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unknown - Communauté de communes - Centre Corse - 2026E1011
Document publié le Jeudi 1 janvier 2026
Lien du pdf (unknown - Communauté de communes - Centre Corse - 2026E1011)
Thèmes du document : Environnement, Investissement et développement économique, Changement climatique,
COLLECTIVITE DE CORSE
RAPPORT
N° 2026/E1/011
ASSEMBLEE DE CORSE
1 ERE SESSION EXTRAORDINAIRE DE 2026
REUNION DES 29 ET 30 JANVIER 2026
RAPPORT DE MADAME
LA PRESIDENTE DE L'ASSEMBLÉE DE CORSE
CORSICA PRUSPETTIVA 2050 - 4 SCENARII PER A
CORSICA À LONG'ANDÀ
CORSICA PRUSPETTIVA 2050 - 4 SCÉNARIOS POUR LE
FUTUR DE LA CORSE
COMMISSION(S) COMPETENTE(S) : Commission du Développement Economique, du Numérique, de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement
Commission de l'Education, de la Culture, de la Cohésion Sociale
et des Enjeux Sociétaux2
RAPPORT DE MADAME LA PRESIDENTE DE L'ASSEMBLEE DE CORSE RAPORTU DI A SIGNORA PRESIDENTE DI L'ASSEMBLEA DI CORSICA
Adoptée à la fin de l’année 2022 par l’Assemblée de Corse, la démarche Corsica Pruspettiva 2050 a pour objectif de doter l’Assemblée d’un cadre structuré de réflexion de long terme, permettant d’éclairer l’action publique face aux grandes mutations susceptibles de transformer le territoire à l’horizon d’une génération.
Après plusieurs étapes ayant donné lieu à des rapports d’information devant l’Assemblée de Corse, la démarche aboutit aujourd’hui à la formalisation de quatre scénarios prospectifs pour la Corse à l’horizon 2050, présentés dans un rapport en annexe.
I. Une démarche pilotée par le laboratoire de prospective et fondée sur un socle partagé
Depuis son lancement, Corsica Pruspettiva 2050 est pilotée par un laboratoire de prospective, groupe de réflexion réunissant des représentants de l’ensemble des groupes politiques de l’Assemblée de Corse, des personnalités qualifiées, ainsi que des représentants des instances consultatives (CESECC et Assemblea di a Giuventù) et du Conseil exécutif.
Par sa composition pluraliste, le laboratoire garantit le caractère à la fois politique, transversal et non normatif des travaux menés.
Afin d’ancrer la prospective dans le présent, Corsica Pruspettiva s’est dans un premier temps attaché à figer un diagnostic. Il a consisté en l’élaboration d’un document dit « de temps 0 », présenté par l’Assemblée de Corse en juillet 2023, réunissant les travaux existants de la Collectivité de Corse, des observatoires territoriaux et des institutions nationales et européennes, afin de dresser un état des lieux transversal des dynamiques démographiques, économiques, sociales, territoriales et environnementales.
Ce premier socle analytique a été enrichi par le regard de personnalités qualifiées et par un partenariat avec l’OCDE, ayant abouti, en 2024, à la première étude internationale consacrée à la Corse.
À partir de ces travaux, le laboratoire de prospective a identifié cinq enjeux majeurs pour l’avenir du territoire, déclinés en 24 variables clés. L’analyse des tendances, des incertitudes et des interdépendances entre ces variables a conduit à la production du socle prospectif, présenté à l’Assemblée de Corse le 2 octobre 2025. Ce document constitue la base analytique commune sur laquelle reposent les scénarios aujourd’hui présentés.
Parallèlement, la démarche a intégré une dimension participative, à travers un cycle de conférences publiques et des ateliers associant le CESECC et l’Assemblea3
di a Giuventù. Ces travaux ont permis de confronter l’analyse technique aux représentations sociétales du futur, et d’identifier les écarts entre trajectoires jugées souhaitables et trajectoires perçues comme probables.
II. Les scénarios prospectifs : un cadre de réflexion ouvert, au service du débat parlementaire
Sur la base du socle prospectif, Corsica Pruspettiva a engagé un travail d’élaboration d’hypothèses d’évolution, construites avec un panel d’experts corses, nationaux et européens. Enfin, la combinaison de ces hypothèses par le laboratoire de prospective lors d’un atelier de travail le 15 décembre 2025 a conduit à la formulation de quatre scénarios prospectifs, présentés dans le rapport annexé.
Ces scénarios ne sont ni figés, ni clos. Ils ne constituent ni des prévisions, ni des trajectoires arrêtées, et ne sauraient être interprétés comme des orientations prescriptives ou normatives. Ils ont vocation à vivre dans le débat, à évoluer au contact des analyses, des sensibilités politiques et des retours de terrain exprimés par les élus et les instances consultatives. La prospective ainsi conçue ne vise pas à figer l’avenir, mais à en explorer les possibles, en éclairant les mécanismes à l’œuvre sans jamais préempter les choix qui relèvent de la décision politique. À ce titre, ils doivent être appréhendés comme un support de réflexion, un outil mis à la disposition des élus de l’Assemblée de Corse, au service de l’exercice de leur mandat. Ils peuvent nourrir les travaux des commissions, éclairer l’examen des politiques publiques, contribuer à l’évaluation de stratégies territoriales ou à l’anticipation des effets de décisions prises aujourd’hui.
Sur le fond, si les scénarios sont détaillés dans le rapport annexé, les travaux du laboratoire de prospective mettent en évidence deux données d’entrée majeures, communes à l’ensemble des trajectoires explorées, et structurantes pour l’évolution de l’ensemble des autres variables : la démographie et le changement climatique.
Les dynamiques démographiques constituent un déterminant transversal, tant par leurs effets directs sur les finances publiques, le marché du travail, le système de santé ou le logement, que par leurs interactions avec les équilibres territoriaux, les mobilités et la cohésion sociale. Les scénarios montrent que, quelles que soient les trajectoires envisagées, les évolutions de la population – en volume, en structure par âge et en composition – conditionnent fortement les marges de manœuvre de l’action publique et la soutenabilité des choix collectifs à long terme.
Parallèlement, le changement climatique apparaît comme une contrainte systémique largement partagée par l’ensemble des scénarios. Les travaux du laboratoire de prospective montrent que, à l’horizon 2050, les principaux effets globaux du réchauffement climatique – élévation des températures, accroissement des sécheresses, intensification des événements extrêmes, pression sur les ressources naturelles et les écosystèmes – constituent des évolutions certaines, indépendamment des trajectoires retenues. Les différences entre scénarios ne portent donc pas sur la réalité ou l’ampleur de ces effets globaux, mais sur la capacité collective du territoire à s’y adapter. Elles tiennent aux choix réalisés en matière d’anticipation, de gouvernance, d’investissement public, de transformation des modèles économiques et d’organisation territoriale. Selon les trajectoires explorées, le changement climatique peut ainsi être subi comme une contrainte déstabilisatrice, ou au contraire intégré comme un paramètre structurant de l’action publique, conditionnant la résilience du territoire et la soutenabilité de son développement.4
La présentation des scénarios prospectifs marque l’aboutissement d’une première étape structurante de Corsica Pruspettiva 2050. Elle ne constitue en aucun cas un point d’arrivée.
Conformément à l’esprit dans lequel la démarche a été engagée, cette prospective se veut ouverte et évolutive, comme un outil d’anticipation et de réflexion, qui projette sans figer, éclaire sans déterminer. En ce sens, la prospective engagée doit être comprise comme un bien commun de l’Assemblée de Corse, mis au service de ses élues et élus pour nourrir, dans la durée, l’exercice de leur mandat et la qualité du débat démocratique.4 SCENARII PER A CORSICA
À LONG'ANDÀ
4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSECONTRIBUTEURS : Cabinet de la Présidence de l’Assemblée de Corse, Secrétariat général de l’Assemblée de Corse
DIRECTION DE LA PUBLICATION : Présidence de l’Assemblée de Corse
CITATION D’USAGE : Assemblée de Corse, 2025. Corsica Prus- pettiva 2050, 4 scénarios pour le futur de la Corse, 140 pages.
DATE DE PUBLICATION : Janvier 2025
© Assemblée de Corse, 2025
Avertissement :
Ce rapport est le résultat d’un travail exploratoire mené par le laboratoire de prospective de l’Assemblée de Corse en collaboration avec 50 experts.
La lecture de ces scénarios peut se faire de la page 47 à la page 80. Ils ne sont pas exclusifs de la production d’autres visions du futur qui pourraient être construites par le laboratoire de prospective en collaboration avec les acteurs du territoire dans les mois à venir.
2Table des matières
INTRODUCTION
I. ORGANISATION DES TRAVAUX ET MÉTHODOLOGIE
II. DIAGNOSTIC ET CONSULTATIONS PRÉLIMINAIRES
1. Le diagnostic de temps 0
2. Le regard des personnalités qualifiées
3. Le regard de l’OCDE
4. Les conférences citoyennes
5. Les visions du CESECC et de l’Assemblea di a Giuventù
III. ENJEUX, TENDANCES ET INCERTITUDES À L’HORIZON 2050 POUR LA CORSE
1. Aperçu général des 5 enjeux principaux et des variables clés
2. Tendances et incertitudes de chaque variable
3. Quelques données chiffrées
4. Hypothèses d’évolution par variable formulées par le groupe d'experts
5. Micro-scénarios par enjeu
IV. SCÉNARIOS
1. Scénario 1 : Croissance non durable, tensions et repli
2. Scénario 2 : Croissance appauvrissante et adaptations subies
3. Scénario 3 : Repositionnement stratégique global mais polarisé
4. Scénario 4 : Compétences et innovations au service d’un développement
territorial durable
CONCLUSION ET PERSPECTIVES
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
ANNEXES
• Annexe 1 : Les visions du CESECC et de l’Assemblea di a Giuventù
• Annexe 2 : Le premier tableau morphologique
• Annexe 3 : Le deuxième tableau morphologique
• Annexe 4 : Les micro-scénarios
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4
CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSE 3Introduction
Lancée fin 2022 par la Présidente de l’Assemblée de
Corse, la démarche Corsica Pruspettiva 2050 mène
une réflexion de long terme sur les transforma-
tions susceptibles de façonner l’avenir du territoire
à l’horizon d’une génération. Elle intervient dans un
contexte d’accélération des mutations climatiques,
démographiques, sanitaires, géopolitiques, technolo-
giques, économiques et sociales.
En croisant ces dynamiques, Corsica Pruspetti-
va 2050 propose une lecture des changements à
l’œuvre et des effets combinés qu’ils peuvent pro-
duire à l’échelle de l’île, afin d’éclairer les décisions
politiques de long terme en proposant une vision
globale des évolutions possibles, au-delà des seuls
signaux conjoncturels.
Pour l’Assemblée de Corse, l’ambition est quadruple :
renforcer la compréhension des changements et
enjeux à venir ;
élargir la focale pour voir plus loin et plus global ;
éclairer la complexité du territoire par une ap-
proche systémique dépassant la segmentation
classique par politique publique ou par secteur ;
contribuer à une lecture partagée et objectivée
des réalités à l’œuvre.
Cette prospective vise ainsi à construire un outil d’aide
à la décision à destination des élus de l’Assemblée
de Corse, afin de mieux appréhender l’impact des
grandes tendances globales de long terme ou des
chocs exogènes sur l’île. Elle participe également au
renforcement de l’expertise interne de l’Assemblée
de Corse, en consolidant une compréhension fine
des dynamiques extérieures et de leurs interactions
avec les spécificités insulaires, afin d’accompagner
des décisions stratégiques inscrites dans la durée.
Corsica Pruspettiva 2050 est pilotée par un labo-
ratoire de prospective composé d’un représentant
par groupe politique de l’Assemblée de Corse, de six
personnalités qualifiées ainsi que d’un représentant
par instance consultative de l’Assemblée (CESECC
et Assemblea di a Giuventù). Elle a fait appel à plu-
sieurs dizaines d’experts corses, français et euro-
péens en fonction des thématiques et enjeux trai-
tés, dans le cadre d’entretiens, de groupes de travail,
ou de conférences publiques.
ANGELINI Jean-Christophe
Membre du groupe Avanzemu
BATTESTINI Serena
Membre du groupe Core in Fronte
CHIARELLI-LUZI Vannina
Membre du Conseil Exécutif
COGNETTI-TURCHINI Catherine
Membre du groupe Un Soffiu Novu
FAURE Paul
Membre de l’Assemblea di a Giuventù
FILIPPI Charles-Henri
Président d’Evercore France
GHIONGA Pierre
Membre du groupe Un’Altra Strada
GIULIANI Jean-Dominique
Président de la Fondation Robert Schuman
LE MAO Ghjuvan Santu
Membre du groupe Fà Populu Inseme
LESCHI Didier
Directeur général de l’Office français de l’immi-
gration et de l’intégration
LUCIANI Antonia
Membre du groupe Fà Populu Inseme
LUCIANI Saveriu
Membre du groupe Avanzemu
MANTEI Christian
Président d’Atout France
MAUPERTUIS Marie-Antoinette
Présidente de l’Assemblée de Corse
MUSELLI Marc
Professeur de physique énergétique à l’Université
de Corse
NICOLI Marie-Jeanne
Présidente du CESECC
QUASTANA Paul
Membre du groupe Core in Fronte
RIOLACCI Florian
Membre de l’Assemblea di a Giuventù
SAVELLI Jean-Michel
Membre du groupe Un Soffiu Novu
SIMEONI Gilles
Président du Conseil Exécutif
SIMONI Sébastien
Président de Good Barber, de CampusPlex et de
FemuQuÌ S.A.
TERRIGHI Charlotte
Membre du groupe Un’Altra Strada
VINCIGUERRA Alexandre
Membre du groupe Fà Populu Inseme
Membres du laboratoire de prospective
4I ORGANISATION DES TRAVAUX
ET MÉTHODOLOGIELes travaux de Corsica Pruspettiva 2050 ont été struc-
turés en cinq étapes, avant d’aboutir à la formalisation
des quatre scénarios présentés dans ce document.
Tout d’abord, les personnalités qualifiées ont eu la
tâche de cadrer la démarche, en apportant, sous
forme de notes présentées à l’Assemblée de Corse
en juillet 2023, leur regard sur les enjeux pour la
Corse de demain. Dans le même temps, une syn-
thèse de l’ensemble des documents, études, et rap-
ports réalisés, a permis de construire un état des
lieux rassemblé dans un document unique, intitulé
le « temps 0 ». Pour compléter ce premier diagnos-
tic d’un regard international, un partenariat a été
noué avec l’OCDE1, aboutissant, en janvier 2024, à la
publication de la première étude de l’organisation
internationale consacrée à la Corse de cette institu-
tion. Ce travail a permis d’éclairer la position de l’île
dans le nouvel environnement mondial et de mieux
identifier les facteurs déterminant son attractivi-
té. Ces premières analyses se sont ainsi attachées
à étudier la situation actuelle, tout en ouvrant des
pistes d’évolution.
Dans un deuxième temps, et sur le fondement de ces
travaux, le laboratoire de prospective a identifié cinq
enjeux structurant pour l’avenir insulaire : le change-
ment climatique, le développement humain, les dy-
namiques économiques, fractures et continuités du
territoire, les connectivités et mobilités, et enfin, les
dynamiques institutionnelles.
Ces 5 enjeux ont par la suite été déclinés en 24 va-
riables clés plus fines, et chacune d’entre elles a fait
l’objet d’une fiche dédiée, intégrant les tendances
en cours et les incertitudes qu’elles portent. Une
analyse structurelle a permis de hiérarchiser ces
variables en fonction de leur influence et de leur
dépendance dans le système global. Cette clas-
sification repose sur une grille croisée évaluant
les relations entre les variables,
à partir desquelles sont calcu-
lés des indices d’influence et de
dépendance. Les variables clés,
c’est-à-dire celles à la fois forte-
ment influentes et dépendantes,
constituent les leviers prioritaires
de la réflexion prospective.
Ces fiches par variable, et les in-
terdépendances qui les unissent,
ont été rassemblées dans un
document unique, nommé «
le socle prospectif », présenté à
l’Assemblée de Corse en octobre
2025.
La troisième étape a consisté
à réunir les visions de la socié-
té civile (à travers le CESECC)
et des jeunes (Assemblea di a
Giuventù). Des ateliers de travail
ont été menés, au cours desquels les participants
ont à la fois échangé sur un certain nombre de thé-
matiques et ont été invités à répondre à un ques-
tionnaire sur le caractère « souhaitable », la proba-
bilité et l’impact sur le bien-être d’une soixantaine
d’hypothèses. Cela a permis de faire émerger des
points de consensus et de dissensus.
Dans un quatrième temps, des hypothèses d’évo-
lution des variables ont été construites par la
consultation de 50 experts au cours d’entretiens se-
mi-directifs (cf. liste en partie III.4). A partir de ces
hypothèses synthétisées, des ateliers ont été orga-
nisés afin d’élaborer des micro-scénarios par enjeu.
Pour ce faire, la méthode des scénarios a été mo-
bilisée. Cette méthode vise à construire des repré-
sentations cohérentes et contrastées de futurs pos-
sibles, incluant des trajectoires souhaitables et non
souhaitables. Ces scénarios permettent d’explorer le
champ des possibles en structurant la réflexion au-
tour de combinaisons plausibles d’hypothèses sur
les évolutions des variables. Pour cela, la méthode
utilisée repose sur l’analyse morphologique, inspi-
rée par les travaux de M. Godet2 et correspondant
à l’une des approches mobilisées par le Plan Bleu3.
L’analyse morphologique emboîtée vise à explorer
les futurs possibles en examinant l’ensemble des
combinaisons issues de la décomposition du sys-
tème considéré. Elle est utilisée pour élaborer des
scénarios, en suivant une démarche progressive qui
consiste à décomposer le système en différents ni-
veaux (sous-systèmes, composantes, variables), puis
à recomposer ces éléments pour imaginer diverses
configurations futures qui constitueront les scéna-
rios globaux.
Cette dernière étape d’élaboration des scénarios a été
réalisée lors d’un atelier avec le laboratoire de pros-
pective. La méthode utilisée est identique à celle de
l’étape précédente.
1 OCDE, 2024. Diagnostic de l’attractivité de la Corse dans le nouvel environnement mondial, en collaboration avec l’Assemblée de Corse, 34 p.
2 Godet, M., 2007. Manuel de prospective stratégique, Tome 2, 3ème édition, L’Art et la méthode, Dunod.
Godet, M., 2007, « Méthode des scénarios », Futuribles, Novembre 1983. 3 Grenon, M., et Batisse, M. 1989. Le Plan Bleu : avenirs du bassin méditerranéen, Plan Bleu.
Benoit, G., et Comeau, A., 2005. Méditerranée : Les perspectives du Plan Bleu sur l’environnement et le développement. Editions de l’Aube, Plan Bleu.
MED 2050, 2025. La Méditerranée à l’horizon 2050, Une prospective du Plan Bleu, sous la direction de Jacques Theys, Denis Lacroix et Khadidja Amine, Plan Bleu, 2025, Marseille, 220 pages.
6Extrait de : Godet Michel, « Méthode des
scénarios », Futuribles, Novembre 1983
; et de Godet Michel, Manuel de pros-
pective stratégique, tome 2, l’Art et la
méthode, 3ème édition, Dunod, 2007.
« La méthode des scénarios s’efforce
précisément de concevoir les futurs
possibles et d’explorer les chemine-
ments qui y conduisent en vue d’éclai-
rer l’action. »
« La méthode des scénarios comprend
trois étapes : la construction de la base
et, à partir de cette base, le balayage du
champ des possibles et la réduction de
l’incertitude, et enfin l’élaboration de
scénarios qui conduisent à l’établisse-
ment de prévisions par scénarios. »
Extrait de : Lamblin, Véronique, Prospective and
Strategic Foresight Toolbox, « L’analyse mor-
phologique. Une méthode pour construire des
scénarios prospectifs », Futuribles, Mars 2018,
d’après MED 2050, La Méditerranée à l’horizon
2050, Une prospective du Plan Bleu, sous la
direction de Jacques Theys, Denis Lacroix et
Khadidja Amine, Plan Bleu, 2025, Marseille, 220
pages.
« Dès que le nombre de variables du système
prospectif excède une petite dizaine, il est très
difficile de construire un enchaînement d’hypo-
thèses (avec une hypothèse par variable) en une
seule fois. Un système de 20 à 30 variables, voire
plus, est très fréquent dans des exercices de
prospective (...) ; or, combiner 30 hypothèses en
une seule fois s’avère trop difficile.
Dans ce type de cas, il est conseillé d’assembler
les différentes variables en groupes, appelés com-
posantes du système prospectif. Par exemple,
on cherchera à construire quatre à cinq compo-
santes à partir d’un système de 30 variables (…).
Un tableau morphologique est construit pour
chaque composante (…) selon les mêmes prin-
cipes que dans une analyse morphologique clas-
sique. La combinaison des hypothèses permet de
construire des scénarios par composante appelés
micro-scénarios.
Les micro-scénarios sont donc des scénarios
partiels sur une composante du système de
variables, c’est-à-dire sur un groupe de variables.
Il s’agit de travailler composante par composante,
la dynamique de chacune dépendant de l’évo-
lution des variables clefs. Et pour chacune des
composantes, trois à sept micro-scénarios sont
construits ; souvent l’un tendanciel et les autres
contrastés. Une fois que les micro-scénarios par
composante ont été élaborés, il faut examiner
leurs combinaisons possibles dans un tableau
morphologique global pour construire des scé-
narios globaux (…). Cette technique de l’emboîte-
ment des variables en composantes permet de
ne pas se limiter à un nombre réduit de variables
et de gagner ainsi en profondeur et en précision
dans les scénarios (…). »
Extrait de : Lamblin, Véronique, Prospective and
Strategic Foresight Toolbox, « L’analyse morpholo-
gique. Une méthode pour construire des scénarios
prospectifs », Futuribles, Avril 2018.
« L’analyse morphologique vise à explorer de
manière systématique les futurs possibles, à
partir de l’étude de toutes les combinaisons des
divers éléments issus de la décomposition d’un
système. L’objectif de l’analyse morphologique
est de mettre en évidence des procédés ou des
produits innovants à partir de la décomposition
en fonctions, variables clefs et hypothèses d’évo-
lution de ces variables (ou solutions) ; mais aussi
de construire des scénarios prospectifs à partir de
la décomposition du système étudié en variables
clefs et en hypothèses possibles d’évolution de
ces variables. »
La méthode des scénarios L’analyse morphologique
L’analyse morphologique emboitée
7 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEÉtapes du processus d’élaboration des scénarios
Janvier 2023 - janvier 2024
Février 2024 - avril 2025
NOTES DE CADRAGE PROSPECTIF
Mai 2025 - juillet 2025
VISIONS
Novembre 2025 - janvier 2026
SCÉNARIOS
SOCLE PROSPECTIF
Juin 2025 - octobre 2025
MICRO-SCÉNARIOS
Diagnostic
• Temps 0 • Identification des
enjeux • Note des personnalités
qualifiés • Étude en partenariat
avec l’OCDE
Dimension participative
• Consultation des parties prenantes
• Recueil du ressenti de la société
civile et de la jeunesse • Analyse des
points de consensus et de dissensus
Outil prospectif
• Construction des scénarios par la
combinaison des micro-scénarios
• Évaluation des scénarios
• Chemins de transition
• Recommandations pour l’action
publique
Fiches variables
• Détermination des 24 variables clés
• Caractérisation des tendances et in-
certitudes • Analyse systémique avec
la SCET • Étude des liens d’influence
et de dépendance
Expertise
• Construction de 3 hypothèses d’évo-
lution par variable par consultation
de 50 experts • Ateliers de validation
des hypothèses • Co-construction de
micro-scénarios
8DIAGNOSTIC ET CONSULTATIONS
PRÉLIMINAIRES
IIMalgré une progression notable au fil des années, la
Corse reste marquée par un niveau de développe-
ment humain inférieur à la moyenne nationale et
par une pauvreté importante, touchant notamment
les retraités et les travailleurs indépendants. Le vieil-
lissement de la population, l’isolement croissant des
personnes âgées et la vétusté de nombreux loge-
ments accentuent les fragilités sociales. Si l’accès aux
soins est globalement satisfaisant, des déséquilibres
territoriaux persistent. Le marché du travail souffre
d’un faible niveau de qualification, de la saisonna-
lité et de difficultés d’insertion des jeunes, bien que
la formation constitue un levier essentiel pour ré-
pondre aux besoins économiques. La recherche est
essentiellement portée par l’université et quelques
structures spécialisées. La recherche privée demeure
limitée à quelques TPE et reste très dépendante des
financements publics. Sur le plan culturel, la langue
corse est fortement valorisée sur le plan identitaire,
même si son usage quotidien recule.
En termes de connexions, la Corse est bien connec-
tée par voie aérienne et maritime avec six ports et
quatre aéroports. Cependant, les infrastructures in-
ternes de transport en commun sont insuffisam-
ment développées, entraînant une forte dépendance
à la voiture personnelle. Cela a des répercussions en
termes de consommation énergétique avec une
hausse de l’importation de carburants. Concernant
la connectivité numérique, de nombreuses amélio-
rations ont été réalisées permettant à près de 85%
des logements d’avoir un accès au très haut débit.
Les questions foncières et immobilières sont particu-
lièrement prégnantes. Le territoire corse connaît un
fort étalement urbain autour d’Aiacciu et Bastia et
une urbanisation littorale sous pression. L’accès au lo-
gement y est devenu particulièrement difficile pour
une partie importante de la population, en raison de
la hausse des prix, de la spéculation, de la forte de-
mande extérieure et de la hausse de la part des ré-
sidences secondaires, notamment dans les zones
touristiques et proches des bassins d’emploi. Cette
dynamique renforce le sentiment de dépossession
des habitants et réduit la capacité des ménages à se
loger à des prix abordables.
Sur le plan environnemental, la Corse jouit d’un patri-
moine naturel exceptionnel mais fragile, marqué par
une forêt abondante, une biodiversité riche et des
milieux variés soumis à de fortes pressions. L’exten-
sion du maquis liée au recul des pratiques agricoles,
la sécheresse et la montée des températures ac-
centuent les risques d’incendie, de dégradation des
habitats et de disparition d’espèces animales. Les
milieux marins et d’eau douce sont également affec-
tés par le changement climatique, qui entraîne une
régression des herbiers, l’arrivée d’espèces thermo-
philes et la diminution des débits. Le littoral est parti-
culièrement exposé à la montée du niveau de la mer
et aux submersions, ce qui fragilise les infrastructures
et les espaces naturels. Bien que la qualité de l’eau
demeure globalement bonne, la ressource est vulné-
rable à la variabilité climatique et aux tensions entre
les différents usages.
Dans le cadre de ses travaux programmatiques, le
Conseil Exécutif de Corse a piloté la réalisation de
diagnostics territoriaux suivant une approche sec-
torielle : Programmation Pluriannuelle de l’Energie,
Ecunumia 2030, Schéma Directeur de l’autonomie,
PADDUC, etc. À ces travaux de diagnostics pilotés
par la Collectivité de Corse, peuvent être ajoutés ceux
des observatoires régionaux (Observatoire du Déve-
loppement Durable, Corsica Statistica, Observatoire
Régional de l’Énergie et des Gaz à Effet de Serre de
l’AUE, …), nationaux (INSEE), ou européens (Euros-
tat), qui dressent des états des lieux réguliers des va-
riables socio-économiques et environnementales du
territoire.
Le diagnostic de temps 0, adopté à la session de l’As-
semblée de Corse le 27 juillet 2023, a été construit à la
fois par capitalisation et synthèse de ces travaux.
Ce premier diagnostic représente une analyse de la
situation actuelle et des perspectives de développe-
ment de la Corse en abordant différentes théma-
tiques majeures telles que la démographie, l’écono-
mie, le tourisme, le bien-être et la cohésion sociale,
les connectivités, le foncier et l’immobilier ainsi que
l’environnement. Ainsi, les défis et opportunités pour
la Corse en 2050 ont pu être mis en exergue.
En termes de démographie, la population corse a
augmenté plus rapidement que celle du reste de
la France métropolitaine exclusivement grâce à son
solde migratoire. Avec le plus faible taux de fécondité
de France, la population est également la plus vieil-
lissante, ce qui pose et posera des défis notamment
en termes d’économie, d’emploi, de santé, bien que
la migration extra-insulaire compense en partie le
manque de main-d’œuvre.
Concernant l’économie corse, bien qu’elle soit dyna-
mique au regard de l’évolution de son PIB, elle reste
très dépendante du tourisme et de l’emploi public.
Une très grande majorité des biens consommés sont
importés ce qui impacte négativement la balance
commerciale. Malgré un taux de chômage assez
faible, de fortes disparités de revenus sont à noter.
Celles-ci s’expliquent en grande partie par des reve-
nus issus d’activités non salariées ou du patrimoine,
illustrant une économie de rente et patrimoniale
qui n’est pas nécessairement le signe d’un véritable
dynamisme économique. La Corse est la région de
France métropolitaine ayant le plus fort taux de pau-
vreté qui s’explique à la fois par des surcoûts liés à
l’insularité, un revenu médian faible, une économie
saisonnière et une population vieillissante.
Le tourisme est le principal moteur de l’économie
corse. La part de la consommation touristique repré-
sente plus d’un tiers dans le PIB régional. Plusieurs
dynamiques sont en œuvre dans le secteur des
meublés touristiques : une croissance de l’offre et de
la demande de logements avec une augmentation
des prix, un étalement de la saison, notamment sur
les ailes de saisons, un raccourcissement de la durée
des séjours et des disparités territoriales. La hausse
de ces meublés touristiques génère des externali-
tés négatives, à la fois environnementales (pollution,
congestion, etc.) et sociales (hausse des prix de l’im-
mobilier).
1. LE DIAGNOSTIC DE TEMPS 0
102. LE REGARD DES PERSONNALITÉS QUALIFIÉES
Au-delà de cet état des lieux initial, de premières
notes de cadrage prospectives ont été produites et
proposées par les différentes personnalités quali-
fiées sur les thématiques de l’énergie, du tourisme,
de l’économie, du numérique ou encore de l’Europe
et de la géopolitique. Marc Muselli a ainsi abordé
les enjeux énergétiques et climatiques, Jean-Domi-
nique Giuliani a analysé les questions européennes
et géopolitiques, Christian Mantei a traité des pers-
pectives dans le secteur du tourisme, Sébastien Si-
moni a exploré les évolutions technologiques et
Charles-Henri Filippi a apporté son expertise sur les
domaines économiques et financiers.
Ces contributions ont permis de mettre en lumière
les grandes mutations à venir pour la Corse à l’ho-
rizon 2050. Marc Muselli souligne les impacts du
changement climatique, en insistant sur la nécessi-
té d’anticiper ces bouleversements en renforçant la
résilience climatique, en développant les énergies
renouvelables et en adaptant l’urbanisme. Sur les
enjeux géopolitiques et européens, Jean-Domi-
nique Giuliani met en avant le rôle stratégique que
la Corse pourrait jouer en Méditerranée, notam-
ment en termes de sûreté maritime. Il souligne que
la Corse doit anticiper la réorientation des priori-
tés budgétaires européennes en développant des
projets tournés vers l’environnement, l’innovation
maritime et numérique. Christian Mantei propose
une réflexion sur l’avenir du tourisme en Corse en
distinguant quatre scénarios prospectifs. Il insiste
sur l’importance de protéger et valoriser le patri-
moine naturel et culturel tout en adaptant l’offre
touristique aux nouvelles attentes des voyageurs,
notamment en matière de durabilité et de mobili-
té. Sébastien Simoni met en avant les opportunités
offertes par les nouvelles technologies, comme la
robotisation des transports, l’énergie décarbonée,
et la révolution numérique. Pour lui, la technologie
offre de grandes opportunités de transformation et
pour en profiter, une ressource humaine qualifiée
est indispensable. Pour finir, Charles-Henri Filippi
met en évidence que les transformations globales
peuvent devenir des leviers d’opportunité pour la
Corse grâce à ses atouts environnementaux, éner-
gétiques, culturels et numériques, à condition de
savoir les mobiliser. La réussite de cette adaptation
exige de relever plusieurs défis majeurs : consolider
l’État de droit, accroître l’autonomie financière, ren-
forcer le tissu entrepreneurial, créer une véritable
économie de la connaissance, renforcer la cohésion
insulaire en réduisant les inégalités et mettre en
œuvre un meilleur partage de la rente foncière en
permettant une captation partielle de cette rente
par le public.
Trois réunions se sont tenues en mars, avril et mai
2023, pour approfondir ces sujets et proposer dans
un second temps, aux autres collèges et conformé-
ment aux engagements pris fin 2022, une sélection
de thématiques-clés à explorer : le changement
démographique, le développement humain, les
dynamiques économiques, fractures et continuités
du territoire, les connectivités et mobilités et les dy-
namiques institutionnelles.
3. LE REGARD DE L’OCDE
Pour enrichir ce diagnostic de l’existant, l’Assem-
blée de Corse a noué un partenariat qui a conduit
à la réalisation de la première étude de l’OCDE sur
la Corse, publiée en 2024 en anglais, en français et
en corse.
Cette étude vient donner une dimension interna-
tionale au temps 0 produit en interne et présenté
à l’Assemblée de Corse en juillet 2023. S’inscrivant
dans le projet de repenser l’attractivité régionale
dans le nouvel environnement global, elle a pour
objectif d’aider les décideurs publics à mieux com-
prendre la position de l’île dans ce contexte mou-
vant, notamment en termes de qualité de vie, de
connectivité, de logement et plus généralement de
toute composante pouvant former l’attractivité du
territoire. Elle repose sur une analyse quantitative
multifactorielle, favorisant une comparaison inter-
nationale et sur une approche qualitative donnant
voix aux acteurs du territoire. L’OCDE a en effet ré-
alisé, courant juin 2023, en collaboration avec la
Présidence de l’Assemblée de Corse, une série de
visites de terrain et de séminaires avec des acteurs
représentatifs du territoire (élus, chefs d’entreprise,
agriculteurs, fonctionnaires d’Etat et territoriaux,
acteurs de la formation, investisseurs, etc.).
Ce travail s’articule autour de cinq axes élaborés de
manière comparative avec d’autres territoires de
l’OCDE :
Un panorama de la position de la Corse dans le
monde, fondé sur un échantillon de régions in-
sulaires européennes dans le but de comparer la
performance de l’île par rapport à ses homologues
dans des domaines clés de l’attractivité, notam-
ment sur le plan environnemental, économique et
socio-culturel ;
Une « boussole » d’attractivité, élaborée à partir
de cinquante indicateurs comparables à l’échelle
internationale. Cette boussole ne se limite pas
aux indicateurs strictement économiques et
offre une vision systémique de l’attractivité qui
recouvre six grands domaines : Attractivité éco-
nomique, Connectivité, Attraits touristiques, En-
vironnement naturel, Bien-être des résidents et
Foncier – Logement ;
Un tour d’horizon des politiques influençant l’at-
tractivité à l’œuvre en Corse ;
Une analyse de la gouvernance et des méca-
nismes de coopération ;
En conclusion, des considérations pour l’action
publique, et des exemples internationaux pour
les étayer.
11 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSESi le diagnostic de l’OCDE souligne la bonne perfor-
mance de la Corse sur un certain nombre d’indica-
teurs comme la forte cohésion sociale ou la qualité
du capital naturel, il met aussi en lumière des défis :
La transition démographique, en évoquant l’im-
portance de répondre aux enjeux induits par le
vieillissement de la population, en actionnant no-
tamment des dispositifs permettant de maintenir
les jeunes corses sur le territoire, ou de faciliter le
retour de ceux partis.
La transition climatique et ses impacts actuels et
futurs sur des secteurs stratégiques pour la Corse,
comme le tourisme ou l’agriculture. L’OCDE pré-
cise que répondre à ces défis peut également ré-
véler des opportunités telles que la désaisonnali-
sation de l’activité touristique et son soutien dans
des territoires de l’Île aujourd’hui peu fréquentés,
ou la mobilisation de nouveaux investisseurs pour
accompagner le déploiement des énergies re-
nouvelables.
Cette étude permet aux acteurs du territoire de dis-
poser d’un état des lieux synthétique, transversal, et
d’inspiration internationale. L’intégralité du rapport
de l’OCDE est à retrouver au lien suivant : Rapport
OCDE.
4. LES CONFÉRENCES CITOYENNES
Le rapport d’information de juillet 2023 a marqué
le lancement d’un cycle de conférences autour des
cinq enjeux identifiés par le laboratoire de prospec-
tive. Les conférences publiques visent d’une part à
partager avec les Corses des visions du futur, ap-
portées par des intervenants de haut niveau, de
Corse comme d’ailleurs, et d’autre part à nourrir les
travaux de Corsica Pruspettiva d’une participation
citoyenne, incarnée par le débat avec le public sui-
vant chaque conférence.
En deux ans, sept conférences se sont tenues au
musée de Bastia et ont permis la réunion d’une
centaine de participants à chaque séquence, issus
des mondes politiques, associatifs, institutionnels,
économiques et citoyens.
12Dynamiques démographiques : enjeux globaux et projections locales, 25 juillet 2023
Le choix de la démographie pour lancer ces tra-
vaux n’était pas neutre. Centrale par ses impacts
(finances publiques, emploi, santé, identité, ...),
prévisible par ses déterminants (espérance de vie,
taux de natalité, de mortalité), tout en étant profon-
dément sensible aux chocs externes et aux muta-
tions globales (changement climatique, conflits), la
démographie est la thématique de prospective par
excellence.
Pour tenter de saisir ces facteurs dans leur com-
plexité, le programme de la conférence est parti du
plus global pour resserrer, au fil des interventions, la
focale, s’organisant ainsi en trois temps. Ainsi Fran-
çois Gemenne (professeur à l’université de Liège,
à Sciences Po, et auteur principal pour le GIEC), a
décrit les grandes tendances de la démographie
mondiale, notamment sous l’effet du climat, avant
que Sébastien Oliveau (Université Aix-Marseille, di-
recteur de DémoMed) ne décrive les dynamiques
à l’œuvre dans le bassin méditerranéen, et qu’An-
tonin Bretel (INSEE) ne propose une vision projetée
de la démographie corse en 2070.
Adaptation au changement climatique : risques et opportunités pour les villes et le rural, 19 janvier 2024
Cette conférence a présenté un regard croisé
entre villes et espaces ruraux, illustrant par-là que
si les impacts du changement climatique sont va-
riés selon la typologie de nos territoires, tous se-
ront concernés.
Pour éclairer ces débats, cinq personnalités, is-
sues de la haute fonction publique, de la prévision
météorologique ou du monde universitaire, sont
intervenues. Sophie Szopa (vice-présidente de
l’Université Paris-Saclay, coordinatrice et auteure
principale d’un chapitre d’un rapport du GIEC) a
décrit les impacts du changement climatique à
l’échelle mondiale, Patrick Rébillout (Météo-France
en Corse) les projections imaginables en 2050 en
Corse, Yann Françoise (Ville de Paris) les enjeux
propres aux territoires urbains, et Jean-Marc Tou-
zard (INRAE Montpellier) et Laurent Julhia (INRAE
Corse) les défis posés à la viticulture et à l’agrumi-
culture.
13 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEPauvretés et inégalités : présentes et à venir, 25 février 2025
Avec le plus fort taux de pauvreté de France métro-
politaine, et une importante dispersion des revenus
malgré une augmentation continue du PIB, la Corse
semble s’être inscrite dans une dynamique de « crois-
sance appauvrissante ». Transversale aux questions
évoquées lors des quatre précédentes conférences, la
pauvreté revêt différentes définitions, et différentes ré-
alités, qui peuvent être esquissées par les statistiques,
théorisées par les sciences sociales, et appréhendées
par le terrain.
Nicolas Duvoux (sociologue, Président du Conseil na-
tional de lutte contre l’exclusion et la pauvreté), a ain-
si présenté les définitions possibles de la pauvreté, et
de leur évolution ces dernières années, en proposant
d’aller au-delà de la pauvreté monétaire, pour l’élargir
conceptuellement à une impossibilité à se projeter po-
sitivement dans l’avenir.
La réalité de ces enjeux a ensuite été déclinée à la
Corse, du point de vue des statistiques par Christophe
Basso (Directeur de l’INSEE), puis du terrain par Fran-
çois Pernin (président de la coordination inter-associa-
tive de lutte contre l’exclusion), avant d’ouvrir le débat
aux acteurs des mondes associatif, institutionnel et
politique présents dans la salle.
Connectivités et Transport : des réseaux mondiaux, des enjeux insulaires, 29 avril 2024
Sous les effets combinés – et parfois contradictoires
– des transitions démographiques, technologiques
et climatiques, les transports connaissent des muta-
tions majeures. Ce cadre complexe invite les décideurs
publics, comme les opérateurs de transport et les ci-
toyens, à percevoir leurs évolutions et leurs usages
dans toute leur dimension systémique et intermo-
dale, et non plus en silo. Ainsi Marc Barthélémy (CEA)
a pu détailler sa vision des transports selon la physique
des systèmes complexes, Mallory Trouvé (Forum In-
ternational des Transports) les scénarios d’évolutions
des transports mondiaux, Margaux Tharaux (OCDE,
membre de la mission d’étude en Corse) leur implica-
tion pour les îles, et Tristan Casabianca et Thomas La-
niesse (AUE) l’état des mobilités internes en Corse.
Les mutations du travail : trajectoires d’hier, tensions d’aujourd’hui, opportunités de demain, 26 novembre 2024
Philippe Askenazy (ENS, Institute for Labor Economics)
s’est attaché à construire une rétrospective du travail
depuis 30 ans, avant de dresser les défis de demain.
Marie Cianelli-Colonna, de la Collectivité de Corse, et
Andrea Colonna, de l’entreprise Jellysmack, se sont
concentrés sur deux enjeux forts pour la Corse en ma-
tière de travail : le vieillissement de la population d’une
part, et les mutations technologiques d’autre part. A
priori aux antipodes, ces deux thématiques, au croi-
sement d’autres tendances lourdes du territoire, sont
autant porteuses de risques que d’opportunités pour
le marché du travail insulaire. Le débat avec le public a
par la suite été ouvert par Frédéric Mortini (ARACT) as-
socié au montage de la conférence, et Jean-Ange Leca
(AFPA).
14Intelligence artificielle : algorithmes, enjeux, solutions, 16 juillet 2025
L’intelligence artificielle présente le paradoxe d’être un
objet encore mystérieux bien que largement débattu.
Cette conférence visait à repositionner au cœur du débat
ce que recouvre le terme galvaudé aujourd’hui d’intelli-
gence artificielle, les nouveaux défis, environnementaux,
éthiques, sociétaux, qu’elle pose, comme les opportunités
qu’elle ouvre.
François Fleuret (Université de Genève, Meta), a ainsi pro-
posé à cette séquence une entrée technique du fonction-
nement de l’ensemble de technologies que l’on appelle
intelligence artificielle, pour les démystifier, avant qu’elles
ne soient traduites en enjeux et en défis pour la société
par Lucile Sassatelli (Université Côté d’Azur), puis en réa-
lités concrètes, pour des startup des industries culturelles
et créatives par Jérôme Battistelli (Armada Studios), ou
des PME déjà bien implantées par Adrien Angeli (Zeen-
doc).
La Méditerranée en 2050 : de l’ONU à la Corse, six scénarios pour le futur, 12 novembre 2025
Cette septième conférence a été consacrée aux défis
de l’espace méditerranéen à l’horizon 2050. Denis La-
croix (Plan Bleu) et Eloïse Leguérinel (Plan Bleu) ont
présenté le rapport MED2050, troisième exercice de
prospective du Plan Bleu, publié en 2025, qui dresse
les perspectives de la Méditerranée à l’horizon 2050. Ce
rapport met notamment en évidence des tendances
méditerranéennes majeures en écho direct avec la
prospective corse : par exemple, la hausse des tempé-
ratures en Méditerranée qui devrait dépasser les +2°C
dès 2040 pour atteindre +2,3°C en 2050, entraînant
une élévation du niveau de la mer d’environ 40 cm.
Parallèlement, la population des pays méditerranéens
continuerait de croître de 20% à 30% pour atteindre
entre 630 et 690 millions d’habitants en 2050 (contre
environ 520 millions aujourd’hui), plus de la moitié de
cette population et des activités pouvant se concen-
trer sur le littoral d’ici le milieu du siècle (contre 30%
à 40% actuellement) avec des conséquences écono-
miques, sociales, environnementales sans précédent.
Au-delà de leur contribution au débat public, ces
conférences ont constitué un espace privilégié de
collecte d’informations. Elles ont fourni davantage de
matière à l’élaboration des scénarios en nourrissant et
enrichissant les hypothèses d’évolution sur lesquelles
repose leur élaboration.
15 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEANGELI Adrien
Directeur IA chez Zeendoc
ASKENAZY Philippe
Directeur de recherche en économie au CNRS,
ENS, Institute for Labor Economics
BARTHÉLÉMY Marc
Directeur de recherche en physique théorique au
CEA
BASSO Christophe
Directeur régional de l’INSEE Corse
BATTISTELLI Jérôme
Fondateur et PDG d’Armada Studios
BRETEL Antonin
Directeur régional adjoint de l’INSEE Corse
CIANELLI-COLONNA Marie
Directrice de l’autonomie à la Collectivité de Corse
CASABIANCA Tristan
Chargé d’études à l’Agence d’Aménagement Du-
rable, d’Urbanisme et d’Énergie de la Corse (AUE)
COLONNA Andrea
Vice-Président IA chez Jellysmack
DUVOUX Nicolas
Professeur de sociologie à l’Université Paris 8, Pré-
sident du Conseil national de lutte contre l’exclu-
sion et la pauvreté
FLEURET François
Professeur en informatique à l’Université de Ge-
nève et chercheur chez Meta
FRANÇOISE Yann
Directeur-adjoint de la transition écologique et du
climat à la Ville de Paris
GEMENNE François
Professeur de sciences politiques à l’université de
Liège, à Sciences Po et auteur principal pour le
GIEC
JULHIA Laurent
Ingénieur de Recherche à l’INRAE Corse
LACROIX Denis
Secrétaire général du Plan Bleu, Co-auteur du
Rapport de prospective MED2050
LEGUÉRINEL Eloïse
Plan Bleu
LANIESSE Thomas
Chargé d’études à l’Agence d’Aménagement Du-
rable, d’Urbanisme et d’Énergie de la Corse (AUE)
OLIVEAU Sébastien
Maître de conférences à Université Aix-Marseille
en démographie, directeur de DémoMed
PERNIN François
Président de la coordination inter-associative de
lutte contre l’exclusion
REBILLOUT Patrick
Directeur de Météo-France en Corse
SASSATELLI Lucile
Professeur en informatique à l’Université Côté
d’Azur
SZOPA Sophie
Vice-présidente de l’Université Paris-Saclay, coor-
dinatrice et auteure principale d’un chapitre d’un
rapport du GIEC
THARAUX Margaux
Analyste politique à l’OCDE
TOUZARD Jean-Marc
Directeur de recherche à l’INRAE à Montpellier
TROUVÉ Mallory
Analyste et modélisateur des politiques de trans-
port à l’OCDE
Intervenants des conférences
165. LES VISIONS DU CESECC ET DE L’ASSEMBLEA DI A
GIUVENTÙ
En juillet 2025, deux ateliers de travail ont réuni le
bureau du Conseil économique, social, environne-
mental et culturel de Corse (CESEC) et la confé-
rence des présidents élargie de l’Assemblea di a
Giuventù, afin de recueillir les représentations du
futur de la Corse à l’horizon 2050. Ces ateliers vi-
saient à nourrir une réflexion collective sur les tra -
jectoires possibles du territoire. Quatre fictions
prospectives ont été mobilisées comme supports
de discussion : elles ne constituaient ni des scéna-
rios prédictifs ni des trajectoires arrêtées, mais des
dispositifs destinés à faire réagir les participants et
à révéler leurs perceptions du futur. Les hypothèses
détaillées et les résultats chiffrés associés sont pré-
sentés en annexe 1.
Les échanges ont fait apparaître un noyau dur d’évo-
lutions jugées probables, indépendamment de leur
caractère souhaitable. Les dégradations climatiques
figurent au premier rang : les hypothèses liées à
l’augmentation des températures, à la multiplication
des vagues de chaleur, des sécheresses et des événe-
ments extrêmes sont considérées comme probables
par près de 90% des participants, tout en étant una-
nimement rejetées sur le plan normatif. De la même
manière, la persistance d’une économie peu diversi-
fiée est jugée probable par plus de 80% des répon-
dants, alors même qu’elle est très largement perçue
comme non souhaitable. Ces résultats traduisent
un sentiment partagé de continuité des tendances
actuelles, perçues comme difficiles à infléchir à poli-
tique inchangée.
La pression foncière et immobilière constitue un
autre exemple emblématique de ce décalage : elle
est unanimement jugée non souhaitable, mais
considérée comme probable par une très large ma-
jorité des participants. Les mobilités suivent une lo-
gique comparable : la prédominance de la voiture
individuelle est jugée probable par plus de 80% des
répondants, alors même qu’elle est très largement
rejetée, en particulier chez les jeunes. Plus large-
ment, plusieurs vulnérabilités sociales sont perçues
comme appelées à se renforcer : l’augmentation de
la pauvreté est jugée probable par près de 87% des
participants et la persistance des inégalités sociales
par environ 75%, malgré un rejet quasi unanime de
ces trajectoires.
