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Document publié le Vendredi 1 janvier 2044 par la commune d'Hesse.
Lien du pdf (unknown - pages 44 a 52 Les aventures de l Ernesse 2)
Thèmes du document : Religion et laïcité, Bois et produits du bois, Aménagement du territoire,
Les belles histoires de nos mémères
- 10 -
Les aventures de l' Ernesse
– 2 -
sur la photo : la famille JACOB, qui demeurait à la maison forestière de Hesse avant la famille BARON.
Conseil : pour bien comprendre l'histoire, il faudrait avoir lu « Les aventures de l'Ernesse (1) », texte paru dans le Hesse-Infos N°43.
I' zétaient une bonne dizéne à la veillée chez le Jules et la Clémence Cabouret, tous installés dans la champe du fond, sur les sièges disposés autour du grand poêle en faïence de Sarreguemines. Yavait les voisins, le Joseph et la Thérèse Louvois ; et encore le Pierre Martin et son frére le Charles, qu'était venu avec sa femme la Marie ; et pis l'Albert Goujon et sa femme la Louise. La grante Mariette les avait tenus en haleine pendant une bonne demi-heure avec l'histouâre de l'Ernesse. La conteuse avait interrompu son récit pour quelques minutes, le temps d'aller satisfaire un besoin naturel.
HESSE-INFOS N° 44 / Juillet 2013 page 44– C'est presque pâs croyâpe que l'Ernesse-là est pu aveugle de nos jours ! C'est tout d' méme un vrai miracle, vous croyez pâs ? Un vrai de vrai ! Tendez ouâr vos p'tits verres, les hommes, que j' vous verse un aûte coup d' mirâbelle. En attendant qu' la grante Mariette revienne des câbinets, on peut s' réchauffer le gosier, non ? Clémence, oussque t'es passée ? Sers dong ouâr la liqueur à ces dames ! – Oualà, oualà, j'arrive ! J'es dans la cuisine, à chercher les bredele(1) dans le buffet … Me v'là ! Tenez Louise, faites passer le plat !
– Mon Dieu ! Ma bonne Clémence ! Mais t'en as là pour tout un régiment, et plein de sortes ! Je gâge que(2) c'est toi qu'as tout fait ?
– Personne d'aûte, alleye ! J'en avais fait au moins trois kilos avant Noël, douze sortes, et voilà c' qui nous reste. On est des sâprés fressâs(3), non ? C'est qu' le Jules, i' lui en faut tous les jours, des bredele, avec son cafè de midi, et pâs que un, croyez moua. Il a le bec sucré, mon homme ! Main-nant, c'est schlouss(4), hein, ceinture, grand schlèqueur(5) devant l'Eternel ! Ya pu rien dans la boîte … et pis on arrive au carême, te te serreras un peu la ceinture, namm(6) !
– Mon Albert, lui, i' court pâs après les gâteaux, namm Albert ?
– Moua, c'est du lard et d' la saucisse qu' i' m' faudrait tous les jours. Les jours sans viante, j' suis pâs à prente avec des pincettes ! Mais n'allez pâs croire, j'obserfe ma religion comme un bon chrétien, en révant de boudin, de korvourchte, brôttvourchte, schmirvourchte, de j'leye d' cochon(7) et de cervelas quand c'est défendu par l'Eglise d'en manger.
– Te fais pas d' mal rien qu'en révant, l'Albert, j' te donne l'absolution ! qu'i dit alors le Jules Cabouret
en rigolant. Alors la Mariette, main-nant que vous v'là avec la blôse(8) vidée, vous voudriez pâs la continuer l'histouâre de l'Ernesse ?
– Faut qu'on sache la suite, Mariette ! Alleye, vite !
– Eh beng ! oualà …
Pour son grand bonheur, l'Ernesse était pu aveugle. C'est dong que l'ours avait dit vrai : yavait bel et bien une dame blanche dans la forêt, près d' la grotte du Saint Léon(9). Au printemps, la dame rendait la vue aux humains qui voyaient pâs, quand i' s'égâraient la nuit dans la forêt. Et si l'ours avait dit la vériteye, alors pourquoi que le renard et le loup l'auraient pâs dit eux aussi ? L'Ernesse s'a dit alors qu' i' lui fallait trouver ce villâche oussque les fontaines étaient à sec et venir en aide à ces pôfes gens qui manquaient d'eau. Ça s'rait une façon pour lui de crier merci au monte entier d'avoir enfin des yeux qui voient. Une fois ça de fait, i' se mettrait à la recherche de ce château hanté par une main aux doigts crochus.
Et v'là mon Ernesse qui jette sa pélérine sur son bras gauche, qui chope son bâton de sa main droite et qui se met en route sur le sentier. Qué bonheur pour lui que de ouâr le monde merveilleux de la forêt ! Note homme s'arrêtait souvent, suivant des yeux un liéfe qui détalait brusquement ou un oiseau qui volait de branche en branche, observant les papillons qui dansaient dans les reilles de lumière, admirant la majesté des grands fûts qui se dressaient à perte de vue, oubliant méme qu'il avait ni bu ni mangé depuis de grantes heures. Le soir venu, le v'là enfin sorti des bois et, guidé par le son des cloches, i' s'a r'trouvé devant l'église d'un p'tit hameau. C'est le curé lui-méme qui tirait la corte pour sonner l'Angélus du soir. L'Ernesse lui a d'mandé l'asile pour la nuit et le brâfe saint homme lui a pâs refusé, vous pensez bien, l'invitant aussitôt à partager un bol de soupe et lui assurant que le foin dans son écurie ferait un bien bon lit.
