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unknown - Lucciana special imprimerie
Document publié le Lundi 9 juin 2003 par la commune de Lucciana.
Lien du pdf (unknown - Lucciana special imprimerie)
Thèmes du document : Histoire et mémoire, Culture et patrimoine, Tourisme,
Numéro spécial / Octobre 2022
Lucciana Lucciana Sò di
La consécration Le musée de site archéologique
« Prince Rainier III de Monaco »
qui vient utilement compléter
la chronologie historique de la Corse
a été inauguré et béni en présence des
plus hautes autorités de l’île et de la
Principauté de Monaco.
Un événement qui s’est déroulé
dans la fierté, la solennité et la
reconnaissance pour celles et ceux qui
ont relevé avec succès ce magnifique
défi architectural et patrimonial…
© J3COMINFO
MarianaInauguration du musée de Mariana
Lucciana a intégré le réseau
Cette journée du mardi 6 septembre
2022 qui fera date dans l’histoire de
Lucciana et, plus largement, dans celle
de la Corse, s’est ouverte, non pas par
l’inauguration du musée archéologique
de Mariana, mais par une cérémonie
à la faveur de laquelle notre commune
est officiellement devenue un « site his-
torique Grimaldi de Monaco », grossis-
sant ainsi les rangs d’une centaine de
localités françaises ou italiennes ayant
une histoire partagée avec la famille
princière. L’initiative de créer ce réseau
a été prise en 2015 par Jean-Claude
Guibal, député-maire de Menton d’ori-
gine corse par sa maman (native de
Cauro) et président du Groupe d’Amitié
France-Monaco de l’Assemblée
nationale.
De cette idée est née, la même année,
une association fédératrice de tous ces
sites. Dans un souci de préservation
de leur patrimoine respectif lié à leur
histoire commune, elle s’emploie à
2
Grimaldi derassembler, valoriser et promouvoir ces
sites tant au niveau culturel que tou-
ristique, en faisant connaître les liens
anciens qui unissent la France, l’Italie
et la Principauté de Monaco.
Une plaque signalétique indiquant que
la commune de Lucciana fait désormais
partie du réseau des Sites historiques
Grimaldi de Monaco a donc, en pré-
ambule à l’inauguration du musée de
Mariana, été dévoilée au carrefour de
Crucetta par SAS le Prince Albert II de
Monaco et du maire José Galletti, en,
présence des nombreuses personnali-
tés invitées.
De fait, notre commune participera, au
printemps prochain en Principauté, aux
« Rencontres des sites historiques des
sites Grimaldi de Monaco » qui vivront
là leur quatrième édition.
Sans Jean-Claude Guibal qui nous a
malheureusement quittés l’an passé et
repose au cimetière d’Ajaccio aux côtés
de son épouse Colette (née Giudicelli).
des Sites historiques
©
Gaetan Luci/Palais princier
3
Carrefour de Crucetta
e Monaco4
L’Histoire les a unies à travers
Sainte-Dévote, leur patronne commune.
Et des hommes ont fait en sorte que ce
lien entre la Principauté de Monaco et la
commune de Lucciana soit gravé dans le
marbre. En l’occurrence celui de ce musée
archéologique ouvert au public en juin 2021
et inauguré le 6 septembre dernier dans
une atmosphère mêlant fierté et émotion.
Pour José Galletti, fierté d’avoir pu mener à
terme ce grand projet. Et émotion à l’évo-
cation du souvenir de son père Charles qui
fut le premier, il y a près d’un demi-siècle, à
soutenir l’archéologue Geneviève
Moracchini-Mazel dans ses recherches,
après que des travaux de déviation rou-
tière, a révélé la présence sur le site de la
Canonica d’un sanctuaire romain.
Pour son Altesse sérénissime le Prince
Albert II de Monaco, satisfaction d’avoir pris
une part active à la belle aventure qu’aura
été la construction de ce musée.
Et émotion à l’évocation du souvenir de son
propre père, venu en 2003 et au crépuscule
de sa vie, conforter les liens historiques
mais aussi d’amitié unissant sa Principauté
à ce petit bout de territoire corse et, plus
largement, à toute l’île de beauté.
Un lien gravé dans le marbre
© J3COMINFO
© J3COMINFO
Inauguration du musée de Mariana5
Au cours de la réception - dans les salons de l’établissement La Madrague - qui a suivi l’inauguration, SAS le Prince Albert II de Monaco a remis à José Galletti maire de Lucciana, une statuette « Malizia » représentant François Grimaldi qui fait partie de l’histoire de la Principauté.
