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unknown - dame de Maing dame de paix
Document publié le undefined NaN undefined NaN à NaNhNaN par la commune de Maing.
Lien du pdf (unknown - dame de Maing dame de paix)
Thèmes du document : Mode, textile et habillement, Guerre en Ukraine, Culture et patrimoine,
Dame De maing, Dame De Paix
Tout le village s’affairait à l'occasion de la venue du Roi Édouard III d’Angleterre.
Jeanne, Dame de Maing, avait soigneusement organisé cette « joyeuse entrée ». En
invitant son gendre, elle espérait le convaincre de mettre fin au conflit et ainsi
préserver le Hainaut si cher à son cœur. Tout comme Bertholin l'ermite, Jeanne avait
aperçu en priant la silhouette de Marie près de la fontaine. Ses révélations ne
présageaient rien de bon. Une terrible épidémie devait décimer le royaume et une
longue guerre s'en suivre. Jeanne se devait d'intervenir pour préserver les biens de
sa famille, en digne princesse royale, arrière-petite-fille de Saint-Louis et sœur du Roi
de France Philippe VI de Valois.
L'abbaye de Fontenelle s’était parée de mille fleurs : roses, lys, iris et violettes
ornaient les allées. Bardes, ménestrels, troubadours et jongleurs guettaient l’arrivée
du cortège. On entendait le sonneur claironner au loin, le Roi arrive ! Les villageois
se mirent en route bien décidés à accueillir leur illustre invité, ils remontèrent la rue
de l’Hôpiteau en direction du fief de Ciply. Les tenues de fête étaient de sortie,
chacun voulant faire honneur à sa Majesté. Capuchons à collerette, tuniques et
cottes-hardies avançaient gaiement sous un beau soleil de Maius de l'an mille trois
cent trente neuf. Les échevins portaient haut les couleurs du village et emportaient
avec eux la foule en liesse. Jeanne, quant à elle, s'impatientait aux côtés de
l'abbesse et arpentait les allées du cloître dans l'espoir de calmer sa hâte. Deux
années déjà qu'elle s’était retirée à l'abbaye, deux années déjà que Guillaume son
tendre époux était passé de vie à trépas. Jeanne savait que sa douce et
compatissante fille Philippa accompagnerait son mari Édouard, quelle joie de la
revoir. Soudain le long son du clairon signa l’arrivée du couple royal. Le Roi est là !
La foule maingeoise s’était écartée en haie d'honneur pour accueillir, à l’entrée de
l'abbaye de Fontenelle, le tant attendu cortège royal. À sa tête le Roi Édouard III
honorait fièrement son destrier, un pur sang espagnol d'un noir brillant, à la robe
morelle et soyeuse. Les courtisans lui emboîtaient le pas pour laisser place ensuite
au carrosse richement décoré qui transportait la famille royale. Tout ce beau monde
entra solennellement dans la cour de l'abbaye accueilli par les religieuses et le
village en émoi. Quand la porte du carrosse s'ouvrit, qu’elle ne fût pas la joie et l'
immense surprise de Jeanne de voir courir vers elle sa petite-fille chérie qui de
surcroît portait le même prénom qu'elle. Elle avait toujours vu en elle beaucoup de
sagesse et de bonté et se réjouissait pleinement de la voir aujourd’hui à l'occasion de
la venue de son père. Philippa suivit de peu la petite Jeanne, elle portait dans ses
bras le dernier né de la lignée, Lionel, deuxième fils du couple royal. Jeanne était aux
anges. Elle rencontrait aujourd’hui, pour la première fois, son arrière-petit-fils dont
elle avait eu tant de nouvelles par missives interposées.A peine le temps d'embrasser tendrement sa fille et ses petits enfants que Jeanne
était appelée à son devoir diplomatique. Son gendre descendit prestement de sa
monture et s’avança vers elle pour entamer les discussions. Ils se dirigèrent vers les
cellules des moniales afin de mener les négociations à l'abri des esgourdes
indiscrètes. L'enjeu était de taille, Jeanne se devait de convaincre son gendre,
d’apaiser les tensions opposant la dynastie des Plantagenêts à celle des Valois et à
travers elles le royaume d’Angleterre à celui de la France. Il s'agissait aujourd’hui de
mener les tractations, il ne serait pas conforme pour l'honneur de chacun de
renoncer à son droit. Le sujet sensible suscita débat vif et pourparlers captivants. Au
terme de longs échanges animés, Jeanne parvint à obtenir non sans mal une trêve
des hostilités. Sa pugnacité légendaire et sa persuasion rhétorique avaient permis
d’apaiser les esprits. Une victoire décisive qu'elle s’empressait de transmettre à son
cher frère le Roi de France. L'acte, posé à la plume d'oie sur un parchemin, partit le
jour même pour une remise en main propre par le coursier à cheval.
Cette victoire méritait de belles réjouissances, il était temps maintenant de festoyer et
faire ripaille : les tables étaient dressées et les nappes installées. Tranchoirs,
écuelles et cuillères attendaient ardemment moultes gibiers, cerfs, poulardes, et
autres cygnes rôtis. Poivre, cannelle et clou de girofle trônaient fièrement aux côtés
des cruches d'hypocras, de cervoise et des pots de verjus. La musique s’invitait à la
noce. Vielles, harpes, chalemies et tambours s’en donnaient à cœur joie pour battre
la mesure, se mettre au diapason, accorder leurs flûtes et jouer la partition. Jeanne
avait mené cette entrevue d’une main de maître, la journée se terminait sous les
meilleurs auspices, elle se coucherait comblée, soulagée et repue.
Virginie DELAVAL COSTANZO