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Document publié le Jeudi 1 avril 2021
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Thèmes du document : Travail et emploi, Inégalités sociales, Démocratie,
CONSEIL COMMUNAUTAIRE
Séance du 01 avril 2021
DELB-20210139 - REVENU MINIMAL POUR LES JEUNES DE 18 A 25 ANS - VOEU.-
M. Le Président.- Le Conseil communautaire, réuni le 1 er avril 2021, sous la Présidence d’Edouard PHILIPPE, Président :
CONSIDERANT le texte présenté par Madame Nathalie NAIL, conseiller communautaire :
« Alors que la crise sanitaire que nous traversons ne faiblit pas, un grand nombre de jeunes de moins de 25 ans se retrouvent dans une situation de précarité exacerbée. Celles et ceux qui ont perdu leurs emplois ou leurs stages gratifiés se retrouvent de fait sans revenus du fait d’un arrêt de leur activité suite à la crise du Covid-19.
Des milliers de jeunes ayant achevé leurs études et formations cherchent à rentrer sur le marché de l’emploi, d’autres y rentreront d’ici quelques mois. Avec la conjoncture économique actuelle, le marché de l’emploi est saturé particulièrement sur notre agglomération, du fait entre autres de suppression de milliers de postes dus aux cessations d’activité qu’a entraînée la crise sanitaire que nous traversons. La plupart de ces jeunes ne pourront bénéficier de l’assurance chômage n’ayant jamais exercé d’activité professionnelle. La misère dans laquelle sont plongés ces jeunes n’est pas une période passagère sans conséquence. L’extrême pauvreté met directement leur avenir et leurs possibilités d’émancipation en danger.
Afin d’aider les jeunes à vivre, il est nécessaire de prendre des décisions fortes et de mettre en place des solutions : la solidarité Nationale doit être à l’œuvre.
Une centaine d’associations, organisations, syndicats, partis politiques, parlementaires, président·e·s de conseils départementaux, élu·e·s locaux et organisations de jeunesse ont affiché leur soutien à l’ouverture du RSA pour les moins de18/ 25 ans.
Considérant que la création d’un revenu minimal pour les jeunes est un moyen essentiel pour lutter contre la précarité économique et sociale des jeunes, le conseil communautaire demande au département et à l’Etat de s’engager dans un travail de réflexion en vue de s’assurer que tous les jeunes âgé(e)s de 18 à 25 ans puissent disposer d’un revenu minimal. Celui-ci pouvant prendre la forme d’une ouverture du RSA pour les jeunes de 18 à 25 ans. »
.
VŒU
M. Edouard PHILIPPE : Mme NAIL vous avez la parole pour présenter le vœu que vous voulez défendre.
Mme Nathalie NAIL : « Alors que la crise sanitaire que nous traversons ne faiblit pas, un grand nombre de jeunes de moins de 25 ans se retrouvent dans une situation de précarité exacerbée. Celles et ceux qui ont perdu leurs emplois ou leurs stages gratifiés se retrouvent de fait sans revenus du fait d’un arrêt de leur activité suite à la crise du Covid-19. Des milliers de jeunes ayant achevé leursétudes et formations rentreront d’ici quelques mois sur le marché de l’emploi. Avec la conjoncture économique actuelle, le marché de l’emploi est saturé particulièrement sur notre agglomération, du fait entre autres de suppressions de milliers de postes dues aux cessations d’activité qu’a entraîné la crise sanitaire que nous traversons.
La plupart de ces jeunes ne pourront pas bénéficier de l’assurance chômage puisqu’ils n’ont jamais exercé d’activité professionnelle. La misère dans laquelle sont plongés ces jeunes n’est pas une période passagère sans conséquence. L’extrême pauvreté met directement leur avenir et leurs possibilités d’émancipation en danger. Oui, les jeunes sont probablement les premières victimes de cette crise. L’isolement scolaire et social, les impacts de la crise économique, l’impossibilité d’exercer une pratique sportive ou culturelle et un avenir incertain, plongent de nombreux jeunes dans la précarité et /ou dans une détresse psychologique. Les mesures sporadiques du Gouvernement ne répondent pas aux besoins et en fait bel et bien une génération sacrifiée. Une commission d’enquête parlementaire sur les conséquences de la Covid sur les jeunes a été créée en juillet dernier. Une liste de soixante-quinze propositions pour remédier à la situation désastreuse a été dressée. Parmi ces propositions l’ouverture du RSA pour les moins de 25 ans a fait l’unanimité au sein de cette commission. C’est tout l’objet de ce vœu.
