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Acte - NM 2023 02 Actes Assises Sexistes vf bd
Document publié le Samedi 26 novembre 2022 par la commune de Nantes.
Lien du pdf (Acte - NM 2023 02 Actes Assises Sexistes vf bd)
Thèmes du document : Violences sexistes et sexuelles, Égalité et non-discrimination, Sexe, sexualité et genre,
LES ACTES DES ASSISES assises-violences-sexistes.org
En partenariat avec :
25 & 26 NOV. 2022, CITÉ DES CONGRÈSLE SOMMAIRE
Édito P. 5
Hors les Murs P.6
Vendredi 25 novembre P.20
Le programme de la journée .................................................................................................................... P.22
Discours d’ouverture .................................................................................................................................. P.24
Quelques questions .................................................................................................................................... P.25
Ecouter, croire et accompagner les victimes ........................................................................................ P.26
Pour prévenir la récidive : quelle prise en charge des auteurs ? ....................................................... P.28
Les collectivités s’engagent....................................................................................................................... P.30
Le manifeste ................................................................................................................................................. P.32
Interview de Najat Vallaud-Belkacem ..................................................................................................... P.36
Comment faire un territoire non-sexiste ? .............................................................................................P.37
Comprendre le continuum des violences sexistes .............................................................................. P.38
Accueillir, écouter et accompagner les victimes : retour de l’expérience de Citad’elles ............ P.40
Inceste et pédocriminalité : les repérer et agir ..................................................................................... P.42
Des associations à la justice : travailler une posture d’écoute professionnelle des victimes de violences ......................................................................................................................... P.44
Face aux conservatismes et aux menaces sur les droits des femmes dans le monde : quelle action des villes ? L’exemple de Recife au Brésil ......................................................................P.45
Égalité professionnelle et violences sexuelles et sexistes : des indissociables ! ........................... P.46
Repérer les victimes de violences, tout le monde peut agir : l’exemple du corps médical ........ P.48
Repérer et combattre le cybersexisme ................................................................................................... P.50
Prostitution des personnes mineures : comprendre, prévenir et agir ............................................. P.52
L’exemple espagnol..................................................................................................................................... P.54
Remettre en cause le droit à l’IVG, c’est légitimer et accélérer les violences sexistes ................ P.56
Retour sur la journée / Séverine Lemière .............................................................................................. P.58Samedi 26 novembre P.60
Le programme de la journée .................................................................................................................... P.62
Si nous avions un milliard contre les violences...?................................................................................ P.64
Le corps berceau des dominations sexistes ......................................................................................... P.66
Le nerf de la guerre : l’enjeu économique des violences sexistes .....................................................P.67
Vivre dans un monde sexiste : paroles de Nantaises et de Nantais .................................................. P.69
Ne laissons pas les violences sexistes et sexuelles gagner du terrain ! ........................................... P.70
Se former contre le harcèlement de rue avec le programme Stand Up ..........................................P.72
Connais-toi toi-même ! La meilleure connaissance du corps des femmes, outil de lutte contre les violences .............................................................................................................P.74
Protéger les enfants. Changer le monde. ...............................................................................................P.75
#MeToo dans le sport ................................................................................................................................. P.76
Rire après #MeToo .......................................................................................................................................P.77
Mon corps, mon choix : en finir avec les violences obstétricales .................................................... P.78
Être potes après #MeToo ........................................................................................................................... P.80
Les bonnes victimes n’existent pas, les monstres non plus :
comprendre la systémie des violences................................................................................................... P.82
#MeToo en France : 5 ans plus tard, où en est-on ? ........................................................................... P.84
Résister aux cyberviolences de genre et au cyberharcèlement ........................................................ P.86
Comprendre le consentement ................................................................................................................. P.88
Ce que nos filles ont à nous dire.............................................................................................................. P.90
Prévenir les violences sexistes à l'adolescence......................................................................................P.91
Éduquer sans préjugés sexistes ................................................................................................................ P.92
Nous serons réparé·e·s ............................................................................................................................... P.94
Et aussi… P.96 Témoignages ................................................................................................................................................ P.97
Remerciements ............................................................................................................................................ P.99
Bilan chiffré ................................................................................................................................................. P.100
3L’ÉDITO
Nous avons construit cet événement collectivement,
dans la continuité des actions menées tous les jours sur
notre territoire, à Nantes et Nantes Métropole, par les ac-
trices et acteurs qui s’engagent, notamment aux côtés de
Citad’elles, le centre d’accueil et d’accompagnement des
femmes victimes de violences.
Un rendez-vous important, qui a rassemblé plus de 2500
citoyennes et citoyens, actrices et acteurs locaux et natio-
naux engagés sur le sujet de la lutte contre les violences
sexistes. Avec comme objectif commun : tirer le signal
d’alarme sur une situation qui n’a que trop duré et nous
mobiliser concrètement, pour aller plus loin, plus vite et
agir plus efficacement. Car, dans un contexte où l’urgence
sur ce sujet n’est plus à prouver, il faut agir, ensemble, sans
tarder !
Nous souhaitons adresser un remerciement particulier aux
plus de 60 associations qui se sont inscrites dans le « off »
des Assises, le Hors les murs. Pendant un mois, elles ont
donné rendez-vous aux habitants de notre métropole avec
l’objectif d’échanger de ces enjeux difficiles mais essentiels.
Elles ont pleinement participé au changement de regard
sur ces sujets.
Nous sommes ravies et honorées d’avoir pu compter, les
25 et 26 novembre, sur la présence de très nombreuses
expertes, de très nombreux experts, spécialistes dans leur
domaine des questions de violences sexistes. Mondes judi-
ciaire, médical, associatifs, éducatifs, des médias ou encore
du sport : nous sommes toutes et tous concernés. La pré-
sence d’actrices et d’acteurs locaux comme nationaux a
participé à la richesse des échanges et à la réussite de cet
évènement majeur.
C’est également une chance d’avoir pu compter, à cette
occasion, sur la présence de nombreux élus locaux re-
présentant la diversité des territoires de notre pays, réunis
notamment autour du Manifeste des collectivités engagées
contre les violences sexistes. Les collectivités répondent en
effet présentes, en complémentarité avec les dispositifs de
l’État et en partenariat avec des associations et profession-
nels spécialisés : elles sont nombreuses à s’être engagées
contre ce fléau depuis de nombreuses années, et plus
nombreuses encore depuis 2020.
C’est en croisant nos expériences, nos regards, nos idées
et en nous inspirant les uns des autres que nous ferons
émerger des solutions et des actions, concrètes et utiles,
au plus près des besoins des femmes et de leurs enfants.
C’est bien cela tout le sens des premières Assises nationales,
organisées à Nantes les 25 et 26 novembre dernier et dont
nous vous proposons de retrouver les « actes ». Nous vous
en souhaitons une bonne lecture.
En 2022, Nantes a accueilli les premières Assises nationales
de lutte contre les violences sexistes autour de la date
symbolique du 25 novembre, journée internationale de
lutte contre les violences faites aux femmes.
5
©Ville de Nantes
Adjointe à la Maire
de Nantes, en
charge de l'égalité,
la ville non-sexiste,
la lutte contre les
discriminations et
la vie associativeHORS LES MURS
UN MOIS ET DEMI DE MOBILISATION
POUR INFORMER ET SENSIBILISERUNE PROGRAMMATION
DU 1ER NOVEMBRE
AU 16 DÉCEMBRE 2022
HORS LES MURS
Spectacles, café-discussions, ciné-débats, ateliers, expo-
sitions, podcasts, initiation à la self-defense…
Les acteurs et actrices du territoire de Nantes Métropole se
sont mobilisés et se sont emparés du mois de novembre
pour informer, sensibiliser et lutter ensemble contre les
violences sexistes.
C’est par l’engagement quotidien de chacun et chacune
que nous pourrons agir sur les comportements individuels
et collectifs!
Les pages à venir vous permettent de (re)découvrir la di-
versité de leurs propositions telles qu'elles figuraient dans
le programme diffusé en novembre 2022.
associations mobilisées
évènements proposés près de
personnes ont participé + de8
PRUN’ EN LUTTE CONTRE
LES VIOLENCES SEXISTES
RADIO PRUN’
MARDI 1ER AU
MERCREDI 30 NOVEMBRE
Émission radio
Fidèle à sa ligne éditoriale et à
son engagement, Prun’ invite
les émissions quotidiennes et
mensuelles à s’emparer du sujet de
façon libre. Restez à l’écoute !
AUX FILLES DU TEMPS : L’EXPO DE
L’ENQUÊTE DE LADY DE NANTES
AUPRÈS DES FILLES DE 13 À 20 ANS
PÔLE JEUNESSE DE LA VILLE
DE SAINT-HERBLAIN
DU 1ER AU 18 NOVEMBRE, PUIS DU
19 AU 26 NOVEMBRE, PUIS DU 28
NOVEMBRE AU 4 DÉCEMBRE,
PUIS DU 5 AU 9 DÉCEMBRE
Exposition
814 jeunes filles du territoire ont
été interrogées sur leur place
dans la société, leur définition du
harcèlement de rue, leur rapport à
l’égalité ou encore leur sexualité.
Tout au long du mois de novembre,
le Pôle Jeunesse de Saint-Herblain
vous propose de retrouver les
résultats de l’enquête au travers
d’une exposition présentée dans
différents sites de la Ville.
Un projet co-organisé par plusieurs
structures municipales de la Ville de
Saint-Herblain.
Des temps d’accueil de groupes
scolaires sont également prévus.
L’EXCISION,
LA LUTTE CONTINUE DU NORD
AU SUD
LA MAISON DE L’AFRIQUE À
NANTES
2 NOVEMBRE
Exposition, Conférence,
Rencontres
Une journée orientée sur la femme et
l'enfant.
Dès 10h : Ateliers, stands et
l’exposition L’excision accueilleront le
public. À 16 h : Paroles de Femmes...
Un espace d’échanges pour faire un
état des lieux et observer la lutte des
femmes aujourd’hui. Échanges entre
les acteurs contre les violences faites
aux femmes. En partenariat avec
l’Espace Simone de Beauvoir et le
Planning Familial. Un espace garde
d’enfants solidaire sera mis en place
sur la journée dans le cadre du Club
Afrique.
ON (S’)AFFICHE ! CRÉATION PAR
LES JEUNES D’UNE CAMPAGNE
DE PRÉVENTION
ATELIER MARIE ET
ALPHONSE,
LA PÉPINIÈRE
JEUNESSE HORIZON
ET LES CEMEA
DU MERCREDI 2 AU
VENDREDI 4 NOVEMBRE AU BREIL
Ateliers
Les 2, 3 et 4 novembre, les jeunes
se mobilisent pour réaliser une
campagne de prévention contre
les violences sexistes et en faveur
de l’égalité filles-garçons. Au
programme : ateliers punchline,
création graphique et motifs, mise
en page, sérigraphie, affichage !
Cette campagne prendra la forme
d’affiches en format A2 et sera
déclinée sous forme d’un calendrier
2023. Enfin, une édition collector
sera réalisée lors d’un atelier de
sérigraphie. Ce projet est réalisé en
collaboration avec la designeuse
motif Géraldine Joséphine.
PRENEZ LA MAIN SUR
L’ÉDUCATION SEXUELLE :
DÉCOUVERTE DE JEUX DE
SOCIÉTÉ, LIVRES ET BD
DISQUTONS
DU 3 AU 15 NOVEMBRE, PUIS
LES 17, 22, 23, 24 ET 27 NOVEMBRE
DANS DIFFÉRENTS LIEUX À NANTES
Ateliers jeux
Venez découvrir et tester plusieurs
outils d’éducation sexuelle (jeux de
société, livres et BD). Adaptés à tous
les âges, venez échanger et partager
un chouette moment autour d’une
partie de jeu !
Prenez la main, changez le monde !
LES MATINALES :
TEMPS D’ÉCHANGE SUR LES
VIOLENCES FAITES AUX FEMMES
MAISON DE QUARTIER LA MANO
AVEC SOS INCESTE & VIOLENCES
SEXUELLES ET L’ECLECTIC LÉO
LAGRANGE
4 NOVEMBRE
Temps convivial ouvert aux
partenaires et habitants du quartier
chaque premier vendredi du mois.
L’occasion d’échanger, de se
rencontrer mais aussi de se focaliser
sur une thématique donnée. Pour
cette rencontre du 4 novembre,
l’équipe de La Mano a choisi
d’aborder la question des violences
faites aux femmes. Accompagnés de
l’association SOS Inceste & Violences
Sexuelles et de l’ÉclectiC Léo
Lagrange, l’objectif est d’informer
et de donner des clés pour bien
orienter les personnes en situation de
fragilité ou de danger.
HORS LES MURS9
PARCOURS MIEUX VIVRE
MA FÉMINITÉ ET DÉVELOPPER
MES RESSOURCES
FEMMES OCÉANES
9, 16, 23 ET 30 NOVEMBRE
À LA MAISON DE QUARTIER LA MANO
Atelier
La vie en couple ou la création
d’une famille peuvent conduire
à de l’inquiétude, une instabilité
émotionnelle et la transformation
des relations au sein du couple. Nous
sommes amenés parfois à nous
questionner. Nous pouvons nous
sentir dépassés ou épuisés.
En tant que femme, la construction
de votre vie à deux et de votre famille
est un moment clé, synonyme de
changements et de bouleversements.
Il se peut que vous subissiez - ou
ayez subi - des violences, quelque
soient leurs causes et leur nature
(physiques, psychologiques, morales,
sexuelles, complexes).
Dans tous les cas, iI est important
que vous puissiez prendre soin de
vous et de votre santé. Si vous voulez
nourrir une meilleure relation à votre
corps, mieux écouter vos besoins,
faciliter le lien social ou restaurer
votre propre estime, ce parcours est
pour vous.
L’AFGHANISTAN, LE PIRE PAYS
OÙ NAÎTRE POUR UNE FILLE
ESPACE SIMONE DE BEAUVOIR,
FEMMES SOLIDAIRES 44, OSEZ LE
FÉMINISME 44 !
9 NOVEMBRE
Projection et échange
Le 15 août 2021, les terroristes
talibans prenaient Kaboul, suscitant
l’émotion de la communauté
internationale. La vie s’est alors
arrêtée pour les filles et les femmes
afghanes, cibles de la répression
fondamentaliste. 1 an et 3 mois ont
passé. Où en sont aujourd’hui les
femmes d’Afghanistan ?
La conférence permettra d’entendre
les réponses apportées par Shoukria
Haidar, présidente fondatrice, et
Geneviève Couraud, secrétaire
générale de NEGAR - Soutien aux
femmes d’Afghanistan, association
créée en 1996.
Elle sera précédée de la projection
de Une féministe face aux talibans
consacré à Fawzia Koofi, féministe
afghane, ancienne vice-présidente
de l’Assemblée nationale.
EXPOSITION [VIOLENCES]
ELLES DISENT NON !
FEMMES OCÉANES
ET LA VILLE DE MACHECOUL
DU 7 AU 11 NOVEMBRE,
PUIS DU 14 AU 18 NOVEMBRE
Exposition
Renouv’ailes
présente l’exposition
[VIOLENCES] elles
disent NON ! en partenariat avec
Femmes Solidaires et la Ville de
Machecoul-Saint-Même.
L’exposition propose une
approche législative, des
témoignages, des chiffres… Elle
nomme, identifie 8 principales
violences : cybersexisme, excision,
harcèlement sexuel et moral,
mariage forcé, prostitution,
sexisme, violences conjugales,
viol et agression sexuelle. Des
repères juridiques indispensables
pour mieux comprendre la
réalité, susciter l’échange et les
questionnements.
TEMPS D’ÉCHANGE
AVEC SOS INCESTE
& VIOLENCES
SEXUELLES SUR
LES IMPACTS DES VIOLENCES
SEXUELLES DANS L’ENFANCE OU
À L’ÂGE ADULTE
ORPAN, ASSOCIATION DES
SENIORS NANTAIS, AVEC SOS
INCESTE & VIOLENCES SEXUELLES
7 ET 15 NOVEMBRE À NANTES
Café-débat
Impacts et conséquences des
violences sexuelles dans l’enfance
ou à l’âge adulte. Venez échanger
autour de ce thème animé par une
psychologue de l’association SOS
Inceste & Violences Sexuelles.
CONFÉRENCE - RENCONTRE
D’AUTRICE
LE RITUEL DE LA COUVADE
ET LA PLACE MÉCONNUE
DU PÈRE DANS L’ÉDUCATION
FEMMES OCÉANES
8 NOVEMBRE
À LA MAISON DE
QUARTIER LA MANO
Rencontre
Rencontre avec Roberte Laporal,
auteure des livres La couvade ou le
père bouleversé paru en 2015 et Le
rituel de la couvade ou la volatilité
du genre à paraître fin 2022, pour
un échange autour du rituel de la
couvade et de la place méconnue
du père dans l’éducation. Travail
issu de son livre, construit sur la
base de recherches en psychologie,
anthropologie et en histoire, cité
régulièrement dans la presse. Ce
travail met l’accent sur un rite très
ancien qui imposait aux pères un
congé pré et postnatal dans l’optique
de développer le lien d’attachement
des deux parents pour leur enfant.
Marco Polo a décrit ce rite rencontré
en Chine.
ATELIER SUR LA POSTURE
D’ALLIÉS DU FÉMINISME
LES CHEV’ALLIÉ·E·S AUX
ARMURES ROUILLÉES
8 NOVEMBRE À NANTES
Atelier
Comment prendre conscience de ses
privilèges ? Comment se remettre
en question et agir ? Cet atelier,
c’est l’occasion de questionner le
rôle, la place et la responsabilité
des personnes non-sexisées (les
hommes et personnes éduquées en
tant qu’hommes) dans la lutte contre
les violences sexistes.
Ken, Benjamin et Anthony animeront
la soirée en petits et grand groupe.
Iels proposeront d’échanger
ensemble au sujet de la posture
d’allié·e·s et le rôle des personnes
non directement concernées par
une lutte politique. Nous tenterons
d’identifier des actions à mettre en
place pour développer cette posture.10
L’INVISIBILITÉ DES FEMMES
DANS LES MÉDIAS
ORPAN, ASSOCIATION DES
SENIORS NANTAIS AVEC
L’ASSOCIATION FEMMES ET
FÉMINISME
9 NOVEMBRE
Conférence
Quelle est la place des femmes
dans les médias ? Sont-elles aussi
présentes et reconnues que les
hommes ? Anne Baumstimler de
l’association Femmes et Féminisme
(LESAFFS) animera ce temps de
rencontre.
PROJECTION DU FILM
OUAGA GIRLS DE THERESA
TRAORE DAHLBERG SUIVIE D’UNE
PRÉSENTATION PAR
ESTELLE ROBIN-YOU
DES FILMS DU BALIBARI
ACCOORD
10 NOVEMBRE
AU CSC BOUT-DES-LANDES
Ciné-débat
À Ouagadougou, des jeunes filles
suivent ensemble une formation
de mécanicienne automobile dans
une école réservée aux femmes.
Une véritable amitié naît entre elles.
La classe devient leur havre de
paix. Dans ce pays bouillonnant et
changeant, elles vivent solidairement
leur année de diplôme, ce moment
particulier de passage à l’âge adulte.
PROJECTION DU FILM
LA DERNIÈRE NUIT
DE LISE BROHOLM
ORPAN, ASSOCIATION
DES SENIORS NANTAIS
10 NOVEMBRE AU CONCORDE
Cinéma
Campagne danoise, fin du XIXe siècle.
Lise, aînée d’une famille luthérienne,
rêve d’émancipation. Mais lorsque sa
mère est sur le point d’accoucher, la
jeune fille voit sa vie basculer en une
nuit… Adaptation du roman A Night
of Death de Marie Bregendahl (1912).
APÉRO-DÉBAT
AUTOUR DE L’EXPOSITION
[VIOLENCES] ELLES DISENT NON !
ANIMÉ PAR CORINNE PROVOST
DE FEMMES SOLIDAIRES
FEMMES OCÉANES
10 NOVEMBRE
Apéro-débat
Participez à un temps d’échange
convivial autour de l’exposition
[VIOLENCES] elles disent NON
! animé par Corinne Provost de
Femmes Solidaires à Machecoul
Saint-Même.
PLATEAU PODCATS
AVEC FOCUS SUR
LE VIOLENTOMÈTRE
CEMEA-PÉPINIÈRE HORIZON-
RÉSILIENCE
12 NOVEMBRE
Plateau podcast
Le public est invité à assister à
l’enregistrement en direct d’un
podcast sur la question des violences
avec un focus sur le violentomètre.
Cet enregistrement sera suivi d’une
soirée convivale ouverte au public.
FRESQUE DU SEXISME
ESPACE SIMONE
DE BEAUVOIR
15 NOVEMBRE
Fresque
La Fresque du sexisme est une
expérience ludique et collaborative
permettant de mieux comprendre
les rouages du système sexiste
actuel. Objectif : décortiquer le
système sexiste afin de contribuer
à une société plus égalitaire. Inspiré
de la pédagogie de La Fresque du
Climat, cet atelier permet de mieux
comprendre les rouages du système
sexiste actuel à l’aide de cartes et de
mises en situation.11
SOIRÉE FÉMINISTE VIOLENCES
SEXISTES DANS L’ART
ET LES MÉDIAS
RADIO PRUN’ AVEC
LA LIBRAIRIE MAISON
MARGUERITE
15 NOVEMBRE
Rencontre
Identifier et reconnaître la violence
sexiste dans l’art et les médias.
Quels formats pour dénoncer et
témoigner de cette violence ? Prun’,
en partenariat avec la librairie Maison
Marguerite, propose un temps
d’échanges autour de ces questions,
alterné de découvertes littéraires et
de temps d’écoute radiophonique.
INITIATION À LA BOXE FÉMININE
BOXING CLUB MÉTROPOLE
15 NOVEMBRE À ORVAULT
Atelier
Le Boxing Club Métropole ouvre ses
portes et propose une initiation à
la boxe féminine. Venez découvrir
cette pratique sportive qui contribue
à l’empouvoirement des femmes, à
la reprise de confiance en soi, à la
réappropriation de son corps et à
créer des liens entre femmes.
COMPRENDRE LES
CONSÉQUENCES
PSYCHOTRAUMATIQUES
DES VIOLENCES FAMILIALES
FEMMES OCÉANES
15 NOVEMBRE
Conférence
Il s’agit d’expliquer les mécanismes
psychotraumatiques des violences,
leurs impacts sur la structure et
le fonctionnement du cerveau et
leurs conséquences sur la santé
physique et psycho-émotionnelle
des victimes. La compréhension de
l’effet des violences intrafamiliales
permet d’amener un nouveau
regard sur la façon de les prévenir,
de les accompagner et d’aider les
personnes concernées à s’en sortir.
IL ET ELLE ÉTAIENT UNE FOIS
TEAM ELLES ET IKI IKI
16 NOVEMBRE
Atelier
Ateliers de sensibilisation d’éducation
à la vie affective à destination des
enfants de 7 à 12 ans. Sous un angle
ludique, ces ateliers aborderont
la notion de stéréotype de genre
en questionnant les contes et
proposeront d’imaginer une
nouvelle histoire bienveillante et
loin des clichés. Les notions de
consentement et de violence de
genre seront également abordées
au travers de vidéos et de mises en
situation adaptées à l’âge des jeunes
participants. Ceux-ci proposeront
des outils concrets à mettre en place
lorsque l’on est victime ou témoin
de violence et permettra ainsi aux
jeunes de se sentir en capacité de
réagir au mieux dans toutes les
situations.
LECTURE PARTAGÉE AUTOUR
DES LIVRES UN FILS PARFAIT
DE MATHIEU MENEGAUX ET
LES ENFANTS SONT ROIS DE
DELPHINE DE VIGAN.
ORPAN, ASSOCIATION
DES SENIORS NANTAIS
16 NOVEMBRE
À LA MÉDIATHÈQUE DE NANTES
Rencontre
Un rendez-vous régulier proposé
par des seniors pour échanger et
débattre. En novembre, rencontre
autour des livres Un
fils parfait de Mathieu
Menegaux et Les
enfants sont rois de
Delphine de Vigan.
LES PRATIQUES
PROFESSIONNELLES
ET LES QUESTIONS DE GENRE
CEMEA PAYS DE LA LOIRE
16 NOVEMBRE À NANTES
Formation
Se former autour des postures
professionnelles pour lutter contre le
sexisme.
NON, C’EST NON !
PÔLE JEUNESSE DE LA VILLE
DE SAINT-HERBLAIN
16 NOVEMBRE
Atelier
Dans un cadre bienveillant et non
jugeant, venez échanger avec
d’autres jeunes autour de situations
que vous avez pu rencontrer dans
votre quotidien et face auxquelles
vous vous êtes senties démunies.
Cet atelier, accessible à 16 femmes
âgées de 14 à 25 ans, sera l’occasion
d’obtenir des conseils et des
stratégies de défense : initiation à
l’auto-défense physique, riposte
verbale, solidarité…12
LES EFFETS DES VIOLENCES
CONJUGALES SUR LES ENFANTS
VIVRE LIBRE 44
17 NOVEMBRE AU BREIL
Atelier
Dans un climat familial marqué
par la violence conjugale, l’enfant
n’est pas un simple témoin passif
des faits graves se déroulant à son
domicile : il en subit directement
les effets. Yasmina Cappato,
présidente de l’association Vivre
Libre 44, conférencière, formatrice
et art thérapeute, animera un temps
d’échanges et de témoignages qui
permettra à chaque participant
de s’exprimer dans un cadre de
bienveillance et d’établir une
réflexion sur l’évolution des enfants
ayant été « victimes » des violences
conjugales.
PROJECTION DU FILM DANS LE
NOIR, LES HOMMES PLEURENT
DE SIKOU NIAKATÉ SUIVIE D’UN
ÉCHANGE AVEC LE RÉALISATEUR
BIBLIOTHÈQUE DES BEAUX-ARTS
DE NANTES SAINT-NAZAIRE
17 NOVEMBRE
Cinéma
« Imaginez si des hommes, dont
moi, issus de quartiers populaires,
s’installaient l’un près l’autre
sur un canapé, afin de se livrer
pour la première fois de leur vie,
sans aucune concession, sur les
obligations sociales masculines dont
ils sont à la fois les interprètes et les
prisonniers ».
PROJECTION DU FILM
LA NUIT DU 12 DE DOMINIK MOLL
SUIVIE D’UN ÉCHANGE
AVEC LES FORCES DE L’ORDRE
ORPAN, ASSOCIATION
DES SENIORS NANTAIS
17 NOVEMBRE AU KATORZA
Ciné-débat
À la PJ chaque enquêteur tombe
un jour ou l’autre sur un crime
qu’il n’arrive pas à résoudre et
qui le hante. Pour Yohan c’est le
meurtre de Clara. Les interrogatoires
se succèdent, les suspects ne
manquent pas, et les doutes de
Yohan ne cessent de grandir. Une
seule chose est certaine, le crime a
eu lieu la nuit du 12.
GROUPE DE PAROLE :
GREY MATTERS :
C’EST COMMENT
D’AVOIR 50 ANS ?
ASSOCIATION TRUST
17 NOVEMBRE À BOTTIÈRE
Atelier
Nous vous proposons de participer
à un groupe de parole pour
partager les expériences, difficultés
et ressenties de chacune, passé
40 ans. On interrogera ce que la
société créé comme injonctions
aux femmes quarantenaires et
quinquagénaires, comment se vit
ou se projette cette
étape de vie et quelles
violences on subit à 50
ans, quand on est une
femme, que ne subit
pas un homme.
LES FEMMES TONDUES
ESPACE SIMONE DE BEAUVOIR
17 NOVEMBRE
Conférence
Dans le contexte de la Libération,
près de 20 000 femmes sont tondues
dans toute la France, dans les grandes
villes comme dans les petits villages.
Seule la moitié d’entre elles avaient eu
une relation sexuelle avec l’ennemi.
Or toutes ont subi ce châtiment
réservé aux femmes. Yvette Le Govic,
adhérente de l’Espace Simone de
Beauvoir, a assisté enfant à une
tonte et s’est beaucoup interrogée
et documentée sur l’histoire de ces
femmes et de ce châtiment sexué.
J’AVAIS PAS VU LE COUP VENIR
UNE CONFÉRENCE GESTICULÉE
DE SOPHIE ASSANTE
CCAS DES SORINIÈRES
AVEC L’ASSOCIATION
LES GENS DE PASSAGE
18 NOVEMBRE
Conférence
Pas facile de dénouer les cordes que
son compagnon a bien serrées autour
de soi... Sophie nous raconte le parcours
d’une femme violentée, mais battante
aussi, avec un cœur qui bat, avec une
voix pour chanter que les seuls combats
politiques perdus sont ceux qui ne sont
pas menés. Au fil des émotions et en
chansons, faisons un état des lieux des
violences faites aux femmes, notamment
les violences conjugales, ouvrons nos
oreilles et nos yeux face à ces délits trop
répandus et pas assez reconnus.13
PEUPLE D’ARGILE. PETITS PAYS
MACROSCOPIQUES
LES ACTIONS COLLECTIVES
DE LA LUNA
18 NOVEMBRE À DOULON
Spectacle
Spectacle/performance où une
vingtaine de femmes « debout
et audacieuses » expriment avec
force et dignité leurs points de vue
poétiques sur les urgences de notre
monde. Ce spectacle est la forme
aboutie d’un processus de création
des trois dernières années (dont la
période des confinements) mis-en-
œuvre dans le cadre des « Actions
collectives », menées avec d’autres
associations des quartiers populaires
qui réunissent 80 personnes
(Bellevue, Chantenay, Dervallières
et d’autres quartiers de Nantes /
La Luna, Arlène, La Conserverie,
Kalz a Dud, L’Escale de la Butte,
Le Dernier Spectateur, L’étape).
Le spectacle sera suivi d’un temps
convivial de débat et d’échanges
de paroles avec le public, autour
des ressorts nécessaires pour rester
dignes et debout dans l’adversité
face aux discriminations, et autour
de l’émancipation des femmes grâce
à l’implication dans des projets
culturels.
PARCOURS DE SOUTIEN
MIEUX VIVRE LA RELATION
AVEC MON BÉBÉ À DESTINATION
DES MAMANS ET LEUR BÉBÉ
DE 0 À 2 ANS
FEMMES OCÉANES
18 ET 25 NOVEMBRE,
2, 9 ET 16 DÉCEMBRE
Atelier
L’arrivée de bébé peut amener
de l’inquiétude, une instabilité
émotionnelle. Nous pouvons nous
questionner, nous sentir dépassés
ou épuisés. En tant que femme,
la construction de votre vie de
famille, avec votre futur enfant,
est un moment clé, synonyme de
changements et de bouleversements.
Il se peut que vous subissiez - ou
ayez subi - des violences, quelles
que soient leurs causes et leur nature
(physiques, psychologiques, morales,
sexuelles...).
DÉCOUVRIR LA SELF-DÉFENSE
FÉMININE
URBAN DÉFENSE ORVALTAISE
19 NOVEMBRE À ORVAULT
Atelier
FEMMES DANS LES MÉDIAS :
ATTENTION AUX CLICHÉS !
LE MAGAZINE LES AUTRES
POSSIBLES
19 NOVEMBRE
À LA MANUFACTURE
DES TABACS
Atelier
Comment
les médias
entretiennent-ils les clichés sexistes ?
Ensemble, feuilletons les journaux et
partons à la chasse aux stéréotypes
de genre. Un atelier pour exercer
un regard critique sur la presse
d’information et ses dérives sexistes.
LA PRESSE SPORTIVE,
CHAMPIONNE DU SEXISME ?
LE MAGAZINE
LES AUTRES POSSIBLES
19 NOVEMBRE
Atelier
Quelle place pour des sportives à la
Une des médias sportifs ? Quels mots
utilisés pour décrire leurs exploits ?
Quand la presse sportive renforce
le sexisme présent dans la société…
Zoom sur un secteur qui bouge, trop
lentement. Débat,
quiz et décryptage
au menu de cet
atelier.
VIOLENCES SEXISTES
ET SEXUELLES - TOUTES
ET TOUS CONCERNÉS !
FORUM ASSOCIATIF ET PIÈCE
DE THÉÂTRE AUX FILLES DU
TEMPS DE LADY DE NANTES
VILLE DE SAINT-HERBLAIN
19 NOVEMBRE
Rencontre, Exposition,
Spectacle
Afin d’informer et
d’échanger sur le sujet,
la Mission Citoyenneté
& Égalité des Droits, le
Pôle Jeunesse et les
centres socioculturels
de la Ville vous invitent, le temps d’un
après-midi, à découvrir plusieurs
associations œuvrant dans la lutte
contre les discriminations et pour
l’égalité femmes/hommes. L’occasion
idéale pour découvrir l’exposition
Aux filles du temps, abordant la
place des jeunes filles dans la société
actuelle, ainsi que la pièce de théâtre
documentaire qui en découle. La
représentation sera suivie d’un temps
d’information et d’échanges avec
Alexandra Benhamou, présidente et
co-fondatrice du collectif Lady de
Nantes et Samuel Découx, metteur
en scène.14
PERFORMANCE COLLECTIVE
EN ESPACE PUBLIC
DANSER SUR VOS MURS
DU 19 AU 27 NOVEMBRE
AUX DERVALLIÈRES
Répétitions et
performance
Pour soutenir les femmes victimes
d’agression sexuelles et donner
de la visibilité à la problématique
de réappropriation du corps pour
les femmes victimes d’agression
sexuelles.
ATELIERS DE CHANT ANIMÉS
PAR MAGALI GAUDUBOIS :
AUX ARMES CITOYENNES !
