Offres
API
Connexion
Documents similaires
Ordre du Jour - CS2 IBC Cellettes 20230908
Ordre du Jour - CS1 IBC Cellettes 20230330
unknown - Panneau Passage à Faune Banquette V2
unknown - IBC Cellettes
PLU - Annexes - Etude de connaissance et de gestion patrimoniale d
Arrêté - 297 2025 Arrete de stationnement Place Wilson
Arrêté - 303 2025 Arrete de stationnement Place Wilson
Déliberation - 1e47c0bae3c26688f5c0ed977efd7372
Compte-Rendu - 8 SEPTEMBRE
unknown - Plan cellettes general
unknown - Synthèse Cellettes Rapport Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d une gestion conservatoire SNE
Document publié le undefined NaN undefined NaN à NaNhNaN par la commune de Cellettes.
Lien du pdf (unknown - Synthèse Cellettes Rapport Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d une gestion conservatoire SNE)
Thèmes du document : Aménagement du territoire, Espaces terrestres et maritimes, Transports,
= Sologne Nature
Environnement
Établissement public du ministère
chargé du développement durabie
Amélioration des connaissances sur la répartition de la
Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion
conservatoire
Synthèse pour la commune de
Cellettes
Décembre 2020
Rédaction :
Angélique Villeger
Commanditaire :
Agence de l’Eau Loire-Bretagne et Conseil
Départemental du Loir-et-CherAmélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire
Décembre 2020
Angélique Villeger
Photographie de couverture : Loutre d’Europe ©Alexandre Roubalay / Acadiau d'images.Décembre 2020
Angélique Villeger
Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire
Table des matières
INTRODUCTION .................................................................................................................................................................................. 3
I. LA LOUTRE D’EUROPE.................................................................................................................................................................. 4
A. Biologie ................................................................................................. 4
B. Répartition, menaces et mesures de protection ............................................. 5
II. IMPACTS DES RESEAUX ROUTIERS SUR LES POPULATIONS DE LOUTRE D’EUROPE.............................................................................. 6
A. Impact sur les populations ......................................................................... 6
1. Mortalité routière .................................................................................. 6
2. Effet barrière ....................................................................................... 7
B. Obstacles constitués par les ponts aux déplacements des mammifères aquatiques . 8
C. Réduire les impacts : les passages à faune semi-aquatique ................................ 8
1. Pourquoi et où aménager des passages ........................................................ 8
2. Le ponton à loutre du GREGE .................................................................... 9
III. METHODOLOGIE D’INVENTAIRE............................................................................................................................................. 10
A. Présentation du site et état des connaissances ............................................. 10
B. Prospection des indices de présence de la Loutre sur le Beuvron ..................... 11
1. Les indices de présence .......................................................................... 11
2. Protocole de prospection ........................................................................ 11
C. Evaluation de la dangerosité des ponts départementaux ................................ 12
1. Attribution de la probabilité de passage sur la route de la Loutre (P) .................. 13
2. Attribution de la fréquence d’utilisation du cours d’eau par la Loutre (F) ............. 14
3. Attribution de l’importance du trafic (T) ..................................................... 14
4. Calcul de la note globale de risque de collision routière (R) ............................. 15
IV. RESULTATS ......................................................................................................................................................................... 16
A. Actualisation des connaissances sur la répartition de la Loutre sur le Beuvron .... 16
1. Localisation des points de prospection ........................................................ 16
2. Répartition des indices de présence de Loutre .............................................. 18
B. Evaluation de la dangerosité des ponts départementaux ................................ 19
1. Localisation des ponts départementaux évalués ............................................ 19
2. Evaluation de la dangerosité des ponts départementaux .................................. 21
3. Zoom sur le pont localisé en Centre-ville de Cellettes ..................................... 21
V. CONCLUSION ......................................................................................................................................................................22Décembre 2020
Angélique Villeger
Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire
VI. BIBLIOGRAPHIE...................................................................................................................................................................23Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 3
Décembre 2020
Angélique Villeger
Introduction
La Loutre d’Europe, est un mammifère semi-aquatique présent sur la moitié Ouest de la France.
Elle était autrefois présente sur l’ensemble du territoire sauf en Corse. Mais elle a subi un important
déclin au cours du 20ème siècle. Au cours des années 90, des mouvements de recolonisation se sont
amorcés avec notamment une progression en Bretagne et en Loire-Atlantique et une reconnexion
des populations du littoral atlantique et du Massif central. En région Centre-Val de Loire l’espèce
était abondante. Mais le déclin généralisé a également touché le territoire, à tel point qu’avant les
années 2000, elle n’était plus présente que dans le Cher et l’Indre. Elle était même déclarée
disparue en Sologne. Depuis cette période la Loutre colonie de nouveau le territoire qui représente
pour elle un front de recolonisation de l’ensemble de son aire de répartition. Présente sur le Cher
et sur la Loire, des indices de sa présence sont retrouvés sur les bassins du Beuvron et de la Sauldre
au début des années 2000. Mais l’animal reste discret. Essentiellement nocturne, la Loutre se
repose de jour dans un gîte localisé dans des milieux ensauvagés à l’abri des dérangements humains.
Les signes de présence de l’espèce les plus nets sont les empreintes et les épreintes.
Depuis cette période, peu d’indices de présence de ce mammifère ont été retrouvés en Sologne.
Ainsi, plus de 10 ans après les premières prospections sur les traces de la Loutre, Sologne Nature
Environnement souhaite réactualiser ses connaissances sur la répartition de l’espèce. Ce travail est
long et nécessite d’être réalisé par cours d’eau majeurs de Sologne dans un premier temps. Il est
essentiel car l’espèce est non seulement protégée, mais elle est également rare et le front de
recolonisation que représente la Sologne constitue un enjeu pour le retour de cette espèce en
France. C’est également un des mammifères déterminants pour la prise en compte nationale des
trames vertes et bleues, de par ses déplacements et les besoins de continuités écologiques qu’elle
nécessite. Le retour de cette espèce doit être pris en compte dans l’aménagement du territoire.
L’une des menaces qui pèse sur l’espèce est la fragmentation des habitats. Celle-ci est liée, entres
autres, au développement des infrastructures routières. Elle impacte les populations directement,
par mortalité routière, ou indirectement en créant un effet barrière entre les populations et les
individus au sein d’une même population.
Ainsi, en 2019, SNE avec le soutien de l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne et du Conseil Départemental
de Loir-et-Cher, initie un programme pluriannuel d’étude sur la Loutre. Ce programme ce décline
en deux actions : l’amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne, et plus
particulièrement sur le Beuvron, et la mise en place d’une gestion conservatoire en faveur de
l’espèce dans l’aménagement du territoire.
Deux phases sont nécessaires au déroulement du projet. La première phase a plusieurs objectifs :
La mise en place d’un réseau de partenaire sur le projet,
L’actualisation des connaissances sur la répartition de l’espèce par la recherche d’indices
de présence de l’espèce,
L’évaluation de la dangerosité des ponts départementaux dans les déplacements de ce
mammifère.
La seconde phase consistera à l’aménagement d’un ouvrage pour réduire la dangerosité de celui-ci
pour l’espèce et les mammifères semi-aquatiques en général. Cette synthèse à destination de la
commune de Cellettes présente les points essentiels de la première phase de cette étude.Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 4
Décembre 2020
Angélique Villeger
I. La Loutre d’Europe
A. Biologie
La Loutre d'Europe (Lutra lutra) est un Carnivore de la famille des Mustélidés. De couleur
générale brune, elle présente une gorge plus claire et, parfois, quelques tâches blanchâtres sur les
lèvres et le plastron. Sa morphologie présente une série d’adaptations au milieu aquatique.
