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unknown - a) livret complet Victor Hugo nouvelle
Document publié le undefined NaN undefined NaN à NaNhNaN par la commune de Fonbeauzard.
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Thèmes du document : Aménagement du territoire, Histoire et mémoire, Mode, textile et habillement,
1
RECUEIL
NOUVELLES
PRIX
VICTOR
HUGO
20242
Membres du jury
ALEXANDRE Carmen, CHACON Nathalie, DÉLÉDICQ Emmanuelle (élue),
DJÉLAOUI Catherine, LASGLEIZE Céline, MATAIX-DUPUIS Christine,
MIGNOT Mélanie (élue), RÉZÉ Tania (librairie « Les Passantes »).
BIGOT Jean-Louis, SIDOR Frédéric (élu), VILLATE André (élu), VILLÉGA Bernard.
Thèmes
SUJET n° 1
Créez une histoire à partir des 10 mots suivants :
• Esprit
• Tablette
• Voyage
• Héritage
• Chihuahua
• Gratin dauphinois
• Panoplie
• Extravagant
• Parapluie
• Espoir
SUJET n° 2
Paris 2024 : « Comment en est-on arrivé là ? »
SUJET n° 3
Ecrivez une lettre d’adieux humoristique
*********************3
Dure journée
Ralph était couché là, sur le lit, après le repos d’une bonne nuit et, étant donné qu’un gros oreiller lui cachait
le réveil, il regardait la tablette appuyée sur les livres de l’étagère. L’écran affichait 11h55, il s’était réveillé trop tôt.
Mais qu’est ce qui avait bien pu l’arracher des bras de Morphée un matin si beau ? Peut-être le soleil qui caressait
son ventre grassouillet ou bien peut-être ses esclaves qui passaient l’aspirateur au rez-de chaussée. Au bout d’une
dizaine de minutes à somnoler, Ralph qui n’aimait pas l’aspirateur décida de quitter de son lit afin de les enguirlan-
der. Il passa près de la salle de bain, fit sa toilette et dévala les escaliers vers l’objectif de sa nouvelle quête.
Arrivé devant l’esclave qui faisait tout ce bruit, Ralph lui expliqua qu’il était trop tôt et qu’il était encore endormi.
Le problème était que les esclaves de Ralph ne parlaient pas la même langue que lui. Ils marmonnaient une langue
étrange peuplée de mots formant un incompréhensible fouillis. A bien y réfléchir, Ralph était seul dans sa maison à
parler sa langue. Par conséquent, l’esclave ne comprit pas un traître mot de son discours mais comme Ralph ne
s'arrêtait pas, il se retrouva pris de court. Il prit donc la décision d'abandonner la conversation. Ralph lui, choisit
d’aller calmer sa rage à l'extérieur au cours d’un petit voyage. Il se dirigea vers la porte et se posa à côté des pots à
parapluie (ses esclaves en ont toute une panoplie). Il regarda alors fixement l’esclave et l’appela dans l’espoir qu’il
lui ouvre. Il savait que ses esclaves étaient des faibles d’esprit et que celui ci ne pourrait donc pas lui résister. En
effet, le gaillard posa son aspirateur et ouvrit la porte en marmonnant dans sa langue de malheur. Eh oui, Ralph
n’allait pas s’abaisser à ouvrir la porte, il préférait encore se faire dévorer par des cloportes.
Ne disposant pas de moyens de déplacement, Ralph dut réduire son voyage à un simple tour dans le jardin. Alors,
là, tandis qu’il hésitait à repartir faire la sieste, il entendit aboyer le chihuahua du voisin. Il escalada la palissade et
s’assit sur un des poteaux qui la séparait en deux. Là il vit le chien affublé de gros yeux courir après un papillon
d’une couleur fade. Il se sentit bien supérieur à ce petit être si grossier à ses yeux. Non pas seulement par sa
position sur le poteau mais aussi par la puissance de son cerveau. L’un avait imposé sa domination sur sa maison et
l’autre courait en se contentant de suivre un ver volant. Rien ne faisait plus plaisir à Ralph que de sentir sa
supériorité par rapport aux êtres qui peuplaient son quartier. Il se rendit alors compte qu’il était sorti depuis cinq
minutes, au moins. Il décida donc de rentrer car c’était suffisant pour ce matin. Il se dirigea vers la porte fenêtre de
la cuisine et utilisa à nouveau sa Tactique de Persuasion Divine. L’esclave qui préparait alors le repas des siens fut
obligé de lui ouvrir. Ralph aimait taquiner ainsi ses serviteurs et retint donc un sourire.
En entrant dans la cuisine, une douce odeur lui chatouilla les narines. Qu’était-ce là ? Du gratin dauphinois, ou
alors…un rôti de porc ? Ralph sauta sur la table et s’assit à côté du livre de recettes. Il était ouvert aux pages du rôti
de porc et du gratin de blettes. Il avait vu juste, rien ne trompait son infaillible odorat. Même les rats ne lui
résistaient pas. Il avait un nouvel objectif qui était loin de lui faire peur : goûter au repas de ses serviteurs ! Il s’en
léchait déjà les babines mais il fallait d’abord qu’il fasse sortir l’esclave de la cuisine. Ralph regarda alors les
couverts qui se trouvaient sur le plan de travail. Tous plus extravagants les uns que les autres, avec différentes
formes et différentes tailles. Il remarqua que ces couverts étaient parfaitement dans l’axe Ralph/sortie de la
cuisine. Le problème était l’esclave et son ouïe fine. Ralph choisit de se rapprocher discrètement du plan de travail
depuis sa position. Le secret pour ne pas se faire voir c’est y aller doucement et faire attention. Ne s’étant pas fait
repérer et étant près des couverts, il donna un grand coup dans le plus proche, en l'occurrence une cuillère.4
Cette dernière, héritage de leur grand mamie, valdingua jusque dans le couloir et cet acte mit le serviteur dans une
colère noire. Il regarda Ralph d’une drôle de manière et courut chercher la cuillère. Ralph profita de ce laps de
temps pour se diriger vers la source de ce fumet envoûtant. Il goûta le rôti à même la casserole. La viande venait d’y
être déposée et était donc encore molle. Cependant il n'eut pas le temps de profiter. En effet, déboula dans la pièce
le serviteur, la main levée en train de crier. Ralph ne comprenait rien de ce qu’il disait mais il comprit sur son visage
qu’il n'appréciait pas qu’il goûte à son plat. Il décida de s’enfuir par la porte fenêtre alors restée ouverte.
Il fallait à présent qu’il retourne au lit sans passer devant l'esclave dans une incroyable rage. Ralph réfléchit puis
pensa à passer par le garage. Il dut alors se résoudre à en pousser la porte, s’y déplacer sans escorte et vite sortir de
ce lieu rempli d’araignées mortes. Il était enfin arrivé devant l'escalier. Il se dépêcha de le monter et de se jeter sur
le lit douillet. Malgré le fait qu’il acceptait de prêter sa chambre aux serviteurs, maintenant qu’il y était, il y sentait
une rassurante odeur. C’était la sienne. Il se coucha et se rendormit en chassant de sa tête l’esclave plein de haine.
Il se réveilla alors cinq heures plus tard au vu de l’heure qu’affichait la tablette. Ralph ressortit de la chambre et en
profita pour refaire sa toilette. Il descendit l’escalier et remarqua que ses serviteurs prenaient une pause devant la
boîte qui parle qu’ils nommaient “télé”. Ralph passa à côté de sa litière, frotta sa queue contre les jambes de ses
esclaves et se posa devant la porte. Il miaula, un serviteur se leva et lui ouvrit. Dehors, Ralph se posa sur le muret
qui donnait sur son impasse. Il n’y avait pas un chat. Cela ne l’étonna pas étant donné qu’il était le seul du quartier.
Fin
Nino MESUIL (sujet n°1)
*******
REPAS
Moi le chihuahua, d’un esprit extravagant, il me faut un parapluie dans ma panoplie.
L’espoir du voyage en héritage me pousse vers la tablette où un gratin dauphinois sera mon repas
pour une fois.
Gilles CEZERAC (sujet n°1)5
La cuisine de Lucie
Ce matin, en se levant, Lucie avait pris la décision de quitter André. Elle avait soixante-quinze ans et lui, soixante-dix-sept. Ils étaient mariés depuis cinquante-deux ans. C’était une brochure publicitaire pour un voyage en croisière qui l’avait décidée. Elle avait toujours voulu voyager, mais ce n’était que maintenant qu’elle se rendait compte que son mariage venait à bout de ses espoirs les plus forts.
Elle avait passé le reste de la matinée comme si de rien n’était. Elle s’était lavée et habillée, puis avait commencé à préparer le repas de midi. C’était une journée comme les autres du reste. Dehors, les gros nuages noirs faisaient tomber une pluie fine et le vent glacé avait poussé les gens à rester chez eux bien au chaud. C’était un dimanche d’octobre.
André s’était levé tard, il avait mal au ventre comme tous les matins et cela le rendait grincheux. Il ne dit pas un mot à Lucie quand il la croisa alors qu’elle continuait à s’affairer dans la cuisine. Il s’assit à la table et respira l’odeur du café que sa femme lui avait préparé. Il repoussa du pied le chien dont l’affection envers ses maîtres était, quoi qu’il arrive, toujours débordante. Le chien ne parut pas comprendre et s’en alla voir sa maîtresse. La radio était allumée et comme il était onze heures, elle monta le son pour écouter le flash d’informations.
« André ! écoute ça ! » dit-elle au bout d’une petite minute. André ne remarqua pas l’inquiétude dans sa voix. Il ne leva pas les yeux du journal d’hier qu’il lisait encore assis à la table de la cuisine. « André ! pour l’amour de Dieu, vient écouter ça !
— Mais qu’est-ce qu’il y a bon sang ! éclata-il, je peux pas être tranquille une putain de minute ! — Ils disent qu’un prisonnier s’est évadé de la prison ! lui répondit-elle impassible. — De la prison ?
— Un prisonnier très dangereux ils disent…
Mais André ne s’était toujours pas levé de sa chaise. Il feuilletait le journal en mangeant une tartine au beurre.
« Bof, dit-il toujours énervé, c’est toujours les mêmes conneries, non ? Tu écoutes trop cette saleté de radio. C’est toujours les mêmes imbécilités proférées par une panoplie de crétins qui s’y connaissent autant que moi ! (André s’emportait.) Et puis même si c’était vrai, hein ? Qu’est-ce que tu crois qu’il va nous faire ton évadé ? Il doit avoir sacrement autre chose à foutre, tu crois pas ? Il doit avoir toute la police de la ville sur le dos. »
La prison des Hermines, de laquelle, d’après la radio, un prisonnier venait de s’évader était seulement à quelques pâtés de maisons de la rue des Acacias où, il y avait maintenant une vingtaine d’année, André avait convaincu sa femme d’y acheter une maison à cause des prix plutôt bas pour la région. C’était une affaire ! lui avait-il dit.
Lucie regarda la rue par la fenêtre de la cuisine derrière la table. Elle ne vit que la pluie qui s’était intensifiée, et maintenant, le brouillard qui se levait.
« Qu’est-ce qu’il y a manger ce midi ? » demanda André toujours sans lever le nez de son journal. Lucie posa le plat sur la table. Elle posa ensuite une carafe d’eau et vint s’asseoir en face de son mari. Elle se servit et commença à manger.
« Et moi alors ? » s’indigna André. Mais Lucie continuait à mastiquer sans rien dire. Elle lisait l’étiquette sur la tablette de chocolat que son mari n’avait pas terminée.
« Je sais pas comment tu fais pour avoir encore faim avec ce que tu viens de t’empiffrer au p’tit déjeuné », finit-elle par dire. C’était plus une réflexion pour elle-même mais André se crut obligé d’y répondre. Il lui dit qu’ils avaient toujours eu bon appétit dans sa famille. Puis il se servit et enfourna une grosse bouchée.
« Pouah !! Mais c’est infect ce truc, cria-t-il en recrachant ce qu’il avait dans la bouche à côté de son assiette. Mais qu’est-ce que c’est ?6
— Du gratin dauphinois, c’est le même que d’habitude. Tu l’aimes d’habitude, non ? — Ah je sais pas, c’est peut-être la cuisson, c’est p’têtre pas bien cuit, dit-il plus calmement. — Moi je le trouve comme d’habitude, dit Lucie impassible.
Ils entendirent un bruit contre la porte d’entrée. Rien de trop fort, mais quelque chose d’inhabituel quand même. Leur maison était un peu isolée des autres. André se concentra pour écouter si le bruit recommençait, puis regarda par la fenêtre de la cuisine. Il était presque treize heures mais le ciel était sombre comme une fin de journée.
« C’était quoi ça ? » demanda Lucie en parlant du bruit. Elle vit le visage de son mari qui hésitait entre la circonspection et la niaiserie et elle sut que le divorce était la bonne décision. Elle lui annoncerait avant qu’ils aillent au lit.
Whisky sauta du canapé et s’approcha de la porte d’entrée en grognant. « Qu’est-ce qu’il y a mon garçon ? Un problème ? » demanda André au chien. Tout d’un coup, Whisky aboya de toute ses forces, mais les petits cris aigus n’auraient pas fait peur à une mouche.
« André, il y a quelqu’un devant la porte ! dit Lucie à voix basse.
— Mais arrête un peu ton char ! Qui veux-tu qu’il y ait avec ce temps ! » André observait toujours la porte, et soudain, il lui vint à l’esprit qu’elle n’était pas fermée à clé. Il pouvait voir le verrou tiré.
D’un coup, la porte s’ouvrit. Le chien aboyait à s’en faire exploser le cœur. Devant leurs yeux grands ouverts, un homme simplement vêtu d’un pantalon et d’un t-shirt gris entra et referma la porte derrière lui. Il était trempé comme une soupe. Lucie pensa tout haut que c’était lui, l’évadé de la prison des Hermines. C’était un géant. Elle se dit qu’il devait mesurer au moins deux mètres. Il tenait dans sa main un long couteau de cuisine. L’homme mit son index sur ses lèvres pour leur signifier de ne pas faire de bruit.
André se leva d’un bond. « Qu’est-ce que vous foutez là bordel ! » L’homme les regarda en silence, puis explora du regard l’intérieur de la maison. « Vous avez le téléphone ? » demanda-t-il. Lucie se mit à crier. Whisky prit ça comme un signal et se lança sur l’étranger. Il lui mordit le mollet. Avec sa taille, c’était tout ce qu’il pouvait attraper. L’homme essaya de se dégager mais devant la ténacité du chien, de son pied libre, il lui assena un terrible coup, puis un deuxième qui l’envoya valdinguer à l’autre bout de la pièce. C’était digne d’un footballeur professionnel. Lucie cria de plus belle et se précipita pour aller récupérer Whisky. Elle se mit à pleurer. André était toujours debout et il commençait à croire que sa femme avait raison. C’était bel et bien l’évadé qui venait de rentrer chez eux. La situation était sérieuse.
« Qu’est-ce que vous voulez monsieur ? dit-il avec calme et aplomb. — Le téléphone, répondit-il. Ecoutez moi, si vous faites ce que je vous dis, y aura pas de bobo. Sinon, vous pouvez me croire que je sais me servir de ça (il montra le couteau). — Le téléphone ? Oui, c’est là, répondit André. Il n’y a rien à voler ici, nous sommes deux vieux à la retraite.
— Vous savez pourquoi je suis là, je ne suis pas un voleur, je vais attendre chez vous un peu le temps que ça se calme dehors. »
L’homme se dirigea vers l’endroit indiqué. Il y avait un téléphone accroché au mur, un de ceux qu’on ne trouve maintenant plus que dans les vieilles maisons. Il attrapa le fil venant du combiné et le trancha d’un coup net avec le couteau. Lucie pleurait toujours, elle disait que Whisky ne bougeait plus, que c ’était un chihuahua et que ç’avait le cœur fragile ces bêtes-là. Elle disait qu’il était mort. Elle s’adressait à l’homme en lui disant qu’il venait de tuer son chien, son petit Whisky. Puis sa voix disparut dans les sanglots qu’elle n’arrivait pas à contrôler. André ne disait rien. Il réfléchissait à ce qu’il pouvait faire. L’homme était toujours dans l’entrée, il regardait André.
« J’ai faim, dit-il, vous avez quoi à manger ? » Il répéta sa question et André comprit qu’il était sérieux. L’homme désigna le plat sur la table et demanda ce que c’était. « Un gratin dauphinois, répondit André.7
— Alors on passe à table dit l’homme. » Il s’assit.
Il prit une fourchette et se servit directement dans le plat.
« J’aime pas manger seul, dit-il. Venez manger avec moi. Et puis comme ça, si un flic demande, vous n’aurez qu’à dire que je suis le neveu. »
André s’assit, mais Lucie continuait de pleurer dans le fond de la pièce. Elle tenait le petit corps dans ses mains.
« J’aime pas me répéter madame, dit l’homme en s’adressant pour la première fois directement à Lucie.
— Chéri, vient manger s’il te plait demanda André très calmement, Lucie ! pour l’amour du ciel ! » Lucie se leva en tentant de se maitriser et vint s’asseoir à table. L’homme enfourna la fourchette dans sa bouche et se mit à mastiquer. Il semblait aimer. Il en reprit une seconde fois, puis une troisième. « Vous mangez pas ? demanda-t-il. Allez, mangez avec moi. »
Lucie regarda sa fourchette et pensa qu’elle pouvait toujours essayer de la planter dans le cou de l’homme. Elle vit la tête de son mari qui regardait fixement le plat de gratin. Il avait un air absent, et en même temps il y avait quelque chose qu’elle n’avait jamais vu qui flottait dans ses yeux tristes. Elle repensa à la fourchette dans le coup de l’homme et abandonna le projet qu’elle jugea avec raison un peu trop extravagant.
André et Lucie se mirent à manger en silence.
« Si vous savez ce qu’on nous donne à manger là-bas, dit-l’homme.
— Vous aimez ? demanda Lucie en désignant le gratin.
— C’est excellent, madame, j’ai jamais mangé quelque chose d’aussi bon. »
L’homme, André et Lucie mangèrent en silence. L’homme demanda du vin, mais il n’y en avait pas, alors il se resservit du gratin et il continua à manger. Au bout d’un moment, l’homme se leva et alla ouvrir la porte. Il écouta une longue seconde et sembla rassuré.
« Vous savez, je vais toucher un bel héritage bientôt. C’est pour ça que je me suis évadé. Je pourrai vous dédommager pour… tout ça », dit-il en balayant de sa main l’espace de la cuisine. Il voulait sans doute parler du chien.
Il ouvrit la porte en grand. Il pleuvait encore à verse, mais le vent était tombé. Il prit un parapluie posé dans le coin derrière la porte et disparut.
André se leva et alla voir si l’homme était bien parti mais il ne vit que l’obscurité inquiétante qui était tombée sur le monde. Puis, sans un mot, il referma la porte et alla voir le chien. Il était mort. Il alla dans le garage et en sortit avec une pelle, puis il se dirigea dans le jardin de l’autre côté de la maison, et sous la pluie, il se mit à creuser.