DE ZAZIE
CHORALE CHANTS ROUGES
20 ET 22 NOVEMBRE
Atelier
Chanter. Ensemble. Vibrer au rythme
d’un chant féministe que nous
apprendrons durant cet atelier. Deux
heures donc pour se rencontrer,
s’amuser avec nos voix, se relier les
uns aux autres. Et faire résonner
en polyphonie un chant que nous
partagerons avec le public à la fin des
journées des 25 et 26 novembre des
Assises à la Cité des congrès ! Ces
deux ateliers sont ouverts à toutes et
tous, sans pré-requis : juste l’envie de
chanter !
LES FEMMES EN PHILATÉLIE :
FEMMES ET VIOLENCES,
LE TIMBRE COMME REFLET
DE LA SOCIÉTÉ
ORPAN, ASSOCIATION DES
SENIORS NANTAIS AVEC
L’AMICALE PHILATÉLIQUE
L’ANCRE
21 NOVEMBRE
Exposition, Conférence
La philatélie a rendu hommage à de
nombreuses aviatrices parfaitement
ignorées, mais qui n’en ont pas
pour autant été des pionnières. De
même, pour la science : l’histoire
d’Ada Augusta (la fille de Lord Byron)
qui est une sans doute la première
informaticienne.
PROJECTION DU FILM MON
ROI DE MAÏWENN SUIVIE D’UN
ÉCHANGE AVEC L’ASSOCIATION
EPSYLON
CCAS DE
SAINTE-LUCE-SUR-LOIRE
21 NOVEMBRE
Ciné-débat
La relation d’emprise est une des
formes de violence faites aux
femmes. Ce mécanisme insidieux,
qui enferme la victime dans une
relation destructrice, est complexe à
percevoir pour la victime comme
pour son entourage. Identifier le
processus peut aider à s’en défaire.
Le film Mon Roi de Maïwenn, nommé
dans plusieurs catégories au Festival
de Cannes en 2016, illustre avec
justesse ce mécanisme. Le long
métrage sera projeté en première
partie de soirée. L’association
nantaise Epsylon sera présente après
la diffusion pour échanger et
répondre aux questions du public.
QUOTIDIENNE CURIOCITÉ :
SEMAINE SPÉCIALE SUR LES
VIOLENCES SEXISTES
RADIO PRUN’
DU 21 AU 25 NOVEMBRE
Emission radio
La quotidienne Curiocité, consacre
toute la semaine du 21 au 25
novembre 2022 à la lutte contre les
violences sexistes. Temps fort de la
semaine : le 22 novembre, l’équipe se
déplace sur le campus universitaire.
Enregistrement exceptionnel de
l’émission en public, sur le thème des
violences sexistes et sexuelles au sein
de l’Université.
ORPAN, ASSOCIATION DES
SENIORS NANTAIS, AVEC
L’ASSOCIATION RÉGIONALE POUR
LA DIFFUSION ET LA PROMOTION
DE L’ARCHITECTURE (ARDEPA)
22 NOVEMBRE
Balade urbaine à Nantes
Visite assurée par Camille Picot de
l’ARDEPA15
VIOLENCES SEXISTES AU TRAVAIL :
ON FAIT LE POINT !
ASSOCIATION TRAVAILLEUSES !
22 NOVEMBRE
À L'ESPACE SIMONE DE BEAUVOIR
Atelier
Atelier participatif visant à permettre
aux participants de prendre
conscience de l’ampleur des
violences sexistes dans le monde du
travail et de leur communiquer des
repères juridiques.
PROJECTION DU FILM
JACQUELINE SAUVAGE,
C’ÉTAIT LUI OU MOI
DE YVES RÉNIER SUIVIE D’UN
ÉCHANGE
NOUSTOUTES 44
22 NOVEMBRE À SAINT-HERBLAIN
Ciné-débat
Le collectif NousToutes 44 et le
cinéma associatif de Saint-Herblain
vous accueillent pour regarder
ensemble le film Jacqueline Sauvage,
c’était lui ou moi, l’histoire d’une
femme battue, ayant fini par tuer son
conjoint. La projection sera suivie
d’un temps d’échange autour du film.
LE CINÉ-DÉBAT DE
L’INCREVABLE TOUR
ASSOCIATION
LES INCREVABLES EN SELLE
23 ET 24 NOVEMBRE À NANTES
Ciné-débat
L’Increvable Tour : Un voyage où des
femmes ayant vécu des violences
conjugales se réapproprient leur
corps, leur voix et l’espace grâce
au vélo . Une aventure sportive et
humaine mêlant activité physique,
itinérance, et liberté d’expression
(chant, danse, poésie).
TRANSIDENTITÉ / ACCUEIL DES
PERSONNES TRANS DANS LE
MILIEU PROFESSIONNEL
CEMEA PAYS DE LA LOIRE
23 NOVEMBRE À NANTES
Atelier
Formation sur les questions de
transidentité, dans une perspective
professionnelle : Comment accueillir
des personnes transgenres dans les
équipes ou parmi les bénéficiaires
d’une action, en respectant leurs
identités ? Déconstruire les préjugés
et stéréotypes sur les personnes
transgenres. Le droit et transidentités
(concernant les demandes de
changement de prénom/de genre au
sein d’une structure…). Donner des
outils concrets face à des situations
que les professionnel.le.s pourraient
rencontrer..
GENTILLES
COMPAGNIE ECART
23 NOVEMBRE À POL'N
Spectacle
Gentilles est une cérémonie de rue.
Nous avons une heure. Une unique
heure pour honorer le ventre, la
colère, le jouir, tout ce qu’un espace
libre inspire à cinq personnes
assignées femmes. A celles-là, en
tout cas. Gronder volcan, osciller-
écouter, s’amuser franc. Crépiter
avec malice, circuler parmi les yeux,
brûler du feu de celleux qui exigent
de vivre-être. Une heure. Tic tac.
PROJECTION DU FILM JUSQU’À
LA GARDE DE XAVIER LEGRAND,
SUIVIE D’UN ÉCHANGE
CINÉCENS
23 NOVEMBRE À ORVAULT
Ciné-débat
Le couple Besson divorce. Pour
protéger son fils d’un père qu’elle
accuse de violences, Miriam en
demande la garde exclusive. La
juge en charge du dossier accorde
une garde partagée au père qu’elle
considère bafoué. Pris en otage entre
ses parents, Julien va tout faire pour
empêcher que le pire n’arrive. Le
film sera suivi d’un échange avec des
professionnels du droit de la famille :
Anne Martina, chargée de mission au
département de Loire-Atlantique sur
la lutte contre les violences faites aux
femmes et Sophie Michaux, avocate
spécialisée dans le droit de la famille.16
CARTES MENTALES : LES
VIOLENCES SEXISTES C’EST
QUOI ? ET ATELIERS : DES
HOMMES DÉCONSTRUISENT
LES VIOLENCES MASCULINES.
RESTITUTION EN EXPOSITION.
ASSOCIATIONS TWO POINTS
ET CLOWN EN NEZ VEILLE
EN NOVEMBRE À BOTTIÈRE
Rencontres, Ateliers,
Exposition
Sébastien Lemazurier,artiste plasticien,
va à la rencontre de femmes et
d’hommes dans tout le quartier Bottière
– Pin Sec avec un simple paperboard.
Il invite chacun à réaliser des cartes
mentales autour de la définition des
violences sexistes. La carte mentale
(mind map) est un outil qui aide à
cerner et à organiser tout ce que
l’on sait déjà sur un sujet. Elle permet
de faire travailler les deux côtés du
cerveau, le gauche associé à la logique
et le droit associé à l’imagination. Elle
permet d’établir des liens entre des
idées, invite à échanger et à s’interroger,
à comprendre, à prendre conscience...
mais également à passer à l’action, à
changer son comportement. Placée
dans ce contexte artistique, cette
proposition offre un autre rapport
d’échange, de discussion et de lecture.
Une dizaine de rencontres est proposée
sur le mois de novembre dans le
quartier Bottière – Pin Sec.
Didiel Pacary-Charuel, clown et poète,
invite des hommes, habitants et/ou
engagés dans le quartier Bottière - Pin
Sec, à l’écriture de textes « des
hommes déconstruisent les violences
masculines », à partir de leur vécu, leur
relation, leur accès à des textes et des
écoutes. Il s’agit d’écrire, en écrivant
avec sa voix enregistrée, directement,
et/ou en écrivant, un ensemble de
textes individuels et/ou collectifs, sous
forme libre. Cette proposition est née
d’une relation singulière et personnelle
qu’il entretient depuis plusieurs années
avec la déconstruction des violences
masculines et l’urgente nécessité de
déconstrui(re)créer d’autres relations
aux femmes et aux autres, en dehors
des rapports de domination.
PORTES OUVERTES
AUX PROFESSIONNELS
ET DÉCOUVERTE DU JEU
SEXPLORATION
PLANNING FAMILIAL 44
24 NOVEMBRE
Rencontre
Portes ouvertes aux publics
professionnels : Présentation du
Planning Familial de Nantes par
l’équipe des conseillères conjugales
et familiales. Cette présentation se
composera d’une visite des lieux
avec explication du parcours de
prise en charge et d’une possibilité
de participer au jeu Sexploration,
créé par une bénévole du Planning
Familial et utilisé lors d’interventions
des conseillères. Ces portes
ouvertes s’adressent aux publics
professionnels du milieu médico-
social notamment, afin de mieux
connaitre, pour mieux orienter les
personnes vers le Planning Familial 44.
ART THÉRAPIE: SE LIBÉRER
DE NOTRE COLÈRE
VIVRE LIBRE 44
24 NOVEMBRE AU BREIL
Atelier
Yasmina Cappato, présidente
de l’association Vivre Libre 44,
conférencière, formatrice et art-
thérapeute, animera un atelier
d’art-thérapie utilisant la technique
du dessin avec des pastels, ne
nécessitant aucune compétence
artistique. Cet atelier devrait
permettre à chaque participant de
se libérer par la création, de la colère
intérieure que l’on peut ressentir
suite à des violences subies.
LE Q ENTRE DEUX LETTRES :
UN JEU POUR PARLER
HARCÈLEMENT, GENRE,
CONSENTEMENT ET PLUS
ENCORE !
TRIPTIC LÉO LAGRANGE
24 NOVEMBRE À BOTTIÈRE
Apéro-jeux
En 2021, sortie de confinement,
la pépinière jeunesse de Nantes
Est s’emparait des questions de
vie affective et sexuelle avec pour
ambition la création d’un jeu de
cartes, permettant de libérer la
parole des jeunes. Dans le cadre des
Assises nationales de lutte contre les
violences sexistes, le TriptiC propose
un apéro amusant et bienveillant
s’appuyant sur le jeu Le Q Entre Deux
Lettres, point de départ pour aborder
des thèmes comme le harcèlement,
le genre, le consentement et plus
encore.
ATELIER DÉBAT 16-25 ANS :
VIOLENCES SEXISTES :
COMMENT LUTTER CONTRE ?
L’ÉCLECTIC LÉO LAGRANGE
24 NOVEMBRE À LA MAISON
DE QUARTIER LA MANO
Atelier
Temps d’échanges et de débats
interactif pour les jeunes de 16 à
25 ans proposé par L’ÉclectiC Léo
Lagrange, lieu d’information et
d’accompagnement pour les jeunes.17
RENCONTRE AVEC HEMA SIBI
DE CAP INTERNATIONAL AUTOUR
DE SON ÉTUDE ET LIVRE LAST
GIRL FIRST ! LA PROSTITUTION
À L’INTERSECTION DES
OPPRESSIONS SEXISTES,
RACISTES ET DE CLASSE
MOUVEMENT DU NID
24 NOVEMBRE
À L'ESPACE SIMONE DE BEAUVOIR
Rencontre
Partout dans le monde et à travers
l’histoire, les communautés les plus
discriminées et marginalisées sont
surreprésentées dans la prostitution
et l’exploitation sexuelle. La
prostitution est un système sexiste
et patriarcal qui touche de manière
disproportionnée les femmes
et les enfants les plus pauvres.
Hema Sibi, de Cap International,
nous présentera l’étude menée
pendant deux ans dans 49 pays.
L’occasion d’échanger sur le système
prostitutionnel à travers le monde
mais aussi la situation nantaise avec
les membres du Mouvement du Nid.
DE LA FRANCE AU MAROC,
UNE VIE AU SERVICE DE L’ÉGALITÉ
ET DE LA JUSTICE DE GENRE
CAP, COOPÉRATION POUR
L’ABOLITION DU PATRIARCAT
24 NOVEMBRE À NANTES
Conférence
Abdelmajid Moudni,
activiste pour les droits
humains et un des principaux
acteurs du travail de promotion
de la question des masculinités.
Président d’une association qui
travaille sur les thématiques d’égalité
et de justice de genre à travers des
campagnes et plaidoyers, il est un
artisan de l’ombre, régulièrement
consulté sur les questions liées aux
libertés individuelles, aux questions
de santé sexuelle et reproductive et
sur les questions liées aux lgbtqia+.
Majid nous accueille et partage son
expérience autour d’une rencontre.
FALLOPES
COMPAGNIE LA LIONNE
À PLUMES
DU 25 AU 27 NOVEMBRE
AU THÉÂTRE DU CYCLOPE
Spectacle
Cette pièce de théâtre documentaire
a été réalisée à partir de témoignages
d’héroïnes du quotidien, aujourd’hui
âgées de 67 à 89 ans. Retraçant
la lutte menée par des femmes
entre 1960 et 1980, pour le droit à
disposer de leur corps, une conteuse
et un musicien s’apprêtent à vous
faire voyager dans le temps...
Accompagnez Colette, née en 1953,
dans sa quête de liberté. Découvrez
la vie de Lilas, sa petite fille : une
trentenaire joyeuse et émancipée
dans la France d’aujourd’hui. Les
représentations sont suivies d’un
bord plateau avec les artistes et des
femmes témoins.
ATELIER DÉCLIC DE SELF-DÉFENSE
L’ECLECTIC LÉO LAGRANGE
26 NOVEMBRE ET 17 DÉCEMBRE
À LA MAISON DE QUARTIER LA MANO
Atelier
Initiation à l’autodéfense 100 %
féminine animée par Tévi Say de
l’association Parabellum, permettant
d’avoir des premières réponses face
aux agressions physiques et verbales
faites aux femmes. Ouverte à toutes
les femmes à partir de 16 ans sans
aucun requis.
PORTRAITS CROISÉS : ATELIER
CRÉATIF POUR DÉVELOPPER
LA RELATION DE CONFIANCE
PARENTS-ENFANTS
P’TIT SPECTATEUR
26 ET 30 NOVEMBRE
À LA MAISON DE QUARTIER
DES CONFLUENCES
Atelier
L’association
P’tit Spectateur
propose un duo
d’ateliers artistiques pour enfants et
familles, afin de passer un moment
créatif ensemble de se questionner
sur le monde qui nous entoure.18
PRÉSENTATION DE LA BANDE
DESSINÉE BASTA ! GUIDE
D’AUTODÉFENSE FÉMINISTE POUR
ADOS (ET PAS QUE) DE MARION
LE MUZIC ET MARIA KRONSKY
MARION LE MUZIC
ET MARIA KRONSKY
AVEC LE CAFÉ DE LA PERLE
26 NOVEMBRE
Rencontre
Tu ne sais pas quoi répondre
lorsqu’un homme te harcèle dans la
rue ? Tu n’es pas rassurée lorsque tu
rentres seule le soir ? Tu es gênée par
l’attitude de certaines personnes ?
Tous les jours, nous subissons des
formes d’agressions sexistes, parfois
même sexuelles. Comment les
identifier et les affronter lorsque l’on
est adolescente ? Tel est le propos
de la bande dessinée Basta ! Guide
d’autodéfense féministe pour ados
(et pas que...) sortie aux Éditions
Goater au mois d’octobre 2022. Les
autrices Marion Le Muzic et Maria
Kronsky viendront présenter leur
ouvrage : un travail d’investigation
mené auprès de différentes
associations d’autodéfense
féministes françaises et étrangères,
ainsi que d’acteurs de prévention en
santé sexuelle et thérapeutes.
RENCONTRE AVEC
CHARLOTTE PUISEUX
ESPACE SIMONE DE BEAUVOIR
26 NOVEMBRE
Rencontre
Rencontre avec Charlotte Puiseux,
docteure en philosophie, membre du
collectif handiféministe Les
Dévalideuses et de l’association
Handiparentalité, autour de son
ouvrage De chair et de fer - Vivre et
lutter dans une société validiste.
« Dans cet essai autobiographique, je
retrace cette histoire de violences et
de discriminations dont j’ai hérité et
décrypte le système idéologique qui
les soutient : le validisme. Mais je
raconte aussi que nous, les
personnes handicapées, pouvons-
nous réapproprier cette histoire et
faire de nos identités des outils de
lutte pour l’émancipation et des
sources de fierté ».
LA NUIT DU 26 : PLUS DE QUINZE
HEURES NON-STOP
DE PROGRAMMES ET MUSIQUES
SUR LE SEXISME
RADIO PRUN’
DU SAMEDI 26 AU DIMANCHE 27
NOVEMBRE
Émission radio
La Nuit du 26 c’est plus de 15 heures
de programmes non-stop durant
lesquelles vous pourrez entendre les
forces vives de la radio rassemblées
spécialement pour l’occasion. Avec
des émissions originales ou en
rediffusion, des invités qui portent la
lutte sur le territoire, une sélection
musicale inspirée et les DJs de Prun’
aux platines pour rythmer la nuit
jusqu’au lever du jour.
FESTIVAL LUDIQUE AVEC ESPACE
DE JEUX SUR LES VIOLENCES
SEXISTES ET SEXUELLES,
STÉRÉOTYPES
ET DISCRIMINATIONS
CENTRE SOCIO-CULTUREL
LA BUGALLIÈRE
26 ET 27 NOVEMBRE
Jeux
PROJECTION DU DOCUMENTAIRE
À LA VIE D’AUDE PÉPIN
SUIVIE D’UN ÉCHANGE SUR
LE POST-PARTUM AVEC
CHANTAL BIRMAN, SAGE-FEMME
ASSOCIATION TRUST
28 NOVEMBRE À BOTTIÈRE
Ciné-débat
L’association Trust invite les femmes
qui le souhaitent à venir échanger
autour du post-partum. La projection
du documentaire A la vie, nous
plongera dans l’univers de Chantal
Birman, sage-femme libérale et
féministe, qui a consacré sa vie à
défendre le droit des femmes. À
presque 70 ans, elle continue de se
rendre auprès de celles qui viennent
d’accoucher pour leur prodiguer
soins et conseils. Entre instants
douloureux et joies intenses, ses
visites offrent une photographie
rare de ce moment délicat qu’est le
retour à la maison. Un échange sera
organisé suite à la projection pour
continuer à mettre des mots sur
cette étape de la maternité encore
trop souvent ignorée qu’est le post-
partum.19
OBJECTIF 50/50 : LA PLACE
DES FEMMES DANS L’ECONOMIE
SOCIALE ET SOLIDAIRE, DES
CHIFFRES AUX RETOURS
D’EXPÉRIENCE
CRESS
PAYS DE LA LOIRE
28 NOVEMBRE À DÉSIRÉ COLOMBE
Atelier d’échanges
Cet atelier d’échanges autour de
l’égalité professionnelle et dans les
instances de gouvernance entre les
femmes et les hommes dans l’ESS
s’articule autour de deux temps
principaux : retours sur les chiffres
de l’Observatoire et discussions
avec des structures de l’ESS qui font
avancer les choses.
MARRE DES INJONCTIONS
CONTRE LES CORPS DES FEMMES
OSEZ LE FÉMINISME 44
28 NOVEMBRE
À L'ESPACE SIMONE DE BEAUVOIR
Exposition/débat
L’obsession de la minceur, les diktats
de beauté imposés par la publicité et
l’industrie du cinéma, la banalisation
de la chirurgie esthétique et la peur
de vieillir entre autres font partie
des violences sexistes. L’exposition/
débat « Marre des injonctions
contre les corps des femmes » sera
l’occasion de décrypter ensemble les
stéréotypes sexistes qui continuent
d’être quotidiennement véhiculés
par la société patriarcale. La question
du corps est un élément clé pour
l’avancée des droits des femmes.
Parce que s’aimer en tant que
femme, c’est tout une révolution
dans une société qui nous apprend à
détester nos corps pluriels.
#METOO ET PRÉSOMPTION
D’INNOCENCE : COMMENT
CONCILIER LES DEUX ?
MÉMOIRE ET DÉBATS (REVUE
PLACE PUBLIQUE NANTES/SAINT-
NAZAIRE), NANTES UNIVERSITÉ
29 NOVEMBRE À L'UNIVERSITÉ
Mémoire et débat
En réunissant Maria Cornaz
(avocate pénaliste), vice-présidente
de l’association Choisir la Cause
des femmes, fondée par Gisèle
Halimi ; Nelly Bertrand, magistrate
et vice-présidente du Syndicat
de la magistrature et François Le
Fichant, maître de conférences,
vice-présidente de Nantes Université
chargée de la responsabilité sociale,
cette table ronde questionne le
fait majeur qu’est le phénomène
#MeToo dans la dénonciation et la
prise de conscience de l’ampleur
des violences sexuelles et sexistes
tout en cherchant à le concilier
avec le respect de la présomption
d’innocence. Cette table ronde est
animée par Franck Renaud, directeur
de la revue Place publique Nantes/
Saint-Nazaire.
UNSUNG HEROES,
ELLES BRISENT LE SILENCE
ESPACE COSMOPOLIS ET
MÉDECINS DU MONDE
DU 9 DÉCEMBRE 2022
AU 15 JANVIER 2023 À COSMOPOLIS
Exposition
Cette exposition rassemble plus
de 50 portraits et témoignages de
femmes rencontrées dans 9 pays sur
les terrains où Médecins du Monde
mène ses programmes humanitaires.
Toutes ces femmes racontent
les violences institutionnelles,
sociétales, domestiques, morales
et physiques auxquelles elles sont
exposées. Unsung Heroes donne
à voir et à entendre l’injustice faite
aux femmes à travers le monde,
mais aussi leurs actes de résistance,
leur engagement, leur volonté de
faire évoluer les consciences et de
défendre leurs droits bafoués.
REBONDIR
ASSOCIATION QUESTION
CONFIANCE
10 DÉCEMBRE
Porte ouverte
Les professionnels de Question
Confiance vous reçoivent sur son
site Pôle Dulcie September au 5 rue
Fénélon pour découvrir les ateliers
proposé aux femmes fragilisées et en
reconstruction, ainsi que l’exposition
Empreintes, des
témoignages ou des
documents.
LA FORCE DES FEMMES :
EXPOSITION DE BIRUMAN RISA
PONCTUÉE DE PERFORMANCES
SLAM DE YUNA TOURMEN, EN
HOMMAGE À LA PUISSANCE DU
FÉMININ. TRAUMAS, VIBRATIONS,
SALVATION.
L’ASSOS AUX TRIPES
DU 10 AU 17 DÉCEMBRE À REZÉ
Exposition, Spectacle
Malgré les féminicides, les agressions
sexuelles, ou encore les injonctions
à la beauté, les femmes se relèvent
toujours. Nous célébrons cette
force persistante et sublime à travers
un art brut et dissemblable, criée
sur les toiles de Biruman Risa, et
clamée avec vigueur par les slams
de Yuna Tourmen devant chaque
œuvre. L’exposition/ performance se
compose de trois parties : Traumas,
Vibrations, Salvation. La performance
dure 30 minutes.
PROJECTION DU FILM
UN HOMME PARFAIT
SUR L’INCESTE
SOS INCESTE & VIOLENCES
SEXUELLES
16 DÉCEMBRE À LA MAISON DE
QUARTIER LA MANO
Ciné-débat
Sujets abordés : le dévoilement des
enfants, l’impact familial, la prise en
charge, le traumatisme.VENDREDI
25 NOVEMBRE 2022 JOURNÉE PROFESSIONNELLEanimateurs 3
sur les conférences, ateliers, tables rondes, interviews
intervenants et intervenantes
animatrices et
stands
expositions
Les Catherinettes
CIDFF
Citad’elles
Colosse aux pieds d’argile
Élu·es Contre les Violences
faites aux Femmes
France Victimes 44 Nantes
Gynécologie Sans Frontières
Mouvement du Nid
NOSIG
Planning Familial
Resonantes
SOlidarité femmeS
Loire-Atlantique
SOS Inceste
& Violences Sexuelles
Stop Violences Sexuelles
Ville de Nantes
Marie et Alphonse - Lady de Nantes
Cada Coallia - L’œil parlant
NousToutes - Resonantes
femmes dans une
performance artistique en tant que comédiennes, choristes,
performeusesHEURES SALLE ÉVÈNEMENTS INTERVENANTES & INTERVENANTS
9:00
9:10
9:10
9:20
9:20
9:50
9:50
10:50
11:20
12:05
14:00
14:10
14:10
14:25
14:25
15:25
OUVERTURE ARTISTIQUE
DISCOURS D’OUVERTURE
PLAIDOYER
Quelques questions
TABLE RONDE
Écouter, croire et accompagner les victimes
TABLE RONDE
Pour prévenir la récidive :
quelle prise en charge des auteurs ?
OUVERTURE ARTISTIQUE
ÉCHANGE
TABLE RONDE
Comment faire un territoire non-sexiste ?
CONFÉRENCE
Comprendre le continuum
des violences sexistes
ATELIER
Accueillir, écouter et accompagner les victimes :
retour de l’expérience Citad’elles
SPECTACLE ET ÉCHANGES
« Aux filles du temps » :
le théâtre comme porte-voix
Imani-Hafsa
Émilie
Johanna Rolland
Anne Bouillon
Diariata N’Diaye
Sandrine Bouchait
Édouard Durand
Séverine Lemière
Shirley Tong On
Marine Turchi
Guillaume Jouis
Cristina Oddone
SOlidarité femmeS Loire-Atlantique
Najat Vallaud-Belkacem
Pauline Cohadon
Corine Lemariey
Édith Maruéjouls
Marlène Boutet
Valérie Rey-Robert
Mahaut Bertu
Camille Dormegnies
Caroline Godard
#LadydeNantes
La Compagnie du Cyclope
ACCUEIL 8:15 - 9:00
PAUSE 10:50 - 11:20
SIGNATURE DU MANIFESTE
DÉJEUNER 12:40 - 14:00
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Louise
Michel
salle
Bell Hooks
salle
Simone
de Beauvoir
LES COLLECTIVITÉS S’ENGAGENT 12:05 - 12:40
ATELIER
Inceste et pédocriminalité :
les repérer et réagir
Cathy Milard
Brigitte de Vathaire-Cardona
ATELIER (SUR INSCRIPTION)
« Empreintes » : aider à se
reconstruire
Laura Denieul
Émilie Dorbane
Amina Haddad
salle
Gisèle
Halimi
salle
Olympe
de Gouges
LE PROGRAMME DU VENDREDI 25 NOVEMBRE 2022
22LES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
15:45
16:45
17:25
17:45
17:05
17:25
18:05
18:15
17:45
18:05
22:00
TABLE RONDE
Des associations à la justice : travailler une
posture d’écoute professionnelle des victimes
de violences ?
ATELIER
Égalité professionnelle et violences sexuelles
et sexistes : des indissociables !
CONVERSATION
Repérer les victimes de violences, tout le
monde peut agir : l’exemple du corps médical
CONFÉRENCE
Repérer et combattre le cybersexisme
ATELIER
Prostitution des personnes mineures :
comprendre, prévenir et agir
PLAIDOYER
Remettre en cause le droit à l’IVG, c’est
légitimer et accélérer les violences sexistes
PERSPECTIVE
L’exemple espagnol
CLÔTURE ARTISTIQUE
INTERVENTION
Retour sur la journée
DJ SET OUVERT À TOUS
Muriel Boemare-Berne
Blandine Martin
Olivia Mons
Elisabeth Ferro-Vallé
Anne Le Meur
Isabelle Derrendinger
Richard Matis
Sigolène Couchot-Schiex
Anne Martinais
Léa Messina
Maud Olivier
Violaine Lucas
Margaux Collet
Chantons ensemble
Séverine Lemière (Grande témoin)
Carte blanche au collectif Fast & Furieuses
avec Vjing de Consentis
PAUSE 15:25 - 15:45
PAUSE 16:45 - 17:05
SOIRÉE LIEU UNIQUE À partir de 22:00
CONFÉRENCE
Face aux conservatismes et aux menaces
sur les droits des femmes dans le monde : quelle
action des villes ? L’exemple de Recife, au Brésil
Isabella de Roldão
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
Lieu
Unique
salle
Louise
Michel
salle
Bell Hooks
salle
Simone
de Beauvoir
HEURES ÉVÈNEMENTS INTERVENANTES & INTERVENANTS
salle
Gisèle
Halimi
salle
Olympe
de Gouges
SALLE
salle
Joséphine
Baker
23UN FLÉAU INTERNATIONAL
En 1999, les Nations Unies créent la
Journée internationale pour l’élimi-
nation de la violence à l’égard des
femmes. Plus de 20 ans après, on
meurt encore d’être une femme, en
France comme ailleurs. Dans plu-
sieurs pays, la situation des femmes
est catastrophique : privées de droits
civiques, de libertés, contraintes de
rester dans la sphère privée, objets
de transactions, de mariages forcés,
de mutilations génitales, de viols de
masse comme arme de guerre.
En France, une femme meurt tous
les deux jours et demi, assassinée par
son conjoint ou son ex-compagnon,
93 000 femmes sont victimes de viol
ou de tentative de viol. 12 % portent
plainte, 1 % seulement des auteurs de
viol sont condamnés.
« La vérité, c’est qu’aujourd’hui encore,
les femmes ne sont pas les égales des
hommes. Malgré les grands engagements
de principe, le sexisme perdure, profondé-
ment ancré dans notre société. »
LES VIOLENCES
CONTRE LES FEMMES
SONT POLITIQUES
Les femmes sont soumises à des vio-
lences et des discriminations parce
qu’elles sont des femmes : ces vio-
lences sont donc politiques.
Des femmes s’élèvent partout pour
défendre leur cause : celles qui disent
#MeToo, celles qui collent des af-
fiches, celles qui s’engagent dans les
associations, et celles qui n’ont pas le
temps parce que la charge mentale est
trop forte et trop importante.
Ces femmes ont besoin que la poli-
tique leur donne les moyens de briser
le plafond de verre, de détruire le
sexisme, d’en finir avec le fléau des
violences sexistes et sexuelles.
« Un féminicide n’est pas un drame privé.
Une femme battue par son compagnon
n’est pas une victime d’un drame passion-
nel. L’amour ne tue pas. Le patriarcat, oui. »
L’ENGAGEMENT DE
NANTES CONTRE LES
VIOLENCES ET LE SEXISME
A Nantes, l’égalité entre les femmes et
les hommes est au cœur de l’ambition
de la ville. L’objectif : atteindre l’égalité
réelle, et faire de Nantes la première
ville non-sexiste d’ici 10 ans.
Une diversité d’actions sont menées
par les collectivités, les associations
et les professionnels, dont la création
de Citad’elles, lieu unique en France.
Le Centre est ouvert tous les jours,
24h/24, aux femmes et à leurs enfants.
Le lieu a été construit en lien étroit
avec les associations, avec leur exper-
tise ; plusieurs institutions se sont en-
gagées dans le projet dès son écriture
(la Ville de Nantes, Nantes Métropole,
le département de Loire-Atlantique, la
CAF de Loire-Atlantique et le CHU via
l’ARS).
« Je suis fière de Citad’elles, nous en
sommes fiers. Et pourtant, je rêve d’une
société où nous n’en aurions pas besoin,
plus besoin. 3 200 femmes ont passé la
porte depuis l’ouverture : ce n’est pas
la société que nous voulons pour nos
enfants. »
POURQUOI DES ASSISES
NATIONALES DE LUTTE
CONTRE LES VIOLENCES
SEXISTES ?
D’autres États montrent l’exemple
comme l’Espagne qui travaille avec
succès sur ce sujet depuis quinze
ans. Grâce à des mesures fortes, les
féminicides y ont été divisés par deux.
« Ces Assises sont un point de départ et
l’occasion d’affirmer que les violences
sexistes sont un enjeu collectif. Chacune
et chacun à son niveau peut agir. Chacune
et chacun à son niveau doit agir : État, col-
lectivités, acteurs économiques, culturels,
associations, citoyens et citoyennes. »
De nombreuses collectivités mènent
aussi ce travail, et plusieurs élues et
élus pourront présenter leurs actions
lors de ces deux journées. Ces Assises
vont permettre de partager des initia-
tives, des solutions, des expérimenta-
tions qui ont fait leurs preuves. Chaque
territoire a acquis une expérience
réelle, dont les leçons permettent
d’aller plus loin contre les violences.
Ces Assises sont là pour prendre la
parole, porter ce sujet haut et fort,
éveiller les consciences. Les débats
ne doivent pas s’arrêter aux frontières
de la salle mais se poursuivre.
Un manifeste sera signé par des col-
lectivités qui s’engagent contre ce
fléau. Il interpelle l’État sur les moyens
à mettre sur la table : un milliard est
nécessaire pour lutter contre ces vio-
lences.
« Ensemble, nous allons continuer, debout,
fières, puissantes, à avancer. A avancer
collectivement, à ne rien lâcher, à inven-
ter, à imaginer, parce que, oui, il n’y a pas
de fatalité. »
DISCOURS D'OUVERTURE
24
JOHANNA ROLLAND,
maire de Nantes et présidente de Nantes MétropoleET TOI, C’ÉTAIT QUAND ?
Anne Bouillon : La première agression sexiste dont elle a fait
l’objet date de ses jeunes années d’avocate. Après une plai-
doirie où son client n’avait pas été libéré alors que le tribunal
venait de le décider, elle est allée solliciter le procureur dans
son bureau. Ce dernier, au téléphone, ne souhaitant pas lui
répondre, l’a laissée mariner, puis devant son insistance, l’a
agrippée par le bras, poussée dans le couloir et a claqué la
porte derrière elle sans lui adresser la parole.
