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Compte-Rendu - 1167 CR litera 21 février 2026
Document publié le Samedi 21 février 2026 par la commune de Saumane-de-Vaucluse.
Lien du pdf (Compte-Rendu - 1167 CR litera 21 février 2026)
Thèmes du document : Guerre en Ukraine, Culture et patrimoine, Affaires étrangères et coopération,
Rencontre LITERA du 21 Février 2026
1 - Livres présentés,
Thème libre (cliquer sur le titre pour en savoir plus)
Consuelo de Saint-Exupéry, Oppède (présenté par Colette).
Les habitants d'Oppède qui, en 1940, n'étaient plus qu'au nombre de 700 environ, vivent dans la plaine. Mais c'est dans la vieille ville, dans le château et les vieilles maisons abandonnées au sommet du rocher que Consuelo de Saint-Exupéry s'était réfugiée au lendemain de l'armistice de 1940. C'est là que, dans la pauvreté et dans la faim, un groupe d'architectes et d'artistes entreprirent de continuer l'enseignement de leur art pour que les survivants soient prêts à rebâtir quand cesserait l'ère de destruction.
Lorsque Consuelo de Saint-Exupéry partit en 1942 pour rejoindre son mari aux États-Unis, elle fit serment à ses amis de raconter l'histoire du groupe d'Oppède. Ce livre est l'accomplissement de sa promesse.
On y voit la naissance de l'entreprise - son développement, au milieu des embûches de toutes sortes que lui tendirent l'envie, la méchanceté, la sottise. Consuelo de Saint-Exupéry conte avec humour, avec tendresse, avec passion. Son livre est un livre vivant, parce qu'il est le livre de l'énergie et de l'espoir.
=> Voir aussi : du même auteur Correspondance (1930-1944)
Simonetta Greggio, Le souffle de la forêt, sur les traces de Simona Kossak (présenté par Colette).
Elle s’appelle Simona Gabriela Kossak. Elle n’a que la peau, les os et un nom de famille. Elle est née dans une villa nichée au cœur d’un parc, à Cracovie. Elle est éduquée à ne pas mettre les coudes sur la table lorsqu’elle dîne devant les chandeliers en argent. Plus tard, elle petit-déjeune d’une cigarette et d’un café, un lynx à ses pieds, un sanglier allongé sur le canapé de sa maison sans eau courante ni électricité, au milieu d’une forêt primaire de Pologne, Bialowiea. Un corbeau boit dans son verre en cristal ébréché.
C’est une scientifique, une biologiste zoopsychologue. Elle pense qu’elle a toujours raison ou à peu près – et c’est souvent vrai. Elle se bat « comme un animal sauvage intelligent », pour les bêtes, pour la forêt, pour le monde autour d’elle, tout entier. Elle n’a jamais écrit de manifeste : sa vie en tient lieu.
=> Voir aussi : sur la forêt primaire de Pologne, Bialowiea, et de Bernard Werber, La voix de l’arbre.
Cicéron, Le songe de Scipion (présenté par Colette).
Alors que la République romaine triomphante s’effrite et tombe déjà en ruines, Cicéron rapporte la vision bouleversante qu’eut, dans son sommeil, Scipion Émilien. Nous voici, par le pouvoir des mots et du songe, transportés au plus haut des cieux pour contempler le mouvement des astres, au son de la musique des sphères et à la lumière de mille soleils. À nous de partager un spectacle appelé à nous conduire à une réflexion poignante sur l’humanité, sur sa mémoire et sur sonavenir. À nous de vérifier, de retour sur terre, de quelle éternité nous sommes encore capables dans un monde où aucun jour n’échappe à la nuit.
En son inquiétante et fascinante étrangeté, ce court texte déborde de sagesse et de poésie. Si aux siècles de gloire succèdent des millénaires d’oubli, l’âme, immortelle, est le seul bien à cultiver. Par cette traduction nouvelle, cristalline et précise, Jean-Louis Poirier livre au grand public ces pages étonnantes, mais connues des seuls spécialistes.