Pour cause, plus souvent en contrat précaire, plus souvent en période d’essai et durement exposé au travail ubérisé, ces jeunes servent de variable d’ajustement et sont les premiers et les premières à subir les effets de la crise économique sur l’emploi. Face à cette situation, plusieurs organisations de jeunesse se sont mobilisées pour demander l’ouverture du RSA pour les moins de 25 ans. Ils sont depuis soutenus par des centaines d’élus et de personnalités politiques de tout bord. Aujourd’hui, cette proposition s’impose dans le débat public et de plus en plus de parlementaires se joignent à cette revendication. Jean-Paul LECOQ en fait partie et c’est aussi la raison pour laquelle je présente ce vœu aujourd’hui ici. Nous devons tous ensemble peser pour obtenir ce débat et des pistes de solutions pour cette jeunesse qui est notre avenir. L’ouverture du RSA pour les moins de 25 ans représente un filet de sécurité nécessaire au vue du contexte. Non seulement cette mesure permettrait d’éviter qu’un trop grand nombre de jeunes ne tombent dans l’extrême précarité, mais elle doit également permettre d’accompagner l’ensemble de ces jeunes vers des mécanismes d’insertion professionnelle ou de formation. Les mécanismes d’accompagnement du RSA doivent ainsi être renforcés et permettent de sécuriser davantage les parcours de vie.
Bien évidemment au vue de la situation économique, le renforcement des mécanismes d’insertion ne peut suffire à lui-même. Si nous voulons sortir par le haut de cette crise, il faut sécuriser le parcours des jeunes en les accompagnants de la formation à l’obtention d’un emploi stable. Par contre, cette allocation ne doit pas être conditionnée à rien d’autres que l’absence de revenus. Bien sûr la solution contre la précarité c’est avant tout un emploi stable et l’idéal vers lequel il faut tendre. Le RSA est une aide en dessous du seuil de pauvreté, ce n’est pas une solution définitive et personne ne s’y complaît. Il n’encourage pas l’oisiveté, cependant il pourrait permettre aux jeunes de ne plus avoir à dépendre des associations d’aides alimentaires, de la charité et de leurs familles. Refuser ce droit à la jeunesse de France relève d’un profond mépris de cette jeunesse précarisée par des politiques toujours plus austères.
« A 18 ans, on veut un travail, pas une allocation », a déclaré Bruno LE MAIRE ministre de l’économie le 15 janvier dernier, mais que faire lorsque le travail précisément manque. Afin d’aider les jeunes à vivre, voire survivre il est nécessaire de prendre des décisions fortes et de mettre en place des solutions. La solidarité nationale ne doit pas être qu’un bel adage, mais doit être mis en œuvre. Les jeunes peuvent voter, se salarier, payer des cotisations, être prélevé dans l’impôt sur le revenu, mais se voit pourtant refuser l’accès à un volet essentiel de la solidarité nationale. Cette exception est injustifiable et doit cesser. La misère dans laquelle sont plongés ces jeunes n’est pas une période passagère sans conséquence. L’extrême pauvreté met directement leurs avenirs et leurs possibilités d’émancipation en danger. Ainsi par ce vœu il convient de demander au Département et à l’Etat de s’engager dans un travail de réflexion en vue de s’assurer que tous les jeunes de 18 à 25 ans puissent disposer d’un revenu minimal, celui-ci pouvant prendre la forme d’une ouverture du RSA pour les jeunes de 18 à 25 ans ». Je vous remercie.M. Edouard PHILIPPE : Merci beaucoup Mme NAIL. Avez-vous des observations sur ce projet de délibération ?