« Au chapitre des agressions subies, j’ai vécu bien pire. Mais ce
jour-là, ce tout petit incident me laisse sans voix. L’avocate a pu
énerver, agacer. L’avocate a pu s’impatienter et demander des
comptes. Mais celle qui est touchée, celle qui est saisie par le bras,
humiliée et virée manu militari, c’est la femme. C’est aussi simple
que cela. »
Diariata N’Diaye : L’artiviste a choisi de questionner la
question. « C’était quand quoi ? » s’est-elle interrogée sous
la forme d’un slam, son mode privilégié d’expression en
détaillant les multiples moments de violences faites aux
femmes : la sensation qu’être fille ne permettrait pas de
donner son avis, les regards d’hommes sur son corps, les
remarques sexistes ou blagues dégueulasses, la peur des
hommes, le premier « sale pute », le premier « chut...si tu
l’ouvres ce sera la dernière fois », la découverte que des
milliers de femmes subissaient la même chose...
« Quand ai-je ressenti la solitude ? Quand ai-je décidé de contrô-
ler mon attitude ? Quand est-ce que me taire a failli devenir une
habitude ? »
Pour conclure :
« C’était quand ? Je n’en sais rien. La sensation que ça a été tout le
temps, tout le temps et à aucun moment à la fois. »
ET DEPUIS ?
Anne Bouillon : depuis plus de 20 ans, l’avocate pénaliste
a renoncé à défendre les auteurs de violences sexistes et
sexuelles et prête sa voix à toutes les femmes qui en ont
besoin pour défendre leurs droits. « La féministe et l’avocate
que je suis ne forment plus qu’une ».
Elle défend de nombreuses femmes victimes de violences
conjugales.
« Ces femmes sont comme vous et moi, elles sont nos mères, nos
filles, nos amies, nos collègues, nos voisines, elles sont vieilles,
jeunes, riches, pauvres, elles ont toutes les couleurs de peau et
croient, ou pas, en tous les dieux du ciel. »
Elle les aide à parler, à poser leurs mots dans un journal de
bord. Elle défend aussi des « sans-voix », femmes victimes
de féminicide dont elle a rappelé les prénoms : Françoise,
Marina, Catherine, Élisabeth, Djenaba, Coralie.
« Quel rôle singulier que de porter les mots de celles qui ne sont
plus là ? Que n’ai-je pas fait ? Que n’ont-ils pas fait ? Que n’avons-
nous pas fait pour éviter cela ? »
Diariata N’Diaye écrit des chansons et chante la colère des
femmes et des enfants victimes de violences. Elle intervient
en milieu scolaire où elle utilise ses paroles et donne la
parole aux jeunes.
« Certains vomissent leur témoignage. Dans toutes les villes, des
quartiers pops au plus mignon des villages, de la sixième à la termi-
nale, de la fac aux grandes écoles, tous les profils de tous les âges,
les mêmes ignorances sur les conséquences de ces violences, la
même tristesse sur leur visage. Les victimes parlent. Il suffit juste
de leur poser la question. »
Elle souligne combien souvent ces jeunes victimes n’ont
pas connaissance des lieux d’écoute. Et rappelle que cer-
tains deviendront peut-être les adultes violents de demain.
ET MAINTENANT ?
Les deux intervenantes terminent sur les nombreux enjeux
des Assises : apprendre, comprendre, fêter les avancées,
se ressourcer, se révolter, partager les colères, décortiquer
les dysfonctionnements, se dire comment faire mieux,
comment améliorer les pratiques et travailler ensemble
au changement, prendre chacune et chacun des enga-
gements.
« Ce qui se joue ici est l’avenir de l’humanité. […] Il est de notre
responsabilité de mettre fin à cet ancien monde. »
« Alors, ici à Nantes, ensemble, femmes, hommes, personnes trans
et non binaires, réarmons nos désirs, partageons nos méthodes,
nos doutes et nos envies, arpentons ensemble le chemin de la
construction d’un monde plus juste et égalitaire. Ravivons nos
imaginaires et repartons à l’action. Ensemble à Nantes, pendant
deux jours et pour longtemps ensuite, ouvrons la. Ouvrons la voix ! »
25
QUELQUES QUESTIONS
ANNE BOUILLON,
Avocate en droit des
femmes et violences
conjugales
DIARATA N’DIAYE,
artiviste, fondatrice de
l’association ResonantesAujourd’hui, la parole des victimes de violences sexistes
se libère et la société apprend à les écouter. Les pro-
fessionnels s’interrogent, durant cette première table
ronde, sur la meilleure façon d’accompagner ces vic-
times et sur les actions possibles pour faire face à ce
fléau systémique.
Pour les professionnels en contact avec les victimes de
violences sexistes, le mot « accompagnement» est central.
« Cet accompagnement demande énormément de temps,
d’expertise et de compétences tant les violences subies
ont des répercussions sur toutes les sphères de leur vie »,
souligne Séverine Lemière, maîtresse de conférences en
gestion des ressources humaines à l’IUT Paris Descartes et
membre du réseau de recherche MAGE Marché du travail
et Genre. Elle est également présidente de l’association
FIT Une femme Un toit.
« Chacun dans notre coin, nous ne pouvons pas faire tout cela, ça
n’est pas possible ! Notre travail, c’est de recréer du lien, des sorori-
tés, de créer du réseau. Il est primordial de développer des groupes
d’analyse de la pratique pour que les professionnels montent en
compétences, posent leurs doutes, partagent les solutions. »
RECOURIR AUX MÉDIAS
POUR RÉVÉLER LA PAROLE ÉTOUFFÉE
D’après la journaliste de Médiapart, Marine Turchi,
« 73 % des plaintes pour violences sexuelles et 90 % des
plaintes pour harcèlement sexuel sont classées sans
suite et, sur la période 2015-2016, alors que le nombre
de plaintes pour viol augmentait de 42 %, le nombre de
condamnations baissait de 45 %. Ça ne donne pas envie
de pousser la porte d’un commissariat !». Dans le même
temps, Médiapart reçoit un flot continu de témoignages
de victimes qui souhaitent dénoncer les violences subies
dans un article. Tout simplement parce qu’elles n’ont plus
confiance en la justice. « L’une des conclusions de mon
livre, c’est que l’on attend beaucoup de la justice alors
elle n’a pas les moyens de recueillir toutes ces paroles,
de mener de fond en comble des enquêtes ». Recourir
aux médias est donc devenu une autre forme de justice.
« Nous sommes submergés par les demandes d’enquêtes et nous
ne pouvons plus faire face. Pourtant, briser une omerta, révéler
des paroles étouffées, c’est l’essence même du journalisme ! Il faut
continuer à mettre à l’agenda des médias ce type de révélations.
Cela participe à la prise de parole générale autour de la question
des violences sexuelles et sexistes. »
LES VICTIMES « OUBLIÉES»
DE L’ACCOMPAGNEMENT
Il existe malheureusement des victimes pour lesquelles
l’accompagnement est quasi-inexistant, comme pour les
proches de victimes de féminicides. « C’est simple, une
fois que madame est morte, tout s’arrête. Or, pour les
familles, c’est là que tout commence. Elles se retrouvent
seules : il n’y a pas, par exemple, de prise en charge pour
le nettoyage des scènes de crime. Nous nettoyons le sang
de nos mortes! », s’indigne Sandrine Bouchait, présidente
de l’Union Nationale des Familles de Féminicides, person-
nellement touchée par ce drame.
« Pour les enfants, extrêmement traumatisés car souvent témoins
directs de la mort de leur maman, il existe peu ou pas d’accompa-
gnement. »
En France, un « Protocole féminicide » a été mis en place
en Seine-Saint-Denis fin 2021. Mais c’est encore trop peu.
« Il faut qu’un statut de victime soit créé pour les enfants, avec un
suivi psychologique et une prise en charge financière jusqu’à leur
autonomie », conclut Sandrine Bouchait.
Même complexité pour les femmes en situation de han-
dicap, souvent victimes de violences, car si le recours à
la justice et l’accompagnement sont déjà compliqués
pour les personnes valides, c’est encore plus vrai pour
ces femmes. « Pour les femmes sourdes, par exemple,
des interprètes en langue de signes française (LSF) ne sont
pas systématiquement présents au moment de déposer
plainte et quand il y en a un, la relecture et la signature du
procès-verbal sont complexes, car 80 % des personnes
sourdes sont illettrées. Il reste beaucoup de pédagogie à
faire pour l’accompagnement de ces femmes. Les pro-
fessionnels et les victimes peuvent s’appuyer sur ce que
propose notre association », témoigne Shirley Tong On,
présidente de l’association Femmes Sourdes Citoyennes
et Solidaires.
ÉCOUTER, CROIRE ET ACCOMPAGNER LES VICTIMES
ANIMATION : SÉVERINE LEMIÈRE
ÉDOUARD DURAND,
juge des enfants et coprésident
de la Commission Indépendante
sur l’Inceste et les Violences
Sexuelles faites aux Enfants
(CIIVISE)
SÉVERINE LEMIÈRE,
Grande témoin de la journée,
Maîtresse de conférences,
Présidente de l’association FIT une
femme un toit et membre du Haut
Conseil à l’Égalité entre les femmes
et les hommes
26LES ENFANTS, GRANDES VICTIMES
DE VIOLENCES SEXISTES ET SEXUELLES
D’après la CIVIISE, il existe 160 000 enfants victimes de
viols et d’agressions sexuelles chaque année. « Où sont-
ils ? », demande Édouard Durand, juge des enfants et
co-président de la CIIVISE (Commission Indépendante sur
l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants). « Il
faut se mettre en mouvement pour aller les chercher et les
mettre en sécurité. Signaler est un acte courageux! Il faut
être dans la pratique du repérage systématique et c’est
au professionnel qui travaille au contact des enfants de le
faire ». La CIVIISE, pour accompagner les professionnels
au repérage et au signalement, propose des formations
et un livret de formation. Elle publie également des pré-
conisations pour faire bouger les lignes.
« La CIVIISE a publié un premier avis en octobre 2021 demandant
à ce que, dès qu’il y a une enquête est en cours contre un parent
pour inceste, on ne peut pas reprocher à l’autre parent la non-re-
présentation de l’enfant. Un mois plus tard, cette préconisation
s’est concrétisée par un décret. Nous espérons que nos deux autres
préconisations seront actées fin 2022 ou début 2023 : à la fin de
l’enquête pénale, l’autorité parentale doit être suspendue et, quand
il y a condamnation, l’autorité parentale doit être retirée de plein
droit. »
Ressources
• Marine Turchi, Faute de preuves, enquête sur la justice
face aux révélations #MeToo, éditions du Seuil, 2021
• Violences sexuelles faites aux enfants Repérer et
signaler, CIVIISE, 2022
• Melissa et les autres, CIVIISE, 2022
• Porter plainte, Femmes Sourdes Citoyennes et
Solidaires, 2020
SHIRLEY TONG ON,
présidente de
l’association des
Femmes Sourdes
Citoyennes et
Solidaires (FSCS)
MARINE
TURCHI,
autrice,
journaliste
à Médiapart
LES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
SANDRINE
BOUCHAIT,
présidente
de l’Union
Nationale des
Familles de
Féminicides
(UNFF)
27En 2020, 17 600 hommes ont été condamnés en France
pour violences conjugales. Parmi ces auteurs, 80 % nient
les faits et 40 % récidiveront. Pour prévenir la récidive,
des dispositifs existent : actions de responsabilisation,
justice restaurative… Petit tour d’horizon des pratiques
d’ici et d’ailleurs.
En France, la volonté des pouvoirs publics de prendre en
charge des auteurs de violences conjugales pour éviter
la récidive est assez récente, comme l’explique Cristina
Oddone, sociologue, enseignante et chercheuse associée
à l’Université de Strasbourg. « Les premiers programmes
apparaissent de façon isolée, à Paris, Marseille et Belfort,
et c’est à partir des années 2 000 que les pouvoirs publics
commencent à investir le sujet ».
D’UNE APPROCHE PUNITIVE À UNE
APPROCHE PRÉVENTIVE
En 2014, la Convention d’Istanbul, organisée par le Conseil
de l’Europe, sur la prévention et la lutte des violences à
l’égard des femmes et la violence domestique souligne
l’importance dans son article 16 de mettre en œuvre ces
programmes, dans une stratégie préventive et pas exclusi-
vement punitive. La même année est votée en France la loi
sur l’égalité entre les femmes et les hommes qui instaure
notamment les stages de responsabilisation.
« C’est seulement à partir de 2019, après le Grenelle des violences
conjugales et le rapport du Conseil de l’Europe, qu’émergent les
Centres de Prises en Charge des Auteurs (CPCA) au niveau régio-
nal. »
RESPONSABILISER ET METTRE EN MOTS
Dès 2013, l’ADAES44 met en place des stages de res-
ponsabilisation avec France Victimes 44, la Gendarmerie
nationale et Addiction France. « Pour limiter les récidives,
il faut qu’il y ait, de la part des auteurs de violences conju-
gales, une prise de conscience, une responsabilisation et
une mise en mots », déclare Guillaume Jouis, directeur
du Service Pénal Socio-Judiciaire Adaes44. « Ces stages
durent deux jours et sont suivis d’un entretien individuel.
Ils n’ont pas la prétention d’éviter le passage à l’acte, mais
de susciter une réaction et d’enclencher une dynamique
de responsabilisation ». Entre 2017 et 2021, l’association
organisait environ 15 stages par an. En 2022, 45 stages
ont accueilli environ 450 auteurs de violences conjugales,
de tout âge.
Depuis 2007, l’ADAES44 propose également des groupes
de paroles à Nantes et Saint-Nazaire, pour 6 à 8 partici-
pants, à raison de 8 séances collectives de deux heures
tous les 15 jours.
« Le préalable pour intégrer ce groupe de paroles est la recon-
naissance du passage à l’acte. Un engagement via un contrat de
participation et une contribution financière sont demandés à l’au-
teur. En 2022, nous avons accompagné entre 30 et 40 auteurs en
Loire-Atlantique. »
UNE EXPÉRIMENTATION DE JUSTICE
RESTAURATIVE EN LOIRE-ATLANTIQUE
« En partenariat avec France Victimes 44 Nantes, nous
avons mis en place une expérimentation de justice res-
taurative ». Le protocole, très cadré, débute par le recru-
tement du groupe d’auteurs et du groupe de victimes.
Trois entretiens individuels sont organisés pour préciser les
attentes chacun et chacune, puis une rencontre du groupe
« victimes » et une rencontre du groupe « auteurs » sont
programmées. Enfin, cinq rencontres « auteurs » et « vic-
times » ont lieu.
« La première expérimentation a eu lieu en 2022, avec trois auteurs
et trois victimes. Tous et toutes sont allés au bout de la démarche.
Ils et elles ont pu témoigner de l’apport de la dynamique collective.
Cela nous a donné envie de renouveler l’expérience : le recrutement
des groupes est en cours. »
DES PISTES D’AMÉLIORATION
Cristina Oddone apporte quelques critiques aux dispositifs
actuels en France. « Suite aux stages de sensibilisation,
les auteurs perçoivent parfois leur mise en cause comme
un complot féministe et ils se radicalisent dans leur at-
titude sexiste. Il faut dire que deux jours, c’est trop peu.
Les programmes internationaux durent au moins six mois,
avec une phase de construction de la motivation des
participants, une deuxième phase d’intervention avec des
séances sur des thématiques spécifiques et une dernière
phase de suivi ». Elle insiste sur l’importance de prendre
en charge les auteurs à différents degrés.
« Il faut des programmes qui intègrent les hommes volontaires qui
reconnaissent avoir des problèmes de gestion de la colère. Cela
permet d’éviter le passage à l’acte. »
POUR PRÉVENIR LA RÉCIDIVE :
QUELLE PRISE EN CHARGE DES AUTEURS ? ANIMATION : MAUD RAFFRAY
GUILLAUME JOUIS,
directeur Service Pénal Socio-Judiciaire
de l’Association Départementale
d’Accompagnement Éducatif et Social de
Loire-Atlantique (ADAES 44)
CRISTINA ODONNE,
sociologue
28Enfin, sur l’évaluation et la gestion des risques : « en
France, la femme victime est exclue du programme. Au
Royaume-Uni par exemple, l’évaluation de l’efficacité
des programmes Impact et Mirabal incluent la parole de
la victime ». Et de conclure : « à l’échelle internationale,
les programmes considérés comme les plus efficaces
intègrent trois approches : proféministes (mobilisation
des associations féministes dans la mise en œuvre de ces
programmes), psychoéducative et cognitivo-comporte-
mentale ».
Ressources
• Charlotte Bienaimé, Un podcast à soi : que faire
des hommes violents ?, ARTE Radio, 2021
• Violences conjugales: actualités ici et ailleurs,
Revue Empan, 2023
• Patrizia Romitto, Un silence de morte, éditions
Syllepse, 2006
• Eve Ensler, Pardon, éditions Denoël, 2020
• Op+ion Alternative (Québec),
https://www.optionalternative.org/nos-partenaires/
• Praxis (Belgique), http://www.asblpraxis.be/praxis-asbl/
qui-sommes-nous
• IFJR (Institut Français de Justice Restaurative),
https://www.justicerestaurative.org/
LES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
29Depuis de nombreuses années, les collectivités s’en-
gagent sur le terrain contre les violences sexistes. Elles
créent des lieux, des dispositifs, avec ou sans le soutien
de l’État, dont c’est pourtant la compétence. 22 collec-
tivités de tous bords viennent de signer un manifeste
appelant l’État à s’engager à la hauteur des enjeux.
LES PRINCIPAUX DISPOSITIFS
MIS EN PLACE PAR LES
COLLECTIVITÉS SIGNATAIRES
Nantes
3 200 femmes ont franchi la porte de Citad’elles, ce lieu
d’accueil, financé à hauteur de 2 millions d’euros de fonc-
tionnement par an, pris en charge à 70 % par la Ville et la
Métropole.
La Ville poursuit l’objectif de première ville non-sexiste d’ici
2030 : aménagement des cours de récréation, de l’espace
public, formation des agents...
« Entre la première fois où une femme pousse la porte de Citad’elles
et le moment où elle quitte définitivement le domicile conjugal, il
faut 7 allers-retours. Il est essentiel de mener ensemble ce combat,
dans le croisement des regards, pour qu’elle n’abandonne pas en
chemin. » Johanna Rolland
Nancy
Plusieurs dispositifs sont mis en place : la formation des
agents et policiers municipaux, pour agir dans l’espace pu-
blic et accueillir la victime; la création d’une future Maison
des Femmes en 2025, projet inspiré de Citad’elles et de la
Seine-Saint-Denis; l’édition 2021 du budget participatif des
7-20 ans consacrée à l’égalité femmes-hommes
« Nous nous inspirons les uns des autres et le manifeste va per-
mettre de peser pour obtenir que cette question de la lutte contre
les violences soit une des conditions de la réalisation du triptyque
républicain Liberté-Égalité-Fraternité. » Mathieu Klein
Seine Saint-Denis
Le premier observatoire départemental des violences y a
été créé il y a 20 ans pour comprendre, mesurer, évaluer.
« Ce qui a fait son succès, c’est le partenariat entre police,
justice et services départementaux. »
En 2009, c’est le téléphone Grave Danger qui est mis en
place : en 13 ans, 1200 femmes en ont bénéficié dans
le département. C’est désormais un dispositif national :
2500 femmes en sont équipées en 2022.
Un protocole féminicide existe depuis 7 ans : 37 enfants
déjà été pris en charge dans ce cadre.
Pour les jeunes, suite à un appel à projets des collégiens,
un brevet contre le sexisme est instauré, à la manière de
la prévention routière. « Il serait temps que ce brevet soit
diffusé à l’ensemble des collèges de ce pays. »
« Le temps des élus locaux excellents administrateurs est passé ;
il est urgentissime d’élever le ton et de changer de braquet sur les
violences faites aux femmes qui sont d’abord une question poli-
tique. » Stéphane Troussel
Arras
Une convention avec le parquet existe depuis 2008 pour
la gestion des hommes violents.
En cas de violences, les hommes sont sortis du foyer fami-
lial et relogés dans le Home de Rosaty, un lieu animé par
une association pour les faire progresser sur le chemin de
la prise de conscience. Le coût annuel est de 150 000 € par
an, stabilisé récemment grâce à des aides de l’État.
Lyon
Plusieurs dispositifs sont en mis en œuvre : un travail sur
l’organisation de l’espace public pour limiter les inégalités,
le budget sensible aux inégalités de genre, la création d’une
Maison des femmes, le déploiement d’Angela, dispositif de
commerçants affiliés pour accorder refuge aux femmes en
cas de difficulté dans l’espace public.
Reims
Une Maison des femmes a été inaugurée en mars 2022, en
coordination avec France Victimes 51 et le CIDFF, financée
dans le cadre du contrat de ville.
LES COLLECTIVITÉS S’ENGAGENT
ANIMATION : CLÉMENTINE LEMAIRE & ÉRIC WARIN
INTERVENANTES ET INTERVENANTS
JOHANNA ROLLAND, maire de Nantes et présidente de Nantes Métropole MATHIEU KLEIN, maire de Nancy
STÉPHANE TROUSSEL, président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis ET EN CAPSULES VIDÉOS
GRÉGORY DOUCET, maire de Lyon
FRÉDÉRIC LETURQUE, maire d’Arras
ARNAUD ROBINET, maire de Reims
30LE MANIFESTE
Il est organisé en 2 parties : la première concerne le travail
de prévention, de formation, de sensibilisation nécessaire
à déconstruire les violences; et la seconde concerne l’ac-
cueil des victimes et le processus d’accompagnement des
femmes concernées par les violences.
Dans chaque partie, les collectivités énoncent leurs en-
gagements et précisent ce qu’elles attendent de l’État. Sur
le volet accueil des victimes, elles réclament l’affectation
d’un budget annuel d’1 milliard d’euros, montant estimé
nécessaire par le Haut Conseil à l’Égalité et la Fondation
des Femmes.
Les premières élues locales, et premiers élus locaux,
signataires de ce manifeste : Johanna Rolland,
maire de Nantes et présidente de Nantes Métropole
et Mahaut Bertu adjointe à la maire, Benoît Arrivé, maire de
Cherbourg-en-Cotentin, Nathalie Appéré, maire de Rennes et
présidente de Rennes Métropole, Jeanne Barseghian, maire
de Strasbourg, Olivier Bianchi, maire de Clermont-Ferrand et
président de Clermont Auvergne Métropole, Grégory Doucet,
maire de Lyon, Christophe Ferrari, maire du Pont de Claix
et président de Grenoble Alpes Métropole, Anne Hidalgo,
maire de Paris, Mathieu Klein, maire de Nancy et président
de la Métropole du Grand Nancy, Frédéric Leturque, maire
d’Arras et président de la communauté urbaine d’Arras,
Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen et président
de la Métropole Rouen Normandie,François de Mazières,
maire de Versailles, Michel Ménard, président du Conseil
départemental de la Loire-Atlantique et Myriam Bigeard,
conseillère départementale, Léonore Moncond’huy, maire
de Poitiers et Alexandra Duval, conseillère municipale, Jean-
Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de Toulouse
Métropole, Benoit Payan, maire de Marseille, Eric Piolle,
maire de Grenoble, Arnaud Robinet, maire de Reims, David
Samzun, maire de Saint-Nazaire et président de la CARENE,
Cédric Van Styvendael, maire de Villeurbanne et Agathe Fort,
adjointe au maire, Stéphane Troussel, président du Conseil
départemental de la Seine-Saint-Denis, Jean-Marc Verchère,
maire d’Angers et président d’Angers Loire-Métropole.
« Il y a un écart majeur entre la déclaration d’intention de grande
cause du quinquennat et les actions concrètes de l’État. Pourquoi
est-ce si difficile ? Parce que c’est une bataille culturelle : on a trop
longtemps considéré que ces violences étaient un sujet privé, pas
un sujet de société. Les collectivités s’engagent [...]. Il est impératif
que l’État soit enfin au rendez-vous ! » Johanna Rolland
Fabrice Roussel,
1er Vice-Président de Nantes Métropole, est intervenu en clôture la journée.
« Notre ambition commune à Nantes Métropole et dans les 24 communes est d’intégrer
l’égalité réelle entre les hommes et les femmes de façon systématique dans chacune
de nos politiques publiques. (…) Nous souhaitions organiser ces premières Assises
ici, à Nantes Métropole, pour rassembler à la fois les acteurs locaux mais aussi pour
avoir une portée nationale. Et à la mi-temps, je peux d’ores et déjà dire que c’est une
réussite ! (…) J’espère qu’avec cette journée, nous aurons pu partager concrètement
des expériences que nous menons, les projets aussi que nous souhaitons engager et
les ressources disponibles pour être accompagnés sur ces différents sujets. »
31En France, on meurt encore d’être une femme. Chaque année, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, près de 100 000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol, 12 % d’entre elles ont porté plainte et seulement 1 % des auteurs de viols sont condamnés. En 2021, en France, 122 femmes ont été tuées par leur compagnon ou ex-compagnon. Compter, c’est rendre visible. Compter, c’est permettre une réelle prise de conscience. Ces féminicides ne sont pas des drames privés. Ils témoignent de la violence et de l’ampleur d’un phénomène qui doit enfin conduire à une réaction urgente et à la hauteur des enjeux.
En 2017, le Président de la République, Emmanuel Macron, s’est engagé à ce que la grande cause du quinquennat soit celle de l’égalité entre les femmes et les hommes. Trois priorités d’action ont alors été identifiées : l’éducation et le combat culturel en faveur de l’égalité, un meilleur accompagnement des victimes ainsi qu’un renforcement de l’arsenal répressif. Si des outils sont bien venus renforcer les moyens de réagir face aux violences faites aux femmes, comme le délit d’outrage sexiste, force est de constater qu’ils ne sont que trop peu mis en œuvre et qu’ils n’ont pas permis de diminuer le nombre d’agressions sexistes et sexuelles, ou d’agir durablement contre le fléau des féminicides en France.
Les associations ainsi que les actrices et acteurs de la société civile sont les premiers engagés sur le terrain auprès des femmes et de leurs enfants, en proposant un accompagnement concret, mais aussi des actions de prévention, de sensibilisation auprès du grand public et des formations de professionnels.
Les collectivités s’engagent également pour compléter les dispositifs de l’État, dont c’est d’abord le rôle, et en partenariat avec les associations et professionnels spécialisés. Lutter pour l’égalité entre les femmes et les hommes, c’est en effet l’une des missions des collectivités, ce qui implique évidemment de lutter « contre les violences faites aux femmes et les atteintes à leur dignité », comme le stipule la loi du 4 août 2014.
Dans nos villes, nos agglomérations, nos départements, nous avons décidé d’aller au-delà de nos compétences obligatoires en la matière et d’agir, tant dans nos politiques publiques que dans nos modes de fonctionnement.
Cette action s’est intensifiée depuis 2020, alors que le confinement aggravait et mettait en lumière les violences conjugales et intra-familiales. Nos collectivités, du fait de leur proximité avec les habitantes et habitants, disposent en effet d’une capacité d’action considérable pour apporter aide et soutien aux victimes. Nombre d’élus se sont ainsi engagés en prenant des engagements de mandat dans cet objectif.
Le Président de la République a souhaité refaire de l’égalité entre les femmes et les hommes la grande cause de son second mandat. Pour que ces engagements se concrétisent enfin, il nous semble urgent de tirer le signal d’alarme face à cette situation qui n’a que trop duré et, ensemble, de nous mobiliser, pour agir plus efficacement, plus vite.
LE MANIFESTE
321. Lutter contre le caractère systémique des violences
Face à l’ampleur du sexisme en France et dans le monde, face à la persistance des violences sexistes et sexuelles, nous plaidons pour une transformation systémique d’envergure. Nous devons nous engager collectivement à lutter contre toutes les manifestations du sexisme, qu’il s’agisse des stéréotypes, discriminations, atteintes à l’autonomie des femmes, ou des violences sexistes et sexuelles, en agissant très en amont sur les représentations individuelles et collectives.
LOCALEMENT, NOUS NOUS ENGAGEONS À
Désigner un élu, ou une élue, qui sera délégué à la lutte
contre les violences sexistes, ainsi qu’un référent, ou une
référente, au sein des services pour mettre en œuvre un
plan d’actions ambitieux.
Intégrer dans le plan de formation des agents de nos
collectivités (et par extension les salariés ayant délégation
de service public) des formations à la prévention et la lutte
contre les violences sexistes et intra-familiales.
Faire vivre l’engagement de notre réseau de collectivités,
notamment grâce à l’organisation bi-annuelle d’Assises
Nationales, afin de poursuivre nos échanges réguliers sur
le sujet et de renforcer nos collaborations en partageant
nos bonnes pratiques, données, ressources, outils, et ainsi
agir collectivement pour mettre fin aux violences sexistes
et sexuelles.
CE QUE NOUS DEMANDONS À L’ÉTAT
Agir en complémentarité, en bannissant toute logique de
concurrence, en respectant l’engagement et la place de
chacun, en favorisant le travail collectif par des espaces de
coordination et de partage.
Rendre obligatoire et effective la formation des profes-
sionnels au contact d’enfants (de la petite enfance, de
l’éducation nationale et populaire) à la lutte contre les sté-
réotypes de genre, à la promotion de l’égalité, au repérage
des situations de violences, tant entre enfants qu’au sein
des familles.
Faire strictement respecter la loi du 24 août 2021 et ses
dispositions sur l’éducation à la vie affective et sexuelle, qui
prévoit trois séances annuelles adaptées à chaque tranche
d’âge, de l’école primaire au secondaire.
332. Reconnaître, écouter et respecter la parole des femmes, accompagner et protéger les femmes victimes de
violences et leurs enfants
En France, une femme sur deux aurait déjà été victime de harcèlement ou d’agression sexuelle au moins une fois dans sa vie. Les mesures politiques, aussi volontaristes qu’elles soient, ne mettront pas fin aux violences du jour au lendemain. Il y a donc urgence à agir, concrètement, pour accompagner et soutenir les femmes victimes de violences sexistes et sexuelles. Il y a urgence à mettre les moyens, humains, matériels et financiers, pour une action efficace, coordonnée, rapide et en complémentarité entre l’État, les collectivités et les actrices et acteurs de terrain. Il y a urgence à soutenir les lieux et structures d’accompagnement déjà existants et à en créer de nouveaux pour que les femmes trouvent des solutions, où qu’elles habitent.
LOCALEMENT, NOUS NOUS ENGAGEONS À
Proposer, à l’échelle de nos territoires, un service dédié à
l’accompagnement des femmes victimes de violences et
leurs enfants. Permanences spécialisées assurées par une
association, lieu dédié piloté par la collectivité, ou encore
guichet unique mobile : les réponses peuvent être protéi-
formes. Cette offre, construite autour de personnels formés,
et en partenariat avec les acteurs du territoire (associations,
hébergement, action sociale, santé, police, justice…), doit
permettre aux femmes un accueil, une écoute et un accom-
pagnement pour construire avec elles un parcours de sortie
des violences et de reconstruction.
Garantir l’accès aux hébergements d’urgence et transitoires
pour les femmes victimes de violences et leurs enfants. Ces
logements temporaires pourraient également répondre aux
besoins d’exfiltration de femmes menacées sur le territoire
où elles vivent, dans une logique de solidarité territoriale.
CE QUE NOUS DEMANDONS À L’ÉTAT
Un budget annuel d’un milliard d’euros, montant estimé par
le Haut Conseil à l’Égalité et la Fondation des Femmes, en
2018. Ce budget permettra, dans le cadre des compétences
directes de l’État :
Un soutien accru et pérenne aux actrices et acteurs de
terrain.
Le développement de formations pour repérer, prendre
en charge, accompagner, pour les professionnels suscep-
tibles d’être au contact de femmes victimes de violences.
Des volets dédiés aux violences faites aux femmes devront
en particulier être intégrés aux formations initiales des
professionnels de la santé, de la justice, de la police et de
la gendarmerie.
La création de places d’hébergement d’urgence et de loge-
ments transitoires pour les femmes victimes de violences
et leurs enfants.
Le soutien, par des subventions de fonctionnement plu-
riannuelles, des projets de lieux d’accueil, d’écoute et d’ac-
compagnement des femmes victimes de violences. Nous
appelons de nos vœux l’ouverture d’une structure de ce
type dans chaque département de France, pour déployer
des solutions au plus près des femmes, dans une logique
d’égalité territoriale.
La mise en place de tribunaux et de brigades spécialisées
dans la lutte contre les violences faites aux femmes, sur le
modèle de la législation Espagnole, en vigueur depuis 2004.
34Les premières élues locales,
et premiers élus locaux,
signataires de ce manifeste :
assises-violences-sexistes.org
Johanna Rolland, maire de Nantes et présidente de Nantes Métropole et Mahaut Bertu adjointe à la maire,
Benoît Arrivé, maire de Cherbourg-en-Cotentin,
Nathalie Appéré, maire de Rennes et présidente de Rennes Métropole,
Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg,
Olivier Bianchi, maire de Clermont-Ferrand et président de Clermont Auvergne Métropole,
Grégory Doucet, maire de Lyon,
Christophe Ferrari, maire du Pont de Claix et président de Grenoble Alpes Métropole,
Anne Hidalgo, maire de Paris,
Mathieu Klein, maire de Nancy et président de la Métropole du Grand Nancy,
Frédéric Leturque, maire d’Arras et président de la communauté urbaine d’Arras,
Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen et président de la Métropole Rouen Normandie,
François de Mazières, maire de Versailles,
Michel Ménard, président du Conseil départemental de la Loire-Atlantique et Myriam Bigeard, conseillère départementale,
Léonore Moncond’huy, maire de Poitiers et Alexandra Duval, conseillère municipale,
Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole,
Benoit Payan, maire de Marseille,
Eric Piolle, maire de Grenoble,
Arnaud Robinet, maire de Reims,
David Samzun, maire de Saint-Nazaire et président de la CARENE,
Cédric Van Styvendael, maire de Villeurbanne et Agathe Fort, adjointe au maire,
Stéphane Troussel, président du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis,
Jean-Marc Verchère, maire d’Angers et président d’Angers Loire-Métropole.