« Grand merci monsieur l'curé ! que le jeune homme s'a aussitôt essclamé. Mais dites ouâr, et pourquoi dong qu' i' ya tant de charrettes à la queue leu leu sur le chemin à c' t' heure-ci ? – C'est ceux du Hommert(10) qui viennent jusqu'ici pour chercher de l'eau. Les bonnes gens viennent tous les soirs, à peu près à la méme heure, et ça fait un bail que ça dure. Nous, on a une bonne pére de fontaines au Sitifort(10), et c'est d' la bonne eau. Eux, les Hommert, jusse à côté, pu une goutte coule chez eux depuis déjà une bonne pére(11) de mois et ya personne capâpe de trouver la moindre source. « Hexerei ! »(12) qu' i' se plaignent les gens, et je suis pâs loin de penser comme eux, que le bon Dieu me pardonne.
– Eh beng ! qué misére pour les gens-là, qu' i' dit alors l'Ernesse. Et i' pensa aussitôt que le loup avait dit vrai ! Mais i' garda pour lui c' qu'il avait entendu dans la forêt, la nuit passée, de peur que le préte le prenne pour un toufou(13).
Une fois qu'i' s'a retrouvé dans le tas d' foin de l'écurie du presbytére de Sitifort, bien embâllé dans sa grante pélérine, à deux pas du chwâ(14) qui dégageait une bonne chaleur, note homme s'a dit que si le loup avait dit la vériteye, yavait pour sûr une source pâs loin du villâche de Hommert. A lui d' la trouver et de ram'ner le bonheur chez ces gens d' la montagne. Main-nant qu'il était si heureux d'aouâr retrouvé la vue, note Ernesse voulait que le monte entier soye heureux comme lui.
HESSE-INFOS N° 44 / Juillet 2013 page 45Le lendemain matin, au petit jour, l'Ernesse frais et dispos s'a mis en route vers le villâche de Hommert, certain qu' i' finirait par trouver la source cachée oussque le loup s'avait désaltéré. Il avait en téte les paroles de l'animal racontant son aventure à ses amis, l'ours et le r'nard : « J'ai mis ma truffe en l'air et j'ai schmecké que là-bas, vers l'ouest, de l'aûte côté d' la colline, le vent avait comme des parfums de source. J'ai filé direct vers là-bas et j'ai trouvé un énorme rocher avec une farce de forme, et là, au ras des pâqu'rettes, un mince filet d'eau qui gargouillait. » Ah ! j' le trouv'rai ce rocher, qu' i' chantonnait l'Ernesse tout en marchant d'un bon pas, j' le trouv'rai ! Quand notre homme a traversé le villâche, il a pâs passé inaperçu : c'est pâs souvent que des voyageurs passaient par ici à pied, et surtout de si bon matin ! L'Ernesse s'a fait indiquer la maison du maire, et i' s'a présenté comme ça à l'homme qui lui a ouvert la porte : « Je suis sourcier, mon bon Monsieur. Je sais par le curé de Sitifort les problèmes d'eau de vote commune. J' m'en vas vous trouver une source et faire renaître vote villâche. Pus de corvée d'eau, pus de convois pour aller remplir les barriques, les tonnes(15) et les bassines. Croyez-moi, M'sieur l' maire, et accompagnez-moi, i' me faut des bras pour m'aider !
– Passez vote chemin, tout sourcier que vous zêtes ! Je compte pu les prophétes et les charlatans de tous poils qui viennent sans cesse nous promette la lune, et j'ai pâs de temps à perte. Tous les sources sont târies autour du Hommert et je vois pâs comment que vous sauriez en touver, vous qui êtes étranger, ça s'entend rien qu'en vous écoutant parler. Passez vote route et fichez-moua la paix ! – Eh beng ! Pisque vous voulez pâs méme m'écouter, M'sieur l' maire, j' m'en vas chercher dans le bourg des gens qui me croiront, eux. I' doit bien y en aouâr encore qui savent espérer. Et pour sûr que vous manquez pâs de bras solides, vous les gars d' la montagne. Alors …
– Attendez, attendez, brâfe homme, partez pâs si vite ! I' s'ra pâs dit que j'abandonne l'espoir de trouver d' l'eau pour Hommert, méme si j'y crois guére. Laissez moua mette mon pal'tot, et j' m'en vas avec vous fére le tour des mésons à la recherche de bras pour vous donner un coup d' main. Commençons par le boulanger qu'on entend siffler jusse à côté. Après on ira ouâr le cordonnier qu'habite la rue d'à côté et pis encore le marchâ(16) …
– Que tousse prennent des pioches et des planches. Je saurai les conduire où l'eau jaillit, croyez- moua ! Vous le regretterez pâs ! »