« Qu’est-ce que tu fais André ? demanda Lucie qui l’avait suivi.
— Il a bien le droit à une fin digne, non ? Vingt-cinq ans qu’il était avec nous, bon sang ! » Personne ne parla. Ils enterrèrent leur chien et, trempés de la tête au pied, ils restèrent là à contempler la tombe qu’André avait fini de recourir de terre mouillée.
« Allons, André, rentrons », dit Lucie au bout d’un instant en lui prenant la main.
Ils se mirent tous les deux à pleurer quand ils passèrent le seuil de la maison. C’était un dimanche comme les autres. Il ne fallait pas trop s’en faire.
Baptiste SCHRICKE (sujet n°1)8
LE COUREUR
Il n’en pouvait plus. Il avait mal partout et il n’arrivait plus à respirer. Mais il ne s’arrêterait pas. Jamais. Comme disait son coach, ce sont les faibles qui renoncent. Et lui n’était pas un lâche. Que disait la devise déjà ? Ah oui, « toujours plus loin, toujours plus haut. » Sauf que là, il n’en pouvait vraiment plus. Parfois, il se demandait à quoi bon. Mais il refusait d’affronter ses doutes et chassait immédiatement ces pensées toxiques. Pourtant, dépasser à l’extrême ses limites, il savait faire. Et il aimait ça. Allez ! C’était juste un mauvais moment à passer…Tenir encore un peu. Foncer. Se concentrer. Plus qu’une lutte avec son corps, c’était surtout une bataille de l’esprit.
Il ne savait plus très bien comment tout cela avait commencé. Ni même pourquoi. Il aimait cette sensation de liberté que lui procurait la course. C’était comme s’il volait et tout lui semblait alors possible. Il y mettait toute sa hargne et sa ténacité et ça marchait plutôt bien. Quand il courait, il oubliait le temps, l’espace, les laides réalités du monde.
Au début, beaucoup lui demandait avec humour « Mais tu cours après quoi au juste ? » Comme s’il fallait une raison ! Oh ! mais il leur avait montré. Quand son coach l’avait pris sous son aile, il entendait bien prendre sa revanche et clouer le bec à tous ces moqueurs. Et quand il avait commencé à enchaîner les victoires - au point qu’il ne savait plus très bien où ranger toutes ses coupes - les envieux avaient pris le relais. « Eh, tu tournes à quoi ? » ou « Laisse un peu gagner les autres ! »
Lui, il se moquait d’eux. Pire, ils ne les entendaient pas. Il était libre. Il était fier. Il gagnait. Il était invincible.
Tout naturellement, il fut sélectionné pour Paris 2024. C’était une évidence pour tous et surtout pour lui. Il savait qu’avec encore plus d’efforts et de pugnacité, il atteindrait la première marche du podium. Être un dieu du stade. Il ne s’agissait plus d’être bon, voire excellent. Non, il fallait être meilleur que les autres. LE meilleur. De toute façon, depuis le temps qu’il s’entrainait, il ne s’était jamais vraiment lié d’amitié. Cela ne l’intéressait pas. Même avec son coach. Il était là pour lui, mais il était juste un moyen d’accéder à son rêve. Une seule chose comptait pour lui. Que son nom rejoigne les générations précédentes de battants (et de gagnants), de ceux qui avaient compté dans l’histoire, qui avaient atteint l’immortalité.
Alors, les autres ? Autant dire qu’il s’en fichait pas mal ! Ils n’étaient que des moucherons à écraser. A ses yeux, ils n’existaient que pour stimuler sa soif de gagner, que pour être vaincus et magnifier son excellence. Sa routine ne souffrait donc d’aucune exception. Il s’en tenait à une stricte hygiène de vie et consacrait peu de temps à sa plus fidèle supporter. Une seule chose méritait son attention, et cela valait bien tous les sacrifices. Mais parfois, il se demandait si…non, ne pas y penser ! Dans ces cas-là, il se guérissait en s’entrainant avec encore plus d’acharnement. Paris 2024 était à la porte.
Un soir, en rentrant de son entraînement, elle lui annonça gravement qu’elle devait lui parler. Il songea bien vite qu’il la négligeait pas mal ces derniers temps. Allons bon ! Voilà, c’était sûr, elle allait le quitter au moment où il avait le plus besoin d’elle. Il s’en voulut de ne penser encore une fois qu’à lui. Mais s’il voulait gagner, il ne pouvait pas se laisser distraire, même pas par une procédure de divorce. Quand même, ce n’était pas le moment….
Quand elle lui annonça qu’ils allaient bientôt accueillir une petite fille, il n’était pas prêt. Il ne réalisa pas trop ce que cela signifiait. C’était comme avoir mis le feu au détonateur sans savoir quand tout cela allait lui exploser à la figure.
Il ne dit rien, il était sous le choc.
Cette petite fille, leur petite fille, allait arriver dans…(il compta mentalement le nombre de mois restants et réalisa que cela tombait pendant ses épreuves aux JO). Sa femme continuait de parler mais il ne l’écoutait pas. Il eut la sensation de voler. Il n’avait jamais ressenti ça autrement qu’en courant, mais là…Sa femme lui expliquait qu’elle avait déjà tout prévu pour ne pas perturber son entraînement. Et pour l’accouchement, disait-elle, qu’il se rassure, elle demanderait à sa mère de venir pour ne pas être seule. Ils auraient ainsi deux victoires à célébrer.
Ce fut comme un électrochoc. N’était pas-ce pas plutôt à lui d’être à ses côtés pour célébrer cette victoire ? cette nouvelle vie ? Il ne voulait céder sa place à personne. Avait-il encore envie de sacrifier sa famille pour un prix périssable ?
Il éprouva un sentiment curieux de toute puissance mêlé d’infinie petitesse à l’idée qu’une nouvelle vie, dont il serait le gardien, se développait. Il voulait être le premier à lui souhaiter la bienvenue. Il observa sa femme. Elle resplendissait de joie et de bonheur. Il ne l’avait jamais vu aussi heureuse. En même temps, l’avait-il jamais vraiment regardé ? Elle parlait de prénoms, choisissait des couleurs de décoration, parlait de tricots9
et faisait des projets. Allait-il la laisser entreprendre cette course toute seule ? Non, il savait bien qu’au fond, il voulait courir à ses côtés. Une bouffée de tendresse l’envahit et il eut soudain honte de la personne qu’il était devenu. Comment en était-il arrivé là ?
Poursuivre ses rêves de gloire l’avait amené à se centrer uniquement sur ses besoins. Leur vie était régentée par un tas de règles et de protocoles que sa femme acceptait sans jamais se plaindre. Mais était-elle vraiment heureuse ? Il occupait la place centrale de leur union sans jamais se soucier de ce qu’elle ressentait. Il n’avait même jamais pensé à le lui demander. Cette introspective soulevait un pan entier et ignoré de sa vie, de leur vie. Il ne se trouva plus du tout aussi excellent. Finalement, à quoi lui servirait d’être le meilleur et d’entrer dans l’histoire s’il devait risquer d’y perdre ceux qu’il aimait ? Qui se souviendrait de lui au bout du compte ? Il réalisa qu’il voulait maintenant compter pour ces deux êtres les plus chers au monde.
Il avait accumulé tant de courses et de victoires, et pourtant il n’était jamais rassasié. Il pourrait bien en gagner encore une dernière, finir sa carrière en beauté. Mais serait-ce vraiment la dernière ? Il y aurait toujours un nouveau défi à relever. Et quel prix était-il prêt à payer pour une victoire supplémentaire, si glorieuse fut-elle ? Il sut que cela ne s’arrêterait jamais. Tout compte fait, ses succès ne lui procuraient qu’une satisfaction éphémère, bien légère en comparaison des sacrifices consentis. C’est pour ça qu’il en voulait toujours plus. Et cette année, qu’était-il encore prêt à sacrifier sur l’autel de la victoire ? Un nouveau succès aurait certainement un goût amer.
Le sage a dit « Les hommes rapides ne gagnent pas toujours la course, ni les hommes forts la bataille. »
Il réalisa que la plus belle des victoires n’était pas de celles qui se voient ; que sa femme et sa fille avaient désormais bien plus besoin de lui que lui n’avait besoin d’elles. Allait-il les décevoir ? Il voulait continuer à courir mais pas sans but. Ce ne serait pas un sacrifice parce qu’il le ferait par amour. Et quelle course ! Ce serait certainement la plus difficile mais aussi la plus belle.
Il prit conscience que le chemin serait long et parsemé d’embûches. Il n’osait même pas imaginer la tête de son coach. Mais il y ferait face avec courage et ténacité, comme à son habitude. Renoncer n’était pas une faiblesse. Cela demandait même une très grande force. Après tout, il avait peut-être bien couru sans but jusque-là. Mais maintenant qu’il en avait trouvé un, il savait qu’il ne courrait plus seul. Au lieu de courir contre les autres, il allait courir à leurs côtés. Son cœur se gonflait de joie. Il allait entamer une course qui durerait toujours. Cette course s’appellerait Julia.
Elle avait de grands yeux noisette, un sourire édenté et un crâne aussi lisse qu’un ballon de rugby. Et quand elle tendit ses petites mains potelées et qu’il croisa le regard de sa femme, il sut qu’il avait remporter sa plus belle victoire.
Sabine JANOWSKI (sujet n°2)10
L’Oubli des vagues
Il existe un peuple, situé au milieu des solitudes, bordant l’océan, à proximité d’une montagne décrite comme la colonne du ciel.
(Pline l’Ancien)
La nuit vient de tomber, étalant ses couleurs d’encre sur le paysage. La houle agite le navire, un petit bateau
semblable à ceux des gardes-côtes, nommé le Chihuahua V, que j’ai demandé à mener seul. Je vogue vers des
coordonnées bien précises, l’esprit tourmenté.
Je croyais ne jamais revenir à cet endroit.
Je me souviens de chaque détail, avec clarté. Nous étions le 12 avril 1998. Je naviguais sur un grand bâtiment
océanographique, en mission pour le CNRS. Il faisait jour, mais le temps était brumeux. J’étais sur le pont, avec un
autre collègue scientifique et une partie de l’équipage, lorsque nous vîmes un navire surgir de la brume. Il
dérivait, lumières éteintes, canots de sauvetage en place, sans signe de vie. Le capitaine dépêcha une petite
équipe pour aller sur place, en reconnaissance. J’insistais pour les accompagner. À bord, nous ne trouvâmes
aucune trace de l’équipage. Leur cargaison était intacte. Dans la cantine, des couverts étaient dressés et l’odeur
du gratin dauphinois venait chatouiller nos narines. Il était encore chaud. Où était passé l’équipage ?
Nous allions repartir, plus inquiets qu’intrigués par cette disparition soudaine, lorsque j’entendis un bruit, comme
un léger frottement. Je m’approchais et découvrais, recroquevillée dans la cabine de pilotage, une toute petite
enfant. Elle avait des cheveux très noirs et des yeux bleus clairs, de la couleur des glaciers. Elle tremblait et quand
elle riva son regard sur moi, mon cœur manqua un battement. Je n’avais jamais vu un regard comme celui-là.
L’enfant ne parlait pas et ne semblait pas comprendre ce que je lui disais. Nous ne retrouvâmes aucune mention
de la présence d’une petite fille sur le registre des passagers. Ne sachant que faire d’elle, nous l’emmenâmes avec
nous. Lorsque nous annonçâmes la découverte de ce vaisseau fantôme, l’affaire devint médiatique. Mais l’enfant
ne fut jamais réclamé. Mon instinct protecteur se réveilla. Je la gardais auprès de moi et l’élevais comme ma fille.
Je ne su jamais d’où elle venait, ni qui elle était. Je n’avais que deux indices, bien minces. Elle portait autour du
cou un pendentif rond et plat, en pierre argileuse, de grande taille pour son petit cou d’enfant, et sur lequel
étaient gravés d’étranges signes. Plus mystérieuse encore était la marque qu’elle avait sous la clavicule droite,
une sorte de signe ou de symbole, de la même couleur que ses yeux. Je conclus à un tatouage, fait avec des
pigments inconnus.
Je la baptisais Bianca, le nom d’une des lunes d’Uranus, car la couleur de ses yeux me faisait penser à cette
planète.
Ma fille grandit comme les autres enfants. Elle possédait une imagination très vivace et une capacité
d’apprentissage impressionnante. Elle devint une belle jeune femme redoutablement intelligente et perspicace.
Toutes ces années, la question de ses origines me préoccupait. Je cessais peu à peu l’océanographie pour
explorer les langues anciennes et découvrir la provenance de son médaillon. Je fis chou blanc chaque fois, jusqu’à
ce qu’un jour, j’apprenne la découverte d’une tablette de pierre argileuse, sur laquelle étaient gravés des signes
similaires à ceux présents sur le médaillon. Ces signes étaient ceux d’une langue inconnue, non-déchiffrée, pour
laquelle les chercheurs n’avaient aucune piste. Je me documentais beaucoup, je fis des tests et j’établis nombres
d’hypothèses. Je les vérifiais toutes et les invalidais une par une. À la fin, il ne m’en resta qu’une, extravagante et
impossible. Je n’osais y croire.11
Aujourd’hui, je n’ose toujours pas l’écrire. Je me demande quelle folie m’a pris d’entreprendre ce voyage et de
revenir à l’endroit où tout a commencé, dans la perspective que m’apparaisse une révélation.
Je plisse les yeux pour vaincre l’obscurité, agitant un projecteur lumineux vers les flots, à la recherche d’un signe.
Rien. C’est impossible. Je suis pourtant au bon endroit. J’ai arpenté la Terre dans tous les sens. J’ai échoué tant de
fois. L’impuissance commence à me gagner. La fatigue vient s’y mêler, et j’ai envie de hurler. J’ai consacré une
grande partie de ma vie à ce moment. Je me suis coupé des autres, je me suis coupé de la personne qui m’était le
plus chère, dans l’espoir de cet instant qui n’arrive pas. Il y a de quoi devenir fou.
J’approche de l’endroit. Je vais bientôt l’atteindre. Alors pourquoi n’y a-t-il rien ? C’était ma dernière piste. Un cri
s’échappe de ma gorge, un hurlement qui déchire le silence, rempli de frustrations, d ’erreurs, de défaites. Le
silence revient, pesant, chargé de mes déceptions.
Soudain, le vent se lève, sans prévenir, affolant le matériel de navigation. Les vagues se déchaînent. Je tente tant
bien que mal de maintenir en équilibre ma petite embarcation, lorsqu’une vague scélérate surgit, fonçant droit
sur moi. Je connais la puissance de ces vagues. Un véritable mur d’eau de 20 mètres se dresse dans le ciel. Au bas
mot, ce genre de vagues peut exercer une pression de 56 tonnes par mètre carré. Même avec un navire de
guerre, je n’aurais aucune chance. Alors c’est ainsi que tout finira…
Un sourire nerveux étire mes lèvres. Et si le signe que j’attendais, c’était celui-là ? À cet instant, je comprends que
l’île que je cherchais est peut-être destinée à ne jamais être trouvée. Certaines questions sont faites pour ne
jamais obtenir de réponses.
Quand la vague s’abat sur moi, ma dernière pensée est pour ma fille, Bianca.
Quand j’ouvre les yeux, la position de mon corps n’a pas bougé d’un poil, mais mon corps tout entier, lui, a
changé de place. Je ne suis plus sur le Chihuahua V. Je me trouve en bordure d’une forêt luxuriante. J’aperçois
des étendues d’eau, et puis des terres et de magnifiques bâtiments. Je relève leur architecture, un mélange de
savoir maya et d’influences issues de la Grèce antique. En m’enfonçant dans le territoire, je croise des hommes et
des femmes occupés à leurs tâches quotidiennes. Ils ont tous les cheveux très sombres et les yeux très clairs. Je
suis vite repéré par un groupe d’hommes portant des lances. Ils m’encerclent et me posent des questions dans un
langage que je ne comprends pas. Je ne le comprends peut-être pas, mais je peux peut-être le lire. J’ai passé les
dernières années de ma vie à étudier des signes incompréhensibles pour leur trouver un sens. En me servant de
ce que je crois avoir déchiffré, j’ai écrit un texte en utilisant les mêmes signes, pour expliquer qui je suis et
surtout, pour expliquer à ce peuple ce que je sais de lui. Ce texte est sur moi, dans la sacoche que je garde
accrochée en travers de mon épaule. Un homme me l’arrache et vide son contenu par terre, à la recherche d’une
potentielle arme. Lorsqu’il appuie malencontreusement sur le bouton d’activation d’ouverture de mon parapluie,
il croit avoir trouvé ce qu’il cherche. Il remballe le reste et ses camarades m’emmènent dans un monument
incroyable. On dirait un temple. On me laisse face à un vieil homme plus apprêté que les autres et au regard si
limpide qu’il en est presque blanc. Après un signe de soumission, je prends délicatement le parapluie pour mimer
son utilisation. Puis, je glisse la main dans la sacoche afin d’en sortir ma précieuse feuille de papier, que je tends
au vieillard traité comme un souverain. Il la déchiffre, lâche une exclamation courroucée et la déchire.
Visiblement, il ne me croit pas. Il fait signe à ses gardes de m’attraper.12
L’agitation que nous causons a alerté la population, qui s’est hissée sur les marches du temple. Je crois défaillir
quand, parmi la foule, j’aperçois la petite Bianca. C’est elle, c’est ma fille, mais elle a de nouveau 4 ans. J’ai envie
de pleurer de joie et de la serrer dans mes bras. J’ai enfin trouvé qui était ma fille et d’où elle venait. Bien sûr, ici,
elle ne s’appelle pas Bianca et ne réagit pas quand je l’appelle. Je dégrafe alors ma chemise pour laisser voir le
médaillon que j’ai emporté avec moi. Je le retire de mon cou. Les gardes me laissent faire. Tout le monde vient de
comprendre que je possède exactement le même que la toute petite fille.
Je suis venu ici pour prévenir tout un peuple de sa destruction prochaine et de l’oubli qui les attend. Leur
existence deviendra une panoplie de mythes et de légendes. La science finira par établir leur histoire comme une
fiction et leur passage sur ce monde sera totalement effacé.
J’ignore comment j’ai fait pour me retrouver projeté plusieurs milliers d’années en arrière. Je ne sais pas
expliquer non plus comment cette fillette s’est retrouvée seule sur un navire abandonné de tout son équipage, un
jour de 1998. Ce que je comprends en revanche, c’est qu’elle représente à elle seule l’espoir de préserver
l’héritage du peuple disparu des Atlantes.
Sarah SIMON-BOTTAREL (sujet n°1)
*****
Mon cher Emile
Lorsque je t’ai connu et que nous pensions nous installer ensemble, tu m’as promis que je serais ta princesse de
contes de fées, ta Cendrillon.
J’étais aux anges ! Enfin un homme romantique, qui allait exaucer le vœu de toutes les petites filles : épouser le
prince charmant.