35LA LOI POUR L’ÉGALITÉ RÉELLE ENTRE
LES FEMMES ET LES HOMMES DE 2014
La loi du 4 août 2014 initiée par la ministre appréhende l’en-
semble des sujets d’égalité femmes-hommes et touche à
des points nodaux de l’organisation de la société française.
Notamment les inégalités professionnelles liées au fait que
les femmes et les hommes n’ont pas les mêmes carrières,
que les femmes interrompent leur carrière pour des congés
parentaux. La loi réforme le congé parental. « On a été très
attaqués car on remettait en cause un certain mode d’orga-
nisation des familles : « De quel droit vous vous immiscez
là-dedans ? »
Ou encore l’évolution législative concernant la prostitution :
« On considère désormais que celles qu’il faut poursuivre,
ce ne sont pas les prostituées qui sont des victimes, mais
les clients. On change là aussi les schémas de pensée ».
« Quand vous vous en prenez à des sujets qui semblent avoir struc-
turé nos sociétés depuis tellement longtemps, ça n’a rien de facile.
Et pourtant, c’est ce qu’il faut faire. Sinon, on est dans le gadget. »
2017 ET #METOO
Quand apparaît #MeToo, Najat Valaud Belkacem se dit qu’il
va se passer quelque chose car la démonstration est faite
que le sexisme était partout, que c’est aussi une opportunité
pour les élus au pouvoir de faire passer des mesures plus
ambitieuses et un financement plus important.
Mais selon elle, le gouvernement a participé à la caco-
phonie où la parole des victimes était mise sur le même
plan que celle de ceux qui dénonçaient une société de la
délation généralisée.
Elle considère que le gouvernement a refusé de mettre 1
milliard d’euros sur la lutte contre les violences faites aux
femmes en prétextant que les chiffres des associations
étaient sans fondement.
« J’ai été sincèrement déçue de l’action du gouvernement français
après #MeToo, j’aurais aimé ne pas l’être. »
LES VIOLENCES SEXISTES : BUDGET
SPÉCIFIQUE OU BUDGET GÉNÉRAL ?
Selon l’ancienne ministre, les violences faites aux femmes
doivent être jugées de la même façon que les violences
commises dans l’espace public, alors qu’elles sont minimi-
sées parce qu’elles se passent dans la chambre à coucher.
Elle note que certains tueurs de masse dans l’espace public
étaient d’anciens hommes violents dans l’espace privé.
« Dissocier ce qui relève du privé, des violences familiales,
et ce qui serait beaucoup plus important parce que dans
l’espace public, est meurtrier ».
Selon elle, les politiques publiques doivent traiter ces vio-
lences-là avec l’attention et les financements consacrés aux
violences dans l’espace public, donc sur le budget général.
« L’erreur qu’on continue de faire, c’est de vouloir considérer les
violences faites aux femmes comme un truc à part. Il n’y a pas de
raison que ce soit le budget des droits des femmes qui finance les
mesures prises à l’encontre des auteurs des violences faites aux
femmes. »
PAUVRETÉ, VULNÉRABILITÉ ET SEXISME
En Afrique, la proportion de femmes touchées par l’insé-
curité alimentaire est de 10 points plus élevée que celle
des hommes.
87 % des femmes sur le continent africain touchent moins
de 5 dollars par jour quand elles travaillent. Ça nuit à leur
accès à l’éducation et donc à leur autonomie future.
Une femme demandeuse d’asile a en moyenne 50 fois
plus de risques d’être victime de violences sexuelles qu’une
femme lambda.
Les plus vulnérables sont celles et ceux où la vulnérabilité
physique se double d’une vulnérabilité économique : « La
pauvreté est sexiste ».
« Le parcours des femmes réfugiées est un parcours fait de vio-
lences. Donc, il faut faire appel à notre humanité, c’est tout ça qui
me porte aujourd’hui. »
INTERVIEW DE NAJAT VALAUD-BELKACEM
ANIMATION : CLÉMENCE LEVEAU
NAJAT VALAUD BELKACEM,
ancienne ministre des droits des femmes
et de l’éducation, présidente de France
Terre d’Asile, directrice de l’ONG One
France, conseillère régionale Auvergne-
Rhône-Alpes
36Créer des dispositifs d’accueil et de protection des
femmes victimes de violences, repenser l’aménagement
urbain ou les cours d’école, adopter un budget sensible
au genre… La promesse est ambitieuse, les politiques
publiques à déployer et les freins nombreux, aussi. Tour
d’horizon des actions concrètes engagées.
Nous vivons dans une société imprégnée de sexisme partout,
tout le temps, dans notre quartier, notre ville ou notre village
rural, notre métropole… Vivre sur un territoire non sexiste,
c’est vivre dans des espaces publics, des bâtiments, des in-
frastructures qui permettent à chacun et chacune d’évoluer
sans entrave. En réalité, un territoire non-sexiste bénéficie à
tous, pas seulement aux femmes. C’est ce que constate au
quotidien Édith Maruejouls, géographe du genre.
PLACER LA FEMME AU CENTRE
DE L’ESPACE PUBLIC
«Il faut que le sujet des violences faites aux femmes et des
inégalités soit central dans les politiques publiques. Si vous
voulez lutter contre les violences, il faut lutter contre les
violences faites aux femmes. Si vous voulez lutter contre
la pauvreté, il faut lutter contre la pauvreté des femmes, si
vous voulez lutter contre le chômage, il faut lutter contre le
chômage des femmes. Si vous voulez réhabiliter un espace
public mixte et égalitaire, vous devez mettre des femmes
au centre de l’espace public, car elles font le sujet de la
citoyenneté», affirme Édith Maruejouls. Et cette égalité dans
l’espace public, cela commence dès le CP au travers d’une
vraie mixité entre les garçons et les filles. Supprimer le foot
dans la cour d’école ne suffit pas à créer une école non
genrée ! Il faut travailler le processus global qui amène à
travailler sur l’organisation des espaces.
« Être ensemble, ce n’est pas avoir chacun un petit morceau de l’es-
pace, mais c’est avoir le même espace et apprendre à négocier et à
partage, à renoncer et à laisser sa place.»
L’ÉCOFÉMINISME AU CŒUR
DE LA FABRIQUE DE LA VILLE
Pauline Cohadon s’intéresse à la question de la fabrique de
la ville et explore le concept audacieux de ville écofémi-
niste. «Il faut à peu près 25 ans pour bâtir un projet urbain
et l’on travaille avec un grand nombre d’acteurs, souvent
masculins. J’ai moi-même été baignée dans ce système pa-
triarcal et viriliste de la conduite de la ville. Au fil des ans, j’ai
constaté qu’il y avait des problèmes dans la construction des
nouveaux quartiers : exclusion de populations précarisées,
d’espaces publics mal vécus, comme les équipements spor-
tifs prévus pour les hommes…», témoigne Pauline Cohadon,
dirigeante agence L’effet Urbain.
« Je me suis alors intéressé au mouvement écoféministe pour dépas-
ser la question de la lecture de la ville par le genre, car l’écoféminisme
définit trois systèmes de domination : de l’homme sur l’environnement,
des hommes sur les femmes, des riches sur les pauvres. En liant ces
trois dominantes, on construit une grille de lecture plus vaste. Et, si
la question de l’inclusivité est de plus en plus prise en compte, elle ne
doit pas être posée comme une nouvelle contrainte.»
À GRENOBLE MÉTROPOLE : UNE MAISON
DE L’ÉGALITÉ ET DES ÉLUS FORMÉS
Corinne Lemariey est élue dans une commune de 8 000
habitants, elle-même intégrée à une métropole de 49
communes, Grenoble Alpes Métropole. C’est l’un des
rares territoires, avec la Seine-Saint-Denis, qui a créé une
Maison de l’Égalité, lieu de lutte contre les violences et
pour l’égalité entre les genres. « Cette Maison de l’Égalité
est emblématique de l’ambition d’aboutir à la ville la plus
égalitaire possible, avec un impact le plus faible possible
pour notre environnement ». Elle cite un grand projet ur-
bain, Grandes-Alpes, pour lequel des réflexions autour du
genre ont été posées dès le stade de la conception. « Pour
la première fois, nous avons travaillé sur la place du genre,
car nous partons du principe que, si les femmes sont bien
dans cette ville, les hommes et les enfants y seront bien
aussi ». La métropole grenobloise dispense une formation
à ses élus métropolitains. « Mon rêve, ce serait que les 49
maires soient sensibilisés au sujet de l’égalité. Car ça n’est
pas toujours facile pour les femmes élues, même en parité
dans nos communes, de faire entendre leurs voix ».
ÇA BOUGE, LENTEMENT
«Je vois bien aujourd’hui que la qualité des projets urbains
dépend de la qualité de l’équipe qui les porte. Et si, au sein
même de l’équipe, chacun reste campé dans ses postures
et ses responsabilités, on ne va pas arriver à bâtir une ville
non-sexiste », poursuit Pauline Cohadon. « Souvent, l’élu à
l’urbanisme est masculin, l’élu au logement et l’architecte
aussi. Heureusement, les métiers de la fabrique de la ville
se féminisent depuis une dizaine d’années. Les femmes
commencent à accéder aux mandats politiques ou dirigent
leur agence de conception. À Poitiers, un système de gou-
vernance plus horizontal a été mis en place et ça fonctionne
très bien».
Ressources
• Les Sorts de la Cité, L’effet urbain, 2022
COMMENT FAIRE UN TERRITOIRE NON-SEXISTE ?
ANIMATION : MAUD RAFFRAY
EDITH MARUEJOULS,
géographe du genre,
fondatrice et dirigeante
de l’Arobe, autrice de
Faire je(u) égal
CORINNE LEMARIEY,
conseillère déléguée à
l’égalité entre les femmes
et les hommes et à la lutte
contre les discriminations
de Grenoble Alpes
Métropole
PAULINE
COHADON,
dirigeante
agence
L’effet Urbain
37C’est dans une salle comble que les deux intervenantes,
Marlène Boutet et Valérie Rey-Robertont débutent leur
conférence avec la diffusion d’un film intitulé « stop it
at the start ». Ce court métrage est issu de la campagne
nationale contre les violences sexistes en Australie. Il
met en scène deux enfants qui grandissent avec des sté-
réotypes de genre, dans leur famille, au collège, dans le
milieu professionnel et plus tard au sein de leur couple.
Le message est simple : pour prévenir et combattre les vio-
lences sexistes, ainsi que les stéréotypes discriminatoires, il
faut dès la petite enfance donner une éducation égalitaire
aux enfants. Car c’est là qu’ils et elles développent leur
identité et leur manière d’être avec les autres. Apprendre
très tôt que leur sexe ne détermine pas qui, ils et elles, sont
leur permet de mettre moins de barrières aux loisirs qu’ils
et elles veulent pratiquer, ainsi qu’au métier qu’ils et elles
souhaitent exercer, et de pouvoir s’épanouir dans leur vie
intime.
Comprendre les mécanismes de la violence engendrée par
l’inégalité de genre permet d’intégrer pourquoi les violences
sexistes se poursuivent encore aujourd’hui.
STÉRÉOTYPES DE GENRE :
LE COMMENCEMENT
DES VIOLENCES SEXISTES
Les stéréotypes de genre commencent dès la petite en-
fance dans la cour de récréation. Les filles et les garçons
sont éduqués différemment et donnent l’illusion dans leur
vie d’adulte qu’ils et elles ne peuvent pas se comprendre.
Aujourd’hui, en France, les inégalités se creusent et la do-
mination des hommes sur les femmes s’amplifie. Et cette
domination entraîne un droit d’exercer leur pouvoir par
la violence. Elle s’appuie sur une culture du viol omnipré-
sente et ancrée dans les façons de penser et de parler.
LES IDÉES REÇUES ET
LA CULTURE DU VIOL EN FRANCE
Valérie Rey-Robert explique que les idées reçues concernent
les violeurs mais aussi les victimes, et alimentent la culture du
viol. Elles imprègnent la société de génération en génération.
Profil type de la victime : dans l’imaginaire collectif, la victime
est une jolie jeune femme aguicheuse qui « l’a bien cherché
et qui ment... ». Malgré l’actualité et la libération de la parole
des femmes, la culpabilisation des victimes continue d’être
entretenue en France, elles sont jugées et humiliées. Et leurs
agresseurs sont excusés et impunis.
Profil type du violeur : un homme en marge de la société,
issu de la classe populaire, immigré, solitaire, rodant dans
une rue sombre, qui agit par pulsion ou privation. Or des
études démontrent que la principale menace dans les faits
d’agressions sexuelles sont la famille et le cercle proche
de la victime. Dans le cas des violences conjugales 99 %
des victimes sont des femmes. Et dans 67 % des cas les
viols ont lieu au domicile de l’agresseur ou de la victime.
Il existe une idée reçue selon laquelle les hommes beaux,
et ou, avec une situation avantageuse de dirigeant ou de
célébrité, n’auraient pas besoin de violer. Pourtant il est
confirmé que les violeurs sont peu habitués à la frustra-
tion. Ils ne supportent pas et ne comprennent pas le refus
et le rejet.
Les violences concernent tout le monde, quel que soit
son genre, son âge, son physique, sa situation sociale, ou
encore sa situation professionnelle.
LE PLANNING FAMILIAL
Marlène Boutet présente le rôle du Planning Familial dans
la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
C’est qui, c’est quoi ?
Le Planning Familial est un mouvement féministe et
d’éducation populaire, il milite pour le droit à l’éduca-
tion à la sexualité, à la contraception, à l’avortement, à
l’égalité des droits entre les femmes et les hommes, et
combat toutes formes de violences et de discriminations
depuis 60 ans.
C’est le plus grand réseau associatif et militant, autrefois
appelé « la maternité heureuse », qui offre des services
de santé sexuelle en France.
SENSIBILISER LE JEUNE PUBLIC
Marlène Boutet explique que des outils visuels sont
utilisés pour sensibiliser le public, dès 7 ans, aux sté-
réotypes et pour encourager l’égalité de genre.
« Dès le plus jeune âge il est important de bien connaître son
corps et d’aborder le sujet des règles, et comment se protéger,
car il est fondamental de sensibiliser les jeunes, le plus tôt
possible, sur leur santé sexuelle qui doit être positive, respec-
tueuse, agréable et sûre » confie Marlène Boutet.
COMPRENDRE LE CONTINUUM DES VIOLENCES SEXISTES
VALÉRIE REY-ROBERT,
essayiste féministe et autrice de Une
culture du viol à la française, du dé
troussage domestique à la liberté
d’importuner
MARLÈNE BOUTET,
directrice administrative
du Planning Familial du
département de la Sarthe
38Depuis 2001, 3 séances annuelles d’éducation à
la sexualité doivent être mises en place dans les
collèges et lycées, en vue d’un apprentissage à un
comportement responsable dans le respect de soi
et des autres. Mais le constat est tout autre, selon la
directrice du Planning Familial de la Sarthe, trop peu
d’établissements scolaires dispensent ces séances à
leurs élèves 1 .
ÉCHANGES AVEC LE PUBLIC
Public : Lorsque nous parlons des actions que nous
menons en tant que féministe, trop souvent nous par-
lons de lutte, et pas suffisamment de vulnérabilité. On
se bat, on arrive à obtenir des choses et nous n’avons
même pas le temps de crier victoire, qu’il faut se battre
pour autre chose. Nous ne sommes qu’une goutte
d’eau au milieu d’un océan.
Intervenantes : Il faut rester optimiste pour la lutte. Les
choses avancent, lentement mais elles avancent. Nous
avons tous les outils. Seuls manquent une volonté
politique et de l’argent. On ne peut pas perdre espoir.
Le viol conjugal est enfin reconnu, c’est une très belle
victoire et il y en aura d’autres !
1 En moyenne, les jeunes Français bénéficient de 2,7 séances d’éducation à la sexualité pendant toute leur scolarité, au lieu des 21 séances minimum prévues par la loi (selon une enquête menée par Sophie Barre, Marylie Breuil, Célia Lévy, Diane Richard, Amélie Terrien pour #NousToutes en 2021)
Public : Nous sommes lycéennes et nous avons fondé
une association nommée les mains violettes , comment
peut-on agir pour faire changer les mentalités ? Et
concernant la goutte d’eau dans l’océan nous sommes
toutes une goutte d’eau, et à nous toutes nous pouvons
former une vague, voir un tsunami.
La salle a applaudi cette intervention.
« Rien que par votre présence vous faites déjà bouger les choses. »
« Il faut que nous utilisions toutes et tous les outils à notre portée,
comme les réseaux sociaux, pour faire bouger les choses et ne
jamais désespérer. »
Ressources
• Mona Chollet, Beauté Fatale, éditions de la
Découverte, 2012
• Valérie Rey-Robert, Une culture du viol à la
française : du “troussage de domestique” à la “liberté
d’importuner, Libertalia, 2019
• Valérie Rey-Robert, Le sexisme, une affaire d’hommes,
Libertalia, 2020
LES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
39Citad’elles, le lieu d’accueil et d’accompagnement des
femmes victimes de violences, a été ouvert en 2019 par
la Ville de Nantes. Suite à une proposition portée par
quatre associations du territoire, Johanna Rolland avait
fait en 2014 de la création de ce centre de consultation
post-traumatique un engagement de mandat. L’essence
même du projet s’est bâtie sur la complémentarité, pour
œuvrer concrètement autour des besoins de femmes. Au
regard de ses trois ans d’ouverture, cet atelier permet un
retour d’expériences sur ce lieu unique.
LE FONCTIONNEMENT DU CENTRE,
L’ÉQUIPE ET LE PARCOURS
DE SORTIE DES VIOLENCES
Citad’elles est animé par une équipe de 20 personnes.
Les coordinatrices de parcours sont le point d’entrée de
la femme, référentes tout au long de l’accompagnement.
Des temps de transmissions permettent de poursuivre le
travail de concertation dans un esprit de pluridisciplinarité
et de complémentarité avec les opérateurs et les parte-
naires.
« L’enjeu est la subsidiarité et la complémentarité du terri-
toire ; sans empiéter sur les compétences de chaque acteur. »
Caroline Godard
Citad’elles ouvre une porte d’entrée qui facilite la prise
en charge avec un accompagnement ciblé. Camille Dor-
megnies : « La permanence tenue à Citad’elles par France
Victimes n’est pas banale. Lors du montage du projet, nous
avons pris le temps de mieux connaître les acteurs et les
pratiques dans les locaux de chaque association, car l’idée
était bien de créer une culture commune. Au moment de
la crise sanitaire de 2020, face aux besoins des femmes,
comment aurait-on fait sans Citad’elles ? »
UN BILAN TRANSVERSAL DES PROFILS
DE FEMMES ACCUEILLIES
Face aux estimations faites, à l’ouverture la surprise a
été entière sur la densité du public et la fréquence des
accueils : 3 200 femmes ont passé la porte depuis l’ou-
verture. Ce sont 2 à 3 femmes par jour. La réalité rend
le travail dense. Les profils accueillis depuis 2019 sont
assez similaires : 82 % sont mères et viennent de Nantes
et Nantes Métropole, ce qui démontre l’importance d’avoir
des lieux en proximité. 75 % ont moins de 45 ans : cela
pointe le fait que la situation de violence est souvent en
lien avec le contexte et augmente lors de grossesse, d’une
naissance ou en présence d’enfants en bas âge. Toutes les
sphères de violences sont représentées, toutes les classes
sociales sont touchées. Pour rappel, elles peuvent venir si
elles ont été victimes de violence, et le psycho-trauma-
tisme peut se déclencher bien plus tard – des femmes de
18 à plus de 82 ans ont été accueillies).
CITAD’ELLES AU CŒUR DE LA POLITIQUE
PUBLIQUE NANTAISE DE PREMIÈRE
VILLE NON-SEXISTE À L’HORIZON 2030
Tendre vers la ville non-sexiste c’est œuvrer pour une
déconstruction plutôt qu’une compensation, déconstruire
les inégalités de genres et rendre égalitaires tous les es-
paces, toutes les actions, toutes les décisions.
Une ville non-sexiste nécessite que dans toutes les déci-
sions, dans toutes les politiques publiques, la question de
favoriser ou non l’égalité se pose. Avoir ce lieu Citad’elles
fait pleinement partie de la démarche de construction d’un
territoire non-sexiste. Et il s’agit de mieux accueillir encore
les femmes, c’est-à-dire faciliter l’accès à un accompa-
gnement adapté pour toutes les femmes. Aucune femme
ne doit être à l’écart, cela nécessite d’adapter l’offre, mais
aussi les besoins en interprétariat. L’engagement des ac-
teurs est essentiel : il faut avancer sur la question parte-
nariale, répondre aux propositions d’actions, cela s’inscrit
dans l’engagement de la Ville.
« Une Ville non sexiste nécessite que dans toutes les décisions,
dans toutes les politiques publiques, la question de favoriser ou
non l’égalité se pose. » Mahaut Bertu
ÉCHANGES AVEC LE PUBLIC
Public : Pour celles qui ne se déplacent pas, comment
interpeller Citad’elles ?
Intervenantes : On peut se rendre à Citad’elles à n’importe
quel moment, on peut bien sûr téléphoner, et un accueil
se fait également par tchat et par mail.
Public : Comment se déroule l’accompagnement ?
Intervenantes : Le parcours d’une femme dépend de son
besoin, mais elle est accueillie en bas de l’immeuble par
des agents de sécurité qui appellent l’agente d’accueil.
Elle monte au 7e étage par l’ascenseur qui ne s’arrêtera pas
avant d’atteindre Citad’elles pour éviter toute intrusion.
Le premier rendez-vous avec une coordinatrice permet
une évaluation et une orientation. Des propositions sont
formulées selon la situation, santé, juridique ou droits so-
ciaux : on évalue et on réévalue constamment le parcours
de la femme, de la crise aiguë de violence à la reconstruc-
tion. Des ateliers sont proposés, sur le la vie affective, le
ACCUEILLIR ÉCOUTER ACCOMPAGNER LES VICTIMES :
RETOUR DE L’EXPÉRIENCE CITAD’ELLES
ANIMATION : STÉPHANE JOURDRIN
MAHAUT BERTU,
adjointe à la maire de Nantes
en charge de l’Égalité, la ville
non-sexiste, la lutte contre
les discriminations et la vie
associative
CAMILLE
DORMEGNIES,
directrice de France
Victimes 44 Nantes
CAROLINE
GODARD,
responsable
d’établissement
Cita'd'elles
40consentement, la parentalité… En individuel ou en collectif
selon les besoins.
Public : Quelle solution d’hébergement est proposée ?
Intervenantes : 3 appartements sont disponibles pour des
mises à l’abri d’urgence, avec cellule familiale. Si besoin,
un appui sur une plateforme de la ville permet de propo-
ser des nuitées supplémentaires, en appartement ou en
hôtels.
Public : Quand estime-t-on que l’accompagnement est
terminé ?
Intervenantes : Citad’elles n’a que trois ans et a croisé des
périodes sanitaires particulières. On ne perçoit pas encore
de type de clôture de parcours pour le moment en raison
d’un manque de recul.
La plus-value du centre est clairement le parcours, avec
une entrée lisible et simplifiée pour la femme. Parfois
un seul besoin est perçu et la femme est orientée vers
l’association spécifique, la coordination n’est pas systé-
matiquement nécessaire.
Public : Comment s’organise l’accueil le soir et la nuit ?
Intervenantes : Les coordinatrices sont 8 de jour et 3 de
nuit. Il y a toujours des coordinateurs pour l’accueil, et
lors des changements d’équipe un temps de transmission
est prévu. Le personnel est aussi formé au psycho-trau-
matisme, un axe d’autant plus important la nuit face aux
situations rencontrées.
Public : Les personnes LGBTQIA+ sont-elles accueillies ?
Intervenantes : Oui, toutes les femmes sont accueillies à
Citad’elles, toutes. Et l’équipe y est sensibilisée. Plus on est
inclusif et plus on le devient, petit à petit les personnes
connaissent la capacité d’écoute du centre.
Public : Des personnes sourdes ont-elles déjà été accueillies ?
Intervenantes : Oui, Citad’elles sollicite un interprétariat
externe en LSF et l’orientation physique a également été
prévue avec des pictogrammes. L’accessibilité a été opti-
misée pour tous les publics.
Public : Peut-on porter plainte sur place ?
Intervenantes : Déposer plainte est possible auprès de la
police et de la gendarmerie ; les professionnels viennent
à Citad’elles à la demande.
Ressources
• Le rapport d’activités 2022
• Lutte contre les violences sexistes. Citad’elles,
l’engagement nantais, 2022
• Écouter, libérer, en finir avec l’inceste, le podcast de
Citad’elles, 2021
• Écouter, agir, le rôle de Citad’elles dans la lutte contre
les violences conjugales, le podcast de Citad’elles,
2022
LES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
41INCESTE ET PÉDOCRIMINALITÉ : LES REPÉRER ET AGIR
ANIMATION : CLÉMENTINE LEMAIRE
BRIGITTE DE VATHAIRE CARDONA,
enseignante et autrice du livret
pédagogique réalisé autour du livre
Mon corps m’appartient, d’Isabelle
Filliozat et Margot Fried-Filliozat
CATHY MILARD,
directrice de SOS Inceste & Violences
Sexuelles
Sur les chiffres actuels, on sait qu’en France au moins
1 enfant sur 10 est victime d’inceste (165 000 enfants
chaque année), dont 78 % de femmes. Dans une classe de
CM2, 2 à 3 élèves par classe sont, ou ont été concernés,
par des violences à caractère sexuel, ce qui représente
un véritable fléau national.
L’INCESTE, DE LA PÉDOCRIMINALITÉ
ET LES ÉVOLUTIONS LÉGISLATIVES
RÉCENTES
Depuis 2018, la loi dite “Schiappa”, allonge le délai de
prescription. Ces dix années supplémentaires permettent
aux personnes de travailler sur leur histoire, avant d’enta-
mer une procédure juridique, une étape importante qui
intervient souvent en fin de parcours de reconstruction.
De nombreux viols sur mineur, qui devraient être jugés au
pénal, passent finalement au correctionnel, en raison de
délais d’attente trop importants. Ces affaires sont « clas-
sées sans suite » dans 70 % des cas. Cela ne veut pas
dire qu’il n’y a pas eu d’agression mais que 20 ans après
les faits, des preuves n’ont pas pu être apportées. Cette
situation d’impuissance juridique génère une violence
psychique supplémentaire pour les victimes. Depuis 2021,
la France est l’un des derniers pays d’Europe à placer un
seuil d’âge de non-consentement à 15 ans dans les cas
de viol et à 18 ans en cas d’inceste.
Dans les cas de parents divorcés, Cathy Milard insiste sur
le caractère obsolète de la notion d’aliénation parentale,
qui permet à un parent, souvent à des pères, de prétendre
avec le soutien de certains juges, que l’autre parent, la
mère, manipule l’enfant pour le faire mentir. Si au moment
de la séparation, l’enfant souvent peut parler, sa parole est
alors discréditée avec cette notion d’aliénation parentale :
« Il faut enlever cela de l’esprit de la justice. »
Cathy Milard insiste sur des notions, insuffisamment re-
layées : l’agression sexuelle crée un état de psychotrauma-
tisme chez l’enfant dont il est impératif de comprendre les
conséquences dans sa construction psychique. L’enfant
ne comprend pas, ne symbolise pas l’acte qu’on lui im-
pose. Trois mécanismes de défense se mettent en place:
la sidération, la dissociation et la mémoire traumatique.
Au moment de l’agression, la sidération crée une situation
de stress aigu qui empêche l’enfant de se défendre en
tétanisant le corps et l’esprit. Cet état se manifeste en cas
d’agression sexuelle, et physiologiquement de manière
comparable à un danger mortel. Cette sidération génère
un état de culpabilité et de honte chez les victimes qui
ne comprennent pas pourquoi elles n’ont pas réagi. Des
années plus tard, elles peuvent encore ressentir cet état,
qui parfois s’avère paralysant.
La dissociation est une prise en compte de la réalité
inhibée pour assurer la survie de l’individu. Cette disso-
ciation agit comme une perte de repères et engendre des
troubles de l’identité, des troubles de perception de son
corps et une déconnexion des autres, l’impression de ne
pas être compris ou entendu. Des personnes racontent
leur histoire comme si elles n’étaient pas concernées ou
parlaient de quelqu’un d’autre.
L’amnésie traumatique est le dernier volet de ce proces-
sus psychique après l’agression et peut se manifester de
nombreuses années après l’agression, ce qui empêche de
nombreuses victimes d’être prises en charge dans leurs
souffrances.
Cette étape correspond à une réminiscence de la violence
passée, et agit de la même manière que si la personne
revivait les violences. Ce reflux traumatique engendre
de graves décompensations, de l’angoisse et une souf-
france intense des personnes concernées qui souvent ne
comprennent pas ce qui leur arrive : troubles intra-psy-
chiques,problèmes de sommeil, cauchemars, terreurs
nocturnes, anorexie ou boulimie… 86 % des victimes
d’inceste font des tentatives de suicide avec des périodes
d’hospitalisation et des états dépressif, ou d’anxiété
extrêmes : infections génitales, automutilation, prises
d’alcool et de drogues, blocages au toucher, sexualité
perturbée et polarités dans le comportement avec des
possibilités de reproduction des violences subies.
Chez les enfants, on peut observer des phobies scolaires
et sociales, des conduites d’isolement ou d’agressivité,
des comportements ou des paroles hypersexualisées avec
d’autres enfants. Il est important d’observer qu’il ne s’agit
pas uniquement de comportements déviants mais avant
tout de symptômes liés aux conséquences de violences
subies.
Cathy Milard recommande à tous les professionnels de poser régu-
lièrement la question : « Subissez-vous des violences ? »
LES SIGNALEMENTS
Quatre signalements sur cinq le sont à l’initiative d’ensei-
gnants en première ligne dans la protection des enfants.
Brigitte de Vathaire Cardona donne des exemples précis
pour développer une attention et une vigilance adaptées :
promouvoir un climat relationnel serein dans la classe
dans lequel les enfants s’expriment spontanément ; ne pas
tolérer des signes, même mineurs de dépréciation ou de
dévalorisation; mettre en mots les réactions de mépris ou
42de non respect ; observer les élèves aux comportements
dits perturbateurs; prévoir un temps d’attention individuel
avec chaque enfant au moins une fois par semaine.
« Si un enfant paraît éteint, c’est qu’il·elle a été éteint. »
Brigitte de Vathaire-Cardona encourage les professeurs et
l’assemblée présente à se former à partir de ce manuel ou
s’ils et elles le peuvent, à suivre des formations. En com-
plément du manuel, elle recommande le site pédagogique
de Nathan: lea.fr qui propose des séances spécifiques à
travailler avec les enfants.
Elle rappelle que pour établir un signalement, l’objectif
n’est pas de recueillir des détails, qui seront plutôt travail-
lés par les thérapeutes, mais bien d’appuyer une démarche
auprès de l’assistante sociale ou du CRI, la cellule de recueil
d’informations préoccupantes au niveau du département,
en réunissant les faits collectés et les paroles de l’enfant.
Une question du public l’interroge sur le Circulaire sur
l’éducation à la sexualité diffusé en 2018. Elle répond qu’il
est arrivé par mail chez beaucoup d’enseignants qui ne
l’ont pas lu. Beaucoup de fausses informations ont circulé
à ce sujet, ce qui nuit à la sensibilisation du grand public.
Elle regrette qu’il n ‘y ait pas eu d’impulsion de formation
de la part du Ministère. Officiellement, « Il n’y a pas de
volume horaire disponible dans les cursus actuels ». Des
initiatives se mettent en place surtout grâce à des volontés
individuelles ou associatives.
« Ce serait pourtant une adresse du gouvernement réellement per-
tinente vu l’ampleur des violences. »
LES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
43DES ASSOCIATIONS À LA JUSTICE : TRAVAILLER UNE POSTURE
D’ÉCOUTE PROFESSIONNELLE DES VICTIMES DE VIOLENCES
ANIMATION : CLÉMENCE LEVEAU
MURIEL BOEMARE-
BERNE,
juriste au CIDFF
de Loire-Atlantique
BLANDINE
MARTIN,
vice-procureure
de Nantes
OLIVIA MONS,
directrice communication
et développement
fédération nationale
France Victimes
Associations, police, justice rencontrent les victimes de
violences sexuelles à des stades différents. Quelles pos-
tures d’écoute ont-ils ? Comment sont formés leurs pro-
fessionnels ? Quels sont les outils partagés qui peuvent
aider à faire converger les pratiques ? Telles étaient les
questions débattues lors de cette table ronde.
QUELLE POSTURE D’ACCUEIL
ET D’ÉCOUTE DE LA VICTIME ?
Au CIDFF, les rendez-vous sont rarement pris pour un motif
de violences conjugales, plutôt pour des questions relatives
au droit de la famille : divorce, pension alimentaire, droit de
visite... Lors de l’entretien, l’accueillante détecte les silences,
les attitudes et creuse par des questions.
« En posant la question des violences, les femmes répondent ou
reviennent pour répondre plus tard. Ensemble, on met des mots, on
leur fait comprendre les mécanismes. » À la fédération France
Victimes, les femmes sont accueillies via le numéro 116006
ou dans les associations agrées par le ministère de la justice.
La fédération emploie des juristes, des psychologues, des
travailleurs sociaux. Chaque professionnel est également
formé en psycho-traumatisme.