M. le maire ?
M. André BAILLARD : J’aimerais attirer l’attention de tous nos collègues, ici, présents, qu’il existe un service d’insertion via le recrutement du service civique qui recrute les jeunes entre 16 et 25 ans. Ces rémunérations sont légères c’est sûr puisque l’on demande à la Ville qui va les recruter 100,72 euros et que l’Etat fourni 600 euros pour la complémentarité de leur salaire. A Etretat, on a demandé 15 de ces jeunes. Ce sont surtout des jeunes qui, comme le dit Nathalie NAIL, n’ont pas d’emploi. Je présume que toutes les communes ne peuvent pas se le permettre, je suis d’accord, mais je pense que l’on peut aussi, nous, participer à cette hauteur-là puisque le Gouvernement a mis ce plan d’insertion, on peut dire que c’est de l’insertion. Alors, évidemment, ce ne sont pas des emplois qui doivent se substituer à des emplois de la fonction territoriale, mais des emplois d’information, pour prévenir les gens. La durée minimum du contrat, c’est six mois et vous pouvez les recruter aussi pour un an. Cela peut être aussi des jeunes qui sont en étude et qui peuvent assurer, pendant les vacances de leurs études, ce genre de poste. Je pense que l’on doit aussi, nous, les élus, creuser dans ce sens-là. Le RSA c’est très bien, mais pour ma part cela me fait penser un peu à l’assistanat. Un RSA, dans la limite où la personne est vraiment en détresse, je suis d’accord, mais un jeune entre 18 et 25 ans il peut aussi fournir quelques efforts et travailler aussi un peu. Merci de m’avoir écouté.
M. Edouard PHILIPPE : M. LECACHEUR ?
M. Aurélien LECACHEUR : Lorsque j’étais étudiant, je réfléchissais à ma vie, à ce que j’allais pouvoir faire plus tard, la vie avec celle qui allait devenir ma femme, la bringue, les sorties, les fêtes de l’humanité ont rythmé ma vie étudiante et un peu également les manifs et l’occupation de la faculté par ailleurs. Ma vie d’étudiant de fils d’ouvrier, ici, à la fac du Havre, était rythmée par une forme, on peut le dire, d’insouciance. Je constate aujourd’hui que l’insouciance a laissé place pour les étudiants, pour les jeunes, à la pauvreté voire à l’extrême pauvreté. Autrefois, les associations étudiantes organisaient des fêtes, aujourd’hui elles organisent des épiceries sociales et solidaires.
J’ai été frappé récemment par un échange avec une jeune étudiante qui lorsque je lui ai demandé ce qu’elle voit pour son avenir. La réponse cruelle et cinglante m’a scotché, cette jeune étudiante a répondu : « je souhaiterais tout simplement ne plus avoir à me soucier de savoir si je vais pouvoir manger demain ». Je crois qu’il y a aujourd’hui une urgence, qui n’est pas suffisamment prise en compte, voire peut-être pas du tout d’ailleurs, c’est l’urgence de la jeunesse, l’urgence d’une génération sacrifiée qui va se fracasser contre un mur si on n’y prend pas garde. Les jeunes ne sont jamais un coût, investir dans la jeunesse, c’est investir dans la Nation, c’est le contraire de l’assistanat. Ce vœu est juste, il est frappé du bon sens, c’est pourquoi pour ma part, je le voterais des deux mains.
M. Edouard PHILIPPE : Mme MOREL ?
Mme Christine MOREL : Juste pour faire une petite remarque. C’est vrai que l’on voit bien qu’il y a des jeunes qui sont en grandes difficultés et souvent c’est lié aussi à des parents qui sont aussi en difficulté. Ce que je veux dire, c’est que pour ma part, mes enfants n’ont pas de problèmes, ils savent que je serai derrière et que je peux être derrière eux. Ce n’est pas le cas pour tous. Je pense que le fait de pouvoir accompagner aussi certains jeunes qui sont en grandes difficultés permettrait aussi de soulager des parents qui eux aussi sont en difficulté. C’est pour cela que je voterai pour ce vœu.
