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Thèmes du document : Guerre en Ukraine, Histoire et mémoire, Aménagement du territoire,
FOCUS
le quartier
du sand
SÉLESTAT
SÉLESTAT AU FIL
DE SES QUARTIERS3
SOMMAIRE
3 LA GENÈSE D’UN QUARTIER
4 LES DÉLIMITATIONS DU QUARTIER
7 LA DÉNOMINATION DES RUES
8 UN QUARTIER MODERNE
Un quartier de classe moyenne
Les Habitations à Bon Marché : une exception
9 LA VIE QUOTIDIENNE AU SAND,
QUARTIER DYNAMIQUE
Des commerces nombreux et variés
L’école
Le couvent Saint-Antoine
Les loisirs
14 UN CONFLIT MARQUANT
Les maraîchers pendant la guerre
La Libération et l’arrivée des Américains
18 L’URBANISATION DU QUARTIER
19 LE SAVIEZ-VOUS ?
La chapelle Pauli
La genèse
D’un QUARTIER
Dès le 19e siècle, la ville étouffe à l’intérieur de ses remparts : près de dix mille habitants vivent alors sur seulement
trente-deux hectares. Dès 1863, la municipalité souhaite obtenir de l’empereur Napoléon III l’autorisation de
démanteler les remparts. Il faut néanmoins attendre la fin de la guerre franco-allemande de 1870 et le passage de
l’Alsace-Moselle à l’Empire Allemand, pour que les remparts soient enfin démantelés et qu’un nouveau quartier
voie le jour : le quartier allemand.
3
En couverture :
Rue Jean Jaurès
Témoignage Francis Brunstein, descendant d’une famille de maraîchers de Sélestat
ESSOR DÉMOGRAPHIQUE :
LA NAISSANCE D’UN QUARTIER
La population de Sélestat augmente
considérablement après la Première Guerre
mondiale, en seulement quelques années.
Le besoin en logement se fait rapidement
ressentir. Il devient nécessaire d’étendre la
ville. Le quartier allemand est agrandi et un
nouveau lotissement apparaît.
Occupé alors par des terres maraîchères, il
est connu depuis longtemps comme le lieu-
dit Im Sand. Dès 1925, les terrains sont peu
à peu acquis par la Ville en vue de créer des
habitations au sein d’un nouveau quartier, le
Sand.
« La terre, il y en a [des] différentes, même au
niveau de Sélestat. Ici c’était une terre parti-
culièrement favorable pour planter les petits
oignons […], parce qu’il y a beaucoup de cail-
loux. Même s’il pleut beaucoup, notre terre,
comme il y a beaucoup de cailloux, […] elle
sèche vite.
Il y a un drainage qui se fait par rapport à
d’autres quartiers. [...] On l’appelle le Sand
parce qu’il y avait une terre sablonneuse. »
Cette appellation Sand, que l’on peut traduire
de l’allemand par sable, serait donc liée au
type de sol présent dans le quartier. Champ d’oignons © DR4 5
Plan de situation du quartier
CENTRE VILLE
Les délimitations
Du QUARTIER Le quartier du Sand est situé au nord-ouest de la ville. Les différents
témoignages recueillis nous permettent de définir les contours du Sand qui
s’étendent de la rue Saint-Antoine, au sud, à la rue du Champ de Mars, au
nord, limité respectivement à l’ouest et à l’est par la voie ferrée et la route de
Strasbourg.
L’urbanisation de cette zone maraîchère s’est opérée en deux vagues
distinctes et éloignées l’une de l’autre ; la partie au sud de la rue du Sand
s’est développée dès les années 1920, tandis que, pour la partie plus au nord,
il a fallu attendre les années 1970.
5
MAIRIE
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SERVICE
ATELIERS
MUNICIPAUX
ESPACE GILBERT ESTÈVE
ÉQUIPEMENT
CULTUREL
ET ASSOCIATIF
LES TANZMATTEN
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MATERNELLE
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ÉCOLE
PRIMAIRE
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ÉCOLE
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NOTRE DAME
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COMMISSARIAT
MAISON DU
CONSEIL GÉNÉRAL
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CATHOLIQUE
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• La rue de Locarno : située dans le sud de
la Suisse, la ville de Locarno est notamment
connue pour les négociations des accords de
Locarno, signés en 1925. Ils garantissent les
frontières occidentales de l’Allemagne. Sous
l’Occupation, cette rue est renommée Ale-
mannenstrasse, soit la rue des Alamans. Ce
terme fait référence à la confédération de tribus
germaniques qui habitaient, entre autres, sur le
territoire actuel de l’Alsace.
