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unknown - Communauté d'agglomération - Pays Basque - OJ 46 A
unknown - Communauté d'agglomération - Pays Basque - OJ 46 ANNEXE 2 PLU Urrugne APPROB annexe 13 livreblanc
Document publié le Samedi 1 janvier 2022
Lien du pdf (unknown - Communauté d'agglomération - Pays Basque - OJ 46 ANNEXE 2 PLU Urrugne APPROB annexe 13 livreblanc)
Thèmes du document : Aménagement du territoire, Culture et patrimoine, Logement,
1
LIVRE BLANC
POUR UNE EVOLUTION
ARCHITECTURALE
DU SUD PAYS BASQUE3
A NOTER : Ce document n’est ni une charte architecturale, ni un cahier de recommandations ou de prescriptions
architecturales. Il ne relève d’aucune procédure règlementaire, il n’est donc pas opposable aux tiers. Il s’agit d’un outil de
travail et d’aide à la décision destiné aux élus du territoire Sud Pays Basque pour l’évaluation des projets de construction et
d’aménagement qui leur sont soumis.
ÉDITORIAL
En 2016, la Communauté d’Agglomération
Sud Pays Basque et sa commission culture
interpellées par la multiplication sur leur
territoire de nouveaux bâtiments, notamment de
logements collectifs, relevant d’une architecture
contemporaine de type international, ont
souhaité engager les élus de ses douze communes
membres dans une réflexion collective sur les
effets d’un tel phénomène en termes d’image et
de notoriété du Pays Basque.
Le Livre blanc qui vous est présenté est le fruit de
notre réflexion d’élus, accompagnés par le CAUE
(Conseil d’Architecture d’Urbanisme et
de l’Environnement) des Pyrénées Atlantiques.
Son but est de sensibiliser les acteurs publics et
privés sur l’évolution telle que nous l’imaginons
de l’architecture locale de notre territoire et de
proposer une stratégie commune en matière
d’identité architecturale à l’échelle du territoire
Sud Pays Basque.
Nous nous sommes posés la question de
l’identité du territoire sachant que
d’après nous :
- L’identité du Pays Basque passe par son
architecture au même titre que sa langue
- L’architecture est une composante à part
entière de la culture basque
- Les habitants sont majoritairement très
attachés à la forte identité de ce territoire qui
participe à la qualité de leur cadre de vie
- La banalisation et en particulier le non
localisation de l’architecture, peuvent
conduire à une perte d’authenticité du
territoire et susciter moins d’intérêt de la
part de ceux qui y vivent comme de ceux
qui le visitent.
- Le tourisme est l’une des principales activités
du Pays Basque et il faut veiller à protéger le
cadre bâti qui en est l’un des principaux supports
Nous avons réfléchi ensemble à la question de
la création contemporaine et à l’intégration
des nouveaux bâtiments dans un contexte de
valorisation de l’identité du territoire.
Le 1er janvier 2017, est née la Communauté
d’Agglomération Pays Basque (C.A.P.B) de
la fusion des dix intercommunalités du territoire
dont l’Agglomération Sud Pays Basque, c’est
pourquoi elle souhaite rendre compte des
réflexions et des projets initiés précédemment
par les élus intercommunaux.
Nous souhaitons que ce travail accompli puisse
ultérieurement nourrir de nouvelles réflexions
à cette plus grande échelle.
Espérant qu’il apportera des éléments utiles à
ceux qui s’intéressent à notre architecture locale,
Avec nos meilleurs sentiments.
Odile de Coral, maire d’Urrugne
Ex Vice-Présidente en charge de la culture et du
patrimoine architectural et naturel de la CASPB5 4
SOMMAIRE
LA PLACE DE L’ÉLU
DANS LE PROCESSUS
DE PRODUCTION DU
CADRE BÂTI
L’architecture : un art particulier à plusieurs égards
Les différents acteurs du processus de production du cadre bâti :
le rôle de chacun
• LE COMMANDITAIRE
• L’ARCHITECTE
• L’ÉLU
pages 8 à 12
01 L’IDENTITÉ
1.1 S’ancrer dans le paysage basque
en utilisant ses identifiants, marqueurs
et codes de l’architecture labourdine
1.2 Préserver l’image soignée du bâti
en évitant les matériaux qui vieillissent
mal et en veillant à la bonne intégration
de certains éléments techniques
pages 17 à 23
LES OBJECTIFS
DE CE LIVRE
• Valoriser l’identité architecturale du territoire • Permettre la création architecturale
• Garantir la qualité de vie de chacun • Conforter l’attractivité touristique
page 15
Page 15
LE TERRITOIRE
SUD PAYS
BASQUE
TEL QU’IL
EST PERÇU
PAR LES ÉLUS
pages 13 à 14
CONCLUSION Après le livre blanc : concertation entre élus,
architecte et commanditaire
page 41
À PROPOS
DES AUTEURS
page 43
ANNEXES
• Les questions à se poser ensemble • Lexique — Vocabulaire
page 42
04 LA MODERNITÉ
pages 39 à 40
03 LA DENSITÉ
3.1 Privilégier les projets qui prennent en
compte les modes de vie locaux
3.2 Améliorer l’habitat collectif
3.3 Mieux composer les lotissements
d’habitat individuel dense
3.4 Inventer des formes d’habitat
intermédiaire en harmonie avec
le cadre bâti existant
Pages 35 à 38
02 L’HARMONIE
2.1 Établir une relation d’harmonie entre
le cadre bâti existant et les bâtiments
contemporains en réfléchissant à l’échelle du
site et non de la parcelle
2.2 Limiter l’impact des bâtiments de
logements collectifs en fractionnant
volumes et façades
2.3 Limiter l’impact des bâtiments économiques
en privilégiant les opérations d’ensemble et en
proposant systématiquement en accompagnement
un projet d’aménagement paysager
2.4 Limiter l’impact des bâtiments agricoles en
travaillant l’inscription dans le site à plusieurs
échelles : grand paysage, exploitation et bâtiment
pages 25 à 346 7
La rédaction du livre blanc est issue d’une réflexion collective qui
a permis de :
• préciser le rôle de l’élu dans le processus de production du cadre bâti ;
• proposer aux élus des critères d’évaluation pour analyser les projets qui leur sont soumis ;
• construire un discours commun constituant un véritable socle garant de la préservation de l’harmonie entre ancien, porteur
d’image et d’histoire, et contemporain, porteur d’évolution et
d’avenir, sur lequel s’appuieront les différentes communes pour
élaborer leur stratégie en matière d’architecture contemporaine.