L’espèce est cependant également très bien adaptée aux déplacements terrestres sur de longues
distances. Elle n’est donc pas strictement inféodée au milieu aquatique, on parle donc de
mammifère semi-aquatique.
Elle fréquente tous les types de zones humides. Elle fait preuve d’une grande plasticité et peut
s’installer sur des habitats dégradés si ceux-ci remplissent quelques conditions essentielles : sur son
domaine vital, elle doit trouver le gîte et le couvert, ainsi que des conditions favorables à sa
reproduction - c'est-à-dire une disponibilité en cavités pouvant être utilisées comme gîtes de mise-
bas et une certaine tranquillité.
Comme la plupart des Mustélidés européens (le Blaireau faisant exception), la Loutre est un animal
solitaire. Le mâle n’est en contact avec la femelle qu’au moment de l’accouplement. La femelle est
accompagnée de ses jeunes pendant la période d’élevage, formant ainsi des groupes familiaux
(Bouchardy C. et al., 2001). Comme tout super-prédateur, la taille du domaine vital de la Loutre est
grande. En rivière, elle est de l’ordre de 5 à 20 km de cours d’eau. Plus grand que celui de la
femelle, le domaine vital du mâle peut atteindre 40 km et peut englober ou chevaucher ceux d’une
ou plusieurs femelles (Rosoux et Green, 2004).
La reproduction peut avoir lieu tout au long de l’année. Il existe des périodes préférentielles dans
certaines régions, déterminées par les pics d’abondance des proies. Après une gestation d’environ
deux mois, la Loutre donne naissance à un ou deux loutrons. Ceux-ci seront sevrés à quatre mois,
puis ils suivront la mère jusqu’à l’âge de huit à douze mois.
Essentiellement piscivore, elle se nourrit également de batraciens, de crustacés, et, plus
exceptionnellement, de petits mammifères, de reptiles et d’oiseaux.
L’étude de la structure des populations dans la nature est particulièrement délicate dans le cas de
Loutre, compte tenu de sa discrétion et de l’extrême difficulté de capture. En France, le sex-ratio
semblerait en faveur des mâles (Rosoux R. et Lemarchand C., 2019). La distribution des classes
d’âges est très variable selon les populations et leur statut local. La densité est particulièrement
délicate à appréhender. Les chiffres avancés dans différents travaux menés en Europe sont
approximatifs et varient en moyenne entre 0.5 et 2 loutres pour 10 km de cours d’eau. Les taux de
mortalité sont importants (jusqu’à 30 % à 40 % d’une population adulte en Belarusse (Sidorovich,
1991)) et la longévité est encore méconnue. Si celle-ci peut atteindre 17 ans en captivité, elle est
plutôt de l’ordre de 4 à 8 ans en moyenne en nature (Rosoux R. et H. Jacques, 2000)(Alexandre
Roubalay com. Pers.).
Du fait de cette combinaison de facteurs (faible espérance moyenne de vie, maturité sexuelle
tardive, faible nombre de jeunes à la naissance, mortalité juvénile importante, longue période
d'apprentissage des jeunes), le taux d’accroissement des populations est faible. Le développement
de ces dernières dépendant majoritairement de la survie des adultes, dès que celle-ci s’améliore,
l’état de conservation de l’espèce s’améliore aussi nettement, tous autres paramètres
démographiques maintenus._ +
Belgique / % Koblens
Arras V- Belgian / 4
5 Leon) "4 À s f
pres — 4€ ( AA Frankfurt am
Qteebuerg Main } & +," Le v2 f X L$
+2 Mannheim
ve Reims MÉEe 0 Paris ns œ® "de Karisfuhe É Jéden Wurttenberg 7
7 0 reg vim Bretsgau
pqne / HET: Zen 26 D
{ Besançon 7" 4 :
A Schweiz, =: +
J Suisse/Svizzera/ _
Po C
{ LR €
2 DATE JP yarese
1 mbardi
Novara , : C
Piacenza
1
ND T Santande/ *, gibso .
Vitoria-Gasteiz\ € P a
Qo à ©
10-20
20-50
50-100
100+
rio Zaragoza Lieida
7 1950
ototunva
Nombre d'observation(s): 6382
È
Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 5
Décembre 2020
Angélique Villeger
Figure 1 : Répartition de la Loutre en France, extrait de l’observatoire des mammifères de la SFEPM
B. Répartition, menaces et mesures de protection
La Loutre est présente des côtes atlantiques de l’Europe et du Maghreb jusqu’aux cotes
pacifiques, de la Sibérie aux iles Indo-Malaises. En Europe, c’est dans les îles britanniques, au
Portugal ou en Albanie qu’elle semble la plus abondante. En France elle était encore commune
pendant la première moitié du XXe siècle. Dès la fin des années 1930, sa répartition montre les
premiers signes de régression dans le Nord, l’Est et le Sud-Est. En 1960, elle est considérée comme
disparue d’environ 60 départements, tandis que les populations qui subsistent deviennent de plus en
plus clairsemées. Au début des années 1980, les premiers indices de recolonisation des cours d’eau
sont notés sur la façade atlantique et dans le Massif central. Une quinzaine d’années plus tard, on
observe des échanges entre les populations de centre-ouest atlantique et de Limousin mais
également entre celles du Massif central et du bassin du Rhône. A l’échelle du pays, la situation est
très contrastée : à l’Est d’une ligne reliant le Havre à Toulon, l’espèce est quasiment absente. A
l’inverse, à l’Ouest de cette ligne, les populations de la façade atlantique et du Massif Central, se
maintiennent en effectifs abondants et se dispersent dans les régions voisines comme en Centre-Val
de Loire par la Loire et le Cher.
Jusqu’au siècle dernier, la Loutre était chassée et piégée pour sa fourrure, mais également en
raison de son régime piscivore qui en faisait une concurrente de l’homme. Son statut de protection
ayant pourtant évolué, aujourd’hui, plusieurs causes la menacent toujours : la mortalité d’origine
humaine (mortalité routière principalement), la dégradation des habitats aquatiques et humides, les
pollutions et la raréfaction de leurs proies.
Au vue de l’évolution de sa répartition et des menaces pesant sur elle, la Loutre d’Europe est une
espèce protégée au niveau national, européen et international. En France, sa destruction a été
interdite en 1972. Sa protection a été renforcée par la loi sur la Protection de la nature du 10 juillet
1976 puis plus récemment par l’interdiction des pièges tuants en juillet 2013 à moins de 200 mètres
des cours d’eau où sa présence est avéréeAmélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 6
Décembre 2020
Angélique Villeger
II. Impacts des réseaux routiers sur les populations de Loutre d’Europe
Les réseaux routiers et ferroviaires ainsi que les ouvrages hydrauliques cloisonnent
inévitablement les cours d’eau et les zones humides. Deux impacts majeurs en découlent. Une
mortalité par collision lorsque les mammifères semi-aquatiques essaient de contourner les obstacles
par voie terrestre, en cas de crue notamment. Une fragmentation des populations par la limitation
de leur circulation sur les cours d’eau, avec à moyen terme un risque de disparition des petits
noyaux isolés et à long terme, un risque de perte de diversité génétique
Les obstacles au déplacement de ces espèces sont de plusieurs types : ponts, seuils de régulation
des eaux, barrages ou autres aménagements (pisciculture). Certains obstacles sont infranchissables,
d’autres le sont mais avec un risque de mortalité.
A. Impact sur les populations
1. Mortalité routière
Les collisions avec des véhicules constituent la première cause de mortalité anthropique connue de
la Loutre d'Europe et représentent ainsi l'un des principaux freins à la recolonisation par l’espèce.