Ces trois rues sont nommées lors de la séance
municipale du 17 avril 1926, tenue par le maire
socialiste Auguste Bronner. Elles sont toutes
liées au thème de la paix.
Entre la rue du Sand et la rue du Champ
de Mars, l’évocation de la Communauté
Économique Européenne (CEE), créée en 1957,
est prépondérante. Les rues portent ainsi les
noms des capitales de l’Europe des Six : Paris,
Bruxelles, La Haye, Bonn, Rome, Luxembourg.
Elles coexistent par ailleurs avec d’autres rues
portant le nom de personnalités liées à cette
construction : Robert Schuman et Louise Weiss.
la dénomination
des rues
En s’attardant sur la dénomination des rues, on
constate aisément l’émergence de deux théma-
tiques principales, la paix et la construction de
l’Europe.
• La rue Sainte-Odile : avec celle du Sand, c’est
la rue la plus ancienne du quartier. Elle fait ré-
férence à la sainte patronne de l’Alsace, sainte
Odile, qui a vécu au 6e siècle et fondé le monas-
tère éponyme. Durant la période allemande, la
rue se nomme Krummweg, krumm en allemand
signifiant courbé. Pendant la Seconde Guerre
mondiale, elle devient la Odilienstrasse.
• La rue du Sand : il s’agit d’une des rues les
plus anciennes du quartier. Son tracé semble
dater du 17 e siècle, période pendant laquelle les
Suédois ont attaqué Sélestat lors de la guerre
de Trente Ans. Ce chemin sert alors à faciliter le
transport de matériel et de munitions de Châte-
nois à la place d’armes occidentale.
• La rue Jean Jaurès : pacifiste, l’homme poli-
tique prône une politique d’apaisement entre la
France et l’Allemagne. Sous l’Occupation, la rue
prend le nom d’Etichostrasse, en référence au
duc Etichon (ou Aldaric) d’Alsace (620-693), le
père de sainte Odile.
• La rue Edouard Herriot : l’homme politique
Edouard Herriot (1872-1957) est membre du
parti radical français. Il est considéré comme
une figure emblématique de la gauche en
France. Sous l’Occupation, la rue prend le nom
d’Herradstrasse, en référence à Herrade de
Landsberg, abbesse du monastère de Hohen-
bourg (1167-1195), connu aujourd’hui comme
étant le Mont Sainte-Odile.
Rue Edouard Herriot8 9
UN QUARTIER DE CLASSE MOYENNE
Le Sand semble être un quartier de classe
moyenne, relativement aisé depuis son déve-
loppement dans les années 1920. Les recen-
sements indiquent que, dès 1931, la majorité
des habitants appartiennent à des catégories
sociales favorisées : des professeurs, des comp-
tables ou des directeurs de banque y sont instal-
lés. Ce constat devient particulièrement probant
lors du recensement de 1936, ce qui contraste
avec la partie nord du quartier, qui reste princi-
palement constituée de terres maraîchères.
Par ailleurs, les maisons sont essentiellement
des habitations mono-familiales, se différen-
ciant ainsi de la cité ouvrière située non loin.
L’ensemble du quartier est aussi rapidement
doté de l’eau courante, du gaz et du tout-à-
l’égout. Ce sont des avantages considérables
pour le quotidien, alors qu’au même moment,
les habitants de la Filature se rendent encore au
lavoir.
LES HABITATIONS À BON MARCHÉ :
UNE EXCEPTION
L’îlot de résidences situé entre les rues de
Scherwiller, Edouard Herriot, Jean Jaurès et de
Locarno est occupé par des constructions sin-
gulières qui se différencient du style plus cossu
du reste du quartier. Ces onze maisons indivi-
duelles jumelées, soit vingt-deux logements,
sont identiques. Elles sont construites au tout
début des années 1930 par la Société Anonyme
d’Habitation à Bon Marché de Sélestat. Cette
société, ancêtre des actuelles Habitations à
Loyer Modéré (H.L.M.), est créée à Sélestat en
1927 sous l’impulsion du maire Auguste Bron-
ner, pour faire face à la pénurie de logements.
En 1929, la ville vend le terrain à cet organisme
pour y construire ces habitations, toujours vi-
sibles aujourd’hui.
un quartier moderne
Au sortir du centre-ville historique, où l’espace disponible est particulièrement réduit, les
nouveaux habitants du Sand souhaitent trouver, dans ce quartier, un lieu de vie plus agréable.
Les maisons, spacieuses, se construisent ainsi sur des terrains de superficie plus conséquente.