À partir de ce socle commun, chaque commune pourra développer
des outils qui lui seront propres en fonction de la spécificité de
son territoire (cahier de recommandations, charte architecturale
et paysagère, article 11 du PLU, fiche d’analyse des projets etc.).
Cette démarche s’est déroulée en trois étapes :
• des ateliers de réflexion entre élus du territoire de l‘Agglo Sud Pays Basque ;
• 2 débats avec les parties prenantes du cadre bâti et du tourisme complétés par l’envoi d’un questionnaire ;
• des ateliers d’élus pour l’élaboration du contenu du livre blanc ;
L’Agglomération Sud Pays Basque a été accompagnée dans cette
démarche par le Conseil d’Architecture d’Urbanisme et de
l’Environnement des Pyrénées-Atlantiques.
Dans un contexte de valorisation de l’identité
architecturale du territoire Sud Pays Basque,
la question de la création contemporaine et de
l’intégration des nouveaux bâtiments se pose.
OBJET
DU LIVRE BLANC
architecture contemporain
image
authenticité commanditaire
NOTORIETE CULTURE ancien nouveau identité tourisme
Visiter vivre cadre bâti histoire évolution avenir création
BANALISTATION
ANALYSE
élu
architecte
PRESERVER PROTEGER
intégration évaluation projet
INTERNATIONAL
NON LOCALISATION8 9
Par définition, l’architecture est un art :
« L’architecture est l’art de concevoir et de réaliser des lieux destinés
à offrir aux êtres humains les conditions optimales de bien-être dans
leurs activités. »
Dans la tradition académique occidentale, elle est reconnue comme
faisant partie de l’ensemble des disciplines artistiques qualifiées de
« beaux-arts » qui sont des arts plastiques « visant à l’expression sen-
sible du beau », confirmé par Hegel au xixe siècle, dans son classe-
ment en première position dans la liste des cinq arts majeurs et au
xxie siècle dans la liste des neuf arts.
Cet art peut être pratiqué par un professionnel, l’architecte, mais
aussi par un amateur quand pour des réalisations modestes (dans la
limite de 150 m²) ou simples comme les maisons d’habitation ou les
bâtiments agricoles, le maître d’ouvrage a la possibilité de se faire
maître d’œuvre.
LA PLACE DE L’ÉLU
DANS LE PROCESSUS
DE PRODUCTION
DU CADRE BÂTI
L’architecture :
un art particulier
à plusieurs égards
art beaux-arts
contraintes
amateur
NOUVEAUX classique environnement fonction commande
regard
tous
durée
espace public
ville paysage
activité
ANALYSE
concept
architecte
concevoir réaliser
établissements humains
BIEN ÊTRE
PROFESSIONNEL
Il n’en demeure pas moins un art particulier à plusieurs égards :
• l’architecture est un art de contraintes qui doit intégrer des règles administratives, juridiques, techniques, financières, des règles de
construction empiriques ou scientifiques, ainsi que des concepts
esthétiques, classiques ou nouveaux, de forme et d’agencement
d’espaces, en y incluant les aspects sociaux et environnementaux
liés à la fonction de l’édifice et à son intégration dans l’environne-
ment, quelle que soit cette fonction : habitable, sépulcrale, rituelle,
institutionnelle, religieuse, défensive, artisanale, commerciale,
scientifique, signalétique, muséale, industrielle, monumentale,
décorative, paysagère voire purement artistique ;
• l’architecture est uniquement un art de commande à la différence d’autres arts : l’artiste doit répondre aux souhaits, besoins et
contraintes formulés par le commanditaire qui finance le projet ;
• l’architecture est un art de l’espace qui impacte l’environnement et doit composer avec le contexte dans lequel il s’inscrit. Ce sont
les architectures qui par leur accumulation, leur juxtaposition,
leur combinaison, leurs articulations et leur dialogue, et par la
façon dont elles s’organisent pour constituer l’espace public qui
façonnent la ville, entrent dans la composition du paysage et
donnent du sens aux établissements humains ;
• l’architecture est un art qui, contrairement aux autres disciplines, s’impose au regard de tous : habitants et usagers, passants,
touristes et visiteurs ;
• l’architecture est un art qui s’inscrit dans la durée. Les constructions sont faites pour durer des décennies, voire plusieurs siècles. Elles
s’imposent à plusieurs générations.
Toutes ces particularités font que l’architecture ne peut pas exister
du seul fait de l’artiste et de son commanditaire. Sa production doit
s’inscrire dans un processus de concertation et de validation par
la collectivité dont les élus sont les représentants et qui par là, en
deviennent une des parties prenantes. Pour remplir cette fonction,
ils peuvent bien entendu se faire épauler par des professionnels,
architectes ou techniciens mais n’en demeurent pas moins
responsables et titulaires de la délégation de leurs concitoyens.
Les élus de Sud Pays Basque entendent pleinement jouer ce rôle et
pour cela, ils ont souhaité construire un outil commun d’évaluation
qui leur permettra, sur la base des critères qui leur paraissent les
plus caractéristiques de leur territoire, d’évaluer les projets qui leur
sont présentés et d’échanger avec leurs conseils et les autres parties
prenantes.10 11
LES DIFFÉRENTS
ACTEURS DU
PROCESSUS DE
PRODUCTION
DU CADRE BÂTI :
LE RÔLE
DE CHACUN
Pour que l’œuvre architecturale puisse être réalisée, l’intervention
de trois acteurs est nécessaire : le commanditaire, l’architecte et
l’élu.
LE COMMANDITAIRE
Le commanditaire est à l’origine du projet. C’est lui qui en a l’initiative.
En tant que maître d’ouvrage, il en définit le programme, le coût
et la localisation. Le programme est souvent exprimé en termes
quantitatifs et fonctionnels. Il est rare que le maître d’ouvrage
intègre dans sa démarche les valeurs d’intérêt public.
Soit il s’agit d’un maître d’ouvrage particulier et le projet est souvent
pensé comme isolé de son environnement, en rapport avec ses
besoins et ses goûts esthétiques ; soit il s’agit d’un maître d’ouvrage
professionnel et le projet répond à des logiques de marché. Il est la
plupart du temps défini par rapport à la fonction, à l’usage et aux
performances souhaitées au regard du marché potentiel.