M. Edouard PHILIPPE : Mme EUDIER ?
Mme Clotilde EUDIER : Je voulais revenir sur le vœu de Nathalie NAIL concernant les jeunes qui cherchent à rentrer sur le marché du travail. Il existe à la Région un dispositif « jeunes diplômés » pour tous les jeunes qui sont sortis récemment des écoles et qui ont été diplômés, qui ont moins de 30 ans et un bac +2 ou +5. Ce dispositif leur permet de garder une dynamique à l’emploi. On leur propose donc un stage de dix-sept semaines adossé à une formation et ils sont rémunérés durant ce stage à hauteur de 650 euros par mois plus leurs frais de déplacement. C’est donc un dispositif qui peut palier à une pénurie à un moment donné.M. Edouard PHILIPPE : M. SAINT MARTIN ?
M. Florent SAINT MARTIN : C’est un débat passionnant. La réalité, c’est que je pense que si on le poursuit on pourrait le poursuivre pendant des heures et on serait assez surpris d’ailleurs des prises de position des uns et des autres. C’est un sujet qui me passionne depuis longtemps, je pourrais en parler pendant des heures. La réalité c’est que je pense que l’on pourrait presque même être plus ambitieux. Certains états membres d’ailleurs de l’Union européenne sont très ambitieux. Ils prévoient des revenus minimums sans prise en compte des ressources des parents considérant que même pour des enfants de bonne famille, il peut être intéressant de garantir leur autonomie en tous les cas au début de leur vie.
Toujours est-il que c’est vraiment un sujet très intéressant, mais je ne suis pas favorable, je suis assez constant dans mes prises de position, que dans des vœux présentés à la communauté urbaine nous entamions des débats qui finalement relèvent à minima de d’autres collectivités. Nathalie NAIL a pris soin d’ailleurs de bien préciser que cela pouvait être une compétence du Département et surtout une compétence de l’Etat, voire d’autres associations qui sont financées par l’Etat. Si on commence à entamer des débats qui sont en réalité des débats nationaux ou qui ont vocation à être développés au Parlement, j’ai peur que l’on n’ait peut-être pas le temps nécessaire aux 24 heures d’épuiser l’ensemble des débats. Je considère que c’est un débat crucial pour l’avenir de notre jeunesse, mais ce n’est peut-être pas ici l’endroit pour l’avoir.
M. Edouard PHILIPPE : M. DUBOST ?
M. Jérôme DUBOST : En fait, je vais voter ce vœu parce qu’il met en lumière, il a au moins outre le mérite de pointer un sujet qui nous concerne tous, une réalité et la crise sanitaire ne fait qu’amplifier cette réalité des jeunes en difficulté. Je fais écho à ce que disait le maire d’Etretat. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec mon collègue maire sur la question du RSA et de l’assistanat, on pourrait en avoir un débat et il serait passionnant. Je suis d’accord avec Florent SAINT MARTIN, on a peut-être envie de rentrer chez soi, mais ce matin j’accueillais les deux premiers services civiques pour la ville de Montivilliers, nous en accueillons neuf. Les deux premiers ce sont deux jeunes un garçon et une fille de 21 ans. C’est vrai que les échanges que j’ai eu avec eux, c’était assez édifiant de savoir qu’à 21 ans on est plus préoccupé de savoir ce que l’on va manger et de savoir comment vont ses parents, d’habitude c’est plutôt l’inverse. Je dois dire que c’est assez édifiant.