En moins d'une heure, l'Ernesse s'a retrouvé entouré de quate gaillards armés de pics, de haouêts(17), de mâdriers, en plusse du maire et de toute une tripotée(18) de femmes et d'enfants, tousse prêts à le suife oussqu'i' voudrait. A la sortie du villâche, suivi de tout la troupe, note soi-disant sourcier s'a engâgé sur un p'tit ch'min qui partait vers l'ouest, droit vers une p'tite colline de sapins. Arrivé en haut, l'Ernesse s'a trouvé devant un énorme rocher qu'avait comme une téte de lion. « C'est là ! qu'i' s'a essclâmé, en montrant du doigt le bloc de pierre. Ecoutez ! Vous l'entendez murmurer, la source qui se cache dezous ? Va main-nant falloir fére basculer ce gros caillou ! » Quand i' zont eu pioché une bonne rigole tout autour du rocher, le marchâ a planté une barre de fer à la base de la roche et lui a donné une forte secousse. Les aûtes et le maire s'appuyaient autant qu'i' pouvaient sur le bloc de pierre pour le fére bouger. Au bout de quéque minutes de ce manége-là, le rocher s'a mis comme à danser d'un côté sur l'aûte. Les hommes poussaient à chaque foua un peu plus fort et tout d'un coup le bloc s'a penché, a perdu l'équilipe et a roulé le long de la pente, arrêté un peu plus loin par les troncs des sapins. Tout le monte regardait la terre, oussque la roche était juste avant. Rien ! Pas le plus petit filet d'eau ! Chacun regardait l'Ernesse. « Peussque j' vous dis que la source est là ! » qu'i' dit tranquillement, en prenant le pic des mains du cordonnier qu'était jusse à côté d' lui. Et i' s'a mis à creuser dans la terre fraîche, pour fére un trou en forme de trâtla(19). L'Ernesse hârait(20) de bon cœur, si bien qu'i' yu bientôt une belle grosse cuvette. « Venez ouâr ! Venez ouâr ! Regardez, elle est là ! »
Les ceux du Hommert n'en croyaient pâs leurs yeux : au fond du trou, un tout mince filet d'eau venait de naître et commençait à chercher son ch'min. Vous pensez si les gens-là étaient heureux ! Le maire a serré la main de l'Ernesse à lui frâler les osses(21), avant d' le prente par les épaules et d' le prente tout fort contre lui. I' pleurait, pensez ouâr, le maire, et il était pâs le seul. C'était à qui embrass'rait l'Ernesse le plus fort et le plus longtemps, en lui disant mille fois merci et encore et encore. Quand le groupe a r'descendu au villâche en riant et en chantant à tire-la rigole(22), tous les habitants s'avaient rassemblés sur la place de l'église. I' zavaient déjà été mis au courant d' la découverte d' la source par des râces(23) qui s'avaient précipité pour annoncer la bonne nouvelle. « Hourra ! Hourra ! C'est un miracle ! » qu'on entendait. « Hourra ! Hourra ! Merci au sourcier ! » Note Ernesse a été remercié, félicité, embrassé, admiré pour la délivrance qu'il apportait à Hommert. Bien sûr qu'on lui a d'mandé s'il était pâs un peu sorcier, namm. Et pis chacun voulait savoir comment qu'il avait su qu'une source se cachait sous le gros rocher-là. Note homme jouait l'innocence, sans bien sûr jamais parler de c' qu'il avait entendu dire par le grand maîte des loups.
HESSE-INFOS N° 44 / Juillet 2013 page 46Le méme soir, on a installé des tâpes sur la place de l'église et on a festoyé dans les rues jusqu'au premier cocorico. Et pis tout la paroisse s'a retrouvée pour une messe d'action de grâces, avec des cantiques et des priéres à la Sainte Mére pour la remercier d'avoir conduit le sourcier jusqu'à Hommert.
Pendant ce temps, la source avait pâs tardé à s'étaler et s'avait creusé un beau grand bassin qu'ê remplissait de son eau limpite avant de serpenter le long d' la pente d' la colline en direction du villâche. Les gens allaient et venaient le long du maigre ru, comme si chacun voulait s'assurer que l'eau venait bien vers chez eux et qu'elle allait pâs tarder à couler dans les fontaines. L'Ernesse était fort heureux de vife parmi les gens-là, hébergé chez le maire comme un invité de haut rang. Mais le jeune homme voulait poursuife son chemin et profiter du monte qui s'offrait à sa vue retrouvée. Il oubliait pâs non pu que les trois animaux lui avaient transmis trois secrets, la nuit-là qu'il était perché dans le haut chéne. Les deux premiers étaient justes : l'ours et le loup avaient dit la vériteye. A lui de découvrir si le grand maîte des r'nards avait dit vrai lui aussi. Pour en aouâr le cœur net, l'Ernesse avait qu'à se mette en route et se laisser guider. C'est c' qu' i' fit un beau matin. C'est avec grand regret que les gens de Hommert l'ont vu partir. Les brâfes gens-là auraient bien voulu le garder parmi eux, leur sauveur, vous pensez, pour que surtout la bonne fortune reste parmi eux. En remerciement des services rendus, on l'avait comblé de cadeaux : un chwâ dans la force de l'âche, avec une selle tout neufe en cuir de la meilleure qualité, que le cordonnier du villâche avait fait avec amour ; des habits en belle étoffe de v'lours et des bottes de cavalier ; en plusse, les fontes(24) attachées à la selle débordaient de plein d' choses que chacun avait tenu à lui donner, à note Ernesse, sans oublier une goyotte(25) bien remplie qu'il avait glissée à son ceinturon. Et le curé lui avait confié une épée au fil sans reproche, une épée qui soi-disant aurait appartenu à un mousquetére de Richelieu, pensez ouâr !