Les ateliers mettent également en lumière des dif-
férences de perception mesurables, sans pour au-
tant dessiner de clivages irréconciliables. Sur les
mobilités, par exemple, la « non-souhaitabilité » des
déplacements majoritairement automobiles est ex-
primée par 100% des jeunes, contre environ deux
tiers des membres du CESEC, illustrant une sensibi-
lité plus marquée aux enjeux de transition dans les
usages quotidiens. Les questions démographiques
constituent un autre point de nuance : le ralentisse-
ment de la croissance de la population ou un solde
migratoire défavorable sont jugés probables par
plus de 60% des participants, mais suscitent des
niveaux de préoccupation variables selon les pro-
fils, certains y voyant un risque existentiel pour la
société corse, d’autres les articulant davantage aux
enjeux de qualification, d’emploi et de cohésion so-
ciale.
Les divergences apparaissent également dans
l’appréciation du réalisme des transformations. La
transition énergétique, bien que très largement
souhaitée, n’est jugée probable que par environ la
moitié des répondants. Il en va de même pour la
structuration de filières économiques stratégiques
ou la montée en compétences de la population ac-
tive, perçues comme nécessaires mais incertaines.
À l’inverse, certains scénarios de rupture, pourtant
jugés souhaitables, sont considérés comme peu
crédibles à court ou moyen terme, traduisant une
forme de prudence collective quant à la capacité
réelle de transformation du territoire.
Enfin, les ateliers révèlent une attente forte mais
lucide vis-à-vis de l’action publique. Si des leviers
comme la révision du PADDUC sont jugés pro-
bables par une majorité des participants (environ
75%), d’autres instruments structurants – logement
abordable, décarbonation des transports, rééqui-
librage territorial – sont souvent perçus comme in-
certains, malgré un consensus clair sur leur néces-
sité. Cette tension entre souhaitabilité et probabilité
constitue l’un des enseignements majeurs des ate-
liers.
En définitive, ces travaux mettent en évidence
une représentation du futur marquée moins par
des visions opposées que par un diagnostic parta-
gé de risques élevés et de marges de manœuvre
contraintes. Les chiffres de probabilité révèlent
une conscience aiguë des trajectoires spontanées
à l’œuvre, tandis que les écarts d’appréciation sou-
lignent des sensibilités différenciées sur les priori-
tés et le rythme des transformations. Ces éléments
ont vocation à nourrir la construction des scénarios
prospectifs, en intégrant pleinement les risques ju-
gés crédibles et les leviers identifiés comme straté-
giques, bien qu'incertains.
17 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEENJEUX, TENDANCES
ET INCERTITUDES À L’HORIZON
2050 POUR LA CORSE
III1. APERÇU GÉNÉRAL DES 5 ENJEUX PRINCIPAUX
ET DES VARIABLES CLÉS
À l’issue de ces travaux, le laboratoire de prospective a
retenu cinq enjeux pour le territoire corse qui consti-
tuent la base des analyses présentées dans ce docu-
ment :
Ces enjeux ont été déclinés en 23 variables (devenues
24) socio-démographiques, économiques et envi-
ronnementales considérées comme clés pour le ter-
ritoire.
Chacune de ces variables a fait l’objet d’une étude
détaillée et a donné lieu à une « fiche-variable » pré-
sentant de manière synthétique les évolutions pas-
sées, les tendances en cours de la variable considé-
rée.
Ces variables étant interdépendantes, une analyse
structurelle a été réalisée afin d’identifier et de dé-
tailler les liens d’influence et de dépendance entre
elles. L’analyse structurelle avait deux objectifs
complémentaires : réaliser une représentation suf-
fisamment exhaustive du système étudié et déter-
miner les variables les plus impactantes.
L’intégralité de ce document a été présenté à la
session de l’Assemblée de Corse du 1er et 2 octobre
2025 et est à retrouver sur le site au lien suivant :
Socle prospectif
Sont présentées ci-après :
la cartographie des variables clés retenues par en-
jeux ;
leurs valeurs chiffrées lorsqu’elles sont connues au
temps 0 ;
leurs tendances qualitatives et quantitatives ;
les incertitudes qui persistent.
Développement humain
Changement climatique
et environnement
Dynamiques économiques, fractures
et continuités du territoire
Dynamiques institutionnelles
Connectivités et mobilités
19 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEDÉCLINAISON DES 5 ENJEUX EN 24 VARIABLES
2021 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSE2. TENDANCES ET INCERTITUDES DE CHAQUE VARIABLE
L’étude des variables a permis de faire émerger des
tendances mais également des incertitudes. Ces élé-
ments ont été confirmés par les entretiens qui ont
été menés par la suite auprès d’experts.
Tout d’abord, en matière de grandes tendances, cer-
taines devraient être particulièrement impactantes.
Nous pouvons notamment relever :
Le changement climatique qui engendrera, par
ailleurs, des perturbations dans de nombreux do-
maines : hausse des températures et multiplication
des évènements extrêmes, élévation du niveau de
la mer, risques pour la biodiversité, tensions ac-
crues sur les ressources.
Les évolutions démographiques, avec une aug-
mentation de la population, mais également un
vieillissement marqué, susceptible d’entraîner des
difficultés à plusieurs niveaux : diminution de la
main-d’œuvre disponible, impacts sur la santé, etc.
Le contexte mondial qui se durcit avec davantage
de conflits internationaux et une demande de sé-
curité croissante, liés à l’accès aux ressources stra-
tégiques et pouvant entraîner des conséquences
économiques importantes (migration, tourisme,
hausse des prix, etc.).
Le renforcement des phénomènes d’urbanisation
et de littoralisation, avec une hausse continue des
prix et des difficultés accrues d’accès aux loge-
ments, aggravant les inégalités sociales.
De nombreuses incertitudes persistent également
quant à l’évolution possible de certaines variables :
De possibles nouvelles conflictualités en Médi-
terranée, avec une intensification des enjeux de
sûreté maritime et un renforcement de l’intérêt
géostratégique de la Corse, susceptibles de modi-
fier l’ampleur des migrations.
L’émergence et le développement de nouvelles
technologies, qui pourraient bousculer les modes
de vie et impacter différents domaines tels que la
santé, le transport ou l’agriculture.
En matière économique, l’évolution du tourisme
et la diversification vers de nouveaux secteurs de-
meurent également particulièrement incertaines,
de même que l’évolution des finances publiques à
l’horizon 2050.
Variables Tendances Incertitudes
Bouleversement
des
écosystèmes
• Hausse des températures et des contrastes saison-
niers
• Sensibilité accrue aux risques naturels
• Elévation du niveau de la mer
• Migration des étages de végétation
• Diminution de la biodiversité et augmentation des
espèces invasives
• Fermeture des milieux
Pressions
anthropiques
sur les
ressources
• Tension sur la ressource en eau
• Congestion des sites naturels
• Pollution de l’ensemble des ressources naturelles
• Artificialisation et dégradation de la qualité des sols
Production et
disponibilité
des ressources
énergétiques
• Croissance des besoins énergétiques
• Bascule du mix énergétique vers le déve-
loppement de sources d’énergie renou-
velables
• Décroissance des besoins de consomma-
tion
• Développement de réseaux de froid
Évolution de
l’agriculture
• Accentuation des fragilités agricoles
• Changements de pratiques et de produits cultivés
• Vieillissement des exploitants et difficultés de trans-
mission
• Bouleversement des pratiques agricoles
• Nouvelles dynamiques agricoles permises
par les avancées de la biotechnologie
Changement climatique et environnement
Enjeu 1
22Variables Tendances Incertitudes
Dynamiques
migratoires
extra-insulaires
• Solde migratoire positif mais qui se stabilise
• Ampleur des migrations en provenance
du bassin sud-méditerranéen
• Héliotropisme accru
Evolutions socio-
démographiques
• Poursuite de la croissance démographique malgré un
solde naturel négatif
• Dynamique globale de vieillissement
• Taux d’isolement élevé
• Hétérogénéisation des modes de vie
Etat de santé de
la population
• Davantage de maladies dues au vieillissement
• Augmentation des maladies chroniques
• Augmentation des maladies et troubles psychia-
triques
Modes de vie
et pratiques de
consommation
• Attentes croissantes de consommation locale en
circuit-courts ou pratiques de consommation colla-
boratives
• Attentes d’authenticité et de qualité environnemen-
tale
• Standardisation des habitudes de consommation
• Croissance de la production de déchets
Cohésion sociale
et inégalités
• Demande croissante de sécurité
• Accentuation des inégalités socio-économiques • Dynamisme du secteur associatif
Développement
de l’écosystème
de formation
• Adéquation entre les formations profes-
sionnelles proposées localement et les
besoins de main d’œuvre
• Renforcement d’un écosystème de for-
mation et de R&D
Dynamiques de
l’emploi
• Tensions sur les métiers du care
• Diminution générale de la main-d’œuvre disponible
• Créations d’emplois dans des domaines nouveaux et
en développement sur le territoire
• Baisse du nombre d’emplois dans la fonc-
tion publique
Variables Tendances Incertitudes
Aménagement
et rapport entre
espaces urbains
et ruraux
• Renforcement des phénomènes d’urbanisation et de
littoralisation
• Désertification de territoires centraux enclavés
• Étalement urbain contraint avec un déséquilibre dans
le potentiel de développement territorial
Foncier et
marché de
l’immobilier
• Difficultés des populations locales à se loger face à
des prix de vente et des loyers trop élevés
• Augmentation du nombre de résidences secondaires
• Spéculation immobilière
• Evolution des taux d’intérêt
Mutation et
diversification
de l’économie
• Verdissement et décarbonation de l’économie
• Digitalisation de l’économie
• Diversification vers de nouveaux secteurs
d’activité
• Solde de la balance commerciale
• Attractivité des investissements directs
étrangers en baisse
Développement
du tourisme
• Dépendance croissante de l’économie au secteur du
tourisme
• Désaisonnalité du tourisme
• Croissance du tourisme
• Acceptabilité du développement du
tourisme
Développement humain
Enjeu 2
Dynamiques économiques, fractures et continuités du territoire
Enjeu 3
23 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEVariables Tendances Incertitudes
Transports et
mobilités
• Forte dépendance à une infrastructure de transport insuffisante en capacité
• Dépendance quotidienne à la voiture
• Demande croissante de mobilité
• Développement des liaisons entre l’île et les régions limitrophes • Fiscalité environnementale davantage contraignante nécessitant des investissements importants
• Accentuation des phéno-
mènes d’immobilité des indivi-
dus liés au développement des
nouvelles technologies
Développement
des pratiques
numériques
• Accroissement des pratiques dématérialisées dans les adminis- trations
• Réduction progressive de la fracture du numérique
• Délocalisation des lieux de travail et de vie avec le développe- ment massif de pratiques de télétravail
• Utilisation de l’IA
Nouvelles
technologies et
innovation
• Emergence et développement de nouvelles technologies offrant de nouvelles approches de la mobilité et un désenclavement territorial
• Approfondissement de l’automatisation et de la digitalisation dans les métiers des services
Variables Tendances Incertitudes
Identité
culturelle
collective
• Réhabilitation du patrimoine historique et culturel
• Affirmation de l’identité corse
• Développement d’une nouvelle forme d’identité corse
reposant sur des pratiques modernes et tradition-
nelles
• Intégration dans l’écosystème des îles
méditerranéennes et renforcement des
échanges et projets culturels
Démocratie et
citoyenneté
• Structuration de la société civile en associations et
mouvements
• Alignement des résultats électoraux sur les dyna-
miques nationales
• Renforcement de pratiques mafieuses
• Accroissement de la méfiance à l’égard
des institutions nationales et locales et
désintérêt pour la politique
Gouvernance
locale et
organisation du
territoire
• Préférence pour les dynamiques locales au détriment
des approches top-down
• Lente décentralisation des compétences
territoriales
• Plus grande autonomie accordée à la
Corse
Finances
publiques
locales
• Baisse des ressources publiques
• Baisse des transferts sociaux
• Affirmation d’une économie mixte public/
privé
• Réduction des bases fiscales
• Evolution à la hausse des taux de fiscalité
Géopolitique et
coopérations
internationales
• Augmentation des tensions internationales
• Augmentation des préoccupations sécuritaires
• Augmentation du degré d’intégration
régionale
• Intensification des enjeux de sureté mari-
time et renforcement de l’intérêt géostra-
tégique de la Corse
• Augmentation des capacités à capter les
financements de l’UE pour ses projets
• Nouvelles conflictualités méditerra-
néennes, voire mondiales
Connectivités et mobilités
Enjeu 4
Dynamiques institutionnelles
Enjeu 5
243. QUELQUES DONNÉES CHIFFRÉES
Afin d’objectiver l’analyse, nous synthétisons dans le tableau suivant l’ensemble des variables clés mobili - sées dans l’étude, ainsi que des indicateurs permettant de les mesurer. Lorsque la variable d’intérêt n’est pas directement observable ou qu’elle ne fait pas l’objet d’une mesure standardisée, nous recourons à des proxies (indicateurs indirects).
Chaque entrée du tableau précise (i) la variable, (ii) l’indicateur/proxy associé, (iii) l’intervalle temporel, (iv) la source des données, (v) les valeurs clés, ainsi que (vi) les projections des tendances (lorsque cela est pos- sible).
Ce tableau fournit une base de référence à partir de laquelle il est possible de se projeter et de structurer notre démarche prospective. Il permet de décrire l’état initial et les évolutions connues et d’objectiver les tendances en cours. Il nous invite également à améliorer notre ressource informationnelle et notre capacité à faire réaliser des simulations à la suite de ce travail. Ces informations seront mobilisées par la suite pour aider à construire les scénarios, en faisant varier les hypothèses relatives aux trajectoires des indicateurs.
Ce travail comme beaucoup d’autres, a buté sur le manque de données chiffrées, consolidées et inter-opérables. Cette la- cune appelle d’ailleurs à un renforcement des capacités de recueil et traitement informationnel de la Collectivité de Corse.
25 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEVariables Indicateurs Intervalle temporel Source des données
Bouleversement des
écosystèmes
Evolution de la température moyenne annuelle 1956-2022 Météo France, DRIAS
Pluviométrie (cumul annuel des précipitations) 1956-2023 Météo France, DRIAS
Nombre d’incendies 2000-2022 Data Corsica (CdC)
Niveau des nappes phréatiques 2010-2025 Info sécheresse
Population exposée au risque submersion marine 2017 BRGM /CEREMA (Géorisques)
Pressions anthropiques sur les
ressources
Changement d’occupation des sols 1982-2023 Agreste – enquête Teruti
Densité de population 1968-2022 INSEE (recensement de la population)
Pollution de l’air 2007-2023 Qualit’air, OREGES
Pollution de l’eau 2021 CEREMA
Production et disponibilité des ressources énergétiques
Production annuelle locale d’électricité renouvelable 2016-2020 OREGES-AUE
Part des énergies renouvelables dans la production
d’énergie 2016-2020 OREGES-AUE
Évolution de l’agriculture
Superficie Agricole Utilisée 1970-2023 AGRESTE
Nombre d’exploitations agricoles 1970-2024 AGRESTE
Nouvelles installations 2019-2023 DRAAF Corse (Chiffres clés de l’agriculture corse, 2024)
Nombre de producteurs bio 2010-2020 DRAAF Corse
Âge des agriculteurs 2010-2020 DRAAF - AGRESTE
Dynamiques migratoires extra-insulaires
Solde migratoire 1975-2025 INSEE - OMPHALE
Nombre d’arrivants 1975-2021 INSEE
Nombre de départs 1975-2021 INSEE
Nationalités des arrivants 2016-2021 INSEE
26Valeurs clés Projections des tendances
+ 1,3 degré d’écart entre la normale 1951-1980 et la normale 1991-2020 + 2,7°C en moyenne à horizon 2050
8 milliards de m³ entre 1960 et 2023 De +10 à -30 mm d’écart de cumul de précipitation annuel (en moyenne) à horizon 2050
13 408 incendies entre 2000 et 2022 (583 en moyenne par an) : 865 en 2000 et 397 en 2022 Tendance à la forte baisse
Niveau modérément bas en Corse du Sud et modérément haut en Haute-Corse (avril 2025)
Tendance à la baisse des recharges des nappes phréa-
tiques
4,8% de la population en Haute-Corse et 3,7% en Corse du Sud exposés au risque submersion marine en 2017
Augmentation du niveau de la mer de 60 cm à horizon
2100
• Pour l’année 2013, la surface de sols artificialisés était de 4 181 ha. • Pour l’année 2023, la surface de sols artificialisés était de 5 226 ha soit une hausse de 1,37% en moyenne annuelle sur 10 ans
Tendance à la hausse et fortement dépendant de la révi-
sion du PADDUC
• 23,6 habitants au km² en Corse en 1968 (80,3 en France)
• 30 habitants au km² en Corse en 1999 (95,1 en France)
• 40,5 habitants au km² en Corse en 2022 (107,1 en France)
Tendance à la hausse
• ZAR Aiacciu : 13,41% de la population exposée au dépassement de la valeur limite en 2019.
• ZAR Bastia : 2,58% de la population exposée au dépassement de la valeur limite en 2019.
• ZR : 35,25% de la population exposée au dépassement de la valeur limite en 2019.
Tendance à un accroissement général des problèmes de
pollution atmosphérique
• 47% des masses d’eau superficielle sont jugées de « très bon état écolo- gique », 41% dans un « bon état écologique », 10% environ dans un « état moyen » et le reste, environ 1% dans un « état écologique médiocre ».
• Risque d’intrusion saline rendant la ressource impropre à
la consommation humaine.
• Tendance à une concentration des pollutions dans la
ressource en eau.
• 2016 : Eolien (33 GWh), solaire (157 GWh), hydraulique (471 GWh), biogaz (9 GWh)
• 2020 : Eolien (11,3 GWh), solaire (238 GWh), hydraulique (500 GWh), biogaz (6,3 GWh)
Tendance à la hausse
30,5% en 2016, 45,5% en 2020 Tendance à la hausse
166 747 ha en 2020, 166 591 ha en 2023 Tendance à la baisse
8 884 en 1970, 2 936 en 2020 Tendance à la baisse jusqu’en 2010 puis relativement stable
136 en 2019, 82 en 2023 Tendance à la baisse
Près de 27% de producteurs bio en 2021 Tendance à la hausse
Âge moyen de 50 ans et 5 mois en 2020. 448 chefs et coexploitants de moins de 35 ans en 2020, soit 183 de plus qu’en 2010. Augmentation de l’âge médian
Entre 2015 et 2025, +3 900 personnes par an Environ + 2 533 par an
7 100 en 2016, 7 700 en 2020 En progression
4 200 en 2013, 4 800 en 2020 En progression
• 1100 étrangers en 2016 : 58% proviennent d’Europe contre 47% au niveau national.
• 895 étrangers (dont 60% d’européens) en 2020
Tendance à la baisse
27 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEVariables Indicateurs Intervalle temporel Source des données
Evolutions socio-démographiques
Population 1975-2025 INSEE
Âge moyen 1975-2022 INSEE
Taux de croissance de la population 1968-2025 INSEE
Nombre de naissances 1975-2024 INSEE
Nombre de décès 1975-2024 INSEE
Taux de fécondité 2018-2025 INSEE
Espérance de vie à la naissance 1999-2024 INSEE
Indice de vieillissement 2016-2021 INSEE
Types de ménage 2010-2021 INSEE
Etat de santé de la population
Densité de médecins généralistes 2012-2023 INSEE
Densité de médecins spécialistes 2012-2023 INSEE
Nombre de médecins - Spécialistes et généralistes 2007-2018 INSEE
Dépendance des plus âgés 2015 INSEE
Usages quotidiens de tabac et des usages réguliers d’al-
cool et de cannabis à 17 ans 2005-2017
Observatoire français des
drogues et tendances addictives
Nombre de bénéficiaires de traitement par agonistes
opioïdes en ville pour 100 000 habitants âgés de 15 à 64 ans 2024 Observatoire français des
drogues et tendances addictives
Accidents mortels avec alcool 2017 Observatoire français des drogues et tendances addictives
Infractions à la législation sur les stupéfiants pour ventes
et usages/reventes 2020
Observatoire français des
drogues et tendances addictives
IVG pour 1 000 femmes de 15-49 ans 2020-2024 DREES
28Valeurs clés Projections des tendances
• 327 283 en 2015
• 360 200 en 2025
383 000 habitants en 2050 selon les projections OMPHALE
de l'INSEE (hypothèse centrale)
• 40 ans en 1975 (basé sur des classes d’âge de 5 ans pour 1975) • 40,5 ans en 1999
• 44 ans en 2018
• 44,5 ans en 2022
52 ans en 2070 selon les projections OMPHALE de l'INSEE
• 1% entre 2016 et 2022
• 0,8% entre 2024 et 2025
• Hausse de 75,46% entre 1968 et 2025 soit un taux de croissance an- nuel moyen de 0,97%
0,18% de croissance annuelle à l'horizon 2070
• 2 489 en 1975
• 2 866 en 2015
• 2 400 en 2025
2 390 en 2050 selon les projections OMPHALE de l'INSEE
• 2 617 en 1975
• 3 106 en 2015
• 3 500 en 2025
5 060 en 2050 selon les projections OMPHALE de l'INSEE
• 1,87 en 2018
• 1,8 en 2023
• 1,19 en 2025
Constant jusqu'en 2070 selon les projections OMPHALE de
l'INSEE
• 82,7 ans pour les femmes et 75,5 ans pour les hommes en 1999 • 85,8 ans pour les femmes et 81,6 ans pour les hommes en 2024 EDV Femmes : 90 ans en 2070
EDV Hommes : 87,5 ans en 2070
1,2 personne de plus de 65 ans pour 1 jeune de moins de 20 ans en 2021 (1,09 en 2016)
• 2,24 personnes de plus de 65 ans pour 1 jeune de moins
de 20 ans à l'horizon 2050
• Ménage d’une seule personne : 30,1% en 2010, 32,8% en 2021 • Couple sans enfant : 26% en 2010, 26,9% en 2021
• Couple avec enfant(s) : 27,6% en 2010, 25,4% en 2021
• Famille monoparentale : 11,4% en 2010, 12,3% en 2021
154 médecins généralistes pour 100 000 hab. en 2012, 159 en 2023
142 médecins spécialistes pour 100 000 hab. en 2012, 164 en 2023
949 en 2007, 1 023 en 2018
• 2015 : Sur 92 750 personnes de + de 60 ans, 14 936 sont dépendants soit 16,1% des + de 60 ans.
• Au total, 16,1% de personnes de plus de 60 ans étaient dépen- dants en 2015.
• 2030 : Sur 127 879 personnes de + de 60 ans, 20 975 se-
ront dépendants soit 16,4% des + de 60 ans.
• Au total, 16,4% de personnes de plus de 60 ans seront
dépendants en 2030.
• Tabac : 33% en 2005 (33% en France métropolitaine) et 31% en 2017 (25,1% en France métropolitaine)
• Alcool : 12% en 2005 (12% en France métropolitaine) et 10% en 2017 (8,4% en France métropolitaine)
• Cannabis : 3% en 2005 (10,8% en France métropolitaine) et 3% en 2017 (7,2% en France métropolitaine)
En légère baisse
398 en Corse pour 100 000 habitants de 15 à 64 ans (contre 310 pour la France métropolitaine)
29,4% en Corse pour 100 accidents mortels au taux d’alcoolémie connu (contre 30,2% pour la France entière)
27,4% en Corse pour 10 000 habitants de 15 à 74 ans (contre 38,8% pour la France entière)
• 17% en Corse en 2020 (contre 14,9% pour la France métropolitaine) • 18,8% en Corse en 2024 (contre 16,7% pour la France métropolitaine) Tendance à la hausse
29 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEVariables Indicateurs Intervalle temporel Source des données
Modes de vie et pratiques de
consommation
Prix à la consommation 2015 et 2022 INSEE
Nombre de labels locaux 2021 ODARC
Evolution du nombre de points de vente de commerce
de détail et d’artisanat commercial pour 1000 habitants 2015 et 2020 INSEE
Production de déchets 2017-2024 SYVADEC (Observatoires de déchets ménagers)
Taux de tri 2017-2024 SYVADEC (Observatoires de déchets ménagers)
Cohésion sociale
et inégalités
Taux de pauvreté 2006-2021 INSEE
Taux de scolarisation 2010-2021 INSEE
Revenu médian 2002-2021 INSEE
Ecart de salaires nets horaires moyens entre les femmes
et les hommes 2015-2021 INSEE
Développement de l’écosystème
de formation
Nombre d’organismes de formations 2025 Ministère du travail (Liste Publique des Organismes de Formation)
Nombre de formations proposées à l’université de Corse 2025 Université de Corse AERES (HCERES)
Nombre d’étudiants à l’Université de Corse 2025 • Université de Corse • Ministère de l’Éducation nationale
Nombre d’organismes de formations en apprentissage 2023 • DREETS (DARES) • CARIF OREF
Nombre de contrats d’apprentissage (organisme habilité
à dispenser des formations en alternance sous contrat
d'apprentissage)
2019-2023 INSEE
Dynamiques de l’emploi
Evolutions de l’emploi salarié total 2017-2025 INSEE
Taux de chômage 2017-2024 INSEE
Création d’entreprises 2012-2024 INSEE
Défaillances d’entreprises 1990-2024 INSEE
30Valeurs clés Projections des tendances
En 2022, les prix à la consommation des ménages sont supérieurs de 7% par rapport à ceux de France de province (contre 3,6% en 2015). Tendance à la hausse
16 produits en AOP (dont 9 pour le vin), 5 produits en IGP (dont 1 label rouge), 1 AOC et 7 démarches en cours (5 IGP et 2 AOP)
Evolution entre 2015 et 2020 :
-7,4% en Corse du Sud et -8,6% en Haute-Corse Tendance à la baisse
• 687 kg/hab. en 2017
• 632 kg/hab. de déchets ménagers assimilés en 2024
Augmentation projetée de + 27% de kg de déchets d’ici
2033 (Plan territorial de Gestion des Déchets de la Collecti-
vité de Corse)
• 26% de taux de tri en 2017
• 39% de taux de tri en 2024 Tendance à la hausse
19,3% en 2006, 18,1% en 2021 Stable
• 43,5% des jeunes de 18 à 24 ans scolarisés en 2010
• 43% en 2015
• 43,2% en 2021
Stable
• 12 660€ en 2002
• 22 390€ en 2021 Tendance à la hausse
• –14,8% en 2015
• –12,4% en 2021
Légère réduction des disparités salariales femmes-
hommes
440 organismes (tous types de formations confondus, associations et formateurs indépendants) dont 49 de plus de 10 formateurs (écoles, collèges et lycées non comptabilisés)
69 diplômes en 2012, 130 diplômes en 2025 Tendance à la hausse
• 3 509 étudiants en 2000
• 5 100 étudiants en 2025 Tendance à la hausse
• 22 organismes
1 920 apprentis en 2019, 2 865 en 2023 soit un taux d’évolution annuel sur 5 ans de 7,6% (contre 17,8% en France métropolitaine) Tendance à la hausse
• 109 299 salariés au 1er trimestre 2011
• 129 355 salariés au 1er trimestre 2025 (soit un taux de croissance an- nuel de 1,13% entre 2011 et 2015)
Tendance à la hausse
9% au 4e trim. 2017, 6,4% au 4e trim. 2024 Tendance probable à la baisse en moyenne
627 au 1 trim. 2012, 1 126 au 4e trim. 2024 Tendance à la hausse
52 au 1 trim. 1990, 105 au 4e trim. 2024 Tendance à la hausse
31 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEVariables Indicateurs Intervalle temporel Source des données
Aménagement et rapport entre
espaces urbains et
ruraux
Nombre d’habitants dans les pôles urbains 2007-2021 INSEE
Consommation d’espace NAF (naturels, agricoles et
forestiers) 2011-2022
https://mondiagartif.beta.gouv.fr/pro-
ject/20893/tableau-de-bord/consomma-
tion?level_conso=SCOT
Artificialisation des sols 2000-2018 CEREMA (à partir des Fichiers fonciers)
Foncier et marché de l’immobilier
Logements vacants 2009-2021 INSEE
Prix de l’immobilier au m² 2020-2025
• DVF
• https://explore.data.gouv.fr/
fr/immobilier?onglet=carte&-
filtre=tous&code=2A&level=de-
partement&lat=41.87305&l-
ng=9.00954&zoom=9.00
Nombre de résidences secondaires 1968-2021 INSEE
Nombre de logements sociaux 2007-2024 DREAL
Mutation et diversification de
l’économie
Evolution de la part des emplois relevant du secteur de
l’industrie 2011-2023 INSEE
Evolution de la valeur ajoutée régionale relative à l’industrie 2000-2023 INSEE
Evolution du chiffre d’affaires par secteurs 2017-2023 INSEE
Part de seniors parmi les chefs d’entreprises (60 ans et
plus) 2022 INSEE
PIB en euros par habitant 1990-2023 INSEE
Développement du tourisme
Part de la consommation touristique dans le PIB régional 2011-2017 INSEE
Nombre de lits touristiques (en hébergements collectifs) 1996-2024 ATC
Nombre de nuitées (en hébergements collectifs) 2005-2024 ATC- UMR LISA - INSEE
Nombre d’arrivées (résidents inclus) 2021-2024 ATC
Evolution du nombre d’annonces sur les plateformes de
location saisonnière 2014-2020 ESTATE
32Valeurs clés Projections des tendances
• 7 aires d’attractions, 286 606 habitants dans ces aires (pôles + cou- ronnes) en 2017 soit 85,6% (149 025 dans les pôles uniquement soit 44,5%)
• Evolution à la hausse +1,16% entre 2007 et 2017
Tendance à la hausse
• 245,1 ha d’espaces NAF consommés en 2011, 159,17 en 2020, 282 ha en 2022
• 2 134,88 ha d’espaces NAF consommés de 2011 à 2020
• 16 426 ha artificialisée en 2000 (soit 1,9%)
• 22 712 ha artificialisée en 2018 (soit 2,6%)
• Soit un taux de croissance annuel moyen de 1,72%
Tendance à la hausse
• 8 084 logements sont vacants en 2009 soit 3,96% du parc immobilier. • 8 353 logements sont vacants en 2020 soit 3,2% du parc immobilier (contre 8,2 % en France)
En baisse mais taux très faible
• En Corse du Sud :
• Juillet 2020 : Prix de vente médian de 3 254€/m²
• Juin 2025 : Prix de vente médian de 4 107€/m²
• Prix de vente médian sur 5 ans : 3 942 €/m²
• En Haute-Corse :
• Juillet 2020 : Prix de vente médian de 2 772€/m²
• Juin 2025 : Prix de vente médian de 2 557€/m²
• Prix de vente médian sur 5 ans : 3 018 €/m²
Tendance à la hausse
• 6 552 en 1968 (8,6%)
• 97 483 en 2021 (37,3%) Très forte hausse
• 11 868 logements sociaux au 1er janvier 2017.
• 16 027 logements sociaux au 1er janvier 2024.
• Taux de croissance annuel de 3,8%
Tendance à la hausse
10,1% en 2011, 5,5% en 2020 et 5,8% en 2023
8,2% en 2000, 6,9% en 2020, 6,5% en 2021 Tendance à la baisse
+0,1% construction, +1,4% activités spécialisées scientifiques et tech- niques, +2,3% activités immobilières, +2,4% transport et entreposages, +4,1% commerce et Réparations automobiles, +5,8% hébergement et restauration, +6,6%industrie manufacturière, +6,8% activité de services administratifs et de soutien et +5,8% autres secteurs entre 2022 et 2023
22,6% des dirigeants d’entreprises contre 16,3% en France métropoli- taine Probablement à la hausse
• 19 276 en 2003, 25 503 en 2013
• 30 300 en 2023, soit un taux de croissance annuel moyen de 2,18% sur 20 ans et de 1,58% sur 10 ans
Tendance à la hausse avec un ralentissement
31 % en 2011, 39% du PIB en 2017 Hausse de la spécialisation touristique
• 112 350 lits touristiques en 1996
• 145 000 en 2024 Tendance à la hausse
6,6 millions en 2005, 9,9 millions en 2024 Tendance à la hausse
4 millions en 2024, -0,6% par rapport à 2021 (dont 3,5 millions de tou- ristes)
• 20 059 annonces en Airbnb et Homeway en 2017, 28 188 en 2019 et 28 382 en 2020
• +7% par an pour Homeway et + 26% par an pour Airbnb entre 2014 et 2020
Tendance à la hausse
33 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEVariables Indicateurs Intervalle temporel Source des données
Transports et mobilités
Empreinte carbone 2020-2021 Carbo https://www.hellocarbo.com/region/corse-2021/
Intensité carbone 2021-2025 https://app.electricitymaps.com/map/5y/yearly
Motifs des déplacements quotidiens 2019 AUE
Nombre de déplacements par jour 2019 AUE
Mode de déplacement 2019 AUE
Nombre de liaisons maritimes 2024 CCI de Corse
Nombre d’aéroports desservis (Air Corsica) 2024 Air Corsica
Développement des pratiques numériques
Part du territoire corse connecté au réseau Internet 2020-2024 ARCEP
https://www.arcep.fr/cartes-et-donnees/nos-
cartes/visualisations-ma-connexion-internet.html
Taux d’équipement des ménages
2011-2014-
2016-2019-
2021
Hub Corsica
Usage d’internet
2011-2014-
2016-2019-
2021
Hub Corsica
Taux d’illectronisme 2019 INSEE
Nouvelles
technologies et innovation
Brevets publiés 2017-2024 INPI
Dépenses en R&D 2022 INSEE
Identité culturelle
Taux de personnes bilingues 2022 Rapport sociolinguistique de la Collectivité de Corse
Nombre de classes bilingues (1er degré) 2020-2021, 2023-2024 Académie de Corse
34Valeurs clés Projections des tendances
• 9,66 tCO2e/habitant en 2020 dont 22% dû aux transports et 19% aux logements (9,996 tCO2e/habitant en France)
• 10,1 tCO2e/habitant en 2021 dont 22% dû aux transports et 19% aux loge- ments (9,52 tCO2e/habitant en France)
Tendance à la hausse
• 351 gCO₂eq/kWh en 2021 (61 gCO₂eq/kWh en France)
• 476 gCO₂eq/kWh en 2025 (32 gCO₂eq/kWh en France) Tendance à la hausse
27 % travail ; 23% loisirs ; 21% achats ; 16% accompagnement et 13% autres
1 051 879 déplacements par jour
66% en voiture, 27,2% à pied, 3,2% en transports en commun, 2,5% en deux roues motorisés, 0,5% à vélo et 0,6% autres
17 liaisons maritimes entre la France ou l’Italie et la Corse, avec 3,997 millions de passagers en 2024
17 aéroports (France et Europe)
l
99% du territoire en 2024 (81,9% éligibles à la fibre), 97,3% en 2020 (33,7% éligibles à la fibre)
En 2021, 98% des foyers sont équipés en smartphone (36% en 2011), 86% en ordinateur portable (71% en 2011 pour tout type d’ordinateur), 62% en tablette et 37% en ordinateur fixe
Tendance à la baisse
En 2021, 83% utilisent internet, 89% ont déjà fait une demande adminis- trative dématérialisée, 59% ont pris un rendez-vous médical via leurs ou- tils numériques, 34% télétravail (56% pour de la e-administration en 2011) Tendance à la hausse
26,3% en 2019 (contre 16% en France métropolitaine)
• 14 en 2021 (sur 14 339 au total en France)
• 19 en 2022 (sur 12 627 au total en France)
• 7 en 2023 (sur 12 562 au total en France)
• 4 en 2024 (sur 13 139 au total en France)
27 millions d’euros (organismes publics) et 10 millions d’euros (entre- prises) en 2022
30% des Corses se déclarent bilingues, 13% affirment parler et com- prendre le Corse, 20% disent bien le comprendre et le parler un peu (données déclaratives)
Sur 1 242 classes, 558 classes bilingues (45%) et 16 classes immersives (1,3%) en 2020/2021. En 2023/2024, 53% des élèves dans le 1er degré sont scolarisés dans des classes bilingues
35 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEVariables Indicateurs Intervalle temporel Source des données
Démocratie et citoyenneté
Taux de participation aux élections municipales 2001 ; 2008 ; 2014 ; 2020 • Ministère de l’Intérieur • INSEE
Taux de participation aux élections territoriales 2017 ; 2021 Ministère de l’Intérieur
Taux de participation aux élections législatives
2002 ; 2007
; 2012 ; 2017 ;
2022 ; 2024
• Ministère de l’Intérieur
• INSEE
Taux de participation aux élections présidentielles
2002 ; 2007
; 2012 ; 2017 ;
2022
Ministère de l’Intérieur
Nombre d’atteintes à la probité 2016-2023 Agence Française Anticorruption
Nombre d’associations citoyennes 2011-2022 CRESS
Gouvernance locale et organisation
du territoire
Nombre de communes - INSEE
Organisation du territoire - INSEE
Evolution des compétences de la Collectivité de Corse 1982-2025 Assemblée de Corse
Finances publiques locales
Budget de la Collectivité de Corse 2024-2025 Collectivité de Corse
Dette de la Collectivité de Corse 2024-2025 Collectivité de Corse
Géopolitique et coopérations internationales
Valeurs des importations de l’étranger 2023 Douanes
Valeurs des exportations de l’étranger 2023 Douanes
Taux de couverture du commerce extérieur 2023 Calcul à partir des données des douanes
Solde de la balance commerciale 2023 Calcul à partir des données des douanes
Montant du Programme de collaboration FEDER-FSE +
2021-2027 Europa Corsica 2021-2027 Europa Corsica
36Valeurs clés Projections des tendances
• 59,2% au 1er tour en Haute-Corse et 56,4% au 1er tour en Corse du Sud en 2020 (44,5% au niveau national)
• 68,59% au 2nd tour en Haute-Corse et 75,43% en Corse du Sud en 2020 (41,6% au niveau national)
• 57,08% au 1er tour en 2021 (33,3% au niveau national)
• 58,91% au 2nd tour en 2021 (34,7% au niveau national)
• 44,6% au 1er tour et 45,5% au 2nd tour en Corse en 2022 (47,5% au 1er tour et 46,2 % au niveau national)
• 63,9% au 1er tour et 66,9% au 2nd tour en Corse 2024 (66,7% au 1er tour et 66,6% au 2nd tour au niveau national)
62,7% au 1er tour et 60,8% au 2nd tour en Corse en 2022 (73,7% au 1er tour et 72 % au 2nd tour au niveau national)
Plus de 6 infractions en moyenne par an pour 100 000 habitants entre 2016 et 2023 (1,1 au niveau national)
Entre 9 500 et 10 000 associations actives en 2022 (plus de 500 nou- velles associations par an entre 2011 et 2022
360 communes (236 en Haute-Corse et 124 en Corse du Sud)
Depuis 2017, 19 établissements publics de coopération intercommu- nale (EPCI), 2 communautés d’agglomération (CA) et 17 communautés de communes (CC)
1982 : statut particulier et création de l’Assemblée de Corse (et non plus conseil régional).
1991 : Création de la Collectivité Territoriale de Corse avec des compé- tences en matière de :
• Développement économique et social avec les transports, les aides à l’économie, la formation.
• Promotion de l’identité, par la valorisation de la langue et de la culture corses, la protection du patrimoine, et la préservation de l’environne- ment naturel.
2002 : Compétences renforcées avec le « processus de Matignon » : transfert de la propriété et de la gestion des forêts domaniales, des ports et aéroports principaux, du chemin de fer, des ouvrages hydrau- liques, de biens culturels et universitaires, etc.
2018 : Création de la Collectivité de Corse : fusion de la Collectivité de Corse et des 2 conseils départementaux.
• 1,423 milliard au budget primitif en 2024
• 1,371 milliard au budget primitif en 2025
• 1,044 milliard en 2024
• 1,118 milliard en 2025
1,8 milliard d’€ d’importations
300 millions d’€ d’exportations
16,67%
- 1,5 milliard
117 millions €, dont 105 millions € de crédits FEDER (Fonds Européen de Développement Régional) et 12 millions € de crédits FSE (Fonds Social Européen)
37 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSE4. HYPOTHÈSES D’ÉVOLUTION PAR VARIABLE FORMULÉES PAR LE GROUPE D'EXPERTS
Afin d’explorer les futurs possibles de chacune des
variables, 50 entretiens ont été menés auprès d’ex-
perts. Au cours de ces entretiens, il leur a été de-
mandé quelles étaient les trajectoires possibles de
chaque variable à l’horizon 2050. En général, deux
à quatre hypothèses d’évolution ont été émises par
les personnalités interrogées. Ces hypothèses ont
été synthétisées et ont permis de construire le ta-
bleau morphologique suivant. L’analyse morpholo-
gique menée, par la suite, permet d’explorer les fu-
turs possibles du système, par la combinaison des
hypothèses associées à ses variables.
Variables Hypothèse 1 Hypothèse 2 Hypothèse 3 Hypothèse 4
Trajectoires de
réchauffement
Valeurs minimales
de la trajectoire de
réchauffement
Valeurs médianes
de la trajectoire de
réchauffement
Valeurs maximales
de la trajectoire de
réchauffement
Bouleversement
de la biodiversité
Stabilité de l’état de
biodiversité
Accélération de l’éro-
sion de la biodiversité
Dégradation de la
biodiversité
Pressions
anthropiques sur
les ressources
Gestion planifiée des
ressources
Contradiction crois-
sante entre pressions
anthropiques et
production de normes
environnementales
Exploitation intensive
des ressources et mon-
tée des conflits
Production et
disponibilité
des ressources
énergétiques
Energies renouvelables
optimisées : produc-
tion locale, stockage,
sobriété et efficacité
énergétiques
Mix énergétique re-
nouvelable et dépen-
dance persistante aux
importations énergé-
tiques non renouve-
lables
Renforcement de la
production et de la
consommation d’éner-
gies non renouvelables
Évolution de
l’agriculture
Déclin agricole dû au
climat, aux normes et à
la concurrence
Une agriculture stable
mais fragile
Renforcement de la
résilience agricole et
de la souveraineté
alimentaire
Dynamiques
migratoires extra-
insulaires
Flux d’entrées élevés
avec des arrivants peu
qualifiés et des refugiés
Faible nombre d’arri-
vants
Nombre d’arrivants
plus faible mais avec
des profils plus quali-
fiés par des politiques
d’attractivité ciblées
Arrivées importantes
issues de régions fran-
çaises et retour de la
diaspora
Evolutions socio-
démographiques
Déclin démographique
et pressions sur les
systèmes sociaux
Vieillissement accéléré
et fragilisation du mar-
ché du travail
Croissance démogra-
phique portée par la
natalité et les migra-
tions
Etat de santé de la
population
Prévention et coor-
dination renforcées
du système de santé
autour d’un CHU
Défis structurels et
organisationnels d’un
CHU insulaire
Vieillissement, ma-
ladies chroniques et
accès inégal aux soins
Modes de vie
et pratiques de
consommation
Consommation
standardisée et dé-
pendance accrue aux
importations
Frugalité et réappro-
priation productive du
territoire
Consommation
contrainte par le
pouvoir d’achat et dé-
pendance à la grande
distribution
Cohésion sociale
et inégalités
Hausse générale de la
pauvreté
Des inégalités encore
fortes mais atténuées
par des actions locales
de solidarité
Réduction de la
pauvreté par l’action
publique forte et
concertée
Développement
de l’écosystème
de formation
Manque d’attractivité
et fuite des talents
Anticipation des
besoins et économie
fondée sur la connais-
sance
Masse critique de capi-
tal humain et dévelop-
pement territorial
38Variables Hypothèse 1 Hypothèse 2 Hypothèse 3 Hypothèse 4
Dynamiques de
l’emploi
Transformation de
l’emploi par la techno-
logie et le télétravail
Tensions sur le marché
du travail et adaptation
par la formation et les
organisations
Recomposition de
l’emploi et précarité
Aménagement
et rapport entre
espaces urbains
et ruraux
Déséquilibres terri-
toriaux aggravés par
l’étalement urbain et
l’absence de coordi-
nation
Métropolisation insti-
tutionnalisée des villes
d’Aiacciu et de Bastia
Planification territoriale
stratégique coordon-
née et revitalisation des
villages
Foncier et marché
de l’immobilier
Hausse des prix fon-
ciers et immobiliers et
inégalités d'accès au
logement
Régulation du marché
immobilier pour
favoriser les logements
permanents
Valorisation des es-
paces naturels et des
terres agricoles
Captation et valorisa-
tion de la rente fon-
cière par la puissance
publique
Mutation et
diversification de
l’économie
Économie peu diversi-
fiée et dépendante
Spécialisation ciblée
et dynamique ascen-
dante endogène
Diversification écono-
mique
Développement
du tourisme
Tourisme stable mais
affaibli par un modèle
vieillissant
Repositionnement
vers une clientèle à fort
pouvoir d’achat
Décroissance du tou-
risme
Croissance du tou-
risme
Transports et
mobilités
Développement de
l’offre externe mais
dépendance accrue à
la voiture
Réduction des
connexions extérieures
Transition vers des
mobilités durables
Développement
des pratiques
numériques
Retard numérique et
surcoûts pour l’écono-
mie
Transition numérique
et isolement social
Transformation numé-
rique et développe-
ment local
Nouvelles
technologies et
innovation
Retard technologique
et enjeux de souverai-
neté
Dépendance tech-
nologique externe et
déficit de compétences
locales
Tournant stratégique
vers l’intelligence arti-
ficielle
Identité culturelle
collective
Fragmentation identi-
taire et repli
Evolution vers une
identité plurielle an-
crée dans la mémoire
et le dialogue
Uniformisation cultu-
relle et appauvrisse-
ment du lien social
Démocratie et
citoyenneté
Renouveau démocra-
tique par une parti-
cipation citoyenne
élargie
Défaillance des ins-
titutions et réponses
associatives
Fragilisation de la
confiance dans les
institutions et déclin
civique
Gouvernance
locale et
organisation du
territoire
Réorganisation de
l’action publique et
recomposition du bloc
communal
Recentralisation et
fragilisation de la
confiance locale
Renforcement de
l’autonomie et conso-
lidation des capacités
décisionnelles locales
Redistribution des
compétences et gou-
vernance territoriale
Finances
publiques locales
Raréfaction des fi-
nances publiques
Réorientation des
cibles fiscales Décentralisation fiscale
Géopolitique et
coopérations
internationales
Recomposition mon-
diale et vulnérabilités
méditerranéennes
Perte de cohésion de
l’UE et isolement accru
de la Corse
Diplomatie environ-
nementale méditerra-
néenne
Rôle stratégique accru
de la Corse dans un
contexte sécuritaire
tendu
39 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEALBERTINI Jean-Louis
Président du MEDEF Corse
ALBERTINI Philippe
Directeur général de la CCI de Corse
BALZACQ Thierry
Professeur en science politique à Sciences Po
et chercheur au CERI-Sciences Po
BEAUGEARD Emeric
Responsable régional Conseil PACA, groupe SCET
BENEDETTI Roxane
Directrice du développement Résilience des
territoires, groupe SCET
BERNARD-LEONI Vannina
Ingénieure culturelle, directrice de publication de
la Rivista Robba
BIANCHINI Marie-Pierre
Directrice par intérim de l’Office du
Développement Agricole et Rural de Corse
(ODARC)
BONICEL Patrick
Responsable du Centre Météorologique de Corse
CASABIANCA Anne
Ingénieure, chargé d’études socio-économiques à
l’Agence du Tourisme de la Corse (ATC)
CASABIANCA Tristan
Chargé d’études à l’Agence d’Aménagement Du-
rable, d’Urbanisme et d’Énergie de la Corse (AUE)
CASAMATTA Georges
Chargé de recherches au CNRS en science
économique
FABIANI Jean-Louis
Professeur de sociologie à l’EHESS
FARINEAU Marie-Odile
Directrice réseau SCET
FAZI André
Maître de conférences en science politique à
l’Université de Corse
FILIPPI Charles-Henri
Président d'Evercore France
FILIPPI Jean-Baptiste
Chargé de recherches au CNRS en informatique
FURT Jean-Marie
Maître de conférences, Habilité à Diriger les
Recherches en sciences de gestion à l’Université
de Corse
GIANNONI Sauveur
Maître de conférences, Habilité à Diriger
les Recherches en science économique à
l’Université de Corse
GILORMINI Benjamin
Directeur délégué à l’aménagement et
l’urbanisme à l’Agence d’Aménagement Durable,
d’Urbanisme et d’Énergie de la Corse (AUE)
GIULIANI Jean-Dominique
Président de la Fondation Robert Schuman
GRAZIANI Françoise
Professeure à la retraite en littérature comparée à
l’Université de Corse
GUIDONI Guillaume
Fondateur du cabinet de conseil en analyse
économique Gécodia
HUBSCHER Timothée
Directeur Planification et Résilience des Terri-
toires, groupe SCET
HUYSSEN Arnaud
Directeur régional adjoint par intérim de l’INSEE
Corse
INNOCENTI Éric
Maître de conférences en informatique à l’Uni-
versité de Corse
LAMAND Thomas
Directeur développement territorial, groupe
SCET
LANIESSE Thomas
Chargé d’études à l’Agence d’Aménagement
Durable, d’Urbanisme et d’Énergie de la Corse
(AUE)
LESCHI Didier
Directeur général de l’Office français de l’immi-
gration et de l’intégration
LINALE Thomas
Président de l’association Corsica Diaspora
MARTINETTI Antoine
Ingénieur infrastructures à l’Université de Corse
MATTEI Jacques
Trésorier de l’association Corsica Diaspora
Liste des experts consultés pour la formulation des hypothèses
40Liste des experts consultés pour la formulation des hypothèses
MORTINI Frédéric
Directeur régional de l’Agence Régionale pour
l’Amélioration des Conditions de Travail (ARACT)
MURACCIOLE Jean-Philippe
Directeur du centre de Haute-Corse de l’AFPA
MUSELLI Marc
Professeur de physique énergétique à l’Universi-
té de Corse
NOBLET Sandrine
Maître de conférences en science économique à
l’Université de Corse
ORSINI Antoine
Maître de conférences, Habilité à Diriger les
Recherches en hydrobiologie à l’Université de
Corse
OTTAVI Pascal
Professeur à la retraite en cultures et langues
régionales à l’Université de Corse et membre du
collectif « Femula Campà »
PAPAZIAN Laurent
Professeur en médecine, médecin intensiviste à
la réanimation du centre hospitalier de Bastia
PERENEY Benjamin
Président d'AFLOKKAT
PERNIN François
Médecin, président de la Coordination
interassociative de Lutte contre l’Exclusion (CLE)
en Corse
PIERI Xavier
Président du Dispositif d’Appui à la
Coordination- DAC Via Salute
PRUNETTI Dominique
Maître de conférences, Habilité à Diriger
les Recherches en science économique à
l’Université de Corse
RENUCCI Robin
Acteur, fondateur et président de l’association
L’ARIA (Association des Rencontres
Internationales Artistiques)
ROUVELLOU Alice
Chargée de mission, groupe SCET
SANGUINETTI Sampiero
Ancien rédacteur en chef du journal télévisé de
Corse et du magazine télévisé Mediterraneo et
écrivain
SEMPASTOUS Vincent
Maître de conférences en droit public à
l’Université de Corse
SIMEONI Ghjuvan’Carlu
Président et fondateur de FemuQuì Ventures
SIMONI Sébastien
Président de Good Barber, de CampusPlex et de
FemuQuÌ S.A.