C’est le commanditaire qui choisit l’architecte qui sera
chargé de proposer une traduction architecturale de la commande,
en la transformant en un objet cohérent, porteur de sens aussi bien
du point de vue du site et de la réglementation en vigueur que de
celui des usages.
acteurs cadre bâti
localisation ORIGINE intérêt public coût programme
commanditaire
MAÎTRE D'OUVRAGE
L’ARCHITECTE
« L’architecte est celui qui, maître en l’art de bâtir, conçoit et anime les
lieux où passe et séjourne l’homme. »
Définition arrêtée en 1947
par l’Union Internationale des architectes
« L’architecte est la personne à qui est confiée la responsabilité de
concevoir les espaces destinés aux activités humaines .»
Commission européenne
L’architecte produit, dans un environnement donné, des espaces
nouveaux ou transforme des bâtiments existants, à partir de
matériaux et de techniques diverses pour répondre à la commande
du maître d’ouvrage.
La mission de l’architecte est celle de la maîtrise d’œuvre : elle
consiste à assurer la conception architecturale de l’ouvrage et son
insertion dans l’environnement, à en définir les éléments constitutifs
pour une bonne exécution et en diriger, en principe, la réalisation.
C’est le commanditaire qui arrête le projet sur la base des
propositions de l’architecte.
« C’est de la responsabilité de l’élu d’édicter les règles
applicables sur le territoire pour permettre d’une part
à la création architecturale de s’exprimer et d’autre
part les droits des tiers. L’architecture est l’expression
d’une société et de ses valeurs. Elle ne peut exister
qu’à travers des règles en particulier urbaines qui
organisent la vie des citoyens. »
Commission européenne
architecte maîtrise d'oeuvre
réalisation PROPOSITIONS
exécution
insertion
choisir
CONCEPTION12 13
L’ÉLU
L’architecture est un art qui s’impose au regard de tous. Elle n’est
pas réservée au seul usage particulier de l’usager, elle s’inscrit
nécessairement dans l’espace collectif.
« L’architecture est une expression de la culture. La création
architecturale, la qualité des constructions, leur insertion harmonieuse
dans le milieu environnant, le respect des paysages naturels ou urbains
ainsi que du patrimoine sont d’intérêt public. Les autorités habilitées
à délivrer le permis de construire ainsi que les autorisations de lotir
s’assurent, au cours de l’instruction des demandes, du respect de cet
intérêt. »
Loi sur l’architecture du 7 janvier 1977
En tant qu’« autorité habilitée à délivrer le permis de construire »
c’est la loi qui fait de l’élu le « garant du respect de l’intérêt
public ». C’est à ce titre qu’il intervient dans le processus de
production du cadre bâti. Selon l’évaluation qu’il fait du projet
proposé par le commanditaire et l’architecte, il accorde ou pas
l’autorisation de construire.
Pour mener à bien cette évaluation, l’élu doit procéder à une analyse
du projet qui lui est proposé.
- Le commanditaire, en tant que maître d’ouvrage, est à
l’initiative du projet et définit le contenu du programme,
le budget, le calendrier et finance l’opération.
- L’architecte et son équipe technique répondent à
la commande du maître d’ouvrage, proposent une
transcription architecturale du programme et assurent la
maîtrise d’œuvre, de la conception de l’édifice au suivi de
sa réalisation.
- L’élu réprésentant l’intérêt collectif, délivre le permis de
construire et, à ce titre, est le garant de l’intérêt public.
EN RÉSUMÉ
architecte
art
respect
PROCESSUS
projet
collectif
évaluation
ESPACE LE TERRITOIRE SUD PAYS BASQUE
TEL QU’IL EST PERÇU
PAR LES ÉLUS
Le Sud Pays Basque localisé à l’extrême ouest du Pays Basque et de
la province du Labourd est un territoire :
• où il fait bon vivre et qui est très prisé autant pour l’habitat per- manent que pour le séjour touristique ;
• qui se situe entre mer et montagne. Il a un caractère rural très marqué malgré la présence de « petites villes » et « bourgs » qui restent très proches de la campagne ; la frange côtière, essen- tiellement à cause de sa vocation touristique et de villégiature,
présente une structure urbaine plus dense, tournée vers l’océan ;
• qui offre des paysages globalement verts laissant une très grande place au végétal et à la campagne ;
• où le bâti a un fort impact sur les paysages à cause de son carac- tère globalement dispersé et de l’usage du blanc et des toitures en tuiles qui ponctuent le vert du paysage ;
• qui a su préserver des ensembles bâtis anciens de très grande qualité ;
• dont le bâti typiquement basque participe à la notoriété tou- ristique mais aussi à la qualité du cadre de vie par sa parfaite adéquation au contexte ;
• où la maison, pilier de la société basque ancienne, reste un des fondements culturels et la référence architecturale ;
• dont les maisons, anciennes ou contemporaines, sont toujours mises en valeur, bien entretenues et aux abords soignés ;
• qui ne compte que très peu de bâtiments de grande hauteur ou présentant des gabarits importants.14
Face à ce bilan largement positif pour un territoire où il fait bon
vivre en harmonie avec un environnement relativement clément, il
faut noter quelques points faibles :
• la rupture de l’harmonie du cadre bâti et la banalisation du paysage suscités par certaines opérations dont l’architecture
relève du registre international ;
• l’impact négatif sur le paysage de certains bâtiments ou ensembles bâtis, en raison de leur mauvaise intégration
(volumétrie, gabarit, vocabulaire architectural) ;
• l’identité devenue souvent illisible, notamment dans les zones d’activités ou commerciales, avec des enseignes qui
apportent leurs propres codes et qui brouillent l’identité
locale ;
• le manque de cohérence des projets sur certaines zones d’activité, artisanales ou commerciales ;
• l’appauvrissement et la standardisation des bâtiments agricoles contemporains construits en dehors de l’enveloppe
de la maison ancienne ;
• le manque de qualité de l’habitat collectif notamment au niveau du traitement des abords : l’impasse sur la qualité de
vie des occupants, l’absence de traitement des abords des
logements qui sont pour l’essentiel dévolus au stationnement
des véhicules et recouverts uniformément d’enrobé.