Une deuxième chose, cet après-midi avait lieu une distribution, 121 colis ont été distribués en 5 heures pour les étudiants au Havre. Je pense que c’est colossale, il y a donc une vraie réflexion. Lorsque j’ai vu les files d’attente du côté de l’université, c’est assez édifiant. Il y a donc une vraie réflexion, elle n’a peut-être pas nécessairement lieu. En tous les cas, la Communauté urbaine peut le porter, mais le porter auprès du bon interlocuteur qui est notamment le Département en charge des solidarités et évidemment de l’Etat, pour faire cheminer peut-être la réflexion sur un sujet ô combien intéressant sur cette jeunesse. C’est quand même difficile on a plutôt envie d’aller prendre un verre en terrasse, de s’amuser lorsque l’on a 20 ans tout en travaillant. On peut faire les deux, on peut étudier, aller bosser et s’amuser. Cela me permettra peut-être d’alimenter les réflexions auprès de nos partenaires que sont le Département et l’Etat.
M. Edouard PHILIPPE : M. LOGIOU ?
M. Laurent LOGIOU : Pas pour le plaisir de rallonger le débat, mais je voulais simplement d’abord proposer à Florent SAINT MARTIN de faire une association pour le revenu universel puisqu’il est favorable visiblement au revenu universel en tous les cas déjà pour les étudiants. Il y a une association qui existe pour cela, mais surtout par contre pas du tout d’accord avec lui sur le fait que l’on ne puisse pas débattre ici. On peut avoir une opinion défavorable, mais où débattre ? Si on débat qu’en haut, on sait ce que cela donne. On est dans une démocratie verticale du bas vers le haut. Les gens qui sont ici sont en contact permanent, comme tous les élus locaux, avec les gens qui souffrent. Bien sûr que l’on peut avoir des solutions différentes, je trouve très bien que la ville d’Etretat fasse l’effort sur les emplois civiques. Les emplois civiques c’est positif. En tous les cas moi je le juge ainsi, mais c’est bien que l’on ait les débats à notre niveau. Si on veut faire remonter à un moment ou à un autre tout simplement la façon dont les gens souffrent et la façon dont on pourrait les aider, c’est à cet endroit-làqu’il faut le faire parce que la démocratie commence ici. Je pense qu’on est raisonnable, je trouve pour le moment. Je pense que des débats ici c’est important.
M. Edouard PHILIPPE : On ne va pas faire le débat sur le débat. A partir du moment où le vœu est inscrit et qu’il a été ouvert à la discussion, c’est que la discussion a du sens parce qu’elle se rattache à quelque chose. On peut donc considérer qu’il y a un intérêt communautaire. Ne faisons pas le débat sur le débat. Par ailleurs, M. LOGIOU, je ne crois pas que la démocratie commence ici. Elle concerne y compris les gens qui ne sont pas élus, la démocratie est dans la rue également. Elle est dans nos discussions autour des tables avec les copains lorsque l’on peut se retrouver même si en ce moment c’est un peu compliqué. Je le dis parce que je ne voudrais pas que l’on pense que la démocratie commence entre élus, ce n’est pas vrai. M. AUBER ?
M. François AUBER : Nous sommes ici, on représente 54 communes et un territoire de 270 000 habitants, on est peut-être un parlement local. En tous les cas, il y a une forme de démocratie représentative sur lequel les jeunes de ce territoire nous écoutent peut-être. L’intercommunalité est un lieu pour moi de débats, de prospectives, aussi d’innovations et d’avenir. Je voterai aussi ce vœu.