SZOPA Sophie
Directrice de recherche au CEA et au Laboratoire
des Sciences du Climat et de l’Environnement en
modélisation de la chimie atmosphérique
TERRIER Jérôme
Directeur général des services à la mairie de
Bastia
41 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSE5. MICRO-SCÉNARIOS PAR ENJEU
La méthode des scénarios vise à construire des re-
présentations cohérentes et contrastées de futurs
possibles, incluant des trajectoires souhaitables et
non souhaitables. Ces scénarios permettent d’ex-
plorer le champ des possibles en structurant la ré-
flexion autour de combinaisons plausibles d’hypo-
thèses sur les évolutions des variables.
La méthode utilisée pour construire les scénarios
repose sur l’analyse morphologique, inspirée des
travaux de Michel Godet4 et correspondant à l’une
des approches mobilisées par le Plan Bleu5. L’ana-
lyse morphologique vise à explorer les futurs pos-
sibles en examinant l’ensemble des combinaisons
issues de la décomposition d’un système. Elle est
utilisée pour élaborer des scénarios, en suivant une
démarche progressive qui consiste à décomposer
le système en différents niveaux (variables, com-
posantes, sous-systèmes), puis à recomposer ces
éléments pour imaginer diverses configurations fu-
tures qui constitueront les scénarios globaux.
Dans le cadre de notre étude prospective, compte
tenu du nombre important de variables, des mi-
cro-scénarios ont été réalisés à l’échelle des enjeux,
puis recombinés pour obtenir les scénarios glo-
baux. Trois à six micro-scénarios validés par enjeu
ont été réalisés avec des experts, basés sur leur co-
hérence et leur plausibilité.
Différentes étapes ont été mises en œuvre à cet ef-
fet :
À partir des tendances et incertitudes identifiées
dans les fiches variables, plusieurs hypothèses
d’évolution sont construites pour chaque variable
(généralement trois à quatre par variable). Pour
cela, des entretiens ont été réalisés avec des ex-
perts de chaque thématique. L’ensemble de ces
hypothèses ont formé un premier tableau mor-
phologique ("Annexe 2").
Pour chaque enjeu, les hypothèses relatives aux
variables sont combinées entre elles. Par exemple,
un enjeu comprenant quatre variables avec trois
hypothèses par variable génère 81 combinaisons
possibles. Ces combinaisons constituent des mi-
cro-scénarios.
Cette étape s’accompagne d’un travail de réduction
de l’espace morphologique en introduisant des
contraintes d’exclusion et de compatibilité. Cette
réduction permet d’identifier des micro-scénarios
qui seraient rejetés en raison de leur manque de
pertinence et de cohérence. Pour cela, des ateliers
de travail ont été menés avec des experts, mobili-
sés selon leur champ de compétence, afin d’obtenir
des scénarios robustes.
Dix ateliers de travail (deux par enjeu) ont été me-
nés avec des experts de chaque thématique afin
de co-construire des micro-scénarios robustes qui
ont servi de base à la construction des scénarios
globaux. Pour chaque enjeu, un premier atelier a
consisté à valider les hypothèses du tableau mor-
phologique. Un second atelier par enjeu a permis
de construire les micro-scénarios présentés dans la
suite du document.
22 micro-scénarios ont été conçus. Ces derniers
sont à retrouver en intégralité dans l’"Annexe 4" et
sont résumés dans les tableaux suivants :
4 Michel Godet est docteur en sciences économiques, professeur au conservatoire national des arts et métiers et titulaire de la chaire de
prospective industrielle. Il est l’auteur de plusieurs publications sur les méthodes de prospectives. 5 Le Plan Bleu, Centre d’analyse et de prospective rattaché au Plan d’Action pour la Méditerranée de l’ONU, a publié en 2025 le rapport
MED2050, troisième exercice de prospective qui dresse les perspectives de la Méditerranée à l’horizon 2050.
42MICRO-SCÉNARIO 1 :
Mal-adaptation
et vulnérabilités
environnementales
MICRO-SCÉNARIO 2 :
Résilience et adaptation face
au changement climatique
MICRO-SCÉNARIO 3 :
Vulnérabilité et tensions face
au changement climatique
Hypothèses retenues des variables
Trajectoires
de réchauffement
Valeurs maximales de la tra-
jectoire de réchauffement
Valeurs minimales de la trajec-
toire de réchauffement
Valeurs médianes de la tra-
jectoire de réchauffement
Bouleversement
de la biodiversité Dégradation de la biodiversité
Stabilité de l’état de biodiver-
sité
Accélération de l’érosion de la
biodiversité
Pressions
anthropiques sur les
ressources
Exploitation intensive des res-
sources et montée des conflits
Gestion planifiée des res-
sources
Contradiction croissante
entre pressions anthropiques
et production de normes
environnementales
Production et
disponibilité
des ressources
énergétiques
Renforcement de la produc-
tion et de la consommation
d’énergies non renouvelables
Energies renouvelables op-
timisées : production locale,
stockage, sobriété et efficacité
énergétiques
Mix énergétique renou-
velable et dépendance
persistante aux importations
énergétiques non renouve-
lables
Évolution
de l’agriculture
Déclin agricole dû au climat,
aux normes et à la concur-
rence
Renforcement de la résilience
agricole et de la souveraineté
alimentaire
Une agriculture stable mais
fragile
Changement climatique et environnement
Enjeu 1
43 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEDéveloppement humain
Enjeu 2
MICRO-
SCÉNARIO 1 :
Croissance
démographique
et vulnérabilités
sociales
MICRO-
SCÉNARIO 2 :
Recul
démographique
et adaptation du
travail
MICRO-
SCÉNARIO 3 :
Renforcement
des
compétences
et mutation
productive
MICRO-
SCÉNARIO 4 :
Croissance
démographique
et
développement
territorial
MICRO-
SCÉNARIO 5 :
Attractivité du
territoire par
la cohésion,
la santé et
l’innovation
MICRO-
SCÉNARIO 6 :
Transformation
territoriale et
capital humain
Hypothèses retenues des variables
Dynamiques
migratoires extra-
insulaires
Flux d’entrées
élevés avec des
arrivants peu
qualifiés et des
refugiés
Faible nombre
d’arrivants
Nombre
d’arrivants
plus faible
mais avec des
profils plus
qualifiés par
des politiques
d’attractivité
ciblées
Arrivées impor-
tantes issues
de régions
françaises et
retour de la
diaspora
Nombre d’ar-
rivants plus
faible mais
avec des profils
plus qualifiés
par des poli-
tiques d’attrac-
tivité ciblées
Nombre
d’arrivants
plus faible
mais avec des
profils plus
qualifiés par
des politiques
d’attractivité
ciblées
Evolutions socio-
démographiques
Croissance dé-
mographique
portée par la
natalité et les
migrations
Déclin démo-
graphique et
pressions sur
les systèmes
sociaux
Vieillissement
accéléré et
fragilisation
du marché du
travail
Croissance dé-
mographique
portée par la
natalité et les
migrations
Vieillissement
accéléré et
fragilisation
du marché du
travail
Vieillissement
accéléré et
fragilisation
du marché du
travail
Etat de santé
de la population
Défis structu-
rels et organi-
sationnels d’un
CHU insulaire
Vieillissement,
maladies chro-
niques et accès
inégal aux soins
Prévention et
coordination
renforcées du
système de
santé autour
d’un CHU
Prévention et
coordination
renforcées du
système de
santé autour
d’un CHU
Prévention et
coordination
renforcées du
système de
santé autour
d’un CHU
Prévention et
coordination
renforcées du
système de
santé autour
d’un CHU
Modes de vie
et pratiques de
consommation
Consomma-
tion contrainte
par le pouvoir
d’achat et dé-
pendance à la
grande distri-
bution
Consommation
standardisée
et dépendance
accrue aux
importations
Frugalité et ré-
appropriation
productive du
territoire
Consommation
standardisée
et dépendance
accrue aux
importations
Consomma-
tion contrainte
par le pouvoir
d'achat et
dépendance
à la grande
distribution
Frugalité et ré-
appropriation
productive du
territoire
Cohésion
sociale et
inégalités
Hausse gé-
nérale de la
pauvreté
Des inégalités
encore fortes
mais atténuées
par des actions
locales de soli-
darité
Des inégalités
encore fortes
mais atté-
nuées par des
actions locales
de solidarité
Réduction de
la pauvreté
par l’action
publique forte
et concertée
Réduction de
la pauvreté
par l’action
publique forte
et concertée
Des inégalités
encore fortes
mais atténuées
par des actions
locales de
solidarité
Développement
de l’écosystème
de formation
Manque d’at-
tractivité et
fuite des talents
Manque d’at-
tractivité et
fuite des talents
Anticipation
des besoins
et économie
fondée sur la
connaissance
Masse critique
de capital
humain et dé-
veloppement
territorial
Anticipation
des besoins
et économie
fondée sur la
connaissance
Masse critique
de capital
humain et dé-
veloppement
territorial
Dynamiques
de l’emploi
Recomposition
de l’emploi et
précarité
Tensions sur
le marché du
travail et adap-
tation par la
formation et les
organisations
Tensions sur
le marché
du travail et
adaptation
par la forma-
tion et les
organisations
Transformation
de l’emploi par
la technologie
et le télétravail
Transformation
de l’emploi par
la technologie
et le télétravail
Transformation
de l’emploi par
la technologie
et le télétravail
44MICRO-
SCÉNARIO 1 :
Aggravation
des équilibres
territoriaux et de la
pression foncière
dans une économie
toujours portée par
le tourisme
MICRO-
SCÉNARIO 2 :
Diversification
économique et
décroissance du
tourisme dans
un contexte de
métropolisation
institutionnalisée
MICRO-
SCÉNARIO 3 :
Planification,
captation de la
rente foncière et
repositionnement
du tourisme
MICRO-
SCÉNARIO 4 :
Métropolisation,
valorisation des
espaces naturels
et transition vers
tourisme haut
de gamme
MICRO-
SCÉNARIO 5 :
Diversification
économique dans
le cadre d’une
planification
stratégique et
d’une régulation
foncière et
immobilière
Hypothèses retenues des variables
Aménagement
et rapport
entre espaces
urbains et
ruraux
Déséquilibres ter-
ritoriaux aggravés
par l’étalement
urbain et l’absence
de coordination
Métropolisation
institutionnalisée
des villes d’Aiacciu
et de Bastia
Planification
territoriale straté-
gique coordon-
née et revitalisa-
tion des villages
Métropolisation
institutionna-
lisée des villes
d’Aiacciu et de
Bastia
Planification terri-
toriale stratégique
coordonnée et
revitalisation des
villages
Foncier et
marché de
l’immobilier
Hausse des prix
fonciers et immobi-
liers et aggravation
des inégalités d’ac-
cès au logement
Régulation du
marché immobilier
pour favoriser les
logements perma-
nents
Captation et
valorisation de
la rente foncière
par la puissance
publique
Valorisation des
espaces naturels
et densification
des espaces
urbanisés
Régulation du
marché immobilier
pour favoriser les
logements perma-
nents
ET
Captation et valo-
risation de la rente
foncière par la puis-
sance publique
Mutation et
diversification
de l’économie
Économie peu di-
versifiée et dépen-
dante
Diversification éco-
nomique
Spécialisation
ciblée et dyna-
mique ascen-
dante endogène
Spécialisation
ciblée et dyna-
mique ascen-
dante endogène
Diversification éco-
nomique
Développement
du tourisme
Croissance du
tourisme
Décroissance du
tourisme
Repositionne-
ment vers une
clientèle à fort
pouvoir d’achat
Repositionne-
ment vers une
clientèle à fort
pouvoir d’achat
Repositionnement
vers une clientèle à
fort pouvoir d’achat
Dynamiques économiques, fractures et continuités du territoire
Enjeu 3
45 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEMICRO-SCÉNARIO 1 :
Isolement et dépendance
numérique et technologique
MICRO-SCÉNARIO 2 :
Amélioration technologique et
limites structurelles
MICRO-SCÉNARIO 3 :
Souveraineté technologique et
transition numérique
Hypothèses retenues des variables
Transports et
mobilités
Réduction des connexions
extérieures
Développement de l’offre ex-
terne mais dépendance accrue
à la voiture
Transition vers des mobilités
durables
Développement
des pratiques
numériques
Retard numérique et surcoûts
pour l’économie
Transition numérique et isole-
ment social
Transformation numérique et
développement local
Nouvelles
technologies et
innovation
Retard technologique et en-
jeux de souveraineté
Dépendance technologique
externe et déficit de compé-
tences locales
Tournant stratégique vers l’in-
telligence artificielle
Connectivités et mobilités
Enjeu 4
Dynamiques institutionnelles
Enjeu 5
MICRO-
SCÉNARIO 1 :
Crise de confiance
et repli identitaire
MICRO-
SCÉNARIO 2 :
Autonomie
renforcée et
identité plurielle
MICRO-
SCÉNARIO 3 :
Elargissement
de l’autonomie
dans un cadre
de tensions
sécuritaires
MICRO-
SCÉNARIO 4 :
Affaiblissement
institutionnel et
fragmentation
sociale
MICRO-
SCÉNARIO 5 :
Recomposition
des puissances
mondiales,
recentralisation
et affaiblissement
identitaire
Hypothèses retenues des variables
Identité culturelle
collective
Fragmentation et
repli identitaire
Evolution vers une
identité plurielle
ancrée dans la
mémoire et le
dialogue
Evolution vers
une identité plu-
rielle ancrée dans
la mémoire et le
dialogue
Fragmentation
et repli identi-
taire
Uniformisation
culturelle et ap-
pauvrissement du
lien social
Démocratie et
citoyenneté
Fragilisation de la
confiance envers
les institutions et
déclin civique
Renouveau dé-
mocratique par
une participation
citoyenne élargie
Renouveau dé-
mocratique par
une participation
citoyenne élargie
Défaillances des
institutions et
réponses asso-
ciatives
Défaillances des
institutions et
réponses associa-
tives
Gouvernance
locale et
organisation du
territoire
Recentralisation et
fragilisation de la
confiance locale
Renforcement
de l’autonomie et
consolidation des
capacités décision-
nelles locales
Redistribution
des compé-
tences et gouver-
nance territoriale
Réorganisation
de l’action pu-
blique et recom-
position du bloc
communal
Recentralisation et
fragilisation de la
confiance locale
Finances
publiques
locales
Raréfaction des
finances publiques
Décentralisation
fiscale
Décentralisation
fiscale
Raréfaction
des finances
publiques
Réorientation des
cibles fiscales
Géopolitique et
coopérations
internationales
Recomposition
mondiale et vulné-
rabilités méditerra-
néennes
Diplomatie envi-
ronnementale mé-
diterranéenne
Rôle stratégique
accru de la Corse
dans un contexte
sécuritaire tendu
Perte de cohé-
sion de l’UE et
isolement accru
de la Corse
Recomposition
mondiale et vulné-
rabilités méditerra-
néennes
46SCÉNARIOS
IVLes scénarios ont été construits avec le laboratoire de prospective par la combinaison des micro-scénarios en tenant compte de leurs contraintes d’exclusion et de compatibilité.
Il en résulte ainsi les quatre scénarios suivants :
SCÉNARIO 1 CROISSANCE NON DURABLE,
TENSIONS ET REPLI
SCÉNARIO 2 CROISSANCE APPAUVRISSANTE
ET ADAPTATIONS SUBIES
SCÉNARIO 3 REPOSITIONNEMENT STRATÉGIQUE
GLOBAL MAIS POLARISÉ
SCÉNARIO 4 COMPÉTENCES ET INNOVATIONS
AU SERVICE D’UN DÉVELOPPEMENT
TERRITORIAL DURABLE
48Croissance non durable,
tensions et repli
SCÉNARIO 1
Résumé du scénario
La Corse entre dans une spirale de vulnérabilités
cumulatives : les chocs externes (recomposition
géopolitique, tensions en Méditerranée, climat
plus extrême) se combinent à une action pu-
blique non concertée du global au local, laissant
le territoire subir plus que piloter sa trajectoire.
La dégradation de l’habitabilité devient un fait
structurant : hausse des températures atteignant
+2,7°C, multiplication d’épisodes extrêmes (cha-
leur, sécheresse, incendies), tensions et conflits
d’usage sur l’eau, risques sanitaires, atteintes
fortes aux écosystèmes. Dans ce contexte, les ré-
ponses apportées restent dispersées et peuvent
relever de mal-adaptations (grands ouvrages, ur-
banisation mal maîtrisée) qui aggravent les dé-
séquilibres.
L’économie demeure peu diversifiée et très dé -
pendante des importations, des transports et
d’une énergie encore carbonée, avec un tou-
risme toujours de masse et saisonnalisé : la re-
cherche des gains de court terme accentue les
externalités (logement, eau/énergie, déchets,
inégalités territoriales). De fait, si les conditions
de vie se détériorent, les conditions de visite se
maintiennent, et la baisse de l’attractivité rési-
dentielle n’impacte ici que peu l’attractivité tou-
ristique. La Corse devient un lieu de visite plus
que de vie.
La trajectoire est par conséquent marquée par
un recul démographique : solde migratoire seu-
lement modestement positif (+2 000/an) mais in-
suffisant pour compenser un solde naturel néga-
tif, conduisant à un déclin démographique (325
000 habitants) et à un vieillissement accentué
par l’exode des jeunes.
Cela produit des effets systémiques (pénuries de
main-d’œuvre, départs massifs à la retraite non
remplacés, baisse de l’initiative privée), tandis
que la santé se dégrade (pression sur un système
sous-dimensionné, absence de réponse structu-
relle aboutie).
Sur le plan politique et social, les marges finan -
cières se réduisent, la recentralisation progresse
comme réflexe aux tensions sécuritaires en Eu -
rope, la défiance s’installe et la société se frag-
mente, impliquant replis identitaires et affaiblis-
sement culturel. L’aménagement est dominé par
une faible régulation pour endiguer les externa-
lités négatives du tourisme : étalement urbain
malgré le déclin démographique, tension fon-
cière et ségrégation socio-spatiale. Enfin, un re -
tard technologique (réseaux, compétences, sou-
veraineté des données) limite l’anticipation et la
résilience.
Ce scénario se distingue principalement par un
état de dégradation globale des conditions de
vie, un déclin démographique et une tendance
au repli et à la défiance.
L’adaptation est absente ou mal orientée, et l’île
perd en capacité à maintenir ses fonctions vitales
(eau, santé, cohésion, compétences).
49 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSERecomposition mondiale et vulnérabilités méditerranéennes 1
Exploitation intensive des ressources et conflits d’usage 4
Déclin agricole dû au climat, aux normes et à la concurrence 6
Consommation standardisée et dépendante des importations 9
Raréfaction des finances publiques et baisse des investissements publics 10
Recentralisation et fragilisation de la confiance locale 11
Déclin de la culture civique et des pratiques démocratiques 12
Dégradation générale de la biodiversité 3
Hausse de la température moyenne de +2,7°C avec de nombreux évènements extrêmes 2
Renforcement de la production et de la consommation d’énergies non renouvelables 5
Économie peu diversifiée et dépendante du tourisme
et des services publics générant peu de valeur ajoutée locale 7
Croissance du tourisme avec des impacts inégalement
repartis sur le territoire 8
LES FAITS STYLISÉS
50Formation insuffisante, manque d’attractivité et fuite des talents 17
Développement de l’offre externe mais dépendance accrue à la voiture 21
Retard numérique et surcoûts pour l’économie 22
Retard technologique et enjeux de souveraineté 23
Fragmentation identitaire, repli, tensions entre groupes sociaux, hypotrophie culturelle et transmission insuffisante de la langue 13
Des inégalités encore fortes mais atténuées par des actions locales de solidarité 15
Vieillissement, maladies chroniques, accès inégal aux soins, absence de nouvelles structures de soins 16
Manque de main-d’œuvre, tensions sur le marché du travail obligeant à s’adapter par la formation et la réorganisation 18
Déséquilibres territoriaux aggravés par l’étalement urbain
et l’absence de coordination 19
Hausse des prix fonciers immobiliers et aggravation des inégalités d’accès au logement 20
Baisse de la population (environ 325 000 hab.) avec une baisse de la natalité et des nouveaux arrivants moins nombreux
(solde aux alentours de 2 000 pers.) 14
51 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEDans ce scénario, sous l’effet conjugué du chan-
gement climatique, d’une recomposition géopo-
litique et d’une action publique insuffisante, la
Corse s’installe dans une trajectoire de vulnérabili-
tés cumulatives dans laquelle les conditions de vie
des résidents se dégradent tant sur les plans envi-
ronnemental, politique et social.
Cette dégradation engendre progressivement un
déclin démographique, aux conséquences écono-
miques, sociales et culturelles fortes.
Cadre global géopolitique
et climatique
Au niveau de la géopolitique mondiale, une recom-
position progressive de la hiérarchie des puissances
mondiales s’opère. La Chine tend à dépasser les
États-Unis pour s’imposer comme première puis-
sance globale, grâce à la qualité de la formation de
ses élites et à ses avancées majeures dans les tech-
nologies de pointe. Sur le plan militaire, elle renforce
considérablement son arsenal et développe une
stratégie de déni d’accès dans les zones jugées stra-
tégiques. De plus, la Chine et les États-Unis (entre
autres pays) participent activement à la militarisa-
tion de l’espace extra-atmosphérique, notamment
à travers le déploiement de satellites armés. L’ab-
sence d’un cadre juridique international strict dans
ce domaine accroît d’autant les risques d’escalade
en cas de conflit. Face à cette nouvelle bipolarité,
les États membres de l’Union européenne adoptent
une posture de non-alignement stratégique. Cette
neutralité vise à préserver leur unité interne afin de
mieux affronter les défis globaux, comme le change-
ment climatique et les migrations associées. Dans ce
contexte, la Méditerranée apparaît particulièrement
vulnérable face à l’intensification des déplacements
de population, qu’il s’agisse des flux migratoires ou
du tourisme de masse. Ces mouvements exercent
une pression croissante sur des territoires déjà fra-
giles.
Le changement climatique accentue encore cette
vulnérabilité en mettant en évidence le problème de
l’eau, une ressource abondante mais mal gérée, qui
pourrait pourtant devenir un atout stratégique. Ainsi,
sans la mise en place de coopérations à l’échelle mé-
diterranéenne, ces dynamiques se cumulent et pro-
voquent une série de tensions locales et régionales.
La Corse se trouve ainsi dans une situation où elle su-
bit les évolutions plutôt que de disposer des moyens
de maîtriser son propre développement.
Dans ce contexte global, le changement climatique
accentue les risques à l’échelle insulaire. En 2050, la
température moyenne mondiale a augmenté d’envi-
ron +2°C par rapport à la période 1900-1930, et cette
tendance devrait se poursuivre jusqu’à +3°C en 2100.
En Corse, le réchauffement, plus marqué, atteint
+2,7°C en 2050 et pourrait culminer à +4°C d’ici la fin
du siècle. Les vagues de chaleur sont devenues nette-
ment plus fréquentes et plus intenses, avec jusqu’à 19
jours par an dépassant 35°C et près de 111 nuits tropi-
cales supérieures à 20°C. Les précipitations annuelles,
comprises entre 700 et 1750 mm, se concentrent sur
quelques épisodes intenses (4 à 6 jours de pluies re-
marquables), entrecoupés de périodes prolongées
de sécheresse pouvant atteindre 238 jours de sol sec.
Cette aridification progressive entraîne une augmen-
tation significative du risque d’incendie, avec jusqu’à
60 jours par an de sensibilité météorologique élevée.
L’augmentation des températures de l’eau de mer
et de l’eau douce a entraîné une réduction signifi-
cative de la biodiversité, marquée par une mortalité
accrue de nombreuses espèces (peuplements coral-
ligènes, phytoplancton, etc.). Par ailleurs, l’élévation
des températures a favorisé la prolifération d’espèces
non indigènes à caractère invasif, telles que certaines
méduses, qui perturbent les équilibres écologiques
existants. Dans les milieux d’eau douce, la diminu-
tion des débits moyens annuels et la précocité des
étiages ont profondément modifié le comportement
et le cycle biologique des espèces sensibles, comme
la truite, dont une partie pourrait disparaître en rai-
son de conditions devenues défavorables. De plus,
l’élévation du niveau marin accentue la mortalité des
herbiers de Posidonie, entraînant la perte d’habitats
essentiels pour de nombreuses espèces aquatiques.
Concernant la biodiversité terrestre, le dessèche-
ment progressif des milieux affecte particulièrement
les zones humides et les écosystèmes forestiers, ré-
duisant la croissance végétale et la fécondité de la
flore. Cette diminution de la production primaire li -
mite, d’une part, la ressource alimentaire disponible
pour la faune et augmente, d’autre part, le risque
d’incendie. La modification des conditions environ-
nementales a ainsi privé certaines espèces de leurs
milieux de développement optimaux, provoquant
une hausse de la mortalité. L’élévation des tempéra-
tures de 2 à 3°C entraîne un déplacement en altitude
des étages de végétation, favorisant l’expansion des
étages méditerranéens au détriment de l’étage alpin,
dont la disparition menace de nombreuses espèces
endémiques.
Impacts sur les ressources
Ces évolutions biophysiques se traduisent directe-
ment par une mise sous tension des ressources, en
particulier de l’eau.
La Corse poursuit une mobilisation intensive de ses
ressources naturelles (eau, sites naturels, littoral),
entraînant congestion, pollution et multiplication
des conflits d’usage entre tourisme, agriculture, rési-
dents et environnementalistes. Cette surexploitation
se poursuit malgré le déclin démographique, dans la
mesure où les modes de consommation individuelle
sont de plus en plus énergivores, l’habitat individuel
se développe, et le tourisme maintient de forts pics
saisonniers.
Insuffisamment régulée, la gestion et la consom-
mation des ressources accentuent les tensions ter-
ritoriales et environnementales, avec des risques
sanitaires et sociaux accrus. L’augmentation de
la température des eaux favorise l’émergence de
maladies tropicales (bilharziose, cyanobactéries),
tandis que la baisse de la qualité de l’eau potable
touche déjà des dizaines de milliers de personnes.
La « double peine » (paiement des infrastructures
et achat d’eau en bouteille) alimente un sentiment
d’injustice sociale. Sans régulation publique forte
et gouvernance adaptée (comité de bassin, SAGE,
Projet de Territoire pour la Gestion de l’Eau - PTGE,
Agence de l’eau Corse), la situation risque de bascu-
ler vers une mal-adaptation, où les solutions choi-
52sies (grands barrages, dessalement, urbanisation mal
maîtrisée) pérennisent, voire aggravent, les déséqui-
libres existants.
Ces contraintes se répercutent particulièrement sur
l’énergie et l’agriculture, deux secteurs particulière-
ment exposés. La persistance de la dépendance aux
énergies fossiles, accentuée par une demande éner-
gétique mondiale en constante croissance, conduit à
une augmentation de la production et de la consom-
mation d’énergie non renouvelable. Malgré les efforts
engagés en faveur de la transition énergétique, les
contraintes économiques, technologiques ou géopo-
litiques freinent le déploiement massif des énergies
renouvelables. Bien que cela permette de répondre
à court terme aux besoins énergétiques des entre-
prises, des transports et des ménages, cela se fait au
prix d’une augmentation des émissions de gaz à effet
de serre et d’une pression accrue sur les ressources
naturelles. L’agriculture connaît un déclin significa-
tif de sa production et de sa viabilité économique en
raison de plusieurs facteurs : la crise climatique affec-
tant les rendements agricoles, la réduction des aides
de la PAC au profit de mesures environnementales, la
pression accrue des espèces invasives et des maladies
émergentes (comme le HLB ou la cicadelle africaine),
ainsi que la concurrence à la fois de produits importés
à bas coût ne respectant pas les normes sanitaires et
environnementales européennes et celle des autres
régions qui ont un climat plus propice à certaines
cultures.
Économie et politique
Au niveau économique, ces fragilités sont accentuées
par un modèle de développement toujours peu diver-
sifié, fortement exposé aux chocs, et marqué par un
vieillissement de la population accéléré par le déclin
démographique et l’exode des jeunes. L’économie
corse est toujours largement fondée sur le tourisme,
la construction et les services publics, avec une orien-
tation dominante vers la consommation plutôt que
vers la production. Ce modèle entraîne une forte dé-
pendance aux importations et aux transports, fragili-
sant la résilience du territoire face aux chocs extérieurs
(économiques, climatiques, etc.). Le poids élevé de
l’emploi public compense partiellement le manque
d’initiative productive privée, mais contribue aussi à
rigidifier le tissu économique local. Cette configura -
tion relève pour partie d’une économie résidentielle,
alimentée par les revenus externes issus du tourisme,
des retraites au poids croissant du fait du vieillisse-
ment, et de la fonction publique, qui soutiennent la
consommation mais génèrent peu de valeur ajoutée
locale. Cette économie entretient une dynamique
de dépendance vis-à-vis des revenus importés et ali-
mente une spécialisation dans les activités de service
et de construction, souvent peu innovantes et forte-
ment exposées à la conjoncture. En l’absence d’un
changement structurel, cette configuration limite
les perspectives de création de valeur, d’autonomie
économique et d’adaptation aux transitions (écolo-
gique, numérique, énergétique). Si l’attractivité rési-
dentielle de la Corse diminue, l’attractivité touristique
demeure : les conditions de visite se dégradent moins
que les conditions de vie, les mobilités internatio-
nales croissent, le tourisme de proximité s’affirme et
l’intérêt du consommateur pour les destinations in-
sulaires se renouvelle. Cette dynamique s’inscrit tou-
tefois dans la continuité du modèle existant, dominé
par la saison estivale, le littoral et une offre centrée
sur l’hébergement, la restauration et les loisirs bal-
néaires. L’augmentation du nombre de visiteurs pro-
fite à court terme à l’activité économique, soutenant
l’emploi saisonnier et la consommation locale, mais
renforce la dépendance du territoire à un secteur ex-
posé aux aléas conjoncturels et climatiques. Les effets
de cette croissance restent inégalement répartis. La
massification touristique accentue les tensions sur les
prix du logement, la consommation d’eau et d’éner-
gie, ainsi que les nuisances environnementales, nour-
rissant les tensions sociales et les débats autour de
son acceptabilité. Les modes de vie continuent de re-
poser majoritairement sur une économie de consom-
mation davantage que de production, caractérisée
par une forte standardisation des pratiques : recours
accru à l’e-commerce, dépendance aux importations,
déclin du commerce de proximité et uniformisation
de l’offre. Ce modèle, déjà bien ancré, tend à se renfor-
cer, tandis que les initiatives visant à promouvoir des
alternatives locales ou durables peinent à s’imposer,
révélant une résistance au changement de ces habi-
tudes de consommation. Par ailleurs, ces modes de
vie aggravent le retard de tri et de traitement des dé-
chets ; la production augmente et impose davantage
d’exportations vers le continent.
La transition vers un nouveau modèle demeure toute-
fois limitée par un contexte institutionnel, fiscal et dé-
mocratique marqué par des marges d’action réduites.
L’incertitude budgétaire s’accroît et se traduit par des
coupes dans les dépenses publiques, en l’absence
d’un renforcement du système fiscal. Cela traduit un
affaiblissement progressif de l’État, dont les marges
financières se réduisent. Les choix budgétaires se font
au détriment des investissements publics notam-
ment dans les domaines de la santé, de l’éducation
ou encore de l’écologie.
Au niveau politique, pour opérationnaliser la réduc-
tion de la dépense publique, une recentralisation
s’opère à travers l’imposition de normes contrai-
gnantes et la mise en place de mécanismes incitatifs
tels que les labellisations et les contractualisations,
renforçant ainsi l’influence directe de l’État sur les dé-
cisions territoriales. Cette évolution traduit également
une forme d’inertie institutionnelle face à l’aggrava-
tion des déséquilibres financiers, où l’État intervient
de manière compensatoire renforçant progressive-
ment sa tutelle sur des collectivités moins autonomes
financièrement et peinant à assurer seules la conti -
nuité de l’action publique. Dans ce cadre, les institu-
tions locales sont perçues comme moins efficaces,
alimentant une méfiance croissante quant à leur
capacité à répondre aux enjeux locaux. La confiance
publique dans les mécanismes démocratiques est
fragilisée, alimentée par la perception d’une opacité
croissante des décisions. Ce processus favorise un dé-
clin progressif de la culture civique et des pratiques
démocratiques, parallèlement à une montée de l’in-
dividualisme au sein de la société. Les dynamiques
collectives tendent alors à s’effacer au profit d’inté-
rêts privés et de logiques consuméristes mettant en
péril la citoyenneté et la confiance entre citoyens. La
participation aux processus décisionnels s’en trouve
réduite, vidant progressivement de leur substance
les mécanismes démocratiques et limitant la capa-
cité des institutions à représenter véritablement l’en-
53 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEsemble de la société. Dans certains secteurs, cette
érosion renforce le champ d’une intensification de
pratiques mafieuses, nourrissant elle-même encore
la défiance citoyenne.
Démographie et société
Dans la société corse, ces tensions fi-
nissent par se traduire en fractures sociales et en
recul démographique. Le solde migratoire est re-
lativement faible (2 000 par an), marqué par des
arrivées de population moins nombreuses et des
départs de jeunes croissants. Cela est en partie
imputable aux conditions climatiques sur l’île qui
détériorent son attractivité résidentielle, bien que
n’impactant pas l’attractivité touristique.
Avec un prolongement de la baisse de la natali-
té (environ 1,19 enfant par femme), accompagné
de faibles gains en espérance de vie, la Corse en-
registre ainsi une baisse de sa population, celle-ci
s’établissant à environ 325 000 habitants. Ses im-
pacts, en particulier induits par le vieillissement
accéléré de la population, sont importants : pénu-
ries de main-d’œuvre, notamment dans le secteur
social alors que les besoins liés à l’autonomie ne
cessent de croitre, problématique des systèmes pu-
blics de santé, et vagues massives de départs à la
retraite non remplacés.
Dans les villages, en particulier, cette pénurie d’as-
sistance sociale détériore les conditions de vie des
séniors, limite leur capacité de maintien à domicile,
et rompt ainsi une partie du lien social.
La société corse se trouve profondément fragmen-
tée sous l’effet conjugué de tensions sociales, éco-
nomiques et territoriales. Face à cette dislocation du
tissu social, certains groupes ont adopté des replis
identitaires, perçus comme les derniers refuges d’une
mémoire en voie d’effacement. Ce phénomène a af-
faibli la cohésion sociale en entretenant des opposi-
tions irréconciliables, nourries par une perte de sens
et une instrumentalisation politique de l’identité.
Dans le domaine culturel, un affaiblissement de la
création culturelle s’observe, au profit d’un repli sur
un patrimoine de plus en plus méconnu et réduit à
un simple sentiment d’appartenance. Le patrimoine
et les activités religieuses sont devenus les principaux
ingrédients de l’offre touristique, tandis que l’absence
de politiques publiques culturelles a renforcé la folk-
lorisation de l’identité et l’entre-soi. La pratique de la
langue s’est stabilisée dans des usages partiels, des
usages symbolique, culturel et identitaire mais sans
capacité à assurer un renouvellement complet des
locuteurs. La langue a gardé un espace d’existence
sociale mais minoré et sans transmission suffisante,
demeurant dans une zone intermédiaire entre résis-
tance et effacement.
Même si la pauvreté reste une réalité en Corse, no-
tamment à cause du coût de la vie et de la faiblesse
des revenus, leur impact est limité par la solidarité
locale. Les actions menées sur le terrain s’inscrivent
comme le dernier rempart à un déclassement total
d’une partie de la population. Ces initiatives de rési-
lience sociale montrent que le territoire dispose, mal-
gré toutes ses difficultés, de ressources et d’une ca-
pacité d’adaptation face aux difficultés économiques.
Concernant la santé de la population, certaines ma-
ladies tendent à s’accentuer, tandis que l’allonge-
ment, même relativement faible, de l’espérance de
vie, entraîne une hausse des pathologies liées à l’âge.
Dans le même temps, les inégalités sociales et terri-
toriales continuent de conditionner l’accès aux soins,
l’exposition aux maladies et les comportements ali-
mentaires. Les effets du changement climatique al-
tèrent la santé physique et mentale de la population,
particulièrement chez les plus jeunes. En l’absence
de CHU et face à des besoins croissants, l’état de san-
té de la population se dégrade, en particulier chez
les personnes les plus précaires. Ce phénomène est
aggravé par les difficultés d’accès aux soins, tant in-
tra qu’interrégionales et par les privations sociales qui
engendrent des situations de renoncement. L’arrivée,
même relativement faible, de nouvelles populations
et la fréquentation touristique exercent une pression
supplémentaire sur un système de santé sous-di-
mensionné. Le vieillissement, conjugué aux départs
massifs à la retraite des médecins, accroît la dépen-
dance et limite l’accès aux soins. De plus, les com-
portements liés à la sédentarité et aux mauvaises
habitudes alimentaires renforcent la prévalence de
maladies chroniques telles que l’obésité, le diabète
et les pathologies cardiovasculaires. Les infrastruc-
tures hospitalières et médico-sociales (EHPAD, hô-
pitaux, maisons de santé) restent insuffisantes. La
Corse connaît une dégradation progressive de l’état
de santé de sa population, marquée par des inéga-
lités territoriales accrues entre zones urbaines satu-
rées et zones rurales sous-équipées. L’île s’expose au
risque d’un véritable décrochage sanitaire si aucune
réforme structurelle n’est engagée.
Dans ce contexte, l’offre de formation peine à ga-
gner en attractivité, ce qui entraîne une accentua-
tion de la fuite des talents, en particulier parmi les
meilleurs bacheliers. Cette dynamique prive le ter-
ritoire d’une partie de son capital humain le plus
qualifié et contribue à fragiliser ses perspectives de
développement économique. Le départ massif des
étudiants vers des pôles universitaires extérieurs li-
mite la capacité de la Corse à constituer une masse
critique de diplômés sur place, affaiblit le renou-
vellement des élites locales et accentue la dépen-
dance vis-à-vis des compétences importées. Cette
situation creuse davantage l’écart entre l’île et les
grands centres de formation et freine l’émergence
d’un modèle économique fondé sur la connais-
sance et l’innovation. Certains secteurs d’activité
connaissent une demande croissante en emplois
mais peinent à recruter en raison du manque de
main-d’œuvre qualifiée et d’une offre de formation
insuffisante. Le vieillissement de la population ac-
centue ces tensions avec une réduction de la part
d’actifs disponibles. Près d’un tiers des actifs ac-
tuels en Corse ont cessé leur activité aux alentours
des années 2030. Des transformations organisa-
tionnelles ont été nécessaires pour faire face à cette
raréfaction des ressources humaines. Pour pallier
ce manque de main-d’œuvre, deux solutions ont
été exploitées. D’une part, l’adaptation de l’offre de
formation pour mieux correspondre aux besoins du
marché du travail et leviers de rééquilibrages opé-
rationnels et à la digitalisation. La réorganisation
des processus de travail est passée par la polyva-
lence des salariés et l’optimisation des ressources
disponibles.
54Aménagement du territoire
À l’échelle territoriale, ces déséquilibres se matéria-
lisent dans l’aménagement du territoire, l’accès aux
marchés foncier et immobilier et les mobilités.
En l’absence de politiques coordonnées entre les
territoires, les dynamiques et stratégies disjointes en
cours de développement se sont poursuivies, aggra-
vant les déséquilibres territoriaux. Les zones rurales
continuent de se dépeupler en raison d’un accès in-
suffisant aux ressources essentielles (eau, énergie,
infrastructures routières), tandis que les zones ur-
baines concentrent les flux migratoires internes et
climatiques, accentuant la pression sur les infrastruc-
tures et le foncier. Les territoires sont en concurrence
croissante, chacun tendant à défendre ses propres
intérêts au détriment d’une vision partagée et d’une
complémentarité territoriale, celle-ci profitant essen-
tiellement aux deux grands pôles urbains. Face aux
prix élevés de l’immobilier en centre-ville, la périur-
banisation et l’étalement urbain se sont renforcés,
générant une forte dépendance à la voiture indivi-
duelle, une hausse de la consommation énergétique,
une congestion accrue et une artificialisation conti-
nue des sols, en contradiction avec les objectifs de
la loi ZAN. Dans ce contexte marqué par l’absence
de stratégie énergétique et de planification territo -
riale intégrée, chacun agit à son échelle, sans cohé-
rence d’ensemble, ce qui limite la mise en place de
solutions durables (mobilités propres, production
d’énergies renouvelables, infrastructures partagées).
Les services publics et équipements deviennent des
points de tension, les charges de centralité pesant
sur quelques communes sans rééquilibrage fiscal
adapté. La gestion reste réactive, souvent cantonnée
à l’échelle communale, y compris face à des enjeux
majeurs tels que le recul du trait de côte, nécessitant
une anticipation à un plus grand échelon. Enfin, la
pression foncière et le manque de logements adap-
tés ont renforcé la ségrégation socio-spatiale et les
inégalités d’accès aux services. La forte augmenta-
tion des prix du foncier et de l’immobilier, alimentée
par la demande en résidences secondaires, les loca-
tions touristiques de type Airbnb et une préférence
marquée pour l’habitat individuel, ont progressive-
ment rendu le logement inaccessible pour une large
part de la population, tant en location qu’en acces-
sion. Cette situation freine l’installation de nouvelles
populations, notamment les jeunes actifs et contri-
bue au recul démographique. De plus, la pression
foncière s’intensifie du fait de l’activité touristique
qui réduit progressivement le parc de logements dis-
ponibles. En l’absence de documents d’urbanisme
et de leviers de rééquilibrages opérationnels entre
le résidentiel primaire et secondaire, ces
tensions s’aggravent. Dans les zones at-
tractives, les constructions se poursuivent
en continuité du bâti existant, accentuant
l’étalement urbain et la consommation
d’espace, dans un contexte de rareté crois-
sante du foncier. Une logique de marché
prévaut, marquée par une stratégie op-
portuniste plus qu’anticipatrice. Les sols
sont toujours perçus comme des espaces
potentiels de développement avec une
volonté d’aller au maximum de ce que
permet le cadre réglementaire en matière
de sobriété foncière. Le faible renouvelle-
ment du parc immobilier aggrave la pé-
nurie de logements disponibles et renforce les iné-
galités d’accès au logement.
Au niveau des transports, le paradoxe d’une attracti-
vité résidentielle en baisse et d’une attractivité touris-
tique en croissance continue entraîne le développe-
ment de l’offre de transport aérien durant la saison.
Ainsi, les compagnies sous délégation de service
public jouent un rôle de stabilisation en maintenant
une offre régulière, alors même que les contraintes
réglementaires et fiscales continuent de peser sur
leur rentabilité. Cette configuration se traduit par
une mobilité interne moins fluide ou plus contrainte
durant la saison touristique.
Technologie
Enfin, ces difficultés sont amplifiées par un retard
technologique qui réduit la capacité d’anticipation et
de résilience du territoire.
Un manque d’anticipation dans le déploiement des
infrastructures numériques avancées, notamment
la 6G, combiné à un maillage territorial insuffisant et
à l’absence de solutions de secours telles que les ré-
seaux satellitaires, entraîne des défaillances critiques
des réseaux de communication. Ce retard techno-
logique limite le développement de secteurs straté-
giques tels que les systèmes énergétiques, l’écono-
mie numérique ou les services liés à l’intelligence
artificielle. Par ailleurs, l’externalisation du traitement
et de l’hébergement des données vers des acteurs
extérieurs soulève toujours d’importants enjeux
de souveraineté, de cybersécurité et de protection
des données personnelles. En l’absence d’investis-
sements suffisants en recherche, développement
et formation, la Corse ne dispose pas des compé-
tences locales nécessaires pour maîtriser et valoriser
ces technologies, accentuant ainsi une dépendance
technologique et intellectuelle. Ce déficit fragilise
l’autonomie des individus et des institutions face
aux grandes mutations économiques et sociétales
induites par la transformation numérique. La Corse
ne parvient pas à s’approprier les nouvelles technolo-
gies et les innovations majeures qui se développent
ailleurs, en raison d’un manque d’anticipation, de
formations adaptées et d’une diffusion insuffisante
des outils numériques. Ce retard numérique se tra-
duit par une marginalisation progressive du territoire
dans l’émergence et la fourniture de nombreux ser-
vices innovants. Par ailleurs, cette situation accroît les
coûts pour les entreprises et les collectivités, tout en
limitant la capacité de la Corse à participer pleine-
ment aux transformations globales.
55 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSE56Croissance appauvrissante
et adaptations subies
SCÉNARIO 2
La Corse ne s’effondre pas, mais suit une trajec-
toire aggravant progressivement les déséqui-
libres territoriaux. Les tendances actuelles se
prolongent et s’intensifient : la croissance écono-
mique se maintient, mais elle est appauvrissante
(polarisation accrue, dispersion des revenus,
hausse des inégalités) et nourrit une dépen-
dance renforcée au tourisme.
Le climat se dégrade également, mais ses im-
pacts territoriaux sont légèrement plus nuancés
que dans le scénario 1 par des politiques d’adap-
tation. Néanmoins, ces dernières restent stric-
tement réactives, contraintes et non planifiées,
souvent imposées par la mise en conformité aux
normes nationales/européennes (eau, assainis-
sement, environnement). Ces ajustements ont
un coût social et ne transforment pas le modèle
: ils évitent le décrochage immédiat mais laissent
une vulnérabilité croissante aux chocs.
La différence la plus structurante avec le scéna-
rio 1 tient à la dynamique démographique : la
Corse connaît une forte hausse de population
qui la porte à 420 000 habitants, sous l’effet d’un
solde migratoire élevé (+4 000/an) et de gains
d’espérance de vie. Mais cette croissance est dé-
séquilibrée : arrivée de populations souvent peu
qualifiées, concentrée dans les pôles urbains, ce
qui alimente l’étalement périurbain, la saturation
progressive des infrastructures et des transports
et renforce la tension sur le logement/foncier (ré-
sidences secondaires, locations touristiques, ha-
bitat individuel).
La pauvreté, y compris des travailleurs, progresse,
la consommation reste dominée par la grande
distribution, et le tissu collectif s’affaiblit. En ré-
ponse, une fiscalité plus redistributive permet de
maintenir le socle de financement des politiques
sociales, mais la dépendance budgétaire aux
orientations nationales demeure, et la recentrali-
sation par normes/contractualisations progresse,
produisant un sentiment d’affaiblissement dé-
mocratique institutionnel partiellement com-
pensé par des dynamiques associatives. La santé
connaît une amélioration structurelle (création
d’un CHU, maisons de santé, prévention), mais la
forte croissance démographique maintient des
tensions persistantes.
Du côté du numérique, la couverture fibre est
quasi généralisée et le réseau est plus résilient,
mais le territoire reste freiné par le coût, la sou-
veraineté des données et le manque de com-
pétences (IA), avec un bénéfice ambivalent (ser-
vices facilités mais recul du lien social).
Ce scénario se distingue principalement par une
croissance démographique et touristique qui
tient l’activité mais accroît les inégalités et les
tensions d’usage ; l’adaptation existe, mais elle
est subie suivant des logiques de conformité, et
ne change pas le modèle. Ce n’est pas un scéna-
rio de repli, mais de fuite en avant non régulée.
