dans la façon dont ils ont élaboré, incar-
né et partagé une œuvre généreuse et pertinente,
avec une attention particulière portée au bien
commun – que ce soit dans leurs créations, leurs
engagements ou leurs actions. Ces caractéris-
tiques ont donc permis d’influencer la décision de
leur donner une place au sein de ce projet qui, je
l’espère, trouvera aussi la sienne dans le cœur des
Biarrots et de tout promeneur de passage.
Mélanie Cessiecq-Duprat
Biarritz Poésie
Dans le cadre du dispositif de participation citoyenne initié par
la Ville de Biarritz, un budget d’investissement participatif a été
créé afin de financer des projets d’intérêt général portés par les
Biarrots, de façon individuelle ou collective.
Un premier appel à projets a ainsi été lancé à l’été 2018 sur la
base d’un budget participatif d’un montant de 100 000 euros inclus
dans le budget d’investissement de la Ville.
Un jury constitué d’élus et de techniciens de la Ville s’est réuni
pour examiner les dossiers reçus, et étudier leur conformité avec le
règlement du Budget Participatif.
Treize projets ont été soumis au vote des citoyens, et compte-
tenu des budgets des différents projets, l’enveloppe de 100 000
euros permet la réalisation des sept premiers projets de la liste par
la Ville de Biarritz en tant que maître d’ouvrages des travaux.
Biarritz Poésie en fait partie et la Ville de Biarritz est ravie d’ac-
compagner ce projet qui apportera douceur et poésie à ses édifices.Victor Hugo, né à Besançon en 1802 et mort à
Paris en 1885, est un écrivain, poète, dramaturge,
académicien et dessinateur qui a marqué l’his-
toire du XIXe siècle. Considéré comme le repré-
sentant du courant romantique et l’un des plus
importants écrivains de langue française, il fut
également un homme politique et un intellectuel
engagé, qui s’impliqua dans des questions de so-
ciété telles que la lutte contre la peine de mort,
ou celles en faveur de l’école, de l’Europe, et de
l’amélioration de la condition des femmes (il fut
nommé président d’honneur de la Ligue française
pour le droit des femmes en 1882).
Dernier d’une fratrie de trois garçons, il grandit
auprès d’un père général de l’Empire napoléonien
et d’une mère qui l’encourage très tôt à écrire. Sa
vocation et ses ambitions se manifestent rapide-
ment ; à 14 ans à peine, il note dans un journal :
« Je veux être Chateaubriand ou rien ». Adoles-
cent, il participe à des concours de poésie de
l’Académie française où il gagne plusieurs prix.
Son premier recueil de poèmes, Odes, paraît en
1821 alors qu’il n’a que 19 ans, et se vend en seu-
lement quelques mois.
Au cours de sa vie, Victor Hugo se rend à deux
reprises au Pays basque ; une première fois lors-
qu’il est enfant pour une période d’un mois où il
séjourne à Bayonne, et une seconde à 41 ans (du-
rant l’été 1843), tout juste avant le décès de sa
fille Léopoldine, pour qui il écrira de nombreux
poèmes dont le plus célèbre continue de marquer
les esprits : Demain, dès l’aube.
Lors de son deuxième séjour, il retourne à
Bayonne puis visite Biarritz avant de passer la
frontière pour Irun, Fontarabie, Saint-Sébastien
et le port de Pasajes. Durant ce périple, il prend de
nombreuses notes et croquis qui seront rassem-
blés dans un carnet publié à titre posthume en
1890 : En voyage, Alpes et Pyrénées. On y trouvera
par exemple cette perspicace déclaration : « Dites
un mot basque à un montagnard dans la montagne ;
avant ce mot, vous étiez à peine un homme pour lui ;
ce mot prononcé, vous voilà son frère. »
Aujourd’hui, il reste peu de traces de son
passage à Biarritz en dehors d’une avenue qui
porte son nom, mais l’on trouve dans certains de
ses écrits, notamment dans des extraits de son
carnet de voyage, de longues descriptions des ha-
bitants et des paysages où il délivre avec justesse
des impressions aussi précises que poétiques,
comme ici :
« Biarritz est un village blanc à toits roux et à
contrevents verts posé sur des croupes de gazon et
de bruyère, dont il suit les ondulations. On sort du
village, on descend la dune, le sable s’écroule sous
vos talons, et tout à coup on se trouve sur une grève
douce et unie au milieu d’un labyrinthe inextricable
de rochers, de chambres, d’arcades, de grottes et de
cavernes, étrange architecture jetée pêle-mêle au
milieu des flots, que le ciel remplit d’azur, le soleil de
lumière et d’ombre, la mer d’écume, le vent de bruit.
Je n’ai vu nulle part le vieux Neptune ruiner la
vieille Cybèle avec plus de puissance, de gaieté et de
grandeur. Toute cette côte est pleine de rumeurs. La
mer de Gascogne la ronge et la déchire, et prolonge
dans les récifs ses immenses murmures. Pourtant je
n’ai jamais erré sur cette grève déserte, à quelque
heure que ce fût, sans qu’une grande paix me montât
au cœur. Les tumultes de la nature ne troublent pas
la solitude. »
La citation « Savoir, penser, rêver. Tout est là. »
est extraite de la préface d’un recueil publié en
1840 : Les rayons et les ombres. Dans ce texte ré-
digé par Victor Hugo lui-même et qui constitue
déjà un poème en soi, on découvre une réflexion
qui valorise l’influence de la poésie au sein de
l’humanité, que ce soit à travers la science, la mu-
sique ou la peinture, et plus largement tout ce qui
touche à la connaissance et à la création. Si ces
mots reflètent parfaitement la pensée de l’écri-
vain à l’époque, ils sont encore d’actualité pour
quiconque souhaite s’en emparer aujourd’hui.