M. Edouard PHILIPPE : M. le maire d’Etretat ?
M. André BAILLARD : Je voulais juste dire que lorsque l’on évoque une filière on n’évoque pas un cas général. Lorsque je parle de ce qui peut se faire, je traite aussi dans mon village, comme chacun d’entre vous, au sein de la commission consultative de l’action sociale tout ce qui peut remonter chez nous pour aider une famille en détresse. C’est-à-dire que lorsque je demande à chacun de bien réfléchir, c’est que chacun doit aussi bien réfléchir de savoir que l’on a des leviers dans les villages et dans les villes. Nous avons certains leviers qui nous permettent d’aider une famille qui est en détresse. Maintenant c’est sûr que l’avenir des jeunes aujourd’hui n’est pas aussi rose que celui des années 60. Je suis d’accord avec vous aussi de ce côté-là. En plus, si vous voulez en ce moment on est dans une période où des jeunes qui pouvaient avoir un emploi par la restauration ne peuvent pas l’avoir en ce moment parce que tous ces corps de métier sont fermés. Je voulais dire par là, que c’est sûr que l’on doit aider notre jeunesse. Le rôle d’un père c’est d’aimer ses enfants et aussi de les sortir de leur misère. Mais comme le disait Christine MOREL tout à l’heure, vous avez aussi des parents qui sont dans la misère eux-mêmes donc comment les enfants vont s’en sortir. C’est sur ces cas-là que normalement l’action sociale de votre village doit se préoccuper. On ne peut pas tout attendre de l’Etat. Maintenant que ce soit en haut que l’on décide de donner un minimum aux étudiants, après c’est autre chose. Est-ce que c’est à nous d’en décider ici ? C’est ce que je voulais dire.
M. Edouard PHILIPPE : M. GIMARD ?
M. Antonin GIMARD : Je partage le diagnostic qui a été posé ici, l’état d’extrême urgence dans lequel se trouve la jeunesse et de fragilité. Il y a quelques petits désaccords que j’ai avec ce vœu, c’est notamment ce qu’appelle Nathalie NAIL de son souhait, c’est un RSA avec un mécanisme d’accompagnement, c’est ce que j’ai noté. Il me semble que c’est déjà la garantie jeune que le gouvernement essaye de mettre en place. Elle n’est peut-être pas parfaite, elle a encore des leviers d’amélioration, pas encore universelle. Je pense que c’est quelque chose sur lequel on pourrait réfléchir, en tous les cas le gouvernement réfléchit. Il me semble que ce RSA avec mécanisme d’accompagnement c’est déjà la garantie jeune, c’est déjà ce qui est poussé et ce qui pour l’instant me gêne dans ce vœu.
M. Edouard PHILIPPE : M. CHAIX ?
M. Thibaut CHAIX : J’écoute tous nos collègues intervenir depuis tout à l’heure sur la question. Je les entends expliquer à quel point ils ont été marqués par des échanges avec des étudiants, des jeunes qu’ils ont rencontrés récemment. Je pense qu’il n’y a pas un seul élu de cette assemblée qui méconnait la situation à laquelle font face les jeunes aujourd’hui. Une situation qui était déjà parfois tendue avant la crise elle est évidemment aujourd’hui encore plus complexe. En quelques échanges, on a évoqué différents outils, un dispositif régional, un dispositif du service national universel. Je rejoins totalement Antonin GIMARD lorsqu’il parle de la garantie jeune, on aurait aussi pu parler du dispositif « un jeune une solution ».Je pense que l’on préfèrera toujours mettre en face d’un jeune en difficulté une personne pour l’accompagner, pour l’écouter, pour l’aiguiller vers une filière la plus appropriée, vers une formation, un dispositif qui permettra de trouver la voie qui lui correspond que de verser une allocation de manière un petit peu, pas complètement aveugle, mais qui serait moins personnalisée et qui au final sera un dispositif moins qualitatif. Je pense que le vrai débat aujourd’hui, même s’il pourrait apparaître idéologique, je pense que c’est un vrai débat d’administration publique, de politique publique et d’outils que l’on met en face du jeune qui est en difficulté. C’est pour cela que pour ma part je ne voterai pas ce vœu parce que je pense qu’il existe d’autres outils, d’autres moyens d’arriver à cette fin. Je pense qu’au moment de se poser la question de comment on dépense l’argent publique via quel canal les dispositifs que l’on a évoqué par ailleurs seront toujours plus pertinents que l’ouverture du RSA aux moins de 25 ans.