Résumé du scénario
57 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSESurexploitation des ressources et conflits d’usage 4
Croissance de la fréquentation touristique 6
Agriculture stable mais fragile 8
Recentralisation de l’Etat et fragilisation de la confiance locale 10
Défaillances des institutions et réponses associatives 11
Accélération de l’érosion de la biodiversité 3
Hausse de la température moyenne de +2,7°C
avec davantage d’évènements extrêmes 2
Recomposition mondiale, vulnérabilités méditerranéennes
et tensions sécuritaires en Europe 1
Économie peu diversifiée et dépendante du tourisme
et des services publics générant peu de valeur ajoutée locale 5
Mix énergétique renouvelable et dépendance persistante
aux importations énergétiques non renouvelables 7
Fiscalité forte avec réorientation des cibles fiscales permettant de maintenir les dépenses publiques 9
Hausse élevée de la population : 420 000 hab. avec des gains en espérance de vie 12
LES FAITS STYLISÉS
58Solde migratoire élevé : +4 000 personnes par an 13
Défis structurels et organisationnels d’un CHU insulaire 14
Uniformisation culturelle et appauvrissement du lien social 19
Développement de l’offre externe et dépendance accrue à la voiture 22
Hausse générale de la pauvreté 15
Manque d’attractivité et fuite des talents 16
Dépendance technologique externe et déficit de compétences locales 23
Transition numérique et isolement social 24
Diminution de l’emploi public, recomposition
de l’emploi et précarité 18
Consommation contrainte par le pouvoir d’achat
et dépendance à la grande distribution 17
Aggravation des équilibres, aménagement non
coordonné et absence de planification 20
Augmentation des prix du foncier
et de l’immobilier et difficulté d’accès au logement 21
59 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEDans ce scénario, les tendances observées ces
dernières années se poursuivent sans inflexion
majeure : la croissance économique demeure ap-
pauvrissante et génère des inégalités, la pression
foncière induite par la dépendance au tourisme se
renforce, la croissance démographique engendre
un étalement urbain, etc. Face à ces tendances,
les seules adaptations réalisées sont subies, iso-
lées et non planifiées.
Cadre global géopolitique et
climatique
Comme dans le premier scenario, sur le plan géo-
politique, une recomposition progressive de la hié-
rarchie des puissances s’opère autour de la Chine qui
s’impose comme première puissance globale.
En revanche, en Europe, une fragmentation de
l’Union n’apparaît pas envisageable, les interdépen-
dances entre États membres restant trop fortes.
Conscients de leurs limites à agir seuls, les États
membres renforcent leur coopération, en particu-
lier dans les domaines de la sécurité maritime et de
la gestion des ressources stratégiques. En Méditer-
ranée, la demande de sûreté maritime s’intensifie
tandis que les rivalités géopolitiques persistent, nour-
ries par les conflits, les inégalités entre pays, l’instru-
mentalisation des flux migratoires et les vulnérabili-
tés climatiques. Dans ce contexte instable, les routes
commerciales pourraient être durablement détour-
nées, et la militarisation des îles méditerranéennes
s’accentue. La Corse occupe une position géostra-
tégique qui la place au cœur des enjeux de sécurité
maritime, notamment avec ses bases militaires. Cette
évolution a entraîné une recentralisation du pouvoir
national, avec un arbitrage budgétaire en faveur des
politiques de sécurité au détriment des dotations lo-
cales. La Corse est avant tout envisagée comme une
base stratégique, dotée d’équipements militaires im-
posés sans réelle concertation avec sa population.
Dans le même temps, le changement climatique
s’accélère et nécessite des adaptations, de même
que dans le premier scénario mais dans des propor-
tions moindres en termes de phénomènes extrêmes.
En 2050, la température moyenne mondiale a aug-
menté d’environ +2°C par rapport à la période 1900-
1930, et cette tendance devrait se poursuivre jusqu’à
+3°C en 2100. En Corse, le réchauffement, plus mar-
qué, atteint +2,7°C en 2050 et pourrait culminer à
+4°C d’ici la fin du siècle. Les vagues de chaleur sont
devenues beaucoup plus fréquentes et plus intenses
(11 jours dans l’année dépassant 35°C et près de 100
nuits tropicales au-dessus de 20°C). Les précipita-
tions annuelles, comprises entre 640 et 1500 mm,
se concentrent sur quelques épisodes intenses (3 à
4 jours de pluies remarquables), entrecoupés de pé-
riodes prolongées de sécheresse pouvant atteindre
216 jours de sol sec. Cette aridification progressive en-
traîne une augmentation significative du risque d’in-
cendies, avec jusqu’à 49 jours par an de sensibilité
météorologique élevée.
Cela a pour répercussions de modifier les équilibres
écologiques. Les changements climatiques et les
modifications progressives des conditions environ-
nementales ont accentué certaines pressions sur la
biodiversité, sans pour autant entraîner une dégra-
dation généralisée des écosystèmes. Dans les milieux
aquatiques, la hausse des températures et la varia-
tion des débits ont modifié la répartition et la dyna-
mique des populations les plus sensibles, notam-
ment en eau douce ou côtière ; certaines espèces
opportunistes ou non indigènes ont profité de ces
nouvelles conditions, modifiant localement les équi-
libres écologiques. En milieu terrestre, l’assèchement
progressif de certains habitats et la fréquence accrue
des épisodes de sécheresse ont réduit la vitalité de
certaines formations végétales, affectant indirecte-
ment les espèces qui en dépendent. Ces évolutions
se sont traduites par une dégradation modérée mais
continue de la diversité biologique, affectant surtout
les écosystèmes les plus sensibles.
Impacts sur les ressources
Le modèle de développement économique corse,
fondé sur une forte consommation des ressources
naturelles (urbanisation littorale, tourisme inten-
sif), entre de plus en plus en contradiction avec les
normes nationales et européennes relatives à la pré-
servation de l’environnement. Cette contradiction se
manifeste par un retard infrastructurel (assainisse-
ment, traitement des eaux de surface, rendement
des réseaux), une absence de maîtrise de la ressource
(forte évapotranspiration, pressions agricoles et tou-
ristiques) et une qualité de l’eau dégradée (intrusions
salines, pesticides, substances dangereuses, PFAS,
cyanobactéries). Ces défaillances sont accentuées
par le changement climatique (perte de 30 % du dé-
bit des cours d’eau en 40 ans, réchauffement accélé-
ré des rivières entraînant la disparition d’espèces) et
fragilisent la viabilité du modèle actuel. Faute d’anti-
cipation et d’alternative durable clairement définie,
ce décalage crée des tensions sociales et territoriales,
remet en cause l’avenir agricole et touristique de l’île
et accroît la dépendance à des solutions coûteuses
ou inadaptées (dessalement, grands barrages, urba-
nisation mal maîtrisée).
En raison de la mobilisation intensive des res-
sources naturelles (eau, sites naturels, littoral), de
nombreux effets négatifs sont toujours présents
comme la congestion, la pollution et la multiplica-
tion des conflits d’usage entre tourisme, agricultu-
re, résidents et environnementalistes. Cette surex-
ploitation, bien que connaissant des adaptations
de conformité règlementaire, demeure insuffisam-
ment régulée, accentuant les tensions territoriales
et environnementales, avec des risques sanitaires
et sociaux importants, tandis que la baisse de la
qualité de l’eau potable alimente un sentiment
d’injustice. Sans une régulation publique qui anti-
cipe l’adaptation avant l’apparition de la contrainte
règlementaire, la situation peine à se stabiliser, et
implique à chaque durcissement normatif un im-
portant coût social.
Économie et politique
Comme dans le scénario 1, le modèle économique,
peu diversifié et centré sur le tourisme, la construc-
tion et l’emploi public, repose davantage sur la
consommation que sur la production, ce qui ac-
centue la dépendance aux importations et aux
chocs extérieurs. S’il soutient la demande via une
60économie résidentielle alimentée par des revenus
externes, il génère peu de valeur ajoutée locale et
rigidifie le tissu économique.
La Corse connaît toujours une croissance soute-
nue de la fréquentation touristique, portée par la
hausse des mobilités internationales, la montée du
tourisme de proximité et le regain d’intérêt pour
les destinations insulaires. Cette dynamique s’ins-
crit toutefois dans la continuité du modèle existant,
dominé par la saison estivale, le littoral et une offre
centrée sur l’hébergement, la restauration et les loi-
sirs balnéaires. L’augmentation du nombre de visi-
teurs profite à court terme à l’activité économique,
mais renforce la dépendance du territoire à un sec-
teur exposé aux aléas conjoncturels et climatiques
: la massification touristique accentue les tensions
sur les prix du logement, la consommation d’eau et
d’énergie, ainsi que les nuisances environnemen-
tales, alimentant les tensions sociales et les débats
autour de son acceptabilité.
Sur le plan énergétique, malgré des efforts de tran-
sition, la dépendance demeure forte vis-à-vis des
importations, tant pour les carburants fossiles que
pour les composants technologiques nécessaires
à la production d’énergie solaire ou éolienne. Cette
vulnérabilité expose le territoire à des risques d’ap-
provisionnement, notamment en cas de crises
géopolitiques ou de perturbations des chaînes lo-
gistiques internationales, tandis que les contraintes
économiques, technologiques ou géopolitiques
peuvent freiner le déploiement massif des énergies
renouvelables. L’objectif d’autonomie énergétique
reste donc partiel, limité par la taille du marché et la
capacité de stockage encore insuffisante.
Sur le plan agricole, certaines filières dynamiques,
comme la clémentine ou le vin, bénéficient de la -
bels qui renforcent leur valorisation, mais l’équilibre
reste fragile : la dépendance au tourisme, les dif-
ficultés à l’export, les enjeux de transmission et la
concurrence d’autres régions disposant d’un climat
plus favorable constituent des défis persistants. Par
ailleurs, l’agriculture risque toujours de connaître
une baisse de sa production et de sa viabilité éco-
nomique sous les effets de la crise climatique, de
l’évolution des dispositifs d’aides, de la pression des
maladies émergentes et de la concurrence de pro-
duits importés à bas coût.
Au niveau politique et fiscal, le maintien d’une fis -
calité forte, réorientée vers les foyers les plus riches
et le capital, permet de garantir un niveau de dé-
penses publiques a minima constant, tout en pré-
servant, voire en améliorant, le pouvoir d’achat des
classes moyennes. Toutefois, les territoires restent
dépendants des orientations nationales et leurs fi-
nances demeurent fragilisées par l’absence de prise
en compte de leurs spécificités. Une recentralisa -
tion s’opère ainsi à travers l’imposition de normes
contraignantes et la mise en place de mécanismes
incitatifs tels que les labellisations et les contrac-
tualisations, renforçant l’influence directe de l’État
sur les décisions territoriales. Dans ce cadre, les ins-
titutions locales peinent à répondre pleinement
aux besoins sociaux et citoyens, alimentant un
sentiment de vide démocratique. Les dynamiques
associatives tentent, tant bien que mal, de pallier
ces insuffisances en apportant des réponses sou -
vent partielles et limitées par leurs ressources. Por-
tées par des logiques de solidarité et d’entraide,
elles parviennent néanmoins à maintenir vivantes
certaines dynamiques collectives et à préserver
une forme de cohésion sociale. Ces initiatives de-
viennent ainsi, malgré leurs fragilités, des espaces
privilégiés d’expérimentation démocratique et de
reconstruction du lien social.
Démographie et société
Au niveau démographique, la Corse connaît une
hausse importante de la population, la population
corse s’établissant autour de 420 000 habitants, liée
à des gains élevés en espérance de vie et à l’arrivée
de populations extérieures. Le solde migratoire est
relativement élevé (+4 000 par an) témoignant d’un
flux d’entrées important, principalement issus de
migrations infranationales. Parmi ces nouveaux
arrivants figurent des travailleurs peu qualifiés,
souvent employés dans le secteur agricole, tandis
que l’île accueille également, de façon transitoire,
des réfugiés climatiques ou politiques fuyant des
conditions de vie devenues intenables.
Dans le domaine de la santé, la création d’un CHU
en Corse marque un progrès symbolique et struc-
turel, visant à réduire la dépendance aux soins hors
de l’île et à renforcer l’attractivité médicale. Cepen-
dant, la forte croissance de la population implique
des périodes de saturation du système régional, et
sans réorganisation et coordination plus larges, le
CHU produit des effets limités : l’offre de soins reste
fragmentée et les tensions sur l’accès aux soins per-
sistent lors des pics de fréquentation touristique.
Des progrès notables sont tout de même enregis-
trés avec un meilleur quadrillage du territoire par
des maisons de santé pluridisciplinaires et le déve-
loppement de la prévention et éducation à la santé
dès l’école. Malgré ces avancées, l’état de santé glo-
bal demeure préoccupant. Les maladies physiques
et psychiques tendent à s’aggraver, l’augmentation
de l’espérance de vie accentue la dépendance et
la progression du nombre de médecins ne com-
pense que partiellement les départs à la retraite.
Les inégalités territoriales s’accentuent entre zones
urbaines saturées et zones rurales sous-équipées,
faisant peser un risque de décrochage sanitaire si
aucune réforme structurelle n’est engagée.
Sur le plan social, la pauvreté progresse en raison
de la hausse du coût de la vie et de la faiblesse des
revenus, y compris parmi les travailleurs. Une part
croissante de la population peine à couvrir ses be-
soins essentiels, tandis que les retraités modestes
et les familles et en particulier les enfants voient
leur situation se dégrader. Cette évolution traduit
une fragilisation générale du tissu social, marquée
par le recul du pouvoir d’achat et le creusement des
écarts entre les classes sociales. La persistance de
niveaux de pauvreté élevés alimente un sentiment
de déclassement collectif et renforce les tensions
sociales et générationnelles. La consommation
reste largement tournée vers la grande distribution
: d’une part du fait de l’harmonisation de ses pra-
tiques de consommation et, d’autre part par des
politiques de compétitivité-prix permises par des
rendements d’échelle. Bien que moins chère que la
production locale, la grande distribution maintient
61 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEdes prix élevés par rapport au pouvoir d’achat de la
population. Les prix plus élevés des produits locaux
freinent le recours aux circuits courts et à l’approvi-
sionnement de proximité et limitent le développe-
ment d’une production insulaire compétitive.
Au niveau de la formation et de l’emploi, l’offre
de formation peine à gagner en attractivité, en-
traînant une fuite des talents, notamment parmi
les meilleurs bacheliers et limitant la constitution
d’une masse critique de diplômés sur place. La ra-
réfaction des ressources publiques a entraîné une
diminution de l’emploi public, de poids élevé dans
l’économie corse. Cette évolution a engendré des
situations de précarité et de sous-emploi. Les tra-
vailleurs se sont en grande partie redéployés dans
d’autres secteurs eux-mêmes en tension (aide à la
personne, bâtiment,…). Toutefois, ces emplois de-
meurent moins stables et moins rémunérateurs, ne
compensant qu’en partie le recul du secteur public.
La société corse apparaît fortement morcelée, sous
l’effet combiné de tensions sociales, économiques
et territoriales. Les fractures entre locaux et nou-
veaux arrivants, entre espaces ruraux et urbains,
ainsi qu’entre groupes aisés et populations relé-
guées, ont alimenté un sentiment de dépossession
culturelle. Dans ce contexte de délitement des liens
sociaux, certains ont développé des formes de repli
identitaire. Cette dynamique a fragilisé la cohésion
sociale en cristallisant des oppositions devenues
difficiles à dépasser, sur fond d’instrumentalisation
politique de la question identitaire.
Dans le domaine culturel, l’extension des logiques
globalisées et la domination de modèles standardi-
sés entraînent une dilution des références propres
à la Corse. La politique culturelle demeure limitée,
centrée sur la langue et la culture corses, mais sans
véritable dynamique créative. Les structures exis-
tantes sont reproduites à l’identique et la culture
réduite à une fonction de divertissement. Ce mo-
dèle peu productif a conduit à une uniformisation
progressive. La pratique de langue corse est en net
recul avec de moins en moins de locuteurs, tradui-
sant une rupture de transmission générationnelle.
L’école ne suffit pas à combler le manque avec 630
heures en moyenne consacrées à l’enseignement
de la langue corse contre 1000 nécessaires pour «
fabriquer » des locuteurs. La langue ne subsiste
que comme compétence résiduelle et mémoire
collective, réduite à une valeur symbolique, après
la disparition de son spectre sonore et de sa subs-
tance sociale. En matière de culture, la logique do-
minante est celle d’une reproduction sociale, plutôt
que celle d’une innovation ou d’une création. Le tis-
su associatif, autrefois moteur de vitalité collective,
s’est affaibli et les traditions se sont figées ou vidées
de leur sens. La culture est devenue spectacle, per-
dant sa fonction première d’exercice de la pensée
et de lien entre générations. Dans ce contexte,
l’identité corse tend à devenir une étiquette dé-
sincarnée, déconnectée de la mémoire, de l’his-
toire et des ancrages concrets. L’homogénéisation,
perçue à tort comme modernisation, a appauvri le
vivre-ensemble en niant la richesse de la diversité,
jusqu’à menacer l’équilibre fragile de la société.
Aménagement du territoire
À l’échelle territoriale, en l’absence de politiques
coordonnées entre les territoires, les dynamiques
disjointes de développement se poursuivent, aggra-
vant les déséquilibres. Les zones rurales continuent
de se dépeupler en raison d’un accès insuffisant
aux ressources essentielles (eau, énergie, mobilités),
tandis que les zones urbaines concentrent les flux,
accentuant la pression sur les infrastructures et le
foncier. Les territoires entrent dans une concur-
rence croissante au détriment d’une vision parta-
gée, la périurbanisation et l’étalement urbain se
renforcent, générant une dépendance à la voiture,
une hausse de la consommation énergétique, une
congestion saisonnière et une artificialisation conti-
nue des sols, en contradiction avec les objectifs
ZAN. Dans ce contexte marqué par l’absence de
stratégie énergétique et de planification territoriale
intégrée, chacun agit à son échelle, sans cohérence
d’ensemble, ce qui limite la mise en place de solu-
tions durables.
Au niveau du foncier et du logement, la forte aug-
mentation des prix, alimentée par la croissance
démographique, la demande en résidences secon-
daires, les locations touristiques et la préférence
pour l’habitat individuel, rend progressivement le
logement inaccessible pour une large part de la po-
pulation. Dans les zones attractives, la pression fon-
cière s’intensifie alors que l’offre reste limitée par les
contraintes réglementaires et par l’absence de do-
cuments d’urbanisme opérationnels dans certaines
communes. La tension sur les prix se maintient,
tandis que le faible renouvellement du parc immo-
bilier aggrave la pénurie et les inégalités d’accès au
logement.
Dans le domaine des transports, la mise en place
de dispositifs incitatifs visant à encourager les opé-
rateurs aériens et maritimes à diversifier leur offre
renforce l’attractivité de la Corse comme destina-
tion touristique, notamment en s’appuyant sur
l’intensification des liaisons avec un hub interna-
tional de proximité (comme Rome ou Pise), avec
des implications possibles sur les délégations de
services publics dans un contexte de raréfaction de
la ressource publique. Cependant, cette ouverture
accrue, sans modification du réseau de transport
interne, renforce la dépendance à la voiture indivi-
duelle pour les déplacements internes, contribuant
à une congestion saisonnière persistante et à une
pression environnementale croissante.
Technologie
Enfin, au niveau technologique, le territoire reste
freiné par des problèmes de souveraineté, de coût
et de compétences. Malgré des anticipations ayant
permis la mise en place d’un réseau plus résilient,
notamment grâce à un maillage territorial renforcé,
des difficultés persistent dans le traitement distri-
bué des données. La délocalisation du traitement
des données, conjuguée à une connectivité encore
perfectible et à des logiques de marché défavo-
rables, génère des problèmes de souveraineté nu-
mérique et de compétitivité. Le coût du mégabit
demeure élevé en Corse, à la fois en raison d’une
situation quasi monopolistique qui limite la concur-
62rence et du recours persistant à une énergie ma-
joritairement carbonée. Malgré le développement
des énergies renouvelables, notamment photovol-
taïques, leur part reste insuffisante pour compenser
la dépendance aux sources fossiles, ce qui renché-
rit le coût et limite la durabilité du développement
numérique. Dans le même temps, l’insuffisance
des formations dans le domaine de l’intelligence
artificielle accentue le retard technologique et pro-
voque des tensions sur le marché de l’emploi, faute
de compétences disponibles localement. La Corse
demeure ainsi dépendante d’innovations conçues
ailleurs, sans réelle dynamique de création endo-
gène. Toutefois, le développement du réseau cel-
lulaire, associé à la connexion future aux satellites,
offre une perspective prometteuse pour la couver-
ture des zones blanches et l’amélioration de l’accès
au numérique sur l’ensemble du territoire.
La Corse bénéficie d’une couverture en fibre op-
tique quasi généralisée, fruit d’un important in-
vestissement dans l’aménagement numérique du
territoire qui a contribué à généraliser et démocra-
tiser des services numériques et à modifier profon-
dément les modes de vie. Si cette transition facilite
l’accès aux services et améliore la praticité au quo-
tidien, elle s’accompagne d’un recul du lien social
local. La fréquentation des commerces de proximi-
té diminue, tout comme les interactions sociales de
proximité, ce qui fragilise le tissu social en général.
Cette évolution génère, par ailleurs, des risques
d’isolement, notamment pour les populations non
formées à ces nouveaux outils.
63 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSE64Repositionnement stratégique
global mais polarisé
SCÉNARIO 3
Résumé du scénario
La Corse poursuit une croissance économique et
démographique, rendue plus soutenable par une
action publique volontariste axée sur l’adaptation
climatique et les transitions numériques et so-
ciales.
Le changement climatique accroît les risques
(chaleurs, sécheresses, incendies) et met sous
pression les écosystèmes et surtout l’eau, dont la
gestion devient un point critique face aux besoins
du tourisme, de l’urbanisation et de l’agriculture.
L’économie cherche à réduire ses vulnérabilités
(énergie importée, stockage, filières agricoles ex-
posées) et se réoriente vers une spécialisation à
effet d’entraînement (numérique, industries cultu-
relles et créatives, énergies renouvelables), soute-
nue par la formation et l’innovation.
La population augmente et atteint 420 000 habi-
tants, majoritaire dû au solde migratoire, mais de
manière inégale selon les territoires. Le système
de santé se modernise vers une logique plus pré-
ventive appuyée par l’IA et de nouvelles infrastruc-
tures.
La métropolisation, induite notamment par la
croissance démographique, renforce Aiacciu et
Bastia, avec des disparités accrues et une fragilisa-
tion des zones rurales, tandis qu’une politique de
stratégie foncière protège terres agricoles et es-
paces naturels.
Enfin, le tournant technologique (réseaux, verdis-
sement du mix électrique, IA, mobilités durables)
progresse, malgré des freins en termes de coût
et de dépendances énergétiques. S’il n’est anti-
cipé, ce tournant technologique pourrait contri-
buer à dégrader l’organisation et la vie collective
du travail.
Ce scénario se distingue principalement par une
forte croissance démographique, une politique
d’actions publiques forte (énergie, numérique,
santé, formation, mobilité) et par un repositionne-
ment à la fois économique et touristique, dans un
contexte de décentralisation politique.
65 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEPression accrue sur les ressources et conflits d’usage 4
Repositionnement du tourisme vers une clientèle à fort pouvoir d’achat 8
Redistribution des compétences et gouvernance territoriale 9
Décentralisation fiscale 10
Solde migratoire élevé : +4 000 personnes par an 12
Accélération de l’érosion de la biodiversité 3
Hausse de la température moyenne de +2,7°C
avec davantage d’évènements extrêmes 2
Rôle stratégique accru de la Corse dans un contexte sécuritaire tendu, opportunités de financement de projets à double usage 1
Diversification du mix énergétique et dépendance
aux importations énergétiques non renouvelables 5
Agriculture stable, fragilisée par le
changement climatique et la concurrence 6
Spécialisation économique ascendante autour
d’un secteur à fort effet d’entraînement 7
Hausse élevée de la population : 420 000 hab. avec une hausse de la natalité et des gains en espérance de vie 11
LES FAITS STYLISÉS
66Prévention et coordination renforcées du système de santé autour d’un CHU 13
Réduction de la pauvreté par l’action publique forte et concertée 14
Transformation de l’emploi par la technologie et le télétravail 17
Renouveau démocratique par une participation citoyenne élargie 18
Métropolisation institutionnalisée des villes d’Aiacciu et de Bastia
Tournant vers les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle 22
Transition numérique 23
Consommation standardisée et dépendance
accrue aux importations 15
Constitution d’une masse critique de capital
humain par la formation 16
Evolution vers une identité plurielle, développement
de politiques culturelles et linguistiques 19
Valorisation et protection des espaces naturels
et agricoles et densification des espaces urbanisés 21
Développement des mobilités durables (verdissement
de la motorisation, navettes et trains électriques…) 24
20
67 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEDans ce scénario, la Corse connaît toujours une
croissance économique et démographique si-
gnificative, mais celle-ci devient plus soutenable
grâce à une action publique forte qui a misé sur
l’adaptation des transitions numériques et so-
ciales.
Cadre global géopolitique et
climatique
De nouveaux enjeux géostratégiques, notamment
induits par le changement climatique et la pression
induite sur les ressources, accentuent les tensions
entre les grandes puissances mondiales. Elles se
traduisent par la prolongation d’anciens conflits et
l’apparition de nouvelles rivalités (Groënland).
En Europe, le retour des tensions sécuritaires et la
résurgence de conflits (russo-ukrainien, israélo-pa-
lestinien, etc.) favorisent la montée de politiques
étatiques volontaristes. L’Union Européenne ne
s’est pas fragmentée, les interdépendances entre
États membres restant trop importantes. Un élar-
gissement paraît toujours envisageable. Conscients
de leurs limites à agir seuls, les États membres ont
été amenés à renforcer leur coopération, en particu-
lier dans les domaines de la sécurité maritime et de
la gestion des ressources stratégiques. En Méditer-
ranée, la demande de sûreté maritime s’est intensi-
fiée tandis que les rivalités géopolitiques persistent,
nourries par les conflits au Moyen-Orient, l’aggra -
vation des inégalités Nord-Sud et l’instrumentali-
sation des flux migratoires. Dans ce climat instable,
les tensions diplomatiques se multiplient et la mili-
tarisation des îles méditerranéennes s’accentuent.
Dans ce cadre, la Corse occupe une position géos-
tratégique qui la place au cœur des enjeux de sé-
curité maritime. Ses infrastructures, les bases de
Solenzara et de Calvi, les sémaphores et les ports,
sont mobilisés pour répondre à ces besoins accrus.
Plutôt que de subir ce positionnement, la Corse
en a tiré un avantage stratégique vis-à vis de l’État
et des institutions européennes. Les contraintes
sécuritaires sont devenues des opportunités éco-
nomiques : modernisation des infrastructures
portuaires et aéroportuaires, renforcement des ca-
pacités de cybersécurité et réorientation des fonds
de défense vers des projets à double usage civil et
militaire. En développant une stratégie pour attirer
les fonds européens, la Corse a su renforcer son rôle
au sein de l’Union Européenne et préserver sa ca-
pacité à décider localement.
À ce contexte mondial s’ajoute la contrainte du
changement climatique, qui impose de nom-
breuses adaptations à l’échelle locale. En 2050, la
température moyenne en Corse a atteint +2,7°C
(+4°C d’ici 2100). Par ailleurs, les vagues de chaleur
se sont intensifiées et surviennent plus fréquem-
ment, affectant à la fois les températures diurnes et
nocturnes. Les précipitations présentent une varia-
bilité accrue, avec une concentration plus marquée
sur des épisodes intenses, alternant avec des sé-
quences prolongées de sécheresse.
Impacts sur les ressources
Ces évolutions impactent les équilibres écolo-
giques. Le changement climatique a renforcé les
contraintes pesant sur la biodiversité, sans se tra-
duire par un effondrement généralisé du fonction-
nement des écosystèmes. En milieux aquatiques,
l’augmentation des températures et les modifi-
cations du régime hydrologique ont influencé la
distribution, l’abondance et la dynamique de cer-
taines populations sensibles, en particulier dans les
systèmes d’eau douce et les zones côtières. Paral-
lèlement, quelques espèces opportunistes, y com-
pris non indigènes, ont bénéficié de ces conditions
et ont pu, localement, réorganiser les interactions
et les équilibres écologiques. Dans les milieux ter-
restres, l’aridification de certains habitats, combinée
à une intensification des épisodes de sécheresse, a
diminué la vigueur de certaines communautés vé-
gétales, avec des répercussions indirectes sur de
nombreuses espèces animales. L’ensemble de ces
évolutions s’est accompagné d’une érosion biolo-
gique modérée mais persistante, touchant en prio-
rité les écosystèmes les plus vulnérables.
La pression sur la ressource s’est accentuée. De
même que dans le scénario précédent, la trajec-
toire de développement en Corse repose sur des
secteurs fortement consommateurs d’espace
et d’eau ce qui place l’île face à un problème de
compatibilité avec les exigences nationales et eu-
ropéennes de protection environnementale. Des
problèmes d’assainissement et de traitement des
eaux persistent alors même que le changement cli-
matique renforce les contraintes existantes (baisse
des débits de cours d’eau, intrusions salines, etc.).
Les adaptations engagées ne suffisent pas toujours
à prévenir l’émergence de tensions sociales et terri-
toriales et la réponse tend alors à s’orienter vers des
options lourdes (dessalement de l’eau de mer ou
grands barrages) dont les coûts et l’adéquation au
contexte insulaire peuvent poser problème.
Démographie et société
Au niveau démographique et social, la
Corse connaît une hausse importante de la popu-
lation, qui atteint environ 420 000 habitants liée à
des gains élevés en espérance de vie, à l’arrivée de
populations extérieures et à une augmentation de
la natalité (1,6 enfant par femme). La redynamisa-
tion démographique par la natalité et la jeunesse
est due à une combinaison de leviers tels que
l’amélioration de l’offre de soins, des réseaux numé-
riques et de transport, le développement du travail
à distance dans les zones rurales et une politique
active de reconstruction du lien social, visant à fa-
voriser l’acculturation et l’émergence d’un projet
commun de société.
Cependant, au regard de cette dynamique dé-
mographique, les territoires ne connaissent pas
une évolution homogène. La croissance démo-
graphique se concentre principalement dans les
centres urbains et littoraux, où la natalité est plus
élevée et l’attractivité économique renforcée, tandis
que l’intérieur de l’île et les zones rurales continuent
de se dépeupler et de vieillir, accentuant les dispari-
tés territoriales. La Corse présente toujours un solde
migratoire positif d’environ 4 000 personnes. Ce
solde résulte à la fois d’une hausse des migrations
résidentielles issues de régions françaises et au re-
tour d’une partie de la diaspora, avec des niveaux
68de qualification hétérogènes (qualifiées et peu qua-
lifiées) pouvant engendrer des tensions identitaires.
Malgré ces évolutions, le vieillissement de la popu-
lation se poursuit, accentuant certaines maladies
dues à l’âge et au changement climatique. Face à
ces défis, le système de soins s’est profondément
transformé, marqué par un passage du curatif vers
le prédictif et le préventif, grâce notamment à l’in-
telligence artificielle et à un renforcement de l’auto-
nomie des individus. Cette transformation s’accom-
pagne d’une politique ambitieuse de prévention,
structurée autour d’un plan régional de santé repo-
sant sur trois piliers (la santé publique, la santé en-
vironnementale et la santé au travail) et d’un CHU
en lien avec les territoires de proximité. Cette évolu-
tion a été possible grâce à une modernisation am-
bitieuse du système de santé passant par la créa-
tion d’un CHU, la construction d’un nouvel hôpital
à Bastia, le développement de nouvelles infrastruc-
tures et la professionnalisation accrue de l’organi-
sation médicale et administrative. Elle a également
impliqué de réduire les inégalités d’accès, de re-
penser la prise en charge des troubles psychiques
et d’organiser l’offre autour de parcours coordon-
nés et personnalisés. L’un des basculements est
venu d’un changement de logique dans l’organi-
sation des soins en favorisant la coordination entre
professionnels, la transparence dans les échanges
d’informations et l’élaboration de parcours de santé
personnalisés, grâce notamment à la mise en place
d’outils partagés, de dispositifs de coordination ef-
ficaces et d’un pilotage centré sur les besoins réels
des patients. De plus, les nouvelles technologies,
notamment dans le domaine du dépistage biolo-
gique et génétique, ont permis un suivi individua-
lisé et précoce des risques sanitaires. Une politique
de prise en charge des personnes âgées est égale-
ment mise en place, visant à développer des struc-
tures d’accueil collectif et à favoriser le maintien à
domicile.
Ces évolutions ont renforcé l’attractivité de l’île pour
les jeunes médecins, stabilisant ainsi les effectifs.
Grâce à cette structuration et à ces innovations, la
Corse a su absorber la pression démographique et
touristique sur les systèmes de santé, tout en main-
tenant, voire en améliorant, les indicateurs de santé
de sa population.
Dans cette logique, l’amélioration de l’accès aux
soins, à l’emploi et aux biens de première nécessité,
portée par des politiques publiques ciblées, participe
d’une logique redistributive renforcée visant à corri-
ger les inégalités d’accès aux ressources essentielles.
En favorisant l’autonomie économique des individus
et leur pleine participation à la vie sociale de leur ter-
ritoire, ces mesures contribuent à réduire la pauvreté
multidimensionnelle, à renforcer la cohésion sociale
et à limiter les fractures entre catégories sociales et
territoriales.
Les modes de vie demeurent dominées par un mo-
dèle centré sur la consommation et l’accès à des
biens standardisés. L’essor des achats en ligne et la
dépendance aux flux importés contribuent à homo-
généiser l’offre, tandis que les alternatives locales ou
plus durables restent limitées et peinent à modifier
les comportements. Cela se répercute sur la gestion
des déchets avec des volumes qui augmentent plus
vite que les capacités de valorisation, ce qui conduit à
maintenir leur exportation vers le continent.
En matière de formation, la Corse est parvenue à
constituer une masse critique de personnes haute-
ment qualifiées grâce à la formation initiale, la for-
mation continue et les dispositifs de reconversion
professionnelle. Elle dispose des ressources néces-
saires pour retenir ses forces vives, attirer de nou-
veaux talents et structurer une économie plus ver-
tueuse. L’existence de filières locales solides joue un
rôle déterminant dans la rétention des diplômés. Dé-
velopper des pôles de compétence dans quelques
secteurs stratégiques, tels que la technologie ou
la santé et l’agriculture, a favorisé la création d’une
base productive diversifiée et adaptée aux enjeux
contemporains. Cela a contribué à réduire la dépen-
dance vis-à-vis du secteur public et à installer dura-
blement la Corse dans une dynamique d’innovation
et de compétitivité. Par ailleurs, le développement
du télétravail et des nouvelles technologies (numé-
rique, IA, etc.) a redéfini les formes d’emplois et le
rapport au travail. Cette évolution favorise l’attraction
de nouveaux actifs en Corse, notamment issus de la
diaspora, et la constitution d’un écosystème d’entre-
prises innovantes et de start-ups sur le territoire. Elle
permet également de mobiliser une main-d’œuvre
qualifiée ne résidant pas sur le territoire, contribuant
ainsi à l’ouverture économique et à la diversification
des compétences locales. Néanmoins, cette dyna-
mique a renforcé la concentration des emplois dans
les pôles urbains.
Dans ce contexte, une transformation culturelle
émerge, portée par de grands enjeux sociétaux ou
déclenchée par un événement critique. Ce bascule-
ment a favorisé une reconfiguration des modes de
participation politique, ouvrant de nouveaux espaces
d’expression et d’implication citoyenne. Loin de se
limiter aux procédures électorales traditionnelles, la
participation citoyenne s’est élargie vers davantage
de co-construction des décisions publiques. Ce pro-
cessus a évité le désengagement politique et a ren-
forcé la légitimité des choix collectifs à travers une
gouvernance plus inclusive.
En réaction aux dynamiques mondiales d’uniformi-
sation culturelle, une partie de la population corse
a engagé un travail de refondation de l’identité,
envisagée comme un ensemble d’identités indi-
viduelles plurielles s’inscrivant dans une mémoire
et un projet partagés. Loin de rejeter la modernité,
cette voie propose une synthèse entre traditions
et enjeux contemporains, fondée sur une réappro-
priation collective de la langue, des symboles et
des pratiques. L’identité n’est plus perçue comme
un héritage figé ou un concept menaçant, mais
comme un choix de société, nourri par la diversité,
la transmission et l’exercice de la pensée. Ce pro-
cessus a renforcé la capacité à harmoniser les diffé-
rences sans les effacer, et à faire société sans nier les
désaccords. Une politique linguistique globale, am-
bitieuse et holistique est menée, dotée de moyens
conséquents et appliquée dans les domaines sco-
laire, public, économique, sportif et culturel. Elle
confère à la langue un statut juridique et une coof-
ficialité qui organise les conditions d’un choix ef-
fectif pour la population. La promotion systémique
de la langue dans tous les espaces de la vie sociale
encourage son usage et sa légitimité, tandis que le
déverrouillage juridique permet une véritable re-
69 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEconnaissance institutionnelle. Cette politique, sou-
tenue par une prise de conscience collective et une
volonté politique durable, favorise la transmission
intergénérationnelle et a transformé le rapport des
locuteurs à leur langue. Par ailleurs, la culture est
envisagée comme un levier stratégique, et des poli-
tiques culturelles différenciées sont mises en place
pour valoriser à la fois la culture corse et la culture
en Corse, afin de dépasser l’entre-soi. Les pratiques
culturelles se sont diversifiées (technologies im-
mersives, jeux vidéo, etc.) et attirent de nouveaux
publics. Enfin, le développement d’outils de forma-
tion artistique et de filières professionnelles a struc-
turé le secteur autour du triptyque art / science /
société dans une perspective d’ouverture interna-
tionale.
Économie et politique
Au niveau économique et politique, l’enjeu consiste
alors à maintenir une trajectoire de croissance tout
en intégrant les différentes contraintes évoquées.
Cela exige un repositionnement stratégique.
Sur le volet énergétique, la montée des énergies
renouvelables réduit progressivement la part des
sources fossiles, mais la dépendance extérieure
reste élevée. Cette situation maintient une vulné-
rabilité aux tensions géopolitiques et aux ruptures
logistiques, d’autant que l’autonomie énergétique
demeure contrainte par un marché insulaire limi-
té et par des capacités de stockage encore insuffi-
santes.
Sur le plan agricole, plusieurs filières continuer de
s’appuyer sur des labels afin de mieux valoriser
leurs productions et sécuriser leurs débouchés.
Malgré cela, certaines restent fragiles du fait d’une
dépendance à des marchés spécifiques et d’une ex-
position aux variations de la demande. Par ailleurs,
la transmission des exploitations et la concurrence
d’autres territoires aux conditions plus favorables
constituent des enjeux majeurs.
Face aux limites du modèle économique tour-
né vers le tourisme et l’économie résidentielle, la
Corse décide d’une spécialisation ciblée autour
d’un secteur stratégique à fort effet d’entraîne-
ment, comme la filière numérique et les indus-
tries culturelles et créatives. Ce choix repose sur
les ressources spécifiques du territoire et sur des
politiques publiques volontaristes en matière de
formation, de soutien à l’investissement et de
structuration des filières. Cette trajectoire s’appuie
sur une démarche ascendante qui valorise les ini-
tiatives locales, les savoir-faire endogènes et les
dynamiques de coopération entre acteurs publics,
privés et associatifs. Les politiques locales favorisent
l’activité économique et la prise d’initiatives à tra-
vers des dispositifs incitatifs, des infrastructures
adaptées et un environnement institutionnel pro-
pice à l’expérimentation. L’objectif est aussi d’attirer
des entrepreneurs innovants, capables de porter
des projets originaux. Cette spécialisation permet
de développer des compétences locales de pointe,
d’attirer des investissements extérieurs et d’ancrer
des activités exportatrices, renforcées par des labels
de qualité et des stratégies de marque territoriale.
La concentration des efforts autour de cette filière
clé génère des externalités positives sur d’autres
secteurs (tourisme, artisanat, formation, énergie) et
favorise l’émergence d’un écosystème cohérent et
attractif.
De plus, le tourisme a dû se réorienter. En effet, en
raison du recul de la fréquentation et de la baisse
des dépenses unitaires du tourisme, le développe-
ment d’une stratégie vers une clientèle à plus fort
pouvoir d’achat s’est opéré, ce qui a nécessité des
investissements pour atteindre un niveau de qua-
lité attendu par ces segments de niche. Si une par-
tie de la population locale a accueilli favorablement
cette évolution, certains professionnels du secteur
n’ont pas réussi à s’adapter et ont cessé leur acti-
vité. Ce repositionnement a également entraîné
une transformation du marché de l’emploi avec
des postes moins nombreux, mais plus qualifiés et
mieux rémunérés.
Cela a été permis par une répartition plus équilibrée
des compétences entre les différentes échelles ter-
ritoriales, fondée sur le principe de subsidiarité, qui
contribue à une gouvernance publique plus effi-
cace et plus légitime. En confiant aux collectivités
locales les responsabilités qu’elles sont les plus
à même d’assumer, une plus grande autonomie
renforce leurs marges de manœuvre et leur capa-
cité d’adaptation aux spécificités territoriales. Le
transfert de compétences s’est opéré à différents
niveaux : une autonomie renforcée de la Collecti-
vité de Corse qui lui a permis de produire un cer-
tain nombre de lois adaptées aux spécificités insu-
laires, tandis qu’un élargissement des prérogatives
des EPCI et une plus grande latitude accordée aux
communes, avec la fusion de certaines d’entre elles,
ont favorisé la mise en œuvre d’actions publiques
mieux ancrées dans les territoires. Cette décentra-
lisation a été étendue au domaine fiscal avec une
maîtrise accrue sur les taux, les assiettes et l’utilisa-
tion des recettes. Cette évolution a permis d’orien-
ter les ressources vers les priorités locales et de me-
ner des politiques fiscales différenciées en fonction
des besoins des populations locales mais entraî-
nant par ailleurs des disparités entre les territoires.
Aménagement du territoire
Les dynamiques démographiques et sociales se
sont traduites par une reconfiguration de l’amé-
nagement territorial. La concentration du déve-
loppement (résidentiel, économique et en matière
de mobilités) dans les pôles urbains d’Aiacciu et de
Bastia ont renforcé leurs poids sur les dynamiques
territoriales insulaires, qui sont devenus des pôles
stratégiques d’attractivité en concentrant les in-
vestissements publics et privés, l’innovation, les
infrastructures de transport et les services. Cette
priorisation sur les deux grands pôles d’accueil de
la population et du développement traduit une vo-
lonté de structurer la croissance autour de centres
dynamiques capables d’irriguer le reste du terri-
toire. Cette stratégie cherche à organiser et à rat-
tacher les territoires environnants à ces pôles. La
métropolisation est institutionnalisée et pensée,
non seulement au sens d’une concentration fonc-
tionnelle des activités, mais aussi comme un pro-
cessus d’organisation territoriale (regroupement de
collectivités ou de réseaux intercommunaux) qui
coopèrent. Elle dépasse les limites strictes des aires
urbaines ou des bassins de vie afin de former un
70réseau connecté. Cependant, cette trajectoire a ac-
centué les déséquilibres territoriaux, avec des pôles
urbains où se cumulent investissements, emplois
qualifiés, services et infrastructures, tandis que cer-
tains territoires ruraux se dépeuplent et vieillissent.
Les écarts d’accès aux soins, à la formation, et aux
services se creusent, renforçant un sentiment de
relégation et de dépendance vis-à-vis des centres.
Cette polarisation renforce enfin les tensions sur le
foncier et le logement dans les pôles, alors que les
zones de l’intérieur se vident et ont une moindre
capacité d’attraction.
Au niveau foncier et immobilier, un changement
de paradigme place la protection des terres agri-
coles et des espaces naturels au cœur de la stra-
tégie de protection foncière. Ces espaces se voient
attribuer une forte valeur foncière en raison des
services qu’ils rendent que ce soient des fonctions
écosystémiques, d’alimentation ou de contribu-
tion à l’activité touristique. Cette stratégie induit
une densification des espaces déjà urbanisés, aug-
mentant les prix du foncier et de l’immobilier dans
certaines zones. Cette stratégie repose sur une ap-
proche interventionniste mobilisant des outils tels
que les baux environnementaux, les préemptions
ou encore la création de réserves foncières.
Technologie
Enfin, au niveau technologique, la Corse a
réussi à prendre la tournant des nouvelles techno-
logies et de l’intelligence artificielle, soutenue par
un réseau numérique fiable, la maîtrise locale des
technologies d’apprentissage automatique. Ce-
pendant, le coût élevé du mégabit, lié à une faible
concurrence et à une dépendance persistante aux
énergies fossiles, freine encore la compétitivité et
l’attractivité économiques. Appuyée sur des forma-
tions spécialisées, des investissements publics et
privés en recherche et innovation, cette trajectoire
a fait émerger un écosystème numérique territorial
dynamique, stimulant l’innovation dans les secteurs
clés (mobilité autonome, transport collectif, avia-
tion et navigation bas-carbone) et renforçant la ré-
silience ainsi que l’autonomie stratégique de l’île. La
transition numérique de la Corse s’inscrit dans une
phase d’accélération portée par l’émergence de
nouveaux acteurs et par la diffusion progressive des
technologies de pointe. Cette évolution repose sur
la capacité du territoire à structurer un écosystème
de formation et d’innovation, condition essentielle
à l’appropriation du numérique par les entreprises
insulaires. Cette dynamique d’innovation techno-
logique s’est accompagnée d’une transformation
structurelle des autres secteurs clés du territoire,
à commencer par les mobilités. La transition vers
des modes de transport plus durables, tant pour les
liaisons extérieures qu’intérieures, s’est accélérée
sous l’effet combiné des attentes des visiteurs, de
l’évolution des normes environnementales et d’une
fiscalité écologique plus contraignante. Le recours
à l’électrification des quais, le verdissement de la
motorisation des navires ou des avions permet de
réduire les coûts induits par cette fiscalité et d’en
limiter les répercussions sur les prix du transport,
mais suppose une production locale d’énergie im-
portante. Cette évolution a nécessité des investis-
sements publics et privés massifs, appuyés sur des
mécanismes incitatifs forts pour mobiliser les opé-
rateurs. De plus, l’amélioration des transports lo-
caux, notamment via le développement du réseau
ferroviaire électrique et son interconnexion avec
des navettes autonomes électriques, a permis de
désenclaver certaines zones et de favoriser un tou-
risme mieux réparti dans le temps et l’espace. Cela
a été permis par une intervention publique impor-
tante, en particulier en matière de création d’in-
frastructures ferroviaires et d’acquisitions foncières.
71 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSE72Compétences et innovations
au service d’un développement
territorial durable
SCÉNARIO 4
Résumé du scénario
Le développement territorial s’organise ici au-
tour d’un changement de moteur : la création de
valeur repose d’abord sur la qualification, la re -
cherche, l’innovation et le capital humain, plutôt
que sur l’augmentation des flux touristiques ou
démographiques. Il s'agit donc d'une bifurcation
économique majeure.
La population se stabilise autour de 370 000 ha-
bitants (dont 34% de personnes de plus de 65
ans), principalement du fait d’une attractivité vo-
lontairement sélective, favorisant le retour de la
diaspora et l’installation de profils qualifiés, tout
en limitant la fuite des talents. Cette trajectoire
privilégie la soutenabilité à long terme et rompt
avec des logiques d’expansion quantitative qui
finissent par fragiliser les équilibres sociaux, fon-
ciers et environnementaux.
Face au changement climatique et à l'élévation
des températures (+2,7°C), l’adaptation ne re-
pose pas principalement sur des solutions d’ur-
gence ou des infrastructures imposées, mais sur
la montée en compétences, la planification et
l’innovation. En s’inscrivant pleinement dans les
politiques européennes de transition écologique
et en développant des coopérations méditerra-
néennes, la Corse valorise son capital environ-
nemental comme un avantage stratégique. Les
modes de vie évoluent vers davantage de sobrié-
té et de consommation locale, soutenus par des
politiques publiques favorisant les circuits courts,
la relocalisation productive et une économie de
proximité plus résiliente.
L’aménagement du territoire constitue un levier
central de cette trajectoire. Une planification ren-
forcée permet de coordonner habitat, mobilités
et services, tout en facilitant la revitalisation de
villages. La régulation du foncier et de l’immobi-
lier – encadrement des résidences secondaires,
maîtrise des locations de courte durée, captation
partielle de la rente par les pouvoirs publics – vise
à garantir l’accès au logement pour les résidents
permanents et à financer des équipements col-
lectifs. Cette approche tranche avec des dyna-
miques où la pression foncière et l’étalement ur-
bain deviennent des fatalités.
Ces éléments permettent de créer des condi-
tions favorables ouvrant la saisie d’opportunités
aux chefs d’entreprises. L’économie se diversi-
fie autour de plusieurs filières complémentaires
(agriculture, numérique, culture, santé, écono-
mie bleue, transition énergétique), articulées
par des politiques de formation et de recherche
anticipant les besoins futurs. Le tourisme est in-
tégré à cet ensemble dans une logique de com-
patibilité environnementale et de montée en
qualité. Sur le plan social et culturel, l’identité est
pensée comme un facteur de cohésion et d’ou-
verture, appuyée par des politiques linguistiques
et culturelles ambitieuses, favorisant la transmis-
sion, la création et l’inclusion.
Cette trajectoire offre un modèle de dévelop-
pement équilibré et durable, dont la principale
fragilité réside dans le risque de polarisation so-
ciale par le haut si la montée en compétences du
capital humain n’est pas accompagnée de mé-
canismes redistributifs et d’inclusion des travail-
leurs moins qualifiés.
Ainsi, ce scénario se distingue principalement
par un modèle de développement plus qualitatif
basé sur l’investissement dans le capital humain
et la recherche, la diversification économique, un
aménagement du territoire équilibré et une au-
tonomie renforcée.