Et vlà note homme parti, disant qu'i' pass'rait par le Donon avant de prente la direction de Saint Nicolas de Port(26), oussqu' i' s'arrêtrait dans la basilique pour rente grâce au saint patron des Lorrains. Sa premiére nuit, i' l'a passée dans une auberche à Lunéville. Pendant qu' i' se régâlait d'une bonne soupe au lard trempée de pain, l'Ernesse a entendu des aûtes voyageurs qu'étaient attablés avec lui parler d'un prince qui vivait quéque chose d'épouvantâpe et d'inimaginâpe dans son château. Paraît-il qu'une main ensorcelée venait broyer le cerveau du prince-là chaque nuit aux douze coups de minuit. Sacrebleu ! qu'i' s'a dit l'Ernesse dans sa téte, et si c'était l'histouâre qu' le renard racontait à ses compéres ? « Et de quel château que vous parlez bonnes gens ? » qu'il a d'mandé aussitôt. – Oh ! mon bon monsieur ! qu'un homme lui a sitôt répondu, les choses-là se passent pâs loin d'ici, au château d'Haroué(27), d'où essque vit le prince de Beauvau-Craon. On donne pâs cher de sa peau, vous savez, malgré tous les docteurs et apothicaires qui défilent auprès d' sa couche. – Et comment qu'on s' rend au château d'Haroué ? qu'i demante aussi sec note Ernesse. – A la sortie de Lunéville, vous prenez à gauche vers Bayon, mon seigneur, et vous continuez en direction de Vézelize. Mais si j'ai un conseil à vous donner, continuez vote chemin sans vous arrêter à Haroué, mon beau sire, passqu' i' s'y passe là-bas des choses qui relèvent de la sorcellerie. C'est pâs possipe autrement !
Après une bonne nuit à l'auberche, l'Ernesse a sauté sur son chwâ et le v'là parti en direction du château d'Haroué. Il y était vers les trois heures de l'aprés-midi. Aux gartes qui se trouvaient à la grante porte, note bonhomme a essposé les raisons de sa venue et a demandé si son Altesse accepterait de le receouâr. Et ça lui a été sitôt accordé. Après une fouille en régle, l'Ernesse s'a retrouvé dans la champe du prince. Sui-ci était installé près du lit, dans un grand fauteuil, embâllé dans des couvertures, avec jusse la téte qui dépassait. L'homme était pâle, sec comme une trique, une pôfe hâridelle(28) qui semblait bien faible. Ses yeux nouârs de cerne disaient assez les grantes nuits de souffrance et d'insonnie qu'il endurait depuis des mois. A la vue de l'Ernesse, il a redressé un tout peu sa téte et lui a dit comme ça d'une voix de mourant : « Jeune homme, on me conte que vous êtes plein de bonne volonté et que vous pouvez m'aider. Mais je pense pâs que vous puissiez fére grand chose pour moua. Voyez dans quel état que j'es ! Des remédes et des potions, j'en ai déjà tant pris ! Et pourtant j'aimerais tant vous ouâr réussir ! Quesse vous allez me donner ? – Sire, sans vouloir vous contrarier, essque vous pourriez demander à vote garte de me rente mon épée ? qu'i' lui a répondu l'Ernesse.
– Vote épée ? qu'i' s'a étonné le prince en ouvrant les yeux un peu plus grands. Eh beng ! Je serais bien curieux de ouâr comment que vote épée pourra venir en aide à vote méd'cine ! Enfin, soit, pissque vous y tenez … Garte, cherchez-lui son arme !
– Messire, je sais de quoi vous souffrez, rajouta l'Ernesse. Vous allez me ouâr fére des choses qui vont vous paraîte un peu farces(29), pour sûr. Sachez toutefois que ce que j'ai appris va me permette de fére disparaîte le mal qui vous ronge. Mais i' faut me fére confiance !
HESSE-INFOS N° 44 / Juillet 2013 page 47– Faites, faites, l'ami. Je vois bien que vous êtes un brâfe parmi les brâfes. J'en ai déjà tant vu que pu rien m'étonne à c't' heure. La seule chose qui m'importe, c'est que vous me guérissiez. Demandez à mes gens de vous aider, i' sont tousse à vote service, jeune homme ! Le prince s'a endormi sur ces derniers mots. Alors l'Ernesse a d'mandé de l'aide aux gartes et aux serviteurs. Le malâte a été mis dans son lit, et le lit, avec ses baldaquins, a été placé en plein miyeu d' la champe. L'Ernesse a fait disposer des koueyottes(30) tout autour du lit, et il y a déposé des plantes qu'il a trouvées dans des bocaux placés sur la tablette de f'nète. Il y a mis le feu à ces herpes, soi- disant pour purifier l'air et chasser les mauvais esprits. Et le vlà-ti-pâs qui s'a mis à tourner autour du lit en chantant des drôles de litânies et d'orémousses(31), en faisant des grands gestes et en chassant les fumées dans les quate coins d' la champe. C'est qu' i' jouait un peu au sorcier, note Ernesse, namm ouâr ! Pensez, i' lui fallait bien fére un peu de comédie et de tralala pour qu'on le prenne au sérieux ! Le malâte, calme dans son lit, dormait d'un profond sommeil. Quand la nuit a tombé, l'Ernesse, à qui on avait servi un bien bon repas, s'a installé dans le fauteuil et a attendu tranquillement qu'arrive minuit. Quand le premier coup a sonné au clocher d' la