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Document publié le Jeudi 1 janvier 2037 par la commune d'Hesse.
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Thèmes du document : Eau et assainissement, Histoire et mémoire, Aménagement du territoire,
Des Hessois racontent ...
(suite du N°36) M. André BLONDLOT se souvient des fontaines qui alimentaient en eau les Hessois avant que l'adduction d'eau, telle qu'elle existe actuellement, ne soit réalisée.
Et puis il arrivait qu'il n'y ait plus d'eau aux fontaines hors période de sècheresse : c'était la faute aux queues de renard ! Les tuyaux en terre cuite n'étaient bien sûr guère étanches. Il y avait des fuites, et les racines des herbes ou des arbres, les acacias par exemple, arrivaient à se faufiler dans les tuyaux par les joints mal faits. Et tout à coup, plus d'eau au village ! Alors on savait ce que c'était : il y a de nouveau une queue de renard dans la conduite ! C'était une queue faite de racines et radicelles. Le garde-champêtre faisait une petite tranchée, un petit trou dans le tuyau ... Ah ! il y a encore de l'eau, la queue n'est pas là ! Elle est plus loin ! Il rebouchait le trou avec quelques chevilles et un peu de ciment, et allait un peu plus loin, recommencer la manœuvre. Là, il n'y a plus d'eau dans le tuyau ! Il fallait donc chercher entre ces deux points ... Le tuyau était alors cassé, et la queue de renard trouvée ! Il prenait ça avec ses mains, et tirait, et ça venait : un long bras végétal fait de racines et autres algues. Puis la portion de tuyau cassée était remplacée, recouverte de terre. J'ai vu faire ça plusieurs fois ! Ça arrivait périodiquement, assez souvent. Le Charles Helvig, l'oncle de Huguette, ma femme, est allé plusieurs fois travailler à la conduite pour tirer des queues de renard.
Pendant les périodes de sècheresse, lorsque les fontaines du village ne coulaient plus, les gens prenaient l'eau dans les puits. Quand les familles manquaient d'eau, elles en cherchaient chez les voisins. Personne ne refusait l'eau ! Pratiquement toutes les maisons de cultivateurs avaient un puits personnel.
Quand le puits de l'école était à sec, ça arrivait, M. Vataux, l'instituteur, allait à une fontaine avec sa palanche pour chercher deux seaux d'eau, un de chaque côté de sa palanche. C'est un long morceau de bois, légèrement courbe, qu'on portait sur l'épaule, et à chaque extrémité duquel on accrochait un seau, comme on voit faire en Asie, encore de nos jours.
Dans le village, il y avait aussi des puits communaux, où chacun pouvait s'approvisionner. Certains avaient une pompe à bras : on s'en servait pour amener l'eau dans une auge, juste à côté du puits, pour faire boire les bêtes. En hiver, pour que ces pompes ne gèlent pas, on les habillait avec de la paille. Il y avait un tel puits près de la maison du Camille Fleurence, derrière l'école, aussi un près de la maison où habitent maintenant M. et Mme Krieg, là-haut. Ils existent encore de nos jours, ces puits. Il y avait aussi un puits tout contre le mur qui entoure l'église et le cimetière, en contrebas du jardin du presbytère. Les maisons de la commune, que ce soit l'école ou le presbytère, avaient un puits, et il fallait aussi pomper l'eau à la main. Il y a aussi un puits à l'église, près du petit autel, à droite du chœur. Et quand certains puits étaient à sec, il y avait une entraide parmi les gens du village : ceux qui avaient des puits encore en eau laissaient les autres s'approvisionner chez eux. C'était le cas des puits de la maison du Jean-Baptiste Marcel, actuellement maison Dauffer, puits qui n'a jamais été à sec.
Nous, on allait à la Chermenac, au puits à côté de la maison Baron. Là, il y avait un puits avec une auge. Il n'était jamais à sec, mais l'eau n'était pas bonne. Mais elle était bonne pour les bêtes. Alors, on lançait un seau au bout d'une corde, on le remontait et on le versait dans l'auge pour que les bêtes puissent la boire.
On a connu des grandes détresses en eau, où on allait faire boire nos vaches dans les fonds, aux ruisseaux, en contrebas du canal, dans les champs près du rouge pont, le pont au-dessus du petit canal. Là, il y avait toujours de l'eau, puisque c'est une rigole où s'échappe l'eau du canal. Mais les chevaux ne voulaient pas boire cette eau ! C'est difficile, un cheval, pour l'eau ! J' emmenais les nôtres à Guerche, où il y a une source puissante. Pour aller à Guerche, il faut prendre le chemin qui mène à la ferme de l'ermitage, et poursuivre en direction de la piste cyclable. Il y a là une source à fort débit qui est à l'origine du petit étang qui se trouve à cet endroit. Dans le temps, il y avait là un bassin, qui n'était jamais à sec. J'y allais avec deux seaux, pour donner à boire aux chevaux.
