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Arrêté - Préfecture - Guyane - Avis CNPN Hydrogen Competence Center CNES
Document publié le Mardi 31 mars 2026
Lien du pdf (Arrêté - Préfecture - Guyane - Avis CNPN Hydrogen Competence Center CNES)
Thèmes du document : Animaux, Environnement, Changement climatique,
AVIS DU CONSEIL NATIONAL DE LA PROTECTION DE LA NATURE
art. L411-1 et L411-2 du livre IV du code de l’environnement
Référence Onagre du projet : n° 2026-01-18-00012 Référence de la demande : n° 2026-00012-031-001
Espèces protégées concernées
Selon les documents Cerfa produits, la demande de dérogation porte d’une part sur la destruction
et la perturbation intentionnelle de 5 espèces d’oiseaux protégés. D’autre part, la demande de
dérogation porte sur la destruction, l’altération ou la dégradation de sites de reproduction de 1
reptile, 1 amphibien et 1 oiseau protégés.
Contexte
Le projet correspond à une opération d’installation de Station de Distribution d’Hydrogène Vert de
Kourou (SHK) et de Centre de maintenance hydrogène (HCC) au sein du centre spatial guyanais.
Raison impérative d’intérêt public majeur
Le projet participe à la décarbonation nécessaire des activités du centre spatial et s’inscrit dans
plusieurs politiques publiques nationales et européennes.
A ces titres, le projet peut être considéré comme relevant d’une RIIPM.
Absence de solution alternative satisfaisante
L’analyse présentée aux pages 12 à 16 démontre d’une recherche de sites alternatifs par le porteur de
projet pour l’installation des infrastructures selon les contraintes posées par le projet et notamment
celle de pouvoir être accessible sans badge même en phase de chronologie et présentant un
caractère naturel dégradé.
Considérant le site retenu, le CNPN valide le choix du moindre impact environnemental.
Etat initial
L’étude naturaliste réalisée sur le site du projet examine les thématiques écologiques requises dans le
cadre d’une demande de dérogation à la réglementation sur les espèces protégées, notamment les
périmètres de protection, la faune, la flore et les habitats. On regrettera l’absence d’évaluation des
fonctionnalités écologiques qui rejoint le point suivant.
Aires d’études
Seule l’aire d’étude immédiate est explorée ce qui interpelle sur la méthode déployée. Aucune
approche à une échelle plus large (ce qui est appelé aire rapprochée n’est pas efficace) n’est pensée
ce qui aurait permis une mise en perspective des dynamiques en cours dans ce territoire sous
pression.
Dénomination du projet : Hydrogen Competence Center (HCC) et Station Hydrogène Kourou (SHK)
Demande d'autorisation environnementale - Date de mise à disposition : 12/12/2025
Lieu des opérations : - Département : Guyane - Commune : 97310 Kourou
Bénéficiaire : CNES
MOTIVATION OU CONDITIONSEffort d’inventaire
Huit passages sur site ont été réalisés entre avril 2023 et juillet 2024 ce qui est proportionné au regard
du site, de sa superficie et configuration (même si des espèces communes n’ont pas été contactées
et peuvent interroger sur la pression globale d’inventaires). L’étude s’appuie utilement sur le site
www.faune-guyane.org pour compléter l’état initial.
Évaluation des enjeux
Les habitats concernés par le projet et la dérogation ne présentent pas d’enjeux particuliers et sont
qualifiés de négligeables (routes notamment) à faibles (forêts marécageuses et secondaires
dégradées, milieu ouvert sur sables blancs artificiel). Le CNPN rappelle qu’aucun milieu ouvert sur
sable blanc ne peut être considéré comme sans enjeu, d’autant qu’il est très vraisemblable que ces
habitats aujourd’hui en partie arborés représentaient des zones de lisières de savanes arbustives
avant l’implantation du Centre Spatial.
194 espèces végétales ont été trouvées ce qui illustre bien le caractère dégradé du site et sa faible
superficie. 8 présentent des enjeux considérés comme modérés et 4 comme faibles. Toutes sont des
espèces de savane, à l’exception de Mendoncia crenata et Odontadenia puncticulosa, qui sont des
lianes en lisière forestière.
9 espèces d’amphibiens ont été contactées, parmi lesquelles une espèce est protégée avec son
habitat, déterminante ZNIEFF et classée en danger (EN) d’extinction sur la liste rouge régionale Rinella
merianae.
2 espèces de reptiles ont été contactées, dont l’une est protégée avec son habitat et classée en
danger (EN) d’extinction sur la liste rouge régionale Erythrolamprus cobella.
L’absence de lézards révèle un déficit de pression de prospection.