M. Edouard PHILIPPE : M. LECOQ ?
M. Jean-Paul LECOQ : En fait la question c’est un minimum vital pour les jeunes quels que soient leurs statuts. Ceux qui arrivent, à travers les différents dispositifs, à trouver une solution, c’est bien, mais ceux qui sont étudiants, qui n’ont pas de quoi manger et tout, il faut bien qu’ils aient de quoi vivre. Ils n’ont pas forcément la famille qui aide, qui sont en rupture de leurs familles, qui ont choisi au moment de leurs études leur indépendance, c’est compliqué ces situations. Ceux qui travaillent, qui se retrouvent, on a rencontré des barmans qui avaient des salaires de misère parce qu’en fait c’était le pourboire qui venait compenser. Comme il n’y a pas cette notion de revenu minimum, à un moment donné ils ont une partie de chômage partiel sur leur base, mais pas sur les pourboires évidemment. On a rencontré des jeunes filles qui font de horaires, elles sont jeunes travailleuses à je crois douze heures la semaine. Au bout du bout, au bout du mois, cela ne fait pas cher. Il y en a qui ont en dessous de cela. Cela veut dire que même ceux qui font l’effort, qui vont travailler, qui font leurs études, même tous ceux-là, ils n’ont pas de quoi survivre.
On parle de survie lorsque l’on parle des sommes et du minimum, on ne parle pas de quoi vivre. Ceux qui touchent le SMIG, s’il y en a qui connaissent des gens qui touchent le SMIG, il ne permet pas déjà de vivre décemment. Imaginez lorsque vous êtes en dessous de ce salaire-là, de ce minimum-là. A un moment donné de dire, parce que nous on est au contact direct avec le territoire, avec des statuts différents, mais que le territoire, que les maires qui sont quand même les plus proches du terrain, c’est bien connu, que les maires assemblés dans une communauté urbaine fassent remonter par le préfet que cela va mal, on le sent, on le dit dans un vœu, on appelle et on demande que des solutions soient recherchées et trouver pour donner un minimum vital à notre jeunesse. Chacun l’a dit à sa manière, mais chacun a dit que cela n’allait pas bien. Chacun a dit qu’il fallait trouver une solution.
Vous savez lorsque cela ne va pas bien et qu’il faut trouver une solution notre communauté urbaine et avant la communauté d’agglomération, elle a répondu présent. Avant le SIVOM cela n’allait pas bien, il fallait trouver une solution pour construire une université au Havre. L’intercommunalité a répondu présent quand il fallait trouver une solution pour améliorer les conditions médicales, sanitaires au Havre parce qu’il n’y avait pas d’effectifs professionnels, cela n’allait pas bien, la communauté, la Codah a répondu présent pour interpeller et chercher avec d’autres acteurs régionaux et au niveau de l’Etat. Là encore une fois de dire, et cela ne coûte pas pour l’instant, il faut vraiment trouver une solution parce que cela ne va pas bien, que la communauté d’agglo et la communauté urbaine le fasse, ce n’est pas indécent, je pense.
M. Edouard PHILIPPE : On va conclure ce débat, il a été riche, peut-être Mme NAIL vous voulez dire un mot.
Mme Nathalie NAIL : J’ai appelé cela le RSA, cela peut tout à fait s’appeler autrement. Je rappelle que je ne demande pas qu’on le mette en place, mais que l’on demande au Département et à l’Etat de s’engager dans un travail de réflexion d’une part. D’autre part, j’ai bien entendu sur la garantie jeune ou autres dispositifs. Ces dispositifs sont à chaque fois excluant. La garantie jeune par exemple ne convient pas pour les étudiants. Le service civique c’est un an maximum donc pour ceux qui ont eu la chance d’avoir un service civique après ils se retrouvent sans rien. Le dispositif de la Région, il faut croire qu’il ne convient pas non plus. Je relaterais juste une expérience qui a eu lieu il y a une dizainede jours au Havre avec une organisation de jeunesse qui a fait un bureau d’embauche pour les jeunes de 18 à 25 ans, en 4 heures de temps ils ont eu 300 CV. Ce sont des jeunes qui sont étudiants majoritairement à haut niveau de diplômes et qui recherchent un emploi et qui n’ont plus rien à manger. C’est la réalité.