MER MONTAGNE
murs blancs
abords soignés
BÂTI ANCIEN
adéquation au contexte
TOITURES EN TUILES QUALITÉ
activité
ENTRETENU
PAYSAGES VERTS
QUALITÉ CADRE DE VIE
caractère
FONDEMENTS CULTURELS traitement des abords
RURAL
NOTORIÉTÉ TOURISTIQUE
15
LES OBJECTIFS
DE CE LIVRE
Par leur rôle dans le processus de production du cadre bâti, les élus
de Sud Pays Basque entendent :
• Valoriser l’identité architecturale du territoire
• Permettre la création architecturale
• Garantir la qualité de vie de chacun
• Conforter l’attractivité touristique
Pour atteindre ces objectifs les élus se proposent d’analyser les
projets qui leur seront soumis selon quatre axes :
`
• L’IDENTITÉ
• L’HARMONIE
• LA DENSITÉ
• LA MODERNITÉ17
01 L’IDENTITÉ
Tout le monde, habitants, autochtones et nouveaux arrivants,
touristes et visiteurs de passage, apprécient le caractère du
Pays Basque, son identité si forte portée pour une bonne part
par le cadre bâti ; tous souhaitent préserver cette identité par
l’entretien et la mise en valeur des bâtiments existants mais
aussi lui permettre de perdurer, continuer à se développer, et
vivre à travers les constructions contemporaines. L’exercice
est complexe si on veut éviter de tomber dans le pastiche et le
folklorisme mais tout à fait réalisable si on se place dans une
posture de « réinterprétation » en s’appuyant sur quelques
éléments identitaires forts qui feront le lien entre ancien et
contemporain.18 19
1.1 S’ANCRER DANS
LE PAYSAGE
BASQUE :
EN UTILISANT DES
IDENTIFIANTS,
MARQUEURS
ET CODES DE
L’ARCHITECTURE
LABOURDINE
Pour ancrer un nouveau bâtiment dans le territoire et s’inscrire dans
une continuité identitaire, il est toujours possible à la manière du
mouvement néo-régionaliste qui s’est développé dans la première
moitié du xxe siècle, de s’appuyer sur les codes, marqueurs et éléments
du vocabulaire architectural issus de l’architecture vernaculaire.
Le registre du territoire Sud Pays Basque est particulièrement riche et
large compte tenu de tous les éléments issus des différentes maisons
labourdines et des bâtiments situés sur les marges de la Basse
Navarre ou du Guipuzcoa. Il s’agit d’éléments globaux, structurels ou
d’ornementation : volume parallélépipédique, toit de tuiles à deux
pentes, portes, encadrements en bois ou en pierre, linteaux bois ou
pierre sculptés, chaînages de pierre, volets bois, balcons bois, murs
gouttereaux, encorbellements, pans de bois, pannes sculptées, bois
découpés, blanc des maçonneries, couleur des menuiseries…
Les volets en bois peints sont des éléments
de composition importants car ils permettent
une répartition intéressante de la couleur sur
le fond blanc des façades, mais ils ne sont pas
des éléments indispensables. Cependant leur
caractère traditionnel peut venir en contradiction
avec le reste du vocabulaire architectural utilisé
dans un bâtiment de facture moderne. Il convient
alors de trouver d’autres supports pour la couleur.
LA QUESTION DES VOLETS
Pour qu’un bâtiment s’inscrive dans la continuité de l’existant, il n’est
pas nécessaire de réutiliser tous ces éléments.
Trois d’entre eux — volumes, toitures et couleurs — paraissent être
le dénominateur commun pour assurer la continuité entre ancien et
contemporain : volumes parallélépipédiques blancs ancrés dans la
topographie du site, ponctués de couleurs traditionnelles et coiffés
totalement ou partiellement de toits à au moins deux pentes.
Ces trois éléments constituent un socle de base à partir duquel
un travail de réinterprétation peut s’organiser pour répondre aux
contraintes et besoins contemporains. C’est la technique utilisée par
les architectes néo-basques pour répondre aux besoins spécifiques
de l’architecture de villégiature avec introduction des pergolas,
porches, terrasses et baies vitrées inconnues de l’architecture
vernaculaire.20
LA QUESTION DE LA COULEUR
Le rôle de la couleur est traditionnellement important dans la maison labourdine et dans la
maison basque d’une manière générale. Elle se déploie sur trois supports différents :
• les murs et remplissages entre colombages, de couleur blanche caractéristique du lait de chaux qui les recouvrait autrefois ;
• la toiture en tuiles de couleur rouge ;
• les pièces en bois (volets, linteaux, pans de bois, solives, balcons, poteaux, poutres, pannes, chevrons, avant toits, bandeaux, rives, lisses, etc.) sont peints d’une seule et même couleur
: rouge foncé, qualifié de rouge basque ou vert foncé, parfois marron, gris ou bleu pour
certaines communes.
« Le contraste entre les couleurs traditionnelles sombres, certes, mais souriantes et vives sous
le soleil, et le blanc pur et limpide des remplissages entre colombages, confère à la façade
ce rythme très particulier donnant une légèreté insoupçonnée à cette façade massive et
imposante de proportions. »
A. Lassié — Etxea
Ce sont ces palettes de couleurs, ces contrastes et ces modes de répartition qui, utilisés dans
l’architecture contemporaine, peuvent créer un lien avec l’architecture vernaculaire.
21
1.2 PRÉSERVER L’IMAGE
SOIGNÉE DU BÂTI
EN ÉVITANT LES
MATÉRIAUX QUI
VIEILLISSENT MAL
Les Basques ont pour habitude de porter beaucoup d’attention
à l’entretien des bâtiments et notamment de la maison et de ses
abords.
Autrefois le badigeonnage à la chaux était pratiqué une fois par an
par souci de salubrité, pour protéger le bâtiment.
Aujourd’hui les matériaux utilisés (peintures et enduits) ne
nécessitent plus ce genre de pratique, mais les bâtiments gardent ce
caractère soigné grâce à un entretien régulier des toitures, peintures,
vêtures et différents revêtements que les Basques conduisent en
général avec sérieux et assiduité.
Les matériaux naturels, comme le bois, ont fait, depuis quelques
années et souvent dans un contexte d’éco-construction, un retour
en force dans l’architecture contemporaine.22 23
Ces matériaux naturels utilisés sans protection sont très séduisants
au moment de leur installation, mais ils changent inéluctablement
d’aspect en vieillissant. Au fil du temps quand ils sont exposés aux
intempéries, des trainées grisâtres, des salissures et parfois même
des mousses apparaissent de manière inégale sur leur surface. Ils
donnent une image de décrépitude du bâtiment peu en accord
avec le contexte soigné des autres bâtiments. Leur utilisation doit
donc être évaluée avec attention non par rapport au bâtiment lui-
même mais par rapport au contexte. Il sera souvent souhaitable
de proposer des protections permettant une finition plus pérenne
et un entretien soigné comme pour les autres matériaux, plus en
accord avec le contexte culturel du Pays Basque.