33 espèces d’oiseaux protégés ont été inventoriées, dont 7 présentent des enjeux de conservation
Herpetotheres cachinnans et Charadrius collaris. Une très faible liste d’espèces qui est le reflet à la fois
de la taille et configuration du site, mais qui s’explique également par la faible pression d’observation
(2 jours) et par le fait qu’aucune aire rapprochée (au sens fonctionnel du terme) n’ait fait l’objet
d’investigation, réduisant et simplifiant de façon grossière l’usage qui est fait de cette zone par des
espèces mobiles.
Concernant les mammifères autres que chiroptères, l’inventaire n’est pas satisfaisant. Les données
bibliographiques excluent les données postérieures à 5 ans alors que pour l’ensemble des autres
taxons un choix raisonnable de 10 ans a été appliqué sans expliquer ce choix contestable. En outre,
l’absence d’inventaire à une échelle fonctionnelle pour ces espèces au-delà de l’aire immédiate
invisibilise des espèces telles que le jaguar, le grand fourmilier, ou encore les différents singes qui
utilisent le secteur. Ces espèces doivent rejoindre la liste des espèces potentielles.
Concernant les chiroptères, le même biais est constaté. La diversité spécifique est considérée comme
modérée et est expliqué par la petite surface de l'aire d'étude ce qui n’est pas satisfaisant. 15 espèces
ont été recensées dont 3 qui présentent des enjeux de conservation Saccopteryx canescens,
Diclidurus scutatus et Peropteryx kappleri.
L’absence de réflexion à la bonne échelle est pénalisante dans cette étude, renforcée par l’absence
d’appréciation des continuités écologiques ce qui conduit à fortement réduire à la fois les espèces
concernées et la nature et l’intensité des impacts attendus.
Évaluation des impacts bruts potentiels
Considérant la description de l’état initial comme étant malheureusement simplifiée, le CNPN ne
partage pas totalement l’analyse présentée qui consiste à essentiellement mettre en avant la faiblesuperficie du projet et le caractère « dégradé » de celui-ci. Même s’il reconnait que le choix du site,
qui ne s’implante pas sur un espace naturel isolé, permet de réduire significativement les impacts en
considérant ce secteur comme ayant vocation à servir prioritairement le développement de la base
spatiale et de ses infrastructures.
Impacts cumulés
L’évaluation des impacts cumulés du projet est abordée mais aucune synthèse ni conclusion n’en est
tirée pour accompagner le dimensionnement de la compensation. L’exercice doit être mené avec
rigueur.
Mesures d’évitement et de réduction
Les mesures de réduction n’appellent pas de remarques particulières et devront toutes être
explicitement décrites dans l’arrêté d’autorisation environnementale et déployées par le maitre
d’ouvrage.
Mesures de compensation
Le CNPN rappelle au bureau d’étude que dans les critères d’éligibilité d’une mesure compensatoire
p77, il conviendrait de bien détailler les critères suivants qui ne le sont pas explicitement ;
• Les continuités et fonctionnalité écologiques,
• La proximité temporelle et
• La plus-value écologique (efficacité).
Il est proposé d’appliquer une méthode surfacique pour compenser sur la base des habitats impactés
et non sur les espèces concernées. Ce choix s’entend au regard de la configuration du site.
Selon les appréciations du bureau d’étude, le besoin compensatoire est de 2.2 ha sur la base des 1.37
ha détruits. L’approche présentée reste très simplifiée.
La mesure compensatoire est celle au sein de laquelle l’ensemble des projets qui se développent sur
le CSG sont déposées. Une ORE de 909 ha à l’extrême ouest du site du CSG.
Cette approche, plusieurs fois commentée par le CNPN dans ses précédents avis, montre des limites
d’efficacité si l’on se réfère aux critères d’éligibilité évoquées en amont. Le site est présenté comme
abritant l’ensemble des habitats et espèces concernés par ce projet.
D’un point de vue concret et opérationnel, la mesure compensatoire consiste à financer 1000€/an
pendant 20 ans un site en ZNIEFF de type I, sans aucune présentation d’éventuelles mesures de
gestion qui viendraient à l’appui de la nécessité de la création ou restauration d’habitats qui seront
détruits, permettant ainsi d’espérer voir s’y développer de nouveaux spécimens d’espèces protégées
concernées par la dérogation. Sauf erreur du CNPN, cette ORE ne dispose toujours pas d’un plan de
gestion... On ne compense pas de la perte de nature par un chèque dans un pot commun.
En outre, il est évalué dans l’ORE en question un cout de gestion de 55€/ha ce qui est
incompréhensible en l’état et n’est certainement pas représentatif du coût lié à la destruction d’un
espace naturel et des services rendus qui n’est ici pas calculé.