Les Habitations à Bon Marché
9
La même maison, rue Saint-Antoine,
à quelques décennies d’intervalle
© Collection Jean-Paul Dietsche
la vie quotidienne au sand,
quartier dynamique
DES COMMERCES NOMBREUX ET VARIÉS
Aux origines du quartier, les commerces sont
très nombreux et diversifiés. La population ne
manque de rien et ne ressent donc pas le besoin
de se rendre au centre-ville pour les nécessités
quotidiennes. Aucun cabinet médical n’est
cependant présent, hormis un vétérinaire dans
la rue Dominique Roos. À partir des années
1970, les commerces commencent à fermer les
uns après les autres. Aujourd’hui, il ne subsiste
que le magasin de vêtements Bettanga.
Dès son essor au milieu des années 1920,
le Sand devient un lieu de vie particulière-
ment dynamique, où commerces et activités
de loisirs se côtoient dans un environnement
paisible. Le voisinage forme une grande fa-
mille où l’entraide est très présente.
Démolition de l’épicerie Eber en 1978
Épicerie Eber
Vue aérienne du quartier du Sand (1956) sur laquelle on
distingue : 1. Épicerie Friderich, 2. Hôtel-Restaurant,
3. Boulangerie Schwartz (puis Andlauer), 4. COOP,
5. Maraîcher Dury, 6. Dischly, grossiste de fruits et légumes,
7. Boucherie Friess, 8. Vêtements Bettanga, 9. Fabrique de
paillassons, 10. Serrurerie Ringeisen, 11. Dépôt de boissons
et de charbon, 12. Épicerie Eber
© Remonter le temps is MullerL’église Saint-Antoine, édifice emblématique du quartier du Sandcc
d
cc
12 13
Les grands emmenaient les petits,
c’est-à-dire moi quand j’avais 6-7
ans. Les autres allaient à l’école du
Centre jusqu’à 14 ans. Ils attendaient
au coin [de la rue] que les mamans
mettent les enfants dehors.
Les grands les prenaient alors au
bras […] On traversait la route, mais
il y avait une voiture toutes les
10 minutes ou toutes les 5 minutes !
Jean-Paul Dietsche
le saviez-vous ?
LE SERVICE DE POMPES FUNÈBRES
« Avant que le service moderne de pompes funèbres ne soit mis en place avec des véhicules,
Jean-Baptiste Durry, maraîcher au Sand, assure ce travail. Pour l’occasion, il habille ses che-
vaux de draps noirs et couvre sa charrette de tissu noir. Il descend ensuite la rue Sainte-Odile
pour se diriger vers le centre-ville, à l’endroit où la cérémonie est célébrée, pour y récupérer
le cercueil. Il l’emmène ensuite au cimetière de la ville pour l’inhumation. »
L’ÉCOLE
Aujourd’hui, plusieurs établissements scolaires
se situent dans le quartier. Cela n’a pas toujours
été le cas. En l’absence d’école, les enfants du
Sand suivent leur scolarité au centre-ville, et ce
dès la maternelle.
L’enseignement élémentaire est alors dispensé
au lycée Koeberlé, puis, à partir de la fin des an-
nées 1930, à l’école du Centre pour les garçons
et à l’école Sainte-Foy pour les filles.
Enfants de chœur devant l’église
Saint-Antoine, dans les années 1940
© Collection Jean-Paul Dietsche
On avait créé des petites équipes
de football dans les quartiers…
Il y avait le quartier du Sand, le
quartier de la Filature, le quartier du
Ladhof et le quartier du centre-ville.
On jouait, mais on n’allait pas sur un
terrain, un grand terrain… On jouait
là où il y avait une possibilité de
jouer… Mais c’était souvent dur !
André Ehm
Quand moi j’étais tout gamin, on
n’avait pas encore le téléphone !
À l’intersection [de la rue du Sand et
de la rue Sainte-Odile], souvent il y
avait des accidents. Bon il y avait un
stop, mais ça arrivait souvent qu’il y
ait des accidents […]. Les seuls qui
avaient déjà un téléphone, c’était
les voisins. Donc quand il y avait un
accident, [...] il fallait aller chez un
voisin, chez le seul voisin qui avait
[le téléphone]… Il fallait aussi avoir
de la chance qu’il soit à la maison !
Et il n’y avait pas encore le SAMU,
les pompiers, c’était encore Colin
des pompes funèbres qui faisait
ambulance. Donc le temps que les
secours arrivent, il se passait
du temps…
Francis Brunstein
LE COUVENT SAINT-ANTOINE
Le couvent Saint-Antoine est très certainement
l’un des éléments les plus emblématiques du
quartier du Sand. Inauguré en 1931, l’édifice
prend une place prépondérante dans la vie
quotidienne des habitants, que ce soit pour la
messe du dimanche ou pour les différentes ac-
tivités hebdomadaires.