Ce travail était souvent réalisé au printemps,
avant une fête religieuse ou familiale importante,
souvent au moment de la fête de Dieu au
mois de juin. Il concernait les murs mais aussi
les pans de bois et les pierres des chaînages
en encorbellements. Il contribuait à donner
au bâtiment un aspect immaculé, « coquet et
pimpant », qui au fil du temps est devenu un des
caractères du cadre bâti basque.
LE BADIGEONNAGE
À LA CHAUX
1.3 PRÉSERVER
L’IMAGE SOIGNÉE
DU BÂTI
EN VEILLANT
À LA BONNE
INTÉGRATION
DE CERTAINS
ÉLÉMENTS
TECHNIQUES
Aujourd’hui, il n’est plus envisageable de remettre en cause
l’utilisation d’énergies renouvelables, même si cela contribue à
modifier l’aspect extérieur des bâtiments. Plutôt que de rapporter
des éléments techniques sur les bâtiments, il est souhaitable d’opter
pour une démarche bioclimatique qui intègre dès la conception tous
les critères de performance énergétique.
Pour que le site d’implantation présente toutes les qualités requises
à la réalisation d’un bâtiment bioclimatique il est de la responsabilité
de l’élu de veiller, au niveau du permis d’aménager, à ce que les
critères énergétiques soient bien pris en compte.
S’il n’existe pas d’autres solutions que de rapporter sur le bâtiment
des équipements techniques tels que des capteurs ou des panneaux
photovoltaïques, il faut veiller à ce que ces éléments ne viennent pas
perturber l’intégrité du bâtiment, qu’ils soient parfaitement intégrés
au volume bâti et s’inscrivent dans la planimétrie des toitures.25
02 L’HARMONIE
Compte tenu des répercussions des lois « littoral » et « montagne » sur
la constructibilité des sols et de la protection des espaces naturels
et agricoles, le foncier disponible pour la construction se fait de
plus en plus rare et peu d’opérations nouvelles de construction
se situent en pleine campagne dans un environnement naturel et
non bâti. Elles se développent quasiment toujours en milieu déjà
urbanisé et sont donc confrontées à d’autres bâtiments formant un
ensemble plus ou moins cohérent.26 27
HARMONIE
• association de plusieurs « éléments » dont l’ensemble forme un tout
cohérent et équilibré ;
• « combinaison spécifique formant un ensemble dont les éléments
divers et séparés se trouvent reliés dans un rapport de convenance,
lequel apporte à la fois satisfaction et agrément » (def. CNRTL —
Centre national de ressources textuelles et lexicales) ;
• proportions agréables, beauté des lignes, des volumes, des formes ;
• accord, convenance de différents éléments disposés de manière à
former un ensemble agréable à regarder ;
• résultat d’ensemble engendré par le bon équilibre de
différentes parties.
« L’équilibre dans l’architecture est donc le résultat de la créativité
de l’architecte pour créer des espaces adaptés à l’échelle humaine, à
partir de formes, de couleurs et de matériaux dans une composition
architecturale harmonieuse »
J. Vanessa Vivero, architecte
2.1 ÉTABLIR UNE
RELATION
D’HARMONIE
ENTRE LE
CADRE BÂTI
EXISTANT
ET LES BÂTIMENTS
CONTEMPORAINS
EN RÉFLÉCHISSANT
À L’ÉCHELLE
DU SITE ET NON
DE LA PARCELLE
Ces espaces bâtis se sont fabriqués au fil du temps et leur aspect
d’aujourd’hui résulte de la superposition complexe de strates
historiques, de constructions successives qui ont laissé tour à tour
des traces dans le paysage pour former un ensemble complexe dans
lequel devra s’inscrire le nouveau bâtiment.
Entreprendre un projet exige d’être conscient que cette construction
participe à la transformation du site et du paysage dans lequel il
s’inscrit et qu’il devra s’y intégrer. Réaliser un projet n’est pas un acte
isolé. C’est participer à une démarche collective de construction
d’un paysage.
La nouvelle construction doit être réfléchie et représentée à
l’échelle du site et non de la parcelle. C’est le meilleur moyen
d’évaluer la relation d’harmonie qui existe entre cadre existant
et nouveaux bâtiments.28
« Le permis de construire peut être refusé ou n’être accordé que sous
réserve de l’observation de prescriptions spéciales si les constructions,
par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l’aspect extérieur
des bâtiments ou ouvrages à édifier ou modifier, sont de nature à porter
atteinte au caractère ou à l’intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux
paysages naturels ou urbains ainsi qu’à la conservation des perspectives
monumentales. »
Art R 111-27 du code de l’urbanisme
« Le caractère d’un lieu est souvent lié à l’homogénéité de ses composantes,
en particulier quand son identité est manifeste, propre à une région ou à une
période historique : un paysage naturel spécifique, un paysage de culture ou
urbain, cœur de village, cité ouvrière, lotissement…
L’intérêt d’un lieu est plutôt synonyme de qualité, liée à la valeur historique
ou esthétique de la composante du paysage à protéger (site, édifice,
perspective ... )
Cet article s’applique lorsque la construction projetée apparaît en contraste
d’importance, de forme, de style, de couleurs avec son environnement, qu’il
soit naturel, rural ou urbain. »
CAUE 54
29
2.2 LIMITER L’IMPACT
DES BÂTIMENTS
DE LOGEMENTS
COLLECTIFS EN
FRACTIONNANT
VOLUMES
ET FAÇADES
Ces constructions massives, aux façades répétitives, de style
international s’intègrent difficilement à la silhouette générale
relativement basse du bâti. Leur insertion dans le tissu pavillonnaire
est très délicate et rarement couronnée de succès.
Pour limiter leur impact sur le paysage il est préférable de :
• fractionner les volumes sous forme de plots correspondant au gabarit d’une « grosse maison » dans la mesure où la taille
de l’opération le permet. L’intégration d’espaces annexes
de type loggia, terrasses, balcons et pergolas permet de
retrouver des modes de vie dedans-dehors plus compatibles
avec les pratiques locales ;
• fractionner les façades afin d’éviter les effets de barre en retrouvant une succession de façades variées dans leur
traitement à la manière des maisons de ville. Au lieu d’être
organisées en résidences repliées sur elles mêmes. ces formes
urbaines permettent la création de quartiers ou de rues et de
places qui s’inscrivent dans la continuité du bâti existant.