Sarah Bernhardt, née Henriette Marie Sarah
Bernhardt en 1844 à Paris où elle est également
décédée en 1923, est une célèbre actrice française
qui s’est révélée au public grâce au théâtre mais
qui a également fait carrière dans le cinéma à
partir de 1900. Elle est considérée comme l’une
des plus grandes tragédiennes de l’histoire de
l’art dramatique.
Après avoir sérieusement envisagé une car-
rière de religieuse, ses parents qui décèlent chez
elle des dispositions naturelles pour les grandes
démonstrations théâtrales, la poussent à entrer
au Conservatoire d’art dramatique de Paris où
elle est admise à l’âge de 15 ans. Elle y passe trois
années avant d’être reçue à la Comédie française
d’où elle sera finalement vite renvoyée pour avoir
giflé une employée qui avait levé la main sur sa
jeune sœur.
Ses débuts en tant qu’actrice sont difficiles car
elle voit souvent lui échapper de peu les premiers
prix et n’obtient que des seconds rôles. Mais elle
triomphe dès 1872 grâce à une pièce de Victor
Hugo, Ruy Blas, où son interprétation de la reine
lui vaut d’être surnommée « la Voix d’or » par
Victor Hugo lui-même. S’en suivront de nom-
breux surnoms comme « la Divine », « l’Impéra-
trice du théâtre », « la Scandaleuse », où encore
« le Monstre sacré » comme l’appellera Jean Coc-
teau qui deviendra l’un de ses plus grands admi-
rateurs.
Elle est aussi la première comédienne fran-
çaise à triompher à l’étranger et à acquérir ainsi
le statut de star internationale. À l’occasion d’une
tournée en Russie, l’écrivain Anton Tchekhov qui
est alors chroniqueur au journal Le Spectateur, la
décrit comme « Celle qui a visité les deux pôles, qui
de sa traîne a balayé de long en large les cinq conti-
nents, qui a traversé les océans, qui plus d’une fois
s’est élevée jusqu’aux cieux. »
Bien que dotée d’une silhouette élancée qui
ne corresponde pas aux canons de beauté de
l’époque, elle devient également l’icône de grands
artistes – peintres, sculpteurs et photographes
– tels que Georges Clairin ou Nadar, et par-
ticulièrement ceux de l’Art Nouveau dont
Alfons Mucha. Elle-même a d’ailleurs étudié aux
Beaux-Arts et certaines de ses œuvres, principa-
lement des sculptures, seront exposées au Salon
des artistes français en 1876, puis à l’Exposition
universelle de 1900 où elle obtiendra les hon-
neurs.
Mais c’est surtout lorsqu’elle monte sa
propre compagnie (en 1880) et qu’elle part à la
conquête du monde, qu’elle devient une figure
incontournable. Le nouveau Casino municipal
et le Casino Bellevue de Biarritz l’accueillent
à plusieurs reprises lors de ses nombreuses
tournées. À ces occasions, elle y fréquente des
personnalités locales comme le poète et dra-
maturge Edmond Rostand qui écrira pour elle
L’Aiglon en 1900, une pièce où elle n’hésitera pas
à se travestir pour interpréter le rôle principal de
Napoléon II.
La citation choisie ici est tirée de ses mémoires
écrits sous le titre Ma double vie, qui seront pu-
bliés en 1907 alors qu’elle n’a que 63 ans (elle
vivra encore 16 ans), dont voici l’intégralité de
l’extrait :
« La vie est courte, même pour ceux qui vivent
longtemps. Il faut vivre pour quelques-uns qui vous
connaissent, vous apprécient, vous jugent et vous
absolvent, et pour lesquels on a même tendresse et
indulgence. Le reste est la "foultitude" joyeuse ou
triste, loyale ou perverse, de laquelle on n’a rien à
attendre que des émotions passagères, bonnes ou
mauvaises, mais qui ne laissent aucune trace. »
Dans ces mémoires, on apprend aussi qu’elle a
fait preuve d’un incroyable courage durant l’occu-
pation de Paris par les troupes allemandes (entre
1870 et 1871), puisqu’elle a transformé le théâtre
(l’Odéon d’aujourd’hui) en hôpital de guerre pour
endosser le rôle d'infirmière auprès des blessés
parmi lesquels se trouvait celui qui deviendra plus
tard le Maréchal Foch.
La vie est courte, même pour ceux qui vivent longtemps.
Sarah Bernhardt
Savoir, penser, rêver. Tout est là.
Victor HugoLa couleur comme les odeurs se mêlent étroitement,
effaç ant par leur force, les formes.
Gina Pane
Un secret a toujours la forme d’une oreille.
Jean Cocteau
Gina Pane, née en 1939 à Biarritz et morte en
1990 à Paris, est une artiste française d’origine
italienne et autrichienne. Elle est l’une des fi-
gures majeures de l’histoire de l’art du XXe siècle,
notamment pour avoir activement représenté,
dès la fin des années 60, un courant artistique
d’avant-garde connu en France sous le nom d’Art
corporel, et appelé plus couramment dans le reste
du monde le Body art. Parallèlement à son travail
d’artiste, elle a également enseigné la peinture à
l’École des Beaux-Arts du Mans de 1975 à 1990,
et dirigé un atelier de performance au centre
Georges Pompidou en 1978 et 1979.
Après sa naissance à Biarritz, elle passe sa jeu-
nesse en Italie avec ses parents et sa sœur avant
de revenir s’installer en France à l’âge de 22 ans
pour faire ses études. Elle entre aux Beaux-Arts de
Paris, en section Peinture et Lithographie où elle
restera de 1961 à 1966. Elle fréquente aussi l’Ate-
lier d’art sacré ; une école qui encourage la pro-
duction d’œuvres dites d’art sacré, supposées être
à la fois modernes et accessibles à un large public.
Durant ses années de formation, Gina Pane réa-
lise d’abord des peintures abstraites aux formes
géométriques, fortement influencées par l’œuvre
de Malevitch et des constructivistes russes, avant
de produire des sculptures et des installations qui
invitent le spectateur à participer physiquement
à ses œuvres.