Quatre ans plus tard, en 1935, la chorale des
enfants voit le jour, composée majoritairement
d’enfants âgés de 7 à 11 ans. Pour pouvoir l’inté-
grer, les enfants passent un test préalable. Ceux
qui ne possèdent pas d’aptitudes musicales suf-
fisantes deviennent servants de messe.
La chorale joue un rôle important dans la vie
du quartier. Le quotidien des jeunes est rythmé
par le couvent. Ils s’y retrouvent entre amis pour
leurs différentes activités, mais aussi pour pas-
ser du temps en compagnie des moines, notam-
ment à l’heure du goûter.
LES LOISIRS
La chorale n’est pas le seul loisir des enfants du
quartier. Plusieurs jeux ponctuent leur quoti-
dien, comme le football, dont chaque quartier
possède sa petite équipe. Il semble d’ailleurs
que les équipes s’affrontent à tour de rôle.
En hiver, les jeunes pratiquent la luge dans la
rue du Sand, près du pont. À l’époque, le lieu
est même prisé par des habitants d’autres quar-
tiers. Pour se divertir dans la neige, ils ont le
choix entre les remparts et le Sand.
Classe de 10ème - 1935
© Collection André Ehm14 15 14 15
La Seconde Guerre mondiale a particulièrement
marqué Sélestat et le quartier du Sand. Le siège
de la Gestapo, police politique secrète nazie,
se situe au coin de la route de Strasbourg et
de la rue Dringenberg, dans la villa Wankenne.
Le bâtiment administratif des Jeunesses
Hitlériennes est également localisé de 1941 à
1943 dans le quartier, au 4 rue Dominique Roos.
un conflit
marquant
le saviez-vous ?
UN PUITS POUR LA POPULATION
Les autorités nazies en place à Sélestat aménagent des puits dans la ville, en prévision d’éven-
tuels bombardements qui pourraient couper l’accès à l’eau courante. Un de ces puits est creu-
sé dans le quartier du Sand, au croisement des rues Sainte-Odile, de Locarno et Dominique
Roos. Construit en profondeur, il peut servir d’abri en cas de bombardement pour ceux qui
puisent de l’eau.
Pendant l’Annexion, les enfants sont intégrés
de force dans le programme des Jeunesses
Hitlériennes, dès dix ans pour la branche cadette
des Deutsche Jungvolk et dès quatorze ans
pour la véritable Hitlerjugend. Les rencontres
hebdomadaires ont alors lieu, selon les âges,
dans différents locaux de la ville.
La villa Wankenne, située 16 route de Strasbourg, siège de la Gestapo
© Collection André Ehm
La famille Brunstein dans les champs,
le long de la rue du Sand en 1957
© Collection Famille Brunstein
LES PRISONNIERS DANS LES CHAMPS
Comme d’autres familles, les Brunstein ont à leur disposition l’un de ces prisonniers.
Lorsque les cloches sonnent l’armistice, le 8 mai 1945, ce dernier se dirige vers la mère de
famille et lui serre la main pour la féliciter de la victoire alliée et célébrer la fin de la guerre.
LES MARAÎCHERS PENDANT LA GUERRE
Durant la guerre, la moitié du quartier est tou-
jours dévolue à l’activité maraîchère. La pro-
duction agricole ne faiblit pas. Néanmoins, elle
est fortement régulée par les autorités. Chaque
semaine, elles fixent les prix de chaque produit
qui sont identiques pour tous les producteurs.
Les heures autorisées pour la vente directe sont
aussi précisées.
Parallèlement à ces consignes, tous les ma-
raîchers se retrouvent, à intervalles réguliers,
devant le Cercle Catholique de Sélestat pour y
vendre leurs légumes, créant ainsi une sorte de
marché. Après la Libération, des prisonniers al-
lemands sont envoyés chez les maraîchers de
Sélestat pour aider aux travaux dans les champs.17 17
LA LIBÉRATION
ET L’ARRIVÉE DES AMÉRICAINS
La Libération de Sélestat a lieu en février
1945, après trois mois de combats dans la
ville. Dès novembre 1944, les bombardements
commencent sur Sélestat. L’un d’entre eux
touche lourdement le quartier du Sand et
l’église Saint-Antoine qui perd ses vitraux.