En 1297, il libère Monaco de la domination génoise et instaure la dynastie des Grimaldi. Déguisé en moine, il demande asile pour pénétrer la forteresse sur le Rocher. Pendant la nuit, il ouvre les portes à ses soldats et finit par renverser les Génois. Un fait historique devenu légende à Monaco, Principauté dont François Grimaldi est considéré comme le grand fondateur.
© J3COMINFO
©
Gaetan Luci/Palais princier
La plaque
La statuette
Après avoir dévoilé
la plaque inaugurale,
SAS le Prince de Monaco
et le maire de Lucciana
ont échangé une poignée
de mains.6
En prélude à son discours, Son Altesse Sérénissime a tenu à rendre un hommage aux victimes de la tempête du 18 août, à leurs proches et à l’ensemble de la communauté corse.
« Mon émotion est grande d’être parmi vous, car je ne peux m’empêcher de penser à mon père le Prince Rainier III, dont le nom est donné à ce musée et dont nous célèbrerons, l’année prochaine, le centenaire de la naissance. Le temps est passé, mais je garde un vif souvenir de cette journée du 9 juin 2003, où j’étais avec lui, avec Mgr Barsi et deux cents pèlerins de la Principauté, pour commémorer, dans la cathédrale de la Canonica, le 17e centenaire du martyre de Sainte Dévote. Moins de deux ans avant sa disparition, ce voyage aux sources de la chrétienté monégasque avait été pour lui une grande joie. Aujourd’hui, près de vingt ans plus tard, nous faisons encore mémoire de l’histoire, d’une histoire que nous partageons sur la longue durée : l’histoire de notre civilisation méditerranéenne, qui plonge dans l’antiquité et le christianisme ; l’histoire de la Corse, à laquelle est ainsi ajouté, dans son paysage muséal, un « chaînon manquant », pour reprendre votre expression, Monsieur le Maire ; l’histoire de Monaco ; mais aussi, bien sûr, l’histoire de ma famille.
Sans me faire historien, je rappellerai à mon tour quelques jalons qui sont à la fois les racines de cet établissement et nos traits d’union.
Au début du IVe siècle, alors que l’empire romain est déjà en crise et cherche parmi les chrétiens des bouc-émissaires du désordre, une jeune femme native de Mariana, ou de son environnement immédiat, est martyrisée pour sa foi.
« L’histoire comme un chemin
SAS Le Prince
Albert II de Monaco
© J3COMINFO
Inauguration du musée de Mariana7
tracé devant nos pas »
Vous connaissez la suite du récit. Son corps, soustrait à la profanation, est placé sur une barque, guidée jusqu’à Monaco, où il est enseveli, là où se situe notre actuelle église Sainte-Dévote. Le culte grandit au fil du temps et, au XVIIe siècle, Dévote devient la protec- trice de la Principauté. C’est aussi à cette époque, en 1637, sous le règne de mon lointain ancêtre le Prince Honoré II, qu’une première relique de la Sainte est cédée à son île natale, confiée aux jésuites de Bastia. En 1728, le Prince Antoine Ier en offre une autre, ce qui permet aux autorités de commencer à demander au Saint-Siège que Dévote soit reconnue comme patronne de toute la Corse. Ce fut fait en 1820. Cette coopération séculaire pour la promotion du culte de Sainte Dévote a pleinement justifié, en 2009, le jumelage de Lucciana, siège de l’ancien évêché de Mariana-Bastia, à la commune de Monaco. C’est aussi pourquoi, vous avez souhaité, Monsieur le Maire, rejoindre le réseau des Sites historiques Grimaldi de Monaco, fondé en 2015 à l’initiative du regretté Jean-Claude Guibal, alors député-maire de Menton et président du groupe d’amitié France-Monaco à l’Assemblée nationale. Cela fait plusieurs années que Lucciana appartient à cette association de promotion culturelle et touristique, mais je n’avais pas eu l’occasion, jusqu’à présent, de venir dévoiler officiellement avec vous, Monsieur le Maire, le panneau signalétique d’appartenance. Je suis très heureux que vous ayez ainsi souhaité montrer à tous ceux qui entrent dans votre commune la marque que l’histoire a forgée entre votre territoire et Monaco. En retour, je peux vous confirmer que Lucciana sera parmi les collectivités invitées à la 4e Rencontre des Sites historiques Grimaldi, qui aura lieu les 10 et 11 juin prochains sur la place du Palais. Vous pourrez y exposer pendant deux jours vos savoir-faire, vos productions, votre culture. Mais revenons à l’histoire, à l’histoire antique et médiévale que s’assigne à raconter le musée que nous inaugurons aujourd’hui. Certainement à la même époque que Dévote, on sait main- tenant, grâce aux dernières fouilles, que le culte de Mithra, d’origine iranienne, concurrent du christianisme et réservé à des initiés, était pratiqué à Mariana. C’est dire le degré d’ouver- ture de la colonie romaine et le creuset que devait être la population locale de l’époque. Le christianisme triomphe, et, au Ve siècle, avec l’effondrement de l’empire romain, une nouvelle période s’ouvre ; une nouvelle strate culturelle finit de s’ajouter à la précédente. La nouvelle cathédrale, A Canonica, consacrée au début du XIIe siècle à Santa Maria Assunta, témoigne d’un temps de prospérité de ces lieux, qui prend fin au XIIIe siècle, lorsque la plaine, insalu- bre, est abandonnée au profit des hauteurs.