La Loutre peut traverser les routes pour rejoindre une mare, un étang, un fossé, etc. Le long d'un
cours d'eau, lorsqu'un pont se présente face à elle, elle a tendance à le franchir, non pas dans l'eau
en nageant, mais sur la berge en marchant. En l’absence de berges ou lorsque celles-ci sont
submergées, l'animal passe souvent au-dessus du pont et traverse la chaussée. Loin d'être pataude
et capable de courir, ses courtes pattes palmées ralentissent sa course, la rendant plus vulnérable
au trafic routier. La mortalité est plus importante en période de crues lorsque les berges sont
submergées et que la hauteur d'eau sous les ponts incite encore davantage l’animal à préférer la
voie terrestre.
Localisées au niveau des corridors de déplacements, l’intensité des collisions routières peut varier
au cours de l’année et du cycle vital des animaux. Des pics de mortalité peuvent être observés lors
des périodes de grande mobilité (rut, émancipation des jeunes, changement de zones
d’alimentation en fonction de la saison) ou en fonction des activités humaines (trafic routier
crépusculaire important en fin d’année…) (Carsignol, 2005).
Les taux de mortalité sont très importants. Une étude a montré que dans le Centre-Ouest atlantique de la France, entre 1980 et 1993, 77% de la mortalité observée était due aux collisions avec des automobiles (Rosoux et Tournebizet, 1995).
On recense entre 10 et 20 cas par an depuis 2004 en Auvergne (source: Catiche Productions), 13
cas/an en moyenne depuis 2005 en Bretagne (source: Groupe Mammalogique Breton GMB) et entre 6
et 12 cas par an depuis 2002 dans le Marais Poitevin (source: Parc Interrégional du Marais Poitevin).
Dans la région Centre-Val de Loire qui est encore faiblement occupée par l’espèce, l’on recense
moins de 5 cas en 20 ans (source: Indre Nature).Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 7
Décembre 2020
Angélique Villeger
En raison de la fragilité de la dynamique des populations de l’espèce, la conservation de la Loutre
d'Europe implique en priorité la réduction de la mortalité due aux collisions routières. Ainsi, un des
enjeux du nouveau Plan National d’Action, PNA, 2019-2028 (Kuhn R., Simonnet F., Arthur C. &
Barthélemy V., 2019) est le suivant : accompagner le retour de la Loutre d'Europe dans les régions
d’où elle a disparue et maintenir l’espèce dans ses zones de présence, principalement par la
réduction de la mortalité d'origine anthropique (collisions routières en particulier) et par
l'amélioration du potentiel d'accueil des milieux, en particulier dans les régions en cours de
recolonisation.
Pour répondre à cet enjeu, l’action 3 du domaine « Protection et gestion conservatoire » a pour
objectif de réduire la mortalité d’origine anthropique sur la Loutre d’Europe et notamment la
mortalité routière. Un des axes de l’action est le suivant:
Pour les infrastructures existantes :
o Poursuivre l’identification des axes et des points de forte mortalité routière, les
ouvrages hydrauliques, seuils et barrages dangereux pour la Loutre à partir des cas
recensés ou de diagnostics de risque,
o Dans la mesure du possible, réhabiliter les ouvrages inadaptés existants, en prenant
en compte dans la conception l’ensemble des espèces à enjeux, mettre en place
des aménagements destinés à réduire les risques de collisions, la diminution de la
vitesse des véhicules ou leur sensibilisation,
o Associer des experts naturalistes à la planification et à la création des
aménagements pour éviter les erreurs de conception et trouver une solution
adaptée à chaque cas,
o Contrôler l'efficacité des aménagements réalisés et mettre en place des mesures
correctives si nécessaire,
o Informer/sensibiliser les gestionnaires des ouvrages et infrastructures concernés
des risques pour la Loutre d'Europe.
2. Effet barrière
Les réseaux de transport divisent les habitats naturels en petites parcelles isolées et créent des
obstacles entre les parcelles restantes. Ce phénomène peut avoir deux principaux effets sur les
espèces, ces effets sont globalement nommés « effets barrières» : Premièrement, ce phénomène
réduit la taille des parcelles d’habitat de telle sorte que les populations d’espèces importantes ne
peuvent plus y vivre ; deuxièmement, il isole les parcelles restantes de telle sorte que les individus
ont peu de chances de se déplacer de l’une à l’autre (SETRA, 2007).
La fragmentation des habitats menace donc la capacité de dispersion des individus. C’est pourtant
un des principaux facteurs de survie des espèces. La possibilité de se déplacer à la recherche de
nourriture, d’un abri ou d’un partenaire est réduite par les obstacles qui entraînent un isolement
des habitats. Les effets sur les individus influent sur la dynamique des populations et menacent
souvent la survie des espèces.
Dans cette situation, les espèces sont menacées d’extinction locale ou régionale. C’est par ces
processus que la fragmentation des habitats due aux réseaux de transport, et les phénomènes
secondaires qui en résultent, sont devenus les plus graves dangers qui pèsent sur la diversité
biologique, à l’échelle de la planète.
Bien que les activités humaines aient commencé à fragmenter le territoire il y a déjà plusieurs
siècles, l’augmentation rapide de la densité des réseaux de transport et de leur accessibilité au
XIXème siècle ont considérablement accéléré ces effets.Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 8
Décembre 2020
Angélique Villeger
B. Obstacles constitués par les ponts aux déplacements des mammifères aquatiques
Il existe différents obstacles aux déplacements des mammifères aquatiques pouvant entrainer
un impact sur les populations de Loutre. Certains impliqueront un effet barrière et d’autres
induiront une mortalité routière.
Chez la Loutre et de nombreux mammifères semi-aquatiques (Putois, Castor d’Europe, Campagnol
amphibie, Musaraignes aquatiques), les collisions routières ont lieu, dans la grande majorité des cas,
lors du franchissement des ponts. Ce franchissement s’effectue via la route en raison de trois effets
distincts dus à la présence de l’ouvrage hydraulique :
L’effet tunnel : un certain nombre d’ouvrages de petit diamètre (buses notamment), mais
aussi des ouvrages de diamètre plus conséquent mais de longueur importante, présentent
un tirant d’air insuffisant pour que la Loutre s’y engage,
L’effet entonnoir : en dehors de la période d’étiage (et a fortiori en période de crue),
l’accélération du courant provoquée par l’ouvrage hydraulique peut dissuader l’animal d’y
pénétrer,
L’effet cascade : la présence d’un seuil au niveau du pont ou d’un dénivelé important à son
aval peut dissuader ou empêcher l’animal de passer ( Simonnet F., 2008).
Les ponts ne constituent pas, dans la plupart des cas, des obstacles à proprement parler
infranchissables par la voie aquatique pour la Loutre, mais ces deux effets ont un impact dissuasif
et elle rechigne à les subir. Ainsi, face à un pont présentant un effet tunnel ou entonnoir, elle
préférera emprunter la voie terrestre en passant sur la route, ce phénomène étant d’autant plus
fréquent que le niveau d’eau est haut ( Simonnet F., 2008).
C. Réduire les impacts : les passages à faune semi-aquatique
1. Pourquoi et où aménager des passages
Les passages à faune ont pour principal objectif de réduire les impacts de la fragmentation éco-
paysagère. Pour diminuer le risque de collision routière au niveau des ponts, qui touche
particulièrement la faune semi-aquatique, des aménagements peuvent être réalisés. Ils sont créés
sur un constat, les mammifères semi-aquatiques utilisent les berges lors de leurs déplacements.
Lorsque le niveau de l’eau diminue, la zone d’étiage présente souvent des empreintes attestant le
passage des animaux via ces voies de déplacement.
Le principe de ces passages est donc de créer une continuité de berge pour permettre le passage à
pied sec de l’animal sous l’ouvrage. Cette continuité de berge peut être naturelle dans le cas des
ouvrages de type « viaduc » ou, lorsque ce type d’ouvrage est impossible, assuré par divers
dispositifs : banquettes en béton, banquettes en encorbellement, passerelles bois…
Ils doivent être installés systématiquement sur les nouveaux ouvrages hydrauliques routiers (il s’agit
alors de mesures de réduction de l’impact du projet) compte tenu du niveau très élevé de trafic.