Pour assurer une véritable qualité de vie, un effort doit être
fait dès le début de la conception sur la qualité des abords,
l’intimité des logements et les vues en bannissant les vis-à-vis.
Les bâtiments de logements collectifs organisés en barres et tours
de plusieurs étages sont peu prisés par les habitants de Sud Pays
Basque. Ces constructions ne correspondent pas aux modes de vie
locaux où l’attachement à la terre est très fort et symbolisé par la
maison familiale (etxe).30 31
2.3 LIMITER L’IMPACT
DES BÂTIMENTS
ÉCONOMIQUES
EN PRIVILÉGIANT
LES OPÉRATIONS
D’ENSEMBLE ET
EN PROPOSANT
SYSTÉMATIQUEMENT
EN ACCOMPAGNEMENT
UN PROGRAMME
D’AMÉNAGEMENT
PAYSAGER
Qu’ils soient réalisés au coup par coup sur des parcelles individuelles
ou en opérations groupées, les bâtiments économiques nécessitent
la plus grande attention. Ce sont la plupart du temps des bâtiments
volumineux, monolithiques et de qualité modeste (type hangar
métallique) pour lesquels la fonctionnalité est le critère principal.
Les abords sont souvent aménagés de manière sommaire pour
satisfaire aux besoins de stockage et de stationnement (clients et
personnel). Implantés individuellement, ils peuvent défigurer une
entrée de bourg ou de village ; juxtaposés dans une zone d’activité
ils peuvent nuire au grand paysage et à l’image d’un territoire.
Les opérations d’ensemble, qui définissent un parti architectural
global et l’ensemble des aménagements des abords, sont à privilégier
car elles sont garantes d’une harmonie d’ensemble et d’un moindre
impact sur le paysage.
En définissant des éléments d’aménagement transversaux tels
que galeries ou cheminements piétons plantés ou bâtis, implantés
devant l’ensemble des bâtiments, certaines opérations groupées
permettent d’estomper l’effet disparate du bâti même s’il est laissé
à l’initiative individuelle.
Au stade de la parcelle il y a lieu d’être vigilant au niveau :
• de l’aménagement de la parcelle et de la répartition des différents espaces : bâtiment, stockage, circulations et
stationnements ;
• des terrassements et remodelage de la pente : ampleur des terrassements, traitement des talus et accompagnement des
dénivelés, nature des soutènements ;
• du traitement architectural : simplicité des formes et des volumes en accord avec le site, composition des façades,
supports de communication (enseignes), couleurs et
matériaux ;
• du traitement des clôtures sur rue d’accès et en limites de propriété : typologie, matériaux ;
• des plantations : participation à l’intégration du bâtiment dans le paysage, accompagnement des clôtures, agrément.
Les opérations groupées sont cependant les plus faciles à maîtriser
car elles permettent aux élus d’intervenir à deux niveaux :
• celui du plan de composition d’ensemble et de son cahier des charges dans le cadre du permis d’aménager ;
• celui des projets individuels par lot au niveau du permis de construire.32 33
2.4 LIMITER L’IMPACT
DES BÂTIMENTS
AGRICOLES
EN TRAVAILLANT
L’INSCRIPTION
DANS LE SITE
À PLUSIEURS
ÉCHELLES :
GRAND PAYSAGE,
EXPLOITATION ET
BÂTIMENT
Dans la ferme labourdine ancienne, les locaux dévolus à l’activité
agricole et/ou pastorale faisaient partie intégrante de la maison.
Hommes, bêtes, récoltes et matériel partageaient le même toit.
Définie comme « maison bloc », la ferme faisait à la fois office
d’habitation et de bâtiment d’exploitation. Le problème de
l’intégration paysagère ne se posait donc pas.
Ce n’est qu’à partir du xxe siècle que les bâtiments d’exploitation sont
progressivement sortis du volume de la ferme pour offrir des espaces
mieux adaptés aux pratiques et aux matériels contemporains.
Souvent construits sous forme de hangars standardisés, ces
bâtiments de grande taille peuvent défigurer le paysage par leur
architecture mais aussi leur implantation qui nécessite d’importants
terrassements.
L’évaluation de l’impact et l’appréciation de la qualité paysagère
d’un projet de bâtiment agricole doivent être menées à
différentes échelles : celle du grand paysage, celle du site
d’exploitation et enfin celle du bâtiment lui-même.
L’ANCRAGE
DANS LE TERROIR
Plus que tout autre, les produits de la ferme
revendiquent leur appartenance au terroir.
La conception d’un bâtiment agricole porte en
cela plus que tout autre, le devoir de traduire
in situ cette relation étroite de l’espace agricole
avec son lieu de production. Le soin de l’insertion
paysagère et architecturale du site d’exploitation
valorise directement l’image de marque des
produits de la ferme.
À l’échelle du grand paysage l’impact du bâtiment intéresse
l’ensemble des habitants et des usagers du territoire. Le bâtiment
doit être appréhendé depuis tous les lieux fréquentés des alentours,
les points de vue opposés, en surplomb, en contre bas, depuis les
sommets lointains, les axes routiers, les chemins de randonnée…
L’évaluation porte sur l’harmonie entre paysage et bâtiment.
L’analyse concerne l’implantation de la nouvelle construction,
son inscription dans la pente, l’importance des terrassements, la
perception des volumes et des couleurs dominantes, la relation aux
masses végétales existantes ou à créer…
À l’échelle du site d’exploitation, l’analyse porte sur la juste
implantation de la nouvelle construction par rapport aux bâtiments
existants, aux masses végétales déjà présentes et celles à créer pour
moduler la perception de l’ensemble, notamment depuis l’accès et la
cour d’entrée. Cela concerne les qualités d’usage et d’insertion dans
l’environnement immédiat, le traitement des abords et des accès.
À l’échelle de l’ouvrage bâti c’est le parti architectural qui est
interrogé : articulation des volumes existants et nouveaux,
matériaux, sens des faîtages, composition des façades, détails
architecturaux. Ils concernent les usagers des lieux.34 35
Issue vraisemblablement de la borde montagnarde au
plan rectangulaire, où hommes et animaux cohabitaient
dans un volume unique, la ferme labourdine s’est
progressivement modifiée grâce à des extensions
successives pour faire face aux différentes évolutions
de l’activité et à l’accroissement de la famille. Cela lui a
donné une silhouette massive souvent dissymétrique
qui vient épouser la topographie générant un paysage
harmonieux. Occupant des positions spécifiques en
fonction de leur vocation, les différents locaux faisaient
de cette maison un véritable bâtiment bioclimatique ovec
espaces tampons et façades plus ou moins ouvertes.