Puis rapidement, elle se tourne vers la créa-
tion de performances qu’elle-même préfère nom-
mer des actions pour minimiser leur dimension
théâtrale, durant lesquelles elle exécute de façon
solennelle, des actes parfaitement chorégra-
phiés, en utilisant son corps comme matériau et
instrument de langage. Cette démarche est une
réflexion à la fois poétique et engagée, qui ques-
tionne la relation du corps à l’espace, à la nature,
à l’autre, à soi-même, et soulève de multiples
interrogations qui portent plus globalement sur
l’identité, la spiritualité, l’art et l’humanité.
Bien qu’alternant entre douceur et force, plu-
sieurs de ces actions invitant même à une forme
de méditation comme le suggèrent certains
titres : Enfoncement d’un rayon de soleil ou Pierres
déplacées, d’autres apparaissent toutefois comme
choquantes, car elles emploient des moyens d’ex-
pression assez peu courants, voire tabous, notam-
ment lorsque Gina Pane s’inflige des blessures
comme des entailles sur la peau de ses sourcils
pour faire couler des larmes de sang sur ses yeux,
ou qu’elle plante une à une des épines de roses
sur ses bras. Elle défend pourtant l’utilisation de
la souffrance comme moyen de révéler la fragilité
du corps humain et l’aspect éphémère de toute
vie, en pointant des notions comme le danger, le
dégoût ou la douleur, uniquement pour servir des
réflexions artistiques. Ces œuvres-là ne laissent
donc personne indifférent puisqu’elles touchent
à des représentations directes et dérangeantes de
la souffrance.
Dans les années 80, son travail évolue vers
une nouvelle phase où elle produit des œuvres
intitulées Partitions qui questionnent toujours
la place du corps et sa relation au monde, mais
où la représentation de la blessure n’est plus que
symbolique, et la matérialité du corps exprimée
par des matériaux solides tels que bois, fer, verre
et cuivre.
La citation choisie ici : « La couleur comme
les odeurs se mêlent étroitement, effaçant par leur
force, les formes », est tirée d’un recueil de textes
de Gina Pane intitulé Lettre à un(e) inconnu(e). À
l’image de son travail, cette phrase relativement
énigmatique demande un effort d’imprégna-
tion et de réflexion pour pouvoir en extraire, si-
non le sens, son essence, comme cela se produit
souvent lorsqu’on se trouve face à une œuvre
complexe qui demande une certaine implica-
tion – immersive et mentale – pour pouvoir
s’en emparer.
Jean Cocteau, de son nom complet Clément
Eugène Jean Maurice Cocteau, né en 1889 à
Maisons-Laffitte et mort en 1963 à Milly-la-
Forêt, est un célèbre poète, dessinateur, drama-
turge et cinéaste français, qui fut élu à l'Académie
française en 1955.
Il n’a que 20 ans lorsqu’il publie son premier
recueil de poésie : La Lampe d’Aladin, inspiré des
contes des Mille et une nuits. Ce livre lui apporte
aussitôt la reconnaissance au sein du milieu in-
tellectuel parisien où il fréquente alors les salons
en vogue aux côtés de personnalités comme Anna
de Noailles ou Marcel Proust. Mais c’est surtout sa
rencontre avec Serge de Diaghilev qui marque un
tournant décisif dans sa carrière. En collaborant
avec celui qui fut l’importateur des Ballets russes
en France et l’impresario de nombreux artistes, il
crée plusieurs spectacles dont Parade (1917), pour
lequel Erik Satie compose la musique et Pablo
Picasso réalise les décors.
En 1924, Jean Cocteau se met à dessiner et se
découvre alors une nouvelle passion pour l’art
graphique qui engendrera de nombreuses produc-
tions par la suite (illustrations, fresques et même
des vitraux). Ses écrits prolifiques font preuve
d’une remarquable curiosité, s’inspirant tour à
tour de la poésie futuriste, dadaïste ou cubiste, ou
se tournant vers le roman poétique ou le théâtre.
Il occupe d’ailleurs une place importante dans ce
dernier registre avec des pièces comme La Voix
humaine (1930) ou Les Monstres sacrés (1940).
En 1938, il écrit pour Jean Marais Les Parents
terribles qui propulse la carrière de l’acteur
jusque-là méconnu. Un peu plus tard, c’est pour
Édith Piaf qu’il écrit Le Bel Indifférent qui connaî-
tra aussi un immense succès. Mais l’arrivée de la
Seconde Guerre mondiale est pour lui une période
difficile car malgré ses divers projets avec des cé-
lébrités comme Pablo Picasso ou Coco Chanel,
il est pointé du doigt en raison de son homo-
sexualité.
Le cinéma le passionne également et il
lèguera au septième art des films et des scéna-
rios marquants comme Le Sang d’un poète (1930),
La Belle et la Bête (1945) ou Orphée (1950).
En 1949, alors que le cinéma hollywoodien
envahit les écrans, le ciné-club Objectif 49 repré-
senté par Jean Cocteau et André Bazin, qui a été
fondé pour soutenir des films d’avant-garde, dé-
cide de créer à Biarritz un Festival du Film Maudit.
En marge des films commerciaux et des program-
mations conventionnelles des festivals de Cannes
et de Venise, cet évènement entend récompenser
ce que Jean Cocteau nomme par analogie avec les
poètes maudits, des films maudits. Le cinéaste
Robert Bresson les décrit comme « des films qui
sont pleins de choses remarquables bien que peu re-
marquées, qui poussent continuellement le cinéma
en avant, mais qui ne sont goûtés au début que par
un petit nombre. »
Le 1er Festival du Film Maudit ouvre ses portes
au Casino municipal le 29 juillet 1949 et fait entrer
des personnalités comme Orson Welles, Marle-
ne Dietrich, François Truffaut et Eric Rohmer.
