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Document publié le Vendredi 1 janvier 2038 par la commune d'Hesse.
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Thèmes du document : Guerre en Ukraine, Histoire et mémoire, Droits de l'homme,
Nous avons tous en mémoire des faits qui nous ont marqués, qu’ils se soient passés il y a quelques mois, quelques années ou plusieurs décennies. La parole est ici donnée à celles ou ceux qui ont envie d’évoquer ces souvenirs et de les partager avec les lecteurs de Hesse-Infos.
En 1940, de nombreux Hessois furent expulsés de leur village par les Allemands. Ils eurent l'ordre de partir vers des localités du Midi de la France, alors que d'autres réfugiés, Français eux aussi, originaires du pays de Bitche, occupaient déjà ou venaient occuper leurs maisons. Parmi les Hessois expulsés, René et Julien Mino, qui ne revirent jamais Hesse. Leurs noms sont gravés sur le monument aux morts de la commune. Ils sont aussi inscrits sur le registre communal avec la mention : « Morts pour la France ».
René Mino était né à Hesse le 27 Avril 1900. Il était le fils de Dominique Mino, né en Italie et d’Anne Christmann. Il avait une soeur, Olga, née en 1901, ainsi qu'un frère, Julien, né en 1909. Le fils de René Mino, prénommé également Julien, naquit à Hesse le 12 Avril 1927.
Voici leur histoire, racontée par M. André Isch, lui-même « expulsé » hessois. Demeurant à Nancy, M. André ISCH est le frère de M. Edouard ISCH, toujours Hessois, qui fut longtemps le boulanger du village.
Expulsés de Hesse et fusillés dans le Vaucluse Le destin tragique des Hessois René et Julien Mino
Depuis plusieurs décennies, le village vauclusien de Gordes est devenu un des hauts lieux des vacances en Luberon. Villas cossues et résidences avec piscine ont remplacé les masures fatiguées d’antan. Hôtels « multi étoilés » voisinent avec les brasseries « menu du jour » ou les gargotes de resto rapide. En quête de parking, les automobilistes traversent la place centrale sans apercevoir le monument érigé en son milieu. Quelques piétons plus curieux s’approchent de la stèle où sont gravés les noms des victimes de ce village martyr de la fin de la dernière guerre.
Deux de ces noms sont identiques : René et Julien Mino. Malgré une consonance qui pourrait être provençale, ils ne sont ni de Marseille, comme les minots, footballeurs de l’O.M., ni même de Gordes. Ce sont des Lorrains. Ils sont nés dans un petit village du pays de Sarrebourg, au nom de Hesse. Dans leur village natal, les noms de René et de Julien Mino sont aussi gravés sur le monument aux Morts de Hesse qui se dresse dans l'ancien cimetière de l’église millénaire.
En 1940, le père, René, cordonnier, son fils et leur famille vivaient à Hesse dans une maison située aux abords du port du canal. A la mi-novembre, comme une partie du village, ils furent expulsés par les Allemands. Ils avaient préféré l’exil dans ce qui était encore la zone libre, à l’asservissement sous la botte. Ils furent accueillis à Gordes. D’autres expulsés de Hesse et des environs posèrent leurs valises à Cavaillon, Cadenet, Robion, Pertuis ou Avignon. Au total, le Vaucluse hébergea quelque 5400 « réfugias ». C’est ainsi que les vieux Provençaux désignaient le plus souvent ces gens chassés de chez eux.
Deux ans plus tard, en occupant la France jusqu’à la Méditerranée, les Allemands rattrapèrent ceux qui les avaient fuis en 1940. L’oppression, puis les servitudes qu’ils firent peu à peu peser sur les habitants des zones occupées, élargirent les rangs d’une résistance longtemps embryonnaire. La réquisition dans le cadre du Service du travail Obligatoire, destiné à expédier outre-Rhin les ouvriers réclamés par les usines d’armement ou l'agriculture, jeta dans les bois des récalcitrants de plus en plus nombreux. Dans le Vaucluse, les pentes du Mont Ventoux et les fermes isolées du Luberon virent apparaître plusieurs maquis. Pour survivre, ces jeunes avaient besoin d’une intendance ainsi que nous l’a expliqué Georges Arnaud, le président des anciens résistants du canton qui réside aujourd’hui à Murs : « J’étais l’un des maquisards du Ventoux. Nous n’aurions jamais subsisté sans le soutien des gens de l’Armée Secrète. C’est à travers elle que j’ai connu René Mino. Il faisait partie de ces
HESSE-INFOS N° 38 / Août 2010 page 41courageux qui venaient nous ravitailler en nous apportant les denrées cédées le plus souvent par les paysans des alentours. »
Alors âgé de 44 ans, exerçant toujours son métier de cordonnier, René Mino, du moins le suppose-t-on, disposait là d’une couverture discrète qui lui permettait de garder le contact avec les membres de son réseau .