73 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEDécentralisation fiscale
Anticipation des besoins et économie fondée sur la connaissance
Développement d’un écosystème numérique local dynamique
Transition vers des modes de transport durables
Pression accrue sur les ressources et conflits d’usage (notamment sur l’eau)
Erosion de la biodiversité (espèces, habitats, zones humides…)
Hausse de la température moyenne de +2,7°C
avec davantage d’évènements extrêmes
Renforcement de l’autonomie et consolidation des capacités décisionnelles locales
Diplomatie environnementale méditerranéenne
et politique environnementale proactive
Planification territoriale stratégique coordonnée
et revitalisation des villages
Tensions sur le marché du travail et adaptation par la formation et les organisations
Tournant technologique appuyé par des formations
et des investissements
LES FAITS STYLISÉS
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
74Repositionnement du tourisme, moins quantitatif et plus qualitatif 14
Hausse de la population : 370 000 hab. 19
Développement d’un CHU et coordination de l’offre de soins 18
Frugalité et réappropriation productive du territoire
Régulation du marché immobilier et captation et valorisation de la rente foncière par la puissance publique 17
Diversification économique réduisant la vulnérabilité
face aux chocs externes 13
Diversification du mix énergétique et dépendance aux importations énergétiques non renouvelables 15
Maintien d’une filière agricole de qualité et valorisée
et adaptation des pratiques
Solde migratoire modéré avec des profils plus qualifiés par des politiques d’attractivité ciblées et le retour d’une partie de la diaspora 20
Limitation de l’aggravation des inégalités grâce
à des actions locales de solidarité
Elargissement de la participation citoyenne vers plus
de co-construction des décisions publiques
Evolution vers une identité plurielle, développement
de politiques culturelles et linguistiques 24
23
16
21
22
75 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEDans ce scénario, le développement territorial
s’organise d’abord autour de la recherche, des
qualifications, de l’expertise et du capital humain,
devenus les principaux leviers d’adaptation et de
création de valeur.
Cadre global géopolitique et
climatique
En 2050, l’élévation de la température moyenne glo-
bale est estimée à +2,7°C en Corse et pourrait ap-
procher +4°C en fin de siècle. En complément et de
même que dans les scénarios 2 et 3, les épisodes de
chaleur extrême tendent à gagner en occurrence et
en sévérité, tandis que le régime des pluies devient
plus irrégulier, caractérisé par une intensification des
épisodes pluvieux et un allongement des périodes
sèches. Cette dynamique d’assèchement renforce la
vulnérabilité des milieux et accroît le niveau de risque
associé aux incendies.
Dans ce cadre, les milieux terrestres et marins ont de
plus en plus de mal à absorber ces chocs successifs
sans basculer vers des déséquilibres durables. Les
évolutions climatiques se traduisent par des effets
contrastés sur la biodiversité. Bien qu’elles accrois-
sent la contrainte exercée sur de nombreuses es-
pèces, elles ne conduisent pas à une détérioration
uniforme de tous les écosystèmes. Dans les milieux
aquatiques, où le réchauffement et les changements
du fonctionnement hydrologique influencent cer-
taines populations sensibles, cela entraîne, en eaux
douces et côtières, des modifications de composi-
tion et de répartition des espèces. Ainsi, des espèces
plus tolérantes ou introduites peuvent s’installer et
prendre localement une place plus importante, ce
qui perturbe les équilibres écologiques locaux. Dans
les milieux terrestres, l’aridification et la répétition
d’épisodes secs fragilisent la végétation, impactant
également les espèces animales qui en dépendent.
Au final, l’évolution observée correspond davantage
à une érosion lente et continue de la diversité biolo-
gique, touchant en priorité les systèmes les plus sen-
sibles aux variations climatiques.
De même que dans le scénario précédent, le mo-
dèle économique corse, fortement dépendant de
ses ressources naturelles, se heurte de plus en plus
aux exigences environnementales nationales et eu-
ropéennes, en particulier pour la gestion de l’eau, en-
core marquée par des infrastructures insuffisantes et
une dégradation de la qualité. Ces fragilités sont am-
plifiées par le changement climatique, ce qui accen-
tue les conflits d’usage et les tensions sociales, alors
même que des solutions techniques existent mais
restent sous-mobilisées.
Le contexte international demeure globalement
stable, malgré des tensions toujours existantes. La
hiérarchie des puissances mondiales reste constante.
Les États-Unis conservent leur position dominante
tandis que la Chine progresse grâce à ses avancées
technologiques et à la formation de ses élites, au prix
d’une hausse du coût de sa main-d’œuvre. Dans ce
contexte, l’Union européenne renforce son unité en
s’affirmant comme l’un des principaux acteurs mon-
diaux de la transition écologique, grâce à des poli-
tiques ambitieuses (environnementales, sécuritaires,
etc.) et à une diplomatie environnementale proac-
tive. La Corse s’inscrit pleinement dans ce mouve-
ment. Elle parvient à mobiliser des programmes eu-
ropéens pour financer ses projets de développement
durable, la gestion de ses ressources naturelles et la
transition énergétique. Son capital environnemental
constitue un avantage comparatif majeur et un le-
vier d’influence à l’échelle méditerranéenne. En s’ap-
puyant sur cette ressource stratégique, elle conso-
lide sa marque identitaire autour de la durabilité et
de la préservation du patrimoine naturel et culturel.
La Corse joue ainsi un rôle moteur en matière d’en-
vironnement en Méditerranée, en tissant des coo-
pérations renforcées avec la Toscane, la Sardaigne et
d’autres territoires riverains. Ces partenariats, soute-
nus par des programmes européens, permettent de
capter des financements à la fois publics et privés, de
préserver le capital environnemental et de maintenir
une bonne qualité de vie.
Démographie et société
Ainsi, au niveau démographique, la Corse connaît
une légère hausse de la population, qui atteint en-
viron 370 000 habitants, liée à des gains en espé-
rance de vie et à l’arrivée de populations extérieures
et notamment de membres de la diaspora, malgré
une baisse de la natalité. Le vieillissement est un
phénomène majeur, entraînant une augmentation
du nombre de personnes âgées dépendantes. Les
besoins en services, en santé et en logement adap-
té augmentent. Les déséquilibres territoriaux per-
sistent, avec une concentration de la population sur
le littoral et un risque de désertification de certaines
zones de l’intérieur.
Malgré une pauvreté toujours présente en Corse, liée
en particulier au coût de la vie et à des niveaux de re-
venus modestes, les mécanismes de solidarité et l’ac-
tion publique contribuent à contenir la progression
des inégalités. Cependant, les disparités territoriales
sont toujours marquées : accès aux services, mobilité,
logement. La dynamique d’attractivité peut accen-
tuer ces écarts si elle n’est pas accompagnée de poli-
tiques de redistribution et d’équité territoriale.
Les contraintes climatiques et la dépendance aux
importations ont permis de modifier les comporte-
ments de consommation. La Corse évolue vers un
mode de vie plus frugal, marqué par une consom-
mation plus locale. Les circuits courts se déve-
loppent, avec l’appui de politiques volontaristes
rendant les produits accessibles à tous. La popula-
tion adopte progressivement des comportements
plus sobres, encourageant une réappropriation
productive du territoire.
Les évolutions sociétales s’accompagnent d’une
transformation des formes de participation poli-
tique. L’implication citoyenne tend à s’intensifier
au-delà des séquences électorales, via des méca-
nismes de concertation et de construction parta-
gée des orientations publiques. Cette diversifica-
tion des modes de participation contribue à limiter
le recul de l’implication politique et à renforcer la
légitimité des décisions.
La question identitaire et culturelle devient alors
un autre pilier de stabilité, à condition d’éviter le
repli et de maintenir l’ouverture. Les dimensions
identitaires et culturelles constituent, ainsi, un fac-
76teur de cohésion. Face aux dynamiques d’homogé-
néisation culturelle et de fragilisation linguistique,
l’identité corse est de plus en plus appréhendée
comme une construction d’identités individuelles
plurielles s’inscrivant dans une mémoire et un pro-
jet de société partagés. Les politiques linguistiques
favorisent la transmission intergénérationnelle et
la légitimation des usages dans l’ensemble des es-
paces sociaux. Par ailleurs, les évolutions juridiques
permettent la reconnaissance institutionnelle de
coofficialité de la langue. Enfin, la culture est mo -
bilisée comme levier stratégique d’attractivité et de
cohésion en privilégiant la création, l’inclusion et les
coopérations extérieures.
Gouvernance politique,
planification et aménagement
du territoire
Au niveau politique, une plus grande autonomie
permet de renforcer les marges de manœuvre des
collectivités, en leur offrant une capacité accrue
d’adaptation aux spécificités locales et une meil-
leure réactivité face aux besoins des populations.
Les institutions locales gagnent en légitimité, ré-
duisant le risque de méfiance citoyenne et conso -
lidant leur rôle dans la prise de décision territoriale.
La décentralisation progresse également sur le plan
fiscal, en conférant aux institutions une capacité
renforcée de pilotage. Elle élargit ainsi les marges
de manœuvre locales en permettant d’ajuster la fis-
calité aux spécificités territoriales et de financer des
priorités définies localement. Cela engendre néan-
moins un risque d’accentuation des écarts entre
territoires.
Cette gouvernance se traduit territorialement par
une planification redevenue centrale, pour rendre
cohérents les choix d’aménagement, de mobilité et
d’habitat.
Les acteurs territoriaux prennent progressivement
conscience des limites d’un développement dis-
persé et engagent une coordination à toutes les
échelles, de l’intercommunal au régional. La Col-
lectivité de Corse renouvelle sa vision stratégique
à travers un PADDUC révisé, devenu l’instrument
central de la planification territoriale, définissant
pour chaque territoire des projets cohérents, inter-
connectés et intégrés. À l’échelle intercommunale,
cette dynamique se traduit par l’émergence de
projets structurants dans les domaines des mobi-
lités, de l’habitat et des équipements publics, tout
en conciliant densification maîtrisée, respect de la
loi ZAN et protection des sols agricoles et naturels.
Les ressources sont mutualisées, les charges mieux
réparties et les mobilités repensées à travers un
maillage de voies piétonnes, de pistes cyclables et
d’aménagements partagés, ainsi qu’un recentrage
des flux maritimes sur des ports de proximité, des-
servis par des navettes plus petites, plus fréquentes
et moins polluantes.
De plus, la revitalisation des villages devient un axe
central de l’aménagement du territoire. Elle s’ap-
puie sur la rénovation et la valorisation des cœurs
bâtis, la réhabilitation des logements et la mise en
place de services essentiels, fixes ou mobiles (santé,
formation, commerces, culture). Cette orientation
favorise le maintien des populations, renforce l’at-
tractivité locale et soutient une logique de décen-
tralisation, afin de réduire la dépendance aux pôles
urbains et de renforcer l’autonomie des territoires
ruraux. Le développement de l’agriculture urbaine,
périurbaine et insulaire s’inscrit également dans
cette stratégie, en valorisant les circuits courts et
en avançant vers une souveraineté alimentaire qui
contribue à limiter le recours au transport maritime.
La réussite de cette transformation suppose de
faire coïncider la planification stratégique avec
l’ensemble des actions opérationnelles engagées
en aval. Elle dépend de la capacité collective à
traduire les orientations du PADDUC et des docu-
ments associés en projets concrets, cohérents et
coordonnés. L’enjeu réside ainsi dans une réparti-
tion concertée des initiatives sur l’ensemble du ter-
ritoire, afin que chaque espace, du littoral à l’inté -
rieur, soit à la fois relié, intégré et partie prenante
d’une dynamique de croissance partagée. La coor-
dination entre les échelles territoriales conditionne
la cohérence, l’efficacité et la durabilité de la trans-
formation engagée.
Économie, développement
et capital humain
Le développement territorial s’organise autour de la
qualification, de l’expertise et de la valorisation du
capital humain, qui devient le moteur principal des
choix économiques, sociaux et institutionnels. Ce
choix est basé sur une stratégie plus large de diver-
sification économique, conditionnée par la forma-
tion du capital humain.
Ainsi, les formations se développent et parviennent
à anticiper les besoins futurs, en particulier dans
les domaines de l’intelligence artificielle, de la ro -
botique et des compétences pluridisciplinaires.
Le territoire s’est engagé dans une transition vers
une économie de la connaissance. Répondre uni-
quement aux besoins immédiats des secteurs tra-
ditionnels, comme le tourisme ou l’agriculture, ex-
pose à une vulnérabilité accrue, notamment si le
tourisme connaît un déclin structurel sous l’effet
du climat et des nouvelles normes environnemen-
tales. Miser sur les compétences de demain permet
d’attirer des étudiants, des chercheurs, et des pro-
fils qualifiés. La formation devient alors un moteur
central de la transition vers un modèle économique
durable et compétitif.
La transformation se reflète également sur le mar-
ché du travail, qui se réorganise sous contraintes
démographique et technologique.
Plusieurs secteurs voient leurs besoins en emplois
augmenter, mais rencontrent des difficultés de re-
crutement en raison d’une main-d’œuvre insuffi-
sante. Le vieillissement de la population accentue
ces tensions avec une réduction de la part d’actifs
disponibles. Le marché du travail se transforme
avec la diffusion de l’automatisation, la digitalisa-
tion et la réorganisation des tâches. La baisse de
la main-d’œuvre disponible oblige les entreprises
à optimiser les ressources, à renforcer la polyva-
lence, à utiliser les nouvelles technologies et à avoir
recours à de l’automatisation. Les migrations ex-
77 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEtra-territoriales, même relativement modérées (en-
viron + 2 500) permettent également d’avoir accès
à des actifs supplémentaires. Cela est favorisé par
des politiques de développement économique,
qui soutiennent l’implantation ou le dynamisme
de certaines activités qui contribuent à attirer des
travailleurs qualifiés et au retour d’une partie de la
diaspora.
Cette base de compétences rend possible un tour-
nant technologique. L’évolution s’oriente vers les
nouvelles technologies et l’intelligence artificielle,
portée par un réseau de connectivité robuste et
des compétences locales. La combinaison de for-
mations spécialisées et d’investissements publics
et privés en recherche et innovation favorise l’émer-
gence d’un écosystème technologique stimulant
des applications notamment dans des secteurs
stratégiques (mobilité, et.) et contribuant à la rési-
lience de l’île.
La diffusion de ces technologies s’étend ensuite à
l’ensemble de la société et de l’économie, tout en
révélant des contraintes de réseau et d’énergie. Ain-
si, la structuration d’un écosystème de formation et
d’innovation a permis d’accélérer la transition numé-
rique en favorisant la diffusion et l’appropriation de
ces nouvelles technologies.
L’innovation technologique entraîne une moderni-
sation des mobilités en Corse, avec une accélération
des transports plus durables sous l’effet des attentes
touristiques, du durcissement des normes et d’une
fiscalité écologique. Le verdissement des liaisons ma-
ritimes et aériennes (électrification des quais, moto-
risations moins carbonées) et le renforcement des
transports locaux plus durables (ferroviaire électrique,
navettes autonomes) reposent sur d’importants in-
vestissements et une forte intervention publique,
tout en nécessitant une production locale d’énergie
accrue.
Dans ce cadre, la diversification économique
constitue un moyen de réduire la vulnérabilité aux
chocs externes et d'accroître la création de valeur
multi-source. La Corse développe une stratégie de
diversification économique fondée sur la valorisa -
tion simultanée de plusieurs filières : agriculture,
économie bleue, tourisme durable, numérique,
culture, artisanat, transition énergétique. Cette ap-
proche privilégie la création de valeur et repose sur
une mobilisation coordonnée des acteurs publics
et privés, appuyée par des politiques de formation
et d’innovation adaptées aux spécificités locales.
Les ressources locales (patrimoine naturel et cultu-
rel, énergie, réseaux de proximité) deviennent ainsi
de véritables leviers de développement plutôt que
de simples atouts à exploiter. Les coûts de trans-
port élevés, souvent perçus comme une contrainte,
deviennent un moteur de relocalisation productive.
Cela favorise le développement d’une économie de
proximité fondée sur la production locale de biens
de consommation courante, notamment ceux pour
lesquels le coût du transport pèse fortement sur le
prix final. Cette dynamique contribue à créer de la
valeur ajoutée, à renforcer la résilience du tissu pro-
ductif et à réduire la dépendance vis-à-vis des im-
portations.
Le tourisme se réorganise alors comme une com-
posante de cette stratégie, en cherchant une com-
patibilité plus forte avec les contraintes environne-
mentales.
Face à la diminution de la fréquentation et à la ré-
duction de la dépense moyenne par touriste, le déve-
loppement d’une stratégie tournée vers une clientèle
plus aisée se met en place. Cela nécessite une mon-
tée en gamme de l’offre, des investissements dans la
qualité et une amélioration des infrastructures. Les
emplois deviennent plus qualifiés et mieux rémuné-
rés, bien que moins nombreux. L’offre touristique se
restructure autour d’un modèle plus durable, intégré
et compatible avec les contraintes environnemen-
tales. La rationalisation des flux, notamment internes
et externes devient un enjeu central.
Cette diversification demeure toutefois limitée par
des dépendances à l’extérieur, à la fois dans les do-
maines de l’énergie et de l’alimentation.
En matière d’énergie, le mix énergétique s’améliore
progressivement, notamment grâce à la montée en
puissance des filières renouvelables, à une diversi-
fication des sources et à des dispositifs de stockage
performants. Toutefois, le territoire demeure struc-
turellement dépendant d’importations, qu’il s’agisse
d’énergies ou d’équipements et composants néces-
saires aux infrastructures de production.
L’agriculture s’inscrit dans cette même logique :
préserver la valeur ajoutée tout en adaptant les pra-
tiques et en sécurisant les filières. Plusieurs filières
reconnues s’appuient sur des labels qui soutiennent
leur valorisation, mais les contraintes climatiques
imposent des ajustements. Les débouchés restent
par ailleurs sensibles aux évolutions de la demande,
notamment touristique. Les démarches de labelli-
sation tendent à gagner en flexibilité afin de main-
tenir le positionnement économique, la protection
des ressources et les savoir-faire agroalimentaires,
alors que la transmission des grandes exploitations
et la concurrence d’autres régions constituent des
enjeux croissants. L’adaptation repose de plus en
plus sur une diversification vers des productions
plus tolérantes à la chaleur, de l’innovation agro-
nomique, ainsi qu’une structuration accrue des
filières. Elle s’accompagne également de l’émer-
gence de nouveaux types d’exploitations et du dé-
veloppement de cultures en altitude.
Logements et services
Afin de stabiliser la politique de dévelop -
pement et d’attractivité, des services essentiels,
comme l’accès aux services de santé, au logement
ou aux infrastructures, sont déterminants pour atti-
rer et retenir le capital humain.
En effet, la croissance démographique pourrait ra-
lentir sous l’effet d’une hausse des prix du foncier
et de l’immobilier. C’est pourquoi, des politiques
volontaristes sont mises en œuvre afin de réguler
le marché et favoriser l’accès au logement pour les
résidents permanents, en particulier des jeunes
actifs et des ménages à revenus modestes. Parmi
ces mesures, la mise en place d’un dispositif com-
binant outils fiscaux et instruments d’aide à l’ac-
cession est exploré. Celui-ci repose sur des critères
de revenus ou de patrimoine, permettant de cibler
les ménages locaux primo-accédants. Un fonds de
78garantie pour l’accession à la propriété, financé par
une taxe sur les transactions foncières ou les rési-
dences secondaires, facilitent l’emprunt et l’accès
à la propriété. Une régulation par l’usage du bien
(résidence principale, secondaire ou location tou-
ristique) est également instaurée. Ainsi, des taxes
majorées sur les transactions ou les propriétés des-
tinées à un usage non résidentiel coexistent avec
des incitations ciblées pour les logements occupés
à l’année. Sur le marché locatif, la hausse continue
des loyers, tirée notamment par la location touris-
tique de courte durée, est contenue par des mé-
canismes incitatifs et des réglementations ciblées
(limitation du nombre de jours de location via les
plateformes de type Airbnb, fiscalité différenciée
pour les location longue durée). Par ailleurs, une ré-
vision du zonage et une planification plus maîtrisée
a permis de libérer du foncier constructible, tout
en assouplissant certaines contraintes (indivision,
terrains agricoles en friche…). Couplée à une densi-
fication urbaine, ces dispositifs ont accru l’offre de
logements.
L’attractivité dépend aussi de la capacité à redistri-
buer une partie de la valeur créée et à financer des
équipements collectifs, ce qui place la rente fon-
cière au cœur des arbitrages.
Ainsi, concomitamment, une politique de captation
partielle par la puissance publique et de réinvestis-
sement de la rente foncière a été mise en place, afin
de financer des équipements publics, de soutenir
des projets collectifs et de redistribuer une partie
de cette rente. Des outils juridiques (préemption,
ZAD, participation aux plus-values) sont mobilisés.
Toutefois, cette orientation suscite des frictions en
matière d’acceptabilité sociale.
Enfin, l’attractivité passe par la qualité des services
essentiels, au premier rang desquels la santé, parti-
culièrement dans un contexte de vieillissement de
la population.
La Corse modernise son organisation sanitaire en
accélérant le passage du curatif vers le prédictif et le
préventif. L’intelligence artificielle est intégrée dans
l’analyse des risques, la prévention et l’aide à la dé-
cision médicale. Une meilleure coordination des ac-
teurs permet de réduire les inégalités d’accès aux
soins. Un plan régional de santé est structuré autour
de la santé publique, de la santé environnementale
et de la santé au travail. Le développement d’un CHU
et la structuration de l’offre de soins de proximité
contribuent à améliorer l’attractivité médicale et la
prise en charge de la dépendance. Ainsi, l’organisa-
tion de l’offre de soins est repensée en favorisant la
coordination entre professionnels, la transparence
dans les échanges d’informations et l’élaboration de
parcours de santé personnalisés. Cela a été rendu
possible par la mise en place d’outils partagés, de
dispositifs de coordination efficaces et d’un pilotage
centré sur les besoins réels des patients. En rendant
l’île plus attractive pour les jeunes médecins, ces évo-
lutions ont permis de consolider durablement les ef-
fectifs et contribué à l’amélioration de l’état de santé
de la population.
79 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSE80L’exercice présenté dans ce rapport ne
prétend pas dire ce qui arrivera à l’horizon
2050, mais rendre lisibles les futurs pos-
sibles du système étudié et, surtout, les
conditions dans lesquelles ils deviennent
plus ou moins probables.
En structurant l’analyse autour de cinq en-
jeux et de 24 variables, nous avons cherché
à identifier les tendances en cours, les in-
terdépendances, les incertitudes et les le-
viers d’action associés.
Dans cette perspective, Corsica Pruspettiva
2050, à travers une méthodologie éprou-
vée, a permis d’évaluer les enjeux essen-
tiels pour le futur, de hiérarchiser et de
quantifier certaines tendances, d’identifier
les ruptures possibles, de recueillir les vi-
sions de la société civile et de la jeunesse
et de construire quatre scénarios décrivant
des trajectoires plausibles.
Les quatre scénarios élaborés dans ce
rapport constituent un cadre d’aide à
la décision. Ils décrivent des trajectoires
contrastées à l’horizon 2050, explicitent les
relations entre facteurs explicatifs et résul-
tats observables et identifient des points
de bascule susceptibles de modifier rapi-
dement le champ des possibles. Leur lec-
ture montre que les évolutions envisagées
résultent moins d’un déterminant unique
que d’une configuration de paramètres, en
particulier les modalités de gouvernance,
les niveaux et orientations d’investisse-
ment, ainsi que les conditions d’acceptabi-
lité et de mise en œuvre.
La prolongation de ce travail consiste à dé-
cliner les scénarios en chemins de transi-
tion. Il est possible d’identifier un ensemble
de mesures à la fois urgentes et relative-
ment peu coûteuses qui semblent pouvoir
être mises en œuvre quel que soit le scéna-
rio. La phase suivante devra alors porter sur
l’élaboration et la comparaison de plusieurs
chemins de transition, en intégrant explici-
tement les spécificités locales. Elle visera à
expliciter, de manière réaliste, les moyens à
mobiliser, ainsi que les opportunités et les
contraintes susceptibles d’en conditionner
la faisabilité et les effets attendus.
En définitive, ce rapport propose un cadre
analytique d’aide à la décision. Il explicite
les trajectoires à éviter comme celles à pri-
vilégier et identifie les leviers d’interven-
tion à mobiliser dès à présent pour orienter
les dynamiques à l’horizon 2050.
Conclusion et perspectives
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9091 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSELES ANNEXES
92Afin de recueillir les « représentations du futur » que
se donnent les acteurs, deux consultations ont été
menées au cours du mois de juillet 2025.
L’objectif était de réunir à la fois des représentants de
la société civile et des jeunes afin de discuter de leur
vision du futur de la Corse à l’horizon 2050.
Deux focus groups ont été réalisés :
le premier avec le bureau du CESEC de Corse le 21
juillet 2025 ;
le second avec les vice-présidents et présidents
de groupes et des commissions de l'Assemblea di
a Giuventù le 23 juillet 2025.
Le format du focus group a été choisi afin de faire
émerger des discussions entre les participants. Au
préalable et pour faciliter la démarche, quatre fictions
prospectives ont été présentées dans le but d’ouvrir
la discussion. Ces fictions sont des récits construits à
partir d’hypothèses plausibles ou non.
À la suite des présentations des fictions, les partici-
pants ont été invités à remplir un questionnaire pour
déterminer le niveau de souhaitabilité, de probabilité
et d’impact sur le bien-être de la population de cha-
cune des hypothèses proposées.
Les participants ont ensuite échangé sur les condi-
tions de réalisation de ces fictions et sur les moyens
permettant de les éviter, lorsqu’elles ne leur parais-
saient pas souhaitables. Des consensus et dissensus
ont émergé pour chacune des fictions.
Les visions du CESECC et de l’Assemblea
di a Giuventù
ANNEXE 1
93 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEFICTION 1 : UN TERRITOIRE SOUS PRESSION
Elévation du niveau de la mer de 32 cm
Baisse de la productivité agricole
Concurrence des importations sur les produits agricoles
Initiatives de micro-fermes, permaculture, circuits-courts
Solde migratoire positif et tensions identitaires/foncières
Système de santé défaillant (CHU absent, inégalités, désertification)
Urbanisation non coordonnée et planifiée
Pression immobilière (spéculation, rareté foncière)
Ecosystème fragilisé (espèces invasives, sècheresse, incendie)
Tensions sur les ressources en eau
Elévation de la température moyenne de +3°C avec une baisse des précipitations de 15 à 20%
Population : 327 000 hab. , vieillissement accéléré,
natalité faible (1,3 enfant/femme)
1
3
2
4
5
6
7
8
9
10
11
12
94Plusieurs points de consensus ont émergé pour
cette première fiction qui décrit un territoire sous
pression.
Tout d’abord, elle est globalement jugée probable et
non souhaitable pour la majorité des répondants.
Concernant les différentes hypothèses évoquées,
plusieurs points sont à noter :
Tous les hypothèses concernant les aspects envi-
ronnementaux sont jugées non souhaitables mais
probables (94%).
Les initiatives concernant l’amélioration de l’agricul-
ture sont souhaitables (94%) et incertaines (62,5%).
La baisse de la démographie, malgré un solde mi-
gratoire positif est considérée comme non souhai-
table (87,5%) et probable (81,3%), de même que les
tensions identitaires et foncières (probables et non
souhaitables pour 81,3% des répondants).
L’ensemble des participants considère qu’un sys-
tème de santé défaillant est non souhaitable (94%)
mais reste probable (68,8%).
Le besoin en compétences croissant avec une for-
mation insuffisante est également jugé probable
pour les deux groupes.
Une urbanisation non coordonnée, sans stratégie
d’ensemble est considérée non souhaitable pour
81,3% des répondants, bien que probable (56,3%).
La pression immobilière est unanimement jugée
non souhaitable mais probable.
Les déplacements majoritairement réalisés en
voiture sont considérés comme non souhaitables
(100% de jeunes et 66,7% du CESEC) et probables
(81,3%).
Une économie peu diversifiée n’est pas souhaitable
pour 90,6% des répondants mais probable pour
81,3% d’entre eux.
L’hypothèse d’un numérique peu développé est
considéré non souhaitable pour 81,3% des répon-
dants
La défiance envers les institutions locales est consi-
dérée comme non souhaitable (87,5%) mais pro-
bable (56,3%).
Il en est de même sur le sujet des divisions poli-
tiques internes et de la recentralisation de l’État
(non souhaitable à 87,5% et probable à 50%).
Numérique peu développé (6G instable, dépendance technologique)
Défiance envers les institutions locales
Divisions politiques internes, recentralisation de l’Etat
Besoin de compétences croissant, formation insuffisante
Economie peu diversifiée, tertiaire hypertrophié, tourisme en mutation
Voiture comme mode de déplacement dominant 13
14
15
16
17
18
95 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEDéveloppement du télétravail
Hausse de la température moyenne de +2,7°C mais effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour stopper la croissance des températures
Progression de la transition énergétiques : microcentrales hydrauliques, panneaux photovoltaïques couplés à des batteries locales, éoliennes terrestres, rénovations thermiques
Hausse de la population qui atteint 418 000 hab. avec une croissance portée par une migration qualifiée, une augmentation de l’espérance de vie et un taux de natalité de 1,6 enfant par femme
Bouleversement dans les domaines de la santé : l’intelligence artificielle et les technologie de surveillance prédictive ont permis d’anticiper les risques sanitaires, d’individualiser les parcours de soin et de renforcer la prévention
Perturbations climatiques inévitables à 2050 : stress hydrique, salinisation des nappes, tempêtes destructrices
Transformation de la mobilité : véhicules électriques et à hydrogène, transports partagés, réseaux ferroviaires rénovés, navettes maritimes propres
L’agriculture est redevenue centrale et résiste mieux aux chocs grâce à des innovations soutenues par des subventions
Fractures sociales croissantes : plus de 40% des actifs se considère comme pauvres
Inégalités persistances en matière d’accès aux soins malgré la construction d’un CHU
Disparition de certaines espèces remplacées par d’autres
plus résilientes ou adaptées
Recomposition des paysages naturels et agricoles
en raison du changement climatique
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
FICTION 2 : DÉPENDANCES NUMÉRIQUES
ET FRACTURES SOCIALES
96Cette fiction est jugée plus acceptable que la pre -
mière bien que certaines hypothèses soient toujours
non souhaitables. De même que pour la fiction pré-
cédente, des points de convergence sont apparus :
Les perturbations climatiques ainsi que le rempla-
cement de certaines espèces sont à la fois consi-
dérés comme non souhaitables (respectivement
94% et 68,8%) et probables (respectivement 87,5%
et 75%).
La progression de la transition énergétique est très
majoritairement souhaitée (94%) et jugée probable
pour seul 50% des répondants.
L’amélioration des transports vers de modes plus
propres est unanimement souhaitée.
Il en est de même pour une agriculture redevenue
centrale.
Le développement du télétravail est considéré à la
fois comme souhaitable et probable (75%).
L’augmentation de la pauvreté, bien qu’elle soit
unanimement non souhaitée, est jugée probable
pour 86,7% des répondants.
Dans le domaine de la santé, les deux groupes
pensent que les nouvelles technologies vont bou-
leverser le système de santé (souhaitable :94%, pro-
bable : 56,3%) mais que les inégalités vont persister
(souhaitable : 94%, probable : 81,3%).
Une diversification de l’économie vers des secteurs
stratégiques est souhaitée (87,5%).
Une augmentation des exportations équilibrant
davantage la balance commerciale est également
souhaitée (94%).
Une formation ciblée répondant à des besoins
identifiés est unanimement souhaitée et probable
pour 56,3% des répondants.
Le développement de data centers renforçant la
souveraineté numérique est souhaité pour 62,5%
des répondants.
La révision du PADDUC est à la fois souhaitée et
probable pour une très large majorité des répon-
dants (respectivement 100% et 75%).
La dégradation de la culture civique est considérée
comme non souhaitable (94%) et probable (75%).
Développement de data centers renforçant la souveraineté numérique
Révision du PADDUC, outil central de pilotage
Dégradation de la culture civique et de l’engagement collectif
Augmentation des exportations équilibrant davantage la balance commerciale
Diversification économique vers les secteurs stratégiques : agriculture, énergies renouvelables, technologies en IA financées grâce à des partenariats publics-privés
Transformation du tourisme : plus qualitatif que quantitatif
avec une offre rationnalisée et structurée. Hausse des inégalités entre les acteurs touristiques
Formations ciblées répondant à des besoins identifiés en agronomie, climat, cybersécurité, santé numérique
13
14
15
16
17
18
19
97 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEFICTION 3 : UNE CORSE FRUGALE
Dépendance technologique
Absence d’un écosystème local de recherche et de développement
Faible solde migratoire avec principalement des travailleurs peu qualifiés
Effondrement du modèle touristique
Hausse de la température moyenne de +2,7°C en Corse qui devrait se poursuivre à +4°C jusqu’en 2100
Transition énergétique avec des énergies renouvelables
appuyées par des systèmes de stockage, des mini-barrages hydrauliques et des îlots énergétiques autonomes 5
Hausse des vagues de chaleurs, des sècheresses agricoles
et hydrologiques et des épisodes climatiques extrêmes 2
Planification territoriale stratégique : densification maîtrisée, limitation de l’étalement urbain, agriculture urbaine et prériurbaine... 10
Peu de croissance de la population, la natalité chute à 1,4 enfant par femme entraînant un fort vieillissement de la population 11
Réorientation économique vers les productions corses :
agriculture, transformation alimentaire, artisanat... 9
Rééquilibrage progressif vers un mode de vie plus frugal :
circuits-courts, agriculture locale, sobriété énergétique 3
Exploitations agricoles plus résilientes, adaptées
aux nouvelles conditions climatiques 4
12
1
6
7
8
98La troisième fiction « Une Corse frugale » a davantage
divisé. Les membres du CESEC la trouve paradoxale,
perçue comme subie et marquée par un retour en
arrière avec un risque d’enfermement. Ils y voient
une société ancienne et peu réaliste, voire catastro-
phique, marquée par un repli sur soi. En revanche,
les jeunes jugent cette fiction souhaitable mais peu
réaliste.
Globalement, cette fiction est jugée plus souhaitable
que les deux précédentes mais peu réaliste. Néan-
moins, des points de convergence ont émergé :
La hausse des températures à +2,7°C sans amélio-
ration future est unanimement non souhaitable
mais jugée probable (94%).
Il en est de même pour les vagues de chaleur, sé-
cheresses et épisodes climatiques extrêmes.
Un mode de vie plus frugal est souhaité par 87,5%
des répondants bien qu’incertain.
Des exploitations agricoles plus résilientes sont ju-
gées souhaitables (100%) bien que moyennement
probables (50%).
La transition énergétique est souhaitée (94%) et in-
certaine (56,3%).
La dépendance technologique n’est pas souhaitée
mais considérée probable pour 68,8% des répon-
dants.
L’absence d’un écosystème local de recherche et
de développement est unanimement rejetée par
tous les répondants mais probable pour 56,3%
d’entre eux.
La réorientation économique vers les productions
corses est souhaitée par la quasi-unanimité des ré-
pondants (94%).
Une planification territoriale stratégique est unani-
mement souhaitée mais incertaine.
Le ralentissement de la croissance démographique
est majoritairement non souhaité (87,5%) bien que
probable (62,5%). De même, le faible solde migra-
toire composé principalement de travailleurs peu
qualifiés est non souhaitable (56,3%) et improbable
(50%)
Le fait que moins d’un habitant sur deux sera en
âge de travailler est également jugé probable
(56,3%) et non souhaitable (87,5%).
La création du CHU sans impact réel est non sou-
haitée pour 73,3% des répondants.
Une évolution de l’identité, intégrant les nouveaux
arrivants est souhaitée (68,8%) mais incertaine.
Le renforcement des pratiques démocratiques est
unanimement souhaité.
La montée en puissance de la Chine, la militarisa-
tion de l’espace et la stratégie de non-alignement
de l’Europe est jugée probable pour 62,5% des par-
ticipants.
Moins d’un habitant sur deux est en âge de travailler 13
La création du CHU n’a pas d’impact réel en raison
du manque d’attractivité 14
Nouvelle identité insulaire mêlant traditions et modernité, intégrant les nouveaux arrivants dans une logique communautaire 15
Renforcement des pratiques démocratiques porté par un besoin collectif de redonner du sens à l’action publique 16
Montée en puissance de la Chine, militarisation de l’espace, stratégie de non-alignement de l’Europe 17
99 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEFICTION 4 : VERS UNE CORSE RÉSILIENTE
Développement du télétravail en zones rurales 10
Réseau numérique fiable 13
Développement de logements abordables 9
Stratégie d’aménagement centralisée par la Collectivité de Corse grâce à un PADDUC révisé assurant la cohérence entre développement économique, préservation environnementale et équilibre territorial 2
Hausse de la population qui atteint 420 000 hab. résultant d’une hausse de la natalité (1,6 enfant par femme), d’un gain d’espérance de vie et d’un solde migratoire positif 7
Augmentation des température de +2°C en 2050
avec stabilisation à l’horizon 2100 1
Emergence d’un écosystème technologique permis par la maîtrise de l’IA et des infrastructures de calcul 14
Evolution du système de soin vers une logique préventive, anticipative et coordonnée avec la création du CHU, pivot de cette transformation 11
Des inégalités sociales et territoriales toujours présentes, accentuées par les effets physiques et mentaux du changement climatique 12
Echanges extérieurs recentrés sur des ports de proximité plus propres desservis par des navettes peu émettrices de GES 3
Système énergétique reposant sur un mix d’énergies renouvelables avec un déploiement important de dispositifs de stockage 4
Mutation de l’agriculture (plus résiliente) avec diversification autour de variétés plus résistantes à la chaleur et/ou cultivées en altitude 5
Renforcement de l’autonomie alimentaire grâce à une structuration des filières locales et la recherche et l’innovation 6
L’immigration choisie a permis d’attirer des compétences stratégiques, notamment dans le domaine du numérique, de la santé et de l’agriculture 8
100Cette dernière fiction est globalement considérée
comme souhaitable, mais conditionnée à un chan-
gement politique. Elle offre, par ailleurs de nom-
breuses perspectives positives et des points de
convergence :
De même que pour la fiction 2, la révision du PAD-
DUC est unanimement souhaitée mais probable
pour seuls 50% des répondants.
L’hypothèse d’échanges extérieurs recentrés sur
des ports de proximité plus propres desservis par
des navettes peu émettrices en GES est très large-
ment souhaitée (94%) mais assez incertaine (58,9%).
La mutation de l’agriculture (plus résiliente) avec
une diversification autour de variétés plus résis -
tantes à la chaleur et /ou cultivées en altitude est
unanimement souhaitée.
Le renforcement de l’autonomie alimentaire grâce
à une structuration des filières locales et la re-
cherche et l’innovation est souhaité par 100% des
répondants.
L’hypothèse de hausse de la population à 420 000
habitants est souhaitable pour 78,6% des répon-
dants et relativement incertaine.
Une immigration choisie semble souhaitable
(87,5%).
56,3% des répondants considèrent le développe-
ment de logements abordables comme non pro-
bable bien qu’unanimement souhaité.
Le développement du télétravail en zones rurales
est souhaité par une très large majorité des répon-
dants (87,5%) et est jugé comme probable pour
50% d’entre eux.
L’évolution du système de soin vers une logique
préventive, anticipatrice et coordonnée avec la
création du CHU est unanimement souhaitée.
Considérées comme non souhaitables (94%), les
inégalités sociales sont probables pour 75% des
répondants.
La fiabilité du réseau numérique est souhaitable
(100%) et probable (56,3%).
L’émergence d’un écosystème technologique est
quasi-unanimement souhaitée (94%).
La rationalisation des infrastructures de transport
et décarbonation de ces transports est à 100% sou-
haitable mais plutôt incertaine.
Le repositionnement du tourisme sur des seg-
ments à fort pouvoir d’achat et l’étalement de la
saison est souhaitable pour 81,3% des répondants.
Une participation citoyenne institutionnalisée est
quasi-unanimement souhaitée (94%).
La fusion de communes et la décentralisation fis-
cale permettant une meilleure adaptabilité des
politiques publiques est souhaitable pour 81,3% des
participants.
Formation adaptée aux besoins dans les secteurs à fort potentiel 15
Transformation culturelle autour d’une identité insulaire moderne et solidaire 18
Participation citoyenne institutionnalisée 19
Rationalisation des infrastructures de transport et décarbonation de ces transports 16
Repositionnement du tourisme sur des segments à fort pouvoir d’achat et étalement de la saison 17
La fusion de communes et la décentralisation fiscale ont permis une meilleure adaptabilité des politiques publiques 20
101 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEDix points majeurs sont à retenir :
1 6
2 7
3 8
4 9
5 10
Les points de convergence de l’ensemble de ces fictions ont été utilisés afin de construire les quatre scé - narios. Bien qu’ils ne soient pas tous souhaitables, le fait que certaines hypothèses négatives pour l’ave- nir soient considérées probables pour les jeunes et la société civile justifie leur prise en compte dans la construction des scénarios, afin d’identifier les risques et mettre en discussion des leviers d’action suscep- tibles d’en limiter les conséquences. Ainsi, l’ensemble des points de convergence relevés ont été utilisés pour construire les scénarios présentés dans le document.
La première fiction « Un territoire sous
pression », qui est vue comme un prolon-
gement de la situation actuelle, est inac-
ceptable pour la société civile comme
pour la jeunesse.
Les évolutions climatiques sont inaccep-
tables pour tous les participants.
Les jeunes considèrent les fictions 2 et 3
comme acceptables sur davantage de
points que les membres du CESEC.
Tous s’accordent sur l’importance d’une
agriculture permettant une souveraineté
alimentaire.
Une divergence générationnelle peut
être notée sur la fiction 3 « Une Corse fru-
gale » : les membres du CESEC y voient
un retour en arrière contrairement aux
jeunes.
Les jeunes sont particulièrement in-
quiets et pessimistes sur les questions
de santé, d’accès aux soins et d’inégalités
sociales.
La fiction 4 « Une Corse résiliente » est la
plus souhaitable mais également celle
dans laquelle les hypothèses sont les
plus incertaines.
Les membres du CESEC considèrent la
question démographique comme un
enjeu majeur, redoutant une disparition
progressive du peuple corse.
Les attentes en matière de politiques pu-
bliques internationales, nationales et en
particulier locales sont fortes.
Les questions de mobilité constituent
une préoccupation majeure pour les
jeunes.
102Le premier tableau morphologique
ANNEXE 2
Variables Hypothèse 1 Hypothèse 2 Hypothèse 3 Hypothèse 4
Trajectoires de
réchauffement
Valeurs minimales
de la trajectoire de
réchauffement
Valeurs médianes de la
trajectoire de réchauf-
fement
Valeurs maximales de la
trajectoire de réchauf-
fement
Bouleversement
de la biodiversité
Stabilité de l’état de
biodiversité
Accélération de l’éro-
sion de la biodiversité
Dégradation de la bio-
diversité
Pressions
anthropiques sur
les ressources
Gestion planifiée des
ressources
Contradiction crois-
sante entre pressions
anthropiques et
production de normes
environnementales
Exploitation intensive
des ressources et mon-
tée des conflits
Production et
disponibilité
des ressources
énergétiques
Energies renouvelables
optimisées : produc-
tion locale, stockage,
sobriété et efficacité
énergétiques
Mix énergétique re-
nouvelable et dépen-
dance persistante aux
importations énergé-
tiques non renouve-
lables
Renforcement de la
production et de la
consommation d’éner-
gies non renouvelables
Évolution de
l’agriculture
Déclin agricole dû au
climat, aux normes et à
la concurrence
Une agriculture stable
mais fragile
Renforcement de la
résilience agricole et de
la souveraineté alimen-
taire
Dynamiques
migratoires
extra-insulaires
Flux d’entrées élevés
avec des arrivants peu
qualifiés et des refugiés
Faible nombre d’arri-
vants
Nombre d’arrivants plus
faible mais avec des
profils plus qualifiés par
des politiques d’attracti-
vité ciblées
Arrivées importantes
issues de régions fran-
çaises et retour de la
diaspora
Evolutions socio-
démographiques
Déclin démographique
et pressions sur les
systèmes sociaux
Vieillissement accéléré
et fragilisation du mar-
ché du travail
Croissance démogra-
phique portée par la
natalité et les migra-
tions
Etat de santé de
la population
Prévention et coor-
dination renforcées
du système de santé
autour d’un CHU
Défis structurels et
organisationnels d’un
CHU insulaire
Vieillissement, maladies
chroniques et accès
inégal aux soins
Modes de vie
et pratiques de
consommation
Consommation
standardisée et dé-
pendance accrue aux
importations
Frugalité et réappro-
priation productive du
territoire
Consommation
contrainte par le
pouvoir d’achat et dé-
pendance à la grande
distribution
Cohésion sociale
et inégalités
Hausse générale de la
pauvreté
Des inégalités encore
fortes mais atténuées
par des actions locales
de solidarité
Réduction de la pauvre-
té par l’action publique
forte et concertée
Développement
de l’écosystème
de formation
Manque d’attractivité
et fuite des talents
Anticipation des
besoins et économie
fondée sur la connais-
sance
Masse critique de capi-
tal humain et dévelop-
pement territorial
103 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEVariables Hypothèse 1 Hypothèse 2 Hypothèse 3 Hypothèse 4
Dynamiques de
l’emploi
Transformation de
l’emploi par la techno-
logie et le télétravail
Tensions sur le marché
du travail et adaptation
par la formation et les
organisations
Recomposition de
l’emploi et précarité
Aménagement
et rapport entre
espaces urbains
et ruraux
Déséquilibres terri-
toriaux aggravés par
l’étalement urbain et
l’absence de coordi-
nation
Métropolisation insti-
tutionnalisée des villes
d’Aiacciu et de Bastia
Planification territoriale
stratégique coordon-
née et revitalisation des
villages
Foncier et
marché de
l’immobilier
Hausse des prix fon-
ciers et immobiliers
et aggravation des
inégalités d’accès au
logement
Régulation du mar-
ché immobilier pour
favoriser les logements
permanents
Valorisation des es-
paces naturels et des
terres agricoles
Captation et valorisa-
tion de la rente fon-
cière par la puissance
publique
Mutation et
diversification de
l’économie
Économie peu diversi-
fiée et dépendante
Spécialisation ciblée
et dynamique ascen-
dante endogène
Diversification écono-
mique
Développement
du tourisme
Tourisme stable mais
affaibli par un modèle
vieillissant
Repositionnement
vers une clientèle à fort
pouvoir d’achat
Décroissance du tou-
risme
Croissance du tou-
risme
Transports et
mobilités
Développement de
l’offre externe mais
dépendance accrue à
la voiture
Réduction des
connexions extérieures
Transition vers des
mobilités durables
Développement
des pratiques
numériques
Retard numérique et
surcoûts pour l’écono-
mie
Transition numérique et
isolement social
Transformation numé-
rique et développe-
ment local
Nouvelles
technologies et
innovation
Retard technologique
et enjeux de souverai-
neté
Dépendance technolo-
gique externe et déficit
de compétences locales
Tournant stratégique
vers l’intelligence arti-
ficielle
Identité
culturelle
collective
Fragmentation identi-
taire et repli
Evolution vers une
identité plurielle ancrée
dans la mémoire et le
dialogue
Uniformisation cultu-
relle et appauvrisse-
ment du lien social
Démocratie et
citoyenneté
Renouveau démocra-
tique par une parti-
cipation citoyenne
élargie
Défaillance des ins-
titutions et réponses
associatives
Fragilisation de la
confiance dans les
institutions et déclin
civique
Gouvernance
locale et
organisation du
territoire
Réorganisation de
l’action publique et
recomposition du bloc
communal
Recentralisation et
fragilisation de la
confiance locale
Renforcement de
l’autonomie et conso-
lidation des capacités
décisionnelles locales
Redistribution des
compétences et gou-
vernance territoriale
Finances
publiques locales
Raréfaction des fi-
nances publiques
Réorientation des cibles
fiscales Décentralisation fiscale
Géopolitique et
coopérations
internationales
Recomposition mon-
diale et vulnérabilités
méditerranéennes
Perte de cohésion de
l’UE et isolement accru
de la Corse
Diplomatie environ-
nementale méditerra-
néenne
Rôle stratégique accru
de la Corse dans un
contexte sécuritaire
tendu
104Le deuxième tableau morphologique
ANNEXE 3
Changement
climatique et
environnement
Développement
humain
Dynamiques économiques,
fractures et continuités du
territoire
Connectivités
et mobilités
Dynamiques
institutionnelles
Micro-
scénario 1
Mal-adaptation et
vulnérabilités envi-
ronnementales
Croissance
démographique
et vulnérabilités
sociales
Aggravation des équilibres
territoriaux et de la pression
foncière dans une écono-
mie toujours portée par le
tourisme
Isolement et
dépendance
numérique et
technologique
Crise de confiance
et repli identitaire
Micro-
scénario 2
Résilience et
adaptation face
au changement
climatique
Recul démogra-
phique et adap-
tation du travail
Diversification économique
et décroissance du tourisme
dans un contexte de métro-
polisation institutionnalisée
Amélioration
technologique
et limites struc-
turelles
Autonomie ren-
forcée et identité
plurielle
Micro-
scénario 3
Vulnérabilité et
tensions face au
changement cli-
matique
Renforcement
des compé-
tences et muta-
tion productive
Planification, captation de
la rente foncière et reposi-
tionnement du tourisme
Souveraineté
technologique
et transition
numérique
Elargissement de
l’autonomie dans
un cadre de ten-
sions sécuritaires
Micro-
scénario 4
Croissance dé-
mographique et
développement
territorial
Métropolisation, valorisation
des espaces naturels et tran-
sition vers tourisme haut de
gamme
Affaiblissement
institutionnel et
fragmentation
sociale
Micro-
scénario 5
Attractivité du
territoire par la
cohésion, la santé
et l’innovation
Diversification écono-
mique dans le cadre d’une
planification stratégique et
d’une régulation foncière et
immobilière
Recomposition
des puissances
mondiales, re-
centralisation et
affaiblissement
identitaire
Micro-
scénario 6
Transformation
territoriale et
capital humain
105 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSELes micro-scénarios
ANNEXE 4
HYPOTHÈSE 1 HYPOTHÈSE 2 HYPOTHÈSE 3
Trajectoires
de réchauffement
Valeurs maximales de la tra-
jectoire de réchauffement
Valeurs minimales de la trajec-
toire de réchauffement
Valeurs médianes de la trajec-
toire de réchauffement
Bouleversement
de la biodiversité
Stabilité de l’état de biodiver-
sité
Accélération de l’érosion de la
biodiversité Dégradation de la biodiversité
Pressions
anthropiques sur les
ressources
Gestion planifiée des res-
sources
Contradiction croissante entre
pressions anthropiques et pro-
duction de normes environne-
mentales
Exploitation intensive des res-
sources et montée des conflits
Production et
disponibilité
des ressources
énergétiques
Energies renouvelables op-
timisées : production locale,
stockage, sobriété et efficacité
énergétiques
Mix énergétique renouvelable
et dépendance persistante aux
importations énergétiques non
renouvelables
Renforcement de la produc-
tion et de la consommation
d’énergies non renouvelables
Évolution
de l’agriculture
Déclin agricole dû au climat,
aux normes et à la concur-
rence
Une agriculture stable mais
fragile
Renforcement de la résilience
agricole et de la souveraineté
alimentaire
CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENT
Micro-scénario 1 Mal-adaptation et vulnérabilités environnementales
Micro-scénario 2 Résilience et adaptation face au changement climatique
Micro-scénario 3 Vulnérabilité et tensions face au changement climatique
Changement climatique et environnement
Enjeu 1
LES HYPOTHÈSES
LES MICRO-SCÉNARIOS
Trois micro-scénarios ont été élaborés pour cet enjeu.