Olga Tokarczuk, E.E. (apports nouveaux de Christophe :courants de pensées, perspectives)
Breslau, 1908 : Erna Eltzner, fille cadette d’une famille bourgeoise germano-polonaise, mène une existence effacée. Tout change lorsqu’elle s’évanouit à table, après son quinzième anniversaire. Non seulement elle a entendu des voix, mais un fantôme lui est apparu. A-t-elle reçu le don merveilleux de communiquer avec les morts ? Est-elle possédée ? S’agit-il de cette fameuse maladie nouvelle, l’hystérie ?
La mère d’Erna, qui rêvait d’être actrice, se montre enthousiaste à l’excès. Le père, propriétaire d’une filature, ne veut rien savoir de toutes ces fariboles. Occultistes, médecins de jadis ou découvreurs prudents de la psychiatrie moderne, chacun fait entendre son analyse et parfois son jugement. Parmi eux, se trouvent Artur Schatzmann, un étudiant en médecine qui n’est pas sans rappeler C.G. Jung au même âge, et le fantasque Walter Frommer, fonctionnaire de mairie en charge du « registre des décès », amateur d’ésotérisme et amoureux muet de la mère d’Erna. Bientôt, Mme Eltzner ne résiste pas à la tentation de réunir quelques amis pour des séances de spiritisme… la table va danser, des objets traverser la pièce.
Journal hebdomadaire Le Un Hebdo, notamment le n° 581 sur George Orwell et le n° 580 intitulé La fin de l’Occident (présenté par Christophe)
Andrei Kourkov, Les bains de Kiev, (polar présenté par Christophe).
Vingt-huit soldats de l’Armée rouge ont mystérieusement disparu aux bains municipaux, en plein cœur de Kiev. N’ont été retrouvés que leurs vêtements laissés au vestiaire. Ont-ils déserté? Ont-ils été assassinés? Si oui, par qui? Des brigands, des agents de la contre-révolution? Mais en cette fin d’avril 1919, Kiev est le théâtre de tant de meurtres et de complots que Samson, jeune enquêteur de la milice, aura bien du mal à démêler cet écheveau d’indices contradictoires. Le maître ukrainien de l’absurde nous promène, au gré de l’enquête, dans la capitale d’une Ukraine en proie aux turbulences politiques, pas si éloignées de l’époque actuelle…
Sabine Dullin, Réflexions sur le despotisme impérial de la Russie (présenté par Christophe)
Un despote et une vision impériale : telle est la prison où l’identité russe est enfermée depuis des siècles. Et ce n’est pas Vladimir Poutine, au pouvoir depuis vingt-cinq ans et artisan de la guerre en Ukraine, qui le démentira ! Il ne fait pas de doute qu’un régime pluraliste et ouvert ne peut émerger durablement en Russie tant que les Russes ne tournent pas aussi le dos à cette identité impériale qui se drape dans un faux anti-impérialisme et une fausse défense existentielle. Telle est la thèse audacieuse de cet essai qui se poursuit par un choix de textes – pour certains peu connus – d’Européens qui, du XVIe au XXIe siècle, ont interrogé le despotisme impérial de la Russie. Leur actualité est troublante. Car ne nous y trompons pas : fascinés et critiques, ces textes sont également un miroir tendu à l’Europe, lui renvoyant ce qu’elle fut : coloniale, impérialiste et fasciste – et ce qu’elle pourrait bien devenir : antidémocratique.
David Christoffel, Le syndrome de Salieri (présenté par Christophe)Antonio Salieri est le plus connu des compositeurs méconnus. Mais certains de ses opéras ont beau avoir été de grands succès et regagner petit à petit les scènes lyriques, il reste impossible de parler de Salieri sans en découdre avec deux siècles de débat : a-t-il assassiné Mozart ? comment est-il devenu le saint patron des musiciens ratés ? et pourquoi l'époque des Lumières a-t-elle plongé tant de compositeurs dans l'ombre ? Depuis le film Amadeus de Miloš Forman (1984), la gloire de Salieri est indétachable d'un soupçon de médiocrité. Toute la fierté de la musicologie pourrait alors consister à se porter garante de la vérité des faits face aux mythes qui corrompent la réputation du compositeur. Sinon que la fiction manie des représentations qui lui viennent de la musicologie elle-même. En pistant les apparitions contemporaines du compositeur dans les romans, transfictions, manga ou autre opéra rock pour les confronter aux récits des historiens de la musique, l'auteur reconstitue l'histoire croisée de la déification de Mozart et de la dévaluation systématique de son prétendu rival. Le Syndrome de Salieri veut montrer comment cet anti-héros de l'histoire musicale vient donner son nom à tous les artistes tenus à l'écart du culte du génie.