Ce n’est qu’à partir du xxe siècle que les bâtiments
d’exploitation ont été différenciés. Dans certains cas
c’est la maison d’habitation qui a été reconstruite en
reprenant la forme cubique de la maison bourgeoise des
xviiième et xixème siècles, à côté de l’ancienne ferme qui a
gardé la fonction agricole.
Dans d’autres cas, ce sont les bâtiments d’exploitation
qui sont progressivement sortis, partiellement ou
totalement, du volume de la ferme. Sont alors apparues
des constructions à moindre coût très volumineuses,
à caractère technique et standardisé, totalement
exogènes avec leur structure métallique, un remplissage
en parpaings de béton préfabriqués pour les murs et une
couverture en plaques métalliques ou amiante ciment.
Seule la couleur, rouge pour la couverture et la structure
métallique, et blanche pour les murs, en créant un lien
avec les bâtiments existants, tente d’intégrer ces hangars
à leur environnement immédiat.
DE LA MAISON BLOC AU HANGAR AGRICOLE
03 LA DENSITÉ
Dans un contexte actuel de limitation de l’étalement urbain et
de pénurie de foncier constructible, il est devenu indispensable
d’introduire la densité dans les nouveaux programmes de
construction de logements.
Cela peut se faire dans le cadre de trois types d’opérations : habitat
collectif, habitat individuel dense et habitat intermédiaire.36 37
3.1 AMÉLIORER
L’HABITAT
COLLECTIF
Cela peut conduire à la construction d’immeubles souvent de tailles
conséquentes, peu en accord avec le reste du bâti davantage à
caractère individuel et correspondant à des constructions de tailles
plus modestes. C’est un mode d’hébergement de type urbain, peu
prisé en Sud Pays Basque car les habitants sont déconnectés de terre
et mis, malgré les efforts d’organisation et les progrès techniques,
en situation de promiscuité, source de conflits entre voisins.
Si le nombre de logements le permet, l’une des alternatives consiste
à limiter la taille de ces collectifs à celle d’une « grosse maison » qui
garde ainsi le caractère de l’etxe, divisée en quelques appartements.
Les espaces extérieurs sont à usage collectif et trop souvent réduits
à des aires de stationnement.
Les élus veilleront à ce que :
• la taille de l’opération soit en adéquation avec le site ;
• la qualité de vie des résidents soit améliorée grâce à un réel aménagement des abords en espace de détente dédiés aux
différents types d’occupants (enfants, adolescents, jeunes,
adultes, personnes âgées) ;
• les cheminements et les espaces extérieurs soient hiérarchi- sés pour assurer un passage progressif de la sphère publique
à la sphère privée.
L’habitat collectif consiste à rassembler plusieurs appartements
au sein d’un même édifice en les reliant par des espaces communs
essentiellement des circulations horizontales et verticales.
3.2 MIEUX COMPOSER
LES LOTISSEMENTS
D’HABITAT
INDIVIDUEL
DENSE
Si la diminution de la taille de la parcelle résout en partie le problème
de consommation de foncier, elle n’est pas toujours satisfaisante du
point de vue de :
• l’esthétique, car les maisons implantées en milieu de parcelle comme dans un lotissement classique paraissent entassées et
ne libèrent que des reliquats d’espace extérieur peu exploitables
pour en faire un véritable jardin ;
• la qualité de vie, car elle suscite la promiscuité et les vis-à-vis, objets de discorde et de conflits entre voisins.
Accolées ces unités d’habitation constituent des logements en
bandes qui permettent de réduire davantage la taille de la parcelle
où l’espace extérieur est souvent scindé en deux : la cour d’entrée
et le jardin arrière. Ce principe induit un type de logement sur deux
niveaux (R+1) voire 3 niveaux (R+1+combles aménagés) à la manière
des maisons de ville et un paysage urbain un peu monotone, du
registre des cités ouvrières.
Il appartient donc aux élus de veiller, au niveau du permis
d’aménager, à la qualité du plan de composition général en
privilégiant les implantations de bâti en mitoyenneté, limite de
rue et de propriété pour éviter les vis-à-vis et libérer de véritables
espaces extérieurs à vivre et non des reliquats de construction.
L’habitat individuel dense correspond à un bâtiment à usage
d’habitation ne comportant qu’un seul logement, disposant d’une
entrée individuelle indépendante et construit sur une parcelle de
petite taille.38 39
3.3 INVENTER DES
FORMES
D’HABITAT
INTERMÉDIAIRE
EN HARMONIE
AVEC LE CADRE
BÂTI EXISTANT
« L’habitat intermédiaire correspond à un bâtiment à usage d’habitation
associant plusieurs logements sur une hauteur maximale de R+3 où
chaque logement dispose d’un accès individuel et d’un espace extérieur
privatif au moins égal au quart de la surface du logement. »
Ministère de l’équipement et du logement
Ce type d’hébergement est peu présent sur le territoire. Il fait
souvent appel à un vocabulaire architectural peu en accord avec le
contexte local qu’il conviendrait de réinterpréter.
Il appartient aujourd’hui aux élus par le biais de recherches, de
concours d’idées ou opérations expérimentales, de susciter ce type
d’opérations.
Le choix entre ces différentes options devra être fait en fonction
de la taille de l’opération et de la capacité du site à les accueillir.
04 LA MODERNITÉ
Malgré sa forte identité architecturale le Pays Basque, et plus
particulièrement le littoral, a toujours accueilli une certaine forme
de modernité. Ces réalisations, souvent l’œuvre d’architecte de
notoriété nationale voire internationale, qui paraissaient originales
au moment de leur construction, ont su trouver par leur qualité
de conception et/ou de réalisation, leur place dans le paysage.
Certaines font même aujourd’hui l’objet de protection au titre
des monuments historiques et sont devenus de véritables centres
d’intérêt qui suscitent toute l’attention des touristes.40 41
L’architecture contemporaine est par définition
l’architecture qui est produite aujourd’hui, dans le temps
présent. Elle peut être conventionnelle ou innovatrice,
ou se rattacher à un courant architectural identifié :
classique, moderniste, (néo)régionaliste…
Sera qualifiée ici de « moderne », toute architecture non
conventionnelle qui rompt avec les manières de penser
et les façons de faire qui sont devenues « la norme ». C’est
une architecture en rupture avec le passé qui se veut
créative et innovatrice.