C’est tous ces processus d’un temps long, fondateurs de l’identité de la Corse, que nous pou- vons aujourd’hui mieux appréhender grâce à l’espace d’interprétation que constitue le musée. En contemplant cette construction, sobre et belle, qui se présente comme un long balcon ouvert sur les vestiges des époques qu’il raconte, tout en étant parfaitement intégrée à la topographie de votre plaine, j’ai la conviction que l’histoire ne sera pas, ici, une célébration vaine du passé. Elle sera, au contraire, comme un chemin tracé devant nos pas. Car si l’his- toire, comme le disait Hérodote, permet d’empêcher que les actions éclatantes des hommes qui nous ont devancés, ne tombent dans l’oubli, le musée est « le seul lieu du monde qui échappe à la mort », ainsi que l’écrivait André Malraux dans Les voix du silence. Lui qui voyait l’art comme un « antidestin », comme une « présence dans la vie de ce qui devrait appartenir à la mort », aurait donc probablement vu dans votre musée un « anti-cimetière », tout sauf une nécropole poussiéreuse. Donc une grande réussite. Merci encore à tous ceux qui l’ont rendue possible. »
Les discoursÉvidemment, par commodité, on continuera de l’appeler « Musée de Mariana ». Mais l’acte symbolique ayant consisté à lui donner le nom du Prince Rainier III de Monaco revêt la plus grande importance car il scelle à tout jamais les liens d’amitié qui, tissés il y a vingt ans et consolidés il y treize ans de cela par le jumelage, ont prolongé de la plus belle manière une connexion multiséculaire et à caractère religieux, entre la Principauté et la commune de Lucciana. Un musée qui, tout en donnant du corps et de la spiritualité à cet attachement réciproque entre les deux communautés, a aussi l’immense mérite de combler un vide en se faisant, pièce par pièce, galerie par galerie, le témoin de ce que fut la vie des populations locales durant l’Antiquité et la période médiévale.
Un bâtiment qui, avec ses lignes épurées, en impose. Comme le devoir de mémoire s’est imposé à la municipalité de Lucciana en lui dictant celui d’ériger à son tour, à proximité immédiate du site antique de Mariana, un temple dédié, non pas à la divinité Mithra comme l’avaient fait les Romains de la colonie de Mariana mais à la transmission. En donnant à découvrir à nos contemporains, à travers tous les objets qui font sa richesse, ce qu’était la vie de leurs ancêtres qui, en ces lieux, cultivaient la terre et commerçaient en Méditerranée.
8
Temple
de la transmission
Inauguration du musée de MarianaQuinze mois après l’ouverture au public de ce musée, un parterre d’élus locaux, de parlementaires, d’institutionnels mais aussi des habitants de la commune est donc allé à la découverte des 1 700 pièces qu’il contient dont chacune, même la plus modeste, constitue en elle un trésor au regard de ce long voyage dans le temps auquel elle a résisté.
Des richesses patrimoniales qui méritaient d’autant plus, après ce périple statique de 2 000 ans, d’être non seulement préservées mais précieusement étalées aux yeux de tous, avec l’espoir de devoir, dans les années à venir, les rapprocher les unes des autres, créer de nouvelles vitrines, ouvrir de nouveaux espaces au sein de la structure. Non seulement parce sa labélisation « musée de France » va permettre au musée de Mariana d’accueillir des collections en provenance d’autres lieux de mémoire, mais aussi parce que la réserve archéologique de Lucciana s’est agrandie de quatre hectares. Avec les promesses dont cette acquisition foncière est porteuse en termes de nouvelles découvertes.
