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Document publié le Vendredi 14 juillet 2017 par la commune de Poggio-d'Oletta.
Lien du pdf (Acte - 14+juillet+2017+ +Fête+Nationale)
Thèmes du document : Démocratie, Histoire et mémoire, Droits de l'homme,
Page 1 sur 5
Commune de POGGIO D'OLETTA - Cumuna di U POGHJU D'OLETTA
CEREMONIE DU 14 JUILLET 2017
Discours du maire - Discorsu di u merre
Chers Amis,
Cari Paisani,
C'est un plaisir chaque année renouvelé de vous retrouver à
ce traditionnel rendez-vous du 14 juillet.
Célébrer le 14 juillet, c'est d'abord commémorer un des
moments les plus importants de l'Histoire de France, ce jour de
1789 où, prenant la bastille, le peuple s'est libéré du joug de la
monarchie et est devenu acteur de son destin politique.
Célébrer le 14 juillet, c'est aussi mettre à l'honneur la
République avec ses valeurs portées par la Révolution française,
devenues ensuite celles de la nation toute entière.
La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, la
liberté de la presse, la liberté d'association, l'instruction laïque,
gratuite et obligatoire, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, la
liberté syndicale, le suffrage universel...tous ces principes
découlent de l'acte révolutionnaire fondateur que représente
symboliquement la prise de la Bastille. Ils donnent corps au pacte
républicain.
Chaque année, le 14 juillet nous rappelle que ces principes
ont été arrachés au prix de nombreux sacrifices humains. Des
hommes et des femmes sont morts pour que nous puissions
aujourd'hui penser et vivre librement.Page 2 sur 5
Cette aspiration à la démocratie a aussi été recherchée et
partagée par les Corses voulant tourner le dos à la monarchie
absolue, symbole de l'oppression durant la guerre de 1768.
Revenu en France le 5 avril 1790, U Babbu di a Patria,
Pasquale PAOLI, marque d'ailleurs son adhésion à la nouvelle
forme de gouvernement de la France qui se dessine alors.
Dans la lettre qu'il écrit au roi d'Angleterre afin de le
remercier, il précise:
"Après une telle révolution dans les affaires de ma patrie,
j'avais lieu de croire ma destinée accomplie et qu'il ne me restait
autre chose à désirer, que de finir mes jours dans la tranquillité
d'une retraite; mais on insiste encore à me représenter que ma
présence à Paris est nécessaire, et y peut être utile à la nation,
quand ce ne serait que pour dissiper les soupçons qu'on pouvait
y entretenir sur mon acquiescement à la nouvelle forme de
gouvernement qu'on vient de lui donner. Je ne puis me refuser
davantage à ces insistances réitérées de mes compatriotes".
On nous dit souvent: PAOLI n'aimait pas la France.
Pas du tout, comme le dit l'historien Michel
Vergé-Franceschi: PAOLI était hostile à la monarchie absolue, ce
qui est tout à fait différent. Au contraire, les idées et les principes
de 1789 "Liberté, Egalité, Fraternité" étaient les siens.
Et c'est bien dans cet esprit qu'il a été accueilli, avec les
délégués du peuple corse qui l'accompagnent, par les français à
l'Assemblée Nationale Constituante, le 22 avril 1790.
L'introduction de bienvenue prononcée par Mirabeau est
des plus explicites:Page 3 sur 5
"Pasquale Paoli,
Le peuple de Paris vous a déjà consacré citoyen d'honneur
de cette ville, où votre nom aimé et respecté vole de lèvres en
lèvres.
Le peuple de Paris, pour asseoir votre gloire, nous a déjà
dérobé tous les mots d'affection et d'aspiration que nous vous
préparions.
Et voici les membres de cette Assemblée tenus de les lui
emprunter pour vous accueillir parmi eux, comme un illustre pair
et un ami vénéré.
Le général Lafayette a su rappeler à ceux d'entre nous qui
auraient pu l'oublier que le cours de votre grande œuvre pour
assurer la liberté et l'indépendance de votre patrie a été marqué
d'une impérissable pierre blanche: celle du jour où vous fîtes
proclamer par la Consulte Nationale de Corse la Constitution,
première du genre, qui établissait les droits égaux de vos
compatriotes dans leur quête du bonheur.
