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Document publié le Jeudi 14 juillet 2016 par la commune de Poggio-d'Oletta.
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Thèmes du document : Histoire et mémoire, Démocratie, Droits de l'homme,
Page 1 sur 5
Commune de POGGIO D'OLETTA - Cumuna di U POGHJU D'OLETTA
CEREMONIE DU 14 JUILLET 2016
Discours du maire - Discorsu di u merre
Chers Amis,
Cari Paisani,
Merci à tous d'être présents à ce traditionnel rendez-vous
du 14 juillet.
Ce monument aux morts devant lequel nous passons très
souvent est bien plus que la simple énumération des noms de
ceux qui ont payé de leur vie le combat pour notre liberté.
C'est le symbole d'un héritage commun, celui de la
République, aujourd'hui socle des valeurs de notre démocratie.
Chaque année, le 14 juillet nous rappelle que cette liberté a
été arrachée au prix de nombreux sacrifices humains. Des
hommes et des femmes sont morts pour que nous puissions
aujourd'hui penser et vivre librement.
Cette aspiration à la Liberté a aussi été partagée par les
Corses voulant tourner le dos à la monarchie absolue, symbole
de l'oppression durant la guerre de 1768.
A l'époque, nos représentants ont adhéré à l'élan
révolutionnaire.Page 2 sur 5
Ainsi, à la séance du jeudi 22 avril 1790 de l'Assemblée
Nationale, les députés extraordinaires de la Corse, entourant
Pascal PAOLI revenu de Londres, prononcent le discours suivant:
"Nosseigneurs, la Corse libre nous députe vers vous pour vous
rendre grâces de l'avoir affranchie. Le despotisme nous avait
accablés; mais, nous osons le dire, il ne nous avait pas soumis:
votre justice seule nous a conquis et c'est à votre générosité que
nous rendons les armes. Nous haïssions des maîtres dans le nom
français, nous bénissons des libérateurs et des frères. Pendant
quatre cents ans, nous avons combattu pour la liberté: nous
avons versé des flots de sang pour elle et nous n'avons pu
l'obtenir: en un jour vous nous l'avez donnée."
Tenus pour rebelles sous l'Ancien Régime, les corses sont
finalement reconnus comme des héros et des martyrs de la
liberté.
Répondant à l'intervention de Pascal PAOLI, le président de
l'Assemblée Nationale s'exprime alors ainsi:
"Messieurs, un peuple né pour l'indépendance, un peuple dont la
France admira le courage tant qu'elle eu à le combattre, et dont
elle n'a vraiment achevé la conquête que le jour où elle l'a rendu
à la liberté, devait sans doute goûter mieux qu'aucune autre
partie de l'empire, le prix d'une constitution qui rend à l'homme
tous ses droits et qui promet au citoyen bonheur, gloire et
prospérité. L'hommage que vous venez offrir à l'Assemblée
Nationale est digne de vous et d'elle; elle fixe ses regards avec
complaisance sur les députés d'une nation fière et généreuse qui,
désormais, ne fera plus qu'une avec la France, et elle se plait à
reconnaître au milieu de vous celui qu'un choix libre mis jadis à
votre tête, et qu'un des décrets dont l'Assemblée se glorifie le
plus vient de rendre à nos vœux. Elle aime à distinguer en lui le
héros et le martyr de la Liberté. Enfants adoptifs de la France,
recevez d'elle le bonheur qu'elle vous a préparé, et payez-la parPage 3 sur 5
votre amour et par cette fidélité que vous venez de lui jurer si
solennellement."
Tous les 14 juillet, nous devons donc nous rappeler que la
démocratie dans laquelle nous vivons a été gagnée au prix de
nombreuses luttes.
N'oublions jamais que la démocratie est un bien précieux.
N'oublions jamais que ce bien est fragile et sans cesse
menacé par l'homme lui même.
Chaque année, nous sommes invités à réfléchir aux valeurs
essentielles de la démocratie que sont la liberté, l'égalité et la
fraternité, valeur qui sont devenues la devise de la République.
Héritées de la philosophie des lumières, ces valeurs nous
invitent à ne jamais céder au découragement face aux
déchainements de l'histoire. Notre démocratie n'est certes pas
parfaite mais elle reste le moyen le plus sûr d'assurer à tous les
libertés individuelles.
En 1880, lorsque la République décréta le 14 juillet fête
nationale, elle entendait donner à la prise de la Bastille toute sa
dimension historique et symbolique. Mais il est clair qu'elle
entendait surtout honorer la fête de la fédération qui, en 1790,
rassembla à Paris tous les représentants des provinces du pays
dans un grand élan d'unité nationale.
C'est cette notion d'indivisibilité de la nation française que
le 14 juillet souligne avec force.
Nous savons malheureusement que cette grande espérance
fut déçue par les déchirements que connut par la suite le pays.Page 4 sur 5
Il semblait en effet que la Révolution avait atteint son
objectif et que rien ne pouvait entraver la progression du pays
vers plus de justice et de liberté.
Il n'en fut rien: pendant près d'un siècle, la France fit face à
de nouvelles crises, dont la Terreur, la guerre de Vendée et la
Commune furent les pires expressions.
Cependant, à chaque épisode douloureux, du sang versé
sont nées de nouvelles espérances.
Chaque période a en effet été rythmée par des avancées.
La prise de la Bastille a consacré l'égalité sociale.
La révolution de 1848 a donné naissance au suffrage universel.
La IIIème République a fait triompher la laïcité.
La Vème République a ouvert la porte à l'Europe et celle de la
décentralisation.
Nous sommes aujourd'hui dans la continuité de ce grand
dessein républicain.
Pourtant, pour un grand nombre de nos concitoyens, le
triptyque républicain n'évoque plus l'esprit de la Révolution.
Il représente aujourd'hui le profond décalage entre une
réalité quotidienne difficile et de grands principes qui ne
semblent exister que dans les manuels scolaires et les discours
politiques.
Il symbolise, sur fond de rejet du politique, l'immense fossé
entre le discours et les actes, les idées et les faits.
Quelle liberté, à l'heure où tant de dépendances donnent
l'impression de subir sa vie plus que de la choisir?Page 5 sur 5
Quelle égalité à l'heure où les injustices sociales, exacerbées
par la crise économique, se font plus évidentes et plus
douloureuses?
Quelle fraternité à l'heure où le chacun pour soi relègue aux
oubliettes la solidarité et la responsabilité citoyenne?
C'est un faux procès de demander à un symbole d'être
réalité, les valeurs n'étant qu'un guide pour l'action individuelle
ou collective.
A l'inverse, il serait irresponsable de ne pas examiner ces
principes au regard de la réalité vécue et de ne pas confronter
ces valeurs aux actions politiques menées et à leurs résultats.
Finalement la République devra mener de front deux
batailles: d'un côté, la réalité des promesses afin de retrouver du
crédit, de l'autre, l'affirmation des valeurs pour faire naître de
nouveaux espoirs.
Je vais conclure, en vous demandant d'avoir une pensée en
mémoire de tous ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie pour
défendre les valeurs de "Liberté, Egalité, Fraternité" et aussi en
pensant à tous ceux qui luttent encore pour une République plus
juste et pour la Liberté.
Vi ringraziu
Je vous remercie