© J3COMINFO
Les discours
910
« Nous voici enfin réunis après bien des péripéties pour inaugurer ce musée labellisé « Musée de France » auquel a été donné le nom de Prince Rainier III de Monaco. Cette belle symbolique est le fruit d’un rapprochement autour d’un lien cultuel très fort qui a débuté par le baptême d’une jetée emblématique du nom d’une commune française. Nous nous devions d’être à la hauteur et je ne cache pas la joie qui est la mienne d’avoir, avec mes équipes municipales, réussi ce pari.
Au cours de ces vingt ans, malgré les aléas inhérents à un projet de cette envergure, le soutien des partenaires institutionnels ne s’est jamais démenti. De l’Assemblée de Corse qui, en 1995, l’avait inscrit dans ses grandes orientations à la Direction régionale des Affaires culturelles qui n’a pas ménagé sa peine pour nous guider dans la démarche scientifique. Le soutien a été permanent et bienveillant. Je n’oublie pas les comités de pilotage sur la muséographie, au sein du ministère de la Culture. Il en a été de même au niveau des financements pour une enveloppe qui est passée, en vingt ans, d’une estimation de 8 millions d’euros à un résultat final de 10,5 millions d’euros. Ce musée de site archéologique, indispensable pour la sauvegarde de notre patrimoine, va nous permettre de mieux connaître notre histoire pour la période manquante dans la chronologie historique de la Corse, le paléochrétien et le médiéval. Les fouilles archéologiques menées par la regrettée Geneviève Moracchini-Mazel nous ont permis de disposer de collections pour étayer remarquablement notre démarche muséographique et surtout obtenir le label « Musée de France ».
Depuis trente ans, les démarches pour mobiliser du foncier archéologique se sont multipliées pour arriver à un potentiel de sept hectares. Nous avons exaucé le vœu de Geneviève de jouxter à notre projet un Centre de recherches qui porte son nom et qui sera bien utile à l’avenir pour expertiser et valoriser les découvertes qui ne manqueront pas de nous réjouir et de nous émouvoir, aussi bien autour de Mariana que dans les bassins versants du Golu, du Fiumaltu, du Bevincu et de l’Aliso. Avec les conseils et l’assentiment de nos précieux partenaires de l’Inrap, du Conservatoire du Littoral et de la Fagec, nous avons pris les bonnes directions pour le parc archéologique pour lequel une première phase d’aménagement a démarré. Le projet de déviation routière de la route de la Canonica est entré aujourd’hui dans sa phase opérationnelle et permettra une large cohérence dans la gestion de ce site. Un diagnostic a été réalisé sous l’égide des Monuments Historiques à la chapelle de San Parteo qui est le corollaire de la cathédrale de Mariana, située à un peu plus à l’ouest. L’appel à concours pour la maîtrise d’œuvre va être prochainement lancé et nous devons remercier la Fondation du Patrimoine de s’y intéresser de près. Nous n’aurons garde d’oublier la petite chapelle de San Michele, sur le piémont de Lucciana. Datée du IXe siècle, elle était un point de rassemblement des populations pastorales de l’époque. constituera le point d’orgue de cette belle aventure.
En vingt-cinq ans de bataille, de nombreuses personnalités, érudites dans leur domaine respectif, se sont dévouées pour nous conseiller et nous épauler. Je citerai en premier Joseph Cesari, responsable du service archéologique de la DRAC, qui nous a permis de jeter les bases du projet et de persuader le ministère de la Culture de l’opportunité de la démarche.