chapelle, note bonhomme s'a levé, a tiré son épée du fourreau et a v'nu se mette tout près du grand lit. Au douzième coup, il a vu un bras sortir du ciel-de-lit, un bras qui s'a mis à zoûner(32) et à plâner comme une buse qui guette une mouzotte(33). Et, d'un coup, le bras a plongé sur le prince et ses doigts crochus se sont enfoncés dans le crâne du malheureux, le farfouillant et le labourant, arrachant au pôfe homme des heurlements de douleur. Alors l'épée de l'Ernesse s'a levée à toute vitesse, a fendu l'air et s'a abattu sur le bras, le tranchant net. Vlan ! La lame était pâs passée loin de la joue du prince, qui mouftait (34) pu, les yeux grands ouverts. La main coupée était par terre, tressautant, frémissant, avant de s'immobiliser, sans vie. Le prince s'a alors redressé sur sa couche. Sa figure avait redev'nue rose, pensez dong, et i' souriait à son sauveur, lui adressant un timide merci, étonné et incrédule. Et pis i' s'a levé d'un bond et s'a jeté en pleurant dans les bras de l'Ernesse, et sui-ci était rempli de bonheur : celui d'aouâr libéré un homme de ses souffrances insupportâpes. Le grand maîte des r'nards avait dit vrai ! Celui qu' avait été aveugle durant tout son jeune temps mesurait tout d'un coup la chance qu'il avait eue de s'éte perdu au cœur de la forêt. I' se disait que c'est le malheur-là qu'avait permis que les prophéties de l'ours, du loup et du r'nard se réalisent. Ah ! si son frére, le Léyon, savait tout ça, qu'il arrêtait pâs de s' dire note brâfe Ernesse. Il en avait les larmes aux yeux, surtout qu' i' croyait que son frére s'avait perdu comme lui au plus profond d' la forêt et qu' i' le reverrait pu jamais. P'téte méme qu'il était mort et que son corps pourrissait parmi les fougéres, qu'i' se disait. C'est qu' c'est une bonne âme, vous savez, l'Ernesse !
Le prince de Beauvau-Craon l'a prié de rester auprès de lui, dans son château, oussqu' i' lui a offert le gîte et le couvert sans qu' i' fasse rien du tout, rendez-vous compte. Au début, l'Ernesse a passé son temps à rwâtier(35) les beaux lifes qui remplissaient une champe à eux tout seuls, une bibiothèque soi-disant, ou un mot comme ça. Ou bien alors i' routssait(36) de par le domaine, grand comme de Hesse à Salbô(37), pensez ouâr, à r'garder les jardiniers biner les fleurs et tailler les haies. Méme que des fois il allait jusque dans les cuisines oussqu'une tripotée(18) de marmitons préparait des choses tout plus bonnes les unes que les aûtes. La belle vie, quoi ! Le paradis sur terre ! Et pis voilà qu'un beau jour note Ernesse décide d'aller fére un voyage du côté de Hesse. Oh ! ça lui a pris comme la chisse(38) ! Il a comme qui dirait attrapé la nostalgie de son villâche natal. Et i' voulait avoir des nouvelles du Léyon. P'téte bien que le maire de Hesse en aurait, qu' i' s' disait. Le jeune homme a promis au prince de rev'nir sur Haroué après son esscursion sur les terres qui l'avaient vu naître. Passque le prince, i' voulait pu vife dans son château sans l'Ernesse qui lui avait sauvé la vie. Moua, tout grante Mariette que j'es, quéque chose me dit que le Messire-là, il avait la chtrouille de voir sortir une aûte main de son baldaquin et que ses miséres recommencent, vous croyez pâs ?
– C'est possipe, allez savoir ! qu'il a lancé le Jules Cabouret. J' m'en rappelle bien du retour de l' Ernesse à Hesse, moua. On croyait tousse qu'il avait disparu pour toujours, noyé dans un ruisseau ou avalé par les boues d'un marais, ou encore déchiqu'té par des zïnguillés(39). Qué triste chose qu'on se disait …
– C'est passque le Léyon avait raconté que son jeune frére s'avait perdu dans la forêt du côté d'
Abrèche(40), que le Charles Martin a continué.
– Mong ! quand j'ai vu arriver l'Ernesse un beau jour, habillé comme un monsieur d' la haute(41), qu'a
dit la Clémence, j'ai manqué me pâmer. Un revenant, que j' m'ai dit comme ça ! – Et moua j'ai pensé à un miracle, que la Thérèse Louvois a rajouté, un comme à Lourdes, surtout qu' i' voyait comme vous et moua, l'Ernesse, lui qu'on avait connu aveugle depuis toujours. – Laissez moua dong vous terminer, qu'a protesté alors la grante Mariette. Si chacun s'y met et raconte à ma place, on s'ra encore là quand le jolo(42) du Jules lanc'ra son cocorico. Faut qu' j' vous
HESSE-INFOS N° 44 / Juillet 2013 page 48rachéfe main-nant ! Si vous avez tous été surpris de voir apparaîte l'Ernesse, imaginez un peu c' que le Léyon a pensé en le voyant rentrer dans leur méson, vivant, alors qu'il était sûr que son jeune frére mangeait d'jà les pisse-au-lit(43) par la racine, un Ernesse avec la mine réjouie, sappé comme un d' la haute … Sa conscience s'a réveillée, va, si m'en croyez, et il a été pris d'une telle tremblotte qu' i' s'a sûr'ment oublié dans sa queulotte.