Et en effet, dès le début de notre vie commune, je fus vraiment ta Cendrillon : comme elle, je faisais la vaisselle
tous les jours (tu me disais que le lave-vaisselle ça consommait trop), notre appartement était toujours
impeccable et rangé (au cas où tes amis viendraient à l’improviste, ce qu’ils faisaient finalement très souvent), je
cuisinais midi et soir… Les courses ? C’était pour moi aussi car « tu as le temps et tu sais toujours ce qui est bon
pour nous » disais-tu. Et puis ta petite Cendrillon a fait aussi agent de voyages pour les vacances, standardiste
pour tes appels et j’en passe.
Et grâce à toi, mon prince charmant, j’aurais presque pu monter une société de dépannage en tous genres, ayant
été obligée d’apprendre à gérer la plomberie, l’électricité et toutes les pannes de la maison.
Je suis tellement chanceuse mon Emile. Oui, tellement, que j’ai pensé qu’il ne fallait pas être égoïste et laisser à
d’autres cette opportunité de réaliser aussi leur rêve de petite fille.
Alors, lorsque tu liras cette lettre, je serai partie. Plus d’affaires qui « prennent tant de place dans les armoires ou
la salle de bain » car oui, je te quitte pour entamer une autre histoire : je pars en voyage pour devenir une
héroïne courageuse et intrépide, une autre princesse en quelque sorte.
Je suis certaine qu’une nouvelle Cendrillon partagera ta vie très vite car d’une telle princesse tu ne peux plus te
passer.
N’oublie pas : Les contes de fées finissent bien…. en général.
Cendrillon
Elisabeth ESCARTIN (sujet n°3)13
Le gratin dauphinois.
« Votre gratin dauphinois et son entrecôte à point, Madame. »
L'annonce du serveur endimanché vient instantanément ramener Sarah au moment présent. Voilà de longues minutes que son esprit est accaparé par l'écran de sa tablette. Lorsqu'elle lève enfin la tête, le temps s'est brusquement gâté et des trombes d'eau dévalent désormais les vitres de la brasserie familière. Un groupe chahuteur et bruyant vient s'asseoir à la table voisine de la sienne. Leur unique parapluie a détrempé le parquet de bois en quelques instants. Le serveur fulmine en apportant une serpillière.
Le plat du jour à peine déposé vient attiser l'appétit de la jeune femme, qui ne peut s'empêcher de prendre une fourchette pour détacher un morceau de pomme de terre fumant pour le fourrer dans sa bouche, quitte à se brûler la langue. Magie des correspondances ! La sienne est faite de tubercules, de crème et de muscade. Une seule bouchée suffit à la renvoyer vingt ans plus tôt.
C'est un mercredi comme un autre et Sarah déjeune chez sa grand-mère après l'école. Au menu, rien d'extravagant. Elle a préparé son plat signature : un gratin dauphinois. Sarah aime particulièrement la couche brunie et gratinée qui contraste avec le fondant des fines lamelles découpées avec soin par sa grand-mère. Rien ne pourrait égaler sa recette ! Mais ce qu'elle aime par-dessus tout, c'est l'air fier et satisfait avec lequel elle extirpe toujours le plat en céramique de son four, armée de ses maniques à carreaux, ce qui lui donne un air de marionnette rigolote.
Sa grand-mère s'appelle Antoinette Mirepoix. Toujours joyeusement apprêtée, avec sa panoplie de bijoux fantaisies et ses foulards en mousseline colorée, elle ressemble à la grand-mère imaginaire d'Amélie Poulain. Elle vit seule six jours sur sept avec son chihuahua doré aux yeux rieurs. Le septième jour, le mercredi, c'est Sarah qui reçoit toutes ses attentions. Antoinette n'a de cesse de dire qu'elle pourrait dilapider son petit héritage pour ces deux êtres qu'elle chérit et gâte plus que de raison. N'est-ce pas là le rôle d'une grand-mère ?
Antoinette n'est jamais partie en voyage. Traverser le quartier est déjà une expédition pour elle. Elle n'a pas mené la grande vie. Veuve très tôt, elle a été contrainte de trouver un petit travail à l'épicerie de quartier. Sa vie est aussi bien organisée que son appartement est rangé. Chaque chose à sa place : ses lorgnons de lecture dans la poche avant de son tablier, son répertoire corné sous le téléphone à cadran beige, ses casseroles rutilantes accrochées par ordre croissant de taille et l'invariable tic tac de l'horloge pour donner le tempo aux journées souvent trop longues.
Antoinette fonde beaucoup d'espoir en Sarah, un peu trop parfois. Elle lui souhaite chaque mercredi d'excellentes notes à ses contrôles avec le métier de ses rêves à la clé, passeport pour une vie de femme libre et accomplie.
Aujourd'hui, Sarah a brillamment réussi et c'est précisément son emploi du temps professionnel surchargé qui l'empêche de rendre visite aussi souvent qu'elle le voudrait à sa famille, laissant sa grand-mère adorée à une certaine et regrettable solitude, toute faite de souvenirs. Quelle douce et cruelle ironie, n'est-ce pas ?
« Vous avez dévoré votre entrecôte, mais le gratin dauphinois n'a pas semblé trouver grâce à vos yeux », grimace le serveur.
Brutalement extirpée de son souvenir par ce commentaire désobligeant, Sarah vient lever son regard brouillé de larmes vers l'air gauche et emprunté du serveur.
« Il manquait de muscade et les pommes de terre n'étaient pas assez... Non rien, laissez tomber, abandonne- t-elle avec un geste désinvolte de la main, qui l'invite à ne pas insister.
— Le dessert du jour est une madeleine...
— Non merci, je viens juste de croquer la mienne, finit-elle par sourire d'un air entendu mais nostalgique. L'addition, s'il vous plaît. Je suis pressée.
— Le travail, encore et toujours ?
— Non, j'ai changé mes plans. Aujourd’hui, je vais rendre visite à ma grand-mère. »
Fanny SALAT (sujet n°1)14
En hommage à Carlo Rovelli et Etienne Klein qui m'ont tant inspirée.
La temporalité
Avant même que ne furent construite des horloges pour le mesurer, Albert Einstein, grand esprit et non
moins extravagant constata le ralentissement du temps près des objets massifs: ainsi le temps
s'écoule-t-il plus lentement en plaine qu'en montagne. Celui qui vit en plaine , a moins vécu, vieillit moins
vite, le mécanisme de ces horloges a oscillé moins de fois, ses plantes ont moins poussé que celui qui vit
en montagne simplement parce que la plaine est plus proche de la terre que la montagne. De même les
objets tombent à cause du ralentissement du temps. Nous tombons en direction du ralentissement du
temps ce qui explique que nous tombons vers le bas et que nous soyons cloués au sol. Ainsi d'une horloge
posée sur le sol et d'une autre posée sur la table lesquelles n'indiquent pas le même temps, laquelle
indique le temps? Cette question n'a pas de sens. En réalité ni l'une ni l’autre n'indique le temps, elles
indiquent le temps l'un par rapport à l'autre. Il n'y a en réalité pas deux temps mais une multitude, autant
de temps que de points de l'espace. Le temps mesuré dans le référentiel ou l'observateur est immobile
s'appelle le temps propre. Le temps perd donc son unicité.
L'autre question fondamentale relative au temps est celle de l'écoulement du temps. En effet nous
distinguons passé et futur. En effet en songeant au passé nous pouvons avoir des regrets, des remords,
des souvenirs de bonheur alors que le futur est quant à lui synonyme d'incertitude, de désir, d'inquiétude
et peut-être même de destin. D'où vient alors cet écoulement du temps? De la chaleur et plus
exactement du fait que la chaleur passe d'un corps chaud vers un corps froid idée que l'on matérialise par
l'équation Delta S>=0 où S est l'entropie qui mesure le désordre du système et caractéristique de la flèche
du temps. Cette entropie est liée au nombre de micro états du système qui croit par exemple lorsqu’un
gaz qui occupait la moitié d'une enceinte occupe la totalité de l'enceinte. Ainsi l'entropie d'un système
croit avec le désordre du système. Mais l'entropie est lié au nombre de micro états du système qui ne
nous donne qu'une vision floue de la réalité. C'est notre vision floue de la réalité qui est à l'origine de la
flèche du temps, de l'écoulement du temps. Ainsi si nous connaissions parfaitement le système, la flèche
du temps disparaitrait. Ainsi le temps perd sa directionnalité.
Dix ans avant qu'Albert Einstein sans son héritage et sa panoplie de théories les plus époustouflantes qui
le menèrent dans un long voyage se soit aperçu que les masses ralentissaient le temps, il avait compris
que la vitesse ralentissait le temps. Ainsi le temps s'écoule moins vite pour un observateur mobile que
pour un observateur immobile. Montrons que maintenant n'existe pas. Supposons que ma sœur se
trouve sur Proxima b. La lumière met 4 années pour parcourir la distance qui nous sépare. Si je regarde
ma sœur avec un télescope ou15
si je reçois une communication radio de sa part, je sais ce qu'elle faisait il y a 4 ans et non pas ce qu'elle
fait maintenant. Peut-être puis-je dire que ce que fait ma sœur maintenant est ce qu'elle fait 4 ans après
le moment que j'ai observé avec mon télescope. Non, ça ne marche pas: 4 ans après le moment que j'ai
observé avec mon télescope, pour son temps, elle pourrait être déjà rentrée sur Terre dans 10 années
terrestres. Ce n'est certainement pas maintenant. Il n'y a donc pas de maintenant pour Proxima b. Le
présent correspond au temps que met la lumière pour parcourir Le globe terrestre, temps qui correspond
à la précision de nos horloges ou à 30 minutes sur Mars, 8 années sur Proxima b, des millions d'années
pour la galaxie d'Andromède. L'idée que maintenant est défini partout dans l'univers est donc une illusion.
Un présent unique n'existe pas pour tout l'univers.
Un autre fait important que l'on trouve sur l'internet et sur toutes les tablettes est l'indépendance du
temps. Sur ce thème, deux courants s'affrontaient dans l'espoir que l'un des deux triompherait. Aristote
pensait qu'il existe un temps qui mesure les jours et les mouvements. Newton pensait qu'en plus de
celui-ci il existe le vrai temps qui s'écoule de toute façon indépendamment des objets et de leur
survenance. Si tous les objets s'arrêtaient, ce temps continuerait à s'écouler. De même selon Aristote un
espace vide n'existe pas indépendamment des objets, les objets forment l'espace et selon Newton il existe
un espace vide dans lequel se meuvent les objets qui existe en dehors des objets. Qui des deux a raison?
Les deux ont raison selon Einstein. Il existe bien un espace et un temps comme l'affirme Newton mais cet
espace et ce temps et les objets comme le champ gravitationnel forment une même entité l'espace-temps
ou bien un champ. Le temps vrai et mathématique de Newton existe c'est une entité réelle: c'est le champ
gravitationnel.
Pour conclure, on démontre qu’à l'échelle de la longueur de Planck de 10^(-33) centimètre, le temps est
quantifié comme dans la théorie de la Gravité Quantique. Il n'est pas unique, n'a pas de directionnalité,
d'indépendance, il est quantifié.
De quoi nous effrayer et effrayer notre chihuahua qui lui ferait manger du gratin dauphinois. Se protéger
avec un parapluie n'y ferait rien.
Marie-Laurence IGNACIMOUTOU (sujet n°1)16
A ma chère et tendre cochonnaille
A toi mon bien-aimé,
Que j'ai longtemps appelé
Mon petit porcelet.
Le temps est venu de t'annoncer
Que je dois te quitter.
Peut-être est-ce une nouvelle inattendue
Mais sache que tes oreilles poilues
Ton visage joufflu et ton regard abattu
M'ont toujours plu.
Alors tu me diras, "Que t'est-il arrivé ?"
Pourquoi cette soudaine envie de tout arrêter ?
Et bien sache mon petit goret,
Qu'il est venu le temps d'être végé.
Adieu mon petit cochonnet,
Objet de tous mes péchés,
A l'aube d'une nouvelle ère,
Je ne puis me soumettre à l'adultère.
Sincèrement vôtre,
Votre ravissant et bel épeautre.
Aurore THOMINE (sujet n°3)17
L’email de toi
Un long soir animal
Je souffle ton pas laminal
Je t’attends dans cette prescience
Je souffre déjà ta présence
Des clapotis de l’âme
Jusqu’aux tourments de mes larmes
Tu glisses en moi, frisson
Vapeur, chaleur, poison
La foisonnante course de mes bulles
Pétille et déjà te brûle
Le goutte à goutte de ton cœur
me coule dans tes profondeurs
… éclair de ta chair
… éclat de ton bras
Rêves mouillés, rides sur l’eau
Emportent les particules de ta peau
Fouillent ton corps jusqu'au vertige
Le remous originel, vestiges …
Ta main déchire l’interface
Jusqu’à ta gorge et me glace
Dans cette douce langueur
J’entends le blanc, l’émail, j’ai peur…
Toute flaque étant bue
L’heure est enfin lue et revue
Le déjà perdu, refroidi
Tu tires sur la chaîne dépolie
Coriolis m'emporte déjà
Tourbillon mortel et voilà …
Adieu ! … Moi, l’eau de ton bain…
A jamais ! Ou peut-être à demain ? …
Corine NAWROCKI (sujet n°3)18
Elisabeth JACQUES (sujet n°3)19
NOS ANNEES D’EXTRAVAGANCE
Serge LAPISSE (sujet n°1)
Notre port extravagant,
Aux accents de notre lyre,
Suscitait étonnement
Et bien réjouissants délires.
Cela nous donnait un air
Original, entraînant,
Nous propulsant vers nos pairs,
Des rencontres nous marquant.
Grâce à notre panoplie,
Des amitiés se nouaient.
Nous en avions pris le pli
Et elles nous vivifiaient.
Alors que parfois la brume
Semait ses gouttes de pluie,
De peur d’attraper un rhume,
Nous portions le parapluie.
Pour faire nos prévisions,
Nous sortions notre tablette,
Et gérions nos provisions
En choisissant nos emplettes.
L’espoir sommeillait en nous,
Nous le menions vers demain,
Comme un délicat bijou
Que nous cueillions au matin.
Courant vers la mer bénie,
Ses bleus remous et rondeurs,
En un voyage infini,
La joie habitait nos cœurs.
Tel une fleur de jusquiame,
Et ses uniques substances,
L’amour irradiait nos âmes
Avec ample résonance.
Nous parcourions notre vie,
Toujours amants bienheureux,
Cheminant le cœur ravi
Depuis nos vingt ans joyeux,
Sur les routes du soleil,
Eclaboussés d’un amour
Orienté vers le grand ciel.
En nous croyant troubadours,
Nous laissions tous nos élans
Amoureux…nous entraîner
Vers des rêves délirants,
Des idéaux raffinés.
Le mardi, joyeusement,
Eve, son chihuahua, Hector,
Et moi, allions l’air gourmand,
Au restaurant sur le port
Savourer allègrement
Notre gratin dauphinois,
Source de tant d’agrément,
Nos papilles en émoi.
Mon aimée était très fière
D’avoir eu en héritage,
Le mini-chien de grand-mère,
Preuve d’amour sans partage.
Puis, à la blanche falaise
Nous nous rendions tout en bas
Et notre amoureuse braise
S’éteignait dans nos ébats.
Portés par nos doux baisers,
Enivrés par le grand air,
Nous étions comme envoûtés,
L’amour brûlant notre chair.
Être remarqué germait
Fort dans notre esprit rebelle :
Elle, en robe de soirée,
Moi, au nœud-pap en dentelle.20
HERITAGE
Quel héritage !
De retour du cimetière, autour du gratin dauphinois, les langues se délient
Passent en revue tant de souvenirs, des plus tristes aux plus joyeux
Tant de moments qui nous relient, le quotidien ou l’exceptionnel !
Des voyages aux plus lointains horizons : Laponie, Mongolie, Australie…
Tous ces trésors rapportés, énumérés en un long chapelet,
Du plus insignifiant à nos yeux étonnés, aux plus extravagants !
Sa panoplie de peintre des quatre saisons, sa palette et ses couleurs,
Son parapluie des jours de trop grand soleil ou de pluies averses.
Mais quel héritage !
Me direz-vous quelle idée saugrenue lui souffla cette mise-en-scène ?
Par quel espoir inouï confia-t-elle son chihuahua à nos soins incertains ?
Ce joyau au poil fauve, l’ami fidèle de ses jours d’ennui disait-elle !
Quel projet l’habitat de nous convier ainsi, chez elle, à sa table ?
La famille directe et ses amis proches, au bas mot vingt personnes.
Comment nous imagina-t-elle tous réunis autour de sa tablette ?
Pour accueillir en ce jour son discours d’outre-tombe.
Drôle de testament, pas à pas élaboré par cet esprit vif et alerte.
Marie-Hélène TERRIE (sujet n°1)21
BELLE RUPTURE
Oh non, non ! Mais pourquoi ? Pourquoi es-tu parti ?
Je t’aimais tellement, tu étais vraiment beau
Avec toi, je voulais passer, finir ma vie
Nous avions les mêmes passions, goûts musicaux
Tous nos nombreux amis ne vont pas comprendre
Que dire de nos familles respectives ?
Ta voix, je ne pourrai plus du tout l’entendre
Je vais m’effondrer, j’étais admirative
En fait, pourquoi n’es-tu pas parti bien plus tôt ?
Finalement, je ne t’appréciais pas vraiment
Je voulais profiter de la vie mon Jojo
Rien en commun, tellement d’ennuyeux moments !
Heureux seront nos amis qui se réjouiront
Sans parler de ma famille, n’en pouvant plus
Adieu à tes propos graveleux de pochtron
Je ris, chante, danse et bien sûr ne t’aime plus
Chantal CRESPY (sujet n°3)22
Cher travail,
Enfin, cher… Faut le dire vite. Pas cher payé, en tout cas !
Mais bref ! mon cher pépin,
Quelle épine dans le pied, en moins !
Maintenant, ce sera vraiment le pied,
Les orteils en éventail, la sieste au soleil, le farniente à l’ombre…
En un mot ou en trois : je te quitte, cher travail !
Comme je me sens léger ! J’ai même envie de danser !
Pourtant, je ne peux pas le nier, il y a longtemps que je t’aime…
Mais je sais que je t’oublierai.
Faut-il que je t’aie aimé !
Depuis ce jour où, du haut de mes quatre ans,
J’ai franchi le lourd portail en fer de l’école maternelle.
Se tenir assis derrière un petit bureau de trop longues heures,
Ecouter, s’appliquer, apprendre, retenir, lire, compter, écrire,
Ne pas bouger, ne pas crier, ne pas, ne pas…
Ça a commencé très tôt !
De maternelle en primaire, de collège en lycée
Et en faculté,
J’ai passé plus de vingt années de ma vie à apprendre !
Mais enfin, on peut penser que j’étais libre…. Relativement !
Alors que, depuis que je t’ai rencontré, cher travail, j’ai aliéné ma liberté.
D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que notre belle langue française
T’a nommé de ce vocable qui signifie torture.
« Tripalium, instrument de torture à trois pieux. »
Suis-je maso pour t’avoir consacré une part trop importante de ma vie ?
Tu m’as façonné, tu as fait de moi un personnage, affublé d’un métier,
Tu m’as donné un statut social, j’ai eu l’impression d’être utile,23
J’ai été gratifié d’un salaire, rétribution juste ou injuste d’un service rendu.