« On forme aussi nos professionnels à l’accueil de la parole de la
femme dans une posture sans jugement, sans culpabilisation. On
va accompagner la femme dans son parcours, son cheminement
et nous devons respecter son autonomie. »
Au tribunal de Nantes, il existe désormais une trame com-
mune pour le premier entretien au commissariat d’une
femme venue porter plainte ou déposer une main cou-
rante. Chaque commissariat dispose de référents violences
conjugales, spécialisés dans ce type d’enquêtes.
« La trame peut parfois sembler un peu intrusive, mais dans ce
type d’enquête, il nous faut des preuves, un maximum de charges. »
DES OUTILS POUR FACILITER
LES DÉMARCHES ?
France Victimes a créé Mémo de vie, un outil numérique qui
permet de consigner des éléments du quotidien. Ce journal
de bord permet aux femmes de donner une cohérence au
récit, c’est un outil d’autonomisation.
« Ce ne sont pas des preuves mais des indices, Mémo de vie va per-
mettre de partager à un moment où la femme éprouvera le besoin
de dire. »
Au CIDFF, on constate qu’il est très important de préparer
le dépôt de plainte avec la femme en amont : il n’est pas
facile d’arriver seule au commissariat.
« On le travaille en entretien, en leur donnant les clés pour qu’elles
prennent leur décision en toute autonomie. »
Le Tribunal de Nantes a mis en place deux outils pour faci-
liter le suivi croisé de certains cas :
• le comité de pilotage Violences intrafamiliales. Depuis no-
vembre 2021, associations, sécurité intérieure, Citad’elles,
SOlidarité femmeS, France Victimes, ADAES, représentant
du juge des enfants... se réunissent une fois par mois pour
partager sur les situations à risque. « On ne décide rien,
mais chacun repart en sachant ce qu’il pense devoir faire.
En 1 an, nos avons déjà traités 153 cas ».
• la convention COMOVIF signée en juillet 2022. « À chaque
sortie de détention d’un auteur de violences conjugales,
la victime est informée et on vérifie avec elle si elle a
besoin d’une protection particulière ».
QUELQUES CHIFFRES CLÉS
France Victimes : 200 000 femmes accueillies par les as-
sociations en France en 2021, dont 82 000 victimes de
violences conjugales. Parmi elles, 60 à 70 % ont déjà porté
plainte. Les chiffres sont en hausse parce que plus de per-
sonnes viennent les révéler pour avoir accès à des droits.
CIDFF : 3 000 personnes accueillies en 2021, dont 80 % de
femmes. 30 % des demandes concernent des violences.
Tribunal de Nantes : 3e tribunal national en terme de bra-
celet anti-rapprochement (54 depuis le début de l’année
2022), 41 téléphones grave danger.
« Si les 1,3 millions de professionnels de santé posaient tous une
question systématique : « Avez-vous vécu des violences ? », cela
permettrait à chacune et chacun de déclarer quelque chose. »
ÉCHANGES AVEC LE PUBLIC
Public : Comment fait-on avec des postures différentes des
acteurs n’ayant pas les mêmes objectifs ?
Olivia Mons : « Pour moi, nos objectifs sont les mêmes :
pas de victime, pas de violences supplémentaires après
révélation. La pluralité des regards, c’est la richesse de
l’accompagnement, même si la posture varie ».
Muriel Boemare-Berne : « Il faut avoir une culture com-
mune et que l’accompagnement ne repose pas sur le seul
engagement ou la conviction personnelle ».
44L’échange restitue le contexte des élections brésiliennes
en janvier dernier. Après quatre années tendues, mar-
quées par l’influence de l’extrême droite pendant la
présidence de Jair Bolsonaro, le Brésil vient d’élire Lula
pour lui succéder. Espérant « qu’il cède réellement le
pouvoir », Isabella de Roldão rappelle le jumelage de la
Ville de Nantes avec celle de Recife, dans le nord-est du
Brésil : une ville de 1 700 000 habitants et plus de 4 mil-
lions en comptant l’agglomération. Elle est la première
femme vice-maire élue à Recife et également membre
du Parti démocratique travailliste.
Isabella de Roldão exprime d’abord sa sidération face à
l’influence de l’extrême droite. Ce raidissement est rendu
possible par la proximité entre les Églises chrétiennes et le
pouvoir, notamment sur la question des droits reproductifs.
L’avortement est toujours considéré comme un crime au
Brésil. « Bolsonaro a renforcé l’idée que la politique est
totalement mêlée à la religion. Il a même tenté d’enlever
le recours à l’avortement d’urgence, qui était uniquement
possible en cas de viol. Nous avons eu le terrible cas très
médiatisé d’une jeune fille de 9 ans, qui après avoir subi
des violences, doit prendre l’avion pour trouver un moyen
d’avorter sans complications pour sa santé ! Comment
peut-on s’estimer proche de Dieu quand on refuse l’accès
au soin dans des situations si extrêmes? »
Pierre-Yves Ginet la questionne sur son engagement
féministe en politique. « Recife est la plus ancienne des
capitales de l’État du Brésil, et pourtant, il y a moins de 20 %
de femmes dans l’assemblée législative. Pour Bolsonaro, le
féminisme, ce sont des pleurnicheries. Je suis en politique
tant que les personnes votent pour moi. Je continuerai
toujours à être activiste car il ne s’agit pas de moi mais
bien de questions collectives essentielles ».
Elle témoigne de la difficulté de faire changer les choses sur
le terrain, en raison des niveaux d’extrême pauvreté : « Les
femmes ont besoin de sortir d’une emprise économique
générale qui les rendent dépendantes de leur foyer. Il y a
cette peur d’être à la rue. Que vont devenir les enfants ?
Il faut imaginer qu’il y a de nombreux cas d’infanticides au
Brésil car de nombreuses femmes n’ont aucun accès à la
contraception et vivent dans des situations d’extrême misère ».
A Recife, il existe le Centro de Referencia Clarice Lispector,
un lieu similaire à Citadelles à Nantes, avec un dispositif
plus étendu du point de vue des logements temporaires,
par quartiers. « Le premier défi est de rendre compte des
violences car elles sont tellement normalisées que les
victimes préfèrent ne pas porter plainte. Il existe à présent
des commissariats spécialisés à Pernambuco où l’équipe de
police est formée et préparée à l’accueil de ces femmes ».
Elle reprend la citation de Johanna Rolland, qui dit-elle, l’a
beaucoup émue ce matin : « L’amour ne tue pas, c’est le
machisme ».
Elle cite la loi Maria da Penha, en vigueur depuis 2006, du
nom d’une pharmacienne brésilienne, deux fois victimes
de féminicides, devenue symbole de cette cause. Cette loi
stipule des peines plus sévères lors d’agressions contre les
femmes, spécialement si elle sont lieu au sein de la famille.
Elle met en garde sur la question du port d’armes toujours
encouragé par les régimes d’extrême droite, et qui vise en
premier lieu les femmes.
Isabella de Roldão dénonce les rôles de genre, encore très
rigides dans les mentalités brésiliennes, dès l’école, pendant
toute la scolarité et au moment de la parentalité.
« Je suis mère et mes filles pourront être qui elles veulent, mon fils
le peut déjà parce qu’il est un homme. »
Elle fait référence au chirurgien et obstétricien français
Michel Odent, l’un des précurseurs de l’accouchement
physiologique. Elle insiste sur l’importance de procéder à
des accouchements moins médicalisés et beaucoup plus
naturels qui vont dans le sens de promouvoir la santé et
l’indépendance des femmes.
À l’échelle de la ville, son équipe met en place des pro-
grammes d’entreprenariat au féminin, d’accès à l’emprunt
facilité pour les femmes, comme leviers d’émancipation
possibles.
« Chaque femme prisonnière emprisonne toutes les autres, et
à l’inverse, le mouvement d’émancipation est très libérateur
collectivement. »
En conclusion, elle fait un parallèle entre son intérêt pour
les questions alimentaires, de nutrition, et sa carrière po-
litique, comme nouvel espace de réflexion sur l’idée de la
durabilité de notre monde. Elle explique que ce rapport au
local est sans doute un lieu de résistance concret contre
l’extrême droite, dans l’organisation des rapports politiques.
FACE AUX CONSERVATISMES ET AUX MENACES SUR LES
DROITS DES FEMMES DANS LE MONDE : QUELLE ACTION
DES VILLES ? L’EXEMPLE DE RECIFE AU BRÉSIL
ANIMATION : PIERRE-YVES GINET
ISABELLA DE ROLDÃO,
Vice-maire de Recife
45ÉGALITÉ PROFESSIONNELLE ET VIOLENCES
SEXISTES ET SEXUELLES : DES INDISSOCIABLES !
Comment agir en faveur de l’égalité ? Que peuvent
faire les entreprises ? Un Plan d’actions Égalité femmes-
hommes et sa mise en œuvre par une approche métho-
dologique globale est présenté sous l’exemple de celui
réalisé à l’AFNOR. Existe-t-il une augmentation des
violences au travail ? Il y a plus de plaintes mais pas plus
de faits, cela a toujours existé, les contextes au travail
ont en revanche évolué.
ÉLÉMENTS DE CONTEXTE ET ENJEUX
Dans la loi, il existe 10 violences sexistes et sexuelles : les
violences sans contact physique (discrimination, diffama-
tion publique ou non publique à raison du sexe, injure pu-
blique ou non publique à raison du sexe, agissement sexiste,
outrage sexiste, harcèlement sexuel) et les violences avec
contact physique (agression sexuelle, viol). Leurs consé-
quences sont multiples : risques psychosociaux, distorsion,
perte de confiance en soi, baisse de la performance et de
la concentration, détérioration de la relation aux autres.
Un nouveau décret précise depuis le 3 octobre 2022 les
modalités de mise en œuvre des procédures d’alerte au
sein des entreprises. Un cadre précis existe donc et doit
être respecté.
Avoir une approche systémique n’est pas suffisant. L’égalité
professionnelle interroge les relations entre les femmes
et les hommes au travail. Il est nécessaire de changer de
prisme et de déployer un plan d’action de manière métho-
dique pour modifier les habitudes, éviter de colporter des
inégalités, et ainsi les violences sexistes et sexuelles au travail.
« Il est nécessaire de mesurer les violences sexuelles et sexistes
au travail. La mesure permet de rendre visible l’invisible. »
Le frein majeur à l’égalité est le sexisme. Les violences
sexistes et sexuelles au travail sont la concrétisation du
sexisme. Les différences de salaires, l’accès limité aux
postes à responsabilité… tout se regroupe en violences
sexuelles et sexistes. Elles ont pour point commun d’être
le fruit de stéréotypes.
D’autres freins à l’égalité existent : le déni, le temps, l’iso-
lement de la personne en charge du projet autant que des
victimes.
L’EXEMPLE DE L’AFNOR
La méthode pour développer l’égalité femmes-hommes se
compose en 7 actions :
1. État de lieux, diagnostic et analyse de risque (où sont les
risques de discrimination, les inégalités ?)
2. Définition et mise en œuvre
3. Cellule d’écoute
4. Communication interne, sensibilisation, formation
5. Gestion des ressources humaines et gouvernance
6. Communication externe, ancrage territorial et relations
avec les parties prenantes externes
7. Évaluation et amélioration
La prise en compte des violences sexuelles et sexistes au
travail (VSST) au sein de l’AFNOR s’est réalisée par étape,
dans la durée :
Étape 1. Intégration des VSST non pas dans le volet Qualité
de vie au travail mais en santé et sécurité au travail, dans
l’accord égalité de l’entreprise.
Étape 2. Organisation d’une Agora sur les VSST dans le cadre
de la prévention des risques via le CSSCT Commissions santé
sécurité et conditions de travail (avec un discours tiers).
Étape 3. Nomination de référents VSST et formation.
Étape 4. Conception d’un plan d’action avec des procé-
dures et des guides d’entretien – soit des outils pour cadrer
et sortir de l’affectif.
Étape 5. Communication auprès des salariés, agora mais
aussi un article sur l’intranet et auprès de l’ensemble des
directions sur l’angle « comment prévenir ? », en posant
des décisions et des sanctions si le cas est avéré.
Étape 6. Mise en œuvre et suivi du plan d’action –pour que
cela tienne dans le temps, les actions doivent être ancrées,
mesurées et continues.
Le plan d’action pluriannuel en faveur de l’égalité profes-
sionnelle devient une feuille de route. On ne reconnaît
que ce que l’on connaît déjà, l’étape d’état des lieux est
essentielle pour faire connaître le sujet et faire remonter
les cas de VSST.
Des procédures sont ensuite mises en place en fonction des
cas identifiés, il s’agit donc d’identifier différents cas et de les
traiter. Du signalement, on recherche le faisceau de preuve,
l’entreprise lance une enquête et des sanctions sont posées.
Il s’agit également de traiter la situation de travail après la
prise en compte, avec la protection du lanceur d’alerte et
de la personne discriminée, surtout si c’est faux.
Les procédures étant intégrées au système qualité, on a la
garantie qu’elles seront suivies.
« En matière d’égalité femmes-hommes, la bonne volonté ne suffit
pas. »
ANNE LE MEUR,
coordinatrice régionale de la Fédération
Régionale Pays de la Loire du Centre
d’Information sur les Droits des Femmes
et des Familles (CIDFF)
ELISABETH FERRO-VALLÉ,
experte égalité et diversité à l’AFNOR
46PISTES DE SOLUTIONS
• Un changement de mentalités est nécessaire, et passe
par la sensibilisation.
• Agir en lien avec les alliés, les institutions représentatives
du personnel, les représentants du personnel et délégués
syndicaux
• Être force de proposition et d’actions
• S’appuyer sur la loi et les faits
• Avancer pas à pas en mode projet avec pédagogie,
constance et pugnacité !
• Pour conclure, le sexisme au travail n’est pas un fait isolé
mais un fait de société. Il faut donc le combattre avec
toutes les parties prenantes des entreprises et rappeler
les obligations des employeurs sur le sujet.
ÉCHANGES AVEC LE PUBLIC
Public : « Peut-on estimer le budget pour l’élaboration du
plan et sa mise en œuvre ? »
Intervenantes : « Ce n’est pas mesuré en termes de budgets,
il a fallu entre 18 mois et 2 ans pour mener ce projet. Ce
temps n’a pas été rémunéré mais le temps passé à former
les collègues, en revanche, l’est ».
Public : « Pourquoi ne pas former directement tous les
managers ? »
Intervenantes : « Parce qu’on ne peut pas tout faire et que
c’est épuisant. Sensibiliser le personnel est une bonne
chose, l’Agora a réuni plus d’une centaine de personnes.
Ce volet sensibilisation répond en partie aux attentes et aux
besoins des victimes et pointe les auteurs.
Faire en sorte de former les managers est un vaste chan-
tier, or les référents de ces sujets le font à titre personnel
(témoignage équivalent d’une personne au CHU Nantes) ».
Public : « Un accord égalité femmes hommes a été mis
en place dans mon entreprise, je suis représentante du
personnel ».
Intervenantes : « Les cadres, les représentants des salariés
ont réalisé un travail conjointement avec les représentants
du personnel. Il faut nécessairement qu’ils soient formés
au préalable, c’est essentiel.
C’est un volet prévention sur un dispositif global qui intègre
l’ensemble des acteurs de l’entreprise ».
Public : « 82 % des entreprises ne sont pas investies sur ces
sujets. Quels arguments pour faire avancer ? »
Intervenantes : « Ce volet peut être amené dans l’entreprise
par l’entrée prévention, qui est une obligation réglementaire.
On aborde alors les similitudes de violences intra familiales
et conjugales et celles rencontrées au travail. Cela peut
libérer la parole et permettre d’accompagner des victimes
dans les deux sens. Mais il est essentiel d’avoir des référents
formés à ces sujets.
Le point d’entrée peut aussi être une situation que la direc-
tion ne parvient pas à gérer. Il peut alors lui être rappelé ses
obligations (notamment nouveau décret cf. contexte) et
faire la proposition de mettre en place un dispositif adapté.
La prise de conscience des entreprises est nécessaire, et si
elles sont dans le déni, le rappel que l’employeur peut être
pénalement responsable doit faire levier.
Autre porte d’entrée, les entreprises embauchent de plus
en plus de jeunes femmes notamment dans leur service RH
ou communication. Ces nouvelles générations se saisissent
du sujet au-delà des obligatoires et réglementaires et ont
l’ambition d’aller plus loin. De petits pas sont en train de se
franchir, et sont bien sûr liés à la personne en charge du
sujet, sa pugnacité et ses relais.
Les formations Ressources Humaines ont changé, de nom-
breux modules traitent désormais de ces problématiques.
L’appropriation est en cours pour les futurs managers.
Des situations sont parfois dévoilées de manière anonyme.
Réaliser des agoras peut aussi faire levier et permettre aux
employeurs de se rendre compte qu’il s’agit d’un vrai sujet,
et qu’il interpelle. L’agora de l’Afnor organisée en plein mois
de juillet, un midi a réuni une centaine de personnes. On
a découvert l’intérêt des salariés et des situations ont été
révélées ».
Public : « Si la victime va voir l’employeur, sans dépôt de
plainte quelle sanction est possible par l’employeur ? »
Intervenantes : « En premier lieu, on doit respecter sa
parole. Des procédures d’enquêtes de l’employeur sont
obligatoires, avec la possibilité de dépôt de plainte ou non.
Mais l’employeur informé doit dans les 2 mois lancer une
enquête sinon sa responsabilité peut être engagée. »
Ressources
• Harcèlement sexuel et agissement sexiste au travail :
prévenir, agir, sanctionner, Ministère du travail, 2019
• Fédération des CIDFF
LES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
47REPÉRER LES VICTIMES DE VIOLENCES, TOUT LE MONDE
PEUT AGIR : L’EXEMPLE DU CORPS MÉDICAL
Les professionnels de santé doivent s’impliquer dans la
prise en charge des victimes de violences.
VIOLENCES : FLÉAU DE SANTÉ PUBLIQUE
Isabelle Derrendinger rappelle les chiffres que repré-
sentent les violences faites aux femmes :
• 2,5 milliards d’euros par an investis pour ce fléau de
santé publique
• 1 femme meurt tous les 2,7 jours
• 20 % ont subies des violences sexuelles
• Nombre de viols par an : 90 000 par an, soit 250 par
jours soit un viol commis toutes les 6 minutes.
• Seulement 10 % des viols sont déclarés à la police
• 4 millions de victimes d’inceste en France
• 5 % des enfants maltraités sont signalés par les médecins
« Nous sommes toutes et tous concernés. Les victimes sont par -
tout et nous sommes les acteurs et actrices, d’une prise en charge
des victimes de violences. »
VIOLENCES ET MALADIES CHRONIQUES :
CONSÉQUENCES MÉCONNUES
Richard Matis explique que les victimes de violences dé-
veloppent beaucoup de maladies chroniques, comme le
syndrome de fatigue chronique, la fibromyalgie, et des
pathologies organiques. Elles présentent des douleurs
chroniques, des troubles du sommeil et des maladies
inflammatoires. Leur santé mentale peut être elle aussi
atteinte, et présenter un traumatisme psychique.
La relation entre les psycho-traumatismes de la vio-
lence vécue et les maladies chroniques s’expliquent par
la baisse d’immunité. Plus la victime subit de violences,
plus l’immunité régresse, et ainsi l’expose à une certaine
fragilité. Sa génétique se modifie aussi pour s’adapter à
son environnement, que sont dans ce cas, les violences
supportées par la victime. Elle est transmissible à la géné-
ration suivante. Mais elle est aussi réversible une fois un
diagnostic posé et un traitement prescrit.
Certains comportements peuvent être étonnants et dés-
tabilisants : la dissociation péri-traumatique qui entraîne
une réelle perte de contact avec la réalité, et la mémoire
traumatique qui est ingérable et provoque des attaques
de panique.
DÉPISTER LES VIOLENCES CHEZ TOUTES
LES PATIENTES
Les professionnels de soins peuvent être d’une aide capi-
tale dans le parcours d’une victime de violences. Isabelle
Derrendinger explique que les médecins peuvent dépister
les cas de violences, leur expliquer les mécanismes, les
orienter vers les réseaux déjà existant sur le territoire pour
les protéger. Il existe plusieurs manières de procéder.
Il suffit de poser une question simple à chaque patient : « Est-ce
qu’au cours de votre vie on vous a déjà été malmené, violenté ? »
Il est important de savoir que tous les couples peuvent
être concernés et qu’il existe différents facteurs de risques
d’apparition ou d’aggravation de violences en leur sein,
comme la précarité, la séparation… et la grossesse qui
n’est pas du tout un facteur protecteur mais bien un fac-
teur de risque.
L’auteur est souvent décrit comme le bon voisin. Il pré-
sente des caractéristiques qui peuvent être repérables
comme le fait d’être prévenant, présent voir envahissant,
répondant à la place de sa femme…
Il est aussi important de comprendre les différentes phases
de la violence pour expliquer pourquoi les victimes se
sentent perdues et incomprises.
Le cycle de la violence se définit en 4 phases, la tension
(silences, bouderies), la crise (insultes, violences), la justi-
fication (rejet de la culpabilité sur l’autre), et la rémission
(réconciliation, promesses - appelée auparavant lune de
miel).
UNE BONNE PRISE EN CHARGE DES
VICTIMES EST PLURIDISCIPLINAIRE
Il existe deux approches différentes pour traiter les
victimes de violences selon Richard Matis, les orienter
vers le judico-social dont le but est d’être reconnue
comme victime, ou vers le medico-psycho-social dont
le but est d’obtenir un traitement des conséquences du
psycho-traumatisme.
Il existe deux structures modèles qui regroupent dans
un même lieu les deux orientations possibles : la maison
des Femmes et l’institut de santé génésique Women Safe
toutes deux en région parisienne.
ISABELLE
DERRENDINGER,
présidente du Conseil
National de l’Ordre
des sages-femmes,
directrice de l’école
de sages-femmes à
Nantes
MARIE GÉRARD,
coordinatrice
de la plateforme
Violence Santé
Femmes
RICHARD MATIS,
président de
Gynécologie Sans
Frontières
48UNE PLATEFORME QUI IMPLIQUE TOUS
LES PROFESSIONNELS ET ASSOCIATIONS
EN RAPPORT AVEC LES VICTIMES DE
VIOLENCES
Marie Gérard coordinatrice de la plateforme Violence San-
té Femmes présente le nouvel annuaire géolocalisé, outil
numérique et papier, qui regroupe tous les professionnels
et associations, acteurs et actrices de la problématique
des violences faites aux femmes. L’annuaire peut être mis
à jour en temps réel par les acteurs eux-mêmes. C’est une
base documentaire rédigée par et pour les professionnels.
QUESTIONS DU PUBLIC
Public : « Y a-t-il une prise en charge des enfants victimes
de violences ? »
Intervenants : La prise en charge des enfants est très
spécifique et très cadrée, c’est particulier. Très peu de
structures accueillent femme et enfants. Les femmes
qui sont mères ont plus de difficultés à enclencher des
parcours de sortie des violences et cela peut être un frein
dans leurs démarches – des structures comme Citad’elles,
à Nantes, y travaillent en permettant l’accueil des enfants
et une écoute de leurs vécus.
LES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
49REPÉRER ET COMBATTRE LE CYBERSEXISME
Sociologue et enseignante-chercheuse à l’université
Cergy Paris, Sigolène Couchot-Schiex est l’autrice de
l’une des premières études sur le cybersexisme réalisée
en 2015-2016 et réactualisée en 2018, menée auprès
de 10 000 établissements scolaires de l’académie de
Créteil. En introduction, Sigolène Couchot-Schiex rap-
pelle qu’à l’époque de son enquête, très peu d’éléments
scientifiques analysant le cybersexisme existaient. La
sociologue a donc mené ses travaux en croisant plu-
sieurs champs : le climat scolaire, la socialisation de la
jeunesse, la culture numérique et les études de genre.
Dans un contexte de « grande médiatisation des suicides
des filles suite au cyberharcèlement », l’enquête a pour
objectif d’obtenir des « données d’objectivation ».
VICTIMATIONS RAPPORTÉES
Alors que les résultats de l’enquête menée entre sep-
tembre et novembre 2018 montrent que « 9 élèves sur
10 estiment que les relations entre élèves sont bonnes ou
très bonnes », l’appréciation des relations entre les sexes
se dégrade, sous forme de micro-violences : 62 % des
élèves ont entendu au collège des insultes notamment
sur l’apparence physique, le poids, la taille. Les filles sont
les plus impactées par ces insultes : 51,5 % d’entre elles
subissent des insultes sexistes contre 42,7 % des garçons.
Ces « micro-violences » créent un climat reposant sur
des injonctions normatives, de moqueries et d’insultes, qui
sont « le premier pas vers le cyberharcèlement » note la
sociologue qui précise : « les jeunes se sentent plus faci-
lement exclus quand ils et elles reçoivent ces moqueries.
Il y a un contrôle de l’apparence physique exercé par les
pairs ».
VIOLENCES SEXISTES
ET SEXUELLES À L’ÉCOLE
« Le sexisme ordinaire passe par des insultes extrêmement
présentes », explique Sigolène Couchot-Schiex. 48 % des
filles ont déjà subi les insultes « pute » ou « salope », « pour
rire ». Seulement, ces insultes proférées « pour rire » créent
un continuum de violences pour certaines filles qui vont
être insultées au collège puis sur les réseaux sociaux.
QUI SONT LES AGRESSEURS ?
Ces agressions sont menées à 52,1 % par « un garçon »,
à 29,2 % par « un groupe de garçons », à 6,2 % par « une
fille ». « Plus les insultes sont à caractéristiques sexuelles,
plus elles sont proférées par des garçons seuls ou en
groupe » analyse la sociologue qui souligne également
le rôle des adultes dans l’« automatisation » des insultes
par les jeunes, contribuant à ce « contrôle sexiste et/ou
homophobe normatif par des propos directement adres-
sés aux élèves ou entendus par les élèves sans qu’ils leurs
soient adressés. » 4 à 7 % des élèves rapportent ainsi avoir
entendus des propos vulgaires ou inadéquats prononcés
par les adultes sur les femmes et les hommes.
CYBERVIOLENCES SEXISTES
ET SEXUELLES À L’ÉCOLE
Sigolène Couchot-Schiex parle d’un « continuum de
violences et cyberviolences à caractères sexistes et
sexuelles », les violences étant d’abord vécues dans
l’établissement scolaire avant de se superposer ensuite à
ce qu’il se passe sur les réseaux. Si les filles sont surtout
victimes de rumeurs (pour 12 % et 3 % pour les garçons),
de commentaires méchants (pour 11,7 % et 8,9 % pour
les garçons) et de sextos (pour 10,5 % et 9,5 % pour les
garçons), les garçons sont plus victimes de pressions de
type « prise de photo dégradante sans l’accord » (3,1 %) et
de « selfie dénudé sous pression envoyé sous pression »
(2,1 %). « Les garçons sont victimes d’autres garçons sous
une pression à caractéristique homophobe pour montrer
et démontrer sa virilité », analyse la sociologue qui rap-
pelle que « les jeunes n’identifient pas toujours s’ils sont
agresseurs ou victimes » et qu’il convient donc de « les
aider à identifier les faits et à se positionner dans le rôle
d’agresseur ou de victime ».
COMPRENDRE LES MÉCANISMES
La sociologue rappelle que le téléphone est un « vecteur
de socialisation » et que le rôle des professionnels et
des parents est d’initier le dialogue avec les jeunes pour
connaître leurs pratiques sur le téléphone. Seuls 10,2 % des
jeunes victimes d’insultes ou de cyberviolences en parlent
à un adulte. Les réseaux et les selfies leur permettent de
« se mettre en scène, comme un prolongement de soi,
pour exister aux yeux des autres ». Les élèves de 6e et
de 5e sont les plus victimes de cyberharcèlement car ils
et elles sont en recherche de prestige à leur entrée au
collège. Sigolène Couchot-Schiex parle également de
« police du genre » : des injonctions à respecter des at-
tendues normatives en fonction du genre et imposées par
les pairs, vécues dès la 6 e plus fortement par les garçons.
Pour autant, le sexisme et le cybersexisme ciblent majo-
ritairement les filles, reflets du continuum de violences
sexistes dans la société.
SIGOLÈNE COUCHOT-SCHIEX,
sociologue
50QUESTIONS DU PUBLIC
Public : Une personne fait part de son expérience profes-
sionnelle en collège, où des garçons s’adressent parfois
avec des propos à caractère sexuel aux femmes adultes,
sans que celles-ci ne réagissent.
Intervenante : « Le temps dans les établissements scolaires
ne s’arrête jamais et il est très difficile d’analyser une situa-
tion que l’on vit immédiatement pour donner une place à
la parole éducative ».
Public : Une conseillère régionale de La Réunion, rappelle
que ce département est le troisième le plus touché par les
violences faites aux femmes, et demande s’il y est prévu
une étude comme celle présentée.
Intervenante : « Le rectorat n’ayant jamais subventionné
d’études, les fonds doivent être trouvés en dehors. D’autre
part, les mots utilisés dans les études ne sont pas toujours
acceptés par l’Éducation Nationale ».
Public : Une autre personne se dit alors « scandalisée par
le fait que l’Éducation Nationale (EN) ne se saisisse pas de
cette question ».
Intervenante : « L’Éducation Nationale était présente pour
son étude et les questions d’égalité femmes-hommes font
partie de la formation des enseignants depuis 2013 même
si dans les faits, les personnels ne sont pas suffisamment
formés sur ces questions.
Ressources
• Sigolène Couchot-Schiex et Benjamin Moignard,
Jeunesse, genre et violences 2.0, éditions L’Harmattan,
2019
• Combattre le cybersexisme, association Stop Fisha,
Leduc.s éditions, 2021
• https://www.stop-cybersexisme.com
LES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
51PROSTITUTION DES PERSONNES MINEURES :
COMPRENDRE, PRÉVENIR ET AGIR
Alors que l’âge moyen de l’entrée dans la prostitution est de
14 ans et que la mise en relation entre mineurs prostitués
et clients est facilitée par le numérique, il devient urgent
d’agir ! En Loire-Atlantique, un dispositif global d’accom-
pagnement des professionnels, des proches et des victimes
a été mis en place.
En préambule de cet atelier consacré à la prise en charge des
mineurs en situation de prostitution, Maud Olivier a souhaité
rappeler que « la loi d’avril 2016 a permis de faire reconnaître
un statut de victimes pour les personnes prostituées. Et, s’il
y a des victimes, c’est qu’il y a des coupables : les clients ! »
Elle a également souligné que cette loi permet de juguler
la prostitution comparativement à d’autres pays. « Avec sa
politique abolitionniste, la France compte aujourd’hui envi-
ron 40 000 personnes en situation de prostitution, contre
400 0000 en Allemagne. Dans ce pays qui a une politique
réglementariste, le chiffre d’affaires des entrepreneurs du
sexe est de 14 milliards d’euros, contre 3 milliards d’euros en
France ». Il a fallu cette loi de 2016 pour mettre la question
de la prostitution des mineurs à l’ordre du jour. Sur ce point,
le constat est alarmant :
« La prostitution est fondée sur un système largement pédocriminel,
puisque les enfants et les adolescents sont source de plus de profits ! »,
s’indigne Maud Olivier.
DES PROFESSIONNELS PEU OUTILLÉS
FACE À LA PROSTITUTION DES MINEURS
La Loire-Atlantique n’est pas épargnée par la prostitution
des mineurs. En 2020, la rencontre entre l’Observatoire des
violences faites aux femmes du Département de Loire-At-
lantique et l’ATDEC a donné lieu à la réalisation d’un état des
lieux de la prostitution des mineurs. Les signaux d’alerte y
sont les mêmes qu’au niveau national, avec un rapport au
corps peu adapté, des difficultés scolaires, des fugues, des
scarifications, des signes de violences physiques. 9 mineurs
sur 10 sont des filles, l’âge moyen d’entrée dans la prostitution
se fait entre 14 ans et 15 ans et la situation de prostitution
dure entre cinq mois à un an avant le repérage. Et surtout,
«91 % des 216 professionnels interrogés s’estimaient peu ou
pas outillés pour répondre à une situation de prostitution
des mineurs et 80 % exprimaient un besoin de formation
sur le sujet (conduite d’entretien, signaux d’alerte, rappel ju-
ridique, définition de l’emprise…)», témoigne Anne Martinais,
responsable de l’Observatoire départemental de lutte contre
les violences faites aux femmes de Loire-Atlantique.
UN DISPOSITIF EXPÉRIMENTAL
EN LOIRE-ATLANTIQUE
À l’issue de cet état des lieux, des sessions de formations
et de sensibilisation a été organisées depuis auprès des
professionnels du territoire. De plus, un guide sur l’accom-
pagnement des mineurs en situation de prostitution a été
réalisé par le Centre Hubertine Auclert et l’Observatoire de
Seine-Saint-Denis.
Par ailleurs, un dispositif d’accompagnement pour les mi-
neurs en situation de prostitution ou en risque unique en
France a été mis en place, piloté par Léa Messina, chargée de
projet à l’ATDEC. « Il faut avoir l’humilité de se dire qu’on ne
peut pas tout faire seul : il faut travailler ensemble, avec tous
les acteurs du territoire». Ce dispositif a ainsi été construit
par un consortium d’associations : Planning Familial 44,
SOS Inceste & Violences Sexuelles 44, France Victimes 44
(volet juridique), Opelia (volet addictions), ATDEC (pilote),
NOSIG (centre LGBTQI+ sur les questions du genre), Mai-
son des Ados, Résonantes (volet prévention). «Nous avons
une marge d’amélioration dans le repérage des jeunes en
situation de prostitution. Il faut que nous soyons là plus
tôt, avant la bascule des conduites prostitutionnelles, pour
une prise en charge adaptée et protectrice ! », insiste Léa
Messina.