Le 1 er décembre, les Allemands détruisent les
ponts de la ville, y compris celui du Sand, pour
ralentir l’avancée américaine. Ils installent
également trois rangées de poteaux minés, au
croisement des rues du Sand et Sainte-Odile.
Néanmoins, l’armée américaine évite le barrage
en le contournant par le jardin voisin et arrive
dans le quartier le lendemain.
mais la guerre, c’est aussi...
16
LA DÉCOUVERTE
DES CHEWING-GUMS
Les jeunes ne connaissaient pas les chewing-
gums avant la guerre. C’est, pourrait-on dire,
le seul point positif qu’ait apporté ce conflit
aux enfants ! En effet, à l’arrivée des soldats
américains à Sélestat, les enfants ont pu goû-
ter aux chewing-gums que leur lançaient les
soldats.
LES GRANDS SOLDATS
Les soldats américains étaient beaucoup plus
grands de taille que les Alsaciens. La preuve ?
Les témoins d’alors racontent que leurs
jambes dépassent des lits dans les maisons
qu’ils habitent !
À l’époque, mon frère m’avait déjà appris à développer les photos
et faire les tirages… Alors quand j’ai fait ces photos, j’étais quand
même curieux de savoir si elles étaient réussies ou pas. On n’avait
pas de lumière pendant deux mois, et pas d’eau. […] Il y avait dans
l’équipage [un soldat qui] était de New York et il parlait un peu le
français… Ce soldat il m’a dit : « Lumière ? Dans le char ! Lumière ! »
J’ai donc développé ce film dans le char !
André Ehm
Rapidement, le Sand devient un emplacement
stratégique pour les Américains, qui profitent
d’un angle de tir idéal pour attaquer les
Allemands en direction du Gartfeld. Ces derniers
occupent toujours la moitié de la ville. Les chars
et les mortiers américains sont ainsi installés
dans la rue Edouard Herriot.
L’église Saint-Antoine,
endommagée après
le bombardement
© Collection André Ehm
Chars américains dans
la rue Edouard Herriot
en décembre 1944
© Collection André Ehm18
En 1960, le quartier s’agrandit avec la création
de la rue des Belges, puis plus récemment, avec
les rues Henri Dunant et Saint-Léon.
Dès la fin des années 1960, le secteur maraîcher,
entre la rue du Sand et la rue du Champ de Mars,
se transforme.
La ville mène un grand projet d’acquisition de
terrains auprès des différents propriétaires
concernés.
L’urbanisation
du quartier
Joseph Logel, alors adjoint à l’urbanisation sous
le mandat du maire Maurice Kubler, est chargé
de contacter les propriétaires et de négocier leur
dédommagement.
Les terrains ainsi acquis servent, dans les années
1970, à construire le lotissement du Sand, qui
constitue la seconde vague d’urbanisation du
quartier.
19
le saviez-vous ?
HISTOIRE DE LA CHAPELLE PAULI
François-Xavier Pauli s’installe à Sélestat vers
1820. Maraîcher, il emménage dans le quar-
tier du Sand. Il transmet ensuite la propriété
à ses enfants.
En 1889, c’est François-Xavier Pauli III qui
construit la chapelle sur le domaine familial,
à l’angle des rues Sainte-Odile et du Sand.
Dans les années 1960, lors de l’essor urbain
de la ville, les terres de la famille Pauli sont
achetées pour être transformées en un lotis-
sement privé, la Résidence Pauline.
La chapelle doit alors être déplacée. La popu-
lation du quartier se mobilise et une pétition
parvient à la ville pour contrer ce projet de
déplacement.
Selon les habitants, ce transfert perverti-
rait la symbolique de l’édifice. Or, les récla-
mations n’y changent rien et la chapelle est
déplacée en 1987, au coin de la nouvelle rue
Henri Dunant et de la rue Sainte-Odile. Les
pierres d’origine sont réutilisées, mais la
taille de la chapelle est réduite.
La chapelle Pauli en 1974, à son emplacement d’origine
La chapelle Pauli aujourd’hui, à son nouvel emplacement
Évolution du quartier du Sand, vues aériennes
© Remonter le temps et Géoportail
1966 1976
1992
Crédits photos
Ville de Sélestat, sauf mention contraire
Rédaction des textes
Nadège Cardot, chargée scientifique
Dominique Tremblay, assistante stagiaire
Ville de Sélestat
Vue satellite actuelleAlsace Centrale
20
« Pour ceux qui y sont nés
et y ont vécu, à mesure que
les années passent, chaque
quartier, chaque rue d’une
ville, évoque un souvenir,
une rencontre.» Extrait du discours de Patrick Modiano à la réception de son prix Nobel de littérature en 2014
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