Oui, c’est toi qui m’as nourri !
Cependant, depuis quelques années, je rêve de te quitter,
D’échapper enfin à tes exigences, à tes contraintes, à ton carcan.
J’ai dû tenir, augmenter mes efforts pour te satisfaire,
A la limite de mes capacités.
J’ai dû obéir aux fanatiques du travailler plus et plus longtemps,
J’ai dû obéir aux « apologistes-du-travail-des-autres »
Ainsi que les appelle l’amie Salvayre*.
C’est fini. Avec toi je ne vis plus, j’étouffe, j’ai besoin d’air…
Alors aujourd’hui : Enfin ! Youpi ! Hourra !
Plus de réveil matin, plus d’embouteillage,
Plus de patron qui impose, plus de collègues ronchons qui se soumettent,
Plus de clients qui exigent,
Plus de comptes-rendus ni de comptes à rendre…
Alors aujourd’hui : Enfin ! Youpi ! Hourra !
Les grasses matinées, traîner et lire sous la couette,
Admirer les fleurs de mon jardin et la campagne en beauté,
Découvrir quelques merveilles du monde,
M’occuper des miens sans compter le temps,
Ecrire ce qui me traverse la tête, même des bêtises !
Et vieillir…
Vieillir doucement en goûtant ce que la vie nous offre…
Ça y est, je t’ai déjà oublié !
* « Depuis toujours nous aimons les dimanches » - Lydie Salvayre - Ed Seuil
Françoise BLANC-ROUFFIAC (sujet n°3)24
Les scuds de Gertrude
Eustache,
Tu te trompes,
Je me trompe,
Bref, nous nous trompons.
Sans tambour ni trompette ni renommée.
Je fuis ta tête de bravache, boule à zéro, moustache et totos,
Tête de clou devenu marteau.
Je préfère la ganache qui a bon goût au panache et sa roue,
La douce gourmandise à la couardise d’un connaud.
Et ne t’empresse pas de gonfler le jabot à tire-larigot ! Ton allure empruntée, torse dilaté, tronche en biais, est celle d’un fieffé déplumé dont le panache n’a finalement jamais existé. Ta roue déraille, vieille canaille !
Même nyctalope, l’ombre de ta pénombre me bouche la vue.
Mes fallopes mises en sourdine se ratatinent.
Tes doigts difformes et crochus ne m’emballent plus.
J’en ai gros sur la patate, je me carapate vers d’autres Carpates.
Qu’explose la pression ! Aux chiottes la compassion !
La coupe est pleine ! Sans parler de ta tonsure sabrée par des ciseaux rouillés. Le gras crasseux de ces étranges tifs dégouline sur tes joues et toi, tu te la joues ! Rien ne t’ébranle, tu t’en branles ! Seul ton pécule stimule «ton bidule» !
Tes badigoinces, tordues par les grimaces et jurons, camouflent un champ de batailles ruiné par des chicots avariés qui puent la brosse négligée, empestent la nécessité, bien que tes silos regorgent de blé amassé.
Ah cette haleine ! surpassant celle d’une baleine ayant coincé un banc de vieux poissons en décomposition dans ses fanons. Un vrai relent de cagoinces dans les mandibules à dudule !
J’peux plus piffrer ton pif. Ce nez qui n’est pas un cap, que dis-je…une péninsule, dont tu vantes les qualités à la criée, ne renifle pas une seule parcelle du bout de tes pieds ! Un blair indéfinissable, hémorroïde bouffie où pullulent des pustules prêtes à éclater. Eustache, ton blase est nase.
Tu cires tes pompes en grande pompe or, tes lâchers importuns, dont la pestilence égale celle de ta médisance, flatulent mon quotidien qui devient malsain. Réjouis-toi de l’air gratuit que tu me pompes ! ça n’mange pas d’pain ! me coupe juste la faim !
Tes bugs à ras les gogues saturent mon existence d’alertes «vigilance». Le risque d’inondation devrait attirer ton attention, au moins par devoir de précaution. T’es dans l’goulot d’la météo mon boulet, winner des rots et des pets ! roi d’la biroute en déroute !
Et moi, Gertrude, je tombe en désuétude. C’est une certitude !
Monsieur «Ouille», il est temps de rallier le cours de notre siècle. La quenouille servait, en son temps, à un prince dit «charmant». Cesse de me jauger comme une andouille. Tes bésicles sont pourtant très épaisses.
Ne vois-tu pas que ton registre a perdu sa magie enchanteresse ?25
A défaut de pouvoir te tailler la barbe, je taille la zone pour préserver ma couche d’ozone. Du feu de l’enfer sauver mes fesses sans aller à confesse.
Quant au costard, il est trop tard, inutile de le tailler, il est mité.
Tes sempiternels reproches me rendent les esgourdes plus sourdes aux cloches de l’église du hameau qu’au bruissement d’ailes d’un oiseau.
A force de mettre de l’eau dans mon vin, je n’allège plus rien.
J’ai mauvaise humeur, mauvais teint.
Eustache,
C’est dans l’pire que t’es l’meilleur !
Tu ne me fends plus le cœur mais m’donne des haut-le-cœur, de la rancœur.
Ton miroir ne reflète que le noir du charbon. Je m’abime dans cette mine et ses wagons. Tiens ? ça rime avec gros con. Et « quand on mettra les cons sur orbite, t’auras pas fini d’tourner » ! ça c’est d’la réplique qui tombe à pic !
Le sabotage dégénère en naufrage. Désabusée d’être sabordée comme la méduse et son radeau par une triple buse, je perds mon souffle à creuser mon tombeau, m’asphyxie dans le dézingage de ce sordide paysage.
Au diable cette galère ! Je m’expulse de cette vie pourrie ! Je déguerpis !
Comme à son habitude, ta «vénérable» génitrice et son cordon d’avarice feront l’affaire. La place est libre pour les rôles d’actrice qu’elle préfère. Infirmière, sœur, mégère, dame de compagnie et de maintien de vils besoins…
Sûr, tu seras pépère !
Désormais, je n’en ai que faire.
PS :
Je respecte les baleines, Rostand et Cyrano, Géricault et son tableau, Pagnol et son cœur, Montmirail et son maraud, les trompes des femmes, les femmes trompées, les piques d’Audiard, les écolos etc…. Je n’ai su résister à l’envie d’écrire cet adieu en le parsemant de références singulières, même si je sais par avance qu’elles ne trouveront aucune résonnance dans le magma de ton crâne d’ignare charognard.
Agnès RHODE (sujet n°3)26
MOURIR COMME MOLIERE
J’ainsi que quelque acteur tire ma révérence
Avant que vous de moi ne perdiez souvenance
Au moment de quitter l’humaine société
En espérant odieux n’avoir point trop été.
Je ne sais nullement si je vous fais envie,
Mais temps est de dresser le bilan de ma vie
Préparatoirement au pesage dernier
Opéré par Saint-Pierre aux fortes clefs d’acier
A l’entrée de l’Eden sous le regard sévère
De Dieu - patron suprême et terrible cerbère
De la libre existence accordée aux humains
Quand après le trépas point n’est de lendemain.
Ce verdict je redoute - amoral comme suis-je
Puisqu’ayant manœuvré ma barque comme puis-je
Parmi cent-mille écueils inévitablement
Sur mon chemin plombé par tant d’empêchements.
Mais de rire cessons car cette heure est très grave
Au point que j’en rougis comme une betterave
Ainsi que le disait ce cher Dashiell Hammett
Au détour d’une phrase aussi bien que « Macbeth ».
Vous ne me verrez plus sur terrestre surface
Et ce que j’eusse ou non perdu la mienne face
Et plus n’existerai-je ailleurs que dans vos mots,
Rêves et souvenirs et fleurs sur mon tombeau
Tandis qu’effaceront les années ma mémoire
S’accumulant depuis la fin de mon histoire.
Faudrait-il pour autant sur ce sujet pleurer
Puisque tous nous attend ce terme programmé
Par Dieu le Tout-Puissant dans la date et puis l’heure
Inconnues toutes deux mais étant certain leurre ?27
Face à tout l’Univers nous sommes des pantins
Obscurément agis par d’occultes filins
Et pour qu’en tristesse onc et mort on ne se noie
L’on a créé cette arme appelée de la joie
Qui d’absurde colore humaine condition
Et la fait supporter sans autre solution.
Aussi , quand je mourrai, point d’excès de lacrimes
Car au sein d’Au-Delà se résorbent les crimes
Quand s’entassent les ans presque amnésiquement
Parmi les « boulevards des allongés » suivant
Cette expression d’argot afin des cimetières
Parler pudiquement de façon familière.
Mais aussi j’ai bien temps de parler de la mort
Alors que les plaisirs en perpétuel trésor
Aux yeux de qui sait voir s’amassent sans relâche
Et pour les éviter faudrait-il être lâche !
D’images de beauté j’alimente mes yeux
Pour le terrestre monde - ah ! - regretter un peu
Et cette provision de vérités splendides
Oublier me fera de la mort les sordides
Aspects fatals et sans parade - éternité !
Aussi faut-il parfois à la joie nous jeter,
Nous livrer, nous plonger, et que l’on s’abandonne
( Sans crainte que l’Eglise en cela nous sermonne)
Au plaisir égoïste en le circonstanciel
Frein cependant que l’on n’encoure du Ciel
L’iriée condamnation pour erreur immorale
Valant inhumation au sein de la totale
Mémoire planétaire au pécheur inconscient
Qui point tout-puissant n’est et non plus omniscient.
Michel ROULLEAU (sujet n°3)28
Guinguette en héritage
Véritable girouette
Le tournis te guette !
A la tête de cette guinguette
Ne va pas perdre la tête !
Fascinée par cet extravagant héritage :
Ton esprit volage
S’offre un fabuleux voyage……
A découvrir sur la tablette
Toute une panoplie de plats en fête !
Mais voilà que tu t'en presses
De faire varier le contexte.
Tu vas mettre à mal cette guinguette :
Tu n'es pas à Malte, ma pauvrette.
Pas un choix respecté
Pas un menu parachevé
Tantôt tu te pourlèches :
Pensant gratin dauphinois
Tantôt et tout à la fois
Voilà que tu craques
Pour une bien grasse poularde !
Alors c'est quoi ton choix ?
Tu me fais perdre la tête !
Pour le chien n'en parlons pas !
On a passé toute la contrée
A le chercher, à hésiter :
Dalmatien ? Épagneul ? Berger ou cocker ?
Et bien ma foi : un chihuahua
A eu ta préférence
Ta préférence à toi !
Alors voilà
A l’ombre d’un parapluie
Je garde espoir
De te savoir épanouie
Dans ta guinguette !
Annie PIALOT (sujet n°1)29
Labour à l’alpage
Ce texte gagne à être fredonné sur l’air (difficile) de « L’amour à la plage » de Niagara
Ce soir, je répands du bon terreau
Dans mon jardinet haut, sur les haricots coco.
L’esprit, c’est de faire bien pousser
Plein de légumes, les déguster toute l’année.
Les joies du jardinage Atchi hua hua hua
C’est beaucoup plus qu’un jeu Hua hua
C’est comme un beau voyage Atchi hua hua hua
Bien vert espoir sous le ciel bleu Hua hua
La terre, c’est pas extravagant si
Elle demande du temps, la force des bras, de l’eau aussi
Et si je l’ai un peu retournée,
C’est pour récolter, des pommes de terre pour cuisiner
Un gratin dauphinois Atchi hua hua hua
Celui à trois étages Hua hua
C’est ma recette à moi Atchi hua hua hua
J’l’ai eue en héritage Hua hua
Par tous temps, au jardin tu viens m’aider
Sombrero et parapluie font partie d’la panoplie
Tu repars ravi, ton panier bien rempli
De ton chou et ta blette, et des radis qu’tu as récoltés
C’est labour à l’alpage Atchi hua hua hua
On sèmera toujours Hua hua
De bonnes graines, puis on partage Atchi hua hua hua
Fleurs et légumes, fruits de l'amour Hua hua
C’est labour à l’alpage Atchi hua hua hua
…
Christian GOLLER (sujet n°1)30
Après la bataille Victor Hugo
Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d’une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit.
C’était un Espagnol de l’armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié.
Et qui disait: » A boire! à boire par pitié ! »
Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit: « Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. »
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l’homme, une espèce de maure,
Saisit un pistolet qu’il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant: « Caramba! »
Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
« Donne-lui tout de même à boire », dit mon père.
Victor Hugo31
Demain, dès l’aube… Victor Hugo
Régis Gonzalez, A demain, Léopoldine, 2021. Gravure édition limitée en vente dans notre Galerie d’Art
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Victor Hugo, extrait du recueil «Les Contemplations» (1856)32
La Coccinelle
Elle me dit : « Quelque chose
Me tourmente. » Et j’aperçus
Son cou de neige, et, dessus,
Un petit insecte rose.
J’aurais dû, — mais, sage ou fou,
À seize ans, on est farouche, —
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l’insecte à son cou.
On eût dit un coquillage ;
Dos rose et taché de noir.
Les fauvettes pour nous voir
Se penchaient dans le feuillage.
Sa bouche fraîche était là ;
Je me courbai sur la belle,
Et je pris la coccinelle ;
Mais le baiser s’envola.
« Fils, apprends comme on me nomme, »
Dit l’insecte du ciel bleu,
« Les bêtes sont au bon Dieu,
Mais la bêtise est à l’homme. »
Victor Hugo33
Pour mieux t’aimer
Je voudrais te quitter, moi qui n’aime que toi
Je suis comme l’arbre dans la tempête, la fièvre de toi
Mon horizon se limite à la frontière de ton corps : ma vie n’existe que par toi
Je suis le pauvre, l’aveugle, le paria sans toi
Tu joues avec mon cœur, mes rêves tu les emprisonnent
Avant toi le ciel était gris, la pluie désespérément triste
Mes remords avaient le goût d’étangs acides et sana fonds
Mes phrases cascadaient sans paroles, mon sourire invisible
Les poings serrés dans mes poches, j’errai dans la cohue
Malgré de vagues fantômes qui m’ont donné la main
Je ne croyais plus au printemps fleurissant sur mon chemin
Ton sourire est venu allumer ma nuit
Tu es la vague et je me suis laissé porter avec délices
Tu m’as appris la chanson du vent, l’odeur des blés
Je m’enivre de l’algue de ton corps qui me ramène toujours à toi
Et je suis devenu l’esclave de tes mots d’amour sans fin
Tes bras me serrent toujours plus fort, je vois à travers tes yeux limpides
Pourtant, je voudrai te quitter moi qui n’aime que toi
Mes mains sur l’arbre, libre, je sentirai battre sa vie
Dans la ville prisonnière : je marcherai sans peur dans les rues sales
Je verrai le soleil se coucher sur une foule immense
Et quand j’aurai découvert le monde qu’ils bâtissent
Je reviendrai dans ton sourire, le cœur lourd d’amour
J’aurai brisé les murs de ma prison qui me tient écartelé
Dépassé les regrets et le carcan d’habitudes qui enferment mon désir
Alors la tendresse nous brulera comme autant de fleurs épanouies
Tout redeviendra tranquille, tout sera facile
Dans ces matins nouveaux, nous serons à nouveau l’un à l’autre
Parcourant ensemble le chemin de l’amour retrouvé !
Bernard WIN (hors concours)34
Ailleurs l’herbe est plus verte ?
Comment en est-on arrivés là ?
En se reposant sur un postulat ?
Existe-t-il une frontière
Qui soit inscrite dans notre chair ?
Nous passer l'anneau au doigt
Peut-être un gage de foi
Pourtant la vie à deux
Ne fait pas toujours long feu
Où sont passés nos belles années?
Les avons-nous oubliées ?
Se sont-elles échappées dans les airs ?
Bercées de rêves et de chimères
Nos pensées toutes tremblantes
De sourdes questions qui nous hantent
Aurons-nous un avenir
Ou préférons-nous en finir ?
Avons-nous l'âme voyageuse
Ou perfide ? Douce ou moqueuse ?
La réponse dépendrait du hasard
Mais n'est-il pas trop tard ?
Rien ne nous oblige à vivre en rond
Il nous suffit de construire un pont
La route est longue mais éphémère
Pour vivre longtemps sur terre
Où sont passées nos anneaux?
Voguent-ils sur les flots incognito ?
Comme pour la ruée vers l'or
Ont-ils ouvert la boite de Pandore ?
Être dans le brouillard et respirer
Aussi longtemps qu'il nous faut espérer
Que vivre avec ou sans anneaux
Nous aurons encore de l'eau !
Michèle MENGUAL (sujet n°2)35
Ce n’est qu’un « Au revoir » !!!
La douleur insupportable, c’est fini,
La maladie invalidante, stop,
A présent c’est le repos et tes soucis oubliés.
Ecoute ma voix, mon sourire est à toi, tu es loin et près de moi à présent.
L’espoir de retrouvailles si attendues, bien sûr tes déplacements incessants étaient ton parcours.
Ton métier tu l’aimais « bon vivant tu étais »
Les jeunes dont tu t’occupais te le rendaient bien.
Nous n’avons pas eu l’honneur de connaître l’extravagance et l’opulence, mais peu importe,
Notre esprit était ailleurs et alors pourquoi pas ??
D’autres préoccupations que l’héritage nous taraudaient, la jeunesse nous faisait oublier l’après.
Fallait joindre les deux bouts pour ne manquer de rien, nos deux enfants étaient notre bonheur.
Pour quoi étaler notre panoplie, cela n’avait aucun intérêt, notre vie était ce qu’elle était, notre simplicité ne gênait personne…
Nos sorties le week-end nous satisfaisaient amplement.
Il ne faut pas oublier que nous ne manquions , au cours de tes déplacements et aussi durant nos voyages, de chercher et faire une halte dans des petits restos routiers pour déguster de bons petits plats, qui même avant d’y rentrer nous faisaient saliver, par exemple : un bon gratin dauphinois, des lentilles cuisinées comme à la maison, des hors d’œuvres et desserts. Un accueil chaleureux pour chaque convive, la sympathie entre routiers existait vraiment. Tant de convives devaient faire la queue sous un énorme paravent, parapluie géant, car les changements de temps imprévus, nous obligeaient de rattraper le temps perdu…Mais nous n’étions pas inquiets, attends, je crois entendre un coup de sonnette, ben voyons, C’est un représentant qui vient me présenter son « chi…hua…hua » qui c’est celui-là, …Je crois avoir entendu cela…je dois rêver…une voix me dit « arrête tu sais très bien que ». Que puis-je donc, maintenant, avant de te joindre (l’avenir fera le reste) te souhaiter un bon voyage et d’autres projets en préparation pour les jours ou années à venir, afin de te reposer pour l’éternité.
Tous ceux qui t’ont aimé sont ravis et toi j’imagine, afin de les rejoindre (c’est ce que je veux penser…), afin d’organiser à ton rythme, les retrouvailles ou autre chose…Que sais-je ? Zut j’ai oublié ma tablette ??
Je sais que tu m’attends, tu en as décidé ainsi lors de ma demande.
Repose en paix à présent.