C’est pour intervenir au plus tôt qu’une plateforme d’écoute
est ouverte aux professionnels, aux proches et aux mineurs,
depuis septembre 2021 pour recueillir la parole des pro-
fessionnels, des proches ou des mineurs sans être dans
l’enquête, dans une logique de non-jugement.
MAUD OLIVIER,
ancienne députée, co-
auteure et rapporteure
de la loi d’avril 2016
renforçant la lutte contre
le système prostitutionnel.
Ancienne maire des
Ulis, vice-présidente du
conseil départemental de
l’Essonne en charge de
la lutte pour l’égalité et
vice-Présidente de l’ECVF,
l’association des Élu·e·s
Contre les Violences faites
aux Femmes
ANNE
MARTINAIS,
responsable de
l’Observatoire
départemental
de lutte contre
les violences
faites aux
femmes de
Loire-Atlantique
LÉA MESSINA,
chargée de projet
« dispositif mineurs
en situation de
prostitution »
et «plateforme
d’insertion femmes
victimes de violence»
à l’Association
Territoriale pour le
Développement
de l’Emploi et des
Compétence (ATDEC)
52LES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
« Et, depuis janvier 2022, un groupe de travail plu-
ri-institutionnel s’est mis en place avec le Parquet où
nous avons une référente Prostitution des mineurs, la
Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ), la Cellule de
Recueil des Informations Préoccupantes (CRIP), l’Unité
Pédiatrique des Enfants en Danger (UAPED, au CHU),
l’Observatoire. C’est important pour nous, car il s’agit
d’agir vite et bien pour mettre à l’abri les mineurs. Depuis
un an, je vois des situations dramatiques, avec un fort
niveau de violences. Plus on est nombreux, plus on va
protéger ces enfants qui vivent des drames. L’arrêt des
pratiques prostitutionnelles, c’est une course de fond.
Il faut rester mobilisés. Ça peut rater une fois, ou trois
fois, mais il faut rester là! Il faut montrer que les adultes
peuvent protéger. »
Ressources
• La prostitution est une violence. Les jeunes sont en
danger. Vous pouvez agir, Observatoire départemental
des violences faites aux femmes de Seine Saint-Denis
• Je gère, Ministère de la santé et de la prévention, 2022
• Association CVM (Contre les violences faites aux
mineurs
• Comment aborder le sujet de la prostitution avec un
mineur ?, CVM
53Margaux Collet a co-signé en 2020 le rapport Les poli-
tiques publiques de lutte contre les violences conjugales
en Espagne : regards croisés avec la France. Montrée en
exemple pour ses politiques publiques de lutte contre
les violences de genre, l’Espagne est-elle un exemple à
suivre ? La réponse de Margaux Collet est catégorique :
« oui, les décideurs et pouvoirs publics devraient s’ins-
pirer de l’Espagne pour protéger les femmes victimes
de violences et faire baisser les violences conjugales. »
Margaux Collet rappelle l’ampleur de la mobilisation fémi-
niste en Espagne, bien avant le mouvement #MeToo de
2017. En 1997, l’assassinat d’Ana Orantes, brûlée vive par
son conjoint pour avoir témoigné à la télévision espagnole
de son calvaire de femme battue pendant 20 ans, avait ainsi
participé à la prise de conscience des politiques et des mé-
dias. Un drame sans précédent qui déclencha une volonté
politique d’agir, l’État espagnol étant déclaré responsable
de chaque féminicide dans le pays.
UNE LOI CADRE ET UN PACTE D’ÉTAT
En 2004 est votée la loi cadre, souvent décrite comme
d’inspiration féministe, pour créer de nouveaux droits aux
femmes, des mesures de protection, des tribunaux spéciali-
sés. Cette loi reconnaît notamment que les violences faites
aux femmes ne sont pas des « violences intra-familiales » ni
des « violences conjugales » mais bien des violences exer-
cées par les hommes sur les femmes parce qu’elles sont des
femmes. « Des violences qui sont le reflet de la domination
exercée par les hommes sur les femmes dans l’ensemble
de la société ». Ainsi, cette loi crée un traitement différencié
– validé par le Conseil Constitutionnel – dans l’ensemble
de la société, appliquant des sanctions plus importantes si
les délits et crimes sont commis par des hommes sur les
femmes dans un cadre conjugal ou ex-conjugal.
Margaux Collet rappelle que « le mouvement féministe espagnol
est vigoureux et ne s’est pas arrêté au vote de la loi de 2004 ».
Le 7 novembre 2015, 500 000 personnes à Madrid et 1 million dans
toute l’Espagne manifestaient ainsi contre « la violence machiste »
et pour réclamer un pacte d’État contre la violence de genre. C’est
donc « toute la société espagnole » qui se mobilise contre les vio-
lences.
En 2017, l’Espagne signe un pacte d’État transpartisan
reprenant 290 mesures contre les violences conjugales,
applicables en 5 ans et doté d’un supplément budgétaire
d’un milliard d’euros. Si ce pacte d’État ne concerne que
les violences conjugales, l’Espagne souffrant d’« un certain
retard sur la protection des violences sexuelles autres que
celles au sein du couple », Margaux Collet rappelle que
l’actuelle ministre de l’égalité Irene Montero, œuvre pour
rattraper ce retard avec notamment une loi sur les violences
prostitutionnelles et une seconde sur le consentement,
intitulée « Seul un oui est un oui ».
LES DROITS
L’accompagnement des victimes de violences en Espagne
suit une approche par les droits – la connaissance de
leurs droits par les victimes, la mise en place de nouveaux
droits – pour proposer un accompagnement intégral.
Le 016, numéro gratuit dédié aux violences de genre, est
ouvert 7j/7, 24h/24 depuis 2007, disponible en 53 langues et
reçoit 90 000 appels par an. Le Guide des droits des femmes
victimes de violences conjugales, constamment actualisé et
facilement accessible sur Internet, recense tous les droits
attribués par la loi de 2004. Ces droits sont l’assistance
sociale, juridique, médicale, psychologique, spécialisée et
gratuite. Les femmes y accèdent dès la reconnaissance de
leur statut de victimes de violences conjugales par l’État,
et peuvent ainsi disposer de places en hébergements spé-
cialisés, d’aménagements du contrat de travail, du droit à
une mobilité géographique, à une résiliation du contrat de
travail tout en ayant droit aux allocations chômage, des
programmes d’insertion professionnelle.
La loi de 2004 prévoit en outre une aide financière spé-
cifique pour les femmes victimes de violences, perçue en
2021 par 33 000 espagnoles.
LA PROTECTION
L’ordonnance de protection des victimes, mise en place en
2003 en Espagne (en 2010 en France), permet : une prise de
décision rapide - dans les 72 h -, l’application de mesures
sur le plan civil et/ou pénal, des mesures d’éloignement
de l’auteur de violence, l’attribution d’un téléphone grave
danger. En Espagne, 26 000 ordonnances de protection
sont appliquées chaque année, contre 3 900 en France.
En 2022, 17 000 téléphones grave danger ont été distribués
en Espagne et 3 000 bracelets électroniques ont été attri-
bués à des hommes violents, soit 4 fois plus qu’en France.
La plateforme espagnole VioGèn recense quant à elle les
cas de femmes victimes de violences et évalue, tous les 7
à 60 jours maximum, le degré de risque qu’elles encourent
« de bas à extrême », afin d’adapter le niveau de protection
policière à leur situation individuelle.
Margaux Collet souligne également l’existence en Espagne,
d’un Code recensant toutes les dispositions légales actua-
lisées et rappelle que les cas de violences conjugales sont
jugés par des magistrates et magistrats spécialisés, dans des
tribunaux dédiés créés en 2003.
L’EXEMPLE ESPAGNOL
MARGAUX COLLET,
autrice, consultante et formatrice sur l’égalité
femmes-hommes
54La conférencière précise également qu’en Espagne,
contrairement à la France, un père ayant assassiné la mère
de ses enfants se voit obligatoirement retirer l’autorité
parentale.
LES RÉSULTATS
Margaux Collet loue la facilité d’accès des chiffres sur les
violences faites aux femmes en Espagne, grâce notamment
à une plateforme statistique gérée par la Délégation de la
violence de genre, mise à jour tous les mois, tous les ans
et pour chaque communauté autonome.
« Chaque féminicide est une femme qui aurait pu être sauvée,
rappelle-t-elle. L’Espagne en sauve. »
Le nombre de féminicides en Espagne a été réduit d’1/4
depuis l’adoption de la loi de 2004 : le taux de féminicide
y est ainsi 2 fois moins élevé qu’en France.
Concluant que « la France a du retard » sur l’Espagne en
terme de lutte contre les violences de genre, et doit mettre
en place « un nécessaire suivi et des moyens financiers »
importants, Margaux Collet rappelle qu’en Espagne, le bud-
get du ministère de l’égalité est de 260 millions d’euros pour
la question des violences, tandis qu’en France, ce budget
est de 32 millions d’euros, soit 8 fois moins.
Ressources
• Guide des droits des femmes victimes de violences
conjugales, Ministère de l’égalité espagnol, 2022
• Plateforme VioGén :
https://eucpn.org/document/viogen
LES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
55REMETTRE EN CAUSE LE DROIT À L’IVG, C’EST LÉGITIMER
ET ACCÉLÉRER LES VIOLENCES SEXISTES
Violaine Lucas est la présidente de Choisir la cause des
femmes, association fondée en 1971 par l’avocate Gisèle
Halimi, la philosophe Simone de Beauvoir, l’académicien
Jean Rostand, la romancière Christiane Rochefort et le prix
Nobel de médecine Jacques Monod. Créée 4 ans avant
que ne soit votée la loi Veil dépénalisant l’IVG, Choisir fut
fondée pour abroger la loi répressive de 1920 condamnant
l’avortement et la défense gratuite des femmes poursui-
vies pour avortement. Aujourd’hui, Violaine Lucas poursuit
les combats de Gisèle Halimi avec d’autres membres de
l’association, allant ainsi en été 2022, à la rencontre de
celles et ceux qui, dans toute l’Europe, agissent en faveur
des Droits des femmes dans un contexte international de
remise en cause du droit à l’IVG.
L’URGENCE DE RACONTER
« Docteur, ne m’abandonnez pas. »
Par ces mots, Violaine Lucas ouvre son plaidoyer engagé
pour le droit à l’avortement. Ces mots sont ceux pronon-
cés par une femme demandant au docteur Paul Milliez
de procéder à son avortement en 1971. Une femme qui,
comme le rappelle Violaine Lucas, faisait partie de ces
« femmes pauvres, souvent démunies, entre 15 et 45 ans,
pleines de déférence pour le médecin » dans l’attente de
l’accord de ce dernier à pratiquer un avortement, interdit
avant la loi de 1945.
Violaine Lucas rappelle alors « l’onde de choc » créée par
le procès de Bobigny : le procès en septembre et octobre
1972 de quatre femmes mises en cause pour avortement –
Marie-Claire Chevalier ayant avorté suite à un viol, sa mère
Michèle Chevalier et deux de ses collègues –, défendues
par Gisèle Halimi, et pour lequel ce même docteur Paul
Milliez, ouvertement catholique, avait témoigné, affirmant
qu’il aurait avorté Marie-Claire Chevalier si elle était venue le
lui demander. Un procès que Violaine Lucas qualifie d’« acte
de désobéissance civique » ayant nourri des débats pas-
sionnés sur l’avortement en France.
« Il est urgent de raconter, entre le grand bond en arrière
des États-Unis et la situation en Europe, que rien n’est
simple pour l’IVG » poursuit Violaine Lucas. Suivant l’idée
initiée par Gisèle Halimi en 1979 de « reprendre les meil-
leurs lois de l’Europe dans tous les domaines de la vie des
femmes pour les appliquer à toute l’Europe », l’actuelle
Présidente de Choisir a coordonné le travail d’analyse
comparé des droits des femmes au sein de l’Union eu-
ropéenne et publié en 2008 La Clause de l’Européenne
la plus favorisée.
LE MEILLEUR DE L’EUROPE
POUR LES FEMMES
Pour réactualiser cette analyse comparée, l’équipe – bé-
névole et militante – de La Clause de l’Européenne la plus
favorisée a entamé un tour d’Europe en juillet et août 2022.
En train, elles se sont rendues en Croatie, en Slovénie,
en Autriche, en Slovaquie, en Hongrie, en Roumanie, en
Bulgarie, en Pologne, en Lettonie, en Finlande, en Suède,
en Lituanie, en République Tchèque et en Irlande. Durant
6 semaines, l’équipe a rencontré des associations, des élus,
des universitaires, recueilli des témoignages, jusqu’aux
plus tragiques.
« Tous les peuples de l’Union européenne ne vivent pas avec les
mêmes moyens, rappelle alors Violaine Lucas. Les inégalités entre
peuples redoublent les inégalités entre genres. Nous entendons et
emmagasinons tout, même les non-dits. Il existe 24 langues dans
l’Union Européenne, la 25 e est le silence. »
Violaine Lucas atteste de la montée de l’extrême droite,
partout en Europe ; elle cite en exemple cet archevêque
en Lettonie déclarant que « les victimes ukrainiennes de
viols de guerre doivent considérer leur enfant issu de viol
comme un cadeau de Dieu » ; elle parle de l’effacement
de la ligne de diplomatie féministe par le gouvernement
d’extrême-droite en Suède ; elle raconte le trafic d’êtres
humains en Bulgarie dont les victimes principales sont des
jeunes femmes ; elle témoigne des cas de stérilisation for-
cée pratiquée sur des femmes en situation de handicap en
Lituanie et de la loi polonaise interdisant toute IVG même
lorsque le fœtus est malade : les médecins attendent alors
que le fœtus meurt avant d’opérer les femmes qui le plus
souvent, meurent elles aussi, de septicémie ; elle cite
Savita, cette Irlandaise décédée, enceinte, parce qu’aucun
médecin n’a voulu l’avorter d’un enfant mort né. L’Irlande,
rappelle Violaine Lucas, est pourtant cité en exemple par
les Polonaises. « Comment faire face à la désinforma-
tion ? » questionne-t-elle.
Elle raconte aussi la « fatigue immense des femmes
qu’elles ont rencontrées » mais surtout, « l’écho des mo-
bilisations » pour les droits des femmes, et des « millions
de personnes dans la rue chaque semaine avant la crise
du Covid pour défendre l’IVG ».
« Toutes les femmes ont besoin de notre sororité. »
VIOLAINE LUCAS,
présidente de Choisir la cause des femmes
56Le 24 novembre 2022 – la veille de ce premier jour des
Assises – la France connu une « belle victoire en votant
l’inscription du droit à l’IVG dans la Constitution. Mais
Gisèle Halimi dirait que ce n’est pas assez. Portons ce
combat dans la charte des droits fondamentaux et haus-
sons-nous au niveau du courage de ces femmes. C’est
ensemble que nous serons plus fortes », conclut alors
Violaine Lucas, sous les applaudissements du public.
Ressources
• La Clause de l’Européenne la plus favorisée, Sous
la direction de Gisèle Halimi, collectif, Éditions des
femmes, 2008
• Le procès de Bobigny : choisir la cause des femmes,
Collectif, Éditions Gallimard, 2022
LES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
57RETOUR SUR LA JOURNÉE
Séverine Lemière, a clôturé, en tant que « grande té-
moin », la première journée des Assises nationales
de lutte contre les violences sexistes le vendredi
25 novembre 2022.
Soulignant la richesse des échanges durant la journée et
les nombreux « moments forts et émouvants », Séverine
Lemière rappelle l’importance de la tenue d’un tel événe-
ment à destination des professionnels, félicitant alors les
actrices et acteurs de terrain présents et sans qui les droits
des femmes ne pourraient avancer.
Cette journée a selon elle, soulevé des réflexions quant
aux différents termes utilisés pour évoquer les violences.
Violences faites aux femmes, violences sexistes, violences
intra-familiales, violences de genre, violences sexuelles,
violences sexuelles faites aux enfants : autant de termes
pour désigner des situations très différentes et par consé-
quent, des périmètres d’action distincts. Utiliser le bon
terme revient déjà, selon elle, à prendre la bonne direction
pour un accompagnement approprié.
UN ACCOMPAGNEMENT FÉMINISTE
DES FEMMES VICTIMES DE VIOLENCES
Séverine Lemière souligne l’importance de « revendiquer
l’accompagnement féministe » des associations enga-
gées quotidiennement aux côtés des femmes victimes de
violences : un « accompagnement personnalisé à partir
du récit des femmes », ces femmes étant elles-mêmes
l’objectif et le moyen. L’objectif étant de permettre aux
femmes victimes de reprendre le pouvoir sur leur vie et de
s’émanciper en devenant libres, et cela, en plaçant toujours
au cœur de l’accompagnement, les femmes victimes elles-
mêmes. Les professionnels doivent alors toujours garder en
tête de travailler en coopération avec les victimes et non
pas sans elles ou pour elles, d’avancer au rythme souhaité
par ces dernières et d’être toujours disponibles, même si les
victimes changent d’avis. Les femmes victimes de violences
sont celles qui doivent décider de leur accompagnement :
« c’est cela, l’émancipation », déclare Séverine Lemière.
Faisant le parallèle avec la demande d’Édouard Durand de
mettre en place « une doctrine nationale sur les enfants
victimes », Séverine Lemière appelle quant à elle à une
« doctrine nationale féministe sur les femmes victimes de
violence ».
« Être féministe est une expertise » résume-t-elle alors. Ainsi,
reconnaître l’accompagnement féministe des femmes victimes
comme « un savoir professionnel » permettrait donc de com-
prendre l’urgence à créer des places d’hébergement spécifiques.
DES PARADOXES
De nombreux paradoxes ont été soulevés au cours de cette
journée d’échanges : dans un contexte d’« injonction à la
parole et au dépôt de plainte », les femmes parlent de
plus en plus des violences qu’elles subissent et sont mieux
écoutées mais pour autant, le nombre de plaintes classées
sans suite ne cesse d’augmenter. Car, rappelle Séverine
Lemière, « les financements ne sont pas à la hauteur du
professionnalisme et des conditions de travail des travail-
leuses et travailleurs sociaux. Il manque du personnel, des
structures d’accueil, des relais ».
L’autre paradoxe soulevé par Séverine Lemière est celui du
rapport au temps, ce temps de l’accompagnement que
demandent les actions d’écouter, de révéler des faits, de
déconstruire, de participer à de multiples échanges avec les
femmes victimes. Rappelant que « le temps de la confiance
est un temps long qui ne s’anticipe pas, ne peut pas se
contraindre », la conférencière pointe l’impossible équa-
tion entre ce temps long d’une part, et de l’autre, l’attente
pressente de la part de dispositifs pour des résultats chiffrés
immédiats.
LE RÔLE DU MARCHÉ DU TRAVAIL
Rappelant qu’une femme sur deux appelant le 3919 est en
emploi, Séverine Lemière souligne l’importance à ce que les
associations féministes se « tournent vers les employeurs »
pour les former, les accompagner et en faire ainsi un nou-
veau relais pour aider les femmes en emploi à sortir des
violences qu’elles subissent.
Expliquant également que l’une des conséquences des
violences est d’isoler les femmes en les faisant quitter le
monde du travail, Séverine Lemière appelle alors Pôle Em-
ploi, les missions locales ainsi que les structures d’insertion
professionnelle à intégrer la question des violences dans
leur accompagnement.
En conclusion, Séverine Lemière rappelle que sur le terrain,
au quotidien, les victimes de violence ne doivent pas être
réduites à ce statut de victimes : elles sont aussi, déclare-
t-elle, « des survivantes, des guerrières ». Elles sont des
« femmes qui brisent leurs barreaux et qui dansent ». Car
la lutte contre les violences est « un combat féministe, un
combat de libération, fort, joyeux, optimiste, enthousiaste ».
En somme, « une vraie source de sororité ».
SÉVERINE LEMIÈRE,
maîtresse de conférences, Présidente de
l’association FIT Une femme un Toit et membre
du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et
les hommes
58LES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
59SAMEDI
26 NOVEMBRE 2022 JOURNÉE DÉDIÉE AU GRAND PUBLICsur les conférences, ateliers, tables rondes, interviews
intervenantes et intervenants
femmes
choristes
stands expositions
Marie et Alphonse
Lady de Nantes
Cada Coallia - L’œil parlant
NousToutes - Resonantes
39
30
animatrices 3
et animateur 1
14 CAP Coopération des hommes pour l’Abolition du Patriarcat
CIDFF
Citad’elles
Consentis
Forces de l’ordre :
Gendarmerie Nationale et
Police Nationale
Gynécologie Sans Frontières
Mouvement du Nid
NOSIG
Planning Familial
Resonantes
SOlidarité femmeS
Loire-Atlantique
SOS Inceste & Violences
Sexuelles
Stop aux Violences Sexuelles
Ville de NantesSALLE
62
OUVERTURE AU PUBLIC 9:00
LE PROGRAMME DU SAMEDI 26 NOVEMBRE 2022
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Simone
de Beauvoir
salle
Simone
de Beauvoir
salle
Bell Hooks
salle
Bell Hooks
salle
Louise
Michel
salle
Louise
Michel
salle
Gisèle
Halimi
salle
Maya
Angelou
Elsa GambinLES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
63
HEURES SALLE ÉVÈNEMENTS INTERVENANTES & INTERVENANTS
14:00
15:00
15:00
16:00
16:00
17:00
17:00
18:00
18:00
18:10
20:00
12:00
TABLE RONDE
Les bonnes victimes n’existent pas,
les monstres non plus : comprendre
la systémie des violences
CONVERSATION
#MeToo en France : 5 ans plus tard,
où en est-on ?
CONVERSATION
Ce que nos filles ont à nous dire
ATELIER
Résister au cyberharcèlement
ATELIER
Comprendre le consentement
GROUPE DE PAROLE
Réinventer sa masculinité
CONFÉRENCE
Prévenir les violences sexistes à l’adolescence
CONFÉRENCE-ÉCHANGES
Éduquer sans préjugés sexistes
ATELIER DE FORMATION
Se former contre le harcèlement de rue
avec le programme Stand up
CONVERSATION INTIME
Comment parler de violences sexuelles
au sein des familles ?
CONVERSATION COLLECTIVE
Nous serons réparé·e·s
CLÔTURE ARTISTIQUE
EMISSION RADIO
La nuit féministe de radio Prun’
Axelle Jah Njiké
Anne-Cécile Mailfert
Diariata N’Diaye
Sikou Niakate
Rose Lamy
Mathilde Viot
Alexandra Benhamou
Florence Pagneux
Maïwen Petton
Sandrine Roudaut
Laure Salmona
Samuel Olivaux
Charline Vermont
Didiel Pacary-Charuel
Dr. Kpote
Amandine Hancewicz
Resonantes
Axelle Jah Njiké
Lauren Bastide
Victoire Tuaillon
Chantons ensemble
Radio Prun’ 92FM
La nuit du 26, plus de 15 heures non-stop
de programmes et musiques sur le sexisme
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Joséphine
Baker
salle
Simone
de Beauvoir
salle
Simone
de Beauvoir
salle
Bell Hooks
salle
Bell Hooks
salle
Louise
Michel
salle
Maya
Angelou
salle
Gisèle
Halimi64
SI NOUS AVIONS UN MILLIARD CONTRE LES VIOLENCES... ?
« Bienvenue sur ce premier Live Insta en direct de
l’Élysée ! ». Pour lancer la seconde journée des Assises na-
tionales de lutte contre les violences sexistes, Caroline De
Hass s’est improvisée nouvelle présidente de la République
et a détaillé les principales mesures de son gouvernement,
décidées lors d’un premier conseil des ministres imaginaire,
intégralement dédié aux violences.
LES CHIFFRES CLÉS
DE LA SITUATION ACTUELLE
Au travail, 82 % des femmes en France ont été confrontées
à des décisions ou comportements sexistes, 32 % ont déjà
été la cible de harcèlement ou d’agression sexuelle.
Un million de femmes sont victimes chaque année d’injures
sexistes en France.
553 000 femmes sont victimes d’agression sexuelle chaque
année en France, 12 % ont déjà subi un viol (chiffres INED
et observatoire national de la délinquance et des réponses
pénales).
10 % de la population française a été victime d’inceste, des
centaines de milliers d’enfants vivent dans des familles avec
des violences au sein du couple.
« C’est la réalité du pays dans lequel nous vivons, c’est cette réalité
que l’on veut faire changer. »
POURQUOI 1 MILLIARD D’EUROS ?
Le montant de 1 milliard nécessaire pour mener des poli-
tiques publiques ambitieuses contre ces violences est issu
des travaux de chercheurs et d’associations féministes,
notamment basé sur un rapport produit par la Fondation
des femmes et le Haut Conseil à l’égalité femmes-hommes.
« Vous connaissez le montant global des dépenses de l’État ? Plus de 300
milliards d’euros de dépenses chaque année. Le montant des aides aux
entreprises en France en exonérations de cotisations par exemple ?
157 milliards par an. Donc un milliard, ce n’est pas beaucoup. »
LES 3 CHANGEMENTS MAJEURS
POUR CHANGER LA DONNE
• Miser sur la prévention des violences :
Rendre effectives les séances d’éducation à l’égalité et à la
sexualité à l’école. « Comme pour l’attestation de sécurité
routière (ASSR), on va former les élèves à la question de la
non-violence ». Coût estimé : 60 millions par an.
Former les professionnels à détecter les problèmes dès
le départ. « Si 100 % des professionnels au contact d’une
personne, lui demandaient : « Est-ce que vous subissez des
violences dans votre vie ? », on mettrait fin à des milliers de
situations de violences ».
Recruter massivement des inspectrices et inspecteurs
du travail : l’article L11-53-1 alinéa 5 du Code du travail
dit : « L’employeur prend toutes les dispositions néces-
saires en vue de prévenir les faits de harcèlement sexuel,
d’y mettre un terme et de les sanctionner ». Les 1972 pro-
fessionnels actuels ne suffisent pas à faire respecter la loi
dans les entreprises. Coût estimé : 40 millions par an.
Créer des campagnes de préventions s’adressant à l’entou-
rage : « Quand vous entendez un propos sexiste, dévalo-
risant, vous pouvez intervenir ».
• Muscler la prise en charge
400 millions d’euros pour garantir un accueil dans tous
les départements des femmes victimes de violences, des
moyens donnés aux associations féministes pour qu’elles
puissent exercer leurs missions dans de bonnes conditions.
Plus de 400 millions d’euros pour l’hébergement : « Il ne
faut pas juste des places, il faut des places dans des centres
d’hébergement et de réinsertion qui permettent d’avoir non
seulement un toit mais aussi un accompagnement social
ou psychologique ».
CAROLINE DE HAAS,
autrice, fondatrice du
collectif #NousToutesLES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
65
Des moyens pour la protection de l’enfance : accueillir les
enfants dans des endroits sécurisés, former les profession-
nels qui reçoivent un enfant au repérage des violences (à
l’hôpital par exemple), déployer l’ordonnance de protection
qui permet aux femmes victimes de violence d’être pro-
tégées avec leurs enfants, sans forcément porter plainte.
• Réformer les institutions
Si, demain, toutes les femmes victimes portent plainte, les
institutions actuelles ne pourront pas traiter l’ampleur des
violences. Il faut donc penser l’évolution du système et des
niveaux de pénalisation. Voire abolir la prison, qui n’est pas
une solution pour traiter les violences. « On est entre nous
sur ce live Instagram Élysée… Je ne suis pas totalement
majoritaire dans mon gouvernement là-dessus mais je
pense qu’on pourra les convaincre ! Il me reste un petit
peu de temps… »
En conclusion de son intervention, la « présidente » Caroline
De Haas a invité son nouveau gouvernement (l’ensemble
des intervenantes et intervenants de la journée des Assises
nationales du lutte contre les violences sexistes) à proposer
leur mesure phare pour en finir avec les violences sexistes
et sexuelles.CHARLOTTE PUISEUX,
psychologue et docteure
en philosophie, spécialiste
du mouvement CRIP
JULIET DROUAR,
art thérapeute,
artiste et militant
queer
MOUNIA EL KOTNI,
anthropologue,
co-autrice de
Notre corps,
nous-mêmes
66
Charlotte Puiseux, Juliet Drouar et Mounia El Kotni
échangent ensemble sur la question du corps comme
berceau des dominations sexistes et sexuelles : ce corps
dans lequel s’inscrivent et se gravent les violences.
LA DOMINATION PATRIARCALE
SUR LE CORPS
Selon Mounia El Kotni, la question centrale à poser n’est
pas le corps lui-même mais ce que le patriarcat fait aux
corps des femmes : une domination qui selon elle, « œuvre
avant la naissance, notamment avec la sélection du genre
du fœtus lors de la grossesse, et s’inscrit tout au long du
vécu jusque dans la mort ». Évoquant un « universel des
violences sexistes et sexuelles visant spécialement les
corps sexisés », l’anthropologue évoque les violences que
sont notamment les mutilations génitales et les chirurgies
très lourdes pratiquées sur des enfants inter-sexe pour
faire « rentrer leurs corps dans des cases ». Des violences
structurelles et non traitées, au même titre que les violences
faites aux femmes en situation de handicap.
Charlotte Puiseux rappelle ainsi que 9 femmes souffrant de
handicap mental sur 10 ont subi des violences au cours de
leur vie. Des chiffres tirés d’enquêtes que la psychologue
qualifie de « secrètes », comme le sont, rappelle-t-elle, les
violences dans les institutions spécialisées pour personnes
en situation de handicap, qui sont pour elle les « haut lieux
de violences sexuelles car en huis clos » ; des lieux où les
personnes « ne sont pas écoutées car la parole des per-
sonnes valides y est jugée supérieure ». Elle décrit ainsi,
devant une salle abasourdie, le concept de « violeur bien-
faiteur » désigné comme tel pour avoir eu « la bienfaisance
de considérer le corps pourtant désexualisé d’une personne
handicapée ». Charlotte Puiseux déplore également que
les mouvements féministes et le mouvement MeToo ne
prennent pas suffisamment en compte les violences que
subissent les femmes en situation de handicap, ce pourquoi
elle se bat avec son collectif Les Dévalideuses.
L’INCESTE COMME SYMPTÔME
DE LA CULTURE PATRIARCALE
Co-auteur de La Culture de l’inceste, Juliet Drouar rappelle
que l’inceste touche 1 enfant sur 10 en France et que l’au-
teur de l’inceste est le plus souvent un homme, plus âgé
que la victime, majoritairement père. 70 à 80 % des crimes
incestueux sont perpétrés par des hommes sur des femmes
et des enfants. Faisant le parallèle entre la position des
enfants, des femmes et celles des personnes en situation
de handicap, Juliet Drouar dénonce un discours commun à
leur encontre : « vous êtes fragiles, dépendants donc nous
allons vous aider ».
Dans un contexte général de libération de la parole des
victimes, et deux ans après la publication du livre de Camille
Kouchner La Familia Grande vendu à 300 000 exemplaires,
Juliet Drouar souligne toutefois que la parole sur la pédocri-
minalité et l’inceste est beaucoup plus audible aujourd’hui
qu’il y a encore quelques années.
L’INTÉGRATION POUR L’ÉMANCIPATION
En conclusion, Mounia El Kotni précise que MeToo a mon-
tré que les violences sexistes « concerne tous les milieux
sociaux, mondialement ». Charlotte Puiseux abonde et
souligne l’importance du collectif : « un des ressorts des
systèmes de domination est de nous isoler les uns des
autres et de reporter la faute sur les individus. Si les per-
sonnes concernées sont exclues des choix sociopolitiques,
la société ne sera pas pensée pour elles. La première chose
à faire est de les écouter pour qu’elles puissent s’émanciper ».
QUESTIONS DU PUBLIC
Public : Une jeune femme déplore que l’espoir soulevé par
MeToo soit, selon elle, en train de retomber et demande
aux trois intervenants leurs espoirs pour ce mouvement et
le féminisme en général.
Intervenants : Parmi les espoirs soulevés, le fait que les
collectifs de femmes en situation de handicap soient plei-
nement pris en compte par les mouvements féministes ;
ou encore des changements observés comme notamment
dans le corps médical, où des « gynécologues qui n’avaient
jamais demandé le consentement de leurs patientes avant
un acte médical, désormais le font ».
Ressources
• Dorothée Dussy, Le berceau des dominations,
Anthropologie de l’inceste, Éditions la Discussion, 2013
• Camille Kouchner, La Familia Grande, Éditions du Seuil,
2021
• Charlotte Puiseux, De chair et de fer - Vivre et lutter
dans une société validiste, Éditions La Découverte,
2022
• La culture de l’inceste, Collectif, Éditions du Seuil, 2022
• Notre corps, nous-mêmes, Collectif NCNM, Éditions
Hors d’atteinte, 2020
LE CORPS, BERCEAU DES
DOMINATIONS SEXISTES
ANIMATION : CLÉMENTINE LEMAIRE
ET CLÉMENCE LEVEAUTITIOU LECOQ,
journaliste, autrice de Le couple
et l’argent, Pourquoi les hommes
sont plus riches que les femmes
LUCILE PEYTAVIN,
historienne, essayiste, autrice de
Le coût de la virilité
67
En initiant un dialogue entre Titiou Lecoq et Lucile Peyta-
vin, l’atelier « Le nerf de la guerre : l’enjeu économique des
violences » soulève la question du rôle central de l’argent
dans les violences. Dans le couple, l’argent peut favoriser
l’emprise et empêcher les départs. Dans la société, la virilité
coûte cher. Les deux intervenantes le démontrent dans
leurs travaux respectifs. Journaliste et autrice, Titiou Lecoq
a publié Le couple et l’argent, Pourquoi les hommes sont
plus riches que les femmes. Essayiste et historienne spé-
cialisée dans le travail des femmes, Lucile Peytavin a publié
Le coût de la virilité, ce que la France économiserait si les
hommes se comportaient comme les femmes.