Les organisateurs, se moquant des convenances,
convoquent les journalistes sur la plage et se
font photographier les pieds dans l’eau. Un vent
d’euphorie souffle sur la ville pendant les 10 jours
où des fêtes succèdent aux projections et aux
rencontres avec le public. L’année suivante, une
seconde édition sera organisée et intitulée Le ren-
dez-vous de Biarritz, mais elle n’aura pas le succès
de la précédente et ne sera pas reconduite.
La citation « Un secret a toujours la forme d’une
oreille », au-delà du caractère poétique qu’elle
suscite en évoquant l’image de confidences mur-
murées, est tirée d’un recueil de textes critiques
publié en 1926 : Rappel à l’ordre, qui présente une
notion que Jean Cocteau qualifie de classicisme
vivant, s’attachant à délivrer une vision de l’art et
notamment de la poésie où il défend « un ordre
considéré comme une anarchie, dans lequel des
individualités peuvent s’exprimer sans perdre leur
originalité, une discipline de liberté. »Claude Debussy, nommé par ses parents
Achille-Claude Debussy, est né à Saint-Germain-
en-Laye en 1862, et mort à Paris en 1918. Il est
l’un des plus importants compositeurs français du
XXe siècle.
Il passe ses premières années entre Cannes
et Paris, éduqué par des femmes et en particu-
lier sa mère, dont les idées anticonformistes la
conduisent à assurer elle-même son instruction
plutôt que de l’envoyer à l’école. Son père en-
chaîne les déboires professionnels et fait même
de la prison pour s’être ligué avec des révolution-
naires. De cette éducation hors-normes, il gardera
un tempérament rebelle et indépendant.
À l’âge de 8 ans, il commence le piano avec
Antoinette Mauté de Fleurville, une ancienne
élève de Chopin qui est aussi la belle-mère de
Verlaine. Elle le prépare au Conservatoire de Paris
où il sera admis deux ans plus tard et y restera
jusqu’à l’âge de 20 ans.
Ses premières compositions s’inspirent de
textes d’Alfred de Musset (Madrid, Ballade à la
lune) et affirment une rupture avec l’harmonie
classique et le romantisme du XIXe siècle. Ces
particularités habiteront toute son œuvre et se-
ront souvent reprises par ses successeurs. Très
attiré par toute forme de création, notamment par
la poésie et la peinture, il écrira tout au long de sa
vie des mélodies à partir de poèmes.
Durant plusieurs étés à compter de ses 18 ans,
il est engagé par Nadezhda von Meck – une riche
veuve russe, mécène de Tchaïkovski –, afin d’en-
seigner la musique à ses enfants. Il la suit dans ses
voyages en Suisse, à Vienne et en Italie, où il fait
la connaissance de musiciens importants tels que
Verdi et Liszt.
Alors qu’il n’a que 22 ans, il remporte le 1er
Grand Prix de Rome avec sa cantate L’enfant pro-
digue. Cette reconnaissance lui ouvre les portes
de la Villa Médicis où il passe les deux années
suivantes.
De retour à Paris en 1887, il fréquente les mi-
lieux littéraires et artistiques, y rencontre des
personnalités comme Toulouse-Lautrec, Erik
Satie, ou Stéphane Mallarmé avec qui il colla-
bore sur un projet théâtral pour lequel il compose
Prélude à l’après-midi d’un faune, l’un de ses pre-
miers grands succès.
Ses créations, innovantes et inspirées, offrent
de vastes fresques qui lui vaudront d’être sou-
vent qualifié d’impressionniste musical, mais il
n'appréciera jamais ce terme. On trouve pourtant
dans ses œuvres de nombreuses évocations de la
nature comme l’attestent plusieurs de ses titres :
La mer, Clair de lune, ou encore Le printemps.
Une grande part de ses compositions est dédiée
au piano et constitue, avec celle de Gabriel Fauré,
l’une des œuvres les plus importantes de la mu-
sique française.
Vers la fin de sa carrière, rejetant la musique
de Wagner qu’il avait pourtant ardemment appré-
ciée étant jeune, il est pris d’élans patriotiques
et se revendique alors musicien français, allant
jusqu’à signer ses lettres Claude de France.
Il laisse derrière lui une œuvre où souffle un
vent de liberté, tout comme ce vent bavard et ins-
pirant qu’il désigne dans la citation choisie ici :
« N’écoute les conseils de personne, sinon du vent
qui passe et nous raconte les histoires du monde. »
Après avoir séjourné une première fois au Pays
basque en 1915, Claude Debussy y revient pour
une période de quatre mois l’année qui précède
sa mort (en 1917). Il donne à cette occasion ses
deux derniers concerts, accompagné du violoniste
Gaston Poulet. L’un aura lieu à Saint-Jean-de-Luz
et l’autre à l’Hôtel du Palais de Biarritz.
Madeleine Vionnet, baptisée Marie Madeleine
Valentine Vionnet, est née en 1876 à Chilleurs-
aux-bois, et morte en 1975 à Paris. Elle est l’une
des plus grandes couturières françaises, dont les
idées et les méthodes ont révolutionné le monde
de la mode. En proposant des créations qui ont
permis une profonde métamorphose de l’esthé-
tique et du statut du corps féminin, elle a égale-
ment participé à l’émancipation des femmes.
Issue d’une famille modeste, elle est une en-
fant brillante, mais ses parents l’enlèvent de
l’école à 12 ans pour l’envoyer apprendre la cou-
ture chez une voisine. Deux ans plus tard, elle
s’installe à Paris et entre comme apprentie chez
le couturier Vincent, rue de la Paix.
Mariée à 18 ans, elle donne naissance à une
fille qui décède peu après. La douleur de ce deuil
la conduit à divorcer rapidement et à partir pour
l’Angleterre où elle travaille d’abord comme lin-
gère. À 20 ans, elle est engagée dans une maison
de couture londonienne où elle perfectionne son
apprentissage. De retour à Paris cinq ans plus
tard, elle entre chez les sœurs Callot, l’une des
plus prestigieuses maisons de l’époque.