Sur un projet de cette nature et surface, il ne semble pas avoir été pensé de projets de
désartificialisation au sein du CSG ou en périphérie, ou encore de restauration ou renaturation
d’espaces réellement dégradés sur cette partie de la commune de Kourou. Une telle approche,
répondant parfaitement à l’esprit et aux exigences de la compensation, doit faire partie de scénarios
à étudier sérieusement si l’on souhaite réellement monter en gamme sur la compensation en Guyane
et ne pas céder à une certaine simplicité et en bout de course à la difficulté d’atteindre l’objectif
d’absence de perte nette de biodiversité comme le demande le code de l’environnement.Aujourd’hui, une des fortes priorités au sein du CSG est d’intervenir contre la disparition des savanes
par l’embroussaillement dû à l’abandon des feux de savane. Des savanes embroussaillées sont
nombreuses à proximité de ce projet, et pourraient être « traitées » ainsi sans rentrer dans l’ORE (mais
en devenant quand même de la mesure compensatoire). Ce projet rate cette occasion ce que le
CNPN déplore.
Les mesures d’accompagnement n’appellent pas de remarques particulières du CNPN.
Conclusion
Le CNPN souligne l’effort de recherche d’un site de moindre impact environnemental sur un secteur
soumis à diverses pressions. La réduction de l’impact sur la zone humide au sud du projet participe à
cet effort et nécessite de pouvoir s’assurer qu’elle ne fera pas l’objet de dégradation futures.
Concernant la prise en compte des enjeux de biodiversité au sein de la zone, le CNPN regrette la
simplification empruntée qui ne met aucune mise en perspective de ces enjeux. L’absence d’analyse
à la bonne échelle prenant en compte les trames et fonctionnalités nuit à la qualité du dossier et
affaibli la prise en compte des intérêts des espèces et habitats naturels.
Même pour de tels projets modestes en taille et impacts, et même pour des espèces protégées
considérées comme communes, il est attendu de pousser un peu les analyses et propositions. Une
des responsabilités collectives et de veiller à ne pas aboutir, en banalisant la biodiversité commune,
à contribuer à sa raréfaction. Et notamment dans ces zones sous pressions.
Enfin, et dans le prolongement du constat d’un déficit de réflexion globale sur la compensation, il est
vivement regretté le choix fait de compenser de la perte nette d’habitat naturel, support d’espèces
protégées, par le transfert financier d’une somme au calcul opaque et contribuant à décrédibiliser la
démarche (55€/ha, soit un besoin net de 121€ pour les 2.2 ha détruits du projet). La somme est
tellement peu représentative que le maitre d’ouvrage propose de la porter à 1 000€ (pourquoi pas
10 000€ ou 100 000€ … ?) et surtout pour en faire quoi ? En tout état de cause, un hectare détruit ne
vaut pas 55€.
Cette approche, si elle peut peut-être s’entendre pour les grands projets développés dans le CSG qui
impactent d’importantes surfaces, ne s’avère ni sérieuse ni efficace pour ce projet.
Ainsi, au regard de l’ensemble des éléments rapportés ci-dessus, le CNPN rend un avis favorable sous
condition de reprendre la mesure compensatoire :
• Abandonner la proposition actuelle qui ne compense rien, ni la perte des habitats, ni des
espèces, ni la zone humide et ne permettant pas d’approcher les standards attendus de la
compensation et encore moins d’atteindre l’objectif d’absence de perte nette de
biodiversité ;
• A court terme, une renaturation selon les besoins de 2,2 ha sur le site du CSG
(désimperméabilisation de pistes, contribution à la réouverture de savanes face aux
dynamiques de fermeture dans un secteur proche du Centre Technique (très dégradé),
fermetures de pistes en savanes, réduction de certaines pressions sur les milieux naturels
comme les passages des chenilles ou autres engins militaires au cœur des savanes sensibles…) ;
• Investiguer avec la commune, voir la CCDS, les opportunités de restauration ou renaturation
d’un espace actuellement dégradé qui permettrait d’envisager une alternative à l’ORE pour
cette typologie de projets. Une réflexion au-delà du CSG pourrait le cas échéant faire émerger
l’opportunité de création d’un SNCRR ? Comme il l’a été déjà proposé dans de précédents
avis, le CNPN se tient à la disposition du CSG et de la DGTM pour une séance de travail autour
du sujet de la compensation environnementale des projets qui se développent sur la base
spatiale.Le CNPN souhaite être destinataire d’un point d’étape de ces démarches dans les 6 mois qui suivent
cet avis.
Par délégation du Conseil national de la protection de la nature :
Le Président de la commission espèces et communautés biologiques : Nyls de Pracontal
AVIS : Favorable [_] Favorable sous conditions [X] Défavorable [_]
Fait le : 13/03/2026 Signature :