« Le soutien de tous a été
Inauguration du musée de Mariana11
Cette rigueur, nous y avons toujours été fidèle. Elle a, tout au long de ces années, rassuré nos partenaires sur la conduite à bonne fin de cette opération. Je tiens à remer- cier une deuxième personne, il s’agit de notre conseiller juridique Pierre-Paul Muscatelli qui, par son honnêteté intellectuelle et sa loyauté, nous a protégés de tous les dérapages possibles. J’associe à ces remerciements les Exécutifs de Corse et les Préfets des deux départements successifs pour leur diligence et celle de leurs services, ainsi que la Principauté de Monaco pour son accompagnement à chacune des étapes de cette aventure. Je veux enfin saluer le soutien déterminant de Paul Giacobbi auprès des autorités pour obtenir les compléments de financement indispensables aux impératifs scientifiques et aux acquisitions foncières et sa contribution à la désignation d’un architecte de renommée européenne. Un soutien indéfectible dont Gilles Simeoni a pris le relais avec une détermination sans faille pour la phase finale de la réalisation. Merci encore à la Collectivité de Corse qui a nous détaché Patrick Robin dont la rigueur et l’honnêteté se sont avérées précieuses pour la bonne conduite du chantier. Comment ne pas remercier Pierre-Louis Faloci et son équipe ainsi que toutes les entreprises impliquées dans cette opération. Un merci particulier à un ami de Mariana, Vincent Guichard, directeur général du centre archéologique de Bibracte, qui nous a guidés dans la dernière ligne droite et conseillés sur le choix des assistants à maîtrise d’ouvrage. Je n’oublierai évidemment pas mes services, toujours mobilisés et, bien sûr, l’équipe du musée réunie autour d’Ophélie de Peretti. Chers amis, nous avons réussi notre pari. Cari amici avveme riescudu nostra scumessa. Evviva Lucciana ! »
permanent et bienveillant »
José GALLETTI
Maire de Lucciana
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Les discours12
« La place centrale de Lucciana
reconnue à sa juste valeur »
« C’est une grande joie d’inaugurer le
nouveau musée archéologique de
Mariana - Prince Rainier III de Monaco.
Cette construction est d’abord le fruit
d’un admirable travail mené depuis des
années par les chercheurs, que nous
félicitons chaleureusement. À travers
leurs fouilles, ils ont su mettre en lumière
l’importance de ce site dans l’histoire de
notre île. De la fondation d’une colonie
romaine il y a deux millénaires à l’ins-
tallation du premier évêché corse, puis
à l’édification de la cathédrale toujours
visible depuis ce site, la place centrale
de Lucciana pour la Corse est désor-
mais documentée et reconnue à sa
juste valeur (…) L’édification de ce site
a été rendu possible par l’implication
sans faille des moyens et services de
l’État. Conjointement avec la Principauté
de Monaco, la Collectivité et la ville de
Lucciana, l’État a toujours cru en la nécessité et l’ambition d’un tel projet, nécessairement inscrit dans le temps long. D’architecture contemporaine, le musée archéologique s’inscrit parfaitement dans le paysage, tout en le préservant. Je tiens à saluer Pierre-Louis Faloci, le concepteur du projet, pour ce travail remarquablement pensé. C’est que l’architecture du lieu est à l’image de son ambition : celle d’une archéologie moderne et accessible. Espace ouvert aux savants comme aux voyageurs de passage, le musée prévoit des parcours adaptés à chacun. Les dizaines de milliers de visiteurs attendus chaque année pourront dès lors s’épanouir pleinement. En plus du musée, le site accueille un Centre de recherches qui doit permettre aux historiens et archéologues de continuer à travailler à l’exhumation des traces du passé, en employant des techniques toujours plus précises au service du savoir. L’archéologie et l’histoire insulaires pourront donc progresser encore, et avec elles, notre compréhension profonde de ce que nous sommes. Enfin, l’attribution par l’État du label « Musée de France » permet à cet établissement, en l’intégrant à un riche réseau d’institutions culturelles, de tisser des liens avec d’autres mu- sées pour favoriser les collaborations et les échanges. L’on ne peut que se féliciter qu’un établissement comme le Louvre ait d’ores et déjà ouvert la voie aux nécessaires transferts d’œuvres qui permettront de compléter encore ces déjà riches collections, et, partant, la connaissance de notre histoire.
Des années de travail auront donc été nécessaires pour exhumer cette part, deux fois millénaire, de l’histoire corse et lui offrir pour écrin un musée dont la contemporanéité architecturale rappelle le lien indéfectible qui unit le passé au présent (…)
Amaury de Saint-Quentin
Préfet de Corse
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Inauguration du musée de Mariana13
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Les discours« Il me vient à l’esprit un antique proverbe venu d’Orient : « Si ce que tu as à dire n’est pas plus beau que le silence, alors tais-toi. » Après les trois discours que je viens t’entendre et qui disent tout de la solennité du moment et de ce qu’il représente pour nous qui avons le privilège de le vivre, je serais enclin à me taire. Que pourrais-je donc bien ajouter ? Simplement quelques mots…
Au nom de la Collectivité de Corse que je représente ici avec plusieurs membres du Conseil exécutif, des présidents d’agences et offices et des élus de l’Assemblée de Corse, au nom de ce Peuple corse que vous aimez tant, Monseigneur, je vous dis combien nous sommes fiers, heureux et émus de vous accueillir, vous et les représentants de votre délégation et membres du gouvernement de la Principauté qui sont à vos côtés.