Fait le 3 juillet à 17h00
Ta femme.
Francine BOUNAUD (sujet n°1)36
Le “Marathon pour tous”
Bonjour Monsieur le Directeur des JO de Paris 2024,
Le 1er janvier 2023, vous avez égayé ma vie sans le savoir…je ne sais pas si vous êtes à l’origine de cette
initiative mais quelle idée de laisser l’opportunité à quarante mille personnes, quel que soit leur genre,
leur origine ou leur niveau, de se lancer sur une des épreuves phares des Jeux Olympiques, épreuve
même historique d’Athènes je dirais: le marathon. Le “Marathon pour tous” comme vous l’appelez, un
beau nom digne de notre belle France, ce pays démocratique où la liberté, l’égalité et la fraternité sont
à l’honneur. Un nom qui laisse de l’espoir…
Né dans une famille happée par la gestion des obligations quotidiennes d’un côté maternel ou par la
volonté de mettre la famille à l’abri en donnant sa vie au business d’un autre côté plus paternel, je n’ai
jamais eu la chance de m'épanouir comme je l’aurais voulu dans le sport, et j’ai reproduit ce même
schéma plus tard car je n’ai pas réussi à me dégager du temps personnel. C’est pour cela,
qu’aujourd’hui, je ne peux pas dire que je suis au top de ma forme, je suis plutôt le sportif du Dimanche
comme on dit (voire un peu du mardi aussi quand l’envie me vient). Les personnes du corps médical me
diront encore et encore qu’il faut que je persévère, que cela ne peut que m’aider à vivre plus
durablement, peut-être plus que mes ancêtres qui auront eu, pour la plupart, des vies relativement
courtes.
Mais cela me fait peur, peur de la blessure irréversible en approchant les quarante ans, ou même peur
des émotions que pourraient m’apporter une défaite, un échec ou une victoire !
Avant j’étais un enfant plutôt timide, protégé par un bouclier ou une carapace de graisse, j’étais la
bouboule de service mais le peu de sport que je faisais était un moyen de ne pas sombrer plus
psychologiquement mais aussi physiquement.
Aujourd’hui, mon objectif est différent. Je cherche un moyen encore plus fort d’exister, de montrer aux
autres que je peux le faire même si mon physique n’a pas été taillé dans un tibia de cigogne, de prouver
que le mental est plus fort que le reste, et surtout de passer le message à mes enfants qu’on peut
encore vivre ses rêves à n’importe quel âge et par tous les moyens.
Vous n’allez pas le croire…
Il y a quelques années, en 2015 plus précisément, je me suis réveillé un matin d’été avec une sensation
d’avoir la tête entre deux étaux comme si un troupeau d’éléphants m’avait marché dessus mais je
compris vite que j’avais trop abusé de la soirée de la veille. En réalité, ce dernier fait n’était pas le plus
grave car après un cacheton ou un remède de mamie, tout irait mieux. Mais je venais surtout de me
réveiller avec un message apparaissant de manière répétitive sur mon mobile, stipulant ou me
rappelant que j’avais perdu un pari avec des copains…je venais de m’engager sur un semi-marathon qui
avait lieu trois mois après alors que je n’avais jamais vraiment couru avant. Me voilà maintenant dans
une galère dont les garde-chiourmes seraient finalement mes propres amis.37
Une galère à devoir me lever plus tôt le matin et à lacer mes nouvelles chaussures de course flambant
neuves jaune fluo. Car, oui, sachez qu’un rayon de chaussures de running ne propose pas les couleurs
primaires ou des couleurs “sobres”, de base c’est un nuancier de couleurs fluos ! Pas de problèmes pour
courir la nuit, se faire repérer par les voitures ou faire fuir les sangliers mais si vous cherchez la discrétion,
c’est raté !
Du coup, j’ai fait des entraînements, et des entraînements, puis des entraînements, et encore des
entraînements avec, comme fouet de torture, ma montre connectée m’indiquant des indicateurs que je
n’aurais même pas pu imaginer !
Finalement, en moins de cinq ans, je me suis retrouvé à faire 30 courses dont 5 marathons et 4
semi-marathons. Je venais, par ces exploits, rejoindre une maigre communauté inférieure à 1% de la
population mondiale. Autant de souffrance, de sacrifices, de petits bobos mais jamais à la hauteur de la
satisfaction de franchir cette p**** de ligne d’arrivée à chaque fois et de voir à quel point j’existais
encore plus dans les yeux de mes proches. Mais ces derniers temps, l’envie n’était plus trop là, moins de
temps pour moi, des problèmes d’équilibre vie pro / vie perso, la priorité à faire 72 aller-retour semaine
pour amener les enfants à leurs activités respectives. D’ailleurs, quelqu’un a déjà songé à rallonger les
jours et les passer de 24 à 48h ? Cela pourrait peut-être m’aider…
Bref. Je n’avais plus envie et je n’avais plus le temps mais l’organisation des JO Paris 2024 venait de me
tendre la main avec cette nouvelle application, cette idée de “Marathon pour tous”, sur le même tracé
qu’emprunteraient les grands champions, ce qui donnait encore plus de puissance et une autre
dimension à cette épreuve. Un système de défis à faire chaque jour pour être éligible à un tirage au sort
pour gagner enfin le graal: un dossard. Devoir courir plus vite que d’habitude, ou se lever parfois à 7h du
matin pour courir 1h avant le travail, tout ça pour prétendre à être choisi entre 200, 2000 ou 20000
personnes à chaque tirage, autant de chances que de retrouver la bague de la grand-mère ou le briquet
du grand-père perdus sur la plage de la Grande Motte !
L’histoire a duré presqu’un an, jusqu'à début 2024, entre 50 et 100 challenges réussis à mon actif il me
semble. Je crois même que mon cerveau a gommé cette information car vous vous doutez bien qu’au
moment où vous lisez cette phrase, je n’en ai pas eu…de dossards. Quelle tristesse alors que j’étais prêt,
j’avais déjà mon sweat des JO, mes pompes neuves prêtes à faire de l’ombre à la Tour Eiffel déjà éclairée,
des paillettes dans les yeux, et surtout j’avais un logement !
Car, pendant un an, on a cherché à avoir des dossards mais le graal était peut-être ailleurs ! Pendant un
an, on a surtout entendu parler du ticket de métro qui avait subi la même inflation que l’essence, des
problèmes de logement car les Parisiens allaient louer leur appartement “pot de yaourt” à prix d’or, des
policiers qui allaient devoir annuler leurs congés estivaux pour bronzer en bord de Seine et contrôler des
QR code armés jusqu’aux dents, cette même Seine au cœur des débats car elle avait la même qualité que
celle des centrales d’assainissement avant filtrage ou de celle d’un lac en bord de périphérique et de
boîtes en nuits (souvent connus par les habitants de métropoles). A dire qu’on voulait faire nager des
athlètes là-dedans. Bonne idée mais même les vélos et les canettes de bières y nagent mieux que
les poissons !38
Bon je vais vous avouer quelque chose. Derrière toutes ces choses, il y avait peut-être un fond de
politique ou une envie de tirer beaucoup de profits de certains citoyens, ou de renflouer les caisses
après un tel investissement sur un événement aussi majeur, mais cela m’importait peu car je n’avais
toujours pas ma récompense, toujours pas mon dossard alors que je voyais de jour en jour des
personnalités qui en recevaient ou qui créaient des communautés de courses pour en avoir.
Mais comment en est-on arrivé là ?!
Sûrement une bonne stratégie de communication pour faire un bon coup de pub pour les JO car il est
vrai que les meilleurs sportifs de France, les chanteurs, commentateurs ou autres acteurs, cela fait plus
rêver qu’un mec lambda qui est aussi lourd que 95 bouteilles d’eau de source et qui transpire la bière
non ?
Mais pourquoi eux et pas moi ?
Aujourd’hui, je vibre en regardant la cérémonie incroyable de ces Jeux avec mes enfants derrière mon
poste de télévision, une cérémonie qui me rend encore plus fier d’être Français de par les valeurs
qu’elle dégage mais, en attendant, mon sweat des JO est bien plié dans ma commode et, au fond de
moi, cette unique flamme s’est éteinte avant même de s’allumer.
Julien LACAZE (sujet n°2)39
Mr Swing ou le coup du parapluie
La pluie se met à tomber, fine et légère, puis plus lourde
Evidemment j'ai l'esprit ailleurs, c'est le jour des obsèques
Il faut me retenir de rire malgré tout !
Je suis trempé !
Je vis un voyage encombré d'imprévus
Atterrir à Chihuahua magnifique ville du Mexique !
Pour des obsèques !
Une journée extravagante dirait Mrs. Swing
Se retrouver sur une route qui me mène à un cimetière
Alors oui ! Autant rigoler !
Trainer ma valise sous la pluie, puis l'installer sur ma tête pour me protéger
Elle s'est alourdie, toute ruisselante
Mais je marche
Péniblement, mais je m'approche
De quoi ?
Le vent me pousse
J'avance
Je finis par rejoindre le pont
Une affiche m'indique de me retourner de l'autre côté
Quel côté ?
Sur la droite un bar se nomme l'Aquarium
Des personnes grimaçantes me regardent à travers une vitre sale
L'alcool a dû faire son effet
Ils semblent animés d'une curiosité malsaine
Sur la gauche j'arrive au cimetière
Je découvre qu'une tornade est passée
Ce n'est plus un cimetière mais un chao
Défoncé de croix, de pierres de vases éclatés, de boues glissantes, de squelettes L'enfer !
Comme on en voit dans les films d'horreur !
J'ai surtout besoin d'un abris !
On nous avait prédit du soleil !
J'ai mis mon plus beau chapeau
J'entends murmurer près de mon oreille « Fou le bonhomme ! »
Je me retourne et décroche un bon coup de parapluie
Inutile de protester
Je les vois tous se précipiter vers la chapelle
Il leur faut ouvrir un portail
Qui résiste !
Je préfèrerais vivre une insomnie40
Oui ! Une délicieuse insomnie !
Au lieu de donner des coup de pieds dans un portail
Une valise sur la tête
Entouré de mots rugissants dans mes oreilles !
Mais ce ne sont pas des mots !
À l'aide !
Un troupeau de chiens me course !
Ils sont une bonne centaine à rugir dans les notes les plus aigues !
Ils percent mon tympan !
Au secouuuuuur !!!
- On m'attend !!! Mon avion part dans deux heures !!!!
- Vous êtes déjà dans l’avion Mr Swing ! Tout va bien ! Nous arriverons à Chihuahua dans une
heure !
Surtout ne pas me laisser perturber par ce rêve extravagant, sorti d'un cerveau dérangé ! Dirait
Mrs Swing ! Je suis un tantinet honteux, ai-je crié dans mon sommeil ? Néanmoins, par suspicion ou bizarrerie, je me masse le crâne... Ma longue pratique du journalisme me permet de gérer les circonstances les plus difficiles. Dans mon milieu on dit de moi que je ne me prend pas pour la queue d'une cerise. Et bien c'est vrai, j'ai réponse à tout. C'est pour ça que l'on
m'invite à cette conférence sur le climat. Néanmoins, instamment, je sens mon esprit ailleurs. Mrs. Swing me dirait Vous êtes à l'ouest mon cher ! Ce rêve m'a tourneboulé. D'autant plus que l'on sert des repas ! Non merci, j'ai mon cerveau dans l'estomac, je ne peux rien avaler. Et surtout pas le menu du jour : Gratin Dauphinois ! L'hôtesse me sourit. Pour retrouver le Nord j'ouvre ma tablette. Invention que je m'étais juré de ne jamais acheter. Et pourtant je l'ai fait et je ne peux plus m'en passer. Le reproche majeur de Mrs. Swing tu ne me regardes plus mon cher ! Je me dois de lui ramener un beau cadeau, bien-sûr. J'ai déjà une petite idée... La météo mexicaine me prie de prendre un parapluie. Tiens tiens ! Comme dans mon rêve. De toutes les façons je ne sors jamais sans mon parapluie. Pourtant j'ai l'espoir qu'elle se trompe. Un coup d'œil à travers le hublot me rassure. Assis en classe affaire, oui je voyage toujours avec la panoplie d'un ministre, il me faut assumer mon rôle. Il m'arrive aussi de me couler dans la peau d'un officier en civil, un héritage de famille. Les copains me charrient et m'appellent « Le Caméléon » et ils rajoutent tu swing trop mec !!!
« Nous arrivons bientôt, veuillez boucler vos ceintures... »
La voix de l'hôtesse est si douce ! Elle me sort d'une torpeur percée d'images bizarres. Un reste de mon soap-opéra mortifère. Je suis attendu à la descente d'avion, je dois être présentable.
- Bienvenu à Chihuahua Mr. Swing ! Vous avez fait bon voyage ?
- Délicieux, merci ! Allons-y ! Le devoir m'appelle !41
Et puis ?
Et puis les huit heures de conférence sur le climat ne m'ont pas rendu le sourire. Et pour cause
45° à l'extérieur, 18° à l'intérieur. Je suis candidat pour la bronchite. Inutile de passer la nuit dans une chambre d'hôtel frigorifiée ! Surtout en sachant que la moitié des humains et animaux
disparaitront à cause de...nous ? Les humains. Alors autant prendre de suite l'avion de retour, je dormirai pendant le voyage. Mais avant je dois acheter un cadeau-surprise à ma bien-aimée,
comme après chaque voyage. Mais celui-ci se doit d'être spécial.
Alors ?
Alors circuler au quatrième sous-sol de ce gigantesque bazar est comme retrouver mon rêve en plus clinquant. Climatisation ! Musique ! Escaliers roulants ! Et même barbotage piscine
pour enfants ! Et surtout les annonces publicitaires hurlées par des bouches invisibles, censées nous aiguiller vers une vie plus confortable ! A l'aide ! Suis-je en plein rêve ? Mon cadeau sous
le bras, je cours retrouver la surface...puis le ciel...avec ce sentiment gênant, culpabilisant, de quoi ? Profiter ? Exagérer ? Je cours ! Oui je cours rejoindre l'aéroport ! Et puis ?
Et puis en plein vol quelque chose comme une chanson qui fredonne...J'm'en balance...moi
j'm'en balance....accompagne mon voyage dans les airs. Alors ? Nous arrivons à Londres dans dix minutes... accrochez vos ceintures... La voix de la charmante hôtesse me réveille.... Alors ?
Alors je la vois ! J'arrive Mrs Swing ! Elle court vers moi ! Qu'elle est belle ! J'ai tant de choses à lui raconter, ce voyage qui m'a tourneboulé, ces rêves étranges, ces prises de conscience qui s'agitent dans mon cortex cérébral, oui Darling ! Changeons de vie !
Je vais t'expliquer...Mais...brusquement elle s'arrête...
- Buenos dias ! Ma Darli...
- C'est quoi ça ???
- C'est un Chihuahua ! Je sais que tu adores les chiens ! Tu vas pouvoir te pavaner à tes réunions pour la cause animale ! C'est chouette non ?
- Débarrasse-moi de ce moustique ! Et vite ! J'ai horreur de ça !!!
Et puis ?
Et puis je suis journaliste et pas philosophe. Mais le coup d' parapluie ? Ce n'était pas qu'un rêve ! J'ai eu le cerveau essoré ! Et ça fait mal. Depuis ce jour mon héritage familial diminue. J'habite près d'un cimetière à Paris (le voyage sera rapide au moment) J'ai laissé tomber la panoplie du parfait con... La tablette s'ennuie dans un tiroir. Je voyage en train, c'est plus cher que l'avion ! Un vrai scandale ! Mais j'ai l'esprit, disons plus tranquille. Oasis et moi formons un couple étrange, un géant d'un mètre quatre-vingt-dix et un Chihuahua de vingt-cinq centimètres. Depuis on m'appelle juste « Swing » ! Ça swing Swing ? Le plus souvent on s'adresse à mon chien t'as toujours soif? T’as assez bue ? Elle est fraiche ? Mrs Swing reste à Londres. Nous nous voyons à Noël. Que dire de plus ? Ah oui ! À présent ! J'adore la cuisine française et en particulier le gratin dauphinois !
Michèle MENGUAL (sujet n°1)42
UN ESPRIT QUI A DU CHIEN
« Esprit, es-tu là ? » tonna Monsieur Aristide Vercel,
par ailleurs sosie du chanteur Michel Fugain, surtout quand
ce dernier tentait de se sauver de l’oubli partiel et croissant en orchestrant des fugues télévisuelles
récurrentes. On était ici en plein cours de littérature française du XIX° siècle fondé sur l’étude du volume
de Lagarde et Michard consacré à cette période, et le pédagogue tripotait sa moustache brune avec
impatience car il venait de confisquer une tablette indocile et inopportune et il ne nourrissait guère
l’envie d’effectuer un troisième voyage aller-retour entre son bureau et le pupitre d’un lycéen
cyniquement rebelle en train de le narguer en s’absorbant dans la lecture d’une pourtant judicieuse et
idoine anthologie de l’occultisme dans la poésie susceptible d’abonder dans la thématique abordée ce
jour-là. La précédente pêche aux trésors illicites avait mené à la saisie d’un manuel de sports de combat
sino-japonais et n’avait généré qu’un calme relatif parmi les vingt-huit lycéennes et les quatre lycéens
qui composaient cette classe de Littéraires en route vers le baccalauréat avec l’ardeur à reculons d’une
authentique « Cour des Miracles » selon l’expression du seul adulte présent dans cette salle d’études.
Le piment de la sorcellerie qui rend fou dans le monde des écrivains du siècle des diligences s’attirait
peu de suffrages dans ce carrefour d’adolescents des deux sexes sacrifiés par rapport aux Scientifiques
et aux Juristes et parqués dans une « voie de garage » selon l’expression péjorative consacrée. Le
professeur réitéra sa question en utilisant la compréhension de l’usage d’une totale absence
d’intelligence au sein de son assemblée de sourds.
Lassé de se tenir assis, il se leva, descendit de son estrade honorifique et se mit à arpenter son
local de souffrances et de déceptions, passant entre les rangées de ses jeunes persécuteurs et
marmonnant mi-sarcastique mi-dépité : « Ah ! quelles recrues ai-je reçues en héritage ! » cependant
que ses tortionnaires en herbe riaient, sauf… Tiens, c’est vrai, manquaient les Trois Parques que
représentaient Yolande del Fuego et Catherine-Une et Catherine-Deux, inséparables comme les
oiseaux du même nom et autant que des sœurs peut-être jumelles ou un trio de tribades qui
paradoxalement subjuguaient les quatre mâles de la classe - et maintenant oui, le quorum de
trente-deux élèves était atteint et assuré comme prévu par la liste d’instruction et les rondes des
surveillants sympathiques comme des matons maîtres des couloirs déserts et silencieux.