Ces aménagements sont indispensables, que la Loutre soit actuellement présente ou non, de façon à
anticiper la recolonisation. Ils devraient de plus être systématiquement envisagés lors des
remplacements d’ouvrages ou d’interventions de rénovation.
Cependant, dans certains cas, il est possible que l’aménagement de nombreux ponts soit
difficilement concevable d’un point de vue financier et de programmation. Une hiérarchisation des
ouvrages en termes de risque de collision peut alors constituer un outil intéressant pour permettre
d’optimiser les aménagements en ciblant les ouvrages à aménager de façon prioritaire. C’est dansAmélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 9
Décembre 2020
Angélique Villeger
cette optique que les ouvrages départementaux du Beuvron ont été diagnostiqués et classés selon le
risque qu’ils présentent. Cette hiérarchisation permettra à l’avenir d’agir selon les opportunités en
ciblant ceux qui présentent le risque le plus important parmi ceux où une intervention est prévue.
La méthode employée et l’évaluation sont présentées dans la méthodologie d’inventaire.
2. Le ponton à loutre du GREGE
Le GREGE, Groupe de Recherche et d’Etude pour la Gestion de l’Environnement, est un bureau
d’étude spécialiste de l'étude et de la conservation des mammifères et de leurs habitats. Le GREGE
a fait des mammifères semi-aquatiques son emblème (Vison d’Europe, Loutre d'Europe, Desman des
Pyrénées, Crossope aquatique, Campagnol amphibie, Castor d'Europe,…), tout en s'intéressant aux
autres mammifères terrestres patrimoniaux tels que le Muscardin, le Chat forestier ou le Putois.
Le Ponton à Loutre est un passage flottant, développé par le GREGE depuis 2009.Il est composé
d'éléments légers de 120x40x6cm en contreplaqué marine et polyéthylène, de 10mm, prenant en
sandwich une plaque en polyéthylène jugée inerte pour le milieu naturel. Les éléments sont reliés
entre eux à l’aide de chaines haute résistance. La visserie est en acier inoxydable. Il se fixe aux
extrémités de l’ouvrage via un système de fixation en acier galvanisé. Ce système est composé
d’une barre de 33 mm de diamètre, en acier galvanisée, pouvant être façonnée selon la courbure
d’une voûte, maintenue par deux platines à cheviller sur la paroi. Elle permet aux ouvrages les plus
bas, dans lesquels les mouvements humains sont difficiles, d’être équipés en poussant le train
d’éléments dans l’ouvrage. De plus, la barre de fixation assure le mouvement vertical du passage
flottant en fonction des variations du niveau d'eau. Elle peut être façonnée sur demande selon la
courbure de la paroi de l'ouvrage, permettant ainsi l'équipement d'un ouvrage voûté. Le
raccordement à la berge est modulable pour assurer une continuité permanente pour la microfaune.
De par sa flottabilité, le ponton présente une incidence hydraulique minime et s'adapte
parfaitement aux cours d'eau à fort marnage hydraulique. De plus, l’impact et les contraintes
environnementales sont limités puisqu’il n’y a aucune installation de chantier, ni aucun engin lourd
requis pour l’installation. La normalisation des éléments permet leur transport aisé sur palette dans
un utilitaire. La légèreté des éléments permet un acheminement pédestre dans l'ouvrage, quelle
que soit la difficulté d'accès, sans impacter le milieu. L’installation est rapide. Elle peut être
réalisée par le GREGE pour bénéficier de son expertise dans le domaine des passages à faune. La
fréquentation de l’ouvrage peut être évaluée grâce à un élément spécifique équipé de deux
capteurs d'empreintes à argile.
Photo 1 : Ponton à Loutre installé par le Grege sur la
commune de Villandraut ©GREGEAmélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 10
Décembre 2020
Angélique Villeger
III. Méthodologie d’inventaire
L’objectif du projet est d’améliorer les connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne
et plus précisément sur le Beuvron. Mais aussi d’évaluer la dangerosité des ponts départementaux
afin de mettre en place une gestion conservatoire de la Loutre en aménageant au moins un pont à
risque pour l’espèce. Pour améliorer les connaissances sur la répartition de l’espèce, il existe
plusieurs techniques d’inventaire. Celle retenu est la recherche des indices de présence via un
protocole standardisé modélisé à partir du protocole établi par l’UICN (Union Internationale de
Conservation de la Nature) (Reuther C. and all, 2000). L’évaluation de la dangerosité des ponts vis-
à-vis de la Loutre est une méthode récente peu utilisée en France. Le protocole utilisé et donc celui
conçu par le Groupe Mammologique Breton ( Simonnet F., 2008).
A. Présentation du site et état des connaissances
La Sologne, avec plus de 3 000 étangs sur moins de 500 000 hectares, est une véritable
mosaïque juxtaposant étroitement milieux humides et milieux secs, espaces ouverts et secteurs
forestiers. En synergie avec la Loire, elle constitue une zone humide d’importance européenne. Elle
se trouve à l’intersection de 3 départements : le Cher, le Loir-et-Cher, et le Loiret. Les cours d’eau
confèrent une richesse supplémentaire à la Sologne en termes de biodiversité. La Sauldre, le
Beuvron, le Cosson, le Barangeon et leurs affluents forment les principaux éléments du réseau
hydrographique. Parmi les petits cours d'eau, citons la Rère et la Guette sur la Sologne du Cher ou
encore le Néant et le Naon en Sologne centrale. Ce réseau particulièrement dense est orienté de
l'Est vers l'Ouest, en direction du Val de Loire.
Le Beuvron et ses affluents sont des rivières non domaniales. Le propriétaire riverain bénéficie du
droit de propriété de la berge, du lit et des droits d’usage de l’eau et a l’obligation d’en assurer
l’entretien ou d’y participer en fonction des usages ou des règlements.
Il est le principal émissaire hydrographique de la Sologne ; long de 125 km, il draine un bassin
versant de 2193 km² et sur 79 communes. Sa source se situe sur la commune de Coullons dans le
Loiret à 176 m d'altitude. Il se jette en rive gauche de la Loire à Candé-sur-Beuvron, en dessous de
Blois. Il reçoit le Cosson sur sa rive droite à 700 m de son embouchure, près de Candé-sur-Beuvron.
Son bassin versant est caractérisé par une richesse de milieux et de paysages et par l'étroite
intrication entre milieux humides et secs, ouverts et forestiers. La vallée du Beuvron possède un
réseau hydrographique important correspondant à 1028 km de cours d'eau. Ils sont altérés par les
travaux de recalibrage, de curage et d'élargissement, et présentent une mauvaise qualité
morphoécologique.
L’organisme gestionnaire du Beuvron est le Syndicat d’Entretien du Bassin du Beuvron (SEBB). Créé
en 1996, il a pour compétences : les études et opérations pour l'entretien courant des rivières, les
études ou les missions pour le compte des communes du syndicat. Il assure l’application des
Contrats Territoriaux Milieux Aquatiques du Beuvron (CTMA). Ces derniers diagnostiquent plusieurs
choses :
Le lit mineur et les berges du Beuvron sont les plus altérés du bassin,
Le lit majeur est altéré à un degré plus faible,
Le débit est également fortement altéré,
La continuité est altérée du fait de l'infranchissabilité d'une majorité des ouvrages présents
tout au long du linéaire notamment les nombreux plans d'eau.Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 11
Décembre 2020
Angélique Villeger
L'objectif principal du CTMA est donc l'atteinte du bon état écologique des eaux. Cet état est
conditionné par une bonne qualité biologique qui dépend de la qualité morphologique des
écosystèmes. Pour atteindre cet objectif, il faut restaurer la morphologie des écosystèmes
aquatiques pour garantir les conditions nécessaires au développement des espèces aquatiques.