106Micro-scénario 1 : Mal-adaptation et vulnérabilités environnementales
Micro-scénario 1 :
Mal-adaptation
et vulnérabilités
environnementales
Trajectoires de
réchauffement
Bouleversement
de la biodiversité
Pressions
anthropiques
sur les
ressources
Production et
disponibilité des
ressources énergétiques
Évolution de
l’agriculture
Valeurs maxi-
males de la
trajectoire de
réchauffement
Dégradation de la
biodiversité
Exploitation
intensive des
ressources et
montée des
conflits
Renforcement de la pro-
duction et de la consom-
mation d’énergies non
renouvelables
Déclin agri-
cole dû au
climat, aux
normes et à la
concurrence
À l’horizon 2050, la température moyenne mondiale
aura augmenté d’environ +2°C par rapport à la pé-
riode 1900-1930, et cette tendance devrait se pour-
suivre jusqu’à +3°C en 2100. En France, le réchauffe-
ment atteindrait environ +2,7°C en 2050 et pourrait
culminer à +4°C d’ici la fin du siècle. Les vagues de
chaleur deviendront nettement plus fréquentes et
plus intenses, avec jusqu’à 19 jours dépassant 35°C
et près de 111 nuits tropicales supérieures à 20°C.
Les précipitations annuelles, comprises entre 700 et
1750 mm, se concentreront sur quelques épisodes
intenses (4 à 6 jours de pluies remarquables), entre-
coupés de périodes prolongées de sécheresse pou-
vant atteindre 238 jours de sol sec. Cette aridification
progressive entraînera une augmentation significa-
tive du risque d’incendies, avec jusqu’à 60 jours par
an de sensibilité météorologique élevée.
L’augmentation des températures de l’eau de mer et
de l’eau douce entraînera une réduction significative
de la biodiversité, marquée par une mortalité accrue
de nombreuses espèces (peuplements coralligènes,
phytoplancton, etc.). Par ailleurs, l’élévation des tem-
pératures favorisera la prolifération d’espèces non in-
digènes à caractère invasif, telles que certaines mé-
duses, qui perturberont les équilibres écologiques
existants. Dans les milieux d’eau douce, la diminution
des débits moyens annuels et la précocité des étiages
modifieront profondément le comportement et le
cycle biologique des espèces sensibles, comme la
truite, dont une partie pourrait disparaître en raison
de conditions devenues défavorables. De plus, l’élé-
vation du niveau marin accentuera la mortalité des
herbiers de Posidonie, entraînant la perte d’habitats
essentiels pour de nombreuses espèces aquatiques.
Concernant la biodiversité terrestre, le dessèchement
progressif des milieux affectera particulièrement les
zones humides et les écosystèmes forestiers, rédui-
sant la croissance végétale et la fécondité de la flore.
Cette diminution de la production primaire limitera,
d’une part la ressource alimentaire disponible pour
la faune et augmentera, d’autre part le risque d’in-
cendie. La modification des conditions environne-
mentales privera ainsi certaines espèces de leurs mi-
lieux de développement optimaux, provoquant une
hausse de la mortalité. Une élévation des tempéra-
tures de 2 à 3°C entraînerait un déplacement en alti-
tude des étages de végétation, favorisant l’expansion
des étages méditerranéens au détriment de l’étage
alpin, dont la disparition menacerait de nombreuses
espèces endémiques.
La Corse maintient une mobilisation intensive de
ses ressources naturelles (eau, sites naturels, littoral),
entraînant congestion, pollution et multiplication
des conflits d’usage entre tourisme, agriculture, rési-
dents et environnementalistes. Cette surexploitation,
insuffisamment régulée, accentue les tensions terri-
toriales et environnementales, avec des risques sani-
taires et sociaux accrus. L’augmentation de la tem-
pérature des eaux favorise l’émergence de maladies
tropicales (bilharziose, cyanobactéries), tandis que la
baisse de la qualité de l’eau potable touche déjà des
dizaines de milliers de personnes. La « double peine »
(paiement des infrastructures et achat d’eau en bou-
teille) alimente un sentiment d’injustice sociale. Sans
régulation publique forte et gouvernance adaptée
(comité de bassin, SAGE, Projet de Territoire pour la
Gestion de l’Eau - PTGE, Agence de l’eau Corse), la si-
tuation risque de basculer vers une mal-adaptation,
où les solutions choisies (grands barrages, dessale-
ment, urbanisation mal maîtrisée) pérennisent, voire
aggravent, les déséquilibres existants.
La persistance de la dépendance aux énergies fos-
siles, accentuée par une demande énergétique
mondiale en constante croissance, pourrait conduire
à une augmentation de la production et de la
consommation d’énergie non renouvelable. Malgré
les efforts engagés en faveur de la transition énergé-
tique, les contraintes économiques, technologiques
ou géopolitiques pourraient freiner le déploiement
massif des énergies renouvelables. Bien que cela
pourrait permettre de répondre à court terme aux
besoins énergétiques des entreprises, des transports
et des ménages, cela se ferait au prix d’une augmen-
tation des émissions de gaz à effet de serre et d’une
pression accrue sur les ressources naturelles.
L’agriculture pourrait connaître un déclin significatif
de sa production et de sa viabilité économique en
raison de plusieurs facteurs : la crise climatique affec-
tant les rendements agricoles, la réduction des aides
de la PAC au profit de mesures environnementales,
la pression accrue des espèces invasives et des mala-
dies émergentes (comme le HLB ou la cicadelle afri-
caine), ainsi que la concurrence à la fois de produits
importés à bas coût ne respectant pas les normes sa-
nitaires et environnementales européennes et celle
des autres régions qui auront un climat plus propice
à certaines cultures.
107 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEMicro-scénario 2 : Résilience et adaptation face au changement climatique
Micro-scénario 2 :
Résilience et
adaptation face
au changement
climatique
Trajectoires de
réchauffement
Bouleversement
de la biodiversité
Pressions
anthropiques
sur les
ressources
Production et
disponibilité des
ressources énergétiques
Évolution de
l’agriculture
Valeurs mini-
males de la
trajectoire de
réchauffement
Stabilité de l’état
de biodiversité
Gestion planifiée
des ressources
Energies renouvelables
optimisées : production
locale, stockage, sobriété
et efficacité énergétiques
Renforcement
de la résilience
agricole et de
la souveraine-
té alimentaire
À l’horizon 2050, la température moyenne mondiale
devrait avoir augmenté d’environ +2°C par rapport
à la période 1900-1930, tandis qu’en France, le ré-
chauffement atteindrait environ +2,7°C, avant de se
poursuivre jusqu’à +4°C d’ici 2100. Cette élévation
s’accompagne d’une intensification des extrêmes
climatiques : les vagues de chaleur deviennent plus
fréquentes et plus longues, avec jusqu’à 6 jours par
an dépassant 35°C, notamment dans les régions mé-
ridionales, et plus de 80 nuits tropicales où la tempé-
rature nocturne demeure supérieure à 20°C. Le ré-
gime pluviométrique, compris entre 600 et 1350 mm
par an, se caractérise par une plus grande variabilité
interannuelle et une concentration accrue des préci-
pitations sur un nombre limité d’épisodes intenses,
entrecoupés de périodes prolongées de sécheresse
pouvant atteindre près de 192 jours. Cette aridifica-
tion saisonnière s’accompagne d’un risque accru
d’incendies, avec jusqu’à 40 jours par an présentant
une sensibilité météorologique élevée.
Malgré les évolutions climatiques et les pressions
exercées sur les milieux naturels, la biodiversité pour-
rait demeurer globalement stable à moyen terme,
grâce à la résilience des écosystèmes et aux me-
sures de gestion et de conservation mises en œuvre.
Dans les milieux aquatiques et côtiers, certaines es-
pèces pourraient s’adapter progressivement aux
nouvelles conditions thermiques ou hydrologiques,
limitant ainsi les pertes de diversité. De même, les
programmes de restauration écologique et les aires
protégées contribueraient à maintenir la fonction-
nalité des habitats et à préserver les principales com-
munautés biologiques. En milieu terrestre, bien que
des variations locales de composition spécifique
puissent survenir, les équilibres globaux entre habi-
tats et espèces seraient préservés grâce à la plasticité
écologique de nombreuses espèces et à la diversité
des paysages.
Face à ces changements, les autorités locales
adoptent une gestion rigoureuse et planifiée des
ressources, reposant sur des politiques de préserva-
tion environnementale et une régulation stricte des
usages. Cette approche s’appuie sur une anticipation
des effets du bouleversement climatique (allonge-
ment de l’étiage estival, hausse de la température
des cours d’eau, risques sanitaires comme la bilhar-
ziose ou la prolifération du moustique tigre) et sur la
prévention des tensions sociales et économiques.
Une telle gouvernance suppose un changement de
paradigme (sobriété vs stockage), une réduction des
pertes dans les réseaux (50% de fuite aujourd’hui),
l’optimisation de l’usage agricole (50% de la ressource
mobilisée), et l’accompagnement des acteurs (agri-
culteurs, professionnels du tourisme, collectivités)
vers des pratiques adaptées : micro-aspersion, réuti-
lisation des eaux usées traitées, retenues collinaires,
bâches souples, bassines, piscines dimensionnées et
alimentées en hiver. Cette stratégie permet de mieux
répartir la ressource, de préserver la qualité de l’eau
potable (aujourd’hui compromise pour 30 000 à 40
000 habitants de l’intérieur) et de concilier dévelop-
pement économique, attractivité touristique et pré-
servation des écosystèmes insulaires.
La transition énergétique s’inscrit dans la même lo-
gique d’adaptation et de résilience. L’augmentation
de la part des énergies renouvelables est rendue
possible par le déploiement de systèmes de stoc-
kage performants, capables de valoriser l’énergie
excédentaire produite par les installations photovol-
taïques, éoliennes et hydrauliques. Ces innovations
favorisent l’émergence de micro-réseaux décentra-
lisés et d’îlots énergétiques autonomes, réduisant la
dépendance aux énergies fossiles. Parallèlement, la
sobriété et l’efficacité énergétique deviennent des le-
viers majeurs pour maîtriser la demande : améliora-
tion de l’isolation thermique des bâtiments, rempla-
cement des menuiseries, optimisation des matériaux
et intégration de technologies de gestion intelligente
des consommations. Ces dispositifs visent à réduire
le recours à la climatisation et au chauffage tout en
maintenant un confort thermique acceptable. Dans
le secteur des transports, la diminution de la disponi-
bilité des ressources fossiles accélère la diffusion des
véhicules électriques et à hydrogène, ce qui renforce
la nécessité de développer des capacités supplé-
mentaires de production et de stockage d’électricité.
Enfin, le secteur agricole joue un rôle essentiel dans
la résilience globale du territoire. La souveraineté
alimentaire se consolide grâce à la diversification
des productions, à l’introduction de cultures plus
résistantes à la chaleur et au stress hydrique, à la re-
cherche agronomique et à l’innovation technique.
L’essor de nouvelles filières, la structuration des mar-
chés locaux et le développement de cultures en alti-
tude ou d’exploitations de type fruitier de montagne
constituent autant de réponses à la variabilité clima-
tique. Ces transformations, portées par une approche
intégrée de la gestion des ressources et par un ren-
forcement de la coopération entre acteurs, contri-
buent à accroître la résilience des systèmes agricoles
et à garantir une sécurité alimentaire durable.
108Micro-scénario 3 : Vulnérabilité et tensions face au changement climatique
Micro-scénario 3 :
Vulnérabilité et
tensions face
au changement
climatique
Trajectoires de
réchauffement
Bouleversement
de la biodiversité
Pressions
anthropiques
sur les
ressources
Production et
disponibilité des
ressources énergétiques
Évolution de
l’agriculture
Valeurs mé-
dianes de la
trajectoire de
réchauffement
Accélération de
l’érosion de la
biodiversité
Contradiction
croissante
entre pressions
anthropiques et
production de
normes environ-
nementales
Mix énergétique renou-
velable et dépendance
persistante aux importa-
tions énergétiques non
renouvelables
Une agricultu-
re stable mais
fragile
À l’horizon 2050, la température moyenne mondiale
aura augmenté d’environ +2°C par rapport à la pé-
riode 1900-1930, et cette tendance devrait se pour-
suivre jusqu’à +3°C en 2100. En France, le réchauffe-
ment atteindrait environ +2,7°C en 2050 et pourrait
culminer à +4°C d’ici la fin du siècle. Les vagues de
chaleur deviendront nettement plus fréquentes et
plus intenses, avec jusqu’à 11 jours dépassant 35°C et
près de 100 nuits tropicales supérieures à 20°C. Les
précipitations annuelles, comprises entre 640 et 1500
mm, se concentreront sur quelques épisodes in-
tenses (3 à 4 jours de pluies remarquables), entrecou-
pés de périodes prolongées de sécheresse pouvant
atteindre 216 jours de sol sec. Cette aridification pro-
gressive entraînera une augmentation significative
du risque d’incendies, avec jusqu’à 49 jours par an de
sensibilité météorologique élevée.
Les changements climatiques et les modifications
progressives des conditions environnementales
pourraient accentuer certaines pressions sur la biodi-
versité, sans pour autant entraîner une dégradation
généralisée des écosystèmes. Dans les milieux aqua-
tiques, la hausse des températures et la variation des
débits pourraient modifier la répartition et la dyna-
mique de quelques populations sensibles, notam-
ment en eau douce ou côtière. Certaines espèces
opportunistes ou non indigènes pourraient profiter
de ces nouvelles conditions, modifiant localement les
équilibres écologiques. En milieu terrestre, l’assèche-
ment progressif de certains habitats et la fréquence
accrue des épisodes de sécheresse pourraient ré-
duire la vitalité de certaines formations végétales, af-
fectant indirectement les espèces qui en dépendent.
Ces évolutions se traduiraient par une dégradation
modérée mais continue de la diversité biologique,
affectant surtout les écosystèmes les plus sensibles.
Le modèle de développement économique corse,
fondé sur une forte consommation des ressources
naturelles (urbanisation littorale, tourisme intensif,
agriculture irriguée) entre de plus en plus en contra-
diction avec les normes nationales et européennes
relatives à la préservation de l’eau et de l’environne-
ment. Cette contradiction se manifeste par un retard
infrastructurel (assainissement, traitement des eaux
de surface, rendement des réseaux), une absence
de maîtrise de la ressource (forte évapotranspiration,
pressions agricoles et touristiques) et une qualité de
l’eau dégradée (intrusions salines, pesticides, subs-
tances dangereuses, PFAS, cyanobactéries).
Ces défaillances sont accentuées par le changement
climatique (perte de 30 % du débit des cours d’eau
en 40 ans, réchauffement accéléré des rivières en-
traînant la disparition d’espèces) et fragilisent la via-
bilité du modèle actuel. Faute d’anticipation et d’al-
ternative durable clairement définie, ce décalage
crée des tensions sociales et territoriales, remet en
cause l’avenir agricole et touristique de l’île et accroît
la dépendance à des solutions coûteuses ou inadap-
tées (comme le dessalement de la mer entraînant
une surconsommation d’énergie, un coût élevé et
des problèmes environnementaux avec des rejets
ou la construction de grands barrages, trop long à
construire avec un coût élevé et des risques d’évapo-
ration et de présence de cyanobactéries).
Sur le plan énergétique, bien que le mix se diversi-
fie progressivement vers les renouvelables, la dépen-
dance demeure forte vis-à-vis des importations, tant
pour les carburants fossiles que pour les composants
technologiques nécessaires à la production d’éner-
gie solaire ou éolienne. Cette vulnérabilité expose le
territoire à des risques d’approvisionnement, notam-
ment en cas de crises géopolitiques ou de perturba-
tions des chaînes logistiques internationales. L’objec-
tif d’autonomie énergétique reste donc partiel, limité
par la taille du marché et la capacité de stockage en-
core insuffisante.
Sur la plan agricole, certaines filières dynamiques,
comme la clémentine ou le vin, bénéficient de la -
bels qui renforcent leur valorisation. La clémentine,
très compétitive et disposant de nombreux débou-
chés devra s’adapter pour maintenir, voire accroître,
son niveau de production. La filière vin, quant à elle,
rencontre davantage de difficultés à l’export et reste
fortement dépendante du tourisme, tout comme la
charcuterie, ce qui fragilise l’équilibre en cas de recul
de la fréquentation. Dans une logique de marché
tournée vers l’exportation des productions à forte
valeur ajoutée, les labels évoluent vers plus de sou-
plesse pour soutenir la valorisation de ces filières.
Cependant la transmission pourrait devenir plus
complexe dans le cas des grandes exploitations et la
concurrence d’autres régions disposant d’un climat
plus favorable représentera un défi supplémentaire.
109 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSERÉSUMÉ DES MICRO-SCÉNARIOS
Trajectoires de
réchauffement
Bouleversement
de la biodiversité
Pressions
anthropiques
sur les
ressources
Production et
disponibilité des
ressources énergétiques
Évolution de
l’agriculture
Micro-scénario 1 :
Mal-adaptation
et vulnérabilités
environnementales
Valeurs maxi-
males de la
trajectoire de
réchauffement
Dégradation de la
biodiversité
Exploitation
intensive des
ressources et
montée des
conflits
Renforcement de la pro-
duction et de la consom-
mation d’énergies non
renouvelables
Déclin agricole
dû au climat,
aux normes et
à la concur-
rence
Micro-scénario 2 :
Résilience et
adaptation face
au changement
climatique
Valeurs mini-
males de la
trajectoire de
réchauffement
Stabilité de l'état
de biodiversité
Gestion planifiée
des ressources
Energies renouvelables
optimisées : production
locale, stockage, sobriété
et efficacité énergétiques
Renforcement
de la résilience
agricole et de
la souveraine-
té alimentaire
Micro-scénario 3 :
Vulnérabilité et
tensions face
au changement
climatique
Valeurs mé-
dianes de la
trajectoire de
réchauffement
Accélération de
l’érosion de la
biodiversité
Contradiction
croissante
entre pressions
anthropiques et
production de
normes environ-
nementales
Mix énergétique renou-
velable et dépendance
persistante aux importa-
tions énergétiques non
renouvelables
Une agricultu-
re stable mais
fragile
110HYPOTHÈSE 1 HYPOTHÈSE 2 HYPOTHÈSE 3 HYPOTHÈSE 4
Dynamiques
migratoires extra-
insulaires
Flux d’entrées élevés
avec des arrivants peu
qualifiés et des refugiés
Faible nombre d’arri-
vants
Nombre d’arrivants plus
faible mais avec des
profils plus qualifiés par
des politiques d’attracti-
vité ciblées
Arrivées importantes
issues de régions
françaises et retour de
la diaspora
Evolutions socio-
démographiques
Déclin démographique
et pressions sur les
systèmes sociaux
Vieillissement accéléré
et fragilisation du mar-
ché du travail
Croissance démogra-
phique portée par la
natalité et les migra-
tions
Etat de santé de la
population
Prévention et coor-
dination renforcées
du système de santé
autour d’un CHU
Défis structurels et
organisationnels d’un
CHU insulaire
Vieillissement, maladies
chroniques et accès
inégal aux soins
Modes de vie
et pratiques de
consommation
Consommation
standardisée et dé-
pendance accrue aux
importations
Frugalité et réappro-
priation productive du
territoire
Consommation
contrainte par le
pouvoir d’achat et dé-
pendance à la grande
distribution
Cohésion sociale et
inégalités
Hausse générale de la
pauvreté
Des inégalités encore
fortes mais atténuées
par des actions locales
de solidarité
Réduction de la pauvre-
té par l’action publique
forte et concertée
Développement de
l’écosystème de
formation
Manque d’attractivité
et fuite des talents
Anticipation des
besoins et économie
fondée sur la connais-
sance
Masse critique de capi-
tal humain et dévelop-
pement territorial
Dynamiques de
l’emploi
Transformation de
l’emploi par la techno-
logie et le télétravail
Tensions sur le marché
du travail et adaptation
par la formation et les
organisations
Recomposition de l’em-
ploi et précarité
Développement humain
LES HYPOTHÈSES
LES MICRO-SCÉNARIOS
Six micro-scénarios ont été élaborés pour cet enjeu.
Enjeu 2
DÉVELOPPEMENT HUMAIN
Micro-scénario 1 Croissance démographique et vulnérabilités sociales
Micro-scénario 2 Recul démographique et adaptation du travail
Micro-scénario 3 Renforcement des compétences et mutation productive
Micro-scénario 4 Croissance démographique et développement territorial
Micro-scénario 5 Attractivité du territoire par la cohésion, la santé et l’innovation
Micro-scénario 6 Transformation territoriale et capital humain
111 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEMicro-scénario 1 : Croissance démographique et vulnérabilités sociales
La Corse connaît une hausse importante de la popu-
lation autour de 420 000 personnes liée à des gains
élevés en espérance de vie, à l’arrivée de populations
extérieures et à une augmentation de la natalité (1,6
enfant par femme). La redynamisation démogra-
phique par la natalité et la jeunesse est due à une
combinaison de leviers tels que l’accès au logement
abordable, le développement du travail à distance
dans les zones rurales et une politique active de re-
construction du lien social, visant à favoriser l’accultu-
ration et l’émergence d’un projet commun de socié-
té. Cependant, les territoires ne connaissent pas une
évolution homogène : la croissance démographique
se concentre principalement dans les centres urbains
et littoraux, où la natalité est plus élevée et l’attractivi-
té économique renforcée, tandis que l’intérieur de l’île
et les zones rurales continuent de se dépeupler et de
vieillir, accentuant les disparités territoriales.
Le solde migratoire est relativement élevé (+4000 par
an) témoignant d’un flux d’entrées important. Parmi
ces nouveaux arrivants figurent des travailleurs peu
qualifiés, souvent employés dans le secteur agricole.
L’île accueille également, de façon transitoire, des réfu-
giés climatiques ou politiques fuyant des conditions de
vie devenues intenables.
La création d’un CHU en Corse marque un progrès à
la fois symbolique et structurel. Ce projet, soutenu par
une mobilisation nationale et régionale forte, vise à ré-
duire la dépendance aux soins hors de l’île et à renforcer
l’attractivité médicale. Cependant, sans une réorganisa-
tion et une coordination plus large du système régio-
nal, le CHU risquerait de produire des effets limités. Son
impact dépend de la capacité du territoire à structurer
un écosystème médical et universitaire dynamique,
condition nécessaire pour attirer et retenir des prati-
ciens expérimentés. L’offre de soins resterait par ailleurs
fragmentée si les acteurs locaux poursuivaient leurs
actions de manière isolée, sans outils partagés ni coor-
dination territoriale effective. Des progrès notables sont
enregistrés : quadrillage du territoire par des maisons
de santé pluridisciplinaires, développement de la pré-
vention et éducation à la santé dès l’école, qui contri-
buent à réduire les effets de la sédentarité et des dé-
séquilibres alimentaires. Malgré ces avancées, l’état de
santé global demeure préoccupant. Les maladies phy-
siques et psychiques tendent à s’aggraver, l’augmenta-
tion de l’espérance de vie accentue la dépendance et
la progression du nombre de médecins ne compense
que partiellement les départs à la retraite. Les tensions
sur l’offre de soins persistent, particulièrement lors des
pics de fréquentation touristique. Le CHU représente
une opportunité de transformation systémique, mais
aussi un défi financier et organisationnel dans un
contexte de raréfaction des ressources publiques.
La consommation reste largement tournée vers la
grande distribution : d’une part du fait de l’harmoni-
sation de ses pratiques de consommation et, d’autre
part par des politiques de compétitivité-prix permises
par des rendements d’échelle. Bien que moins chère
que la production locale, la grande distribution main-
tient des prix élevés par rapport au pouvoir d’achat de
la population. Les prix plus élevés des produits locaux
freinent le recours aux circuits courts et à l’approvision-
nement de proximité et limitent le développement
d’une production insulaire compétitive.
La pauvreté progresse en raison de la hausse du coût
de la vie et de la faiblesse des revenus. Une part crois-
sante de la population, y compris parmi les travailleurs,
peine à couvrir ses besoins essentiels, tandis que les re-
traités modestes et les familles et en particulier les en-
fants voient leur situation se dégrader. Cette évolution
traduit une fragilisation générale du tissu social, mar-
quée par le recul du pouvoir d’achat et le creusement
des écarts entre les classes sociales. À terme, la persis-
tance de niveaux de pauvreté élevés risque d’alimenter
un sentiment de déclassement collectif et de renforcer
les tensions sociales et générationnelles.
L’offre de formation en Corse peine à gagner en at-
tractivité, ce qui entraîne une accentuation de la fuite
des talents, en particulier parmi les meilleurs bache-
liers. Cette dynamique prive le territoire d’une partie
de son capital humain le plus qualifié et contribue à
fragiliser ses perspectives de développement écono-
mique. Le départ massif des étudiants vers des pôles
universitaires extérieurs limite la capacité de la Corse à
constituer une masse critique de diplômés sur place,
affaiblit le renouvellement des élites locales et accentue
la dépendance vis-à-vis des compétences importées.
À terme, cette situation risque de creuser davantage
l’écart entre l’île et les grands centres de formation et
de freiner l’émergence d’un modèle économique fon-
dé sur la connaissance et l’innovation.
La raréfaction des ressources publiques entraîne une
diminution de l’emploi public, quantitativement im-
portant dans l’économie corse. Cette évolution a en-
gendré des situations de précarité et de sous-emploi.
Les travailleurs se sont en grande partie redéployés
dans d’autres secteurs eux-mêmes en tension (aide
à la personne, bâtiment,…). Toutefois, ces emplois de-
meurent moins stables et moins rémunérateurs, ne
compensant qu’en partie le recul du secteur public.
Micro-
scénario 1 :
Croissance
démographique
et
vulnérabilités
sociales
Dynamiques
migratoires
extra-
insulaires
Evolutions
socio-
démographiques
Etat de
santé de la
population
Modes de vie
et pratiques de
consommation
Cohésion
sociale et
inégalités
Développement
de l’écosystème
de formation
Dynamiques
de l’emploi
Flux d’en-
trées élevés
avec des ar-
rivants peu
qualifiés et
des refugiés
Croissance
démographique
portée par la
natalité et les
migrations
Défis
structurels
et organi-
sationnels
d’un CHU
insulaire
Consomma-
tion contrainte
par le pouvoir
d’achat et
dépendance
à la grande
distribution
Hausse
générale
de la
pauvreté
Manque d’at-
tractivité et fuite
des talents
Recompo-
sition de
l’emploi et
précarité
112Micro-scénario 2 : Recul démographique et adaptation du travail
La Corse enregistre une baisse de la population au-
tour des 325 000 personnes. Cela est dû à une baisse
de la natalité (environ 1,19 enfant par femme) ac-
compagnée de faibles gains en espérance de vie
entraînant des impacts importants : pénuries de
main-d’œuvre, problématique des systèmes publics
de santé et de retraites. Le solde migratoire est rela-
tivement faible (+2000 par an), avec peu de départs
et d’arrivées. On observe une diminution des arrivées
de continentaux, liée à la baisse des migrations rési-
dentielles, en partie imputable aux conditions clima-
tiques sur l’île.
Certaines maladies tendent à s’accentuer, tandis que
l’allongement, même relativement faible, de l’espé-
rance de vie entraîne une hausse des pathologies liées
à l’âge. Dans le même temps, les inégalités sociales
et territoriales continuent de conditionner l’accès aux
soins, l’exposition aux maladies et les comportements
alimentaires. Les effets du changement climatique
risquent d’altérer la santé physique et mentale de la
population, particulièrement chez les plus jeunes. En
l’absence de CHU et face à des besoins croissants, l’état
de santé de la population se dégrade, en particulier
chez les personnes les plus précaires. Ce phénomène
est aggravé par les difficultés d’accès aux soins, tant in -
tra qu’interrégionales et par les privations sociales qui
engendrent des situations de renoncement. L’arrivée,
même relativement faible, de nouvelles populations et
la fréquentation touristique exercent une pression sup-
plémentaire sur un système de santé sous-dimension-
né. Le vieillissement, conjugué aux départs massifs à la
retraite des médecins, accroît la dépendance et limite
l’accès aux soins. De plus, les comportements liés à la
sédentarité et aux mauvaises habitudes alimentaires
renforcent la prévalence de maladies chroniques telles
que l’obésité, le diabète et les pathologies cardiovascu-
laires. Les infrastructures hospitalières et médico-so-
ciales (EHPAD, hôpitaux, maisons de santé) restent in-
suffisantes, faute de financements et d’aboutissement
des projets structurants tels que le CHU ou la création
de l’hôpital de Bastia. La Corse connaît une dégradation
progressive de l’état de santé de sa population, mar-
quée par des inégalités territoriales accrues entre zones
urbaines saturées et zones rurales sous-équipées. A
terme, l’île s’expose au risque d’un véritable décrochage
sanitaire si aucune réforme structurelle n’est engagée.
Les modes de vie continuent de reposer majoritaire-
ment sur une économie de consommation davantage
que de production, caractérisée par une forte standar-
disation des pratiques : recours accru à l’e-commerce,
dépendance aux importations, déclin du commerce
de proximité et uniformisation de l’offre.
Ce modèle, déjà bien ancré, tend à se renforcer, tan-
dis que les initiatives visant à promouvoir des alterna-
tives locales ou durables peinent à s’imposer, révélant
une résistance au changement de ces habitudes de
consommation. Par ailleurs, ces modes de vie ren-
forcent le retard de plus en plus important dans la va-
lorisation, le tri et le traitement des déchets avec une
hausse de la production des déchets nécessitant leur
exportation sur le continent.
Même si la pauvreté reste une réalité en Corse, notam-
ment à cause du coût de la vie et de la faiblesse des
revenus, des signes d’amélioration apparaissent. Les
actions menées pour améliorer l’accès au logement,
à l’emploi ou aux soins, ainsi que les initiatives locales
de solidarité, contribuent peu à peu à réduire les iné-
galités et à renforcer la cohésion sociale. Ces évolutions
montrent que le territoire dispose de ressources et
d’une capacité d’adaptation face aux difficultés écono -
miques.
L’offre de formation peine à gagner en attractivité, ce
qui entraîne une accentuation de la fuite des talents,
en particulier parmi les meilleurs bacheliers. Cette dy-
namique prive le territoire d’une partie de son capital
humain le plus qualifié et contribue à fragiliser ses pers -
pectives de développement économique. Le départ
massif des étudiants vers des pôles universitaires ex-
térieurs limite la capacité de la Corse à constituer une
masse critique de diplômés sur place, affaiblit le renou-
vellement des élites locales et accentue la dépendance
vis-à-vis des compétences importées. À terme, cette
situation risque de creuser davantage l’écart entre l’île
et les grands centres de formation et de freiner l’émer-
gence d’un modèle économique fondé sur la connais-
sance et l’innovation.
Certains secteurs connaissent une demande crois-
sante en emplois mais peinent à recruter en raison
du manque de main-d’œuvre qualifiée et d’une offre
de formation insuffisante. Le vieillissement de la po-
pulation accentue ces tensions avec une réduction
de la part d’actifs disponibles. Près d’un tiers des actifs
actuels en Corse cesseront leur activité d’ici 2030. Des
transformations organisationnelles sont nécessaires
pour faire face à cette raréfaction des ressources hu-
maines. Pour pallier ce manque de main-d’œuvre,
deux solutions sont exploitées. D’une part, l’adaptation
de l’offre de formation pour mieux correspondre aux
besoins du marché du travail et d’autre part, le recours
à l’automatisation, à la digitalisation. La réorganisation
des processus de travail passe par la polyvalence des sa-
lariés et l’optimisation des ressources disponibles.
Micro-
scénario 2 :
Recul
démographique
et adaptation
du travail
Dynamiques
migratoires
extra-
insulaires
Evolutions
socio-
démographiques
Etat de
santé de la
population
Modes de vie
et pratiques de
consommation
Cohésion
sociale et
inégalités
Développement
de l’écosystème
de formation
Dynamiques
de l’emploi
Faible
nombre
d’arrivants
Déclin démo-
graphique et
pressions sur les
systèmes sociaux
Vieillis-
sement,
maladies
chro-
niques
et accès
inégal aux
soins
Consommation
standardisée et
dépendance
accrue aux
importations
Des
inégalités
encore
fortes mais
atténuées
par des
actions
locales de
solidarité
Manque d’at-
tractivité et fuite
des talents
Tensions sur
le marché
du travail
et adapta-
tion par la
formation et
les organi-
sations
113 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEMicro-scénario 3 : Renforcement des compétences et mutation productive
La Corse connaît une légère hausse de la population
autour de 370 000 personnes liée à des gains en es-
pérance de vie et à l’arrivée de populations extérieures.
La natalité continue de diminuer et la population est
de plus en plus vieillissante, ce qui a des impacts im-
portants sur l’emploi. Le solde migratoire annuel est
relativement modéré (environ 2 500 personnes). Les
politiques de développement économique, en favori-
sant l’implantation ou le dynamisme de certaines ac-
tivités, contribuent à attirer des travailleurs qualifiés et
au retour d’une partie de la diaspora.
Le vieillissement de la population, l’accentuation de
certaines maladies et les inégalités sociales et territo-
riales, aggravées par les effets du changement clima-
tique, risquent de fragiliser l’état de santé en Corse.
Face à ces défis, une transformation profonde du sys-
tème de soins pourrait s’opérer, marquée par un pas-
sage du curatif vers le prédictif et le préventif, grâce
notamment à l’intelligence artificielle et à un renfor-
cement de l’autonomie des individus. Cette transfor-
mation s’accompagne d’une politique ambitieuse de
prévention, structurée autour d’un plan régional de
santé reposant sur trois piliers (la santé publique, la
santé environnementale et la santé au travail) et d’un
CHU en lien avec les territoires de proximité. Cette
évolution suppose une modernisation ambitieuse de
son système de santé : création d’un CHU, construc-
tion d’un nouvel hôpital à Bastia, développement de
nouvelles infrastructures et professionnalisation ac-
crue de l’organisation médicale et administrative. Elle
implique également de réduire les inégalités d’accès
aux soins, de repenser la prise en charge des troubles
psychiques et d’organiser l’offre autour de parcours
coordonnés et personnalisés. L’un des basculements
majeurs pourrait venir d’un changement de logique
dans l’organisation des soins. Il ne s’agirait plus d’ad-
ditionner les offres ou de les mettre en concurrence,
mais de favoriser la coordination entre professionnels,
la transparence dans les échanges d’informations et
l’élaboration de parcours de santé personnalisés. Cette
approche requiert la mise en place d’outils partagés,
de dispositifs de coordination efficaces et d’un pilotage
centré sur les besoins réels des patients. Ces évolu-
tions renforceraient l’attractivité de l’île pour les jeunes
médecins, stabilisant ainsi les effectifs, tout en plaçant
la prévention au cœur des politiques éducatives am-
bitieuses qui permettraient de réduire durablement
l’obésité et les maladies liées à la sédentarité. Les nou-
velles technologies, notamment dans le domaine du
dépistage biologique et génétique, permettraient un
suivi individualisé et précoce des risques sanitaires.
Grâce à cette structuration et à ces innovations, la
Corse parviendrait à absorber la pression démogra-
phique et touristique sur les systèmes de santé, tout
en maintenant, voire en améliorant, les indicateurs
de santé de sa population. Une politique de prise en
charge des personnes âgées est également mise en
place, visant à développer des structures d’accueil col-
lectif et à favoriser le maintien à domicile.
Face au changement climatique et à la fragilité du
modèle fondé sur l’importation, la Corse évolue vers
un mode de vie plus frugal et local. Les circuits courts
et les filières locales, offrant des produits de qualité
à des prix raisonnables, deviendraient des piliers de
cette transition. Cette dynamique renforce la souve-
raineté alimentaire et encourage une réappropria-
tion productive du territoire, notamment autour de
pôles agricoles et artisanaux. Pour durer, elle nécessite
une politique volontariste rendant les produits locaux
moins chers et accessibles à tous.
Même si la pauvreté reste une réalité en Corse, notam-
ment à cause du coût de la vie et de la faiblesse des
revenus, des signes d’amélioration apparaissent. Les
actions menées pour améliorer l’accès au logement, à
l’emploi ou aux soins, ainsi que les initiatives locales de
solidarité, contribuent peu à peu à réduire les inéga-
lités et à renforcer la cohésion sociale. Ces évolutions
montrent que le territoire dispose de ressources et
d’une capacité d’adaptation face aux difficultés écono-
miques.
Les formations en Corse parviennent à anticiper les
besoins futurs, en particulier dans les domaines de
l’intelligence artificielle, de la robotique et des com-
pétences pluridisciplinaires. Le territoire amorce une
transition vers une économie de la connaissance,
moins vulnérable aux aléas externes. S’adapter uni-
quement aux besoins actuels des entreprises, centrés
sur des secteurs traditionnels comme le tourisme et
l’hôtellerie, reviendrait à répondre à court terme, sans
préparer l’avenir. Or, le tourisme, pilier économique de
l’île, est particulièrement exposé aux effets du chan-
gement climatique et pourrait connaître un déclin
structurel. Miser sur l’innovation et sur des compé-
tences de demain permettrait non seulement de di-
versifier l’économie, mais également de renforcer son
attractivité auprès des étudiants corses et extérieurs.
La formation deviendrait alors un moteur central de
la transition vers un modèle économique durable et
compétitif.
Micro-
scénario 3 :
Renforcement
des
compétences
et mutation
productive
Dynamiques
migratoires
extra-
insulaires
Evolutions
socio-
démographiques
Etat de
santé de la
population
Modes de vie
et pratiques de
consommation
Cohésion
sociale et
inégalités
Développement
de l’écosystème
de formation
Dynamiques
de l’emploi
Nombre
d’arrivants
plus faible
mais avec
des profils
plus quali-
fiés par des
politiques
d’attractivité
ciblées
Vieillissement
accéléré et fragi-
lisation du mar-
ché du travail
Prévention
et coor-
dination
renfor-
cées du
système
de santé
autour
d’un CHU
Frugalité et
réappropriation
productive du
territoire
Des
inégalités
encore
fortes
mais at-
ténuées
par des
actions
locales
de soli-
darité
Anticipation
des besoins
et économie
fondée sur la
connaissance
Tensions sur
le marché
du travail
et adapta-
tion par la
formation et
les organisa-
tions
114Micro-scénario 4 : Croissance démographique et développement territorial
La Corse connaît une hausse importante de la po-
pulation autour de 420 000 personnes liée à des
gains élevés en espérance de vie, à l’arrivée de po-
pulations extérieures et à une augmentation de la
natalité (1,6 enfant par femme). La redynamisation
démographique par la natalité et la jeunesse est
due à une combinaison de leviers tels que l’accès
au logement abordable, le développement du tra-
vail à distance dans les zones rurales, et une poli-
tique active de reconstruction du lien social, visant
à favoriser l’acculturation et l’émergence d’un pro-
jet commun de société. Cependant, les territoires
ne connaissent pas une évolution homogène : la
croissance démographique se concentre principa-
lement dans les centres urbains et littoraux, où la
natalité est plus élevée et l’attractivité économique
renforcée, tandis que l’intérieur de l’île et les zones
rurales continuent de se dépeupler et de vieillir, ac-
centuant les disparités territoriales. La Corse pré-
sente un solde migratoire positif d’environ 3 000 à
4 000 personnes. On observe à la fois une hausse
des migrations résidentielles issues de régions fran-
çaises et le retour d’une partie de la diaspora, avec
des niveaux de qualification hétérogènes (à la fois
des personnes qualifiées et peu qualifiées) pouvant
engendrer des tensions identitaires.
Le vieillissement de la population, l’accentuation de
certaines maladies et les inégalités sociales et territo-
riales, aggravées par les effets du changement clima-
tique, risquent de fragiliser l’état de santé en Corse.
Face à ces défis, une transformation profonde du sys-
tème de soins pourrait s’opérer, marquée par un pas-
sage du curatif vers le prédictif et le préventif, grâce
notamment à l’intelligence artificielle et à un renfor-
cement de l’autonomie des individus. Cette transfor-
mation s’accompagne d’une politique ambitieuse de
prévention, structurée autour d’un plan régional de
santé reposant sur trois piliers (la santé publique, la
santé environnementale et la santé au travail) et d’un
CHU en lien avec les territoires de proximité. Cette
évolution suppose une modernisation ambitieuse de
son système de santé : création d’un CHU, construc-
tion d’un nouvel hôpital à Bastia, développement
de nouvelles infrastructures et professionnalisation
accrue de l’organisation médicale et administrative.
Elle implique également de réduire les inégalités
d’accès aux soins, de repenser la prise en charge des
troubles psychiques et d’organiser l’offre autour de
parcours coordonnés et personnalisés. L’un des bas-
culements majeurs pourrait venir d’un changement
de logique dans l’organisation des soins. Il ne s’agi-
rait plus d’additionner les offres ou de les mettre en
concurrence, mais de favoriser la coordination entre
professionnels, la transparence dans les échanges
d’informations et l’élaboration de parcours de santé
personnalisés. Cette approche requiert la mise en
place d’outils partagés, de dispositifs de coordina-
tion efficaces et d’un pilotage centré sur les besoins
réels des patients. Ces évolutions renforceraient l’at-
tractivité de l’île pour les jeunes médecins, stabili-
sant ainsi les effectifs, tout en plaçant la prévention
au cœur des politiques éducatives ambitieuses qui
permettraient de réduire durablement l’obésité et
les maladies liées à la sédentarité. Les nouvelles tech-
nologies, notamment dans le domaine du dépistage
biologique et génétique, permettraient un suivi in-
dividualisé et précoce des risques sanitaires. Grâce à
cette structuration et à ces innovations, la Corse par-
viendrait à absorber la pression démographique et
touristique sur les systèmes de santé, tout en main-
tenant, voire en améliorant, les indicateurs de santé
de sa population. Une politique de prise en charge
des personnes âgées est également mise en place,
visant à développer des structures d’accueil collectif
et à favoriser le maintien à domicile.
Les modes de vie continuent de reposer majoritai-
rement sur une économie de consommation da-
vantage que de production, caractérisée par une
Micro-
scénario 4 :
Croissance
démographique
et
développement
territorial
Dynamiques
migratoires
extra-
insulaires
Evolutions
socio-
démographiques
Etat de
santé de la
population
Modes de vie
et pratiques de
consommation
Cohésion
sociale et
inégalités
Développement
de l’écosystème
de formation
Dynamiques
de l’emploi
Arrivées
importantes
issues de
régions
françaises et
retour de la
diaspora
Croissance
démographique
portée par la
natalité et les
migrations
Prévention
et coor-
dination
renfor-
cées du
système
de santé
autour
d’un CHU
Consommation
standardisée et
dépendance
accrue aux
importations
Réduc-
tion de la
pauvre-
té par
l’action
publique
forte et
concer-
tée
Masse critique
de capital
humain et
développement
territorial
Transfor-
mation de
l’emploi par
la techno-
logie et le
télétravail
Certains secteurs connaissent une demande crois-
sante en emplois mais peinent à recruter en raison du
manque de main-d’œuvre qualifiée et d’une offre de
formation insuffisante sur le territoire. Le vieillissement
de la population accentue ces tensions avec une ré-
duction de la part d’actifs disponibles. Près d’un tiers
des actifs actuels en Corse cesseront leur activité d’ici
2030. Des transformations organisationnelles sont
nécessaires pour faire face à cette raréfaction des res-
sources humaines. Pour pallier ce manque de main
d’œuvre, deux solutions sont exploitées. D’une part,
l’adaptation de l’offre de formation pour mieux cor-
respondre aux besoins du marché du travail et d’autre
part, le recours à l’automatisation, à la digitalisation. La
réorganisation des processus de travail passe par po-
lyvalence des salariés et l’optimisation des ressources
disponibles.
115 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEMicro-scénario 5 : Attractivité du territoire par la cohésion, la santé et l’innovation
Micro-
scénario 5 :
Attractivité
du territoire
par la
cohésion,
la santé et
l’innovation
Dynamiques
migratoires
extra-
insulaires
Evolutions
socio-
démographiques
Etat de
santé de la
population
Modes de vie
et pratiques de
consommation
Cohésion
sociale et
inégalités
Développement
de l’écosystème
de formation
Dynamiques
de l’emploi
Nombre
d’arrivants
plus faible
mais avec
des profils
plus quali-
fiés par des
politiques
d’attractivité
ciblées
Vieillissement
accéléré et fragi-
lisation du mar-
ché du travail
Prévention
et coor-
dination
renforcées
du système
de santé
autour d’un
CHU
Consomma-
tion contrainte
par le pouvoir
d’achat et dé-
pendance à la
grandedistribu-
tion
Réduc-
tion de la
pauvre-
té par
l’action
publique
forte et
concertée
Anticipation
des besoins
et économie
fondée sur la
connaissance
Transfor-
mation de
l’emploi par
la techno-
logie et le
télétravail
forte standardisation des pratiques : recours accru
à l’e-commerce, dépendance aux importations, dé-
clin du commerce de proximité et uniformisation
de l’offre. Ce modèle, déjà bien ancré, tend à se ren-
forcer, tandis que les initiatives visant à promouvoir
des alternatives locales ou durables peinent à s’im-
poser, révélant une résistance au changement de
ces habitudes de consommation. Par ailleurs, ces
modes de vie renforcent le retard de plus en plus
important dans la valorisation, le tri et le traitement
des déchets avec une hausse de la production des
déchets nécessitant leur exportation sur le conti-
nent.
L’amélioration de l’accès aux soins, au logement
abordable, à l’emploi et aux biens de première né-
cessité, portée par des politiques publiques ciblées,
participe d’une logique redistributive renforcée vi-
sant à corriger les inégalités d’accès aux ressources
essentielles. En favorisant l’autonomie économique
des individus et leur pleine participation à la vie so-
ciale de leur territoire, ces mesures contribuent à
réduire la pauvreté multidimensionnelle (évaluée à
travers des critères tels que le logement, l’emploi, le
pouvoir d’achat, l’hygiène, la sécurité, la santé et les
loisirs), à renforcer la cohésion sociale et à limiter les
fractures entre catégories sociales et territoriales.
La Corse parvient à constituer une masse critique
de personnes hautement qualifiées grâce à la for -
mation initiale, la formation continue et les dispo-
sitifs de reconversion professionnelle. Elle dispose
des ressources nécessaires pour retenir ses forces
vives, attirer de nouveaux talents et structurer une
économie plus vertueuse. L’existence de filières
locales solides joue un rôle déterminant dans la
rétention des diplômés, comme le montre le fait
que la majorité des ingénieurs trouvent leur pre-
mier emploi à proximité de leur école. Développer
des pôles de compétence dans quelques secteurs
stratégiques, tels que la technologie, la santé et
l’agriculture, favoriserait la création d’une base pro-
ductive diversifiée et adaptée aux enjeux contem-
porains. Ce processus contribuerait à renforcer la
souveraineté économique du territoire, à réduire
la dépendance vis-à-vis du secteur public et à ins-
taller durablement la Corse dans une dynamique
d’innovation et de compétitivité.
Le développement du télétravail et des nouvelles
technologies (numérique, IA, etc.) redéfinit les
formes d’emplois et le rapport au travail. Cette évo-
lution favorise l’attraction de nouveaux actifs en
Corse, notamment issus de la diaspora et la consti-
tution d’un écosystème d’entreprises innovantes
et de start-ups sur le territoire. Elle permet égale-
ment de mobiliser une main-d’œuvre qualifiée ne
résidant pas sur le territoire, contribuant ainsi à
l’ouverture économique et à la diversification des
compétences locales. Cette dynamique nécessite
des infrastructures adaptées (réseaux de commu-
nication, coworking, réseau de transport) et risque
de renforcer la concentration des emplois dans les
pôles urbains.