Le voyant si bouleversé, au point de rester là, debout au miyeu d' la cuisine, les lippes pendantes, tourneboulé et comme égâré, à griler(44) du haut en bas, l'Ernesse s'a avancé vers lui et l'a serré tout fort dans ses bras, s'écriant : « Je te vois, mon Léyon, te te rends compte, je te vois pour la tout premiére fois de ma vie ! » Les deux fréres sont restés longtemps sans bouger, sans dire un mot, serrés l'un contre l'autre. Le Léyon s'avait calmé, à peu près sûr et certain que l'Ernesse venait pâs jusse pour se venger. Alors i' zont tous les deux pris une chaise et, installés de part et d'aûte de la tâpe de la cuisine, i' zont parlé de longues heures de rang(45), jusqu'au p'tit jour, l'Ernesse racontant à son frére ses incroyâpes aventures.
« Et quesse te vas fére main-nant ? qu'il a d'mandé le Léyon en se levant pour leur chauffer du cafè du pot. La vie est belle pour toua, alors que pour moua elle est bien misérâpe ! – Si te veux, te repars avec moua au château d'Haroué, que l'Ernesse lui a répondu. Le prince de Beauvau-Craon t'invite, i' m' l'a assuré avant que j' parte. I' nous attend les bras ouverts. Là-bas la vie est douce et te s'ras pâs malheureux ! Et pis on s'ra ensempe !
– On verra bien, qu'il a fait le Léyon, en posant un crotion d' pain et le pot d' beurre sur la tâpe. Faut qu' j' m'en aille au Kalichpéry(46), la forche m'attend. Je r'viendrai que ce soir et on en r'parlera. Profites-en pour mette ensempe tout ton saint-frusquin(47) que t'emmeun'ras avec toua. J'ai rien touché à tes afféres. Si te veux fére un peu d'orte dans la méson, c'est pâs d' refus ! Tout seul devant son enclume, pendant qu' i' hârait(48) avec son marteau sur une pièce de fer qui devait cercler une roue d' charrette, le Léyon râminait(49) tout c' que son frére lui avait appris. Nen oualà un qu'a d' la chance, qu' i' s' disait, avec comme un goût d' fiel dans sa bouche. Son âme habitée par le malin était toujours aussi nouâre. Et le v'là tout d'un coup qui s'écrie : « Merte ! La lune de platine, mais on y est ! On est en plein d'dans ! » Jetant aussi sec ses outils, le v'là qui s' met à compter sur ses doigts : « Un, deux, trois … douze ! La nouvelle lune date de douze jours, et demain c'est le treiziéme ! Sacrelotte !(50) c'est ma chance ! J'es pâs plus con que ce couillon d' Ernesse ! A mon tour de dev'nir riche, j' le mérite autant qu' lui ! » Et le v'là qui s'a mis à houpser(51) et à danser la sarabande, tout seul dans sa forche, heurlant comme un possédé : « Le treiziéme jour ! Le treiziéme jour ! Mais nous y v'là d'main au treiziéme jour ! »
Vous vous rapp'lez, namm, que pendant que l'Ernesse était à califourchon dans les branches du chéne, l'ours, le loup et le r'nard s'avaient quittés en jurant de se r'trouver tous les trois au méme endroit, à la méme heure, dans un an, au treizième jour d' la lune de platine. Et le Léyon v'nait de s' rente compte qu' i' yavait jusse une année de passée et que le rendez-vous devait aouâr lieu le lendemain. Fallait pâs qu' i' rate ça !
Le soir venu, le Léyon a d'mandé à son frére de lui raconter encore une foua comment qu' ça s'était passé dans la forêt quand i' s'avait perdu, comment qu'il était le chéne oussqu' i' s'avait caché, essque ci, essque ça … Le filou-là n'avait qu'une idée en téte : retrouver le fameux chéne ! Jusse avant d' se coucher, le Léyon a annoncé qu' i' s'rait occupé le lendemain par une livraison de lames de faux et qu' i' s'rait d' retour que tard dans la nuit. Et l'Ernesse a dit qu' i' comptait repartir le surlendemain. Au p'tit jour, v'là note Léyon qui s'a mis en route avec un roucksac(52) j'té sur l'épaule. Direction : la forêt au-d'ssus de Vallérystal(53). En écoutant l'Ernesse, il avait compris que c'était là qu'il allait trouver le fameux grand chéne. C'est qu' i' connaissait bien la forêt, le gaillard, de Hesse jusqu'au Dâbo(53), lui qui aimait aller freiller(54) dans tout l' secteur du Rehtal(53) et au-delà. Si, si, dites pâs le contrére Jules, i' les raconte lui-méme tous ses frasques quand il est à l'auberche du pére Célestin et qu'il a un coup dans l' nez. Une foua c'est à Haselbourg(53) qu' i' va gaïsser(55), une aûte de foua i' va tréner au Stossberg(53), paraît méme qu'on l'aurait d'jà vu à la Hoube(53), pensez ouâr ! Comme si yavait pâs de belles filles à Hesse !
« Mais pâs des comme lui i' les aime, la Mariette, des qui hâchepaillent(56) et qui ont des fesses grôsses comme une roue d' charrette !
– Mon Dieu taisez-vous, vieux grigou de Jules Cabouret !
– Mais c'est vous qu'avez commencé, la Mariette ! Allons, rev'nons à nos moutons : i' l'a trouvé le gros chéne-là, oui ou non ?