Yolande, meneuse de son trio de minettes de choc et redoublante comme Catherine-Une et
Boris Chelle l’épris d’arts martiaux qui lisait intempestivement des ouvrages sur ces disciplines, fit
irruption, son casque de vélomoteur dans une main et sa serviette de cours dans l’autre - soucieuse de
honnir les cartables. Belle comme une héroïne d’Abraham Merritt portraiturée par le sublime pinceau de
Boris Vallejo, l’on ne pouvait mieux définir et surnommer Yolande, dite la Polpa, que par l’adjectif
qualificatif de « solaire », tant encore en ce jour sa seule apparition produisait en toutes circonstances
l’effet d’un vrai rayon de soleil, chose vérifiable même en cette date où ce morceau d’astre du jour
s’accompagnait de larmes sincères et intrigantes, inédites jusque-là à la connaissance de l’assistance
par ailleurs habituée à son charme, sa gaieté, sa séduction.
« Ah ! vous voilà enfin, Mademoiselle del Fuego, l’accueillit Monsieur Vercel, avec votre bande !
Pourrais-je connaître la raison de votre retard ainsi que de celui de votre trio ? Mais vous pleurez,
Yolande : cela, je ne l’aurais jamais cru ! termina-t-il en parodiant Edith Piaf.
- Tout d’abord, bonjour, Monsieur, s’excusa l’intéressée, mais je viens de perdre ma chienne, une
adorable chihuahua nommée Perle et âgée de huit ans. Elle est morte de maladie et le vétérinaire,
en dépit de tous ses efforts, n’a pu que constater son décès. J’espère que vous ne m’en voudrez
pas trop…43
- J’ai l’habitude de votre désinvolture face à l’observation de l’exactitude de l’horloge. Allez vous
asseoir. Et vos deux camarades ont pleuré aussi, remarqua l’enseignant. Par solidarité et
empathie, j’imagine.
- Oui, répondit Catherine-Deux en ôtant et en essuyant ses lunettes aux verres teintés et en
arrangeant sa chevelure noire fournie. Demain paraîtra dans le journal la proclamation de cette
mort assortie d’un distique de notre composition à toutes les trois, écrit avec le cœur.
- Vous me confirmez la chose, Mademoiselle Sommord ?
- Oui, répondit Catherine-Une avec aplomb. Je vais vous le réciter en avant-première, et vous serez
plus privilégié que Bernard Pivot :
- « En Eden sois heureuse, ô ma chihuahua Perle,
- Tandis que de nos pleurs l’avalanche déferle. »
Ceci fut déclamé en serrant ses classeurs sur sa poitrine avec les bras croisés et en regardant avec
ses beaux yeux bleus son interlocuteur qui accepta ses excuses et tout rentra dans l’ordre. La Polpa,
enchignonnée de jais et vêtue de noir sous son blouson d’une indéfinissable couleur fuchsia, s’assit à sa
place avec ses deux comparses, la brune et la blonde, et la gaffe que constituait le cour sur les thèmes
de la mort et de l’occultisme en poésie n’empêcha pourtant nullement le pédagogue d’assurer son
speech, au point que pour une fois l’ensemble de la classe y prêta attention et même goût,
mystérieusement motivée.
La fille hélioïde, par ailleurs redoublante, au moment de sortir à la fin de la matinée, accepta les
condoléances d’Aristide Vercel et, le cœur rassuré, se dirigea avec ses deux âmes damnées vers le
camion à sandwiches qui, à trois-cents mètres du vaste Lycée des Peupliers, proposait sa nourriture vite
faite en concurrence à l’établissement d’études qui affichait au menu un gratin dauphinois de derrière
les fagots.
Le lendemain eurent lieu l’incinération de Perle et comme promis l’insertion de ce fait dramatique
assorti du distique annoncé, et par décence autant que par sympathie, Monsieur Vercel , quoiqu’homme
résolument de gauche, avait revêtu la panoplie anthracite du milord en deuil, avec même une fleur noire
au revers de son veston aussi sincère et implacable que celle qu’arborait le promoteur du « Petit
Jardin » chanté par Jacques Dutronc. Il avançait en compagnie d’un curieux personnage en robe noire
comme un élève-sorcier de l’école fréquentée par Harry Potter, et dont la raison sociale, à savoir celle
d’un spécialiste de la communication avec les esprits des morts, fut révélée dès que le nombre optimal
réglementaire de trente-deux lycéens présent fut atteint.
. L’homme portait une table ronde que pouvaient entourer une trentaine de personnes par leurs
mains ointes d’un liquide spécial, écarquillées et posées jointe à jointe sur le marbre du guéridon : en
somme, on allait assister à une cérémonie spirite où le magicien allait dialoguer avec l’âme de Perle et
interpréter les déclarations de cette dernière en élargissant le spectre de ses possibilités de langage. Il
ne demanda même pas que l’on tirât les rideaux pour créer l’obscurité dans la classe, tant il était
persuadé de sa bonne foi et de l’infaillibilité de sa science impie pratiquée sans trucages. Cette
expérience laissait néanmoins Monsieur Vercel « crispé comme un extravagant » selon les mots de
Baudelaire, et l’excitation gagnait ses élèves. Après mille préparatifs occultistes, le médium , à la fois
blême et serein, entra en transes et put entamer le dialogue avec l’esprit de la chienne non sans que
celui-ci eût frappé le guéridon pour se mettre en condition ainsi que pour amadouer les quelque trente
participants.
A la suite de souffrances atroces le temps de se mettre en transes qui déformèrent horriblement les
traits suants de l’homme qui servait de pont entre les deux mondes, le dialogue fantastique put
commencer non sans exhalaisons d’ectoplasmes affreux :
« Esprit de Perle, la chienne chihuahua de Yolande del Fuego, toi qui viens de passer hier
de l’autre côté, est-ce toi et m’entends-tu.44
- Oui ! répondit en s’exclamant une voix apparemment émanée d’une bouche canine.
- Es-tu esclave du Mal ou inspirée par le Bien ?
- Par le Bien .
- Yolande ta maîtresse obtiendra-t-elle son baccalauréat et l’y aideras-tu ?
- Oui, je m’y engage.
- Se mariera-t-elle un jour ?
- Oui, avec deux hommes en même temps. »
Et ainsi de suite pendant presque deux heures à torturer des cordes vocales de chienne. A la fin de
l’expérience, les trente-quatre paires de mains, à la fois froides comme la mort et brûlantes ainsi que
suggestions hystériques, se décollèrent peu à peu du guéridon sur la douce invitation du médium et
leurs propriétaires se reculèrent et s’écartèrent, tous un peu sonnés par cette révélation a priori sincère
de l’existence après la mort d’une vie de l’âme, même chez les animaux, dont les chiens. L’immatériel
principe de vie de Perle, après que l’on eut écarté la table, apparut aux regards et se fit translucide et
brillant, épousant les caractéristiques physiques de son possesseur au féminin disparue, puis, en
poussant une grande quantité de jappements déchirants, vola dans l’enceinte de la classe comme un
oiseau rebelle cherchant la liberté et, au terme de cet éprouvant manège mené à toute vitesse, se
dissolut comme un mauvais rêve ou à l’instar d’un morceau de sucre dans une tasse de thé.
Dehors il pleuvait et l’enseignant instigateur de cette cérémonie se reporta en titubant jusqu’à une
fenêtre qu’il ouvrit brusquement tout en grand, les verres de ses lunettes d’écaille embués et brouillés
de larmes à l’issue de ces événements surnaturels auxquels il avait philosophiquement et
politiquement du mal à croire avec sa sensibilité bien ancrée à Gauche. Il se sentait mal à l’aise,
engoncé dans son costume sombre fripé. Pour tout ce chahut dans sa classe, il aurait assurément des
comptes à rendre auprès de sa hiérarchie et cela pouvait lui coûter sa place .
Il n’en maudit que plus intensément pour couronner le tout sa distraction qui l’avait amené à refuser de se munir d’un parapluie alors que son épouse animée d’une bonne et judicieuse intuition le lui avait pourtant recommandé en raison des conditions météorologiques détestables en vigueur dans les Carpathes dont il entendait jouer les vampires.
Une lueur d’espoir se fit en lui comme le versement des larmes célestes cessait pour laisser la place au soleil, à croire que la solaire et presque magicienne Yolande del Fuego y avait présidé dans le silence soudainement revenu dans le local d’études dédié aux lycéens acteurs et spectateurs tout à la fois de ces prodiges incroyables qui prouvaient la réalité et la coexistence terrible de deux mondes en un seul. Cette révélation glaçante était de nature à faire chavirer la raison dans ces jeunes esprits encore à la recherche d’une stabilité satisfaisante dans leur conception de l’univers environnant, et à cet effet le médium tira de sa manche une série de lamelles alimentaires aux airs de guimauve qu’il assura capables par la mastication d’atténuer, voire de dissiper, les conséquences potentiellement catastrophiques et répréhensibles du happening dont il avait joué le rôle de maître de cérémonie.
Le nécromant assura de sa douce voix à faire tomber les étoiles :
« Elle ne reviendra pas parmi ce monde-ci. Elle est désormais dans l’autre. Vous pouvez conserver ses cendres dès demain dans une urne bénie par un prêtre de la religion catholique car elle réside pour toujours en de bonnes mains : celles du Seigneur. Elle s’épanouit dans une indicible félicité, sans bornes et assurée de votre amour. Elle a rejoint ses frères et sœurs anonymes ainsi que tous ses ancêtres. Et donc, Perle vous attend, mais d’ici là vivez dans le bonheur autant que faire se peut. Amen. »
Michel ROULLEAU (sujet n°1)45
QU’ALLAIT-IL FAIRE DANS CETTE PREPA ?
C’est son dernier été de petit campagnard fils de mineur paysan. Sa mention « très bien »au bac
C l’a rassuré et l’a persuadé que son prof de maths raisonnait juste. C’est dit. En septembre, Jeannou ira
découvrir la grande ville et s’enfermer entre les épais murs de briques du lycée Pierre de Fermat.
Le jeune bachelier n’a guère de temps pour rêver à sa nouvelle vie. Fenaisons et moissons battent
leur plein en juillet. Jean aide comme il le fait depuis ses douze ans. Il lui arrive cependant de constater
que son père le regarde avec fierté. L’attitude de sa mère, en revanche, le choque et le chagrine
profondément. Cette maman-poule n’imaginait pas que son fis unique quitte un jour le nid. Elle l’avait déjà
battu froid lorsqu’il avait été admis au lycée de A et n’avait nullement désiré rentrer au bureau des mines
après son brevet élémentaire. Un fils rond-de-cuir tel était le simple et grand espoir de cette épouse
d’ouvrier.
C’est donc presque en catimini que Jean s’offre un premier voyage dans la ville universitaire pour
s’inscrire, acheter les fournitures exigées et trouver son premier chez lui. Toute la journée son cœur bat à
tout rompre. Dans le train du retour, il comptabilise ses victoires : la secrétaire des maths’sup lui avait dit
en riant qu’il faisait désormais partie de l’élite mais qu’on ne le mangerait pas. Il s’était régalé à trouver
d’occasion les bouquins demandés et s’était offert en poche tous les romans du programme de français
pour se délasser après les travaux des champs.
Il avait surtout déniché la logeuse idoine : une veuve de professeur encore agréable à regarder. Elle se
sentait seule dans son grand appartement du Busca. En échange du repas du soir et un lit dans l’ancien
bureau, le lycéen apporterait à la dame sa jeunesse, les derniers potins de Fermat et la sécurité d’une
présence nocturne. Il lui arriverait de devoir faire les carreaux, de veiller sur les plantes de la terrasse en
butte aux assauts du vent d’Autan (« il est bien plus terrible que chez vous, vous verrez, croyez-en ma
vieille expérience de veuve de prof. de géo. ! ») et surtout chaque soir, il devrait descendre Fifille,
le – chihuahua femelle -. Jeune homme de peine et vieille chienne gâtée feraient ensemble le tour du
Jardin Royal. Leur mission ne s’achèverait que lorsque la Demoiselle aurait accompli son dernier pipi du
jour (« comprenez, Jean, cela peut durer 5 minutes comme une demi-heure et les neveux estiment que je
ne suis plus assez solide pour attendre le bon vouloir d’un animal !). Le contrat fut conclu dans des
cascades de rires juvéniles autour d’un gratin dauphinois maison et de fraises du Marché Saint Aubin
(vous allez adorer cet endroit, les poules s’y vendent vivantes !).
Jean remercia, félicita pour le repas, s’excusa de devoir rejoindre la gare au pas de course pour
attraper la micheline.
Après cette enrichissante journée, Jean commence à se mettre dans sa double peau d’élève de
prépa et d’homme de compagnie. Il se plonge avec délices dans les œuvres à étudier. Il achète un plan
de la ville pour étudier les meilleurs trajets entre le lycée et l’appartement et finit par se décider à faire
suivre son cher vélo. C’est son cadeau de certificat d’études. Il passera la journée dans les parkings
bicyclettes du lycée et la nuit dans le sous-sol fermé à triple tour de la résidence. Le père savoure la
décision de son fils. Le vélo sera leur lien.
Même la mère est entrée dans le jeu. Pour parfaire la panoplie de l’étudiant bon chic bon genre
elle, qui n’a jamais découché, a tenu à guider son « petit garçon » pour l’achat d’une valise en simili cuir
et d’un sac à dos qui fera aussi office de cartable. Elle a taillé, dans une vieille bâche plastique, une large
cape cycliste qui, si elle ne peut se targuer d’être à la dernière mode, évitera au gamin d’abandonner, les
jours de mauvais temps son copain à deux roues et de courir seul sous un parapluie. Les parents sont
rassurés : la Dame du Busca a le téléphone. Chaque dimanche au sortir de la messe, Mme M appellera
de la cabine municipale son rejeton exilé pour la gloire de la Science. Elle sait qu’il l’attendra près du
combiné. Au fond, elle est très fière.46
Enfin c’est la rentrée. Jean ne reverra ni ses parents, ni la fille d’instituteurs qu’il a connue dès le
cours complémentaire avant les vacances de Toussaint. Il ne sera pas porteur les jeudis et dimanches
de vendanges. Son cœur se serre dans le train. Il regrette de faire de son vélo une bicyclette de ville.
Son blues dure peu. Il a tellement envie d’une existence consacrée aux choses de l’esprit...Les
premiers jours, il déchante. Sa logeuse a beau sourire et expliquer qu’il doit se montrer digne de
l’héritage des « écoliers » d’antan et perpétuer les traditions il n’apprécie guère que les bizuts quéman-
dent des bonbons, se baladent dans le centre historique vêtus de sacs poubelles peinturlurés à la craie
et jettent des œufs pourris aux pieds des poussettes et des couples peu solides sur leurs cannes.
Heureusement –ou pas- à Fermat les journées au monastère laïque suivent toujours les plus
extravagantes orgies. Dès le deuxième lundi du trimestre, le prof. de maths. les assigne à un devoir de
trois heures dans « les conditions des concours » et prévient qu’il réitérera l’exercice tous les quinze
jours. Derrière son ventre d’amateur de bonne chère et sa bouille de savant Tournesol, l’universitaire ne
semble savoir qu’aligner des signes (sont-ce seulement des chiffres au tableau ?) et entourer d’un
énorme rond rouge les moins sur les copies. Jean s’affole un peu en réalisant que sa plus secrète
volonté est…de finir comme lui Au fond, il rêverait de s’approprier les talents de la prof. de français lui
conviendrait mieux. Il en rigole intérieurement. Fraîche émoulue de Normale Sup, elle se tient roide dans
ses tailleurs BCBG. Sa façon de commenter Zola le fascine. Il l’écouterait des heures.
Mais il est tellement à la bourre, que, comme les copains, il travaille les matières scientifiques à
gros coeff. pendant les heures en principe consacrées à la littérature. Bien sûr, la jeune universitaire, qui,
il y a cinq ans à peine bossait les Lettres en cours d’Histoire, regarde ses élèves d’un œil torve derrière
ses lunettes dernier cri. Elle ne pipe mot et compatit sans le montrer. Les zéros qu ’elle finit par mettre à
quelques devoirs ne pousseront pas les dits « forts en maths » dans la Garonne ! Ils ont bien d’autres
choses à faire pour surnager dans le bain à remous de la prépa.
Et comme si les cours, les interros et les devoirs sur table ou à la maison ne suffisaient pas, il y a
les colles. Elles reviennent avec une régularité de métronome. Bien qu’il y fasse bonne figure, Jean les a
prises en grippe. Elles arrivent au moment du coup de mou de 17h quand enfourcher le vélo paraît
insurmontable. Il oublie immédiatement leur déroulé. Seules les colles d’Anglais lui laisseront des
souvenirs impérissables mi-figue mi-raisin. D’âge moyen, agréable à regarder dans ses vêtements
confortables et seyants et son corps qui s’arrondit un peu, la vacataire met à l’aise. Pendant un petit
quart d’heure, élève et maîtresse se délectent en septembre des airs de piano venus de la salle
Capitulaire des Jacobins. Hélas, si la musique adoucit les mœurs, sa magie n’accorde pas l’accent
d’Oxford aux dernières mesures et il est compliqué de se concentrer sur un article d’actualité du
Guardian ou une chronique culturelle du Sunday Times après six heures de cours scientifiques non-stop.
Retrouver l’appartement du Busca est, pour Jean, une bouffée d’air. Sa logeuse lui mitonne de
petits plats contrastant avec la nourriture insipide et rationnée du lycée. L’ancienne instit. raconte sa vie
de femme émancipée avant l’heure, l’ambiance de l’Institution St Thérèse et celle de la vieille fac de
Lettres où sévissait son époux. L’étudiant détaille sa journée. Il a bien réussi à faire comprendre a Fifille
que la balade nocturne devait se conclure vite. Une chienne d’enseignante sait que les soirées de jeune
homme au pair sont vouées à l’étude lorsque ne il ne s’endort pas sur ses bouquins.
Jean réalise les plans que trajets en vélo et promenades nocturnes lui ont permis de concocter
patiemment. Après deux années de Fermat, il tente Normale Sup. Victoire et soulagement ! Il se fait
rétamer honorablement à l’oral et passe tranquillement son agrég. dans les locaux déjà vieillots des
Allées Jules Guesde à un tour de roue à peine de son « home ». Enseignant les mathématiques à C
dès le début de sa carrière, il se consacrera à fond à sa famille, à ses élèves et à des luttes syndicales et
politiques. La vie, les passions, l’amour comblé enfouissent au fin fond du cœur les années d’études et
de jeunesse fussent-elles heureuses, jusqu’au jour où…47
Nous sommes dans les premières années du XXIe siècle. Le bug de l’an 2000 n’a pas eu lieu.
Bibliothécaire sur le campus scientifique, la fille unique de Jean se passionne pour l’informatisation des
centres documentaires et la rénovation programmée de l’université des années 60. Amoureuse des
vieilles pierres (ou des vieilles briques !) elle vient de s’offrir le cocon de ses rêves. Un appartement
d’architecte dans une résidence du centre. Elle y reçoit ses parents bien plus qu ’elle ne revient dans la
ville moyenne de son enfance. Jean et ses femmes vont de cinémas en théâtres et de concerts en expos.
Le conseil de famille a tranché. Le prochain T3 qui se libère dans la résidence de leur chère enfant sera
pour Jean et son épouse.
Le rêve à peine ébauché a pris corps.