La Corse connaît une légère hausse de la population au-
tour de 370 000 personnes liée à des gains en espérance
de vie et à l’arrivée de populations extérieures. La nata-
lité continue de diminuer et la population est de plus
en plus vieillissante, ce qui a des impacts importants
sur l’emploi. Le solde migratoire annuel est relativement
modéré (environ 2 500 personnes). Les politiques de dé-
veloppement économique, en favorisant l’implantation
ou le dynamisme de certaines activités, contribuent à at-
tirer des travailleurs qualifiés et au retour d’une partie de
la diaspora.
Le vieillissement de la population, l’accentuation de cer-
taines maladies et les inégalités sociales et territoriales,
aggravées par les effets du changement climatique,
risquent de fragiliser l’état de santé en Corse. Face à ces
défis, une transformation profonde du système de soins
pourrait s’opérer, marquée par un passage du curatif
vers le prédictif et le préventif, grâce notamment à l’in-
telligence artificielle et à un renforcement de l’autono-
mie des individus. Cette transformation s’accompagne
d’une politique ambitieuse de prévention, structurée
autour d’un plan régional de santé reposant sur trois pi-
liers (la santé publique, la santé environnementale et la
santé au travail) et d’un CHU en lien avec les territoires
de proximité. Cette évolution suppose une modernisa-
tion ambitieuse de son système de santé : création d’un
CHU, construction d’un nouvel hôpital à Bastia, dévelop-
pement de nouvelles infrastructures et professionnalisa-
tion accrue de l’organisation médicale et administrative.
Elle implique également de réduire les inégalités d’ac-
cès aux soins, de repenser la prise en charge des troubles
psychiques et d’organiser l’offre autour de parcours coor-
donnés et personnalisés. L’un des basculements ma-
jeurs pourrait venir d’un changement de logique dans
l’organisation des soins. Il ne s’agirait plus d’addition-
116ner les offres ou de les mettre en concurrence, mais
de favoriser la coordination entre professionnels, la
transparence dans les échanges d’informations et
l’élaboration de parcours de santé personnalisés.
Cette approche requiert la mise en place d’outils par-
tagés, de dispositifs de coordination efficaces et d’un
pilotage centré sur les besoins réels des patients. Ces
évolutions renforceraient l’attractivité de l’île pour les
jeunes médecins, stabilisant ainsi les effectifs, tout en
plaçant la prévention au cœur des politiques éduca-
tives ambitieuses qui permettraient de réduire du-
rablement l’obésité et les maladies liées à la séden-
tarité. Les nouvelles technologies, notamment dans
le domaine du dépistage biologique et génétique,
permettraient un suivi individualisé et précoce des
risques sanitaires. Grâce à cette structuration et à ces
innovations, la Corse parviendrait à absorber la pres-
sion démographique et touristique, tout en mainte-
nant, voire en améliorant, les indicateurs de santé de
sa population. Une politique de prise en charge des
personnes âgées est également mise en place, visant
à développer des structures d’accueil collectif et à fa-
voriser le maintien à domicile.
La consommation en Corse reste largement tour-
née vers la grande distribution : d’une part du fait de
l’harmonisation de ses pratiques de consommation
et, d’autre part par des politiques de compétitivi-
té-prix permises par des rendements d’échelle. Bien
que moins chère que la production locale, la grande
distribution maintient des prix élevés par rapport au
pouvoir d’achat de la population.
Les prix plus élevés des produits locaux freinent le re-
cours aux circuits courts et à l’approvisionnement de
proximité et limitent le développement d’une pro-
duction insulaire compétitive.
L’amélioration de l’accès aux soins, au logement
abordable, à l’emploi et aux biens de première néces-
sité, portée par des politiques publiques ciblées, par-
ticipe d’une logique redistributive renforcée visant à
corriger les inégalités d’accès aux ressources essen-
tielles. En favorisant l’autonomie économique des
individus et leur pleine participation à la vie sociale
de leur région, ces mesures contribuent à réduire
la pauvreté multidimensionnelle (évaluée à travers
des critères tels que le logement, l’emploi, le pouvoir
d’achat, l’hygiène, la sécurité, la santé et les loisirs), à
renforcer la cohésion sociale et à limiter les fractures
entre catégories sociales et territoriales.
Les formations en Corse parviennent à anticiper les
besoins futurs, en particulier dans les domaines de
l’intelligence artificielle, de la robotique et des com-
pétences pluridisciplinaires. Le territoire amorce une
transition vers une économie de la connaissance,
moins vulnérable aux aléas externes. S’adapter uni-
quement aux besoins actuels des entreprises, cen-
trés sur des secteurs traditionnels comme le tou-
risme et l’hôtellerie, reviendrait à répondre à court
terme, sans préparer l’avenir. Or, le tourisme, pilier
économique de l’île, est particulièrement exposé
aux effets du changement climatique et pourrait
connaître un déclin structurel. Miser sur l’innovation
et sur des compétences de demain permettrait non
seulement de diversifier l’économie, mais également
de renforcer son attractivité auprès des étudiants
corses et extérieurs. La formation deviendrait alors un
moteur central de la transition vers un modèle éco-
nomique durable et compétitif.
Le développement du télétravail et des nouvelles
technologies (numérique, IA, etc.) redéfinit les formes
d’emplois et le rapport au travail. Cette évolution favo-
rise l’attraction de nouveaux actifs en Corse, notam-
ment issus de la diaspora et la constitution d’un éco-
système d’entreprises innovantes et de start-ups. Elle
permet également de mobiliser une main-d’œuvre
qualifiée ne résidant pas sur le territoire, contribuant
ainsi à l’ouverture économique et à la diversification
des compétences locales. Cette dynamique nécessite
des infrastructures adaptées (réseaux de communi-
cation, espaces de coworking, réseau de transport)
et risque de renforcer la concentration des emplois
dans les pôles urbains.
Micro-scénario 6 : Transformation territoriale et capital humain
Micro-
scénario 6 :
Transformation
territoriale et
capital humain
Dynamiques
migratoires
extra-
insulaires
Evolutions
socio-
démographiques
Etat de
santé de la
population
Modes de vie
et pratiques de
consommation
Cohésion
sociale et
inégalités
Développement
de l’écosystème
de formation
Dynamiques
de l’emploi
Nombre
d’arrivants
plus faible
mais avec
des profils
plus quali-
fiés par des
politiques
d’attractivité
ciblées
Vieillissement
accéléré et fragi-
lisation du mar-
ché du travail
Prévention
et coor-
dination
renfor-
cées du
système
de santé
autour
d’un CHU
Frugalité et
réappropriation
productive du
territoire
Des
inégalités
encore
fortes
mais at-
ténuées
par des
actions
locales
de soli-
darité
Masse critique
de capital
humain et
développement
territorial
Transfor-
mation de
l’emploi par
la techno-
logie et le
télétravail
117 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSELa Corse connaît une légère hausse de la popula-
tion autour de 370 000 personnes liée à des gains
en espérance de vie et à l’arrivée de populations ex-
térieures. La natalité continue de diminuer et la po-
pulation est de plus en plus vieillissante, ce qui a des
impacts importants sur l’emploi. Le solde migratoire
annuel est relativement modéré (environ 2 500 per-
sonnes). Les politiques de développement écono-
mique, en favorisant l’implantation ou le dynamisme
de certaines activités, contribuent à attirer des travail-
leurs qualifiés et au retour d’une partie de la diaspora.
Le vieillissement de la population, l’accentuation de
certaines maladies et les inégalités sociales et territo-
riales, aggravées par les effets du changement clima-
tique, risquent de fragiliser l’état de santé en Corse.
Face à ces défis, une transformation profonde du sys-
tème de soins pourrait s’opérer, marquée par un pas-
sage du curatif vers le prédictif et le préventif, grâce
notamment à l’intelligence artificielle et à un renfor-
cement de l’autonomie des individus. Cette transfor-
mation s’accompagne d’une politique ambitieuse de
prévention, structurée autour d’un plan régional de
santé reposant sur trois piliers (la santé publique, la
santé environnementale et la santé au travail) et d’un
CHU en lien avec les territoires de proximité. Cette
évolution suppose une modernisation ambitieuse de
son système de santé : création d’un CHU, construc-
tion d’un nouvel hôpital à Bastia, développement de
nouvelles infrastructures et professionnalisation ac-
crue de l’organisation médicale et administrative. Elle
implique également de réduire les inégalités d’accès
aux soins, de repenser la prise en charge des troubles
psychiques et d’organiser l’offre autour de parcours
coordonnés et personnalisés. L’un des basculements
majeurs pourrait venir d’un changement de logique
dans l’organisation des soins. Il ne s’agirait plus d’ad-
ditionner les offres ou de les mettre en concurrence,
mais de favoriser la coordination entre professionnels,
la transparence dans les échanges d’informations
et l’élaboration de parcours de santé personnalisés.
Cette approche requiert la mise en place d’outils par-
tagés, de dispositifs de coordination efficaces et d’un
pilotage centré sur les besoins réels des patients. Ces
évolutions renforceraient l’attractivité de l’île pour les
jeunes médecins, stabilisant ainsi les effectifs, tout en
plaçant la prévention au cœur des politiques éduca-
tives ambitieuses qui permettraient de réduire du-
rablement l’obésité et les maladies liées à la séden-
tarité. Les nouvelles technologies, notamment dans
le domaine du dépistage biologique et génétique,
permettraient un suivi individualisé et précoce des
risques sanitaires. Grâce à cette structuration et à ces
innovations, la Corse parviendrait à absorber la pres-
sion démographique et touristique, tout en mainte-
nant, voire en améliorant, les indicateurs de santé de
sa population. Une politique de prise en charge des
personnes âgées est également mise en place, visant
à développer des structures d’accueil collectif et à fa-
voriser le maintien à domicile.
Face au changement climatique et à la fragilité du
modèle fondé sur l’importation, la Corse évolue vers
un mode de vie plus frugal et local. Les circuits courts
et les filières locales, offrant des produits de qualité
à des prix raisonnables, deviendraient des piliers de
cette transition. Cette dynamique renforce la souve-
raineté alimentaire et encourage une réappropria-
tion productive du territoire, notamment autour de
pôles agricoles et artisanaux. Pour durer, elle néces-
site une politique volontariste rendant les produits
locaux moins chers et accessibles à tous.
Même si la pauvreté reste une réalité en Corse, no-
tamment à cause du coût de la vie et de la faiblesse
des revenus, des signes d’amélioration apparaissent.
Les actions menées pour améliorer l’accès au loge-
ment, à l’emploi ou aux soins, ainsi que les initiatives
locales de solidarité, contribuent peu à peu à réduire
les inégalités et à renforcer la cohésion sociale. Ces
évolutions montrent que le territoire dispose de res-
sources et d’une capacité d’adaptation face aux diffi-
cultés économiques.
La Corse parvient à constituer une masse critique
de personnes hautement qualifiées grâce à la for-
mation initiale, la formation continue et les disposi-
tifs de reconversion professionnelle. Elle dispose des
ressources nécessaires pour retenir ses forces vives,
attirer de nouveaux talents et structurer une écono-
mie plus vertueuse. L’existence de filières locales so-
lides joue un rôle déterminant dans la rétention des
diplômés, comme le montre le fait que la majorité
des ingénieurs trouvent leur premier emploi à proxi-
mité de leur école. Développer des pôles de compé-
tence dans quelques secteurs stratégiques, tels que
la technologie, la santé et l’agriculture, favoriserait la
création d’une base productive diversifiée et adaptée
aux enjeux contemporains. Ce processus contribue-
rait à renforcer la souveraineté économique du ter-
ritoire, à réduire la dépendance vis-à-vis du secteur
public et à installer durablement la Corse dans une
dynamique d’innovation et de compétitivité.
Le développement du télétravail et des nouvelles
technologies (numérique, IA, etc.) redéfinit les formes
d’emplois et le rapport au travail. Cette évolution fa-
vorise l’attraction de nouveaux actifs en Corse, no-
tamment issus de la diaspora et la constitution d’un
écosystème d’entreprises innovantes et de start-ups
sur le territoire. Elle permet également de mobiliser
une main-d’œuvre qualifiée ne résidant pas sur le
territoire, contribuant ainsi à l’ouverture économique
et à la diversification des compétences locales. Cette
dynamique nécessite des infrastructures adaptées
(réseaux de communication, coworking, réseau de
transport) et risque de renforcer la concentration des
emplois dans les pôles urbains.
118MICRO-
SCÉNARIO 1 :
Croissance
démographique
et vulnérabilités
sociales
MICRO-
SCÉNARIO 2 :
Recul
démographique
et adaptation
du travail
MICRO-
SCÉNARIO 3 :
Renforcement
des
compétences
et mutation
productive
MICRO-
SCÉNARIO 4 :
Croissance
démographique
et
développement
territorial
MICRO-
SCÉNARIO 5 :
Attractivité du
territoire par
la cohésion,
la santé et
l’innovation
MICRO-
SCÉNARIO 6 :
Transformation
territoriale et
capital humain
Dynamiques
migratoires extra-
insulaires
Flux d’entrées
élevés avec des
arrivants peu
qualifiés et des
refugiés
Faible nombre
d’arrivants
Nombre
d’arrivants
plus faible
mais avec des
profils plus
qualifiés par
des politiques
d’attractivité
ciblées
Arrivées impor-
tantes issues
de régions
françaises et
retour de la
diaspora
Nombre
d’arrivants
plus faible
mais avec des
profils plus
qualifiés par
des politiques
d’attractivité
ciblées
Nombre
d’arrivants plus
faible mais
avec des profils
plus qualifiés
par des poli-
tiques d’attrac-
tivité ciblées
Evolutions socio-
démographiques
Croissance dé-
mographique
portée par la
natalité et les
migrations
Déclin démo-
graphique et
pressions sur
les systèmes
sociaux
Vieillissement
accéléré et
fragilisation
du marché du
travail
Croissance dé-
mographique
portée par la
natalité et les
migrations
Vieillissement
accéléré et
fragilisation
du marché du
travail
Vieillissement
accéléré et
fragilisation
du marché du
travail
Etat de santé
de la population
Défis structurels
et organisation-
nels d’un CHU
insulaire
Vieillissement,
maladies chro-
niques et accès
inégal aux soins
Prévention et
coordination
renforcées du
système de
santé autour
d’un CHU
Prévention et
coordination
renforcées du
système de
santé autour
d’un CHU
Prévention et
coordination
renforcées du
système de
santé autour
d’un CHU
Prévention et
coordination
renforcées du
système de
santé autour
d’un CHU
Modes de vie
et pratiques de
consommation
Consomma-
tion contrainte
par le pouvoir
d’achat et
dépendance à
la grande distri-
bution
Consommation
standardisée
et dépendance
accrue aux
importations
Frugalité et ré-
appropriation
productive du
territoire
Consommation
standardisée
et dépendance
accrue aux
importations
Consomma-
tion contrainte
par le pouvoir
d’achat et
dépendance
à la grande
distribution
Frugalité et ré-
appropriation
productive du
territoire
Cohésion sociale
et inégalités
Hausse gé-
nérale de la
pauvreté
Des inégalités
encore fortes
mais atténuées
par des actions
locales de soli-
darité
Des inégalités
encore fortes
mais atté-
nuées par des
actions locales
de solidarité
Réduction de
la pauvreté
par l’action
publique forte
et concertée
Réduction de
la pauvreté
par l’action
publique forte
et concertée
Des inégalités
encore fortes
mais atténuées
par des actions
locales de soli-
darité
Développement
de l’écosystème
de formation
Manque d’at-
tractivité et fuite
des talents
Manque d’at-
tractivité et fuite
des talents
Anticipation
des besoins
et économie
fondée sur la
connaissance
Masse critique
de capital
humain et
développement
territorial
Anticipation
des besoins
et économie
fondée sur la
connaissance
Masse critique
de capital
humain et dé-
veloppement
territorial
Dynamiques
de l’emploi
Recomposition
de l’emploi et
précarité
Tensions sur
le marché du
travail et adap-
tation par la
formation et les
organisations
Tensions sur
le marché
du travail et
adaptation
par la forma-
tion et les
organisations
Transformation
de l’emploi par
la technologie
et le télétravail
Transformation
de l’emploi par
la technologie
et le télétravail
Transformation
de l’emploi par
la technologie
et le télétravail
RÉSUMÉ DES MICRO-SCÉNARIOS
119 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEHYPOTHÈSE 1 HYPOTHÈSE 2 HYPOTHÈSE 3 HYPOTHÈSE 4
Aménagement et rapport
entre espaces urbains et
ruraux
Déséquilibres terri-
toriaux aggravés par
l’étalement urbain et
l’absence de coordi-
nation
Métropolisation
institutionnalisée des
villes d’Aiacciu et de
Bastia
Planification territoriale
stratégique coordon-
née et revitalisation des
villages
Foncier et marché de
l’immobilier
Hausse des prix fon-
ciers et immobiliers
et aggravation des
inégalités d’accès au
logement
Régulation du marché
immobilier pour fa-
voriser les logements
permanents
Valorisation des es-
paces naturels et des
terres agricoles
Captation et valorisa-
tion de la rente fon-
cière par la puissance
publique
Mutation et
diversification de
l’économie
Économie peu diversi-
fiée et dépendante
Spécialisation ciblée et
dynamique ascen-
dante endogène
Diversification écono-
mique
Développement du
tourisme
Tourisme stable affaibli
par un modèle vieillis-
sant
Repositionnement
vers une clientèle à
fort pouvoir d’achat
Décroissance du tou-
risme
Croissance du tou-
risme
Dynamiques économiques, fractures et continuités
du territoire
LES HYPOTHÈSES
LES MICRO-SCÉNARIOS
Cinq micro-scénarios ont été élaborés pour cet enjeu.
DYNAMIQUES ÉCONOMIQUES, FRACTURES ET CONTINUITÉS DU TERRITOIRE
Micro-scénario 1 Aggravation des équilibres territoriaux et de la pression foncière dans une écono- mie toujours portée par le tourisme
Micro-scénario 2 Diversification économique et décroissance du tourisme dans un contexte de mé- tropolisation institutionnalisée
Micro-scénario 3 Planification, captation de la rente foncière et repositionnement du tourisme
Micro-scénario 4 Métropolisation, valorisation des espaces naturels et transition vers tourisme haut de gamme
Micro-scénario 5 Diversification économique dans le cadre d’une planification stratégique et d’une régulation foncière et immobilière
Enjeu 3
120Micro-scénario 1 :
Aggravation des équilibres
territoriaux et de la pression
foncière dans une économie
toujours portée par le tourisme
Aménagement et
rapport entre espaces
urbains et ruraux
Foncier et marché
de l’immobilier
Mutation et
diversification
de l’économie
Développement
du tourisme
Déséquilibres territoriaux
aggravés par l’étalement
urbain et l’absence de
coordination
Hausse des prix
fonciers et immo-
biliers et aggrava-
tion des inégalités
d’accès au loge-
ment
Économie peu
diversifiée et
dépendante
Croissance du tou-
risme
En l’absence de politiques coordonnées entre les
territoires et avec des stratégies disjointes, les dyna-
miques actuelles de développement se poursuivent,
aggravant les déséquilibres territoriaux. Les zones
rurales continuent de se dépeupler en raison d’un
accès insuffisant aux ressources essentielles (eau,
énergie, mobilités), tandis que les zones urbaines
concentrent les flux migratoires internes et clima-
tiques, accentuant la pression sur les infrastructures
et le foncier. Les territoires entrent dans une concur-
rence croissante, chacun tendant à défendre ses
propres intérêts au détriment d’une vision partagée
et d’une complémentarité territoriale, profitant es-
sentiellement aux deux grands pôles urbains. Face
aux prix élevés de l’immobilier en centre-ville, la pé-
riurbanisation et l’étalement urbain se renforcent,
générant une forte dépendance à la voiture indi-
viduelle, une hausse de la consommation énergé-
tique, une congestion accrue et une artificialisation
continue des sols, en contradiction avec les objectifs
de la loi ZAN. Dans ce contexte marqué par l’absence
de stratégie énergétique et de planification territo-
riale intégrée, chacun agit à son échelle, sans cohé-
rence d’ensemble, ce qui limite la mise en place de
solutions durables (mobilités propres, production
d’énergies renouvelables, infrastructures partagées).
Les services publics et équipements deviennent des
points de tension, les charges de centralité pesant
sur quelques communes sans rééquilibrage fiscal
adapté. La gestion reste réactive, souvent cantonnée
à l’échelle communale, y compris face à des enjeux
majeurs tels que le recul du trait de côte, qui néces-
siteraient une anticipation à un plus grand échelon.
Enfin, la pression foncière et le manque de loge-
ments adaptés renforcent la ségrégation socio-spa-
tiale et les inégalités d’accès aux services.
La forte augmentation des prix du foncier et de l’im-
mobilier, alimentée par la demande en résidences
secondaires, les locations touristiques de type Airb-
nb et une préférence marquée pour l’habitat indivi-
duel, rend progressivement le logement inaccessible
pour une large part de la population, tant en location
qu’en accession. Cette situation freine l’installation de
nouvelles populations, notamment les jeunes actifs
et risque de ralentir la croissance démographique.
De plus, la pression foncière s’intensifie dans les
zones attractives, alors que l’offre de logements reste
limitée par les contraintes réglementaires (loi Littoral,
loi Montagne, PADDUC) et par l’absence de docu-
ments d’urbanisme opérationnels (comme les PLU)
dans certaines communes. Ceci pourrait contribuer,
de manière indirecte, à maintenir une tension sur les
prix. Cette tension ne peut être expliquée unique-
ment par un déséquilibre entre l’offre et la demande.
La hausse des prix immobiliers pourrait se poursuivre
malgré une augmentation significative de l’offre.
Cela révèle l’existence de facteurs structurels plus
profonds, notamment un effet générationnel lié au
poids économique des générations du baby-boom,
dont le fort pouvoir d’achat et le patrimoine accumu-
lé soutiennent la demande immobilière. Ces dyna-
miques patrimoniales contribuent à maintenir des
niveaux de prix élevés, indépendamment de l’évolu-
tion immédiate de l’offre. Toutefois, à plus long terme,
le retrait progressif de ces générations du marché
pourrait engendrer une stabilisation voire une baisse
des prix. Dans les zones attractives, les constructions
se poursuivent en continuité du bâti existant, accen-
tuant l’étalement urbain et la consommation d’es-
pace, dans un contexte de rareté croissante du fon-
cier. Une logique de marché prévaut, marquée par
une stratégie opportuniste plus qu’anticipatrice. Les
sols sont toujours perçus comme des espaces poten-
tiels de développement avec une volonté d’aller au
maximum de ce que permet le cadre réglementaire
en matière de sobriété foncière. Le faible renouvelle-
ment du parc immobilier aggrave la pénurie de lo-
gements disponibles et renforce les inégalités d’ac-
cès au logement.
L’économie corse reste faiblement diversifiée, tou-
jours largement fondée sur le tourisme, la construc-
tion et les services publics, avec une orientation
dominante vers la consommation plutôt que vers
la production. Ce modèle entraîne une forte dépen-
dance aux importations et aux transports, fragilisant
la résilience du territoire face aux chocs extérieurs
(économiques, climatiques, etc.). Le poids élevé de
l’emploi public compense partiellement le manque
d’initiative productive privée, mais contribue aussi à
rigidifier le tissu économique local. Cette configura-
tion relève pour partie d’une économie résidentielle,
alimentée par les revenus externes issus du tourisme,
des retraites et de la fonction publique, qui sou-
tiennent la consommation mais génèrent peu de
valeur ajoutée locale. Cette économie entretient une
dynamique de dépendance vis-à-vis des revenus
importés et alimente une spécialisation dans les ac-
tivités de service et de construction, souvent peu in-
novantes et fortement exposées à la conjoncture. En
l’absence d’un changement structurel, cette configu-
ration limite les perspectives de création de valeur,
d’autonomie économique et d’adaptation aux tran-
sitions à venir (écologique, numérique, énergétique).
La Corse connaît une croissance soutenue de la fré-
quentation touristique, portée par la hausse des
mobilités internationales, la montée du tourisme de
Micro-scénario 1 : Aggravation des équilibres territoriaux et de la pression foncière dans une économie toujours portée par le tourisme
121 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEMicro-scénario 2 :
Diversification économique et
décroissance du tourisme dans
un contexte de métropolisation
institutionnalisée
Aménagement et
rapport entre espaces
urbains et ruraux
Foncier et marché
de l’immobilier
Mutation et
diversification
de l’économie
Développement
du tourisme
Métropolisation insti-
tutionnalisée des villes
d’Aiacciu et de Bastia
Régulation du
marché immobilier
pour favoriser les
logements perma-
nents
Diversification
économique
Décroissance du
tourisme
La concentration du développement (résidentiel,
économique et en matière de mobilités) dans les
pôles urbains d’Aiacciu et de Bastia renforce leurs
poids sur les dynamiques territoriales insulaires.
Elles deviennent des pôles stratégiques d’attrac-
tivité en concentrant les investissements publics
et privés, l’innovation, les infrastructures de trans-
port et les services. Cette priorisation sur les deux
grands pôles d’accueil de la population et du dé-
veloppement traduit une volonté de structurer
la croissance autour de centres dynamiques ca-
pables d’irriguer le reste du territoire. Cette straté-
gie cherche à organiser et à rattacher les territoires
environnants à ces pôles. La métropolisation est
institutionnalisée et pensée, non seulement au
sens d’une concentration fonctionnelle des activi-
tés, mais aussi comme un processus d’organisation
territoriale (regroupement de collectivités ou de
réseaux intercommunaux) qui coopèrent. Elle dé-
passe les limites strictes des aires urbaines ou des
bassins de vie afin de former un réseau connecté.
Cependant, cette trajectoire peut accentuer les dé-
séquilibres territoriaux avec un risque de voir cer-
tains territoires ruraux se dépeupler.
La croissance démographique pourrait ralentir sous
l’effet de prix du foncier et de l’immobilier de plus
en plus difficiles d’accès pour une partie croissante
de la population résidente. Face à cette dynamique,
des politiques volontaristes pourraient être mises
en œuvre afin de réguler le marché et favoriser l’ac-
cès au logement pour les résidents permanents,
en particulier des jeunes actifs et des ménages à
revenus modestes. Parmi ces mesures, la mise en
place d’un dispositif combinant outils fiscaux et
instruments d’aide à l’accession pourrait être ex-
plorée. Celui-ci pourrait reposer sur des critères de
revenus ou de patrimoine, permettant de cibler
les ménages locaux primo-accédants. Un fonds
de garantie pour l’accession à la propriété, finan-
cé par exemple par une taxe sur les transactions
foncières ou les résidences secondaires, pourrait
faciliter l’emprunt et l’accès à la propriété. Une ré-
gulation par l’usage du bien (résidence principale,
secondaire ou location touristique) pourrait être
instaurée. Ainsi, des taxes majorées sur les transac-
tions ou les propriétés destinées à un usage non
résidentiel pourraient coexister avec des incitations
ciblées pour les logements occupés à l’année. Sur
le marché locatif, la hausse continue des loyers,
tirée notamment par la location touristique de
courte durée, pourrait être partiellement contenue
par des mécanismes incitatifs et des réglementa-
tions ciblées. Il s’agirait, par exemple, de limiter le
nombre de jours de location via les plateformes de
type Airbnb, ou de rendre la location longue durée
plus attractive fiscalement. Par ailleurs, une révi-
sion du zonage et une planification plus maîtrisée
permettraient de libérer du foncier constructible,
tout en assouplissant certaines contraintes (indivi-
sion, terrains agricoles en friche…). Couplée à une
densification urbaine, cela pourrait accroître l’offre
de logements, bien que la pression de la demande
(résidentielle et touristique) ainsi que les stratégies
des vendeurs risquent de maintenir des prix élevés.
Enfin, l’amélioration des mobilités internes pourrait
rendre de nouvelles zones plus attractives pour l’ha-
bitat. Mais cette périurbanisation accrue poserait à
son tour des défis environnementaux si les modes
de transport n’évoluent pas, en lien avec la hausse
des déplacements pendulaires et la consommation
d’espace.
La Corse développe une stratégie de diversification
économique fondée sur la valorisation simultanée de
plusieurs filières complémentaires : agriculture, éco-
nomie bleue, tourisme durable, numérique, culture,
artisanat et transition énergétique. Cette approche
privilégie la création de valeur et repose sur une mo-
bilisation coordonnée des acteurs publics et privés,
appuyée par des politiques de formation et d’innova-
tion adaptées aux spécificités locales. Les ressources
locales (patrimoine naturel et culturel, énergie, ré-
seaux de proximité) deviennent ainsi de véritables
leviers de développement plutôt que de simples
atouts à exploiter.
Dans ce cadre, la hausse des coûts de transport, sou-
proximité et le regain d’intérêt pour les destinations
insulaires. Cette dynamique s’inscrit toutefois dans la
continuité du modèle existant, dominé par la saison
estivale, le littoral et une offre centrée sur l’héberge-
ment, la restauration et les loisirs balnéaires. L’aug-
mentation du nombre de visiteurs profite à court
terme à l’activité économique, soutenant l’emploi
saisonnier et la consommation locale, mais renforce
la dépendance du territoire à un secteur exposé aux
aléas conjoncturels et climatiques. Les effets de cette
croissance restent inégalement répartis. La massifi-
cation touristique accentue les tensions sur les prix
du logement, la consommation d’eau et d’énergie,
ainsi que les nuisances environnementales, accen-
tuant les tensions sociales et les débats autour de
son acceptabilité.
Micro-scénario 2 : Diversification économique et décroissance du tourisme dans un contexte de métropolisation institutionnalisée
122Micro-scénario 3 :
Planification, captation
de la rente foncière
et repositionnement du tourisme
Aménagement et
rapport entre espaces
urbains et ruraux
Foncier et marché
de l’immobilier
Mutation et
diversification
de l’économie
Développement
du tourisme
Planification territoriale
stratégique coordon-
née et revitalisation des
villages
Captation et valo-
risation de la rente
foncière par la puis-
sance publique
Spécialisation
ciblée et dyna-
mique ascen-
dante endogène
Repositionnement
vers une clientèle à
fort pouvoir d’achat
Les acteurs territoriaux prennent progressivement
conscience des limites d’un développement dispersé
et engagent une coordination à toutes les échelles,
de l’intercommunal au régional. La Collectivité de
Corse renouvelle sa vision stratégique à travers un
PADDUC révisé, devenu l’instrument central de la
planification territoriale, définissant pour chaque ter-
ritoire des projets cohérents, interconnectés et inté-
grés. À l’échelle intercommunale, cette dynamique
se traduit par l’émergence de projets structurants
dans les domaines des mobilités, de l’habitat et des
équipements publics, tout en conciliant densification
maîtrisée, respect de la loi ZAN et protection des sols
agricoles et naturels. Les ressources des communes
et du territoire sont mutualisées, les charges mieux
réparties, et les mobilités repensées à travers un mail-
lage de trottoirs, de pistes cyclables et d’aménage-
ments partagés, ainsi qu’un recentrage des flux ma-
ritimes sur des ports de proximité, desservis par des
navettes plus petites, plus fréquentes et moins pol-
luantes. De plus, la revitalisation des villages devient
un axe central de l’aménagement du territoire. Elle
s’appuie sur la rénovation et la valorisation des cœurs
bâtis, la réhabilitation des logements et la mise en
place de services essentiels, fixes ou mobiles (santé,
formation, commerces, culture). Cette orientation fa-
vorise le maintien des populations, renforce l’attrac-
tivité locale et soutient une logique de décentralisa-
tion, afin de réduire la dépendance aux pôles urbains
et de renforcer l’autonomie des territoires ruraux. Le
développement de l’agriculture urbaine, périurbaine
et insulaire s’inscrit également dans cette stratégie,
en valorisant les circuits courts et en avançant vers
une souveraineté alimentaire qui contribue à limiter
certains besoins en transport maritime.
La réussite de cette transformation suppose de faire
coïncider la planification stratégique avec l’ensemble
des actions opérationnelles engagées en aval. Elle
dépend de la capacité collective à traduire les orien-
tations du PADDUC et des documents associés en
projets concrets, cohérents et coordonnés. L’enjeu
réside ainsi dans une répartition concertée des initia-
tives sur l’ensemble du territoire, afin que chaque es-
pace, du littoral à l’intérieur, soit à la fois relié, intégré
et partie prenante d’une dynamique de croissance
partagée. La coordination entre les échelles territo-
riales conditionne la cohérence, l’efficacité et la dura-
bilité de la transformation engagée.
La hausse continue de la valeur foncière et immo-
bilière bénéficie aujourd’hui largement aux acteurs
privés qui captent une rente sans réelle contribution
à la production de richesse collective. Cette privatisa-
tion de la rente foncière limite la capacité des collecti-
vités à orienter le développement territorial selon des
objectifs d’intérêt général. Une politique de captation
partielle et de valorisation de la rente foncière pour-
rait être envisagée, afin de permettre aux collectivités
d’en prélever une part et de la réinvestir dans diffé-
rentes politiques. Des outils juridiques pourraient
être mobilisés tels que les zones d’aménagement
différé (ZAD), les droits de préemption, ou encore les
mécanismes de participation aux plus-values. Une
telle approche suppose une forte acceptabilité so-
ciale afin que la captation publique de la rente soit
perçue comme un levier de justice territoriale et non
comme une mesure punitive.
Face aux limites du modèle économique actuel,
la Corse décide d’une spécialisation ciblée autour
vent perçue comme une contrainte, peut également
devenir un moteur de relocalisation productive. Elle
favorise le développement d’une économie de proxi-
mité fondée sur la production locale de biens de
consommation courante, notamment ceux pour les-
quels le coût du transport pèse fortement sur le prix
final. Cette dynamique contribue à créer de la valeur
ajoutée, à renforcer la résilience du tissu productif et
à réduire la dépendance vis-à-vis des importations.
Cependant, pour soutenir cette économie diversifiée
et relocalisée, la Corse doit relever un double défi dé-
mographique et qualitatif : attirer et retenir des pro-
fils qualifiés, renforcer le capital humain et créer un
environnement favorable à l’installation de nouvelles
compétences.
La Corse pourrait être confrontée à une forme de dé-
croissance, marquée par l’effondrement des flux tou-
ristiques internationaux et nationaux (en raison de
chocs exogènes : changement climatique, situation
géopolitique ou sanitaire ou d’une évolution des pré-
férences des touristes). De très nombreux acteurs du
secteur, fragilisés par cette contraction brutale de la
demande, seraient contraints de cesser leur activité,
tandis que les autres se recentreraient sur le marché
local, insuffisant pour compenser les pertes. La baisse
estivale de fréquentation résulterait à la fois d’une
diminution du pouvoir d’achat des ménages, d’une
concurrence accrue d’autres destinations et d’une
image de l’île moins compétitive. Cette situation
mettrait en évidence une forte résistance des acteurs
à un changement de modèle, limitant l’émergence
d’alternatives économiques durables. Les infrastruc-
tures touristiques inoccupées pourraient néanmoins
offrir des opportunités de reconversion, notamment
vers des usages agricoles ou productifs.
Micro-scénario 3 : Planification, captation de la rente foncière et repositionnement du tourisme
123 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEMicro-scénario 4 : Métropolisation, valorisation des espaces naturels et transition vers tourisme haut de gamme
Micro-scénario 4 :
Métropolisation, valorisation
des espaces naturels et
transition
vers tourisme haut de gamme
Aménagement et
rapport entre espaces
urbains et ruraux
Foncier et marché
de l’immobilier
Mutation et
diversification
de l’économie
Développement
du tourisme
Métropolisation insti-
tutionnalisée des villes
d’Aiacciu et de Bastia
Valorisation des
espaces naturels et
densification des
espaces urbanisés
Spécialisation
ciblée et dyna-
mique ascen-
dante endogène
Repositionnement
vers une clientèle à
fort pouvoir d’achat
La concentration du développement (résidentiel,
économique et en matière de mobilités) dans les
pôles urbains d’Aiacciu et de Bastia renforce leurs
poids sur les dynamiques territoriales insulaires.
Elles deviennent des pôles stratégiques d’attrac-
tivité en concentrant les investissements publics
et privés, l’innovation, les infrastructures de trans-
port et les services. Cette priorisation sur les deux
grands pôles d’accueil de la population et du dé-
veloppement traduit une volonté de structurer
la croissance autour de centres dynamiques ca-
pables d’irriguer le reste du territoire. Cette straté-
gie cherche à organiser et à rattacher les territoires
environnants à ces pôles. La métropolisation est
institutionnalisée et pensée, non seulement au
sens d’une concentration fonctionnelle des activi-
tés, mais aussi comme un processus d’organisation
territoriale (regroupement de collectivités ou de
réseaux intercommunaux) qui coopèrent. Elle dé-
passe les limites strictes des aires urbaines ou des
bassins de vie afin de former un réseau connecté.
Cependant, cette trajectoire peut accentuer les dé-
séquilibres territoriaux avec un risque de voir cer-
tains territoires ruraux se dépeupler.
Un renversement de paradigme place la protec-
tion des terres agricoles et des espaces naturels au
cœur de la stratégie de protection foncière. Ces es-
paces se voient attribuer une forte valeur foncière
en raison des services qu’ils rendent que ce soient
des fonctions écosystémiques, d’alimentation ou
de contribution à l’activité touristique. Cette stra-
tégie induit une densification des espaces déjà ur-
banisés. Cela pourrait risquer d’augmenter les prix
du foncier et de l’immobilier dans certaines zones.
Cette stratégie repose sur une approche interven-
tionniste mobilisant des outils tels que les baux
environnementaux, les préemptions, la création de
réserves foncières.
Face aux limites du modèle économique actuel,
la Corse décide d’une spécialisation ciblée autour
d’un secteur stratégique à fort effet d’entraînement,
comme la filière numérique, les industries cultu-
relles et créatives ou les énergies renouvelables.
Ce choix repose sur les ressources spécifiques du
territoire et sur des politiques publiques volonta-
ristes en matière de formation, de soutien à l’in-
vestissement et de structuration des filières. Cette
trajectoire s’appuie sur une démarche ascendante
qui valorise les initiatives locales, les savoir-faire en-
dogènes et les dynamiques de coopération entre
acteurs publics, privés et associatifs. Les politiques
locales favorisent l’activité économique et la prise
d’initiatives à travers des dispositifs incitatifs, des in-
frastructures adaptées et un environnement insti-
tutionnel propice à l’expérimentation. L’objectif est
aussi d’attirer des entrepreneurs innovants, parfois
non conformistes, capables de porter des projets
originaux. Cette spécialisation permet de dévelop-
d’un secteur stratégique à fort effet d’entraînement,
comme la filière numérique, les industries culturelles
et créatives ou les énergies renouvelables. Ce choix
repose sur les ressources spécifiques du territoire et
sur des politiques publiques volontaristes en ma-
tière de formation, de soutien à l’investissement et
de structuration des filières. Cette trajectoire s’appuie
sur une démarche ascendante qui valorise les initia-
tives locales, les savoir-faire endogènes et les dyna-
miques de coopération entre acteurs publics, privés
et associatifs. Les politiques locales favorisent l’activité
économique et la prise d’initiatives à travers des dis-
positifs incitatifs, des infrastructures adaptées et un
environnement institutionnel propice à l’expérimen-
tation. L’objectif est aussi d’attirer des entrepreneurs
innovants, parfois non conformistes, capables de por-
ter des projets originaux. Cette spécialisation permet
de développer des compétences locales de pointe,
d’attirer des investissements extérieurs et d’ancrer
des activités exportatrices, renforcées par des labels
de qualité et des stratégies de marque territoriale.
La concentration des efforts autour de cette filière
clé génère des externalités positives sur d’autres sec-
teurs (tourisme, artisanat, formation, numérique) et
favorise l’émergence d’un écosystème cohérent et
attractif.
Face au recul de la fréquentation et à la baisse des
dépenses unitaires du tourisme, le développement
d’une stratégie vers une clientèle à plus fort pouvoir
d’achat s’opère. Cela nécessite des investissements
pour atteindre un niveau de qualité attendu par ces
segments de niche. Si une partie de la population lo-
cale accueille favorablement cette évolution, les pro-
fessionnels du secteur y voient davantage de risques.
Ce repositionnement entraîne également une trans-
formation du marché de l’emploi : les postes sont
moins nombreux, mais plus qualifiés et mieux ré -
munérés. L’offre touristique se structure de manière
cohérente dans l’ensemble des filières, notamment
les transports, l’hébergement et la restauration. La
baisse, plus affirmée, des flux touristiques, entraine
une rationalisation et diminution des flux de trans-
port, internes comme externes.
124Micro-scénario 5 : Diversification économique dans le cadre d’une planification stratégique et d’une régulation foncière et immobilière
Micro-scénario 5 :
Diversification économique
dans le cadre d’une planification
stratégique et d’une régulation
foncière et immobilière
Aménagement et
rapport entre espaces
urbains et ruraux
Foncier et marché de
l’immobilier
Mutation et
diversification
de l’économie
Développement
du tourisme
Planification territoriale
stratégique coordon-
née et revitalisation des
villages
Régulation du mar-
ché immobilier pour
favoriser les logements
permanents
Et
Captation et valorisation
de la rente foncière par
la puissance publique
Diversification
économique
Repositionne-
ment vers une
clientèle à fort
pouvoir d’achat
Les acteurs territoriaux prennent progressivement
conscience des limites d’un développement dispersé
et engagent une coordination à toutes les échelles,
de l’intercommunal au régional. La Collectivité de
Corse renouvelle sa vision stratégique à travers un
PADDUC révisé, devenu l’instrument central de la
planification territoriale, définissant pour chaque ter-
ritoire des projets cohérents, interconnectés et inté-
grés. À l’échelle intercommunale, cette dynamique
se traduit par l’émergence de projets structurants
dans les domaines des mobilités, de l’habitat et des
équipements publics, tout en conciliant densification
maîtrisée, respect de la loi ZAN et protection des sols
agricoles et naturels. Les ressources sont mutuali-
sées, les charges mieux réparties, et les mobilités re-
pensées à travers un maillage de trottoirs, de pistes
cyclables et d’aménagements partagés, ainsi qu’un
recentrage des flux maritimes sur des ports de proxi-
mité, desservis par des navettes plus petites, plus
fréquentes et moins polluantes. De plus, la revitalisa-
tion des villages devient un axe central de l’aména-
gement du territoire. Elle s’appuie sur la rénovation
et la valorisation des cœurs bâtis, la réhabilitation
des logements et la mise en place de services essen-
tiels, fixes ou mobiles (santé, formation, commerces,
culture). Cette orientation favorise le maintien des
populations, renforce l’attractivité locale et soutient
une logique de décentralisation, afin de réduire la
dépendance aux pôles urbains et de renforcer l’au-
tonomie des territoires ruraux. Le développement de
l’agriculture urbaine, périurbaine et insulaire s’inscrit
également dans cette stratégie, en valorisant les cir-
cuits courts et en avançant vers une souveraineté ali-
mentaire qui contribue à limiter certains besoins en
transport maritime.
La réussite de cette transformation suppose de faire
coïncider la planification stratégique avec l’ensemble
des actions opérationnelles engagées en aval. Elle
dépend de la capacité collective à traduire les orien-
tations du PADDUC et des documents associés en
projets concrets, cohérents et coordonnés. L’enjeu
réside ainsi dans une répartition concertée des initia-
tives sur l’ensemble du territoire, afin que chaque es-
pace, du littoral à l’intérieur, soit à la fois relié, intégré
et partie prenante d’une dynamique de croissance
partagée. La coordination entre les échelles territo-
riales conditionne la cohérence, l’efficacité et la dura-
bilité de la transformation engagée.
La croissance démographique pourrait ralentir sous
l’effet de prix du foncier et de l’immobilier de plus
en plus difficiles d’accès pour une partie croissante
de la population résidente. Face à cette dynamique,
des politiques volontaristes pourraient être mises en
œuvre afin de réguler le marché et favoriser l’accès au
logement pour les résidents permanents, en particu-
lier des jeunes actifs et des ménages à revenus mo-
destes. Parmi ces mesures, la mise en place d’un dis-
positif combinant outils fiscaux et instruments d’aide
à l’accession pourrait être explorée. Celui-ci pourrait
reposer sur des critères de revenus ou de patrimoine,
permettant de cibler les ménages locaux primo-ac-
cédants. Un fonds de garantie pour l’accession à la
propriété, financé par exemple par une taxe sur les
transactions foncières ou les résidences secondaires,
pourrait faciliter l’emprunt et l’accès à la propriété.
Une régulation par l’usage du bien (résidence prin-
cipale, secondaire ou location touristique) pourrait
être instaurée. Ainsi, des taxes majorées sur les tran-
sactions ou les propriétés destinées à un usage non
résidentiel pourraient coexister avec des incitations
ciblées pour les logements occupés à l’année. Sur
le marché locatif, la hausse continue des loyers, ti-
per des compétences locales de pointe, d’attirer
des investissements extérieurs et d’ancrer des ac-
tivités exportatrices, renforcées par des labels de
qualité et des stratégies de marque territoriale. La
concentration des efforts autour de cette filière clé
génère des externalités positives sur d’autres sec-
teurs (tourisme, artisanat, formation, numérique) et
favorise l’émergence d’un écosystème cohérent et
attractif.
Face au recul de la fréquentation et à la baisse des
dépenses unitaires du tourisme, le développement
d’une stratégie vers une clientèle à plus fort pouvoir
d’achat s’opère. Cela nécessite des investissements
pour atteindre un niveau de qualité attendu par ces
segments de niche. Si une partie de la population
locale accueille favorablement cette évolution, les
professionnels du secteur y voient davantage de
risques. Ce repositionnement entraîne également
une transformation du marché de l’emploi : les
postes sont moins nombreux, mais plus qualifiés
et mieux rémunérés. L’offre touristique se structure
de manière cohérente dans l’ensemble des filières,
notamment les transports, l’hébergement et la res-
tauration. La baisse, plus affirmée, des flux touris -
tiques, entraine une rationalisation et diminution
des flux de transport, internes comme externes.
125 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSErée notamment par la location touristique de courte
durée, pourrait être partiellement contenue par des
mécanismes incitatifs et des réglementations ci-
blées. Il s’agirait, par exemple, de limiter le nombre de
jours de location via les plateformes de type Airbnb,
ou de rendre la location longue durée plus attractive
fiscalement. Par ailleurs, une révision du zonage et
une planification plus maîtrisée permettraient de li-
bérer du foncier constructible, tout en assouplissant
certaines contraintes (indivision, terrains agricoles en
friche…). Couplée à une densification urbaine, cela
pourrait accroître l’offre de logements, bien que la
pression de la demande (résidentielle et touristique)
ainsi que les stratégies des vendeurs risquent de
maintenir des prix élevés. Enfin, l’amélioration des
mobilités internes pourrait rendre de nouvelles zones
plus attractives pour l’habitat. Mais cette périurbani-
sation accrue poserait à son tour des défis environne-
mentaux si les modes de transport n’évoluent pas, en
lien avec la hausse des déplacements pendulaires et
la consommation d’espace.
Concomitamment, une politique de captation par-
tielle et de valorisation de la rente foncière pourrait
être envisagée, afin de permettre aux collectivités
d’en prélever une part et de la réinvestir dans diffé-
rentes politiques. Des outils juridiques pourraient
être mobilisés tels que les zones d’aménagement
différé (ZAD), les droits de préemption, ou encore les
mécanismes de participation aux plus-values. Une
telle approche suppose une forte acceptabilité so-
ciale afin que la captation publique de la rente soit
perçue comme un levier de justice territoriale et non
comme une mesure punitive.
La Corse développe une stratégie de diversification
économique fondée sur la valorisation simultanée de
plusieurs filières complémentaires : agriculture, éco-
nomie bleue, tourisme durable, numérique, culture,
artisanat et transition énergétique. Cette approche
privilégie la création de valeur et repose sur une mo-
bilisation coordonnée des acteurs publics et privés,
appuyée par des politiques de formation et d’innova-
tion adaptées aux spécificités locales. Les ressources
locales (patrimoine naturel et culturel, énergie, ré-
seaux de proximité) deviennent ainsi de véritables
leviers de développement plutôt que de simples
atouts à exploiter. Dans ce cadre, la hausse des coûts
de transport, souvent perçue comme une contrainte,
peut également devenir un moteur de relocalisation
productive. Elle favorise le développement d’une
économie de proximité fondée sur la production lo-
cale de biens de consommation courante, notam-
ment ceux pour lesquels le coût du transport pèse
fortement sur le prix final. Cette dynamique contri-
bue à créer de la valeur ajoutée, à renforcer la rési-
lience du tissu productif et à réduire la dépendance
vis-à-vis des importations. Cependant, pour soutenir
cette économie diversifiée et relocalisée, la Corse doit
relever un double défi démographique et qualitatif :
attirer et retenir des profils qualifiés, renforcer le ca-
pital humain et créer un environnement favorable à
l’installation de nouvelles compétences.
Face au recul de la fréquentation et à la baisse des
dépenses unitaires du tourisme, le développement
d’une stratégie vers une clientèle à plus fort pouvoir
d’achat s’opère. Cela nécessite des investissements
pour atteindre un niveau de qualité attendu par ces
segments de niche. Si une partie de la population lo-
cale accueille favorablement cette évolution, les pro-
fessionnels du secteur y voient davantage de risques.