La Loutre n’a jamais disparue de la Sologne, malgré une quasi-disparition à la fin des années 70.
Bien que peu nombreuses, les données historiques de SNE indiquent une présence relictuelle de la
Loutre, probablement sous forme de crypto-populations. Ces 10 dernières années, on a recensé des
indices de présence et des données ponctuelles de présence de la Loutre notamment sur le Bassin
de la Sauldre et sur le Beuvron. Cette répartition ne semble pas hétérogène et semble caractériser
un début de recolonisation par la Loire et le Cher. Celle-ci est progressive et se fait par les corridors
écologiques, tel que le réseau hydrographique mais également par de petites zones humides.
Le Beuvron a fait l’objet d’une campagne de prospection seulement entre 2006 et 2008. A cette
occasion 5 indices de présences ont été découvert par l’Office National de la Chasse et de la Faune
Sauvage, devenue OFB, et SNE. Des prospections ponctuelles ont été réalisées depuis mais d’autres
indices de présence n’ont pu être retrouvés.
B. Prospection des indices de présence de la Loutre sur le Beuvron
1. Les indices de présence
La loutre, animal discret aux mœurs essentiellement nocturnes, est difficile à observer directement.
Son suivi local consiste à relever ses indices de présence sur le terrain. La présence permanente ou
temporaire de la loutre se manifeste par différents indices. Chaque indice a une signification
biologique (ex : alimentation, déplacements, repos, etc.), ou éthologique (marquage de territoire
par dépôt d’épreintes, etc.). Tous ces indices n'ont pas la même signification vis à vis de la
présence de l’espèce et permettent une gradation quant à sa probabilité de présence. La
correspondance entre la nature de l'indice et le degré de présence de la loutre. Ainsi, les épreintes
confirme la présence de l’espèce avec certitude, les empreintes caractérisent une présence
probable et l’observation d’individus une présence douteuse.
2. Protocole de prospection
Le protocole suivi est celui créé en partenariat par l’OFB, SNE et le Muséum d’Orléans, en 2006.
Ce protocole est issu de celui réalisé à l’échelle nationale par l’UICN (Reuther C. and all, 2000). Il a
été adapté à la Sologne pour prendre en compte la présence de nombreuses zones humides à
proximité des cours d’eau et les difficultés de prospection liées à la propriété privée.
Une cartographie des zones à prospecter le long du Beuvron est dressée. Sur les zones définies, les
indices de présence sont recherchés sur une distance d’au moins 300 m sur chacune des rives de
part et d’autre du point remarquable.
On recherche de préférence les épreintes sur les sites potentiels de marquage (points hauts, buses,
entrée des coulées, racines des arbres, …). Les empreintes sont à chercher sur les zones permettant
d’observer les traces et indices.
Il convient aussi de repérer les étangs et zones humides situées à proximité des rivières (maximum
200 m, idéalement 10/20 m) pour y chercher des indices de présence de la Loutre. En effet,
l’utilisation des étangs de Sologne par la Loutre est encore inconnue. Sur un étang, les lieux de
recherche à privilégier sont les zones de moindre distance entre la rivière, l’étang, la bonde, leAmélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 12
Décembre 2020
Angélique Villeger
point de connexion entre la rivière et l’étang, les points hauts, les entrées et sorties d’eau. Les
ronciers semblent également des points particuliers à prospecter (Figure 5).
Les sites positifs et négatifs doivent être relevés et suivis avec soin. Les indices répertoriés sont
notés sur la fiche de relevé d’indices associée à ce protocole. Les indices sont géolocalisés par GPS
(coordonnées GPS sur la fiche) ou peuvent être notés sur des cartes au 1/25.000e ou 1/50.000e.
Dans la mesure du possible, il convient de prendre chaque indice récolté en photographie en
ajoutant un repère visuel donnant un indice de proportion. Sortie de son contexte, une photo
d’empreinte ou d’épreinte peut être très difficile à identifier. Un réglet ou une pièce de monnaie
peuvent servir d’échelle.
Les prospections sont composées, si possible, de 3 passages espacés de 2 à 3 semaines chacun. Elles
sont réalisées à la saison propice (octobre à mi-avril).
C. Evaluation de la dangerosité des ponts départementaux
A ce jour, aucune Loutre n’a été retrouvée morte sur les routes de Sologne. Quelques cas ont
été recensés dans l’Indre en région Centre-Val de Loire. Cette absence de données ne signifie pas
que les routes et notamment les ponts ne soient pas dangereux lors des traversées des mammifères
semi-aquatiques. En sachant que la Sologne représente le front de recolonisation de l’espèce, il est
simplement probable que la Loutre ne soit pas présente encore de manière suffisante pour traverser
fréquemment ces routes et entrainer des collisions. Et c’est justement sur les fronts de
recolonisation qu’il faut agir en anticipant l’arrivée de l’espèce et en lui permettant de circuler
librement en toute sécurité. Dans cet objectif, l’aménagement peut se faire progressivement. Mais
pour cela, il est important d’établir la hiérarchisation des ouvrages en termes de risques de collision.
Celle-ci permettra d’aménager en priorité et selon les opportunités les ponts présentant le risque le
plus important ou ceux sur lesquels une intervention est prévue (réfection, aménagement pour
d’autres espèces tels que les chauves-souris).
La première étape de cette évaluation consiste à identifier tous les ponts départementaux
traversant le Beuvron. Ces ponts présentent des risques plus importants que ceux des voies
communales car leur trafic est généralement plus important.
Ces ouvrages sont ensuite analysés suivant la méthode du GMB. La méthode adoptée pour la
présente étude est basée sur 3 facteurs :
La perméabilité de l’ouvrage,
La fréquence d’utilisation du cours d’eau,
Le trafic routier.
Ces facteurs ne pouvant être quantifiés de manière objective avec des données chiffrées, ils doivent
être appréhendés au mieux par l’évaluateur. Pour cela, chaque ouvrage est décrit à l’aide d’une
fiche (page 22). Chaque ouvrage reçoit une note globale (R) calculée à partir des trois critères :
La probabilité de passage sur la route de la Loutre est exprimée par une note (P),
La fréquence d’utilisation du cours d’eau par la Loutre est exprimée par la note (F),
L’importance du trafic (densité et vitesse) est exprimée par la note (T).
La multiplication de ces trois paramètres donne la note globale (R).— Passage supposé des individus sous l’ouvrage :
Par voie terrestre Par voie aquatique
Qui Non Qui Non
à l’étiage Q O0 —» 0,5 en niveau moyen Q Q + 1 en crue Q Œ Q EI] —+ 2
Note globale : 3,5/6
Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 13
Décembre 2020
Angélique Villeger
1. Attribution de la probabilité de passage sur la route de la Loutre (P)
Pour attribuer le coefficient P, il faut déterminer le comportement le plus probable de l’animal à
chacune des conditions hydrauliques de l’ouvrage (étiage, crue et conditions intermédiaires). Dans
chacune de ces conditions il faut évaluer si l’animal traverse l’ouvrage par voie terrestre et/ou par
voie aquatique. Il est également possible que l’ouvrage soit totalement impossible à traverser à
certaines conditions. La réponse, oui ou non, à chaque condition sert à la notation :
Pour une même condition hydraulique, si les deux voies de passage possibles ont reçu la
réponse non, la note 2 (maximale) est attribuée ;
Si une seule de ces deux voies de passage a reçu la réponse non, la note 1 est attribuée,
Si les deux voies de passage ont reçu la réponse oui, la note 0,5 est attribuée.