En 1906, le couturier Jacques Doucet lui confie
pour mission de donner un nouveau souffle à sa
maison. Mais lorsqu’elle propose aux mannequins
de marcher pieds nus et vêtues de robes aériennes
portées à même la peau (sans l’incontournable
corset), elle se heurte aux réticences de l’époque,
et doit se résoudre à garder ses idées pour elle.
Elle ouvre sa première maison de couture en
1912, rue de Rivoli. Malgré les honneurs que lui
attire ce lieu qui se fait vite une réputation, la
guerre la contraint à fermer à peine deux ans plus
tard. C’est surtout lors de sa réouverture, en 1918,
qu’elle connaîtra le véritable succès.
Fascinée par la Grèce antique, les perfor-
mances de la danseuse Isadora Duncan et la vague
d’orientalisme qui souffle sur l’Europe, Madeleine
Vionnet élabore un style novateur, basé sur des
lignes fluides et épurées. Elle travaille la coupe
de biais, inédite à l’époque, et réinvente l’art du
drapé en réduisant les coutures et les attaches.
Partant de formes géométriques, elle conçoit des
tenues qui épousent parfaitement les formes et
mettent en valeur les corps. Elle exploite aussi sa
passion des fleurs à travers des jupes corolles, des
roses amassées sur des bandeaux, des colliers ou
des guirlandes, ou parsemées sur des capes ou des
cols. Elle conçoit tous ses prototypes en modèles
réduits sur un petit mannequin de bois.
En 1922, elle ouvre une boutique à Biarritz avec
un salon de présentation au Casino municipal, re-
joignant ainsi Coco Chanel déjà installée depuis
1915, et d’autres grands noms de la mode. Au
cœur de ce vent d’euphorie des années folles, la
cité compte jusqu’à vingt-cinq maisons de haute
couture. Mais après la Seconde Guerre mondiale,
la ville perd de son attrait et la vie mondaine se
déplace alors vers la Côte d’Azur.
En avance sur son temps, Madeleine Vionnet a
adopté des idées et des engagements qu’on qua-
lifierait aujourd’hui de féministes, n’hésitant pas
à tout quitter – mari, travail et pays – pour se for-
mer à l’étranger lorsqu’elle a éprouvé le besoin de
se reconstruire. Dans son travail, elle a pris des
mesures concrètes pour protéger ses créations
par un système de copyright qui fait toujours ré-
férence (elle appose sa griffe, un numéro de série
et son empreinte digitale sur chaque modèle). Elle
a aussi mis en place des avantages sociaux inédits
pour ses employées (congés payés, soins médi-
caux, cantine, crèche, et même une bibliothèque).
Vers la fin de sa vie, elle déclara par écrit :
« L’important, c’est d’arriver à vivre et à travailler tel
que l’on est, en pleine vérité, en somme à s’imposer,
mais il faut qu’il y ait en soi de quoi le faire. Que
de gens s’ignorent toute leur vie et courent après
eux-mêmes ! Il faut toujours se dépasser pour s’at-
teindre. Toujours lutter au fond, c’est passionnant.
C’est la force de résistance qui soutient le mieux. Elle
seule dépend de vous. »
Il faut toujours se dépasser pour s’atteindre.
Madeleine Vionnet
N’écoute les conseils de personne, sinon du vent qui passe
et nous raconte les histoires du monde.
Claude DebussyS’il n’y avait ni la mer ni l’amour, personne n’écrirait des livres. Marguerite Duras
Izadian eta Gizadian – Ixiltasunean bezala elhean –
Bihotzek elgarri (Dans la nature et dans l’humanité –
Comme le silence dans le silence – Les cœurs sont nourris).
Manex Erdozaintzi-Etxart Marguerite Duras est le nom de plume de
Marguerite Donnadieu, née en 1914 à Gia Đinh
(près de Saïgon), et morte en 1996 à Paris. Elle est
l’une des plus célèbres écrivaines françaises, et
fut également une talentueuse dramaturge, scé-
nariste et réalisatrice.
Après une enfance passée au Viet-Nam où elle
obtient son baccalauréat, elle arrive en France
l’année de ses 18 ans pour y poursuivre ses
études. Elle obtient un diplôme de sciences po-
litiques et trouve un emploi de secrétaire au mi-
nistère des Colonies. En 1939, elle épouse le futur
écrivain et résistant Robert Anselme, avec qui elle
aura un garçon qui décède à la naissance. Elle ne
se remettra jamais complètement de cette perte.
Devenue secrétaire générale du Comité d’organi-
sation du livre, Marguerite se met alors à écrire et
publie son premier roman : Les Impudents, qu’elle
signe du nom de Duras, en hommage au village où
se trouve la maison paternelle.
Avec son mari et un groupe d’intellectuels
dont l’un deviendra plus tard son second époux :
Dionys Mascolo, elle entre dans la résistance. Elle
s’engagera plusieurs fois dans de grandes causes
comme le communisme, le féminisme, la lutte
contre la guerre d’Algérie ou celle pour l’avorte-
ment.
En 1944, elle publie son deuxième roman : La
vie tranquille, mais c’est surtout en 1950 qu’elle
est révélée au grand public avec un texte d’ins-
piration autobiographique : Un barrage contre le
Pacifique. Associée d’abord au mouvement litté-
raire du Nouveau Roman, elle se distingue ensuite
grâce à sa voix singulière qui manie la déstructu-
ration des phrases, des personnages, de l’action et
du temps, et ses thèmes récurrents comme l’at-
tente, l’amour, la sensualité féminine, la douleur
ou l’alcool.
Elle rencontre un succès mondial avec L’Amant,
prix Goncourt en 1984, qui est une autofiction
sur les expériences sexuelles et amoureuses de
son adolescence dans l’Indochine des années 30.
Elle écrit aussi pour le théâtre et le cinéma, sou-
vent des adaptations de ses propres romans. En
1959, sa rédaction du scénario et des dialogues
du film Hiroshima mon amour réalisé par Alain
Resnais, lui apporte une nomination pour l’Oscar
du meilleur scénario original à la 33e cérémonie de
l’Académie.