C’est un agréable matin de mai. Revenu du marché des Boulevards, Jean s’installe au bureau qui
le suit d’appartements en maisons depuis cinquante ans. Sous sa fenêtre, les bistrots mettent en place
les tables en terrasse et préparent les « formules midi ». Il se saisit précautionneusement de sa nouvelle
tablette et, à titre d’exercice, vérifie l’heure du film d’art et essai de l’après-midi. Le remue-ménage du
dehors l’empêche de se concentrer.
Ses yeux se posent négligemment sur le haut mur de l’autre côté du carrefour. Il se met à le fixer
intensément et murmure soudain :« Fermat ! il m’en aura fallu du temps pour réaliser que mon
existence se termine là où j’ai commencé à me sentir vivre ! ».
Sylvie MASSOL (sujet n°1)48
ENTRE RÊVE ET RÉALITÉ
Enfant unique pendant les sept premières années de ma vie, j’ai été habituée à la solitude qui
correspondait bien à mon caractère. J’ai toujours aimé lire car j’étais transportée dans des mondes
irréels ou pas… Il me vient d’ailleurs à l’esprit une histoire.
Il y a environ cinquante ans, mes parents et moi allâmes voir de la famille dans le village de
Fonbeauzard situé à huit kilomètres, à vol d’oiseau, de Toulouse. J’avais dix ans et mes parents
m’avaient expliquée que nous logerions près d’un beau château dans lequel avaient vécu les célèbres
petites filles modèles. Cela évoqua tout de suite en moi les récits de la Comtesse de Ségur dont je me
délectais dans mes lectures incessantes. J’entendais les adultes parler d’un propriétaire du château, un
certain Joseph-François-Madeleine de MALARET qui, en 1815, menacé de mort par des fanatiques, dût
se cacher et avait fait aménager dans sa demeure de Fonbeauzard un passage secret (toujours visible)
relié à quelque souterrain.
Evidemment, dès que j’appris cela, je voulus aller inspecter cet endroit mais mon père me le défendit
car il disait que, vu l’état de l’endroit, cela pouvait être dangereux. Un plancher pouvait céder à tout
moment. L’interdiction était actée et, à cette époque, on écoutait ses parents. Toujours imprégnée de
mes lectures, tantôt m’imaginant en princesse, en exploratrice ou encore en Mary Poppins avec son
parapluie, je me disais que cette histoire de passage secret ne pouvait pas avoir été inventée. Il y avait
peut-être bien également un trésor.
Un après-midi très chaud, où je m’ennuyai ferme, je suivis du regard un petit chihuahua se dirigeant et
s’introduisant dans le château. Quelle aubaine ! Il devait connaître le château par cœur ! Je profitai que
mes parents fassent la sieste pour partir en expédition. Je pris une lampe de poche et me faufilai telle
une grande aventurière dans l’imposante bâtisse, par une porte dérobée sur le côté. Il n’y avait
absolument personne. C’était le bon moment ! Je sentais qu’il fallait que j’y aille et que c’était un
« voyage extravagant ». Je m’avançai pleine de courage sur les escaliers brinquebalants et grinçants.
Sur le palier du premier étage, je bifurquai vers une pièce noire, j’allumai ma lampe de poche et
inspectai. Je faisais comme dans les films, je tapotais sur les murs pour déceler une quelconque
ouverture. Je ne trouvai rien. Quelle déception ! Mais je ne me laissai pas abattre pour autant et décidai
de monter au deuxième étage. Je fouillai minutieusement, je sondai tous les murs, je regardai où je
mettais les pieds car, effectivement, le plancher avait l’air en très mauvais état. Toujours rien au
deuxième étage. Je fonçai vers le troisième et engageai les mêmes démarches qu’auparavant. Encore
rien ! Finalement, mon père avait raison. Pourquoi ne pas l’avoir cru ? Puis tout d’un coup, j’entendis un
léger bruit. Était-ce une tablette de cette vieille bibliothèque qui menaçait de s’écrouler ? Probablement
une souris, ou peut-être un rat ! Il fallait vite déguerpir de là ! Je m’apprêtai à quitter la pièce à toute
allure quand, soudain, une voix faible et plaintive attira mon attention et me dit : « - aide-moi s’il te plaît,
j’ai tellement soif ! ». Je dévalai les escaliers, terrifiée. Avais-je rêvé ? En tout cas, je me promis de ne
plus mettre un pied dans cet endroit. Evidemment, je n’en parlai à personne.
Je passai une très mauvaise nuit et ne cessai de penser à cette voix. Avais-je réveillé un esprit, un
fantôme ? J’avais entendu les parents raconter, qu’en 1814, les Anglais auraient campé dans une rue du
village et on dit même qu’un « fantôme de l’Anglais » roderait encore dans une partie ruinée du château.
Je m’en voulais car je n’avais pas été très courageuse mais à dix ans, qui l’est ? Le lendemain, j’attendis
le bon moment dans la journée et, tenace, décidai d’affronter mes peurs. Revenir dans cette pièce du
troisième étage était vraiment une épreuve mais je ne pouvais pas laisser quelqu’un dans le besoin.
Puis, je voulais surtout ressembler aux héros de mes lectures.49
Je repartis donc munie de ma panoplie (une lampe de poche et un bâton). Je m’approchai très
lentement de l’endroit précis où j’avais entendu une voix et, là, une sorte de râle s’éleva. Aucun doute,
quelqu’un était en souffrance. Je murmurai avec une voix chevrotante un « - bonjour ». Aucune réponse.
Mon cœur battait la chamade et mille pensées affluèrent dans mon cerveau. Qui se cachait là ? Cette
personne ne pourrait-elle pas m’attaquer ? Si c’était un monstre, il m’avalerait certainement et mes
parents ne me retrouveraient jamais !
Tout à coup, une voix d’un genre que je n’arrivais pas à identifier, me dit :
« - Oh, tu es revenue, merci. N’aie surtout pas peur ! Je suis blessé et j’ai juste besoin d’eau pour
pouvoir guérir rapidement ! ».
J’étais abasourdie. Je n’avais donc pas rêvé. Hésitante, je demandai :
« - qui êtes-vous ? ».
La voix me répondit :
« - j’ai une longue histoire à te raconter, reste un peu avec moi s’il te plaît, je ne te ferai pas de mal ! Je
suis un grand oiseau. Lors du gros orage, il y a une semaine, j’ai été déstabilisé par le vent et je suis
tombé par le grand trou du toit du château. J’ai une aile cassée mais elle va se remettre toute seule. Par
contre, il me faut de l’eau pour pouvoir repartir dans mes contrées lointaines, juste de l’eau. Ne
t’approche pas, tu ne dois pas me voir ! ».
Un oiseau qui parle ? Non, je devais tout de même rêver ! Bien qu’assez craintive, ma curiosité l’empor-
ta et je lui posai plusieurs questions : pourquoi parlait-il, d’où venait-il, pourquoi ne devais-je pas le voir ?
Ce grand oiseau, comme il se définissait, me répondit simplement :
« - Je parle car malgré ta peur, tu es courageuse. Mon nom est Phénix, je suis originaire d’Ethiopie. Je
suis une sorte d’aigle mais de grande taille. Mon plumage est de couleur rouge, bleu et d’or éclatant. Je
suis le seul de mon espèce car tous les cinq cents ans, je nais, je vis, je meurs et je me régénère, c’est-
à-dire que je peux renaître. Je sais que tout cela te paraît bien compliqué à comprendre. Tu ne dois pas
me voir car je vais reprendre des forces, renaître de mes cendres et m’enflammer et je ne veux pas te
blesser. Depuis l’Antiquité, je symbolise désormais l’espoir d’un monde résilient. Un jour, si tu es dans
la peine, tu repenseras à moi et tu renaîtras toi aussi. Je dois boire un peu d’eau pendant quatre jours et
je reprendrai mon long voyage. J’ai vraiment besoin de ton aide ».
Sur ces paroles empreintes de fatigue, Phénix ne parla plus. Je ne sus qu’en penser et repartis
songeuse et abasourdie par ces révélations. Le lendemain, je retournai dans la pièce secrète avec une
grande bouteille d’eau que je versai dans un grand saladier à l’entrée. J’avais apporté un reste de gratin
dauphinois et le lui proposai. Je tentai de communiquer avec Phénix mais il ne répondit pas. Je n’osai
pas m’avancer davantage.
Je repartis. Je revins tous les jours comme il m’avait suppliée et, à chaque fois, l’eau avait disparu mais
Phénix ne me parla plus. Je pensai qu’il se reposait.
Puis, le quatrième jour, j’entendis un grand bruissement d’ailes et je le vis s’envoler haut dans le ciel. Il
eut le temps de se tourner vers moi et de me dire :
« - pense à ce que je t’ai dit petite fille, quand tu dégringoleras toujours plus bas et que tu seras sûre de
ne jamais pouvoir te relever, puise la force qui est en toi. Je t’aiderai mentalement. Ceci sera ton
héritage ! Il est temps pour moi de partir. Merci mon amie ! ».50
Je ne compris pas tout de son discours. De son passage, ne subsistèrent que quelques cendres. J’étais
si triste mais décidai de n’en parler à personne. On me prendrait pour une folle. Puis, peut-être avais-je
vraiment rêvé… ?
La vie continua et j’avais effacé cette histoire de ma mémoire. Puis le 15 mars 2018, un événement vint
bouleverser ma vie. Je fus agressée sur mon lieu de travail et sombra dans une totale et sévère
dépression, appelée « burn-out ». « Burn » signifie « brûler » en français. Oui ! Je me consumais
lentement de l’intérieur. Mon corps et mon cerveau se détruisaient petit à petit et je n’arrivais pas à sortir
de ce tourbillon qui m’entraînait vers le fond.
Puis, un jour, je me souvins de paroles lointaines. Un certain Phénix m’avait parlée de courage, de
résilience et de force. Il avait incarné tout cela pendant sa « convalescence ». Je me secouai, réappris à
remonter, petit à petit, les marches menant à la vie.
Au bout de quatre longues années, je sortis enfin de ma léthargie et commençai à entrevoir le bout du
tunnel. Je n’avais pas trouvé de passage mais j’avais gagné un ami imaginaire ou pas, mais qui m’avait
sauvée la vie.
Depuis, je fis donc mienne cette citation de Nelson MANDELA : « Le courage n'est pas l'absence de
peur, mais la capacité de vaincre ce qui fait peur. La beauté est dans les yeux de celui qui regarde. Fais
de ta vie un rêve, et d'un rêve, une réalité. »
Chantal CRESPY (Sujet n°1)51
C ‘ E S T O U, « LA » ?
LE 17 JUIN 24
MARIONE JUBILE
- Mais qu’ils sont cons ! marmonna Marione le Paon en ajustant son sourire maternel, il n’y a qu’ à arroser ! ! ! Elle était assise sur son bureau qui tremblait sur ses petits pieds Louis XV. Les fidèles, réunis pour l’occasion, présentaient leurs oreilles. Les sondages grimpaient hardiment, et parfois Marione craignait que les adeptes se reposent sur leurs lauriers.
- Arroser ? Vous avez combien d’arrosoirs ? ? remarqua Bordalo qui ne manquait pas d’à propos.
- Si vous permettez , murmura Sciottin , en équilibre sur son strapontin , il me semble , mais je peux me tromper ,(sa voix se brisa en douceur ) je peux me tromper ( il jeta son bras gauche en l’air, une clé jaillit de son geste . .) Il prit son air le plus benêt et dit « il me semble qu’ il serait plus facile de laisser faire la pluie » . Rire général, ils n’étaient pas tous sourds.
- En voilà une idée qu’elle est bonne, s’ écria Rousseli ,caché dans le placard aux procurations ,et quand est-ce qu’ils parleront de la bouffe ces braves gens? I’sont cons ou quoi ! I’ mangent pas ces gars-là ? Des ascètes sans doute ! Faut pas charrier ! Un bon steak et un petit rouge local, ça a de la gueule !
- Derrière la grande porte à deux battants, Darmanichou faisait une tête de bébé qui a croqué dans un citron, tandis que Zemourette descendait en vitesse ses dernières gaufrettes anti-bouffi , pas de partage, pas avec ces cons !
- Derrière Zemourette, le maitre Sarkozian luttait contre des épaules trop indépendantes en observant l’alentour, à la recherche d’un porte-feuille à conseiller . - Derrière Sarkozion , ce brave Hollandin , qui ne demandait qu’à faire plaisir mais s’était un peu pris les pattes dans le tapis - comme un con . . . Il n’entendait plus grand-chose mais serait aux premières loges pour donner les nouvelles nouvelles de la séance de la veille . Charlie n’ aurait pas aimé ça , se disait-il in petto. - Quant à Xavier Bertrandin , dont la tête gonfle quand il parle, il expliquait avec une infinie délicatesse à Mélanchaud -derrière lui - qu’il ne comprenait rien à ce qui se passait et sa voix de pédagogue moelleux dessinait dans les airs des sinuosités gracieuses qui atterrissaient mollement dans les oreilles alentour, pour ratatiner l’autre con qui hurlait à la cantonade « La république , c’est moi »
- Derrière Mélanchaud , ah , derrière Mélanchaud , évidemment une ribambelle d’ intéressés , plus ou moins intéressants que nous laisserons faire la queue dans l’attente . L’attente de QUOI ? ? Quien sabe ? ? et Hidalga, vous l’avez vue ?
Le 17 juin 24
Pendant ce temps , le petit Macrounet jouait au ballon prisonnier sur la pelouse veloutée de l’Elysée avec ses petits copains de travail, plus les suppléants à courbettes, qu’ il appelait gentiment « mes p’tits cons » . Il faut dire que, des prisonniers, il en avait quelques-uns. Le problème , c ’est que ce n’était pas suffisant . On l’avait prévenu – via un grand reporter de la télé 16 - que Marione le Paon en avait plus que lui. AH ! C ‘en était trop, son sang ne fit qu’un tour, sa lymphe suivit péniblement, son sébum essaya en vain. Là , Macrounet décida sur l’instant de dissoudre les Français ! , plouf ! Dissous le Peuple ! Ah Mais ! Tous des cons ! Sur le même plouf, Atalo comprit qu’il comptait pour du beurre .52
LE PLAN DE MARIONE
« AH les cons ! » murmurait Marione le Paon dans son bureau . Nul ne savait exactement qui elle visait, tout le monde cherchait un trou de souris à sa taille, au cas où. En réalité Marione se sentait peu aidée par ses adeptes qui, selon elle, jouaient petit bras. Malgré son succès , elle déclara que pour plus de sécurité, elle allait « arroser» discrètement les villes réfractaires avec quelques billets de tombola qui promettaient au gagnant une tourniquette et un ratatine ordures. Ca créerait un nouvel élan chez les con citoyens assoupis.
Attention, on arrose Vierzon , mais là , on remercie ! dit-elle. Les yeux ronds des adeptes demandaient : QUI ? Pas de réponse ! Elle changea le sujet « Souvenez vous : quand la maison de Bardot a été couverte de roses, elle a cédé ». Applaudissements enthousiastes suivis d’un froncement de sourcil. C’ ‘est osé , la loi permettait-elle ce type de publicité ? La patronne ferma les yeux en soupirant du nez et ne répondit pas. En réalité son plan était secrètement destiné à couper la route de Macrounet, de Hidalga et de Rachidote , triplé explosif , qui rêvait d’une allée plus large . Pour l’instant Rachidote , dans son palais , faisait semblant de dormir . Semblant ou pas , tout le monde , le doigt sur la bouche , évitait de bouger les chaises . Hidalga était en vadrouille . .
LE 23 JUIN 24
( après une vilaine nuit )
Ca y est ! On va avoir les nouveaux Français - dans 8 jours !
Y a le Troupeau National versus l’ Attroupement de Gauche, au milieu, la droite floue. Ils veulent parler fort car ils ont tous un nouvel ancien programme - qui va booster et le pouvoir d’achat et notre santé.
Certains eurent une pensée pour l’Ukraine, les étrangers, le mot tendresse fut prononcé et pour un instant, ce fut joli. Les citoyens réalisèrent soudain que c’était un mot qui leur manquait depuis longtemps et qu’ils attendaient sans le savoir. De toute façon maintenant , moi , Je veux pas voir , je sens que je vais avoir des problèmes urinaires comme quand j’étais petite et qu’on m ’ emmenait au cinéma voir un polar parce qu’ on ne savait pas où me mettre , plutôt cons eux aussi ?
LE 8 JUILLET 24
(soirée festive - ou pas )
« Petits bras, voilà petits bras ! » Je vous avais prévenus, Marione le Paon était écarlate. Supprimés les sourires attendris, supprimés les tombolas. . . « Vous avez tout distribué. . ?» « Non, Maîtresse, on les a vendus, on avait peur que vous soyez encore obligée de demander aux .. » « Taratata , voyez dans quelle situation vous nous avez mis » dit Marione « Voyez la situation où nous vous , euh, vous nous vous .. » « Merci Bordalo , on a compris . ». « Préférence Nationale », un peu sonné, ne savait pas se taire, il était déjà Premier Ministre , tendance Biden . . .
La surprise était de taille , la France ouvrait grand les yeux , à droite , à gauche , au milieu . ET ce pauvre Macrounet qui se félicitait in petto , se retrouvait malgré tout à faire des additions , des soustractions plus un nombre incalculable de divisions qui haussaient le ton . . . et puis la honte , il avait oublié la règle de Trois ! Il baissa les yeux et n’en dit rien à personne.53
La France était en émoi , certains examinaient leur situation et se demandaient si ils avaient bien choisi leur camp . Les Sciottin hésitaient, sous quel portail allaient-ils maintenant se glisser la nuit suivante. Ce soir-là , ils se cognèrent à d’autres inquiets, ce petit monde à quatre pattes grouillait sous les barrières , en quête d’un choix plus sûr . Bref , fidèles ou pas , les Français entamaient une période difficile ainsi que le maître des horloges qui s’appliquait à ne jamais demander l’heure . Et Hidalga, vous avez des nouvelles ?
LE 11 JUILLET 24
Vous pouvez m’indiquer la sortie ?
Coalition ou Cohabitation ? ? ?
Conversations , convictions , coproductions , confusions , compromissions , contorsions , consternations . . On recommence , conversations . . .
« Il faudrait un accord sur les réformes de fond, indispensables, en attendant mieux » les épuisés avaient dit. « De toute façon, il faudra bien trouver des ministres » les pressés avaient dit. . Qui sera écouté, qui sera entendu ? Quien sabe ?
( Note de l’auteur de cette analyse plus ou moins crédible , si le contenu ne vous plaît pas , je peux voter une motion de censure à l ‘endroit des mécontents mais je peux faire plus sûr , je DISSOUS mon lectorat . Plouf ! AH MAIS ! )
LE 17 JUILLET 24
« La gauche se fait Hara kiri » tous les journalistes sont d’accord , la gauche : a plus ! Ca va simplifier le travail des autres. Mais demain est un autre jour. . A propos vous avez vu Hidalga ?
POUR QUI LE PERCHOIR ?
Il y a bien un des prétendants qui trouvera la fève ! Ils votent, tranquillement, sagement. Quatre candidats, trois p’tits tours, un perché.