Ainsi, cette évaluation étant faite pour les 3 conditions hydrauliques, la note varie de 1,5 à 6 (voir
exemple ci-dessous).
L’évaluation du comportement de la Loutre est basée
Sur les caractéristiques de l’ouvrage comme le gabarit (largeur, hauteur ou diamètre,
longueur),
La topographie comme la configuration des berges.
Figure 2 : Extrait de la méthodologie utilisée par le GMB ( Simonnet F., 2008), exemple du calcul de la note P, attribuée à la probabilité de passage sur la route de la LoutreAmélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 14
Décembre 2020
Angélique Villeger
2. Attribution de la fréquence d’utilisation du cours d’eau par la Loutre (F)
Tous les cours d’eau ne sont pas utilisés avec la même assiduité par la Loutre. Les petits
ruisseaux peuvent n’être utilisés que de façon saisonnière ou sporadique, soit comme voies de
déplacement, soit en rapport avec la recherche de nourriture. Parallèlement, les cours d’eau de
gabarit plus important sont d’autant plus utilisés qu’ils sont un passage obligé entre les plus petits.
Aussi, les cours d’eau sont classés en 4 catégories selon leur gabarit et leur place dans le réseau
hydrographique :
Les cours d’eau des catégories 1 et 2 sont supposés être utilisés tout au long de l’année et
très régulièrement par la Loutre et les ponts qui les enjambent. Ils reçoivent donc le
coefficient 1. C’est le cas du Beuvron, qui est un cours d’eau de seconde catégorie dans le
réseau hydrographique.
Les cours d’eau des catégories 3 et 4 sont supposés être utilisés moins fréquemment et le
coefficient est donc inférieur ou égal : entre 0,8 et 1.
3. Attribution de l’importance du trafic (T)
Comme vu précédemment, le risque de collision au niveau d’un ouvrage dépend également du
trafic de la route en question. Il s’agit d’une part de la vitesse des véhicules – déterminée par la
configuration de la route – et d’autre part de la densité du trafic.
Les routes sont donc classées en 5 catégories auxquelles correspondent des coefficients. La
variabilité de ces coefficients pour une même catégorie dépend de diverses caractéristiques telles
que la largeur de la voie, la présence de virages, d’un panneau stop à proximité, etc.
Tableau 1 : Catégorie et coefficient attribué à chaque type de route utilisés dans l’attribution de l’importance du trafic
Catégorie Type Coefficient
1 2 x 2 voies, autoroutes (trafic : plusieurs dizaines de milliers de véhicules/jour) 1,67
2
Routes nationales à 2 ou 3 voies et départementales à très
fort trafic
(> 2000 véhicules/jour)
1,5
2
Routes nationales à 2 ou 3 voies
2 et départementales à fort trafic
(1000 < trafic < 2000 véhicules/jour)
1,2 à 1,3
3 Départementales à trafic moyen (500 < trafic < 1000 véhicules/jour) 1 à 1,1
3 Départementales à trafic faible (< 500 véhicules/jour) 0,9 à 1
4 Voies communales principales 0,7 à 0,9 5 Voies communales secondaires 0,6 à 0,7
Les données de trafic pour l’étude de chaque ouvrage ont été recueillies auprès du service études
et travaux / direction des routes du CD41 en la personne de Mme Gauluet, responsable du pôle
ouvrages d'art et chargée d'opérations infrastructures.Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 15
Décembre 2020
Angélique Villeger
4. Calcul de la note globale de risque de collision routière (R)
La note globale de risque de collision routière (R) est calculée par la multiplication des trois notes
calculées précédemment.
R= PxFxT
P : Probabilité de passage sur la route de la Loutre,
F : Fréquence d’utilisation du cours d’eau par la Loutre,
T : Importance du trafic.
Précisons que le risque de collision au niveau d’un ouvrage n’est jamais nul : même sur un ouvrage
très perméable, la Loutre peut, un jour, décider de passer sur la route. De même, des cadavres sont
parfois retrouvés sur de très petites routes de campagne où le trafic est faible.
Celle-ci permet alors de classer l’ouvrage selon 5 niveaux de risques calculés en fonction de la note
obtenue et présentée dans le tableau ci-dessous.
Tableau 2 : Niveau de dangerosité attribué aux ouvrages en fonction de la note
Note R Niveau de dangerosité
R<2 1 : Risque très faible
2
3.5
4.5
5.5
Décembre 2020
Angélique Villeger
IV. Résultats
A. Actualisation des connaissances sur la répartition de la Loutre sur le Beuvron
1. Localisation des points de prospection
Grâce à l’implication de nombreux partenaires, 33 points de prospections ont été visités. Tous
sont présents sur le Beuvron, 27 sont localisés dans le Loir-et-Cher, 3 dans le Cher et 3 dans le
Loiret.
Sur l’ensemble de ces points, 15 ont pu être prospectés dans leur globalité. C’est-à-dire que le pont
et les berges du cours d’eau ont été examinés. Parfois seule une berge peut-être prospectée autant
à l’amont qu’à l’aval. Parfois toutes les berges peuvent être prospectées mais seulement à l’aval du
pont. Trois points n’ont été prospectés qu’aux abords directs du pont. Et 15 points ne sont pas
localisés à proximité de ponts, par conséquent seules les berges du cours d’eau ont été prospectées
pour ces derniers.
Les points sont espacés les uns des autres d’une moyenne de 3,54 km. Ainsi, l’ensemble du
territoire minimal d’un individu est forcément recouvert par un point de prospection.
Les inventaires ont majoritairement été réalisés par deux salariés de l’association, puisqu’ils ont
prospectés 19 points. Pour optimiser l’effort de recherche, SNE a également bénéficié d’un grand
renfort car un administrateur de l’association et le groupe de bénévoles sur les mammifères ont
prospectés 8 points supplémentaires. Enfin, l’OFB a également apporté son aide précieuse en
contrôlant 6 points. Ces derniers étaient localisés en contexte privé et peu accessible via un chemin
communal ou un pont. La SFEPM a participé à l’une des prospections réalisées avec le « Groupe
Mammifères » de SNE. Comme expliqué précédemment, afin de former le Groupe Mammifère
d’Indre-et-Loire, le Secrétaire de cette association, Julien Curassier, a également apporté son aide
lors d’une prospection.
Les prospections ont été réalisées à la période la plus propice, soit du 22/10/2019 au 31/02/2020.
Selon la météo et les impératifs de temps de chaque partenaire, tous les points ont été prospectés
à minima une fois mais certains ont pu l’être 3 fois. Le protocole de prospection a toujours été suivi
scrupuleusement. Lorsque d’autres espèces étaient présentes, leur présence a été annotée dans la
fiche d’inventaire.
Les points positifs par le passé, comme le pont de Milbert, à Chaumont-sur-Tharonne, on fait l’objet
d’une attention particulière. Par ailleurs, ce point-là semblant très favorable à la présence de
l’animal a fait l’objet d’une expérience qui porte généralement ses fruits dans l’actualisation des
connaissances sur la répartition de la Loutre. Une épreinte fraîche, récoltée sur le Cher, a été
déposée sur le site. L’objectif était de motiver une Loutre présente dans les environs à marquer sur
ce dépôt. La concurrence pour le territoire chez cette espèce est telle que lorsqu’un épreinte est
déposée sur le territoire d’une Loutre, même artificiellement, la Loutre en question remarque par-
dessus.