Vous avez tout à l’heure cité les mots d’André Malraux qui déclarait que le musée était le seul lieu au monde à échapper à la mort. Toutes et tous nous cherchons désespérément à échapper à la mort, mais lorsque la mémoire de notre histoire, de notre culture, de notre savoir, se transmet de génération en génération, c’est aussi une façon de dire que, finalement, la vie est éternelle. Vous êtes le digne héritier d’une longue lignée souveraine de plus de sept siècles, une famille à la tête d’un État qui domine la Méditerranée, et je me permets de m’associer à l’émotion qui est la votre à l’évocation de votre père dont le passage à Mariana date de près de vingt ans. Une visite mémorable qui est, au sens figuré et désormais au sens propre, gravée dans le marbre.
« Les millénaires passent
Gilles Simeoni
Président du Conseil
Exécutif de Corse
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14
reste profondément
Inauguration du musée de Marianamais le Peuple corse
Mais ce que vous n’avez pas pu dire et ce que je m’autorise à dire à votre place, c’est que vous représentez pour Lucciana, pour son maire, pour sa population, mais également pour la Corse et même bien au-delà dans ce monde méditerranéen que par votre engagement et votre action vous vous efforcez de rendre meilleur, plus juste et plus durable. Personne ici n’ignore l’ami et le soutien fidèles que vous êtes pour cette commune, pour cette île et pour ces montagnes lointaines du Niolu si chères au député Acquaviva ; personne ici n’ignore le soutien déterminant que vous avez apporté quand il s’est agi de se battre pour le Sanctuaire Pelagos qui protège les mammifères marins. Et le soutien que vous demeurez en permanence pour faire prévaloir les exigences du développement durable sur toute autre considération, en particulier la rentabilité économique. Ces combats que vous menez, y compris de façon discrète à l’abri des projecteurs médiatiques, font écho à l’exigence fondamentale qui nous impose à tous ne de pas continuer à maltraiter notre planète comme nous le faisons.
Monseigneur, que vous ayez choisi d’être ici aujourd’hui, avec nous, est un immense honneur dont nous prenons la pleine mesure.
Les préfets et les présidents de Conseil exécutif passent, le maire de Lucciana perdure. Je sais ce qu’il vous a fallu, cher José, de pouvoir de conviction, combien d’efforts et d’abnégation il vous a fallu consentir, combien d’épreuves il vous a fallu surmonter pour emporter l’adhésion à toutes les étapes du projet, faire admettre son bien-fondé, obtenir les financements, le si précieux label ministériel, le permis de construire, etc. Mais, au final, quelle réussite !
Ce bâtiment fait sens par ce qu’il est, il fait sens par ce qu’il contient, et c’est assurément un des enjeux les plus hauts de l’architecture que celui de réconcilier le sens et le bâti. Imaginons, juste un moment, la vie des femmes et des hommes ici même, où nous sommes, il y a deux mille ans, qui travaillaient cette terre et tournaient leur regard vers la Méditerranée et l’archipel toscan que le soleil nous révèle tous les matins. Nous sommes sur leurs traces. Grâce à ce musée, grâce aux femmes et aux hommes qui ont choisi de consacrer leur vie à l’archéologie et au passé, le présent et le futur s’éclairent. Chacun de nous a construit une petite part de cette chaîne des temps qui relie les générations et qui fait que ce Peuple corse, qui a tellement changé au fils des siècles et des millénaires, reste profondément lui-même sur une terre baignée de religion, imprégnée de foi, immuables dans ses pratiques cultuelles où s’interpénètrent le païen et le sacré, l’expression de ce que nous sommes intimement, viscéralement.