– Eh beng que oui ! Et il a grimpé dans les branches, et il a attendu. La nuit tombée, il a entendu des pas qui se rapprochaient : les trois bétes, fidèles au rendez-vous, arrivaient. I' s'ont salué, comme l'Ernesse l'avait raconté :
« Bonsoir grand maîte des ours !
HESSE-INFOS N° 44 / Juillet 2013 page 49– Bonsoir grand maîte des loups !
– Bonsoir grand maîte des r'nards ! »
Et pis c'est le grand maîte des loups qu'a eu l'honneur de prente la parole en premier : « J' vous cach'rai rien, mes amis. Je dois vous annoncer que j'ai tous les bonnes résons de croire que nos secrets de l'an dernier ont été surpris et trahis. J'ai entendu dire qu'un aveugle voyait clair, qu'un villâche sans eau avait trouvé une source et qu'un prince avait été délivré de ses démons. Pourtant nous sommes guére bavards, pissqu'on se parle dans la langue des hommes qu'une fois l'an, dezous ce chéne sacré. Faut croire que quelqu'un nous écoute ! »
Le Léyon, perché dans le grand arpe, avait arrêté de chnoûfer(57). Mais les trois bétes avaient levé le museau et l'avaient vu.
Il était presque midi le lendemain, et grand'ment l'heure de partir pour Haroué, quand l'Ernesse a entendu toquer avec force à la porte. C'était l'Emile Vinson, le garte forestier, qui tenait à la main un roucksac et qui dit comme ça en le tendant : « Salut l'Ernesse ! Ça s'rait pâs des foua sui du Léyon ? J'ai r'gardé d'dans et je pense aouâr reconnu son pot d' camp(58). Dis-moua c' que t'en penses ... – Pour sûr que c'est au Léyon le sac-là, j' le reconnaîtrais entre cent. I' lui vient de note pére et il en a jamais eu d'aûte !
– Eh beng, figure-toua que j' l'ai pourtant trouvé dans la forêt sur les hauteurs de Vallérystal, le sac-là, qui pendait à une branche d'un grand chéne.
– Quoi ? Et quesse te faisais là-bas ?
– Nous zaûtes des gartes forestiers du secteur, on avait lancé une battue pour choper des braconniers qui s'en prennent aux chevreuils depuis une pére de s'ménes. J' te dirai encore qu'au pied d' ce chéne, yavait les trâces d'une bagarre, du sang partout, et, en plus du roucksac qui pendait à une branche, on a trouvé des habits déchiqu'tés. Les vlà, j' les ai fourrés dans ma musette, i' restait pu grand chose. Ça s'rait p'téte pâs les ceux du Léyon ?
En reconnaissant des bouts d' la vâreuse que son frére portait par tous les temps, l'Ernesse a tout d'un coup compris c' qui s'avait passé près du grand chéne. Dans les bois, le Léyon avait rencontré les animaux qui lui avaient porté chance à lui, mais ça c'était mal passé pour son aîné. Il avait été découvert et avait payé d' sa vie la connaissance de leur secret. L'Ernesse a gardé ça pour lui et a rien révélé au garte. D'ailleurs, il avait jamais rien dit à personne de ses aventures, à part à son frére deux jours plus tôt. Et sui-ci avait voulu fére le malin et attirer la chance sur lui. Au jeu du qui rira bien qui rira le dernier, le Léyon avait perdu !
« Mon frére a dû fére une mauvaise rencontre comme ça arrive des foua en forêt, que l'Ernesse a dit au garte. Paix à son âme s'il est mort ! Merci à toua l'Emile d'éte venu me parler. J' m'en vas repartir au château d' Haroué oussque je vis main-nant. »
Et le brâfe garçon s'en est retourné auprès d' son prince. Comme le Léyon a pu jamais reparu à Hesse et que personne a pu jamais entendu parler d' lui, ya bien fallu admette qu'il avait bel et bien disparu la foua-là dans la forêt. Après une pére d'années, l'Ernesse a fini par se décider à mette de l'orte dans leurs afféres de famille en mettant en vente la méson et la forche du Kalichpéry. Et il a bel et bien vendu le tout à un Soukmann de Nidreville. Oualà, main-nant vous savez tout !
– V'là qu'il est l'heure d'aller tous au bal des plumes(59), s'empressa de déclarer la Clémence. Merci ma bonne Mariette. Te racontes si bien qu'on t'écout'rait encore. Faudra rev'nir une aûte de foua quand t'auras des nouvelles du mariâche de l'Ernesse, et nous dire tout c' que t'auras appris …
– Oh ! ça s'ra une belle noce, je gâge ! rajouta la Mariette. Pensez, la mariée, c'est la dame de compagnie d' la princesse de Beauvau-Craon. Et une belle femme qu' i' m'a confié l'Ernesse, au teint de rose qu' i' m'a dit …
– Mong ! la belle affére ! qu' i' s'a alors essclâmé le Jules Cabouret en ouvrant la porte pour laisser
sortir ses compagnons de veillée. Ça s'ra avec elle comme avec tous les femmes, va : ê ressempe main-nant à une rose et ê deviendra une rosse avec le temps ! Allez bonne nuit à vous tousse et rentrez bien chez vous !