Grâce à ces inventaires, 18 personnes du Groupe Mammifères ont pu être formés à la prospection de
cette espèce et par la même occasion être sensibilisés à sa protection.TT = < pa AE Sologne Nature LR
nent PEN Se Amélioration des connaissances sur la Fe — "NÉ 4 répartition de la Loutre en Sologne et mise en
re place d’une gestion conservatoire
Ke Fe
Points de prospection réalisés sur le
Beuvron
’ nn ”
- * 4
.. es
de «4 É. 1 ï 4 ; - ES Fr ‘ s how 2 4 ; "A
+ F “ . « \ sf” 1 é
7 x L PE 2 Se . % fl mi J us : 2P 2 sg fL— a } . <> ps ON { X ; pe ui = $ CL _æ. + M#. 4. KL” z ; = % if ie 4 F4 == f 2 LS 1 S # / Se La ie SEE . { s Ler Fr Er os a”! res dE, eye 3 sv. F Le 2 à > LR, ve 1 ra fl FES , FX | W € si A, sf. Fr: a < à ” À È — : 10e ; # . . Lu: “, À
4 FE D
<
Légende
0 10 20 km © Points de prospection
RE | Beuvron
ET Le N LS a
17 Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire
Décembre 2020
Angélique Villeger
Carte 1 : Points de prospection réalisés sur le BeuvronAmélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 18
Décembre 2020
Angélique Villeger
Photo 4 : Epreinte de Loutre sur le Beuvron
2. Répartition des indices de présence de Loutre
La majeure partie des points se sont révélés négatifs. Malgré le dépôt d’une épreinte au pont de
Milbert, BEU21, aucune Loutre n’a été recensée. Tous les points connus historiquement pour
accueillir l’espèce sont aujourd’hui négatifs.
Mais la Loutre est toujours présente sur le Beuvron. Deux points de prospection sont positifs. Il
s’agit des points de confluence entre la Loire et le Beuvron et le Beuvron et le Cosson, BEU43 et 44.
Sur ces points, à chaque passage, Alexandre Roubalay a découvert des épreintes et des pistes
d’empreintes. Des prospections complémentaires ont été réalisées au mois de juin afin de vérifier la
présence de l’animal en dehors de la période hivernale. Des épreintes ont également été retrouvées
mais celles-ci semblent déposées moins fréquemment qu’en hiver.
On peut donc conclure que l’espèce est présente sur la Loire, qu’en période hivernale, elle remonte
sur le Beuvron, probablement en restant sur la confluence, pour se nourrir et marquer son territoire.
A cette saison, elle est bien présente sur la rivière. Puis en période estivale, la Loutre occupe plutôt
la Loire et ne prospecte qu’occasionnellement le Beuvron.
L’ensemble des données ont été partagées avec l’OFB, coordinatrice avec la DREAL du Plan Régional
d’Action en faveur de la Loutre d’Europe en région Centre-Val de Loire. Ce partage a permis
d’actualiser la carte de travail régionale sur l’espèce, visible en page suivante.
Photo 3 : Souche présentant une épreinte de
Loutre le long du Beuvron
Photo 2 : Empreinte de Loutre le long du
BeuvronAmélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 19
Décembre 2020
Angélique Villeger
B. Evaluation de la dangerosité des ponts départementaux
1. Localisation des ponts départementaux évalués
Seuls les ponts départementaux ont été retenus pour l’évaluation. Pour rappel ces ponts étant
situés sur des axes plus denses en trafic, ils sont considérés comme plus dangereux pour les
traversées de Loutre. Cependant, même pour les voies communales, précisons que le risque de
collision n’est jamais nul : même sur un ouvrage très perméable, la Loutre peut, un jour, décider de
passer sur la route. On retrouve parfois des cadavres sur de très petites routes de campagne où le
trafic est faible.
Le travail préalable de repérage des ponts par cartographie a permis d’identifier 29 ponts
départementaux qui enjambent le Beuvron. Vingt-cinq sont localisés dans le Loir-et-Cher. Les 4
autres ponts sont localisés dans le Cher ou le Loiret. Ce sont les premiers ponts qui traversent le
Beuvron à l’amont. En sachant que la Loutre recolonise le Beuvron par la Loire, donc l’aval du
Beuvron, ces ponts représentent donc un risque moindre pour le déplacement de l’espèce. Par
conséquent, à ce jour, seuls les ponts du Loir-et-Cher ont été évalués.
Les évaluations ont été réalisées le 28/05 et le 03/06, en période d’étiage afin de pouvoir
caractériser les niveaux d’eaux à chacune des périodes d’évaluation grâce aux zones de marnages
visibles sur le pont. Les prospections hivernales ont aussi permis d’évaluer les niveaux d’eaux en
période de crue. L’évaluation a été réalisée avec l’aide précieuse des services de la voirie pour les
caractéristiques de l’ouvrage et les données de trafic. Le GMB, et notamment Franck Simonnet, a
également apporté son aide dans la compréhension de la méthode.Salogne Nature
> Environnement
Tv
>. K Le
ACT NE FEU
an
A ET LS SE
Amélioration des connaissances sur la
répartition de la Loutre en Sologne et mise en
place d’une gestion conservatoire
Légende
0 10 20 km @ Ponts départementaux
RE Beuvron
PT N LS La
Pont départementaux présents sur
Je Beuvron
20 Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire
Décembre 2020
Angélique Villeger
Carte 2 : Ponts départementaux présents sur le BeuvronDécembre 2020
Angélique Villeger
Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 21
2. Evaluation de la dangerosité des ponts départementaux
Les ouvrages évalués présentent des notes de dangerosité dans toutes les catégories. La
répartition est la suivante : 24% des ponts départementaux du Loir-et-Cher sur le Beuvron
représentent un risque très faible, 48% un risque faible, 12% un risque moyen, 4% un risque fort et
12% un risque très fort. Cela signifie que 28% présentent un risque non négligeable pour l’espèce et
16% présentent un risque fort à très fort.
Comme expliquée précédemment, la note R de risque est conditionnée par les notes F, fréquence
d’utilisation du cours d’eau par la Loutre, P, probabilité de passage sur la route de la Loutre, et T,
importance du trafic.
Pour l’ensemble des ouvrages, la note F est la même. Elle est de 1 car le Beuvron est un cours d’eau
de catégorie 2 d’après son gabarit et sa place dans le réseau hydrographique. Il peut être utilisé
tout au long de l’année et très régulièrement par la Loutre, bien qu’un seul indice de présence ait
été recensé à l’aval.
3. Zoom sur le pont localisé en Centre-ville de Cellettes
Comme tous les autres ponts, le pont de Cellettes a fait l’objet de l’évaluation de
dangerosité. La note obtenue à l’issue de cette évaluation est de 5.01 ce qui le place dans les
ouvrages à risque fort pour la Loutre.
Cette note est expliquée par de nombreux aspects :
L’importance du trafic T est de 1.67, soit la note maximale :
o La départementale qui l’emprunte présente un trafic fort de 15045 voitures par jour.
L’accessibilité à la route pour la Loutre est aisée, car celle-ci n’est pas grillagée et le talus
peut-être facilement parcouru par l’animal,
La probabilité de passage sur la route P est importante avec une note de 3 :
o Il n’y a pas de cheminement sous l’ouvrage, aucune berge n’est accessible pour la
Loutre,
o A n’importe quelles conditions hydrauliques (étiage, intermédiaire ou crue) la
Loutre ne peut passer par voie terrestre sans passer par la route,
o A n’importe quelles conditions hydrauliques, la Loutre peut passer sous l’ouvrage
par voie aquatique. Ceci est à nuancer car, en période de crue, si le tirant d’air est
inférieur à 70cm la Loutre n’empruntera pas ce cheminement et traversera par la
route.
Photo 5 : Pont localisé en centre-ville de Cellettes,
aucune berge n’est visible sous le pont durant toute
l’annéeDécembre 2020
Angélique Villeger
Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 22
V. Conclusion
La Sologne est un territoire naturel riche en zones humides. Des milliers d’étangs sont présents
sur le territoire. Ils sont parfois reliés entre eux par de nombreux cours d’eau qui traversent la
Sologne de part en part. Ils invitent la faune présente sur les grands cours d’eau, comme le Cher ou
la Loire, à se nourrir ou se reproduire au cœur de la Sologne. La Loutre est un des mammifères
semi-aquatique qui profite justement de ces milieux. Autrefois rare en Sologne, elle fait depuis le
début du 21ème siècle son grand retour sur ce territoire, en en faisant un de ses fronts de
recolonisation.