En introduction de l’échange, Titiou Lecoq rappelle que
la question économique a été laissée de côté dans le
mouvement MeToo, au profit du travail sur le corps. « Le
mouvement féministe est gêné de parler d’argent avec les
femmes, tout en tenant un discours qui ne va pas avec un
horizon d’abolition de domination », explique-t-elle. Lucile
Peytavin souligne que pour autant, Simone de Beauvoir a
déjà posé la question de l’argent en déclarant qu’il n’y aurait
pas de libération des femmes sans libération ni indépen-
dance économique.
Alors pourquoi et comment, les hommes restent encore
en 2022 plus riches que les femmes ? Car « la féminité est
construite sur le don » selon Titiou Lecoq. Rappelant le
fait que les inégalités de patrimoine entre les hommes et
les femmes ont quasiment doublé ces dernières années, la
journaliste explique que les femmes ignorent qu’elles sont
« des agents économiques sur tous les pans de leur vie » et
que « l’État français est construit pour que l’égalité dans un
couple ne soit pas intéressante » à atteindre mais au béné-
fice de celui ou celle qui a le revenu supérieur. Regrettant
l’absence d’une éducation à l’argent à l’école, Titiou Lecoq
déplore que cette éducation soit essentiellement familiale
donc au bénéfice de certaines classes sociales uniquement.
VIOLENCES ÉCONOMIQUES
213 000 femmes âgées de 18 à 75 ans ont été victimes de
violences au sein de leur couple en 2019. L’argent peut
être l’outil de ces violences, notamment quand il existe une
dépendance financière d’un membre du couple sur l’autre.
« Des femmes subissent des violences économiques sans en avoir
conscience. Si le sujet de l’argent fait peur à aborder c’est qu’il y a
un problème au sein du couple. » Titiou Lecoq.
Lucile Peytavin souligne le pouvoir du sujet économique
pour sensibiliser aux questions d’inégalités, notamment à
destination des hommes. « Lorsque l’on aborde la mascu-
linité toxique par l’angle économique, on utilise un langage
universel qui parle plus facilement aux hommes », analyse
ainsi l’historienne. Rappelant que pour l’écriture de son livre,
il lui fut difficile de trouver des « statistiques ventilés par
sexe », Lucile Peytavin parle de « points aveugles » pour
décrire le fait que la société considère, à tort, que les com-
portements des hommes représentent la norme ; et évoque
une « sur-représentation des hommes dans la violence, la
délinquance, la criminalité », chiffres à l’appui : 80 % des
élèves sanctionnés pour leur attitude au collège sont des
garçons, 96,3 % de la population carcérale en France est
masculine. L’essayiste a alors calculé le différentiel entre les
sommes dépensées par l’État français pour faire face aux
comportements asociaux des hommes et celles dépen-
sées pour les services de défense et de sécurité, l’évaluant
à 95,2 milliards d’euros par an, soit environ le montant du
déficit du budget annuel de la France.
INVESTIR SUR LA PRÉVENTION PLUTÔT
QUE DE RÉPARER LES CONSÉQUENCES
Lucile Peytavin rappelle l’importance de l’éducation pour
prendre en compte les causes des comportements cités
précédemment :
« La société éduque les garçons à travers cette valeur de viri-
lité : être le plus fort, avec des rapports de rejet, de domination, de
non-respect des règles. » Lucile Peytavin
Mais selon elle, « être fort moralement et physiquement
sans cesse a un coût » payé par la société, par les femmes –
car les garçons sont « éduqués dans le mépris du féminin »
– et par les hommes eux-mêmes. Ainsi, 75 % des morts sur
la route sont des hommes et les hommes ont 2 à 3 fois plus
de risques de mourir d’une mort liée à un comportement
à risque, par exemple.
En conclusion de leur échange, Lucile Peytavin et Titiou
Lecoq saluent toutes deux que le fait d’avoir analysé les
discriminations sous l’angle économique permet à leurs
travaux d’être entendus par des personnes qui « n’avaient
pas l’habitude de nous écouter ».
LE NERF DE LA GUERRE :
L’ENJEU ÉCONOMIQUE DES VIOLENCES SEXISTES
ANIMATION : ÉRIC WARINROSE LAMY,
co-fondatrice de
#MusicTooFrance, autrice de
l’ouvrage collectif Moi aussi :
#MeToo, au-delà du hashtag
MATHILDE VIOT,
co-fondatrice de
#MeTooPolitique et de
l’Observatoire des violences
sexuelles en politique
LE NERF DE LA GUERRE : L’ENJEU ÉCONOMIQUE DES VIOLENCES SEXISTES (SUITE)
68
QUESTIONS DU PUBLIC
Une femme demande s’il existe une application mobile
permettant de mesurer le temps qu’une mère passe avec
ses enfants « parce que le temps, c’est de l’argent ». Après
les rires du public, Titiou Lecoq répond que les femmes
ont tendance a sous-estimer le temps passé à accomplir
les tâches ménagères tandis qu’a contrario, les hommes
le surestiment. Un temps qui, selon la journaliste, a « une
valeur économique » posant la question de la définition
même du travail.
Une seconde intervenante, membre de l’association
Femmes sourdes et solidaires évoque une situation de
couple entre un homme sourd et une femme sourde au
sein duquel l’homme est le seul à toucher les deux pres-
tations AAH (Allocation aux Adultes Handicapés) car sa
femme analphabète ne peut pas remplir les documents
administratifs. Titiou Lecoq rappelle alors que l’État fran-
çais considère le couple comme unité économique de
base mais qu’actuellement, face à une forte demande de
déconjugalisation des prestations sociales, une loi est en
passe d’être votée pour qu’une prestation sociale ne soit
plus versée sur compte bancaire autre que celui au nom
de la personne ayant le contrat.
Une troisième personne demande à Lucile Peytavin si elle a
quantifié le coût de la virilité au niveau de la santé mentale.
L’essayiste répond s’être appuyée sur des outils statistiques
permettant de quantifier combien vaut une vie, un blessé
grave, un blessé léger mais qu’il est difficile, à travers les
chiffres, de rendre compte de la souffrance mentale.
Enfin, une dernière intervenante souhaite « interpeller sur
la possibilité d’un salaire universel des femmes », évo-
quant son choix personnel d’arrêter sa carrière de cadre
pour accompagner ses enfants. Déplorant une absence
de « reconnaissance de la société », elle considère pour-
tant « travailler aussi pour la société » en accompagnant
notamment son fils à avoir une « bonne attitude envers
les femmes ». Titiou Lecoq abonde en précisant que cela
soulève la question des congés parentaux qu’il faudrait
complètement réformer et celle, plus large, de savoir quelle
société nous voulons, en concluant : « Plus le métier est
nécessaire, plus il est mal payé ».
Ressources
• Titiou Lecoq, Le couple et l’argent, pourquoi les
hommes sont plus riches que les femmes, Éditions
L’iconoclaste, 2022
• Lucile Peytavin, Le coût de la virilité, ce que la France
économiserait si les hommes se comportaient comme
les femmes, Éditions Anne Carrière, 2021
• https://www.oseilleetcompagnie.com/
• https://plancash.fr/
• https://monbudgetbento.com/
• Application mobile « Bring ! » pour les courses
• Application mobile « Tricount » pour les comptes
partagésELVIRE BORNAND,
sociologue et présidente de l’association
Plan 9
FRÉDÉRIQUE LETOURNEUX,
journaliste et sociologue
69
Elvire Bornand, sociologue et présidente de l’association
Plan 9, et Frédérique Letourneux, journaliste et sociologue,
ont mené des ateliers dans des centres socioculturels
Accoord pour croiser les regards sur le sexisme. « Nous
avons rencontré des publics jeunes et moins jeunes en leur
demandant ce que signifiait pour eux le sexisme, indique
Elvire Bornand, en préambule de la table ronde. Nous leur
avons demandé comment ils se percevaient dans la société
et s’ils se sentaient autonomes dans la vie de tous les jours
ou contraints par des rapports de genre. L’idée, c’était de
faire de la sociologie sur le vif pour permettre à des per-
sonnes de commencer à conscientiser et à déconstruire des
choses. Toute notre réalité est construite, il faut apprendre
à la décortiquer brique par brique ». De ces rencontres est
né un podcast : Vivre dans un monde sexiste.
« NOMMER CE QUE L’ON VIT »
En raison de problèmes techniques, les extraits du podcast
ne peuvent être diffusés lors de la table ronde mais une
borne d’écoute est disponible à la sortie de la salle. Elvire
Bornand et Frédérique Letourneux se concentrent sur la
parole de trois salariées de l’Accoord : comment ces pro-
fessionnelles vivent et traitent la question du sexisme au
quotidien. Hélène, formatrice de Français langue étrangère
(Fle), anime des ateliers sociolinguistiques avec des adultes.
« En fonction de la composition du groupe, j’adapte les sujets. Je
fais par exemple un focus sur la santé féminine. Cette semaine, au
centre socioculturel de La Halvêque, j’ai présenté le distributeur de
protections périodiques. La plupart des femmes ne connaissaient
pas l’existence de cet endroit ni ce qu’est un tampon, c’est donc
l’occasion d’en discuter ». Hélène informe également sur les dis-
positifs de lutte contre les violences sexistes et sexuelles et utilise des
supports comme la BD de la dessinatrice Emma sur la charge mentale
des femmes. « L’important, c’est de pouvoir nommer les choses pour
prendre conscience de ce que l’on vit. »
Le podcast a également été enregistré lors d’un bivouac
organisé par l’Accoord. Les adolescentes ont pu s’exprimer
sur le rapport au corps et le consentement. Une question
abordée au quotidien par Marieke qui travaille au club ados de
Port-Boyer. « Avant d’évoquer le consentement, on essaie de
parler de la notion d’empathie : se mettre à la place de l’autre.
Si on est sensible à l’autre, si on l’observe et on voit comment
il réagit… On peut pressentir s’il est ok pour aller plus loin ».
« DÉGENRER AU MAXIMUM LES ACTIVITÉS »
« Les inégalités ne nous tombent pas dessus à l’âge adulte :
on naît dans une société inégale et on en prend conscience
petit à petit. Et beaucoup de choses se jouent dans la cour
d’école », rappelle Elvire Bornand. Clothilde, qui travaille
au sein de l’Accoord avec des enfants de 3 à 10 ans, le
constate : « 95 % des enfants jouant au foot sont des gar-
çons. C’est assez révélateur de la place qu’ils prennent par
rapport aux filles. Les petites filles vont vers des activités
calmes, en intérieur, alors que les garçons sont dehors.
Ils prennent de la place et font du bruit ». Comment faire
bouger les lignes ? « Quand un tournoi de foot est organisé
par des adultes, les filles vont se sentir plus légitimes à par-
ticiper ». La professionnelle souligne qu’il faut également
« autoriser les garçons à aller vers des activités dites de
filles » en « dégenrant au maximum le loisir ».
La question de la mixité est débattue par les intervenantes.
Clothilde anime des ateliers philo : « Nous ne travaillons
qu’avec des filles car la parole est beaucoup plus libre. Nous
avons essayé de faire des ateliers mixtes mais les garçons
sont dans la moquerie ». Pour Marieke, « la non-mixité a
ses limites car on n’enrichit pas les garçons sur ce que sont
les femmes et les filles alors qu’ils en ont besoin pour mieux
grandir ». Hélène évoque son expérience professionnelle
en Irlande dans une école de filles, « la plupart expliquaient
qu’elles n’avaient pas à réfléchir à leurs postures et à se
censurer dans leurs réponses », et rapporte également une
parole plus libre des femmes dans ses ateliers quand les
hommes sont absents.
« Pensez-vous qu’il revient à l’animation socioculturelle,
l’enseignement de la langue et l’éducation populaire de
jouer un rôle pour se défendre face aux injustices ? »,
interroge Elvire Bornand. « C’est une évidence, on est
censés pouvoir leur fournir des armes pour grandir dans
des conditions les plus justes possibles », indique Clothilde.
Pour Marieke, « l’éducation populaire doit faire en complé-
ment de l’éducation nationale et parentale, c’est ce qui va
permettre aux jeunes de construire leur esprit critique ».
En clôture de cette table ronde, des adolescentes ayant
participé au bivouac prennent la parole :
« J’aime beaucoup le foot et en primaire, il est arrivé que
l’on me dise que je ne pouvais pas jouer parce que j’étais
une fille. J’ai insisté et maintenant, on me prend souvent
dans l’équipe ».
« Merci de parler de ces sujets un peu tabous. D’habitude, on ne
peut pas s’exprimer comme ça et c’était bien. »
Ressources
• Emma, Un autre regard, tomes 1 et 2, Massot éditions, 2017
• Podcast Vivre et grandir dans une ville sexiste, quelque
chose de grand et d’infiniment petit,
https://soundcloud.com/user-657780927/vivre-et-
grandir-dans-une-ville-sexiste
VIVRE DANS UN MONDE SEXISTE :
PAROLES DE NANTAISES ET DE NANTAIS70
L’association Colosse aux pieds d’argile a été fondée en
2013 par le rugbyman Sébastien Boueilh. Victime de vio-
lences sexuelles durant son adolescence, il porte plainte
à 30 ans en découvrant que son agresseur a aussi sévi sur
un de ses amis. Au terme de la procédure judiciaire qui
condamne son agresseur, il crée l’association prévenir les
violences sexuelles auprès des plus jeunes, notamment
dans le domaine du sport.
POURQUOI LE SPORT
PEUT-IL ÊTRE CONCERNÉ
PAR LES VIOLENCES SEXUELLES ?
Dans l’ordre, les violences sexuelles se déroulent : d’abord
en milieu intra-familial (famille, amis...), puis en milieu re-
ligieux, en accueil collectif de mineurs, en milieu scolaire
et en milieu sportif.
Colosse aux pieds d’argile a reçu 5000 témoignages de
violences sexuelles depuis sa création, dont ¼ proviennent
du milieu sportif.
Le sport peut-être un lieu de vulnérabilité parce que le corps
est au cœur du travail sportif, parce que plus on arrive vers
le haut niveau, plus il y a risque de phénomènes d’emprise.
LES LIEUX DE VULNÉRABILITÉ
DANS LE SPORT
En lien avec les participants à la conférence interactive,
plusieurs lieux ont été identifiés : les vestiaires y compris
douches et WC, les temps de déplacements, l’héberge-
ment, les massages de récupération, les outils numériques...
« En anticipant les situations dans ces différents lieux, l’enjeu est
de protéger les enfants, mais également leurs encadrants. »
DES SITUATIONS ÉVOQUÉES,
DES SOLUTIONS PRÉCONISÉES
• Se saluer au sein de la structure : l’association suggère
d’éviter la bise, d’instaurer un check, ou juste une salu-
tation orale, voire de laisser les jeunes choisir la forme.
• L’accès au vestiaire ? L’association conseille d’instaurer un
binôme d’adulte y ayant accès. Aucun adulte ne doit être
autorisé dans la douche, certains clubs acceptent que les
enfants se douchent en sous-vêtements.
• Corriger un enfant dans ses gestes sportifs : il est impor-
tant de prévenir du geste que l’on va effectuer, même
s’il n’y a aucun caractère sexuel. L’enfant doit consentir
au geste.
• Contacter un enfant à distance : Il vaut mieux créer des
groupes de discussion, avec les parents ou les enfants.
Jamais de contact individuel.
• Organiser l’hébergement : dès 6 ans, la non-mixité de
genre s’impose. On peut laisser les jeunes choisir leur
groupe, aucun adulte ne doit dormir dans la chambre
des enfants.
• Transporter un enfant en voiture : à l’arrière quel que soit
son âge, l’idéal étant de ne pas se retrouver seul avec un
enfant pour un déplacement.
• Diffuser des photos des jeunes sur les réseaux sociaux :
l’institution le peut si elle dispose du droit à l’image don-
née par les parents.
« Pour protéger les enfants et les éducateurs, le mieux est d’en
parler. »
LES INFRACTIONS À CARACTÈRE SEXUEL
Fabien Robert a souligné que les infractions à caractère
sexuel faisaient intervenir deux notions : le non-consen-
tement et l’atteinte aux parties intimes, puis a détaillé les
différentes notions : l’atteinte sexuelle (relation sexuelle
d’un majeur avec un mineur de moins de 15 ans), l’agres-
sion sexuelle (relation sexuelle commise avec violence,
contrainte, menace ou surprise). Cette dernière est qua-
lifiée de viol s’il y a pénétration. Le « jeu de l’olive », tout
comme le « chat-bite », qui ont cours parmi les jeunes sont
des agressions sexuelles. Le harcèlement sexuel enfin,
impose à une personne des propos ou comportements à
connotation sexuelle ou sexiste qui portent atteinte à sa
dignité. L’exhibition sexuelle en fait partie, tout comme la
sextorsion. La corruption de mineur (inciter à faire quelque
chose qu’un mineur n’aurait pas fait seul comme visionner
du porno) entre également dans cette case.
NE LAISSONS PAS LES VIOLENCES SEXISTES
ET SEXUELLES GAGNER DU TERRAIN !
FABIEN ROBERT,
intervenant régional association
Colosse aux pieds d’argileLES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
71
LES MÉCANISMES DE L’AGRESSEUR
Verrouiller la parole : chantage, abus de confiance, mani-
pulation, culpabilisation.
« L’adulte va rechercher la confiance des adultes. Il va aussi repérer
l’enfant le plus isolé, qui parlera le moins. Il s’appuie sur l’instaura-
tion d’un secret avec l’enfant. »
Le silence de la victime s’explique par la honte, la culpabilité,
la peur de ne pas être cru, la peur de compromettre ses
études, sa carrière, la protection de sa famille et le tabou
de la sexualité dans la famille.
Ressources
• Le centre de victimologie pour mineurs propose de
nombreux outils de sensibilisation, dont la vidéo
C’est quoi une agression sexuelle ?
• Le numéro de téléphone du Service National d’Accueil
Téléphonique de l’Enfance en Danger 119, gratuit et
confidentielMANON LE MEITOUR,
chargée de sensibilisation et
d’accompagnement de l’association
Résonantes
CAMILLE KSAZ,
chargée de sensibilisation et
d’accompagnement de l’association
Résonantes
72
Le programme Stand-up, qu’est-ce que c’est ? L’Oréal Paris,
main dans la main avec la Fondation des Femmes et l’ONG
Hollaback, a créé un programme international de forma-
tion afin de sensibiliser et d’éduquer le plus de personnes
possibles au harcèlement de rue. 80 % des femmes ont
déjà été victimes de harcèlement. Et seulement 20 % des
femmes déclarent avoir reçu de l’aide de la part d’une tierce
personne, témoin de la scène.
L’idée est de transmettre les meilleurs outils pour pouvoir
agir au mieux dans des situations de harcèlement de rue.
L’association Resonantes, créée en 2015 pour lutter contre
les violences faites aux filles et aux femmes, porte ce projet
en Loire-Atlantique.
LE HARCÈLEMENT DE RUE,
DÉFINITION ET CONSÉQUENCES
Sifflements, bruits de bouche, commentaires, insultes et
interpellations ou encore agressions sexuelles commises
dans l’espace public définissent le harcèlement de rue.
Ces comportements, ces atteintes ont lieu sans le
consentement de la personne et peuvent avoir de lourdes
conséquences sur son quotidien : santé psychologique
et mentale (anxiété, dépression, stress post-traumatique),
social et financier (entrave à la mobilité, absentéisme, dé-
ménagement, changement d’habitudes de se vêtir, de se
déplacer…), la qualité de vie de manière générale.
Cet atelier sensibilise pour être davantage prêt pour agir,
il s’appuie sur la formation Stand Up qui aide les témoins
à agir plus facilement et en conscience. L’intervention du
témoin est une méthodologie éprouvée. Agir en tant que
témoin est important, mais identifier et évaluer le danger
avant est essentiel pour désamorcer une situation sans
créer de danger pour soi-même.
« Lorsque nous intervenons face à ces situations, ça peut changer
la donne pour la personne harcelé.e. »
LA MÉTHODE DES 5 D
POUR AIDER UNE VICTIME
Il existe 5 possibilités d’intervenir, selon son ressenti, selon
le lieu et selon son courage. 5 façons d’aider une victime,
5 façons différentes toutes commençant par la lettre D.
• Distraire : adopter une approche indirecte pour désa-
morcer la situation
• Déléguer : Interpeller quelqu’un pour intervenir
• Documenter : récolter des preuves en gardant une dis-
tance de sécurité, et avoir le réflexe de relever le jour, le
lieu, la date et l’heure. Et ne pas oublier que ses informa-
tions n’appartiennent qu’à la victime.
• Dialoguer : s’assurer que la personne va bien, la rassurer,
en évitant de la toucher.
• Diriger : interpeller directement la personne harcelante,
mais éviter la confrontation.
Pour être un témoin efficace, il faut bien identifier la situa-
tion, évaluer sa sécurité et identifier ce qui empêche d’agir.
On peut retenir 3 éléments stratégiques :
• Suivez votre instinct, ne jugez pas votre propre réaction,
il n’existe pas de réponse correcte ou parfaite. Réagir aide
à faire face avec le traumatisme.
• Réaffirmez votre espace. Décidez de réagir, impliquez
le témoin, dites ce dont vous avez besoin ou ce qui ne
va pas. Documentez, démontrez, répétez les paroles du
harceleur, ou encore dites que vous filmez ou enregistrez.
• Pratiquez la résilience. En parler, écrire, chanter, faire du
sport, trouver le temps de se remettre pour évacuer est
une étape importante souvent négligée.
Il n’y a pas de réponse unique. Posez-vous la question de
quoi avez-vous besoin ? Bien qu’essentielle, cette question
est souvent mise de côté.
LES FREINS À UNE INTERVENTION
Il existe différentes raisons qui justifient l’inaction de certaines
personnes face à une scène de violence comme le harcèle-
ment de rue.
• L’effet spectateur : « Pourquoi j’interviendrai, quelqu’un
d’autre va intervenir à ma place ». Plus il y a de monde moins
on agit. Un blocage collectif se met en place, mais un mot,
un geste peuvent tout changer.
SE FORMER CONTRE LE HARCÈLEMENT DE RUE
AVEC LE PROGRAMME STAND UPLES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
73
• La peur : « J’ai peur d’empirer la situation » : Si le danger est
présent, on peut appeler la police. « Je ne peux rien y faire » :
la peur est normale, mais on peut trouver des outils pour
aider. Plusieurs personnes agressent « J’ai peur que cela
se retourne contre moi » : on peut trouver une méthode
indirecte, pour distraire.
• Le choc : « Je ne suis pas sûr de bien comprendre ce qu’il
se passe » : demander si ce à quoi on assiste est normal ;
au pire on se trompe, au mieux, on fait alors distraction.
• La mise à distance : « Cela ne me concerne pas » : peut-
être un jour cela concernera une personne que l’on
connaît.
• La banalisation : « Ce n’est pas méchant il n’y a pas
de violence » : on est tellement confronté à certaines
violences qu’on les minimise. Mais qu’a subi la victime
dans sa journée ? Cet acte vient-il dans un contexte de
tension ? La personne est-elle sensible ? Demander si ça
va reste possible pour mesurer l’impact du moment sur
la victime et son besoin.
ÉCHANGES AVEC LE PUBLIC
Public : « Ce n’est pas facile d’en parler, souvent quand ça
m’arrive je suis seule. Devoir me rabaisser à ses hommes…
Cette colère que j’ai, cette peur, pourquoi c’est à moi de
serrer les poings et de me taire ?! Alors qu’avec mon mari
nous sommes sur un pied d’égalité »
Intervenantes : « Quand on est victime on ressent de la
violence, on accumule différentes émotions. Il faut les
exorciser, crier, évacuer la colère, respire et en parler ».
Public : « La police, les agents de sécurité ne nous croient
pas... »
Intervenantes : « Aujourd’hui il existe un pôle psychologique
au commissariat Waldeck Rousseau, qui facilite le dépôt de
plainte. L’important est surtout d’en parler à quelqu’un pour
trouver une structure adaptée ».
Ressources
• Standup-international.com
• L’Association Résonantes sensibilise, informe et
conseille via des outils multiples.
• Spectacles et projections débats, programmes
audiovisuels, groupes de paroles ;
• Exposition itinérante « Fais pas Genre » sur le
harcèlement de rue
• App-elles : application mobile ressources avec un
bouton d’alerte pour contacter des proches en cas de
harcèlement de rue.CAMILLE TALLET,
sage-femme, co-autrice de
Au bonheur des vulves
ÉLISE THIÉBAUT,
autrice, co-autrice de
Au bonheur des vulves
74
Dans une salle comble, une centaine de personnes, beau-
coup de jeunes femmes mais aussi des professionnels de
tous âges et quelques hommes sont venus assister à la
conférence gesticulée « Connais-toi toi même » de la sage-
femme Camille Tallet en duo avec l’autrice Élise Thiébaut,
notamment reconnue pour son travail de pédagogie et
d’éducation populaire autour des règles.
« Pouvoir nommer précisément l’anatomie, sans passer par
un vocabulaire enfantin ou vulgaire, est indispensable pour
briser l’omerta contre les violences. De la même manière
qu’il est impossible d’imaginer l’inceste pour une victime, il
est capital de disposer des bons mots pour se défendre ».
UTILISER LE BON VOCABULAIRE
Ce vocabulaire relève d’un enjeu de santé publique et de
prévention. Les intervenantes rappellent que l’objectif de
santé n’est pas l’absence de maladie mais le bien-être. Pour
promouvoir cette connaissance collective et une réap-
propriation de son corps de manière inclusive, les autrices
lancent une démonstration claire, efficace et drôle autour
de l’anatomie de la vulve. « On va vulvairiser sans parler
vulvairement ! ». De concert avec la salle, elles dressent
l’inventaire des différentes parties de la vulve, recensées
sur une peluche en feutre coloré : les lèvres externes, in-
ternes, l’hymen, l’urètre, les glandes para-urétrales, le vagin,
le clitoris…
PRENDRE SOIN DE SOI ET SA SANTÉ
Les deux autrices proposent différentes techniques d’au-
to-surveillance médicale. Elles expliquent que l’intérieur du
vagin, à la manière d’un écosystème, doit rester humide car la
zone transpire et sécrète naturellement des sécrétions et des
fluides. Elles mettent en garde contre une hygiène excessive
qui détruit cette flore, « pas plus d’un lavage par jour, sur les
parties externes uniquement et à l’eau idéalement ».
« Pas de chasse aux sécrétions! », « et pas de chasse tout
court » lancent les deux autrices qui n’hésitent pas à faire
des liens entre politique et intime. Elles préconisent l’utilisa-
tion d’huiles végétales (amande douce, coco, onagre) pour
hydrater la zone plutôt que les produits chimiques coûteux
distribués en pharmacie.
Elles terminent leur intervention par une série de conseils
pratiques, sous la forme de questions-réponses avec la salle,
avec la possibilité de poser ses questions anonymement
par téléphone-SMS interposé. Les questions portent sur la
fréquence des rapports, le consentement dans le cadre de
consultations médicales, la possibilité de réaliser certains
prélèvements vaginaux par soi-même et le fait d’observer
différents symptômes pour trouver les réponses les plus
adaptées. Des conseils sont donnés aux parents pour
promouvoir l’autonomie des plus petits dans les gestes de
soin et pour la toilette intime. Leur conférence s’adresse au
grand public, aux enseignants et aux professionnels dans
un but d’éducation sexuelle inclusive.
Ressources
• La peluche pédagogique de Vulvae, diffusé sur un
crowdfunding Ulule.com actuellement
https://fr.ulule.com/vulvette/
• Camille Tallet et Élise Thiébaut, Au bonheur des vulves,
le manuel antidouleur qui en a entre les jambes,
Éditions Leduc S., 2021
• Élise Thiébaut, Ceci est mon sang : petite histoire des
règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font,
Éditions La Découverte, 2017
• Notre corps, nous-mêmes, Collectif NCNM,
Éditions Hors d’atteinte, 2020
CONNAIS-TOI TOI-MÊME !
LA MEILLEURE CONNAISSANCE DU CORPS DES FEMMES,
OUTIL DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES75
Sokhna Fall est ethnologue, victimologue, thérapeute fami-
liale et vice-présidente de l’Association Mémoire Trauma-
tique et Victimologie. En ce deuxième jour, elle livre un texte
qu’elle a, précise-t-elle, « écrit il y a quelques temps pour
le projet de loi de seuil de non-consentement des enfants
à des activités sexuelles avec des adultes ».
En introduction, Sokhna Fall tient à saluer « le courage de
plusieurs personnes : Camille Kouchner, Vanessa Springora,
Éva Thomas, Arnaud Gallais, l’aîné des enfants du procès
d’Outreau, Serge Tisseron». Puis questionne l’assemblée :
« les violences sexuelles contre les enfants surgissent
comme un scandale méconnu mais ce qui est méconnu
est le scandale : elles dérangent, mais le font-elles vrai-
ment ? ». Celles et ceux qui ont fait avancer la connaissance
sur l’inceste, dit-elle, « ne sont pas nécessairement des
grandes figures ». À l’époque d’Éva Thomas qu’elle qualifie
de « pionnière », « un grand nom a dit que l’inceste était
rarissime ».
Réprouvant les études de psychologie ayant longtemps
utiliser le mythe d’Œdipe pour analyser l’inceste, Sokhna Fall
évoque un « imparable modèle de l’inversion de culpabilité ».
« Cette histoire d’Œdipe n’a-t-elle pas couvert d’un voile les symp-
tômes sexuels des enfants qui avaient précocement été dévoilés
par les parents ? interroge-t-elle alors. Comme si personne n’avait
jamais admis qu’être adulte donne des droits sur les enfants... »
« Comment réveiller les adultes ? Qu’est-ce qui les em-
pêche de protéger les enfants ? Telles sont les questions
que doit se poser la société », selon la conférencière.
LA DOMINATION DES PLUS FORTS
« L’inceste, les violences sexuelles, les maltraitances, ap-
prennent aux enfants que le monde est régi par des rapports
de domination. Il n’y a là aucune attirance sexuelle ! » « Violer,
c’est faire l’économie du meurtre », assène alors Sokhna Fall.
Dans un monde où « le droit est du côté du plus fort »,
Sokhna Fall déplore une puissance qui veut « s’obtenir par
de l’argent, en s’appuyant sur l’appartenance ethnique, sur
l’identité sexuelle, en déshumanisant les autres ». Alors, « les
enfants apprennent que ne pas être puissants coûte très
cher » et les enfants victimes apprennent « qu’il vaut mieux
dominer autrui pour ne pas se consumer de honte, pour ne
pas vivre son corps comme un étranger hostile, pour ne pas
mourir d’effroi face à un inconnu, pour ne pas perdre l’esprit
en se sentant amoureux ». Et si l’on ne veut pas dominer ?
« Alors il faut fuir ou s’enfouir ».
Autant de leçons « amères, subtilement ou non répétées
aux enfants jusqu’à leur majorité ».
Sokhna Fall dénonce un « monde où toutes les failles du
droit démocratique peuvent être infiltrées. Là où l’on peut
violer au grand jour, on peut harceler ou exploiter son
employé ou son sans-papier. » Puis, elle fait le parallèle
entre toutes les dominations des minorités et cite alors
Alain Deneault, philosophe et sociologue français, dont
l’article L’économie de la haine met en lumière la façon
dont certaines entreprises négligent les recommandations
pour ne pas mettre en danger l’environnement et le bassin
de vie de population vivant sur des terrains exploitées pour
leurs ressources naturelles.
Sokhna Fall dénonce une société où ce qui compte « est
de dominer, où les hommes sont très ouvertement en-
couragés à ces attitudes », où « les enfants victimes auront
appris leur leçon (…) qu’ils seront désormais les plus forts ».
Et ajoute : « pour l’instant, la culture annonce aux filles que
victimes, elles resteront ».
Citant la mise en garde de Sandor Ferenczi déclarant que
le respect de la loi et des droits de chacune et chacun s’ap-
prend dans l’enfance, Sokhna Fall interpelle l’assemblée :
« Protéger les enfants, les réhabiliter dans leur réalité de per -
sonne crédible, les respecter dans leur corps et leur vulnérabilité,
les mettre à l’abri, c’est prendre le risque d’édifier un autre monde.
Sommes nous prêts à changer de paradigme ? Les puissants de ce
monde veulent ils un autre monde ? »
Et conclut son plaidoyer, sous les applaudissements :
« Tant que nos États ne donnent pas la priorité absolue à la pro-
tection effective des enfants, nous ne sortirons pas des logiques
de domination. »
Ressources
• Alain Deneault, L’économie de la haine et le complexe
narcissico-casanier, Éditions Moebus, 2010
• Camille Kouchner, La Familia Grande, Éditions du Seuil, 2021
• Vanessa Springora, Le Consentement, Éditions Grasset,
2020
PROTÉGER LES ENFANTS. CHANGER LE MONDE
SOKHNA FALL,
vice-présidente de l’Association Mémoire
Traumatique et Victimologie, thérapeute familiale76
En janvier 2020, le livre de Sarah Abitbol Un si long silence,
coécrit avec Emmanuelle Anizon, a révélé au grand public
les viols qu’elle a subis pendant deux ans de la part de son
entraîneur. Il est à l’origine du MeToo dans le monde sportif.
L’OMERTA AUTOUR DES VIOLENCES
SEXUELLES DANS LE SPORT
L’agresseur organise la confiance des parents : « Mon en-
traîneur est quelqu’un de très intelligent et il s’est rapproché
de mes parents. Il venait dîner à la maison, mes parents
avaient une grande confiance en lui, donc pourquoi penser
l’impensable ? »
Les victimes ne sont pas entendues : des personnes ont
parlé mais l’entraîneur violeur n’a été écarté que quelques
mois de ses fonctions. « La fédération l’a repris sous son
aile, auprès de jeunes patineurs. La parole des patineurs n’a
pas été entendue à sa juste valeur ».