Les maquisards sont dénoncés
Sans doute son fils Julien le savait-il. Pour suivre l’exemple paternel et satisfaire son envie de servir, il rallia un des maquis voisins, celui de la ferme Gaillaut, sur les hauteurs de Saint Saturnin les Apt. A 17 ans, il lui fallut encore convaincre Paul Nouveau, le chef de la section « Koenig », de son envie de régler leur compte à ces Allemands qui l’avaient chassé de son village.
C’est dans ce camp de Gaillaut, Gayéoux en provençal, que se trama le premier épisode du drame qui coûta la vie aux Mino, père et fils. A son origine, il y eut une certaine inconscience vis-à-vis de la principale protagoniste, une jeune Polonaise de 17 ans, Cécile Biankowski, qui était en rupture de famille. Venue dans le Vaucluse pour y trouver un emploi saisonnier, elle devint serveuse de restaurant, d’abord à Cavaillon puis à Gordes. Elle rencontra ainsi certains résistants. Surprise ensuite en compagnie de personnages suspects, elle finit par être conduite au camp de Gayéoux. Interrogée par Paul Nouveau, elle parvint à se disculper. Pendant plusieurs jours, elle se mit au service des maquisards en participant même aux ravitaillements dans les villages voisins.
Au bout de deux semaines, on préféra la laisser retourner à sa vie de serveuse. Après un passage à Gordes où l’attendait une liaison amoureuse, elle voulut regagner Cavaillon en auto-stop. Une voiture, occupée par trois hommes armés, la prit en charge. Ces individus appartenaient à un détachement de la 8ème Compagnie du 2ème Bataillon de la Division Brandebourg, une unité de l’Abwehr, le service de renseignements de l'état-major allemand. Leur P.C. était installé à Cavaillon, à l’hôtel « Splendid » de triste mémoire. Cette troupe cosmopolite, mais parlant parfaitement le français, usait de toutes les ruses pour confondre les résistants, avec une férocité sans cesse accrue par l’évidence de la défaite.
Ramenée au « Splendid », la serveuse révèla d’emblée son séjour parmi les maquisards de Saint Saturnin- les-Apt. On était à la veille du 1er juillet 1944. Le même soir, une troupe regroupant miliciens français et supplétifs italiens, belges et même luxembourgeois, appuyée par des soldats de la Wehrmacht, se dirigea vers une proie qui ne les attendait pas. A Boucanes, puis à Gayéoux, à Savouillon et à la ferme de Berre, ils laissèrent derrière eux une série de victimes, abattues dans leur fuite ou fusillées délibérément. Partout, ce fut le carnage. Une fermière âgée et innocente, Blanche Gaillard, fut exécutée sans la moindre pitié. Peu après, Paulette Nouveau, l’épouse du chef maquisard, tomba à son tour.
Selon deux historiens de cette époque, Gaston Rey et Georges Arnaud, Julien Mino échappa au massacre. Il ne se trouvait pas à la ferme de Gayéoux, mais avec un autre groupe qui occupait le poste excentré de Pétouchéou. Il parvint à s’échapper pour se réfugier ensuite chez ses parents à Gordes.
Nouvelle dénonciation
Que se passa-t-il alors ? Pourquoi les sbires du « Splendid » débarquèrent-ils, le 7 Juillet, à Gordes pour y arrêter René et Julien Mino ? Avaient-ils eu besoin d’une petite semaine pour exploiter toutes les révélations de Cécile Biancowski ? Quel fut le rôle d’un certain « Max », autre réfugié ou expulsé qui, à Saint Saturnin, révéla les lieux des caches d’armes de la section « Koenig ». Il fut d’ailleurs exécuté comme traître à la Libération. Qui à Gordes connaissait le rôle du cordonnier ? Qui a parlé ? Pour Gaston Rey, l’un des historiens résistants, les deux Lorrains furent bien victimes de nouvelles dénonciations.