Je constate aussi que la communauté urbaine n’a peut-être pas compétence à faire remonter au Département, il faut qu’on me le prouve, mais je pense tout est une question de volonté. Florent SAINT MARTIN disait que c’est un débat passionnant, mais il faut aller au-delà du débat. On est également élu pour agir et pour faire bouger les choses, pour faire en sorte que des choses avancent. Alors le souci de l’argent public je l’ai comme vous, mais le souci de notre jeunesse je l’ai aussi. Notre jeunesse, je l’ai dit et je le rappelle, c’est l’avenir d’une nation, c’est notre avenir à nous.
M. Edouard PHILIPPE : M. MANIABLE, vous voulez parler ? Ce que je vous propose c’est que si vous voulez parler dites le maintenant que l’on fasse une liste parce que sinon on ne va pas s’en sortir. S’il n’y a plus de demandes de parole, on pourra procéder au vote puisque l’on a eu un débat.
M. Gérald MANIABLE : J’avais levé la main avant l’intervention de Nathalie NAIL. Je conçois que vous ayez des difficultés ici pour savoir qui a demandé la parole. Cela va être rapide et je pense que vous allez être d’accord avec moi. Est-ce que l’on peut considérer qu’un étudiant en étudiant apporte à la société et travaille déjà ? Je crois qu’il faut remettre en place un certain nombre de choses. Un étudiant lorsqu’il va étudier, il travaille déjà et n’a aucune rémunération par rapport à cela, mais il a un travail. Il doit étudier. D’ailleurs, comme il n’arrive pas à vivre, il arrive souvent qu’en première année il y a des échecs qui sont peut-être liés au fait de la nécessité actuelle de travailler à côté aussi pour subvenir à ses besoins. Pour ma part, j’ai plutôt honte, que les étudiants ne puissent pas simplement avec leurs activités d’étudier, qu’ils ne puissent pas vivre dans notre pays.
M. Edouard PHILIPPE : On a eu un bon débat, je propose que l’on y mette un terme par un vote parce que c’est évidemment comme cela que les décisions se prennent. Je crois que chacun a exprimé à la fois sa préoccupation sur la situation de notre jeunesse, son attachement à ce que la jeunesse puisse s’épanouir dans toute la mesure du possible, sa conviction aussi que les situations sont très variées entre ceux qui peuvent s’appuyer sur des ressources familiales ou des ressources amicales ou un conjoint. Cela arrive parfois ou une conjointe, cela arrive que deux jeunes ne soient pas exactement dans la même situation et qu’ils puissent s’aider. On a donc mille exemples.
Au fond la question qu’a posée Nathalie NAIL dans son vœu c’est son attachement à un système et c’est le mot qui est important beaucoup plus que la désignation de l’instrument, c’est le mot d’un système d’un financement sans contrepartie. Vous l’avez dit assez clairement, Mme NAIL, vous voulez un système de financement entre 18 et 25 ans sans contrepartie. C’est un peu si j’ose dire le nœud du sujet puisque les autres dispositifs tels qu’ils ont été présentés, cela vrai pour la garantie jeune, c’est vrai pour un certain nombre d’autres dispositifs présentent la nécessité globalement d’une forme de contrepartie parfois un travail parfois une formation parfois un accompagnement, mais bref une contrepartie. C’est là que me paraît être le nœud essentiel. On a tous, je crois, absolument conscience des enjeux, chacun va s’exprimer, je voterai contre ce vœu parce que je suis fondamentalement opposé à l’idée d’un financement sans contrepartie s’agissant des jeunes de 18 à 25 ans, mais en revanche tout à fait disposé à travailler à tous les systèmes d’accompagnement et ils existent. La garantie jeune a été plusieurs fois évoquée, c’est un bon système, je crois qu’il produit d’ailleurs d’assez bons résultats. Il faut imaginer d’autres systèmes sans doute, mais sur le vœu tel qu’il est déposé en tous les cas mon choix est fait.
Vote : non adoptée à la majorité
Pour : 24, Contre : 94, Abstentions : 2, Ne prennent pas part au vote :