Grâce à vous, José, grâce à vous, Monseigneur, grâce à toutes celles et tous ceux qui ont apporté leur pierre à cet édifice, parfois de façon modeste, nous permettons à ce passé d’être à la fois notre présent et notre avenir. »
15
Les discours
lui-même »« Que Dieu tout-puissant
bénisse ce musée »
Mgr François-Xavier Bustillo : « C’est un privilège d’être ici et d’avoir béni ce lieu. Un musée, c’est un lieu de mémoire et la mémoire nous sauve de l’amnésie. Un musée pour un peuple, pour une région, pour une nation, préserve de l’oubli. Pour les jeunes actuels et les générations futures, il est donc primordial d’avoir un endroit, un magnifique endroit, qui rappelle leurs origines, d’où ils viennent, les traces tangibles de leur histoire commune. De même, c’est une sacrée responsabilité de se demander : » Et nous, aujourd’hui, que faisons-nous, quelles traces allons-nous laisser ? » Nous vivons dans le monde du virtuel, tout va très vite, et nous avons tendance à oublier que nous avons des racines et que nous sommes tournés vers l’avenir. Un musée arché-ologique - arché en grec signifie le commencement - a une dimension introspective, c’est un lieu où on peut se poser, regarder, méditer sur la mémoire d’un peuple et sur ce que ses ancêtres ont accompli. Vous savez, cela fait beaucoup de bien. »
Une demande adressée au ciel conjointement formulée
par les deux évêques réunis, de la Principauté et de la Corse
qui donnent leur sentiment
© J3COMINFO
16
Inauguration du musée de MarianaMgr Bernard Barsi : « Je suis émerveillé par
la réalisation de ce musée qui est l’aboutis-
sement de beaucoup d’efforts consentis sous
la protection de Sainte-Dévote qui a érigé un
pont spirituel entre la Corse et la Principauté.
C’est une chose importante non seulement
pour l’histoire qui renvoie à la connaissance
de soi-même mais aussi pour la transmis-
sion. Une histoire romaine et chrétienne s’est
déroulée ici, sur une terre de foi. Chaque
année à Monaco, le 27 janvier, nous célé-
brons Sainte-Dévote, notre patronne et ainsi
nous nous connectons à Lucciana, commune
sœur, et à l’ensemble de la Corse avec
beaucoup de joie et d’enthousiasme. J’étais
déjà ici il y a vingt ans, en 2002. J’avais
organisé une session avec les jeunes prêtres
dans le Cap-Corse. Nous avions reçu la visite amicale de M. Galletti. Un courant de sympathie s’est aussitôt installé. Il nous a fait visiter Mariana. J’en ai parlé au Prince Rainier III qui tout de suite adhéré à l’idée de fêter de 17e centenaire par un pèlerinage sur le site même du martyre. En quelque sorte, depuis, nous ne nous sommes plus perdus de vue… »
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17
La bénédiction et le rubanPierre-Louis Faloci, l’architecte
« Une aventure
architecturale
exceptionnelle »
« Ce que j’ai pu entendre à pro-
pos de l’architecture du musée me
touche profondément. Je n’ai pas
eu le sentiment d’une aimable flagornerie mais
d’une vraie sincérité. Je crois que tout le monde
a compris que cela avait été compliqué avec
notamment les longues parenthèses sanitaires.
Mais les aventures les plus éprouvantes sont
aussi les plus gratifiantes.
Je crois que ce qui a séduit, c’est que la mo-
dernité proposée s’intègre parfaitement pour ne
pas dire qu’elle entre en osmose avec un site
chargé d’une histoire qui remonte à l’Antiquité.
C’est pour moi le plus beau compliment. Le
bâtiment qui collectionne les audaces technolo-
giques donne l’impression qu’il a toujours été là.
Je suis venu souvent la Corse, la mer, la mon-
tagne, les parfums et le silence de toutes les
saisons. À lui seul, le vis-à-vis avec la masse
architecturale de la Canonica m’offrait la pers-
pective d’une aventure architecturale exception-
nelle comme celle que j’avais
vécue à l’antique cité gauloise
de Bibracte au pied du Mont-
Beuvray dans le Morvan. L’idée
de soulever cette masse s’est
naturellement imposée à nous.
Puis, nous l’avons sculptée
pour découper des vues et aller
chercher de grands cadrages
sur les paysages latéraux côté
mer et côté montagne. Tout
est question de dispositif optique. Le fait de se
trouver sur une zone inondable avec des me-
naces que laisse planer la transformation de la
planète nous a conduit à anticiper en hissant le
bâtiment au-dessus du lit du Golo. Par ailleurs,
pour les matériaux, mon obsession était de les
dénicher sur place dans un rayon de quelques
kilomètres, un défi que nous avons relevé avec
l’entreprise locale de gros œuvre Terraco qui a
multiplié les prouesses techniques. Ensemble,
nous avons prélevé dans un petit périmètre
agrégats de sol, agrégats de revêtement, galets
et bois. Aussi, ce musée, à la fois d’une grande
modernité et digne du passé qu’il vient subli-
mer, semble jaillir du plus profond de la Corse.