Madame Yvonne Christ, la sœur de Julien Mino, qui réside aujourd’hui à Bénestroff, suppose que les deux arrestations sont liées au séjour de son frère dans le maquis : « Il n’y est d’ailleurs pas resté très longtemps. J’étais encore une gamine de douze ans qui ne comprenait pas tout et ne savait pas grand chose. Toutefois, mon frère avait bien échappé à l’attaque de Saint Saturnin les Apt. J’ai su aussi que mon père était en rapport avec la gendarmerie pour ses contacts avec le maquis. Pour le reste, je me souviens que la descente des Allemands à notre domicile a eu lieu au début de la nuit. J’étais d’ailleurs déjà couchée. » Les deux Lorrains, René et son fils Julien, furent roués de coup devant la mère de famille et ses deux filles, dont la plus jeune avait à peine un an. Georges, le frère aîné, vivait alors caché après s’être enfui des Chantiers de Jeunesse, instaurés par le gouvernement de Vichy.
Ce soir-là, un autre habitant de Gordes, le restaurateur Emile Charreton, subit le même sort. Son établissement et sa cave furent saccagés et pillés sous les yeux de son épouse et de sa fille âgée de 7ans. Ainsi
HESSE-INFOS N° 38 / Août 2010 page 42que le faisait René Mino, le commerçant ravitaillait les maquis du Vaucluse. Cette double opération contre des résistants dont la mission était identique, inclinerait à penser que les bourreaux du « Splendid » s’intéressaient aussi, peut-être même d’abord, au démantèlement du réseau de soutien aux maquis, tâche qui avait débuté quelques jours plus tôt avec l’arrestation d’un troisième membre de l’Armée Secrète, Charles Cœurdacier. Dès lors, le malheur de Julien Mino ne fut-il pas d’avoir été présent quand les SS frappèrent à la porte de ses parents ?
Au soir de cette funeste journée du 7 Juillet, René et Julien Mino furent dirigés vers Cavaillon et le « Splendid ». Ils y furent torturés. Leur séjour fut de courte durée, puisqu' au petit matin du 9 juillet leurs corps tuméfiés et difficilement reconnaissables furent retrouvés, avec ceux de plusieurs autres résistants, dans une vigne proche de Villelaure. Des habitants du village, alertés par des bruits de fusillade, s’approchèrent de l'endroit dès que le silence fut retombé. Quelle ne fut pas leur émotion lorsqu'ils découvrirent le massacre ! Parmi eux se trouvaient deux habitantes de Hesse, Augustine Leclère et Alice Oliger. Julien, 17 ans, était allongé, mort, la tête contre un cep de vigne. Son père gisait à deux pas, sans vie. René avait 44 ans. Qui, à Hesse, en 2010, a encore connaissance de cette tragédie ? Comme les gens de Gordes, les Hessois se doivent de ne pas oublier cet épisode tragique de la 2ème guerre mondiale.
Aujourd’hui, les dépouilles de René et de Julien Mino reposent au cimetière de Racrange, près de Morhange, où la famille s’est fixée après son retour d’expulsion.
Au fil des mois qui précédèrent la Libération, d’autres découvertes, aussi macabres, firent régner une terreur sadique sur toute la Provence. A Gordes encore, le 22 Août, à la suite de l’accrochage d’un détachement allemand, plusieurs maisons furent incendiées et douze malheureux habitants exécutés. Le 24 Août, les Américains rentraient dans Cavaillon. Quelques jours plus tard, tout le Vaucluse était libéré. La réplique qui suivit cette Libération fut également implacable. D’autres cadavres, ceux de la trahison ou de la collaboration, furent relevés au fond d’un bois, dans une carrière, derrière une haie ou devant un mur. Le 13 Septembre 1944, Cécile Biankowski, la dénonciatrice, fut exécutée devant le monument aux Morts de Gordes. Paul Nouveau, dont l’épouse avait été passée par les armes à Saint Saturnin les Apt, commandait le peloton d’exécution dans lequel figurait son fils.
Le 3 Septembre, au milieu d’une escorte vociférante, accompagné de mon frère Edouard, j’avais suivi « Jo la mitraille », de son vrai nom, Georges Grandchamp, mâchoire pendante et nus pieds. Il était l’une des sombres figures de la bande du « Splendid ». Quand il tomba devant le cimetière de Cavaillon, la foule applaudit.
André Isch
Au mois d'août 2009, de passage à Gordes dans le Vaucluse, M. le maire de Hesse a déposé une gerbe devant les monuments érigés à la mémoire des Hessois René et Julien Mino.
HESSE-INFOS N° 38 / Août 2010 page 43