Onze ans après sa mort (en 2007), on découvre
un texte inédit : Caprice, identifié par l’écrivain
Dominique Noguez comme écrit par Marguerite
Duras pendant la guerre, probablement à titre
« alimentaire », comme elle affirmera l’avoir fait
à plusieurs reprises. Caprice fut publié anonyme-
ment en 1944 aux Editions Nicéa, dans la collec-
tion Visages de femmes, une série de romans sen-
timentaux non signés par leurs auteurs. Présenté
comme un roman de gare, ce texte n’en est pas
moins intéressant car on y reconnaît son style, sa
ferveur et sa voix si particulière.
L’histoire se déroule à Biarritz où un jeune
couple fraîchement marié arrive pour passer des
vacances. Alors que son mari part en promenade,
la femme s’installe sur la plage où elle rencontre
un jeune homme dont la vue du corps sortant de
l’eau lui cause un certain trouble. Elle le revoit
quelques jours plus tard à la foire, puis de retour à
Paris, le croise à nouveau avec la même émotion.
Lorsque son mari s’absente une semaine, elle ne
peut s’empêcher de retrouver celui qui hante en-
core ses pensées et qui devient alors son amant.
Mais quand l’homme de la plage repart pour
Biarritz, elle se demande comment elle pourra
reprendre sa vie auprès de son mari. Pourtant,
lorsque ce dernier la serre dans ses bras à son
retour, « Elle pense qu’elle pourra rester avec lui,
qu’elle est maintenant en règle avec la vie. »
La citation choisie ici : « S’il n’y avait ni la
mer ni l’amour, personne n’écrirait des livres », est
donc une allusion à cette anecdote qui permet
d’en déduire que Marguerite Duras a pu séjour-
ner à Biarritz avant d’écrire ce livre. Mais ces
mots contiennent aussi une dimension poétique
où le romantisme est au cœur de ce qui sonne ici
comme une vérité faussement naïve, plaçant la
nature et l’amour comme sources d’inspiration
indispensables à l’écriture.
Manex Erdozaintzi-Etxart, né en 1934 à
Ibarrolle, et mort en 1984 à Toulouse, est l’un
des écrivains et poètes les plus importants de la
littérature basque du XXe siècle. Il fut également
moine franciscain et membre de l’Euskaltzaindia
(l’Académie de langue basque).
Né de parents agriculteurs vivant en Basse-
Navarre – dans le Pays Basque Nord –, son en-
fance est marquée par les valeurs de la famille,
son rapport à la terre et à la nature. Ces expé-
riences influencent fortement son œuvre poé-
tique dont le style emprunte très tôt un caractère
naturaliste. Il entre au séminaire franciscain de
Saint-Palais à l'âge de 8 ans, puis fréquente celui
de Brive-la-Gaillarde pendant cinq années avant
de poursuivre de longues études en philosophie,
théologie et psychosociologie entre Béziers, Pau
et Paris.
De retour en Amikuze (nom basque de l’an-
cien territoire de Mixe qui désignait la province
de Basse-Navarre), il découvre un peuple qu’il
juge en déclin. Poussé par l’envie d’impulser un
nouvel élan à la culture et à la langue basques, et
le désir de « redonner de la dignité et de l’identité
aux gens simples » de son peuple, il s’engage en
faveur des droits culturels, sociaux et politiques,
en s’impliquant activement dans des associations
comme Seaska (Ikastola au Pays basque français),
mais aussi aux côtés d’Amnesty International ou
du Comité de soutien aux réfugiés qui fuient le
franquisme.
Sous son influence, le couvent des Francis-
cains de Saint-Palais dont il acquiert la charge,
devient un véritable centre de formation cultu-
relle, notamment par le biais de sa précieuse
bibliothèque qui constitue aujourd’hui plus de
4 500 documents en euskara, français ou espa-
gnol, sur des sujets très variés : littérature,
histoire, langues, société, philosophie, religion,
agriculture, art, etc.
Comme l’affirme Lurdes Otaegi Imaz – une
philologue et professeure de théorie de la litté-
rature basque –, « par ses multiples articles, ses
interventions, ses relations des deux côtés de la fron-
tière, ses conseils aux jeunes auteurs et aux acteurs
culturels, il a été le prophète annonciateur de la
nouvelle vague culturelle des années 70-80 (…), et
son œuvre poétique est la manifestation d’une per-
sonnalité qui ressent dans sa chair l’urgence, l’an-
goisse d’une culture en régression et l’exprime dans
un langage clair, émotif et direct. »
On trouve dans son œuvre trois grandes par-
ties principales : des poèmes naturalistes, des
écrits humanistes et des textes socio-militants.
De son vivant, il ne publie pourtant que deux
livres : un roman : Gauaren atzekaldean (De l’autre
côté de la nuit, éd. Elkar, 1982) et un recueil de
poésie : Hinki hanka (De travers, éd. Elkar, 1978).
Il écrit en revanche de nombreux articles qui
paraissent dans des revues et journaux tels que
Egan, Euzko Gogoa, Gure Herria, Jakin, Elgar,
Gazte, Herria, Olerti.
La revue Euzko Gogoa (Esprit basque), est fon-
dée en 1949 depuis le Guatemala par l’écrivain
exilé Jokin Zaitegi, avec l’aide des auteurs Orixe
et Andima Ibinagabeitia. À partir de 1956, elle est
rapatriée à Biarritz où elle sera éditée jusqu’en
1959. On y trouve des textes de littérature, de
musique, de linguistique ou de sociologie, et des
traductions basques d’auteurs anciens comme
Sophocle, Horace ou Virgile. Parmi ses contribu-
teurs, on compte de nombreux auteurs illustres
dont Manex Erdozaintzi-Etxart.