Combattant de la guerre d'indépendance imposée à votre
patrie, vous êtes, Citoyen-général Paoli, le grand législateur qui,
avant tous les autres, a annoncé la naissance de la démocratie et
le droit des peuples à une égale justice.
En cela, nous saluons ici, l'homme, le philosophe, le soldat
et l'économiste qui a précédé notre propre démarche.
S'il existe bientôt une Constitution française, la Monarchie
où nous vivons le devra certes à notre serment et à la valeur des
révolutionnaires. Mais cette constitution sera l'écho fidèle,
adapté au grand peuple que nous formons aujourd'hui, étendu à
la nation corse, de vos personnelles résolutions.
Que la France et la Corse puissent vivre à jamais unies par
l'ambition commune de servir le peuple et sa loi. Vive la Corse
libérée de l'oppression. Vive son glorieux chef Paoli".
Ce n'est qu'avec les massacres de septembre 1792 et l'arrivée
de la Terreur à partir de 1793 que Pascal PAOLI s'éloigne
finalement de la France.Page 4 sur 5
A ce moment là, il ne reconnait plus ses propres idées dans
ce qu'il considère comme une dérive de la Révolution et une
négation des idées des Lumières.
Il l'écrit d'ailleurs: "La France de maintenant ce ne sont plus
les idées de tolérance d'il y a trois ou quatre ans".
Tous les 14 juillet, nous devons donc nous rappeler que le
pacte républicain assurant notre vie en démocratie a été acquis
au prix de nombreuses luttes.
Ce pacte est aussi précieux que l'air que nous respirons.
Et comme l'air, c'est quand il se raréfie que nous prenons
pleinement conscience de son importance.
En ces temps où résonnent l'intégrisme, l'intolérance, les
violences, la perte des valeurs, célébrer le 14 juillet est donc
l'occasion de réaffirmer notre attachement à un bien d'autant
plus précieux qu'il reste rare et que nul ne peut affirmer qu'il
nous est à jamais acquis.
L'actualité nous le démontre trop fréquemment: nos valeurs
communes, celles qui fondent notre démocratie sont attaquées.
Et notre volonté de coexister en paix est remise en cause.
Le pacte républicain est indispensable: il vaut que l'on se
batte pour le préserver mais aussi pour le conforter et pour
l'enrichir afin notamment de le moderniser.
La République n'est, en effet, pas seulement une forme de
gouvernement.
C'est une éthique qui a pour but de définir ce qui doit être.Page 5 sur 5
C'est la volonté que les règles de vie en commun soient
élaborées par ceux auxquelles elles s'appliquent selon les
principes de la démocratie et non en application de la règle bien
connue de "la loi du plus fort".
La République, c'est l'exigence de la liberté, de l'égalité et de
la fraternité et donc du respect des différences dans un cadre
commun fait de valeurs, de lois et de règles d'éthique.
Nous avons tous, élus comme citoyens, un devoir de
vigilance et de responsabilité pour défendre ce cadre commun,
ce pacte républicain, pérenniser ce qui nous unit plus que ce qui
nous divise et promouvoir sans cesse les adaptations nécessaires
dans le cadre d'une démarche éthique axée sur la recherche d'un
équilibre réfléchi.
Pour être consolidée, la République est donc tenue de livrer
de front trois batailles:
- d'abord, celle de la réalité des promesses, afin de retrouver du
crédit,
- ensuite, celle de l'affirmation des valeurs, pour faire naître de
nouveaux espoirs,
- enfin, celle de la modernité, afin de rapprocher le pouvoir du
peuple et d'intégrer au mieux ses aspirations.
Voilà, je vais conclure, en vous demandant d'avoir une
pensée en mémoire de tous ceux qui ont fait le sacrifice de leur
vie pour défendre les valeurs de "Liberté, Egalité, Fraternité" et
aussi en pensant à tous ceux qui luttent encore pour une
République plus juste et pour la Liberté.
Vi ringraziu
Je vous remercie