L’histoire dont je me suis inspirée est extraite du recueil intitulé « Contes et Légendes de Moselle », de Daniel Dubourg. Je l’ai largement modifiée et adaptée à l’environnement hessois. Les propos, en « parler hessois », sont prêtés à des personnages fictifs ... qui pourraient pourtant aouâr vécu à Hesse ! Marie-Odile Zdravic
HESSE-INFOS N° 44 / Juillet 2013 page 50Notes
1. les bredele : les petits gâteaux secs que l'on prépare traditionnellement pour Noël 2. je gâge que : je parie que
3. des sâprés fressâs : de gros gourmands
4. schlouss : fini
5. un schlèqueur : un amateur de gourmandises sucrées
6. namm : n'est-ce pas
7. korvourchte, brôttvourchte, schmirvourchte, j'leye d' cochon : saucisse à cuire, saucisse à rôtir, saucisse à tartiner, fromage de tête, qui sont toutes sortes de spécialités charcutières alsaciennes et lorraines
8. la blôse : la vessie
9. la grotte du Saint Léon : cette grotte est située sur le territoire de la commune de Walscheid, près de la chapelle du même nom. C'est la plus importante cavité naturelle de tout l'Est de la France,avec une profondeur de 32 mètres, une largeur de 24 mètres et une hauteur de 8 mètres.
10. Hommert, Sitifort : villages peu éloignés de Hesse, situés dans les pré-Vosges ou les Vosges mosellanes 11. une bonne pére : une certaine quantité
12. Hexerei : mot allemand signifiant « sorcellerie ». Les habitants de Hommert parlent le dialecte allemand. 13. un toufou : un homme mentalement dérangé
14. le chwâ : le cheval
15. les tonnes : les tonnelets
16. le marchâ : le maréchal-ferrant
17. des haouêts : des bêches
18. une tripotée : une grande quantité
19. le trâtla : l'entonnoir
20. hârer : ici, cela signifie creuser avec la pioche, en frappant fort sur l'outil
21. frâler les osses : réduire les os en miettes, les écraser
22. à tire-la rigole : pour « à tire-larigot » ; chanter très fort, passionnément
23. les râces : les enfants
24. les fontes : étuis en cuir suspendus de chaque côté de l'arçon d'une selle
25. la goyotte : petit sac rempli de pièces
26. la basilique de Saint Nicolas de Port : la basilique de Saint-Nicolas-de-Port est une imposante basilique située dans le département de la Meurthe-et-Moselle, en région Lorraine. Au XIe siècle est rapportée à Saint-Nicolas-de-Port, par le seigneur Aubert de Varangéville, une relique : « la dextre bénissante de Saint-Nicolas », soit l'os d'une phalange de la main droite de l'évêque de Mire, Saint Nicolas. Rapidement, le saint est considéré comme le patron des Lorrains et le pèlerinage à Saint- Nicolas s'étend bien au-delà de la Lorraine.
27. le château d'Haroué ; le prince de Beauvau-Craon : le château des Beauvau-Craon, dit château d'Haroué, est un château du XVIIIe siècle situé dans le Saintois, au Sud de Nancy, département de la Meurthe-et-Moselle. Le premier prince de Beauvau- Craon était l'ami d'enfance du duc Léopold de Lorraine, le constructeur du château de Lunéville. Ce prince devint vice-roi de Toscane et grand Connétable de Lorraine. Le septième et dernier prince de cette famille, Marc de Beauvau-Craon, est décédé en 1982. Le château d'Haroué est aujourd'hui possédé et habité par ses descendants. 28. une pôfe hâridelle : personne maigre et mal-portante
29. farce : drôle, bizarre
30. des koueyottes : des ramequins
31. des orémousses : des prières
32. zoûner : tournoyer sur soi-même ou autour de quelque chose
33. une mouzotte : une musaraigne ou une petite souris
34. moufter : n'émettre aucune parole ni aucun signe, faire le mort
35. rwâtier : regarder, observer
36. routsser : traîner sans but précis, vadrouiller
37. Salbô : Sarrebourg
38. la chisse : la diarrhée
39. les zïnguillés : les sangliers
40. Abrèche : Abreschviller
41. un monsieur d' la haute : un homme appartenant à la haute société, à l'aristocratie donc 42. le jolo : le coq
43. les pisse-au-lit : les pissenlits
44. griler : trembler
45. de longues heures de rang : durant de longues heures
46. Kalichpéry : lieu-dit du ban hessois, où s'élève de nos jours le cimetière
47. tout le saint-frusquin : toutes les affaires que l'on possède
HESSE-INFOS N° 44 / Juillet 2013 page 5148. hârer : frapper avec force
49. râminer : ruminer, réfléchir longuement
50. Sacrelotte ! : Sapristi !
51. houpser : sauter, danser de façon comique
52. le roucksac : le sac à dos
53. Vallérystal, le Rehtal, Dabo, Haselbourg, le Stossberg, la Hoube: villages et lieux-dits situés à petite distance de Hesse, dans les Vosges mosellanes
54. freiller : fréquenter, avoir des relations amoureuses
55. gaïsser : aller par ci, par là
56. hâchepailler : parler un dialecte allemand
57. chnoûfer : respirer
58. le pot d' camp : la gamelle que l'ouvrier emportait sur son lieu de travail, dans laquelle il mettait son repas qui serait réchauffé
59. aller au bal des plumes : aller se coucher, se mettre sous la couette de plumes
HESSE-INFOS N° 44 / Juillet 2013 page 52