Marie-Hélène Lafon, Hors champ (en cours de lecture par Marie-France)
Cécile Coulon, Le visage de la nuit (présenté par Gilbert)
Depuis qu'il a survécu à une fièvre mortelle, personne n'a vu son visage. Chaque nuit, l'enfant quitte le presbytère où il a été recueilli et s'enfonce dans les bois. Sous la lune, la forêt devient son territoire. Cette vie clandestine le protège du regard des autres.
Alors qu'il entre dans l'adolescence, une jeune fille apparaît parmi les arbres. Elle ne ressemble en rien aux habitants de ce village perdu, hanté par des haines ancestrales. Mais elle aussi porte un secret et rêve d'échapper à l'avenir qui lui est promis.
Le Visage de la nuit est un roman éblouissant, traversé d'éclairs sur l'adolescence, la violence et le désir.
Cécile Coulon, Les Ronces (poésie, présenté par Gilbert)
– Les ronces convoquent le souvenir de mollets griffés, de vêtements déchirés, mais aussi des mûres, qu’on cueille avec ses parents dans la lumière d’une fin de journée d’été, alors que la rentrée scolaire, littéraire, approche.
– Entre les caresses et les crocs, Les Ronces de Cécile Coulon nous tendent la main pour nous emmener balader du côté de chez Raymond Carver. Sur ces chemins, elle croise des vendeurs de pantoufles, des chiens longilignes, un inconnu qui offre une portion de frites parce qu’il reconnaît une romancière…
– La poésie de Cécile Coulon est une poésie de l’enfance, du quotidien, de celles qui rappelle les failles et les lumières de chacun.
=> Evocation des auteurs du terroir auvergnat : Marie-Hélène Lafon, Cécile Coilon, Robert Sabatier, Henri Pourrat … Et petite parenthèse sur les patois, la Novlangue.
Pascal Boyer, L’impossible démocratie - Comment nos instincts façonnent et déforment l'idéal politique (présenté par Nicole)
**EN POLITIQUE, TOUT EST BIOLOGIQUE.**
Pourquoi les débats s'enveniment-ils ? Pourquoi les camps se radicalisent-ils ? Pourquoi suivons-nous des leaders autoritaires quand nous prétendons défendre la raison et la liberté ? Parce que le moteur de la politique, en deçà des programmes, des partis et des institutions, est l'évolution de notre espèce.
Selon Pascal Boyer, anthropologue et spécialiste des sciences cognitives, l'évolution biologique explique en effet les illusions de la vie publique : non, nous n'adhérons pas à une idée pour sacohérence ; non, nous ne choisissons pas les dirigeants les plus compétents ; et non, la démocratie ne faiblit pas par manque d'éducation. Elle échoue car la politique est moins une affaire d'arguments que de signaux moraux, de fidélités partisanes et de dominations masquées. Nos instincts sociaux nous ont permis et nous permettent encore de créer la solidarité et la coopération dans nos communautés – deux traits, uniques à notre espèce, qui sont le fondement des sociétés démocratiques.
=> Evocation de La Boëtie, Discours de la servitude volontaire : Ce Discours entend penser l’impensable : comment des hommes, en nombre, peuvent-ils accepter de se soumettre à un seul, qui leur est néfaste ? Au XVIe siècle, Étienne de La Boétie s’attelle à résoudre ce paradoxe et à éclairer ses contemporains dans un texte aussi incisif que percutant.
Aujourd’hui, cette œuvre continue de questionner notre rapport au pouvoir et de nourrir notre réflexion sur les mécanismes d’oppression. Conduite par l’idée puissante selon laquelle la liberté est inhérente à la nature humaine, elle nous invite à nous interroger sur les moyens de la défendre et de l’entretenir…