Ce repositionnement entraîne également une trans-
formation du marché de l’emploi : les postes sont
moins nombreux, mais plus qualifiés et mieux ré -
munérés. L’offre touristique se structure de manière
cohérente dans l’ensemble des filières, notamment
les transports, l’hébergement et la restauration. La
baisse, plus affirmée, des flux touristiques, entraine
une rationalisation et diminution des flux de trans-
port, internes comme externes.
126RÉSUMÉ DES MICRO-SCÉNARIOS
MICRO-
SCÉNARIO 1 :
Aggravation
des équilibres
territoriaux et de la
pression foncière
dans une économie
toujours portée par
le tourisme
MICRO-
SCÉNARIO 2 :
Diversification
économique et
décroissance du
tourisme dans
un contexte de
métropolisation
institutionnalisée
MICRO-
SCÉNARIO 3 :
Planification,
captation de la
rente foncière et
repositionnement
du tourisme
MICRO-
SCÉNARIO 4 :
Métropolisation,
valorisation des
espaces naturels
et transition vers
tourisme haut de
gamme
MICRO-
SCÉNARIO 5 :
Diversification
économique dans
le cadre d’une
planification
stratégique et d’une
régulation foncière et
immobilière
Aménagement
et rapport
entre espaces
urbains et
ruraux
Déséquilibres ter-
ritoriaux aggravés
par l’étalement
urbain et l’absence
de coordination
Métropolisation
institutionnalisée
des villes d’Aiac-
ciu et de Bastia
Planification terri-
toriale stratégique
coordonnée et
revitalisation des
villages
Métropolisation
institutionna-
lisée des villes
d’Aiacciu et de
Bastia
Planification terri-
toriale stratégique
coordonnée et revitali-
sation des villages
Foncier et
marché de
l’immobilier
Hausse des prix
fonciers et immobi-
liers et aggravation
des inégalités d’ac-
cès au logement
Régulation du
marché immobi-
lier pour favoriser
les logements
permanents
Captation et
valorisation de
la rente foncière
par la puissance
publique
Valorisation des
espaces naturels
et densification
des espaces
urbanisés
Régulation du marché
immobilier pour fa-
voriser les logements
permanents
ET
Captation et valorisa-
tion de la rente fon-
cière par la puissance
publique
Mutation et
diversification
de l’économie
Économie peu di-
versifiée et dépen-
dante
Diversification
économique
Spécialisation
ciblée et dyna-
mique ascendante
endogène
Spécialisation
ciblée et dyna-
mique ascen-
dante endogène
Diversification écono-
mique
Développement
du tourisme
Croissance du
tourisme
Décroissance du
tourisme
Repositionnement
vers une clientèle
à fort pouvoir
d’achat
Repositionne-
ment vers une
clientèle à fort
pouvoir d’achat
Repositionnement
vers une clientèle à
fort pouvoir d’achat
127 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEHYPOTHÈSE 1 HYPOTHÈSE 2 HYPOTHÈSE 3
Transports et mobilités
Développement de l’offre
externe mais dépendance
accrue à la voiture
Réduction des connexions
extérieures
Transition vers des mobilités
durables
Développement des
pratiques numériques
Retard numérique et surcoûts
pour l’économie
Transition numérique et isole-
ment social
Transformation numérique et
développement local
Nouvelles technologies
et innovation
Retard technologique et en-
jeux de souveraineté
Dépendance technologique
externe et déficit de compé-
tences locales
Tournant stratégique vers
l’intelligence artificielle
Connectivités et mobilités
LES HYPOTHÈSES
LES MICRO-SCÉNARIOS
Trois micro-scénarios ont été élaborés pour cet enjeu.
NOUVELLES TECHNOLOGIES ET INNOVATION
Micro-scénario 1 Isolement et dépendance numérique et technolo- gique
Micro-scénario 2 Amélioration technologique et limites structurelles
Micro-scénario 3 Souveraineté technologique et transition numérique
Enjeu 4
128Micro-scénario 1 : Isolement et dépendance numérique et technologique
Micro-scénario 1 :
Isolement et dépendance
numérique
et technologique
Transports et mobilités Développement des pratiques numériques Nouvelles technologies et innovation
Réduction des
connexions extérieures
Retard numérique et
surcoûts pour l’économie
Retard technologique et
enjeux de souveraineté
Un manque d’anticipation dans le déploiement des
infrastructures numériques avancées, notamment
la 6G, combiné à un maillage territorial insuffisant
et à l’absence de solutions de secours telles que les
réseaux satellitaires, entraîne des défaillances cri-
tiques des réseaux de communication. Ce retard
technologique limite le développement de sec-
teurs stratégiques tels que les systèmes énergé-
tiques, l’économie numérique ou les services liés à
l’intelligence artificielle. Par ailleurs, l’externalisation
du traitement et de l’hébergement des données
vers des acteurs extérieurs soulève d’importants
enjeux de souveraineté, de cybersécurité et de pro-
tection des données personnelles. La localisation
géographique des serveurs et des infrastructures
d’hébergement devient un facteur déterminant de
souveraineté technologique et territoriale. En l’ab-
sence d’investissements suffisants en recherche,
développement et formation, la Corse risque de ne
pas disposer des compétences locales nécessaires
pour maîtriser et valoriser ces technologies, accen-
tuant ainsi une dépendance technologique et in-
tellectuelle. Ce déficit fragilise à terme l’autonomie
des individus et des institutions face aux grandes
mutations économiques et sociétales induites par
la transformation numérique.
La Corse ne parvient pas à s’approprier les nouvelles
technologies et les innovations majeures qui se dé-
veloppent ailleurs, en raison d’un manque d’antici-
pation, de développement de formation et d’une dif-
fusion insuffisante des outils numériques. Ce retard
numérique se traduit par une marginalisation pro-
gressive du territoire dans l’émergence et la fourni-
ture de nombreux services innovants. Cette situation
accroît les coûts pour les entreprises et les collectivi-
tés, tout en limitant la capacité de la Corse à partici-
per pleinement aux transformations globales.
Au niveau des transports, en l’absence d’une straté-
gie territoriale claire et attractive, les opérateurs ont
tendance à se détourner de la destination Corse au
profit d’autres territoires, laissant principalement les
compagnies sous délégation de service public main-
tenir leur activité, d’autant plus que les contraintes
réglementaires et fiscales pèsent fortement sur leur
rentabilité. Cela engendre des déplacements in-
ternes réduits durant la saison touristique. Cette si-
tuation pourrait, cependant, permettre de faciliter la
transition écologique.
Micro-scénario 2 : Amélioration technologique et limites structurelles
Micro-scénario 2 :
Amélioration technologique
et limites structurelles
Transports et mobilités Développement des pratiques numériques Nouvelles technologies et innovation
Développement de l’offre
externe mais dépendance
accrue à la voiture
Transition numérique et
isolement social
Dépendance technolo-
gique externe et déficit de
compétences locales
Malgré des anticipations ayant permis la mise en
place d’un réseau plus résilient, notamment grâce
à un maillage territorial renforcé, des difficultés per-
sistent dans le traitement distribué des données. La
délocalisation du traitement des données, conju-
guée à une connectivité encore perfectible et à des
logiques de marché défavorables, génère des pro-
blèmes de souveraineté numérique et de compéti-
tivité. Le coût du mégabit demeure élevé en Corse, à
la fois en raison d’une situation quasi monopolistique
qui limite la concurrence et du recours persistant à
une énergie majoritairement carbonée. Malgré le
développement des énergies renouvelables, notam-
ment photovoltaïques, leur part reste insuffisante
pour compenser la dépendance aux sources fossiles,
ce qui renchérit le coût et limite la durabilité du dé-
veloppement numérique. Sans être un obstacle ma-
jeur, le manque de data centers limite le potentiel de
souveraineté numérique et d’innovation, alors que
leur développement local pourrait générer des em-
plois qualifiés et dynamiser l’écosystème technolo-
gique insulaire. Dans le même temps, l’insuffisance
des formations dans le domaine de l’intelligence arti-
ficielle accentue le retard technologique et provoque
des tensions sur le marché de l’emploi, faute de com-
pétences disponibles localement. La Corse demeure
ainsi dépendante d’innovations conçues ailleurs, sans
réelle dynamique de création endogène. Toutefois,
le développement du réseau cellulaire, associé à la
connexion future aux satellites, offre une perspective
prometteuse pour la couverture des zones blanches
et l’amélioration de l’accès au numérique sur l’en-
semble du territoire.
129 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEMicro-scénario 3 : Souveraineté technologique et transition numérique
Micro-scénario 3 :
Souveraineté technologique
et transition numérique
Transports et mobilités Développement des pratiques numériques Nouvelles technologies et innovation
Transition vers des mobili-
tés durables
Transformation numérique
et développement local
Tournant stratégique vers
l’intelligence artificielle
La Corse engage avec succès un tournant straté-
gique vers les nouvelles technologies et l’intelligence
artificielle, soutenue par un réseau numérique fiable,
la maîtrise locale des technologies d’apprentissage
automatique et l’implantation de data centers ga-
rantissant la souveraineté des données. Des in-
frastructures de calcul performantes et sobres éner-
gétiquement permettent un traitement local des
données, limitant les impacts environnementaux.
Cependant, le coût élevé du mégabit, lié à une faible
concurrence et à une dépendance persistante aux
énergies fossiles, freine encore la compétitivité et l’at-
tractivité économiques. Appuyée sur des formations
spécialisées, des investissements publics et privés en
recherche et innovation, cette trajectoire fait émer-
ger un écosystème numérique territorial dynamique,
stimulant l’innovation dans les secteurs clés (mobilité
autonome, transport collectif, aviation et navigation
bas-carbone) et renforçant la résilience ainsi que l’au-
tonomie stratégique de l’île.
La transition numérique de la Corse s’inscrit dans
une phase d’accélération portée par l’émergence de
nouveaux acteurs et par la diffusion progressive des
technologies de pointe. Cette évolution repose sur
la capacité du territoire à structurer un écosystème
de formation et d’innovation, condition essentielle à
l’appropriation du numérique par les entreprises in-
sulaires. L’intégration croissante de l’intelligence arti-
ficielle physique, notamment dans le domaine de la
santé préventive et des transports, pourrait exercer
un effet structurant à l’échelle territoriale, en favori-
sant notamment l’accès aux services dans les zones
rurales.
Cette dynamique d’innovation technologique s’ac-
compagne d’une transformation structurelle des
autres secteurs clés du territoire, à commencer par
les mobilités. La transition vers des modes de trans-
port plus durables, tant pour les liaisons extérieures
qu’intérieures, s’accélère sous l’effet combiné des
attentes des visiteurs, de l’évolution des normes en-
vironnementales et d’une fiscalité écologique plus
contraignante. Le recours à l’électrification des quais,
le verdissement de la motorisation des navires ou des
avions permet de réduire les coûts induits par cette
fiscalité et d’en limiter les répercussions sur les prix
du transport, mais suppose une production locale
d’énergie importante. Cette évolution nécessite des
investissements publics et privés massifs, appuyés
sur des mécanismes incitatifs forts pour mobiliser
les opérateurs. De plus, l’amélioration des transports
locaux, notamment via le développement du réseau
ferroviaire électrique et son interconnexion avec des
navettes autonomes électriques, pourrait désencla-
ver certaines zones, renforcer la cohésion territoriale
et favoriser un tourisme mieux réparti dans le temps
et l’espace. Une telle dynamique suppose une inter-
vention publique importante, en particulier en ma-
tière de création d’infrastructures ferroviaires et d’ac-
quisition foncière.
La Corse bénéficie d’une couverture en fibre op-
tique quasi généralisée, fruit d’un important in-
vestissement dans l’aménagement numérique du
territoire qui a contribué à généraliser et démocra-
tiser des services numériques et à modifier profon-
dément les modes de vie. Si cette transition facilite
l’accès aux services et améliore la praticité au quo-
tidien, elle s’accompagne d’un recul du lien social
local. La fréquentation des commerces de proximi-
té diminue, tout comme les interactions sociales de
proximité, ce qui fragilise le tissu social en général.
Cette évolution génère, par ailleurs, des risques
d’isolement, notamment pour les populations non
formées à ces nouveaux outils.
Dans le domaine des transports, la mise en place
de dispositifs incitatifs visant à encourager les opé-
rateurs aériens et maritimes à développer et diver-
sifier leur offre permettent de renforcer l’attractivi-
té de la Corse en tant que destination touristique
compétitive, notamment en s'appuyant sur l’inten-
sification des liaisons avec le hub international de
proximité, comme celui de Rome. Cette densifica-
tion de la desserte aérienne pourrait impliquer une
redéfinition de la DSP dans un contexte de raré-
faction de la ressource publique. Cependant, cette
ouverture accrue, sans modification du réseau de
transport interne, renforce la dépendance à la voi-
ture individuelle pour les déplacements internes,
qu’il s’agisse du tourisme, des loisirs ou des trajets
domicile-travail. Cela contribue à une congestion
saisonnière persistante et à une pression environ-
nementale croissante.
130RÉSUMÉ DES MICRO-SCÉNARIOS
MICRO-SCÉNARIO 1 :
Isolement et dépendance
numérique et technologique
MICRO-SCÉNARIO 2 :
Amélioration technologique
et limites structurelles
MICRO-SCÉNARIO 3 :
Souveraineté technologique et
transition numérique
Transports et
mobilités
Réduction des connexions
extérieures
Développement de l’offre
externe mais dépendance
accrue à la voiture
Transition vers des mobilités
durables
Développement
des pratiques
numériques
Retard numérique et surcoûts
pour l’économie
Transition numérique et isole-
ment social
Transformation numérique et
développement local
Nouvelles
technologies et
innovation
Retard technologique et en-
jeux de souveraineté
Dépendance technologique
externe et déficit de compé-
tences locales
Tournant stratégique vers l’intelli-
gence artificielle
131 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEDynamiques institutionnelles
Enjeu 5
Cinq micro-scénarios ont été élaborés pour cet enjeu.
LES HYPOTHÈSES
DYNAMIQUES INSTITUTIONNELLES
Micro-scénario 1 Crise de confiance et repli identitaire
Micro-scénario 2 Autonomie renforcée et identité plurielle
Micro-scénario 3 Elargissement de l’autonomie dans un cadre de tensions sécuritaires
Micro-scénario 4 Affaiblissement institutionnel et fragmentation sociale
Micro-scénario 5 Recomposition des puissances mondiales, recentralisation et affaiblis- sement identitaire
LES MICRO-SCÉNARIOS
HYPOTHÈSE 1 HYPOTHÈSE 2 HYPOTHÈSE 3 HYPOTHÈSE 4
Identité culturelle
collective
Fragmentation identi-
taire et repli
Evolution vers une
identité plurielle an-
crée dans la mémoire
et le dialogue
Uniformisation cultu-
relle et appauvrisse-
ment du lien social
Démocratie et
citoyenneté
Renouveau démocra-
tique par une parti-
cipation citoyenne
élargie
Défaillance des ins-
titutions et réponses
associatives
Fragilisation de la
confiance dans les
institutions et déclin
civique
Gouvernance locale
et organisation du
territoire
Réorganisation de
l’action publique et
recomposition du bloc
communal
Recentralisation et
fragilisation de la
confiance locale
Renforcement de
l’autonomie et conso-
lidation des capacités
décisionnelles locales
Redistribution des
compétences et gou-
vernance territoriale
Finances publiques
locales
Raréfaction des fi-
nances publiques
Réorientation des
cibles fiscales Décentralisation fiscale
Géopolitique et
coopérations
internationales
Recomposition mon-
diale et vulnérabilités
méditerranéennes
Perte de cohésion de
l’UE et isolement accru
de la Corse
Diplomatie environ-
nementale méditerra-
néenne
Rôle stratégique accru
de la Corse dans un
contexte sécuritaire
tendu
132On assiste à une recomposition progressive de la hié-
rarchie des puissances mondiales. La Chine tend à dé-
passer les États-Unis pour s’imposer comme première
puissance globale, grâce à la qualité de la formation
de ses élites et à ses avancées majeures dans les tech-
nologies de pointe. Sur le plan militaire, elle renforce
considérablement son arsenal et développe une stra-
tégie de déni d’accès dans les zones jugées straté-
giques. De plus, la Chine et les États-Unis (entre autres
pays) participent activement à la militarisation de l’es-
pace extra-atmosphérique, notamment à travers le
déploiement de satellites armés. L’absence d’un cadre
juridique international strict dans ce domaine ac-
croît d’autant les risques d’escalade en cas de conflit.
Face à cette nouvelle bipolarité, les États membres
de l’Union européenne adoptent une posture de
non-alignement stratégique. Cette neutralité vise à
préserver leur unité interne afin de mieux affronter
les défis globaux, comme le changement climatique
et les migrations associées. Dans ce contexte, la Mé-
diterranée apparaît particulièrement vulnérable face à
l’intensification des déplacements de population, qu’il
s’agisse des flux migratoires ou du tourisme de masse.
Ces mouvements exercent une pression croissante
sur des territoires déjà fragiles. En Corse et dans les îles
touristiques, cette pression se manifeste de manière
spécifique, les visiteurs ne sont pas de simples pas-
sagers occasionnels, mais des populations régulières
dont la présence répétée pèse durablement sur les
ressources locales. Le changement climatique accen-
tue encore cette vulnérabilité en mettant en évidence
le problème de l’eau, une ressource abondante mais
mal gérée, qui pourrait pourtant devenir un atout stra-
tégique. Ainsi, sans la mise en place de coopérations à
l’échelle méditerranéenne, ces dynamiques risquent
de se cumuler et de provoquer une série de tensions
locales et régionales. La Corse se trouverait alors dans
une situation où elle subirait les évolutions plutôt que
de disposer des moyens de maîtriser son propre déve-
loppement.
L’incertitude fiscale s’accroît avec le populisme et est
marquée par une pression fiscale en baisse et des
coupes dans les dépenses publiques. Cela traduit un
affaiblissement progressif de l’État, dont les marges
financières se réduisent. Les choix budgétaires orien-
tés vers des réductions d’impôt se font au détriment
des investissements publics notamment dans les do-
maines de la santé, de l’éducation ou encore de l’éco-
logie. La baisse des ressources financières entraîne,
par ailleurs, un risque inflationniste pouvant accen-
tuer la vulnérabilité des ménages modestes et créer
davantage d’inégalités sociales.
Au niveau politique, une recentralisation s’opère à
travers l’imposition de normes contraignantes et la
mise en place de mécanismes incitatifs tels que les
labellisations et les contractualisations, renforçant ain-
si l’influence directe de l’État sur les décisions territo-
riales. Cette évolution traduirait également une forme
d’inertie institutionnelle face à l’aggravation des dé-
séquilibres financiers, où l’État intervient de manière
compensatoire renforçant progressivement sa tutelle
sur des collectivités moins autonomes financièrement
et peinant à assurer seules la continuité de l’action
publique. Dans ce cadre, les institutions locales pour-
raient être perçues comme moins efficaces, risquant
d’alimenter une méfiance croissante quant à leur ca-
pacité à répondre aux enjeux locaux.
La confiance publique dans les mécanismes démocra-
tiques se verrait fragilisée, alimentée par la perception
d’une opacité croissante des décisions. Ce processus
favoriserait un déclin progressif de la culture civique
et des pratiques démocratiques, parallèlement à une
montée de l’individualisme au sein de la société. Les
dynamiques collectives tendraient alors à s’effacer au
profit d’intérêts privés et de logiques consuméristes
mettant en péril la citoyenneté et la confiance entre
citoyens. La participation aux processus décisionnels
s’en trouverait réduite, vidant progressivement de leur
substance les mécanismes démocratiques et limitant
la capacité des institutions à représenter véritable-
ment l’ensemble de la société. Dans certains cas, cette
érosion pourrait même s’accompagner d’une intensi-
fication de pratiques mafieuses, renforçant encore la
défiance citoyenne.
La société corse s’est profondément fragmentée sous
l’effet conjugué de tensions sociales, économiques et
territoriales. Les clivages entre populations locales et
nouveaux arrivants, entre zones rurales et urbaines,
ou encore entre groupes favorisés et marginalisés, ont
nourri un sentiment de dépossession culturelle. Face
à cette dislocation du tissu social, certains groupes ont
adopté des replis identitaires, parfois intolérants, per-
çus comme les derniers refuges d’une mémoire en
voie d’effacement. Ce phénomène a affaibli la cohé-
sion sociale en entretenant des oppositions irréconci-
liables, nourries par une perte de sens et une instru-
mentalisation politique de l’identité. Dans le domaine
culturel, on assisterait à une hypotrophie de la créa-
tion culturelle, au profit d’un repli sur un patrimoine
de plus en plus méconnu et réduit à un simple sen-
timent d’appartenance. Le patrimoine et les activités
religieuses deviendraient les principaux ingrédients
de l’offre touristique, tandis que l’absence de poli-
tiques publiques culturelles renforcerait la folklorisa-
tion de l’identité et l’entre-soi. La langue se stabilise-
rait dans des usages partiels : un usage symbolique,
culturel et identitaire mais sans capacité à assurer un
renouvellement complet des locuteurs. La langue
garderait un espace d’existence sociale mais minoré
et sans transmission suffisante, demeurant dans une
zone intermédiaire entre résistance et effacement.
Micro-scénario 1 : Crise de confiance et repli identitaire
Micro-
scénario 1 :
Crise de confiance
et repli identitaire
Identité culturelle
collective
Démocratie et
citoyenneté
Gouvernance locale
et organisation du
territoire
Finances
publiques locales
Géopolitique et
coopérations
internationales
Fragmentation et
repli identitaire
Fragilisation de la
confiance envers
les institutions et
déclin civique
Recentralisation et
fragilisation de la
confiance locale
Raréfaction des fi-
nances publiques
Recomposition
mondiale et vul-
nérabilités médi-
terranéennes
133 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSELa hiérarchie des puissances mondiales demeure
globalement stable, malgré des tensions toujours
existantes. Les États-Unis conservent leur position
dominante tandis que la Chine progresse grâce
à ses avancées technologiques et à la formation
de ses élites, au prix d’une hausse du coût de sa
main-d’œuvre. La compétition sino-américaine se
concentre sur les domaines technologiques et stra-
tégiques, notamment dans l’espace extra-atmos-
phérique, mais reste contenue par des mécanismes
de régulation internationale qui limitent les risques
d’escalade. Dans ce contexte, l’Union européenne
renforce son unité en s’affirmant comme le principal
acteur mondial de la transition écologique, grâce à
des politiques ambitieuses (environnementales, sé-
curitaires, etc.) et à une diplomatie environnementale
proactive. La Corse s’inscrit pleinement dans ce mou-
vement. Elle parvient à mobiliser des programmes
européens pour financer ses projets de développe-
ment durable, la gestion de ses ressources naturelles
et la transition énergétique. Son capital environne-
mental constitue un avantage comparatif majeur et
un levier d’influence à l’échelle méditerranéenne. En
s’appuyant sur cette ressource stratégique, elle peut
consolider sa marque identitaire autour de la dura-
bilité et de la préservation du patrimoine naturel et
culturel. La Corse joue ainsi un rôle moteur en ma-
tière d’environnement en Méditerranée, en tissant
des coopérations renforcées avec la Toscane, la Sar-
daigne et d’autres territoires riverains. Ces partena-
riats (soutenus par des programmes européens) per-
mettent de capter des financements à la fois publics
et privés, de préserver le capital environnemental et
de maintenir la qualité de vie. Plus largement, les îles
méditerranéennes pourraient s’affirmer comme des
acteurs stratégiques à part entière, en se spécialisant
sur les enjeux propres à cet espace plutôt que de res-
ter cantonnées à un rôle périphérique.
Au niveau politique, une plus grande autonomie
permet de renforcer les marges de manœuvre des
collectivités, en leur offrant une capacité accrue
d’adaptation aux spécificités locales et une meilleure
réactivité face aux besoins des populations. Dans ce
cadre, les institutions locales gagneraient en légiti-
mité, réduisant le risque de méfiance citoyenne et
consolidant leur rôle dans la prise de décision terri-
toriale.
La décentralisation s’étend au domaine fiscal avec
des institutions disposant d’une maîtrise accrue sur
les taux, les assiettes et l’utilisation des recettes (ex :
partage d’impôt). Cette évolution permet aux col-
lectivités de mieux adapter la fiscalité aux spécifici-
tés territoriales, en orientant les ressources vers les
priorités locales. Un tel transfert de compétences
accroît la responsabilité budgétaire des territoires,
tout en renforçant leur capacité d’actions. Il ouvre la
voie à des politiques fiscales différenciées en fonction
des besoins des populations locales. Cela comporte
néanmoins des risques de disparités accrues entre
les territoires.
Dans ce contexte, une transformation culturelle
émerge, portée par de grands enjeux sociétaux ou
déclenchée par un événement critique. Ce bascule-
ment favoriserait une reconfiguration des modes de
participation politique, ouvrant de nouveaux espaces
d’expression et d’implication citoyenne. Loin de se
limiter aux procédures électorales traditionnelles, il
s’agirait d’un élargissement de la participation ci-
toyenne vers davantage de co-construction des dé-
cisions publiques. Ce processus aurait pour finalité de
prévenir le désengagement politique et de renforcer
la légitimité des choix collectifs à travers une gouver-
nance plus inclusive. Il nécessiterait de reconfigurer
les institutions selon une logique moins centralisée.
En réaction aux dynamiques d’uniformisation cultu-
relle et à l’appauvrissement du sens des mots, une
partie de la population corse a engagé un travail
de refondation de l’identité, envisagée comme un
ensemble d’identités individuelles plurielles s’inscri-
vant dans une mémoire et un projet partagés. Loin
de rejeter la modernité, cette voie propose une syn-
thèse entre traditions et enjeux contemporains, fon-
dée sur une réappropriation collective des mots, des
symboles et des pratiques. L’identité n’est plus per-
çue comme un héritage figé ou un mot menaçant,
mais comme un choix de société, nourri par la di-
versité, la transmission et l’exercice de la pensée. Ce
processus a renforcé la capacité des habitants à « se
reconnaître comme autre », à harmoniser les diffé-
rences sans les effacer, et à faire société sans nier les
désaccords. Une politique linguistique globale, am-
bitieuse et holistique est menée, dotée de moyens
conséquents et appliquée dans les domaines sco-
laire, public, économique, sportif et culturel. Elle
confère à la langue un statut juridique et une coof-
ficialité qui organise les conditions d’un choix effec-
tif pour la population. La promotion systémique
de la langue dans tous les espaces de la vie sociale
encourage son usage et sa légitimité, tandis que le
déverrouillage juridique permet une véritable recon-
naissance institutionnelle. Cette politique, soutenue
par une prise de conscience collective et une volonté
politique durable, favorise la transmission intergéné-
rationnelle et amorce un changement de mentalité
qui, sur 20 à 30 ans, transforme le rapport des locu-
teurs à leur langue. Par ailleurs, la culture serait en-
visagée comme un levier stratégique, permettant
d’éviter une forme de récupération identitaire poli-
Micro-scénario 2 : Autonomie renforcée et identité plurielle
Micro-
scénario 2 :
Autonomie renforcée
et identité plurielle
Identité culturelle
collective
Démocratie et
citoyenneté
Gouvernance locale
et organisation du
territoire
Finances
publiques locales
Géopolitique et
coopérations
internationales
Evolution vers une
identité plurielle
ancrée dans la
mémoire et le
dialogue
Renouveau dé-
mocratique par
une participation
citoyenne élargie
Renforcement
de l’autonomie et
consolidation des
capacités décision-
nelles locales
Décentralisation
fiscale
Diplomatie en-
vironnementale
méditerranéenne
134En Europe, le retour des tensions sécuritaires et la
résurgence de conflits (russo-ukrainien, israélo-pa-
lestinien, etc.) favorisent la montée de politiques
étatiques volontaristes. Dans ce contexte, une frag-
mentation de l’Union Européenne n’apparaît pas
envisageable, les interdépendances entre États
membres restant trop fortes. Un élargissement post-
conflit demeure même possible. Conscients de leurs
limites à agir seuls, les États membres seraient ame-
nés à renforcer leur coopération, en particulier dans
les domaines de la sécurité maritime et de la gestion
des ressources stratégiques. En Méditerranée, la de-
mande de sûreté maritime s’intensifie tandis que
les rivalités géopolitiques persistent, nourries par les
conflits du Moyen-Orient, l’aggravation des inégali-
tés Nord-Sud et l’instrumentalisation des flux migra-
toires. Dans ce climat instable, les routes commer-
ciales pourraient être durablement détournées, les
tensions diplomatiques se multiplier et la militarisa-
tion des îles méditerranéennes s’accentuer. Dans ce
cadre, la Corse occupe une position géostratégique
qui pourrait la placer au cœur des enjeux de sécurité
maritime. Ses infrastructures, les bases de Solenzara
et de Calvi, les sémaphores et les ports, pourraient
être mobilisées pour répondre à ces besoins accrus.
Plutôt que de subir ce positionnement, la Corse pour-
rait en tirer profit en s’inscrivant dans une logique de
partenariat stratégique avec l’État et les institutions
européennes. Les contraintes sécuritaires pourraient
devenir des opportunités économiques : modernisa-
tion des infrastructures portuaires et aéroportuaires,
renforcement des capacités de cybersécurité et ré-
orientation des fonds de défense vers des projets à
double usage civil et militaire. En développant une
stratégie pour attirer les fonds européens, la Corse
pourrait à la fois renforcer son rôle au sein de l’Europe
et préserver sa capacité à décider localement.
Une répartition plus équilibrée des compétences
entre les différentes échelles territoriales, fondée
sur le principe de subsidiarité, contribue à une gou-
vernance publique plus efficace et plus légitime.
En confiant aux collectivités locales les responsabi-
lités qu’elles sont les plus à même d’assumer, une
plus grande autonomie renforce leurs marges de
manœuvre et leur capacité d’adaptation aux spéci-
ficités territoriales. Dans cette logique, le transfert de
compétences pourrait s’opérer à différents niveaux :
une autonomie renforcée de la Collectivité de Corse
permettrait d’adapter un certain nombre de lois aux
spécificités insulaires, tandis qu’un élargissement des
prérogatives des EPCI et une plus grande latitude
accordée aux communes, voire une fusion de cer-
taines d’entre elles, favoriseraient la mise en œuvre
d’actions publiques mieux ancrées dans les terri-
toires. Ce mouvement de décentralisation pourrait
ainsi améliorer la coordination entre les échelles dé-
cisionnelles, accroître l’efficacité de l’action publique
et renforcer la légitimité démocratique des institu-
tions territoriales. La réussite d’un tel processus reste
conditionnée par l’aboutissement du projet d’auto-
nomie, la capacité à surmonter les résistances locales
et à clarifier les compétences partagées.
Cette décentralisation s’étend au domaine fiscal avec
des institutions disposant d’une maîtrise accrue sur
les taux, les assiettes et l’utilisation des recettes (ex :
partage d’impôt). Cette évolution permet aux col-
lectivités de mieux adapter la fiscalité aux spécifici-
tés territoriales, en orientant les ressources vers les
priorités locales. Un tel transfert de compétences
accroît la responsabilité budgétaire des territoires,
tout en renforçant leur capacité d’actions. Il ouvre la
voie à des politiques fiscales différenciées en fonction
des besoins des populations locales. Cela comporte
néanmoins des risques de disparités accrues entre
les territoires.
Dans ce contexte, une transformation culturelle
émerge, portée par de grands enjeux sociétaux ou
déclenchée par un événement critique. Ce bascule-
ment favoriserait une reconfiguration des modes de
participation politique, ouvrant de nouveaux espaces
d’expression et d’implication citoyenne. Loin de se
limiter aux procédures électorales traditionnelles, il
Micro-
scénario 3 :
Elargissement de
l’autonomie dans un
cadre de tensions
sécuritaires
Identité culturelle
collective
Démocratie et
citoyenneté
Gouvernance locale
et organisation du
territoire
Finances
publiques locales
Géopolitique et
coopérations
internationales
Evolution vers une
identité plurielle
ancrée dans la
mémoire et le
dialogue
Renouveau dé-
mocratique par
une participation
citoyenne élargie
Redistribution des
compétences et
gouvernance terri-
toriale
Décentralisation
fiscale
Rôle stratégique
accru de la Corse
dans un contexte
sécuritaire tendu
tique. Des politiques culturelles différenciées seraient
mises en place pour valoriser à la fois la culture corse
et la culture en Corse, afin de dépasser l’entre-soi. La
culture deviendrait alors un facteur de compétitivi-
té et d’attractivité grâce aux industries culturelles et
créatives, renforçant à la fois la cohésion sociale et le
dynamisme économique. Ce modèle permettrait de
préserver des repères identitaires sans repli, en pri-
vilégiant la création, la coopération internationale et
l’inclusion sociétale. La diversification des pratiques
culturelles (technologies immersives, jeux vidéo, etc.)
ouvrirait la culture à de nouveaux publics. Enfin, le
développement d’outils de formation artistique et de
filières professionnelles structurerait durablement le
secteur autour du triptyque art/science/société/inter-
national.
Micro-scénario 3 : Elargissement de l’autonomie dans un cadre de tensions sécuritaires
135 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEs’agirait d’un élargissement de la participation citoyenne
vers davantage de co-construction des décisions pu-
bliques. Ce processus aurait pour finalité de prévenir le
désengagement politique et de renforcer la légitimité
des choix collectifs à travers une gouvernance plus inclu-
sive. Il nécessiterait de reconfigurer les institutions selon
une logique moins centralisée.
En réaction aux dynamiques d’uniformisation culturelle
et à l’appauvrissement du sens des mots, une partie de
la population corse a engagé un travail de refondation
de l’identité, envisagée comme un ensemble d’identités
individuelles plurielles s’inscrivant dans une mémoire et
un projet partagés. Loin de rejeter la modernité, cette
voie propose une synthèse entre traditions et enjeux
contemporains, fondée sur une réappropriation collec-
tive des mots, des symboles et des pratiques. L’identité
n’est plus perçue comme un héritage figé ou un mot
menaçant, mais comme un choix de société, nourri par
la diversité, la transmission et l’exercice de la pensée. Ce
processus a renforcé la capacité des habitants à « se re-
connaître comme autre », à harmoniser les différences
sans les effacer, et à faire société sans nier les désaccords.
Une politique linguistique globale, ambitieuse et holis-
tique est menée, dotée de moyens conséquents et ap-
pliquée dans les domaines scolaire, public, économique,
sportif et culturel. Elle confère à la langue un statut ju-
ridique et une coofficialité qui organise les conditions
d’un choix effectif pour la population. La promotion
systémique de la langue dans tous les espaces de la vie
sociale encourage son usage et sa légitimité, tandis que
le déverrouillage juridique permet une véritable recon-
naissance institutionnelle. Cette politique, soutenue par
une prise de conscience collective et une volonté poli-
tique durable, favorise la transmission intergénération-
nelle et amorce un changement de mentalité qui, sur
20 à 30 ans, transforme le rapport des locuteurs à leur
langue. Par ailleurs, la culture serait envisagée comme
un levier stratégique, permettant d’éviter une forme de
récupération identitaire politique. Des politiques cultu-
relles différenciées seraient mises en place pour valoriser
à la fois la culture corse et la culture en Corse, afin de dé-
passer l’entre-soi. La culture deviendrait alors un facteur
de compétitivité et d’attractivité grâce aux industries
culturelles et créatives, renforçant à la fois la cohésion
sociale et le dynamisme économique. Ce modèle per-
mettrait de préserver des repères identitaires sans repli,
en privilégiant la création, la coopération internationale
et l’inclusion sociétale. La diversification des pratiques
culturelles (technologies immersives, jeux vidéo, etc.)
ouvrirait la culture à de nouveaux publics. Enfin, le déve-
loppement d’outils de formation artistique et de filières
professionnelles structurerait durablement le secteur
autour du triptyque art/science/société/international.
Dans un contexte de rivalité croissante entre les
États-Unis et la Chine et un changement dans leur
hiérarchie, les pays membres de l’Union Européenne
voient leurs intérêts stratégiques diverger de plus en
plus. Certains États, historiquement alliés des États-
Unis et dépendants de leur soutien militaire choi-
sissent de s’aligner sur les Etats-Unis. D’autres, ayant
des intérêts commerciaux en Chine, se rapprochent
de la position chinoise. Cette polarisation conduit à
une fragmentation politique de l’Union Européenne,
incapable d’avoir une position commune sur la
scène internationale, notamment sur une législation
concernant la militarisation de l’espace extra-atmos-
phérique. La montée des mouvements populistes au
sein de plusieurs États membres renforce les dyna-
miques de repli national et de méfiance envers les
institutions européennes. Ces forces politiques fragi-
lisent la capacité de l’Union à agir collectivement et
à promouvoir des politiques communes, en matière
de défense, de transition écologique ou de politique
migratoire. Ainsi, l’Union Européenne perd en cohé-
sion et en capacité d’action extérieure. Cette désu-
nion l’empêche de répondre efficacement aux défis
transnationaux, notamment aux flux migratoires liés
aux changements climatiques ou aux tensions en
Méditerranée. Pour la Corse, la fragmentation de l’UE
rend difficile le financement de ses projets de déve-
loppement et la structuration d’un réseau des îles
méditerranéennes.
L’incertitude fiscale s’accroît avec le populisme et est
marquée par une pression fiscale en baisse et des
coupes dans les dépenses publiques. Cela traduit un
affaiblissement progressif de l’État, dont les marges
financières se réduisent. Les choix budgétaires orien-
tés vers des réductions d’impôt se font au détriment
des investissements publics notamment dans les
domaines de la santé, de l’éducation ou encore de
l’écologie. La baisse des ressources financières en-
traîne, par ailleurs, un risque inflationniste pouvant
accentuer la vulnérabilité des ménages modestes et
créer davantage d’inégalités sociales.
Dans ce cadre, une réorganisation de l’action pu-
blique autour du bloc communal, notamment à
travers les fusions de communes et les logiques de
mutualisation au sein des EPCI et des communau-
tés de communes, pourrait renforcer l’efficacité locale
en donnant aux collectivités une taille critique accrue
et en favorisant l’émergence d’élus plus motivés et
mieux formés. Toutefois, ce processus reste condi-
tionné par la capacité à surmonter les résistances
locales et les défis organisationnels qu’implique une
telle transformation.
Micro-scénario 4 : Affaiblissement institutionnel et fragmentation sociale
Micro-
scénario 4 :
Affaiblissement
institutionnel et
fragmentation
sociale
Identité culturelle
collective
Démocratie et
citoyenneté
Gouvernance locale
et organisation du
territoire
Finances
publiques locales
Géopolitique et
coopérations
internationales
Fragmentation et
repli identitaire
Défaillances des
institutions et
réponses associa-
tives
Réorganisation de
l’action publique et
recomposition du
bloc communal
Raréfaction des fi-
nances publiques
Perte de cohésion
de l’UE et isole-
ment accru de la
Corse
136On assiste à une recomposition progressive de la hié-
rarchie des puissances mondiales. La Chine tend à
dépasser les États-Unis pour s’imposer comme pre-
mière puissance globale, grâce à la qualité de la for-
mation de ses élites et à ses avancées majeures dans
les technologies de pointe. Sur le plan militaire, elle
renforce considérablement son arsenal et développe
une stratégie de déni d’accès dans les zones jugées
stratégiques. De plus, la Chine et les États-Unis (entre
autres pays) participent activement à la militarisa-
tion de l’espace extra-atmosphérique, notamment
à travers le déploiement de satellites armés. L’ab-
sence d’un cadre juridique international strict dans
ce domaine accroît d’autant les risques d’escalade
en cas de conflit. Face à cette nouvelle bipolarité, les
États membres de l’Union européenne adoptent
une posture de non-alignement stratégique. Cette
neutralité vise à préserver leur unité interne afin de
mieux affronter les défis globaux, comme le change-
ment climatique et les migrations associées. Dans ce
contexte, la Méditerranée apparaît particulièrement
vulnérable face à l’intensification des déplacements
de population, qu’il s’agisse des flux migratoires ou
du tourisme de masse. Ces mouvements exercent
une pression croissante sur des territoires déjà fra-
giles. En Corse et dans les îles touristiques, cette pres-
sion se manifeste de manière spécifique, les visiteurs
ne sont pas de simples passagers occasionnels, mais
des populations régulières dont la présence répétée
pèse durablement sur les ressources locales. Le chan-
gement climatique accentue encore cette vulnérabi-
lité en mettant en évidence le problème de l’eau, une
ressource abondante mais mal gérée, qui pourrait
pourtant devenir un atout stratégique. Ainsi, sans la
mise en place de coopérations à l’échelle méditerra-
néenne, ces dynamiques risquent de se cumuler et
de provoquer une série de tensions locales et régio-
nales. La Corse se trouverait alors dans une situation
où elle subirait les évolutions plutôt que de disposer
des moyens de maîtriser son propre développement.
Une recentralisation s’opère à travers l’imposition
de normes contraignantes et la mise en place de
mécanismes incitatifs tels que les labellisations et
les contractualisations, renforçant ainsi l’influence
directe de l’État sur les décisions territoriales. Cette
évolution traduit également une forme d’inertie ins-
titutionnelle face à l’aggravation des déséquilibres
financiers, où l’État intervient de manière compen-
satoire renforçant progressivement sa tutelle sur
des collectivités moins autonomes financièrement
et peinant à assurer seules la continuité de l’action
publique. Dans ce cadre, les institutions locales pour-
raient être perçues comme moins efficaces, risquant
d’alimenter une méfiance croissante quant à leur ca-
pacité à répondre aux enjeux locaux.
Le maintien d’une fiscalité forte, réorientée vers les
foyers les plus riches et le capital, permet de ga-
rantir un niveau de dépenses publiques a minima
constant, tout en préservant, voire en améliorant, le
pouvoir d’achat des classes moyennes. Toutefois, les
Micro-
scénario 5 :
Recomposition des
puissances mondiales,
recentralisation
et affaiblissement
identitaire
Identité culturelle
collective
Démocratie et
citoyenneté
Gouvernance locale
et organisation du
territoire
Finances
publiques locales
Géopolitique et
coopérations
internationales
Uniformation
culturelle et ap-
pauvrissement du
lien social
Défaillances des
institutions et
réponses associa-
tives
Recentralisation et
fragilisation de la
confiance locale
Réorientation des
cibles fiscales
Recomposition
mondiale et
vulnérabilités mé-
diterranéennes
Les institutions peinent à répondre pleinement aux
besoins sociaux et citoyens, alimentant un sentiment
de vide démocratique. Dans ce contexte, les dyna-
miques associatives tentent, tant bien que mal, de
pallier ces insuffisances en apportant des réponses
souvent partielles et limitées par leurs ressources.
Portées par des logiques de solidarité et d’entraide,
elles parviennent néanmoins à maintenir vivantes
certaines dynamiques collectives et à préserver une
forme de cohésion sociale. Ces initiatives deviennent
ainsi, malgré leurs fragilités, des espaces privilégiés
d’expérimentation démocratique et de reconstruc-
tion du lien social.
La société corse s’est profondément fragmentée sous
l’effet conjugué de tensions sociales, économiques et
territoriales. Les clivages entre populations locales et
nouveaux arrivants, entre zones rurales et urbaines,
ou encore entre groupes favorisés et marginalisés,
ont nourri un sentiment de dépossession cultu-
relle. Face à cette dislocation du tissu social, certains
groupes ont adopté des replis identitaires, parfois in-
tolérants, perçus comme les derniers refuges d’une
mémoire en voie d’effacement. Ce phénomène a
affaibli la cohésion sociale en entretenant des op-
positions irréconciliables, nourries par une perte de
sens et une instrumentalisation politique de l’iden-
tité. Dans le domaine culturel, on assisterait à une
hypotrophie de la création culturelle, au profit d’un
repli sur un patrimoine de plus en plus méconnu
et réduit à un simple sentiment d’appartenance. Le
patrimoine et les activités religieuses deviendraient
les principaux ingrédients de l’offre touristique, tan-
dis que l’absence de politiques publiques culturelles
renforcerait la folklorisation de l’identité et l’entre-soi.
La langue se stabiliserait dans des usages partiels
: un usage symbolique, culturel et identitaire mais
sans capacité à assurer un renouvellement complet
des locuteurs. La langue garderait un espace d’exis-
tence sociale mais minoré et sans transmission suffi-
sante, demeurant dans une zone intermédiaire entre
résistance et effacement.
Micro-scénario 5 : Recomposition des puissances mondiales, recentralisation et affaiblissement identitaire
137 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSERÉSUMÉ DES MICRO-SCÉNARIOS
MICRO-
SCÉNARIO 1 :
Crise de
confiance et repli
identitaire
MICRO-
SCÉNARIO 2 :
Autonomie
renforcée et
identité plurielle
MICRO-
SCÉNARIO 3 :
Elargissement de
l’autonomie dans un
cadre de tensions
sécuritaires
MICRO-
SCÉNARIO 4 :
Affaiblissement
institutionnel et
fragmentation
sociale
MICRO-
SCÉNARIO 5 :
Recomposition des
puissances mondiales,
recentralisation
et affaiblissement
identitaire
Identité
culturelle
collective
Fragmentation
et repli identitaire
Evolution vers une
identité plurielle
ancrée dans la
mémoire et le
dialogue
Evolution vers une
identité plurielle
ancrée dans la mé-
moire et le dialogue
Fragmentation et
repli identitaire
Uniformation culturelle
et appauvrissement du
lien social
Démocratie et
citoyenneté
Fragilisation de la
confiance envers
les institutions et
déclin civique
Renouveau dé-
mocratique par
une participation
citoyenne élargie
Renouveau dé-
mocratique par
une participation
citoyenne élargie
Défaillances des
institutions et
réponses associa-
tives
Défaillances des ins-
titutions et réponses
associatives
Gouvernance
locale et
organisation
du territoire
Recentralisation
et fragilisation
de la confiance
locale
Renforcement
de l’autonomie et
consolidation des
capacités déci-
sionnelles locales
Redistribution des
compétences et
gouvernance terri-
toriale
Réorganisation
de l’action pu-
blique et recom-
position du bloc
communal
Recentralisation et
fragilisation de la
confiance locale
Finances
publiques
locales
Raréfaction des
finances pu-
bliques
Décentralisation
fiscale
Décentralisation
fiscale
Raréfaction des fi-
nances publiques
Réorientation des
cibles fiscales
Géopolitique et
coopérations
internationales
Recomposition
mondiale et vul-
nérabilités médi-
terranéennes
Diplomatie en-
vironnementale
méditerranéenne
Rôle stratégique
accru de la Corse
dans un contexte
sécuritaire tendu
Perte de cohésion
de l’UE et isole-
ment accru de la
Corse
Recomposition mon-
diale et vulnérabilités
méditerranéennes
territoires restent dépendants des orientations natio-
nales et leurs finances demeurent fragilisées par l’ab-
sence de prise en compte de leurs spécificités.
Dans ce contexte, les institutions locales peinent à ré-
pondre pleinement aux besoins sociaux et citoyens,
alimentant un sentiment de vide démocratique.
Les dynamiques associatives tentent, tant bien que
mal, de pallier ces insuffisances en apportant des
réponses souvent partielles et limitées par leurs res-
sources. Portées par des logiques de solidarité et
d’entraide, elles parviennent néanmoins à maintenir
vivantes certaines dynamiques collectives et à pré-
server une forme de cohésion sociale. Ces initiatives
deviennent ainsi, malgré leurs fragilités, des espaces
privilégiés d’expérimentation démocratique et de re-
construction du lien social.
L’extension des logiques globalisées et la domina-
tion de modèles culturels standardisés ont entraîné
une dilution des références culturelles propres à la
Corse. La Corse développerait une politique cultu-
relle limitée, centrée sur la langue et la culture corse,
mais sans véritable dynamique créative. Les struc-
tures existantes seraient reproduites à l’identique et
la culture réduite à une fonction de divertissement.
Ce modèle peu productif conduirait à une unifor-
misation progressive. La langue corse, bien qu’elle
ait mieux résisté que d’autres langues minorées, est
en net recul avec de moins en moins de locuteurs,
traduisant une rupture de transmission génération-
nelle. L’école ne suffit pas à combler le manque avec
630 heures en moyenne contre 1000 nécessaires
pour « fabriquer » des locuteurs. La langue ne sub-
sisterait que comme compétence résiduelle et mé-
moire collective, réduite à une valeur symbolique,
après la disparition de son spectre sonore et de sa
substance sociale. En matière de culture, la logique
dominante serait celle d’une reproduction sociale,
plutôt que celle d’une innovation ou d’une création.
Le tissu associatif, autrefois moteur de vitalité collec-
tive, s’est affaibli et les traditions se sont figées ou vi-
dées de leur sens. La culture est devenue spectacle,
perdant sa fonction première d’exercice de la pensée
et de lien entre générations. Dans ce contexte, l’iden-
tité corse tend à devenir une étiquette désincarnée,
déconnectée de la mémoire, de l’histoire et des an-
crages concrets. L’homogénéisation, perçue à tort
comme modernisation, a appauvri le vivre-ensemble
en niant la richesse de la diversité, jusqu’à menacer
l’équilibre fragile de la société.
138CRÉDITS PHOTO
joningall
Cullectività di Corsica
Assemblea di Corsica
Pierre Bona
Ad Thiry
Roger Maupertuis
OT Purtichju
Polopolo
139 CORSICA PRUSPETTIVA 2050 4 SCÉNARIOS POUR LE FUTUR DE LA CORSEINFOS/CONTACT
presidenza.assemblea@isula.corsica
140