La citation « Izadian eta Gizadian – Ixilta-
sunean bezala elhean – Bihotzek elgarri » (Dans
la nature et dans l’humanité – Comme le si-
lence dans le silence – Les cœurs sont nourris),
est tirée d’un poème intitulé Hogeitabortzgarren
orrendo meditazionea (Méditation de la troisième
heure), qui incarne assez fidèlement l’atmosphère
et les idées véhiculées par les textes de Manex
Erdozaintzi-Etxart, dont le caractère philoso-
phique et souvent contemplatif pousse à ques-
tionner notre rapport au monde.Louis Guillaume, né en 1907 à Paris, et mort en
1971 à Biarritz, est un important écrivain et poète
français, dont le nom a été attribué peu après sa
mort (en 1973), au prix qui est décerné chaque an-
née à un auteur contemporain de poésie en prose.
Il passe le début de son enfance chez sa grand-
mère maternelle sur l’île de Bréhat, en Bretagne.
Sur cette terre des Côtes-d’armor à la végétation
luxuriante, il vit l’une des périodes les plus heu-
reuses de sa vie. De ce paradis perdu, il garde-
ra un souvenir idéalisé qui inspirera plusieurs
de ses écrits. À la fin ses études, il s’installe à
Créteil où il devient instituteur, entamant ain-
si une longue carrière dans l’Enseignement qui
le mènera ensuite à Charenton pour y être pro-
fesseur de lettres, puis à Paris où il occupera un
poste de directeur de collège jusqu’à sa retraite.
Il publie son premier recueil de poèmes à l’âge
de 21 ans : Sônes d’Armor (Éd. Gloria, 1928), mais
son œuvre est surtout reconnue à partir de 1947
avec Pleine absence. S’ensuivent une multitude de
recueils et quelques romans aux titres particu-
lièrement inspirés parmi lesquels on peut citer :
Noir comme la mer (Les Lettres, 1951), Étrange
Forêt (Les Lettres, 1954), La Feuille et l’épine (Les
Amis de Rochefort, 1956), La nuit parle (Subervie,
1961), Fortune de vent (José Corti, 1964), Lux (La
Presse à Poèmes, 1968), et surtout Agenda (Suber-
vie, 1970), qui se révèle dès sa sortie comme son
chef-d’œuvre.
Dans ce livre lumineux et particulièrement
habité, Louis Guillaume s’imposa de retranscrire
chaque matin, et cela pendant cent quatre-vingt-
sept jours consécutifs, des vers dont on pourrait
croire qu’ils furent tout droit sortis d’une ré-
vélation nocturne, délivrant des vérités d’une
surprenante clarté.
Ce « déraisonnable sage » comme il se quali-
fiait lui-même, est l’auteur d’un univers mysté-
rieux, fait de douceur et d’intensité qui, par une
contemplation obstinée des êtres et des choses,
amène ses écrits vers une démarche tenant, selon
l’écrivain et poète Jean Rousselot, « moins de l’in-
vention que de la médiumnité ». Poète d’un silence
songeur auquel se mêle la mouvance imprévisible
des éléments, « Louis Guillaume est une île habi-
tant la brume et le sel du mystère et des symboles »,
comme l’affirmera avec justesse le philosophe
Gaston Bachelard.
Parallèlement à son œuvre poétique, il rédige
un long Journal commencé en 1935, composé de
47 cahiers. Il le tiendra assidûment jusqu’à la fin
de sa vie, sans un seul jour d’interruption.
En 1962, il prend sa retraite et s’installe à
Biarritz où il se consacre entièrement à son œuvre
qui atteint alors toute son ampleur. Au regard des
écrits produits durant cette période, on peut faci-
lement faire le lien entre le cadre environnant et
le contenu de ses textes qui évoque régulièrement
les forces de la nature comme la mer ou le vent.
Il est probable qu’il ait retrouvé dans Biarritz un
peu du paradis breton qui avait illuminé la pre-
mière partie de son enfance.
Considéré en France comme l’un des « pères »
de la poésie en prose, l’association des Amis de
Louis Guillaume décerne chaque année le Prix
Louis Guillaume à un recueil présentant des carac-
tères définis par le poète lui-même, comme l’au-
tonomie : « un tout organique, une cristallisation,
un morceau de prose autonome », la gratuité : qui
n’a « aucune fin, pas plus narrative que démons-
trative, et qui n’est ni une anecdote, ni un conte, ni
une histoire, ni une fable », et la brièveté : « d’une
grande économie de moyens. »
La citation choisie ici vient d’un poème paru
dans Agenda ; il s’intitule Incertitude et a été écrit
peu avant sa mort : « Incertitude. Où la voix dira le
mot, la vie recommencera. Pour l’instant rien qu’une
attente. Un désir qui n’ose s’avouer désir. Une aube
oublieuse de la nuit mais qui doute du jour. Tout
pourrait rester ainsi entre rêve et sang, souffle et
pierre. N’avoir qu’une conscience, l’angoisse. N’être
qu’un remous de néant. Mais, la parole enfin gorgée
de silence, voici que sur le fond blême du matin se
lève un soleil sûr de sa fin. »
Romy Schneider, de son vrai nom Rosemarie
Magdalena Albach-Retty, est née en 1938 à
Vienne, en Autriche, et morte en 1982 à Paris.
Actrice allemande naturalisée française, elle fut
l’une des plus grandes icônes du cinéma du XXe
siècle, et incarna avec talent la femme moderne.
À sa naissance, Wolf Albach-Retty et Magda
Schneider, tous deux acteurs, choisissent d’ap-
peler leur fille Rosemarie ; une contraction des
deux prénoms de ses grands-mères : Rosa et
Maria. Lorsque la guerre arrive, la famille doit
quitter Vienne et part s’installer dans un petit
village situé dans les Alpes bavaroises où Romy
Schneider passera toute son enfance. Ses parents
se séparent lorsqu’elle a un peu plus de 4 ans et
son frère 2 ans.