Dans les maisons, les gens avaient des pierres d' eau, avec un seau ou deux, remplis d'eau cherchée à la fontaine. Cette eau servait pour la cuisine, ainsi que pour la vaisselle et la lessive. Dans de nombreuses maisons,
HESSE-INFOS N° 37 / Janvier 2010 page 13un seau à eau était posé sur un tabouret : l'eau était réservée à la boisson. Une poche y était plongée en permanence. Une poche ? C'est une louche en patois lorrain. On buvait tous sans problème à la même louche. « Prends la poche ! Passe moi donc la poche ! » Par la suite, ceux qui avaient un puits personnel ont fait installer une pompe électrique : l'eau arrivait alors sous pression sur la pierre d'eau. Quelle modernité !
Cette situation dura encore quelque temps après la guerre de 39-45, jusque dans les années 1950. Ce n'est qu'à cette époque que la conduite d'eau courante fut installée à Hesse. Les Hessois auraient pu bénéficier de l'adduction d'eau potable bien plus tôt s'ils n'avaient pas refusé l'offre du village d'Imling. La conduite d'eau à Hesse, c'était un peu comme l'Arlésienne : on en parlait beaucoup, mais on ne la voyait pas arriver ! C'était avant la guerre, disons dans les années 36/37 par là. La commune d'Imling avait un projet, avec Kerprich-aux-bois et Diane- Capelle, je pense. Ils ont demandé si Hesse voulait faire partie de ce groupement. Or une forte partie du Conseil municipal de l'époque n'a rien voulu entendre et a rejeté en bloc ce projet imlingeois : à Hesse, on avait une source, celle de Vespack, et c'est cette source-là qu'il fallait utiliser pour l'adduction d'eau potable. Point final ! Et puis, l'adduction d'eau potable, c'est une modernité qui coûte très cher ... attendons encore un peu et réfléchissons bien !
Puis en 1939 survint la guerre ... et l'après-guerre ... et ce n'est que près de 20 ans après la proposition faite par Imling que l'eau courante devait arriver au village de Hesse. On était alors en 1957, l'année où je me suis marié : je me souviens que le jour de mon mariage, il y avait dans le village des tranchées ouvertes pour la conduite d'eau.
Hesse n'a pas voulu faire partie du projet d'Imling, mais Imling a construit son château d'eau sur le ban de Hesse ! En haut de la côte, là où il y a actuellement la grande antenne. Il a été mis là, parce qu'il fallait un endroit en hauteur, le plus haut possible, de manière à ce que l'eau puisse être refoulée jusqu'à Kerprich-aux-bois. La municipalité de Hesse n'avait pas besoin d'être d'accord avec cet état de fait : les propriétaires du terrain ont vendu cette parcelle, un point c'est tout !
Quand il y avait eu la proposition d'Imling, l'agent-voyer(1) était venu à
Hesse pour présenter le projet. Le Charles Grosse était alors maire de Hesse(2). L'agent-voyer s'était pourtant fait insulter par certains membres du Conseil municipal, qui voulaient absolument que la source de Vespack approvisionne Hesse en eau potable. Il est parti en disant : « Les Hesse feront leur conduite d'eau quand ils voudront et comme ils voudront, mais ça se fera sans moi. Je ne viendrai jamais à Hesse surveiller les travaux. »
On paie encore aujourd'hui les frais de ces manières malpolies ! Quand la
conduite d'eau potable s'est faite, les tuyaux n'ont pas été posés sur du sable ... Alors, quand un affaissement se produit, les petits cailloux sur lesquels reposent les tuyaux les font claquer. Voilà les conséquences actuelles du manque de vue à long terme du conseil municipal de l'époque. agent voyer en tournée
A peu près à la même époque, peut-être quelques mois plus tard, envoyée par le Génie rural, il était venu à Hesse une grosse pompe pour tester le débit de la source de Vespack. Les essais ont été faits pendant une période de grosses pluies : le débit était inépuisable ! Mais, comme la source n'est pas profonde, l'eau était chargée de terre, toute brouillée. Cette eau n'a pas été reconnue valable. Interdiction de boire cette eau ! Pas de conduite d'eau potable à partir de Vespack !