Mais pas de majorité absolue alors à nouveau : compromissions , contorsions , marchandages , la gauche ressuscitée accuse . C’est une citoyenne qui connaît le job qui est élue, elle l’a déjà fait pour Macrounet, il devrait être content. Y a des mécontents, tout le monde n’a pas joué franc jeu . . .A quoi joue t-on déjà ? Du nouveau : la CGT s’en mêle et demande une surveillance de ce qui se passe à l’assemblée. Les journalistes interrogent les bavards. La gauche ne sera pas perchée . . . A demain !
LE 20 JUILLET. 24
Pas de présidence de commissions pour Marione Le Paon . Elle ne décolère pas. Bordalo qui ne manque toujours pas d’à propos murmure pour les copains : Elle n’avait qu’à se faire tirer l’oreille comme son copain TRUMP . . là , ça s’arrose tout seul . . .54
LE 24 JUILLET 24
POUR QUI LE 1er MINISTERE ? ?
Pas question ! Vous ne saurez le nom du 1er ministre qu’après les JEUX, a dit le patron. Du suspense , toujours du suspense , le patron doit être un fan d’Agatha Christie , Pourvu qu’on ne découvre pas un cadavre dans son placard : enquête, Scotland Yard, ça nous mènerait en Septembre ou Octobre . Help ! Hercule Poirot. Au fait Monsieur Poirot, vous savez ou est Hidalga ?
LE 25 JUILLET 24
IL faut l’aider le pauvre Macrounet , il est peut-être le maître des Horloges mais moi je suis la Maîtresse des Boussoles et je le connais depuis longtemps le nom du 1er Ministre .
Macrounet - Dites le moi, je vous en prie, je vous trouverai un job peinard. moi -Pas question, c’est votre boulot, vous êtes payé pour ça
Macr - Je vous en prie, ça m’aidera à retrouver le sommeil
moi - Donnez moi votre oreille , il s’ agit de « Mmmmmmm »
Macr - NON ! C’ EST PAS POSSIBLE ??
moi -Si et ne le répétez pas avant les J. O . !!!
Macr - CA ALORS ?!? !? ! . .
LE 26 JUILLET 24 : J. O .
Jour fatal, n’en pouvant plus, HIDALGA se jette dans la Seine . . .
Et c’est ainsi qu’on en est arrivé « LA ! »
Michèle FAU (sujet n°2)55
LE CLAN DES OBSOLETES
Fin de matinée faiblement pluvieuse. Même pas ouvert le parapluie. Je marche sur le trottoir gris et
humide pour rejoindre Lucien. Il doit déjà m'attendre pour notre cacao rituel. Je remonte la rue, le long de
ses façades soignées, avec constamment cette impression de contrainte et d'artificiel en détaillant les
bornes, discrètes, qui essayent de se fondre dans le décor. Dans le quartier, je repère au loin quelques
silhouettes, passants fantomatiques qui semblent tous moutonniers, policés. A la longue c'est oppressant.
Ne pas y penser et avancer pour arriver à notre endroit habituel, j'allais dire le bar, mais là où est assis
Lucien ne ressemble en rien aux petits estaminets que nous connaissions plus jeunes. Arrivé, je passe
sous le portique de sécurité et viens m’asseoir sur le tabouret plastique relié au plateau.
Lucien me regarde et passe sa main dans les cheveux, lentement. Il fait toujours ça quand il a quelque
chose en tête qui le tracasse. Moi, ça me fait marrer parce qu'il n'a plus que quelques cheveux erratiques
qu'il ne veut pas couper. Après un court silence, il me lance :
- J'crois que j'ai fait une connerie. J'ai voulu aller sur les quais, au-delà de l'enceinte.
- Tu sais bien que c'est interdit. Tu n'as pas pu passer, n'est-ce-pas ?
- Ben j'avais échangé mon TPC avec celui d'Marcello parce que... Je le coupe !
- Alors ça, c'est stupide ! Tout le monde sait comment fonctionne un Terminal Personnel de
Communication, le bracelet-capteur à reconnaissance biométrique qu'on porte tous au poignet. Il scanne
et reconnaît l'empreinte du système veineux de ta main, qui est unique et personnelle, donc impossible à
falsifier. Le terminal a vite dû repérer l'embrouille.
- Ouai, j'sais que c'était une idée à la con, mais j'ai pas pu m'empêcher d'essayer quand -même. Une
envie impérative d'aller respirer une bouffée d'oxygène pur, de revoir la mer, cet endroit qui nous est
interdit. Marcello m'avait dit qu'il avait réussi à trafiquer son TPC pour passer certaines bornes. T'sais qu'il
est balèze question techno, alors j'ai voulu essayer. C'est pour ça qu'ce matin je lui ai demandé de
m'passer le sien et j'suis parti vers l'enceinte, j'avais espoir, des fois que ça marche... Mais comme t'as
dit, ça a foiré. Pas pu passer, retour ici.
L'attitude de Marcello m'étonne. Balèze oui, mais parfois inconscient. Pendant ce temps, Lucien a pris
son air apathique que je connais bien. J'éprouve toujours de la peine à le voir ainsi, mais je comprends
son coup de blues. Comment rester serein avec ce présent qui est le nôtre maintenant ? J'en prends
conscience en regardant cette salle fantôme, sans vie.
Lentement, Lucien enchaîne.
- Maurice, j'ai l'impression d'être dans un mauvais film. Un navet, sans scénario et avec un décor à la con,
figé, que j'ne supporte plus. Et la-dedans, moi j'suis qu'un figurant enchaînant des séquences, sans
intérêt. Maumo, je suis en train de m’effacer doucement, sans réaction, sans vagues. Moi j'veux encore
tourner quelques scènes avant qu'les projecteurs s'éteignent. T'sais, des vraies scènes, de celles qui
t'accélèrent le cœur. Tu piges ? Tu vas encore m'traiter de vieux babouin nostalgique, mais j'm'en fous.
J'ai envie d'me sentir libre, d'péter leurs règles à la con. Ce système, tu parles d'un héritage. Le couvercle
est trop pesant !
- T'en fais pas Lucien. Lui dis-je d'un ton qui se veut rassurant et positif. Marcello a peut-être réussi à
bricoler son TPC pour une borne ou un lecteur sans importance, mais, sur ce coup, tu savais que ça ne
pouvait pas marcher. Et arrête de voir notre vie uniquement en noir. Oui on est privé de liberté, mais notre
vie ici a quand même gardé une certaine saveur. On n'est pas comme certains résignés qui gâchent leurs
journées à mater leurs écrans, à camper chez eux et ne jamais sortir.56
Lucien, on est loin d'être des huîtres lobotomisées. Alors essaye de voir les choses avec plus de
discernement. Primo, c'était pas mieux avant le grand basculement sécuritaire. C'était tellement pire !
Rappelle-toi, la société était devenue aussi dangereuse qu'une horde de fauves sauvages. Incontrôlable,
violente, l'anarchie partout. La civilisation foutait le camp. On ne parlait que de décadence. Même nous,
on n'osait plus sortir, on n'osait plus bosser, on ne tentait plus aucun coup, rien ! La peur nous avait pris
au ventre. Comme tous, tu avais trouvé la reprise en main de l'état, ferme et bénéfique. On y a tous
adhéré. Seulement voilà, on ne pouvait pas savoir que ça déboucherait sur ça, alors…
- Maumo, m'parle pas comme à un môme ou j'vais t'envoyer t'faire foutre. J'sais tout ça !
Moi, je parle d'notre vie d'avant. Quand ensemble on faisait les quatre cents coups, quand on faisait des
affaires. On a fait des coups retentissants. Ça c'est inoubliable ! On vivait vraiment, alors que là, on
purge ! C'est qu'un semblant de vie. Maintenant on est qu'des empotés qui s'retrouvent à déambuler
comme des ombres dans ce quartier de sécurité qui ressemble à un parc pour léthargiques. Tout y est
feutré, chloroformé, on n'peut plus rien faire sans être contrôlés, verrouillés, tracés. On passe des
portillons et des bornes numériques invisibles sans l'savoir. Le TPC enregistre, signale, et tel un juge,
délivre l'droit de passer. Ou pas ! C'est pire qu'dans l'bouquin de George Orwell avec Big Brother. J'me
sens aussi minable que ces pauvres lions dans les cirques d'autrefois, des rois en cage dorée, même si la
cage est immense. T'sais Maumo, j'crois qu'je fatigue ! T'as vu l'âge qu'on a ? Oui, j'suis fatigué de passer
not'temps à énumérer nos douleurs et siroter leur boisson cacaotée dégueulasse. D'accord on paye pour
ce qu'on a fait, mais c'est pas une vie ! J'me rappelle trop quand on était plus jeunes. Époque formidable,
insouciante, où les cheveux des filles étaient des fanions à attraper. Et on en a vu passer des tignasses
attirantes. Maintenant j'peux même plus me l'ébouriffer ma tignasse. P'tain de temps qui passe…
J'ai écouté Lucien sans l'interrompre. Je l'avoue, moi aussi ça me fout les glandes d'être cloîtré ici. Lucien,
c'est mon pote de toujours, on se connaît depuis qu'on est mômes. On a tout fait ensemble, le meilleur
comme le pire, souvent le pire d'ailleurs. La vie s'est déroulée et maintenant, on se retrouve ici. Seuls. Moi
j'ai encore ma fille, mais elle ne vient jamais me voir, juste des appels vidéos. Lucien lui, a dernièrement
été très affecté par la perte de son chihuahua hors d'âge, dernier élément qui le reliait à sa vie d'avant. Un
choc dur à encaisser. Heureusement que nous avons notre petit clan. Trois vieux réacs, nostalgiques et
un peu déphasés. On se voit pour évoquer nos souvenirs d'antan, et se répéter qu'on n'apprécie en rien
notre existence actuelle. Elle pourrait passer pour une vie calme de retraités dans un environnement
tranquille et sécurisé, mais c'est plutôt morne plaine, et morne vie. Lucien a toujours été un rêveur, je ne
suis pas toujours d'accord avec lui, mais là, il a raison sur toute la ligne. Pas besoin de trop réfléchir, notre
vie, elle n'est pas terrible.
- T'sais à quoi j'pensais là ? Me lance Lucien. A l'odeur d'un bon gratin dauphinois et le goût d'un bon
verre de vin. Après un silence, il reprend. Maintenant il nous reste quoi ? Les cacaos ? D'ailleurs, si tu
peux t'en occuper ? J'ai récupéré mon TPC, mais il fonctionne plus.
En même temps, il a approché son poignet du lecteur. Bip. Une voix féminine synthétique se fait
entendre : « Veuillez utiliser votre TPC pour accéder au service demandé ». Désabusé, il recommence
trois fois, et la même voix annonce : « Nombre maximal d'essais autorisés, dépassé. Votre compte est
suspendu pour suspicion de fraude. Veuillez contacter le service concerné avec l'identifiant de votre TPC
donné par l'administration et votre code secret ».
- C'est comme ça depuis que j'suis revenu ce matin. C'con de TPC est bloqué, quelle merde !
Je souris nerveusement et fais la commande sur la tablette intégrée. Puis je vais chercher les boissons.
Au retour, je fixe mon verre, mais je ne distingue plus ni mon cacao, ni la pièce.57
Suite à cette discussion avec mon vieux pote, mes pensées viennent de partir loin, très loin. Lucien n'a
pas pipé mot, assis tous deux dans un silence quasi-religieux. Et soudain, je ne sais pas comment ni
pourquoi, mon esprit chavire, sombre, puis s'embrase. Bref, je craque ! Je suis pris d'une conviction si
ultime qu’elle consume en une fraction toutes les retenues qui stagnaient en moi. Je mets un moment à
revenir au calme et à pouvoir articuler.
- C'est toi qui as raison ! Pour moi aussi, le présent s'échappe comme le sable entre les doigts et je fais
comme si je ne m'en rendais pas compte. Lucien, tu n'es pas le seul à te souvenir du passé et avoir envie
de liberté. Ça me rappelle un poème appris à l'école. Une ligne disait : « Plus tard, il sera trop tard. Notre
vie, c'est maintenant ». Alors viens ! On y va, sur les quais !
- Oh ! Qu'est-ce qu'il t'arrive Maumo ? Ça va ? T'as chopé un accès d'adrénaline ? Moi, j'suis partant,
mais on fait comment pour passer ? T'as trouvé une panoplie de magicien ?
Sans plus de réponse, je me suis levé et me suis mis en route. Lucien a suivi immédiatement. Mais
franchement, je ne sais pas du tout comment nous allons faire.
- P'tain Maumo t'es une tronche ! Attendre qu'un camion autonome d'ramassage des poubelles arrive au
portail et s'accrocher derrière pour passer... C'est carrément Génial ! Heureusement qu'ils ont une allure
d'escargots, j'ai déjà mal de partout.
- J'ai improvisé Lucien. C'est tout. Mais on y est sur les quais. On y est !
Nous restons tous deux comme des gosses, debout, sans rien dire, hébétés par l'instant.
- Merci Maumo. T'sais, j'en chiale presque de revoir tout ça. La mer est toujours aussi belle et c'est bon
d'ressentir cet air à nouveau. Regarde, des bateaux, des gens, ça bosse, ça vit. J'vois bien des caméras,
des bornes, des écrans tactiles, mais pratiquement pas d'barrières. D'revoir tout ça m'file des vibrations
de bonheur. C'est, c'est... Tout bonnement incroyable.
- T'emballe pas Lucien. Même si personne n'ose transgresser les règles, ça a été presque trop facile. Nos
TPC ont viré au rouge dès qu'on a passé la barrière, m'est avis que les drones vont pas tarder à
rappliquer, suivis par des surveillants.
- Non, non, c'est pas dit. C'est même compréhensible, lance Lucien. Ils ont basé le contrôle de la société
sur la technologie, cybersécurité et IA. Et ça fonctionne parce que tout l'monde joue le jeu. Trop de
risques. S'ils te déconnectent, tu peux plus rien faire, tu disparais socialement. Sans ton TPC, t'existes
pas. C'est valable pour tous les citoyens, et même pour nous ici. T'sais, peut-être qu'on est les premiers à
se rebeller. Mais la force d'ce système c'est aussi sa faille, y'a plus d'contrôle humain. T'en a déjà vu des
surveillants ? J'crois que j'en ai jamais vu. L'humain c'est le recours ultime. J'suis sûr qu'on peut faire des
tas d'trucs avant qu'ils réagissent. Maumo, on s'tire ! On n'a qu'à prendre la barque là, y'a des rames, et
sans attirer l'attention, on s'offre un petit voyage. Libres. Allez viens ! On s'fait la malle !
C'est en marchant vers le bout du quai qu'est soudainement apparu l'appareil, planant en face de nous.
On a juste eu le temps de lever la tête avant d'entendre la voix métallique.
« Matricule XB1127 et XB1128, veuillez réintégrer l'enceinte sécuritaire ! Si vous obtempérez sur le
champ en suivant le drone, aucune aggravation de peine ne vous sera appliquée. »
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José GONZALEZ (sujet n°1)58
L’ordre des choses
Oui, t’en as marre de mes carreaux. Tu dis que ça fait rococo. T’oublies que, dévouée, j’accueillais tes os tout contre ma peau après tes rudes journées de boulot. T’étais bien au chaud mon coco !
Certes, notre union fluctuait selon la météo. En été, je broyais du noir, mise au placard. Tu préférais prendre ton pied avec des va-nu-pieds ! faire tourner les têtes dans des claquettes, faire scandale dans des sandales ! Puis, dès les premiers froids, je sortais du lot, fidèle, j’existais de nouveau. Quelle que soit ton humeur, tu te lovais dans ma chaleur. Quel bonheur d’être tous les deux, au repos, calés devant un feu de cheminée, un bon film à la télé. Sans relâche, ni rechigner, je fus assidue à la tâche, enfilée au pied levé. Parfois, lorsque ma position prêtait à confusion, tu cherchais mon ouverture à tâtons puis me retournais pour glisser ton membre pressé de me trouver.
Le temps est passé. Tu me jettes maintenant à la poubelle comme une vieille semelle tout en conservant ma sœur jumelle. T’as la patte d’un cul d’jatte pour me flanquer ainsi, seule au rebut ? Pourquoi cet acte incongru ? T’as rien compris au pas de deux mon vieux. Tu deviens gâteux !
Quoiqu’il en soit, je conçois que m’offrir une nouvelle vie serait une hérésie tellement j’suis flétrie. J’te confonds pas avec l’armée du salut. La remise à neuf coûterait un bras, et d’un bras moi je n’en veux pas. A quoi cela me servira ? Désormais, je dois envisager la fin du service, loin de ton odeur et tes cors, ta moquette et ses p’tites bêtes. Ne plus sentir la pointe des cailloux lorsque t’étais soûl, subir tes colères quand tu me fracassais par terre.
J’ai respecté les usages, supporté la charge. Tu pesais lourd gros balourd. Tel un âne et son bât, je guidais tes pas, craignant une chute accidentelle qui t’aurais fait passer de vie à trépas.
Aucune gamelle pour franchir quelques margelles, grande sauterelle !
Le contrat est désormais terminé. J’ai bien résisté, me soumets à la loi du marché ! Le taux d’usure est dépassé. Le chemin parcouru atteint ses limites. Et moi, je hais les trous que font les mites ! Tu ne peux pas m’encadrer, ni même me garder au grenier, et y’a plus d’place dans le cellier. T’as raison, j’ai fini la saison !
Affirmer que j’étais aux anges auprès de phalanges déformées et d’oignons incarnés serait une contre-vérité. Je me range au devoir de nécessité. Tu trouveras une élégante jeunesse joliment présentée dans un rayon de supermarché, qui fera ta richesse dans la souplesse, dont la forme épousera le confort de tes pieds sans te ruiner.
Çà m’foutrait presque le cafard, m’rendrait morose, si ce n’était dans l’ordre des choses.
Moi, vieille charentaise dans laquelle tu te sentais à l’aise, vieille pantoufle servant de moufle pour du froid te protéger, j’ai compris. Toi et moi c’est fini.
Ne commets pas l’impair de laisser croupir ma sœur qui attend son heure, se morfond dans ton carton à ripatons. Elle a besoin de mon air pour faire la paire…
Agnès RHODES (hors concours)59
Résultats prix Victor Hugo 2024
Poésies :
Sujet 1
Labour à l’alpage Christian Goller Meilleur parolier
Nos années d’extravagances Serge Lapisse Prix des amants
Sujet 3
A ma chère et tendre cochonnaille Aurore Thomine* Prix J.Cochonou
Les scuds de Gertrude Agnès Rhode Le missile de l’année
Cher travail Françoise Blanc-Rouffiac Prix France-travail
Nouvelles :
Sujet 1
Entre rêve et réalité Chantal Crespy Prix du patrimoine
Le Gratin Dauphinois Fanny Salat Prix Mousline
L’oubli des vagues Sarah Simon-Bottarel Prix Thalasso
Dure Journée Nino Mésuil* Prix Philippe Geluck
Sujet 2
Marathon pour tous Julien Lacaze * Médaille d’or
Sujet 3
Mon cher Emile Elisabeth Escartin Prix « Tous contes Fées! »60