Il est dans son élément naturel et familier. La
construction de ce musée m’a donné l’âme d’un
archéologue… »
©
J3COMINFO
18
Dates clés
Un siècle
avant JC
Le général Caius
Marius fonde une
colonie romaine
1839
Prosper Mérimée,
alors inspecteur
général des
Monuments
historiques,
mentionne la cité
de Mariana dans
le rapport de sa
tournée insulaire
1936
Les pionniers Louis Leschi
et Albert Chauvel réalisent
les premiers sondages.
Huit, au total, étalés sur
deux années
Avril 1951
Geneviève Moracchini-Ma-
zel arpente le site de la
Canonica pour la première
fois. Sous sa direction, les
fouilles reprendront sept
ans plus tard et révèleront
la cité antique et le
complexe paléochrétien
1995
L’Assemblée de Corse sous
la présidence de Jean-Paul
de Rocca-Serra inscrit le projet
culturel d’un musée de site
archéologique dans ses
« Grandes orientations »
9 juin 2003
Autour du Prince Rainier III
de Monaco, de son fils le Prince
héritier Albert et de l’évêque de la
Principauté, Mgr Bernard Barsi,
deux cents pèlerins monégasques
célèbrent à Mariana le 1700e
anniversaire du martyre de Sainte
Dévote
Inauguration du musée de MarianaGeorges Marsan, maire de Monaco
« Un rapprochement
fort et durable »
« Cette inauguration est un aboutisse-
ment et un commencement. L’aboutis-
sement d’une belle aventure humaine
entre les communautés de Monaco et
de Lucciana qui jouissent de la bienveil-
lance commune de Sainte-Dévote. Elle
a pris son ancrage avec la visite officielle
- la dernière - du Prince Rainier III sur ce même
site voici bientôt vingt ans. Aux liens cultuels se
sont rapidement greffés des liens amicaux, je
dirais même fraternels, grâce à la personnalité
du maire de Lucciana, José Galletti.
Ainsi, nous avons pu jeter les bases d’un jume-
lage, concrétisé en 2009, venu non seulement
formaliser mais renforcer nos relations. Voilà ce
qui m’autorise à parler aussi de commencement
car l’avenir est rempli de promesses en termes
de rencontres et d’échanges. Que la digue la
plus emblématique du port Hercule porte le
nom de Lucciana a été l’expression de ce rap-
prochement fort et durable entre la Principauté
et la Corse. Il s’est déjà manifesté à travers des
rencontres cultuelles, culturelles et sportives.
Le projet de ce musée
auquel nous étions dès
le départ attaché, nous
l’avons suivi au fil des
années avec autant de
passion que de
bienveillance.
À titre personnel, je suis
venu quelques fois
constater les progrès de
sa construction à
l’invitation du maire.
Je ne suis donc pas
vraiment surpris par la richesse de ses
collections et la beauté de leur écrin.
L’ouverture d’un musée, c’est toujours un
évènement. L’intérêt est historique, patrimonial,
artistique mais sa situation à proximité d’une
des plus importantes plaques tournantes
aériennes de la Corse lui confère également
un intérêt économique. Les visiteurs perdraient
beaucoup à passer si près sans en franchir le
seuil…»
©
J3COMINFO
19
Témoignages
22 juin 2021
Les portes du musée
Prince Rainier III de
Monaco sont ouvertes au
public
26 septembre 2009
Le jumelage entre les communes de
Lucciana et de Monaco est scellé par
la signature d’un Serment au cours de
cérémonies officielles civiles et
religieuses. La « première pierre »
du musée est symboliquement posée
2012
Obtention du label « Musée de
France » sous l’impulsion du ministre
de la Culture, Frédéric Mitterrand
2014
Le permis de construire pour la
réalisation du musée est déposé
Octobre 2016
Premier coup de pioche pour
le creusement des fondations
2017
La fouille préventive de l’Inrap
permet la découverte
spectaculaire et inédite des
vestiges d’un temple dédié
au dieu Mithra
6 septembre 2022
L’inauguration
officielleGilles Simeoni,
SAS le Prince Albert II
Amaury de Saint Quentin
et José Galletti
autour du buste
de Caius Marius
le fondateur de Mariana
Les explications de l’architecte Pierre-Louis Folacci...
et de la directrice Ophélie de Peretti
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© MAIRIE DE LUCCIANA
Directeur de la publication : José Galletti. Rédaction et maquette : J3COMINFO. Impression : EtoileVega
Visite guidée par la directrice du musée
« Le musée
est un des lieux
qui donnent la
plus haute idée
de l’homme »
André Malraux