Ainsi, SNE lance en 2019 un programme d’étude sur l’espèce plus de dix ans après ses dernières
investigations. L’espèce étant protégée, patrimoniale et bénéficiant d’un plan national d’actions en
sa faveur, l’opération est soutenue par l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne, acteur majeur dans la
préservation de la faune et de la flore inféodées aux milieux humides. Le projet est également
soutenu par le Conseil Départemental de Loir-et-Cher (CD41) qui mène depuis de nombreuses
années une politique en faveur du rétablissement des trames vertes et bleues sur son territoire. Le
programme opérationnel d’actions en faveur de la biodiversité du département mentionne trois
axes en accord avec cette étude : mieux connaître les espèces et milieux emblématiques de la
Sologne, restaurer la continuité écologique des cours d’eau et concilier l’aménagement du territoire
avec les enjeux des trames vertes et bleues.
Ce programme ce décline en deux actions : l’amélioration des connaissances sur la répartition de la
Loutre en Sologne, et plus particulièrement sur le Beuvron, et la mise en place d’une gestion
conservatoire en faveur de l’espèce dans l’aménagement du territoire. Deux phases permettent de
mettre en œuvre ces actions. La première phase consiste à mettre en réseau différents partenaires
sur le programme, à actualiser les connaissances en prospectant les indices de présence de l’espèce
et à évaluer la dangerosité des ponts départementaux pour la Loutre, ces derniers selon leur
configuration pouvant induire une augmentation du risque de collision routière.
Grâce à ces premières actions, aujourd’hui le projet a mis en réseau une dizaine d’acteurs sur le
sujet. Parmi eux, un fort travail de concertation et d’entraide est réalisé avec les deux services du
CD41 (voirie et biodiversité), le SEBB, l’OFB, et SNE. Les prospections réalisées par plusieurs
partenaires du projet ont permis de découvrir des indices de présence de la Loutre à la confluence
entre la Loire, le Beuvron et le Cosson, à Candé-sur-Beuvron. L’espèce est donc toujours présente
sur le cours d’eau. Il semble donc important d’agir pour favoriser son retour dans les meilleures
conditions possibles. La dangerosité de 29 ponts départementaux a donc été évaluée. Seulement 16%
des ouvrages sur le Beuvron présentent un risque fort à très fort. Bien que ce chiffre soit plutôt
faible, il est important de mettre en place un programme d’actions pour rétablir la continuité
écologique sur ce cours d’eau. Les ouvrages les plus sensibles, localisés à proximité de
l’embouchure du Beuvron, peuvent être aménagés en priorité. C’est l’objectif de la seconde phase.
Le pont de Cellettes a un niveau de dangerosité fort. De plus, il est situé à seulement 12km des
indices de présence découverts. Il semble donc très pertinent de l’aménager avec un ponton à
Loutre. Conçu par le Grege, il permettrait à cette espèce et aux autres mammifères semi-
aquatiques de traverser l’ouvrage en longeant le cours d’eau sans risque le moindre danger. De
plus, la mise en place d’un tel aménagement permettrait à la commune et au conseil
départemental de faire office d’exemple pour la région Centre-Val de Loire. Dans un lieu aussi
touristique et accessible au public cette démarche permettrait de sensibiliser le grand public à
la préservation de la Loutre et au rétablissement des continuités écologiques. De plus, la Loutre
est aujourd'hui un argument touristique en France. Favoriser sa présence est un atout pour le
tourisme de Nature qui tend à se développer justement en Sologne.Décembre 2020
Angélique Villeger
Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 23
VI. Bibliographie
Simonnet F. (2008). Statut de la Loutre d’Europe et risque de mortalité routière sur la Laïta et les
étangs du Loc’h et de Lannénec. Groupe Mammalogique Breton.
AELB. (2005). Une place pour les mammifères des zones humides et des cours d’eau.
Bouchardy C. et al. (2001). La loutre d’Europe, histoire d’une sauvegarde. Clermond-Ferrand:
Catiche Productions et Libris.
Carsignol. (2005). Guide Technique Aménagements et mesures pour la petite faune. SETRA.
Kuhn R., Simonnet F., Arthur C. & Barthélemy V. (2019). Plan national d’actions en faveur de la
Loutre d’Europe (Lutra lutra) 2019-2028. Poitiers: SFEPM et DREAL Nouvelle-Aquitaine.
Lamarchand et Bouchardy. (2011). La Loutre d’Europe, histoire d’une sauvegarde. Catiche
Productions.
Mason C.F. et Macdonald S.M. (1986). Otters -Ecology and Conservation. Cambridge: University
press.
Poulaud C. et F. Billy X. . (2004). Réduction des risques de mortalité sur le réseau routier existant –
Le cas du site Natura 2000 « Vallée de la Leyre ». Journées Techniques sur la Conservation
du Vison d’Europe et de ses Habitats.
Reuther C. and all. (2000). Surveying and monitoring distribution and population trends of the
Eurasian Otter (lutra lutra). Habitat, Hankensbüttel.
Rosoux et Green. (2004). La Loutre. Belin – Eveil Nature, Paris,. Paris: Belin - Eveil Nature.
Rosoux et Tournebizet. (1995). Analyse des causes de mortalité chez la Loutre d'Europe (Lutra lutra)
dans le Centre-Ouest atlantique (France). Cahiers d'éthologie 15.
Rosoux R. et H. Jacques. (2000). La Loutre d’Europe en France. . Le Courrier de la Nature.
Rosoux R. et Lemarchand C. (2019). La Loutre d'Europe. Mèze: Biotope Editions.
Sétra . (2005). Aménagements et mesures pour la petite faune - guide technique .
SETRA. (2007). Rapport COST 341 - Fragmentation des habitats due aux infrastructures de
transports - Manuel européen d’identification des conflits et de conception de solutions.
Sidorovich. (1991). Structure, reproductive status and dynamics of the otter population in
Byelorussia. Acta theriologica.
Simmonet F. et Caroff C. . (2006). Contrat-Nature « Mammifères Semi-Aquatiques de Bretagne ».
Rapport annuel 2006.: Groupe Mammalogique Breton.
Simonnet F. (2007). Risque de mortalité routière et obstacles aux déplacements et aux échanges
entre populations des mammifères semi-aquatiques d’intérêt européen (Loutre d’Europe et
Castor d’Europe) sur les sites Natura 2000 FR5300013 et FR5300039 des Monts d’Arrée.
SOLOGNE NATURE ENVIRONNEMENT, 2013. Recherche d’indices de présence de la Loutre d’Europe
(Lutra lutra) en Sologne. Bilan des inventaires 2012. 24p.Décembre 2020
Angélique Villeger
Amélioration des connaissances sur la répartition de la Loutre en Sologne et mise en place d’une gestion conservatoire 24
SOLOGNE NATURE ENVIRONNEMENT, 2013. Recherche d’indices de présence de la Loutre d’Europe
(Lutra lutra), protection de sites de présence avérée et sensibilisation. Bilan 2013. 25p.
SOLOGNE NATURE ENVIRONNEMENT, 2014. Recherche d’indices de présence de la Loutre d’Europe
(Lutra lutra) en Sologne, mise en place de Havre de paix. Bilan 2014. 27p.
SOLOGNE NATURE ENVIRONNEMENT, 2015. Recherche d’indices de présence de la Loutre d’Europe
(Lutra lutra) en Sologne, Bilan 2015. 26p.