Après des études dans une institution catho-
lique, elle entre à 15 ans à l'École des Beaux-arts
de Cologne. La même année, le producteur Kurt
Ulrich avec qui travaille sa mère comme actrice, la
choisit pour interpréter l’un des rôles principaux
dans Lilas Blanc. Le film connaît un franc suc-
cès et lui permet d’accéder peu après au rôle de
Sissi – l’Impératrice Elisabeth d’Autriche – dans
une trilogie de films qui la rend aussitôt célèbre.
En 1959, Romy Schneider se fiance avec Alain
Delon et le suit à Paris où ils vivront cinq années
tumultueuses. À cette époque, il lui présente
Luchino Visconti qui donne un nouvel élan à sa
carrière en lui offrant un rôle au théâtre dans
un drame de John Ford (l’auteur anglais) : Dom-
mage qu’elle soit une putain (1961). La pièce traite
d’un amour incestueux entre Giovanni et sa sœur
Annabella, et c’est Alain Delon qui interprète le
personnage du frère.
Sa relation avec l’acteur se termine en 1963, et
celle que les producteurs américains surnomment
désormais « La petite fiancée du monde » entame
dès lors une carrière à Hollywood avec plusieurs
rôles importants dont celui dans Le Procès d’Orson
Welles, pour lequel elle obtient son premier prix ;
l’Étoile de Cristal de l’Académie du cinéma. De
retour en Europe, elle épouse l’acteur et metteur
en scène berlinois Harry Meyen dont elle aura
un fils : David Christopher, qui décèdera acci-
dentellement à l’âge de 14 ans, après avoir tenté
d’escalader la grille d’un portail.
Mais pour l’heure, Romy Schneider veut pro-
fiter de sa maternité et passe donc deux ans à
l’écart de la vie publique avant de revenir à l’écran
à la demande d’Alain Delon pour jouer à ses côtés
dans La Piscine, de Jacques Deray. Le film, encensé
par la critique, est un véritable triomphe. Elle en-
chaîne ensuite les tournages, dirigée par les plus
grands réalisateurs de l’époque comme Claude
Sautet qui en fait son égérie à travers plusieurs
films dont Les Choses de la vie qui connaît un suc-
cès unanime, la plaçant au sommet de sa gloire.
Elle obtient un premier César de la Meilleure
actrice en 1976 pour L’important c’est d’aimer,
d’Andrzej Żuławski, et un second en 1979 pour
Une histoire simple, de Claude Sautet.
Après plusieurs évènements qui vont boule-
verser sa vie privée – son divorce et un nouveau
mariage, une fausse couche, le décès de son fils,
le suicide de son premier mari et la naissance
prématurée de sa fille – Romy Schneider est
retrouvée morte à l’âge de 43 ans dans son appar-
tement. Malgré la présence d'alcool et de médica-
ments sur les lieux, personne ne saura affirmer s’il
s’agit d’un suicide, d’un accident ou d’un simple
arrêt cardiaque.
Au cours de sa carrière, Romy Schneider s’est
rendue au moins deux fois à Biarritz, lors du tour-
nage du film Le Vieux Fusil (en 1975) avec Philippe
Noiret, et celui de La Banquière (en 1980) pour
lequel elle a séjourné à l’Hôtel du Palais. Son nom
a d’ailleurs été attribué à l’une des suites de l’éta-
blissement, décorée dans un style romantique du
Second Empire, et offrant une vue privilégiée sur
l’océan.
Connue pour être particulièrement en proie
au trac, elle avait fait sienne cette devise qu’elle
se répétait avant de monter sur scène : « L’envie
est plus forte que la peur. »
L’envie est plus forte que la peur.
Romy Schneider
Où la voix dira le mot, la vie recommencera.
Louis GuillaumeR . G
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ROCHER DE LA VIERGE
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Médiathèque :
2 rue Ambroise Paré
(façade de l'entrée principale) : «
Savoir, penser, rêver. Tout est là.
»
Victor Hugo Piscine / Casino :
Quai de la Grande Plage (passage
entre piscine et Casino depuis la plage) : «
La vie est courte, même pour ceux
qui vivent longtemps
»
Sarah Bernhardt Clémenceau :
Place Georges Clémenceau (marches
d'escalier face aux Galeries Lafayette) : «
La couleur comme les odeurs se mêlent
étroitement, effaç
ant par leur force, les formes
»
Gina Pane Bellevue :
Place Bellevue (muret sous la rambarde
panoramique de l'esplanade) : «
Un secret a toujours la forme d’une oreille
»
Jean Cocteau S te
Eugénie :
Place Sainte-Eugénie (marches
d'escalier à l'arrière du kiosque) : «
N'écoute les conseils de personne, sinon du vent
qui passe et nous raconte les histoires du monde
»
Claude Debussy Rocher de la vierge :
Esplanade des anciens
combattants (au pied du banc qui se trouve juste à l'entrée de la passerelle Eiffel) :
«
Il faut toujours se dépasser pour s’atteindre
»
Madeleine Vionnet Côte des Basques :
9-11 Boulevard du Prince
de Galles (muret face à l'océan, au niveau de l'établissement des bains où se trouvent les sauveteurs côtiers et les commerces) : « S’il n'y avait ni la mer ni l'amour,
personne n'écrirait des livres
»
Marguerite Duras 100 marches :
Chemin piéton des 100 marches
(au croisement principal des chemins et des escaliers qui relient le Boulevard du Prince de Galles et l'Avenue Beaurivage) : « Izadian eta Gizadian / Ixiltasunean
bezala elhean / Bihotzek elgarri
» »
«
Dans la nature et dans l'humanité /
Comme le silence dans le silence / Les cœurs sont nourris
»
Manex Erdozaintzi-Etxart Halles :
9-11 rue des Halles
(muret de l'entrée 6 du marché couvert) : «
Où la voix dira le mot, la vie recommencera
»
Louis Guillaume Gare du midi :
23 Avenue du Maréchal Foch
(sur le sol de l'esplanade, face à l'entrée principale) : «
L’envie est plus forte que la peur
»
Romy Schneider