Après guerre, le Jean-Baptiste Marcel, qui était alors maire(3) s'est déplacé jusqu'à Paris pour défendre le dossier de la conduite d'eau potable de Hesse. Le village était sur une liste d'attente. Je ne sais pas ce qu'il leur a apporté, des jambons ou du schnaps, toujours est-il que le dossier s'est retrouvé sur le dessus de la pile. Il disait souvent, quand il venait bavarder avec mon père : « Ça m'a coûté cher l'histoire-là! »
Le temps que tout le dossier soit monté ... les travaux ont fini par se faire dans les années 1956 / 1957. Le Charles Grandhomme, le père du Pierre, était alors maire(4) . La ville de Sarrebourg a vendu à Hesse une partie de l'ancienne conduite d'eau qui alimentait la ville. Cette eau venait de Saint Quirin. Sarrebourg avait réalisé une nouvelle conduite, avec de l'eau venant des Deux-Rivières, dans la vallée de la Sarre, près de la route qui mène au Grossmann. Donc Sarrebourg a consenti à vendre une partie de son ancienne conduite d'eau. Il y a eu un compteur d'eau sur cette conduite menant à Sarrebourg, un compteur général pour le village, placé à l'embranchement de la conduite de Hesse.
HESSE-INFOS N° 37 / Janvier 2010 page 14Alors chaque maison a dû faire installer l'eau courante chez soi. Les Hessois n'ont guère eu le choix : ils ont été avisés que les fontaines seraient supprimées dès que l'eau coulerait au robinet ! Les travaux faits jusqu'au compteur individuel ont été pris en charge par la commune. Ce qui explique que c'est toujours encore comme ça de nos jours : avant le compteur individuel, les travaux à faire sur la conduite sont à la charge de la commune. Et les fontaines n'ont plus coulé : un bouchon a été mis à l'entrée des tuyaux. Une page tournée !
Quand on pense qu'à cette époque, il y a donc un peu plus de 50 ans, les maisons n'avaient pas les commodités : pas de toilettes à l'intérieur ! Certains avaient une petite cabane au fond du jardin, comme le chante Francis Cabrel ; les autres avaient une planche trouée installée dans un coin de l'écurie ou bien s'accroupissaient simplement sur la litière des vaches pour faire leurs besoins. Pas question de papier doux de couleur rose : un bout de journal faisait l'affaire ! La salle de bains
n'existait pas : la toilette se faisait dans la cuisine, une cuvette remplie
d'eau posée sur la pierre d' eau. L'eau courante a révolutionné la vie des
gens. Le confort est peu à peu entré dans les demeures : il suffisait de
tourner le robinet pour avoir de l'eau à l'évier. Les sanitaires avec chasse
d'eau ont petit à petit fait leur apparition, de même que les salles d'eau
avec une baignoire ou une douche. La machine à laver le linge est venue
aider la ménagère, lui épargnant les longues stations au lavoir du canal. ancienne pierre d' eau
Le linge a été longtemps lavé au canal. Ça a encore duré un moment avant que cette habitude ne se perde. Il y avait encore quelques personnes âgées, les irréductibles, qui allaient au lavoir du canal avec leur petite charrette remplie de linge qui avait été bouilli à la maison ! L'eau du canal était une bonne eau pour le linge, disaient-elles ! Puis le lavoir a été enlevé du bord du canal.
Heureusement que la source de Vespack n'a pas été utilisée ! Il n'y aurait jamais eu assez d'eau pour fournir toutes les maisons de Hesse !
Puis les fontaines ont été enlevées, ou enfouies sous terre ! Par exemple, la fontaine à côté de chez Andrès, qui avait des marches pour y accéder, a été enfouie sous des gravats, les trois auges y compris ! Puis on y a mis de la terre, qu'on a égalisée. A cette époque, on n'était pas tendre avec les vieilles pierres, vestiges des temps anciens, et je regrette la disparition de ces fontaines.
Autrefois, moi je ne l'ai pas connu, il y avait un savé à Hesse : un endroit où les chevaux étaient lavés, et où ils reposaient leurs jambes après les travaux des champs. Le savé était situé près du jardin de la maison Dauffer, entre la grand' route et le jardin. Il était alimenté par la fontaine qui était en contrebas de la maison Martin. Il y a des villages qui ont gardé cet endroit, et ils ont bien fait ! A Hesse, tout a été enlevé et détruit ... c'est bien dommage !
1) Fonctionnaire qui était chargé des questions de voirie
2) Charles Grosse, maire de 1931 à 1945
3) J-Baptiste Marcel, maire de 1945 à 1953, puis de 1959 à 1965
4) Charles Grandhomme, maire de 1953 à 1959
HESSE-INFOS N° 37 / Janvier 2010 page 15