Au delà de la réinterprétation des modèles anciens et vernaculaires, qui
proposent le « changement dans la continuité » il apparaît aujourd’hui
opportun d’afficher le dynamisme de ce territoire en ouvrant sa
production architecturale à la modernité. Cela permettra de :
• satisfaire les besoins des usagers d’aujourd’hui (soleil, lumière, vues…) quand il s’agit d’habitat ;
• mettre en valeur les savoir faire contemporains quand sont mis en œuvre de nouveaux matériaux ;
• mettre en valeur la nature de l’entreprise et ses qualités quand il s’agit de bâtiments économiques voire agricole ;
• mettre en perspective une fonction ou une activité particu- lière quand il s’agit d’un bâtiment public emblématique.
Il appartient aux élus à veiller à ce que ces constructions :
• soient de grande qualité en terme de conception mais aussi de réalisation pour ne pas offrir au bout de quelques années
une image « fanée » et démodée ;
• prennent en compte le contexte humain, urbain et paysa- ger du territoire, soient de véritables centre d’intérêt et judi-
cieusement implantées pour ne pas générer la « cacophonie »
dans un paysage de qualité.
Pour avancer sur ce terrain de l’innovation, élus et architectes
pourraient organiser régulièrement et conjointement des
concours d’idées de type « europan » qui permettraient aux
deux parties de mieux se comprendre et travailler ensemble.
APRÈS LE LIVRE BLANC :
CONCERTATION
ENTRE ÉLUS,
ARCHITECTE ET
COMMANDITAIRE
Ce livre blanc, issu d’une réflexion d’élus du territoire Sud Pays Basque, ne sera utile que s’il est lu,
compris et utilisé par tous les élus du territoire ayant en charge l’urbanisme, l’environnement ainsi
que la délivrance des autorisations de construire et d’aménager.
C’est un document qui a pour ambition de fonder une culture partagée autour de valeurs communes,
d’envies de bien faire, de réaliser ensemble, de participer à la fabrication et à l’évolution du paysage bâti.
Il est porté à la connaissance des autres acteurs, architectes et commanditaires, afin de servir de base
de travail et de discussion autour des projets dans une démarche d’échange entre tous les acteurs. Il
s’agit d’initier le dialogue entre acteurs pour définir ensemble les projets les plus satisfaisants pour
toutes les parties.
L’anticipation, la transparence et la franchise seront de mise. Les échanges constructifs et dyna-
miques, respectueux du rôle de chacun créeront les conditions d’une envie collective de toujours
mieux faire pour consolider et faire évoluer le cadre bâti déjà si riche de ce territoire.
Il n’a pas été fixé de procédure particulière pour mettre en œuvre cette concertation. Ce travail
auquel seront associés les techniciens concernés sera modulable en fonction des enjeux et de
l’envergure des projets.42
LES QUESTIONS À SE POSER ENSEMBLE (ÉLUS, ARCHITECTE ET COMMANDITAIRE)
1. Le projet
• Quelles sont les principales caractéristiques du projet (nature, type de commanditaire, localisation, parti architectural) ?
• Fait-il partie dune opération groupée dotée d’un cahier des charges particulier ?
• Quelles sont les exigences prioritaires du commanditaire ?
• De quelle manière le projet s’inscrit-il dans le site ?
2. Le paysage impacté
• À quel type de paysage le projet est-il confronté ?
• Quelles en sont les caractéristiques ?
• Quels sont les enjeux d’une construction dans un tel site ?
3. Harmonie
• Le projet répond-il aux enjeux du site ?
• Le projet est-il en harmonie avec le contexte ?
• L’aménagement des abords participe-t-il à l’inscription sociale fonctionnelle et/ou économique du projet dans le site ?
4. Identité
• Quels liens identitaires, le projet propose-t-il d ‘établir avec le bâti existant ?
• Cela parait-il lisible, suffisant ou redondant ?
• La taille de l’opération et le type de bâtiments sont-ils compatibles avec la capacité du site à les recevoir ?
5. Densité
• Le projet apporte-t-il une réponse satisfaisante en matière de densité ?
• La qualité de vie des usagers (habitants et voisins) est-elle préservée ?
6. Modernité
• Le projet présente-t-il un caractère moderne et/ou innovant ?
• Est-il cohérent avec la destination du bâtiment, le contexte urbain et paysager ?
À PROPOS DES AUTEURS
AVEC L'ACCOMPAGNEMENT
DES ARCHITECTES :
Marie-Christine Olmos
Architecte conseillère CAUE 64
Antoine Laval
Architecte urbaniste conseiller CAUE 64
Xalbat Etchegoin
Urbaniste conseiller CAUE 64
A également participé à la démarche :
Régine Chauvet
Directrice du CAUE 64
ÉLUS
SAINT-PÉE SUR NIVELLE
Daugareil Anne Marie
Adjointe à la culture
Davadan Céline
Conseillère municipale
SARE
Laborde Lavignette Jean-baptiste
Maire
URRUGNE
de Coral Odile
Maire
Hacala Germaine
Adjointe à la langue basque,
développement durable
et démocratie participative
AHETZE
Aramendy Jean-François
Délégué aux autorisations
d’urbanisme
AINHOA
Leizagoyen Sylvie
Adjoint école et culture
Larralde Cécilia
Conseillère Municipale
ARBONNE
Eustache Dany
Adjoint à l’urbanisme
et qualité de vie
ASCAIN
Irastorza Barbet Dominique
Délégué à la culture
BIRIATOU
Finestra Jean-Marc
Adjoint à l’urbanisme
Guichard Pascale
Adjointe, budget, économie,
communication, école
GUÉTHARY
Joubert Jean-Claude
Délégué à l’urbanisme
HENDAYE
Pola Lake Isabelle
Adjointe Développement Durable,
Environnement
CIBOURE
Orive de Ravignan Carole
Adjointe en charge de
l’Environnement et du
Développement durable
Gouaillardet Jean-Jacques
Adjoint à l’urbanisme
SAINT-JEAN DE LUZ
Etcheverry Pello
Adjoint à la création, l'action
et l'innovation culturelle
Vaquero Manuel
Conseiller municipal
43LIVRE BLANC RÉALISÉ EN DÉCEMBRE 2016
Marcos Anglet / Amo : Agence les Emotionneurs Biarritz / Tous droits photo acquis / Crédits spéciaux : CAPB – M.Salaberry