Malgré le témoignage de Sarah Abitbol en 2007 auprès du
président du club et du ministère, rien n’avait changé avant
son témoignage public de 2020.
« En 2007-2008, j’en ai parlé au président du club et au ministère,
et on m’a dit : « Il vaut mieux fermer les yeux ». C’était comme si
j’annonçais quelque chose de banal. Je me suis dit : bon, ça ne sert
à rien, et je suis retournée dans le silence. »
BRISER LE SILENCE POUR RENAÎTRE
Le fait que l’agresseur soit encore en place a déclenché la
libération de la parole de Sarah Abitbol en 2020, pour ne
pas être complice.
Le téléfilm La Consolation, sur la vie de Flavie Flament a
aussi été un révélateur où elle s’y est vue comme victime.
« Je me suis dit : il va falloir que tu parles. Si tu veux un jour
vivre correctement, il va falloir que tu brises ce silence ».
Aujourd’hui, Sarah Abitbol considère qu’elle renaît grâce à
cette libération de la parole.
« Ça prend du temps, ça m’a pris 30 ans pour poser ce mot « viol »,
mais je peux dire aujourd’hui que je suis à 70 % de ma guérison,
parce que j’ai parlé. »
LES ÉVOLUTIONS CONCRÈTES DEPUIS
SON TÉMOIGNAGE DANS LE MILIEU SPORTIF
La cellule de signalement Signal-sports a été mise en place :
des personnes professionnelles y recueillent la parole des
victimes.
50 fédérations ont été touchées, 900 cas de victimes sont
avérés aujourd’hui : ils concernent 90 % de femmes et à
90 % pour des agressions sexuelles.
Les entraîneurs, s’il se confirme qu’ils ont été violents, sont
radiés de la fédération.
Le ministère a aussi créé une cellule pour les bénévoles :
c’est un code d’honorabilité pour que tous les bénévoles
puissent être « regardés de près » avant d’encadrer.
« L’ex-ministre des sports (Roxana Maracineanu ndlr) a pris vrai-
ment les choses en main de manière très forte et très puissante.
Je la remercie encore aujourd’hui. […]. Elle s’est mise en danger
pour que les sportifs puissent sortir de ce silence. »
L’ASSOCIATION LA VOIX DE SARAH
A la suite de ce témoignage, Sarah Abitbol a créé une associa-
tion qui oriente les victimes vers un avocat ou des psycholo-
gues, afin de les aider à sortir du silence, à libérer leur parole.
Dans ce cadre, elle va régulièrement témoigner dans les
institutions sportives et scolaires : son statut de victime peut
faciliter la parole, parfois plus simplement que face à un
psychologue ou un référent éthique. « C’est une mission
de continuer ce combat et d’aider la nouvelle génération
pour que ça n’arrive plus ».
« Si de mon côté, une ancienne victime était venue dans le club,
peut-être que j’aurais déclenché ma parole. »
« Les jeunes filles, en général, me disent : j’ai votre livre sur ma
table de nuit et je coche toutes les cases. Comme vous, je veux me
sentir mieux. Donc je suis là pour les aider, les diriger, et essayer
de sauver leur vie, parce que quand on ne parle pas, on est dans
l’anti-vie. »
LE CHEMIN QU’IL RESTE À PARCOURIR
Se battre pour faire avancer la loi concernant les délais de
prescription : « Pour nous, les survivantes, la loi ne sera
pas rétroactive, mais je pense à nos enfants, aux enfants
de nos enfants, à la nouvelle génération ». La Voix de Sa-
rah travaille avec plusieurs sénateurs et députés pour faire
évoluer la loi : faire que si une victime du même agresseur
parle aujourd’hui, les dossiers prescrits pour cet agresseur
puissent être également pris en compte.
Ressources
• Emmanuelle Anizon et Sarah Abitbol,
Un si long silence, Éditions Plon, 2020
• Flavie Flament, La Consolation, Éditions JC Lattès, 2016
• Association La Voix de Sarah
#METOO DANS LE SPORT
ANIMATION : CLÉMENTINE LEMAIRE
SARAH ABITBOL,
patineuse artistique,
autrice de
Un si long silenceELSA GAMBIN,
journaliste à la revue féministe
La Déferlante
ROSA BURSZTEIN,
humoriste
77
Depuis #MeToo et la libération de la parole des femmes,
on ne pourrait plus rien dire. Plus rien rire. Interviewée par
Elsa Gambin, journaliste à la revue féministe La Déferlante,
l’humoriste et comédienne Rosa Bursztein raconte le che-
minement vers un humour « non oppressif ».
L’HUMOUR AVANT #METOO
La créatrice du podcast Les mecs que je veux ken et
chroniqueuse dans le podcast Hotline revient d’abord sur
l’humour avant #MeToo.
« Me Too est une vraie révolution, la question du rire non oppressif
n’existait pas avant. Il y avait un humour français très porté sur la
moquerie. Aujourd’hui, on réfléchit à rire avec et non rire contre.
C’est-à-dire un humour à la première personne où l’on rit de soi.
Cette autodérision existait déjà avant Me Too. »
Rosa Bursztein poursuit : « L’humour, c’est trois personnes
dans la classe. Le mauvais élève au fond qui lance la bou-
lette de papier, le premier de la classe qui se la prend sur la
tête et l’élève du milieu qui observe. Celui qui se prend la
boule de papier va témoigner de ça avec de l’autodérision.
L’humoriste qui jette la boulette est dans la provocation et
peut être problématique. L’humoriste d’observation parle
des autres et ça peut être très intelligent et inclusif. C’est
bien de pouvoir naviguer dans ces trois énergies sans vé-
hiculer des clichés ».
L’HUMOUR FÉMINISTE
« Après Me too, est-ce que tu as vu émerger une forme
d’humour féministe ? », interroge Elsa Gambin. « En France,
on est encore aux prémices de ces questions. L’humoriste
australienne Hannah Gadsby a vraiment changé la donne
avec son spectacle Nanette, il y a eu un avant et un après sur
comment faire de l’humour féministe ». Pour Rosa Bursztein,
l’humour féministe permet « d’interroger le féminisme avec
modestie ». « On se met une pression pour être une féministe
parfaite et l’humour permet d’apporter un peu de tendresse
et de tolérance entre femmes ». Elle salue le travail de Marina
Rollman : « Elle fait partie des femmes humoristes qui ont
pas mal changé la donne : elle amène de la drôlerie avec
douceur, sans chercher à emprunter l’énergie des hommes,
et se pose la question de l’humour inclusif ».
« INTERROGER LES PERSONNES
CONCERNÉES »
On ne pourrait donc plus rien dire ? « C’est faux. Personne
n’est à l’abri de faire une mauvaise blague qui blesse. Ce
qui compte, c’est de voir si l’humoriste reconnaît ses torts
et demande si on peut penser à une nouvelle formulation.
Tout le monde est prêt à accepter quelqu’un qui se remet
en question. » Pour la comédienne, il est surtout essentiel
d’interroger les personnes concernées. « J’ai fait une blague
sur les personnes trans, je l’ai envoyé à une copine trans
pour voir si c’était ok pour elle. L’idée, ce n’est pas que
seules les personnes concernées puissent en parler mais il
faut leur demander avant ».
« L’activisme par l’humour, est-ce que ça fonctionne ? »,
poursuit Elsa Gambin. « J’y crois, la comédie peut partager
tellement de messages d’espoir et de paix. L’humour n’est
pas voué uniquement à être gras, il peut faire du bien. Sur-
tout quand on voit les nouvelles au quotidien, on a besoin
d’alterner avec des moments où l’on dézoome et on rit ».
À la fin de la rencontre, une personne du public interroge :
« On ne peut plus rien dire : que peut-on répondre à ça ? »
« C’est faux, on peut rire de tout avec tout le monde mais il faut le
faire sans véhiculer de clichés malhonnêtes et stigmatisants qui ne
sont là que pour renforcer la haine. L’humour peut avoir des vertus
thérapeutiques mais il peut aussi être un procédé manipulateur
pour opposer les gens. Et si c’est un très bon humoriste qui fait des
blagues oppressives, l’onde de choc va être terrible. »
Ressources
• Podcasts Les mecs que je veux ken et Hotline
• Hannah Gadsby, Nanette, Australie, 2018
RIRE APRÈS #METOOISABELLE DERRENDINGER,
présidente du Conseil National de
l’Ordre des sages-femmes, directrice
de l’école des sages-femmes à Nantes
JUJU LA GYGY,
gynécologue obstétricienne
78
Partout dans le monde des femmes subissent des violences
gynécologiques. Si dans certains pays la problématique est
abordée depuis plusieurs décennies, en France, le sujet est
traité depuis peu de temps.
C’est en 2014, que le #PayeTonUtérus fait son apparition en
France, il met en lumière les rapports parfois compliqués
des femmes avec le corps médical, en général, et avec leur
gynécologue, en particulier.
En 2017, un rapport au Haut Conseil à l’Égalité entre les
femmes et les hommes est demandé au sujet des violences
obstétricales. Après plusieurs mois d’enquêtes, le rapport
constate le caractère « massif » des violences gynécolo-
giques et obstétricales.
« Cette dénonciation a fait l’effet d’une bombe et elle aura
eu le mérite d’avoir diminué nettement le taux d’épisioto-
mies à 8 %. Mais pas que. »
Ce rapport contient des témoignages effrayants de pa-
tientes qui dénoncent des injonctions sexistes, la non-
prise en compte de la gêne liée au caractère intime de la
consultation, des actes médicaux effectués sans recueil du
consentement de la patiente, et des violences sexuelles.
LES TÉMOIGNAGES DE PROPOS
PORTEURS DE JUGEMENTS,
RAPPORTÉS PAR DES PATIENTES,
OU ENTENDUS DURANT LEUR INTERNAT
« Vous n’avez pas besoin de contraception, vous êtes les-
bienne. »
« La femme avait un vagin comme un hall de gare. »
« Un médecin sans le consentement de la patiente a un
introduit son bras jusqu’au coude dans son utérus ».
Avant la loi du 4 mars 2002 qui rend le consentement et
l’information aux soins plus explicite, la directrice de l’école
de sages-femmes explique qu’elle ne demandait pas tou-
jours à la patiente si elle pouvait pratiquer une épisiotomie,
elle le faisait automatiquement.
« Je pensais que c’était normal. »
LE VIOL DANS LE CADRE
D’UN CABINET MÉDICAL
Des situations de viols et d’agressions sexuelles par des gy-
nécologues sont dénoncées au Haut Conseil des violences
gynécologiques.
« Les soignants et les patientes sont mal à l’aise, car les raisons
pour lesquelles nous recevons nos patientes est d’ordre médical,
il n’existe aucune notion d’acte sexuel lors de nos consultations.
Nous sommes des professionnels de santé, et notre intention est
d’apporter du soin. »
Juju la Gygy ajoute que le problème est le ressenti de la
patiente, d’où l’importance d’informer et d’intégrer la notion
du consentement automatiquement.
« Il n’existe aucun profil type de soignants malveillants, ni
de profil de victime », répondent les intervenantes.
LES CAUSES QUI PEUVENT
ENTRAÎNER DES VIOLENCES
• Le manque de temps dû au sous-effectif
• La culture paternaliste (qui se perd un peu aujourd’hui)
• Le défaut d’informations données à la patiente
• L’absence de formation autour du consentement et de la
relation soignant-patient
« En formation, nous n’apprenons que la médecine pure ; le reste
nous l’apprenons sur le terrain, auprès des patientes. »
LES CONSÉQUENCES D’UNE
JUDICIARISATION DE PLUS
EN PLUS IMPORTANTE
L’apparition de mauvais témoignages sur les réseaux so-
ciaux est un échec pour le corps médical.
« Les femmes s’imaginent qu’il y a un violeur en puissance
derrière son bureau. Lors de leur projet de naissance les
patientes réclament le respect et une écoute. Alors même
que ces notions de respect et d’écoute sont la base de nos
métiers... »
LES RECOMMANDATIONS POUR AGIR
Les deux intervenantes insistent sur le fait que les patientes
ont le droit d’exprimer directement leur douleur, d’en parler
auprès de l’établissement ou d’associations, de signaler les
faits à l’organisation régionale de santé, de porter plainte
auprès de l’ordre concerné par la pratique du soignant, de
dénoncer toutes violences d’un praticien à un patient.
MON CORPS, MON CHOIX :
EN FINIR AVEC LES VIOLENCES OBSTÉTRICALES
ANIMATION : ÉRIC WARINLES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
79
ÉCHANGES AVEC LE PUBLIC
Public : « Comment avez vous abordé la notion de consen-
tement qui n’existait pas dans vos pratiques ? »
Isabelle Derrendinger : « Je l’ai intégré à ma pratique, je
prends le temps d’expliquer à la patiente ce qui va se passer
pendant la consultation ».
Juju la Gygy : « Je n’ai pas de difficultés particulières, ça se
fait naturellement ».
Public : « Lorsque nous subissons des violences verbales de
la part d’un praticien comment peut-on agir ? »
Isabelle Derrendinger : « C’est compliqué parce que c’est
paroles contre paroles. Mais il faut tout de même le dénon-
cer, il est possible qu’il y ait d’autres cas.».
Ressources
• Juju la Gygy, Le guide gynéco joyeux et décomplexé,
Éditions First, 2021
• Juju la Gygy sur instagram : @jujulagygy80
C’était comment l’amitié pré #metoo jusqu’en 2017 ?
On s’est construit sur l’idée que l’amitié entre femmes et
hommes était louche, ambiguë et que les relations mixtes
épanouissantes étaient impossibles sans sexualité. On nous
a aussi beaucoup dit que nous étions si différents… mais
complémentaires.
Cette culture façonne notre manière d’être, en témoignent
les clichés sur les enterrements de vies de jeunes filles versus
de garçons. L’amitié entre hommes serait ainsi forcément
virile, et sans vraie ouverture de soi. L’amitié féminine serait,
elle, plus profonde mais teintée de ragots divulgués par des
femmes-langues de vipère.
L’amitié peut-elle être saine dans un monde genré ?
QU’A CHANGÉ #METOO ?
Une prise de conscience des femmes qu’elles ne sont pas
seules dans ce qu’elles vivent et qu’elles souffrent de rap-
port de domination – souvent jusque dans leur chair. Cela
a bien sûr été exploré dans des essais, des livres, des séries,
des films… Ce sujet de la domination est fondamental parce
qu’il pose la perspective essentielle que l’égalité nécessite
que tout le monde s’y implique.
#Metoo a libéré la parole, et des discussions à l’échelle so-
ciétale, nationale mais aussi internationale ont eu lieu sur des
vécus. Libérer la parole des femmes, ouvrir le sujet permet
d’ouvrir la discussion pour entendre que des hommes ont
aussi vécu des traumatismes et des dominations. La période
de 5 ans depuis #Metoo facilite la discussion avec les hommes
et permet de leur parler aussi de leurs violences subies.
« Sans la déferlante féministe de cette décennie, nous n’aurions
pas la sororité ni les réflexes d’écoute et de réponse. »
QUE VOUS ÉVOQUE LA CITATION
« PERMETTRE L’AMITIÉ, C’EST RENONCER
À SON POUVOIR, OUBLIER SA PEUR,
C’EST RECONNAÎTRE ET AIMER L’ÉGALITÉ
DE L’AUTRE ». JACQUELINE KELEN (1992)
À l’échelle d’une vie, ce sont les amitiés qui nous suivent le
plus longtemps. Elles sont plus constantes, or on apprend
peu à prendre soin de ces amitiés. Il s’agit de renoncer à son
pouvoir oui, de permettre la vulnérabilité pour l’ouverture
de soi, et en amitié nous pouvons avoir l’espoir d’être aimé
tel qu’on est, davantage que dans le couple.
Se posent aussi d’autres questions : que m’amène la rela-
tion ? Est-ce que je m’ouvre ? L’autre s’ouvre-t-il ? Avec
bienveillance ? Le féminisme permet d’aborder le sensible.
Avec ou sans relations sexuelles, ces discussions sensibles
et intimes se déploient et étaient bien plus difficiles il y a une
dizaine d’années. Il semble que ces années de pédagogie et
de sensibilisation féministes le permettent. Il s’agit aussi de
discuter de la société que nous souhaitons, de comment
on souhaite avancer ensemble en s’apportant du « bon ».
POUR LE GUIDE DE SURVIE DE
LA FÉMINISTE DANS SES AMITIÉS,
QUEL SERAIT LE CHANGEMENT DE
PARADIGME ?
Dans les amitiés mixtes, les hommes se rendent désormais
beaucoup plus compte de ce que l’on vit ou de ce que l’on
peut vivre. L’empathie s’est déployée et on peut interpeller
ses amis masculins en leur disant qu’ils peuvent agir, en tant
qu’ami dans des situations sexistes.
Il est nécessaire de continuer à faire de la pédagogie auprès
de son entourage, de parler de choses teintés de patriarcat
à ses amis. Il s’agit de faire prendre conscience du vécu des
populations minorisées.
Mon rôle est de les sensibiliser à leur rôle à jouer, entre eux
et dans leur rapport aux femmes, par exemple face à une
parole ou un geste d’un ami envers une femme. Générer
une discussion permet de dénormaliser. Les amitiés en
sortent plus soudées. Et eux ? Comment sont-ils traités ?
La galanterie, le caractère protecteur sauveur ne doit pas
être une injonction : « Tu peux décider de ne pas payer
l’addition lors d’un rendez-vous ! » En parler c’est être plus
proche et permettre la réflexion sur leur bien-être et leur
propre bonheur.
Parler de cette sensibilité et de la réalité du sexisme permet
un ruissellement d’empathie. Cet ami sensibilisé parle-
ra davantage de ses émotions également avec ses amis
hommes, c’est un cercle vertueux.
COMMENT ENTRER DANS DES AMITIÉS
PLUS ÉGALITAIRES SANS PASSER POUR
UNE FÉMINISTE DONNEUSE DE LEÇON ?
OÙ SE SITUE LA FRONTIÈRE ?
Sensibiliser, politiser les propos entre amis peut nous ame-
ner à perdre des amitiés s’il advient une trop grande dicho-
tomie. Ça arrive, c’est possible, mais il serait dommage de
ne pas essayer. Je tente de m’inscrire dans une démarche
féminine positive, en avançant avec douceur, avec la notion
du « care », en interrogeant simplement le caractère sexiste
de situations ou remarques. Challenger les amis favorise un
ÊTRE POTES APRÈS #ME TOO
ANIMATION : CLÉMENTINE LEMAIRE
MYMY HAEGEL,
créatrice de contenus81
tri, effectivement, on peut s’éloigner mais les amitiés qui
restent sont renforcées. Et potentiellement, ces discussions
impactent les relations entre hommes.
C’EST QUOI POUR EUX
UNE AMITIÉ POST #METOO ?
Ils ont souvent des « bandes » mais se racontent peu. Un
ami doit permettre d’être vraiment soi-même, souvent ils
cristallisent leur amitié de peur de passer pour un mec fra-
gile, sensible. Ce n’est pas un chemin facile mais mieux vaut
avoir moins d’amis mais à qui l’on parle vraiment ! #Metoo
a favorisé les échanges avec des féministes.
Je prends un exemple : Le podcast que j’ai créé The Boys
Club, parlait de vécu d’homme, Fab Florent l’a repris et il
est devenu Histoires de mecs. Marion Séclin, féministe en-
gagée, était proche de l’auteur. Ils ont beaucoup échangé
et il a pu engager une démarche active sur sa relation en
bande et comment il souhaitait la faire évoluer : sans être
alcoolisés, où se placent l’affection physique, les accolades,
les discussions intimes, les sentiments, les ressentis… C’est
typiquement l’exemple qu’au contact d’une féministe, les
relations deviennent plus saines au-delà justement d’un
propos féministe.
QUEL VÉCU AS-TU
D’AMITIÉS ENTRE FEMMES ?
J’étais une fille qui n’aimait pas les filles, j’avais internalisé
la misogynie. J’ai donc eu des loisirs codés masculins.
Dans mon esprit, les filles ça créait des embrouilles. J’en
suis revenue. Je pensais aussi que l’amitié femme-homme
n’était jamais neutre ni qu’amicale. J’ai changé d’avis aussi.
Des femmes sont maintenant des amies depuis 10 ans
notamment depuis la création du magazine Madmoizelle.
La relation n’est pas dégenrée, mais on échange beaucoup
sur les problématiques sexistes, sociétales. On peut être
en désaccord, avoir d’autres priorités. J’ai cependant une
expertise de 10 ans de féminisme qui permet d’éviter les
faux pas et d’orienter mes amies qui se posent des ques-
tions, mais aussi sur la capacité à trouver des ressources,
à accompagner des démarches de situations complexes.
LE MOUVEMENT #METOO
A-T-IL SORTI LE VERBE « AIMER »
DU COUPLE HÉTÉRONORMÉ ?
Le féminisme fait beaucoup pour repenser le couple. Dans
nos autres relations peut-on trouver l’amour, l’énergie ?
Oui. La sororité existe, on est plein et si je suis fatiguée
d’autres prennent le relais. L’amour et l’empathie sont non
genrés. En revanche, il y a des conséquences à tenir nos
valeurs, notre positionnement, mais il est important de
traiter l’amitié avec le sérieux qu’elle mérite. En tant que
féministe engagée, on a besoin d’un tissu amical solide qui
respecte et soutient, des amis forcément alignés.
À QUAND LE GUIDE
DES RELATIONS FÉMINISTES ?
Il serait en effet essentiel, parce que tout le monde a à y
gagner ! Plus on se rend compte des dynamiques genrées
et plus on peut réfléchir à ce qui nous fait du bien, aux
relations saines.
Dans des relations féministes, j’ai la sensation qu’on
m’écoute, que chacun respecte la parole de l’autre. Cette
acuité féministe encourage la vigilance de ce qu’on ressent
dans notre rapport aux hommes. On peut interroger pour
savoir comment ils vont, quel est leur vécu. Les sujets sont
« révélés » et on laisse bien moins de place au jugement.
Ressources
• Olivia Gazalé, Le mythe de la virilité, un piège pour les
deux sexes, Robert Laffont, 2017, Pocket Agora, 2019.
• Ivan Jablonka, Des hommes justes. Du patriarcat aux
nouvelles masculinités, Éditions du Seuil, 2019.
• Cookie Kalkair, Pénis de Table, Éditions Steinkis, 2018
• Cookie Kalkair et Cristina Rodriguez, De polyamour et
d’eau fraiche, Elsa Hebert, Editions Steinkis, 2018
• Fab Florent, Histoires de Mecs (anciennement The
Boys Club) et Histoires de darons
• Victoire Tuaillon, Les Couilles sur la table, Binge audioAXELLE JAH NJIKÉ,
autrice, podcastrice et
chroniqueuse
ANNE-CÉCILE MAILFERT,
présidente de la Fondation des
Femmes, chroniqueuse et autrice
82
Axelle Jah Njiké est autrice, podcastrice et chroniqueuse ;
Anne-Cécile Mailfert est présidente de la Fondation des
Femmes, chroniqueuse et autrice ; Diariata N’Diaye est
fondatrice de l’association Resonantes ; Sikou Niakate est
réalisateur du film Dans le noir, les hommes pleurent. En-
semble, ils se questionnent sur la systémie des violences
dans la société.
POSER LES MOTS POUR DIRE LES MAUX
En préambule, Axelle Jah Njiké précise qu’il convient selon
elle de ne pas parler de « victimes » mais de « personnes
victimes qui sont des sujets avant cette agression ». Ayant
elle-même subi un viol à 11 ans, elle a décidé de partager
son histoire personnelle pour dire « l’importance d’incarner
les choses » et faire comprendre « aux personnes victimes
qu’elles ne sont pas seules ». En réaction à sa « commu-
nauté noire où les violences sexuelles sont particulièrement
taboues », l’autrice réalise le podcast Me, My Self and I où
elle interroge ses invitées, des femmes noires, sur « leurs
constructions personnelles, intimes et familiales » ainsi que
le podcast La fille sur le canapé dans lequel elle analyse le
« climat familial très toxique » qui a conduit au viol subi dans
son enfance. Dans ce podcast, Axelle Jah Njiké y explore
notamment le concept « d’adultification » dont sont l’objet
les petites filles noires, lié selon elle à une perception colo-
niale historique qui les représenterait comme ayant « moins
besoin de protection et d’attention car perçues comme
plus matures et portées sur le sexe ».
Diariata N’Diaye, qui intervient depuis 2015 auprès de col-
légiens et collégiennes pour les sensibiliser aux violences
sexistes et sexuelles, constate qu’« il n’est pas compliqué
de parler de violences avec les jeunes » ajoutant qu’il est
même « très facile de faire parler les victimes ». Le plus
difficile, selon elle, est de « créer l’espace » notamment
auprès des établissements scolaires mais aussi de lever les
« méconnaissances sur les violences ». « Certains jeunes,
dit-elle, sont des auteurs de violence qui s’ignorent ! Il
faut faire des violences un sujet désagréable comme les
autres », dont il faut parler partout. Selon la fondatrice de
Resonantes, « il ne faut pas infantiliser les jeunes mais vul-
gariser, utiliser leur langage et leurs termes, même ceux que
l’on trouve dérangeants en tant qu’adultes ». Rappelant que
90 % des victimes accompagnées par son association sont
victimes d’inceste, Diariata N’Diaye déplore que l’inceste
ne soit toujours pas « un vrai sujet » de société. Toutefois,
elle s’enthousiasme de constater la création de « nouvelles
associations lycéennes très féministes, engagées, mettant
la pression sur leurs établissements scolaires pour que
Resonantes y intervienne ». Elle relève également la ré-
cente facilité d’intervenir des établissements scolaires aux
questions des violences :
« Nous n’avons plus besoin de mentir aux établissements pour y
intervenir. Maintenant, on dit clairement que l’on vient aborder les
violences et les portes s’ouvrent ! »
DIRE LE PERSONNEL
POUR TOUCHER L’UNIVERSEL
Avec son film, Sikou Niakate a souhaité explorer les no-
tions de masculinité et de virilité en faisant témoigner 5
de ses amis, pour « prendre en compte le poids et tous
les efforts que demande le fait d’être un homme. Même si,
évidemment, l’on vit dans une société patriarcale qui nous
bénéficie ». Évoquant la masculinité comme une « matrice
qui se déploie de différentes manières », Sikou Niakate sou-
ligne que la domination masculine s’exprime sous diverses
formes : par « le corps, le langage ou les symboles ». En
décidant de proposer le film en accès libre, le réalisateur
espère que « tout le monde puisse le découvrir facilement »
et conclut : « j’aurais aimé voir ce film plus jeune, je me
serais construit autrement ».
Anne-Cécile Mailfert salue le discours de Sikou Niakate
déclarant « qu’il n’y a rien d’immuable » et rappelle que « les
féministes, contrairement aux clichés, ne détestent pas les
hommes car nous croyons au fait qu’ils peuvent changer.
« La volonté de changer est essentielle et beaucoup trop rare. Si l’on
veut parvenir à une société où les hommes et les femmes soient en
paix, il faut que les hommes passent par une remise en question. »
Elle déclare qu’il n’y a « jamais de bonne victime mais une
accumulation de biais, comme le racisme, conduisant à
ce que certaines victimes soient perçues comme de très
mauvaises victimes » et confirme l’ignorance sur la défini-
tion des violences évoquée par Diarita N’Diaye. Une igno-
rance voulue et entretenue par les agresseurs pour qu’ils
« gardent la main sur les discours, poursuivent les violences
sans impunité et s’approprient le corps et la sexualité des
femmes. La société doit regarder cette réalité en face :
les agresseurs ne sont pas des monstres, la domination
masculine n’est pas une déviance mais est intrinsèque à
notre société ».
LES BONNES VICTIMES N’EXISTENT PAS, LES MONSTRES
NON PLUS : COMPRENDRE LA SYSTÉMIE DES VIOLENCES
ANIMATION : MAUD RAFFRAY ET ÉRIC WARIN
Nous croyons au fait
qu’ils peuvent changerLES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
DIARIATA N’DIAYE,
fondatrice de l’association
Resonantes
SIKOU NIAKATE,
réalisateur du film
Dans le noir, les hommes pleurent
83
ÉCHANGES AVEC LE PUBLIC
Les trois interventions dans la salle soulèvent les questions
de l’accompagnement des victimes mais aussi de celui des
agresseurs. Que faire lorsque l’on est un ou une proche
d’une personne victime ou d’un agresseur ? Faute de temps
nécessaire pour y répondre en longueur, les intervenants
et intervenantes sont invités à répondre de façon brève.
Axelle Jah Njiké annonce que son prochain podcast En-
tourage fera témoigner les entourages des agresseurs car
il est selon elle, « extrêmement important de leur donner
la parole », comme il est crucial de « prendre en compte »
les familles des victimes.
Pour Sikou Niakate, si la société parle de « monstres », il
convient alors de prendre conscience que nous sommes
selon lui « tous potentiellement un monstre et qu’il faut
donc être à l’affût avec tout le monde ».
Anne-Cécile Mailfert conclut en déclarant que les femmes
prennent déjà soin de « tellement de choses » qu’elles ne
doivent pas culpabiliser de ne pas prendre soin des agresseurs.
« En tant que femme, on nous apprend à prendre soin des hommes,
à avoir de l’empathie, de l’« him-pathie », y compris pour les agres-
seurs. Prenons-soin de nous en premier. »
Ressources
• Axelle Jah Njiké, Journal intime d’une féministe (noire),
Éditions Au diable Vauvert, 2022
• Axelle Jah Njiké, La fille sur le canapé, Nouvelles
Écoutes, 2020
• Axelle Jah Njiké, Me, My self and I, 2018
• Dans le noir, les hommes pleurent de Sikou Niakate,
France, 2020ROSE LAMY,
co-fondatrice de
#MusicTooFrance, autrice de
l’ouvrage collectif Moi aussi :
#MeToo, au-delà du hashtag
MATHILDE VIOT,
co-fondatrice de
#MeTooPolitique et de
l’Observatoire des violences
sexuelles en politique
ROSE LAMY,
co-fondatrice de
#MusicTooFrance, autrice de
l’ouvrage collectif Moi aussi :
#MeToo, au-delà du hashtag
MATHILDE VIOT,
co-fondatrice de
#MeTooPolitique et de
l’Observatoire des violences
sexuelles en politique
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#METOO EN FRANCE : 5 ANS PLUS TARD, OÙ EN EST-ON ?
ANIMATION : MAUD RAFFRAY
Rose Lamy et Mathilde Viot partagent leurs perspectives
féministes sur les violences sexistes et sexuelles dans le
domaine de la musique, des médias et de la culture et le
débat s’intéresse aux retombées des mobilisations depuis
2017 en France.
Rose Lamy dénonce le traitement médiatique dans les af-
faires de violences sexistes sur les réseaux sociaux depuis
2019 et à travers un livre Préparez-vous pour la bagarre :
défaire le discours sexiste dans les médias. Elle se définit
comme lanceuse d’alerte, plutôt que journaliste et a parti-
cipé au mouvement #Metoo Music France. Mathilde Viot
est à l’initiative du collectif Chair collaboratrice en 2016, qui
se mobilise contre le sexisme en politique dans le sillage de
l’affaire Baupin. Elle a cofondé l'Observatoire des violences
sexuelles en politique et a récemment publié L’homme
politique, moi j’en fais du compost.
LES AVANCÉS GRÂCE
AU MOUVEMENT #METOO EN FRANCE
Mathilde Viot défend une meilleure compréhension systé-
mique des rapports de domination et la possibilité de rendre
mieux visibles les violences faites aux femmes. « Tout le
monde continue de décrédibiliser les personnes qui portent
plainte mais nous avons pour la première fois la possibilité
de rentrer dans un rapport de force avec les hommes et
de les nommer ».
Rose Lamy constate la disparition dans la presse de termes
problématiques comme « crime passionnel »,« mains bala -
deuses » et une meilleure compréhension des arguments
liés à la culture du viol. Selon elle, le récit patriarcal est en
train d’être réécrit même si le procès d’Amber Heard incite à
rester vigilant. Il y a une redéfinition collective de nos repré-
sentations, « un homme violent n’est pas un marginal dans
un parking, il peut-être présentateur de télévision depuis
10 ans. Il y a eu des parachutages, des départs à la retraite
anticipés, des mises en examen et des procès ». Elle note
que récemment, le Centre national de la musique condi-
tionne ses aides au fait que les structures bénéficiaires aient
suivi des formations sur les violences sexistes et sexuelles.
LES LIMITES DU MOUVEMENT
#METOO EN FRANCE
« Adrien Quatennens ne comprend pas ce qu'il dit, car il
est incapable de penser les violences sexistes et sexuelles »,
regrette Rose Lamy. « En cas de violences avérées, les
mécanismes ne changent pas : l’empathie va vers l’ami, le
collègue avant de considérer la victime ».
Mathilde Viot précise : « Lorsque Adrien Quatennens re-
connaît trois faits de violence... on le croit immédiatement,
on loue ses capacités d’auto-affliction. Ce qui est l’inverse
concernant son épouse. Il y a une distorsion dans le juge-
ment collectif ».
Elle donne l’exemple d’Emmanuel Macron qui déclare aux
médias: « J'ai parlé d'homme à homme avec Gérald » :
« C’est une manière de se mettre en position de juge, de
donner une onction. Et ensuite, on nous balance la pré-
somption d'innocence ?! Mais qui nomme et dénomme
dans notre pays ? Ce ne sont pas les juges. Les féministes
passent leur temps à faire de la pédagogie – alors que le
monde judiciaire est bloqué avec le « classé sans suite ».
On ne peut pas classer sans suite des vies ! »
Rose Lamy note : « Le système produit de manière glaciale,
un féminicide tous les 3 jours. Il y a 45 interventions de la
police par heure et une intervention du GIGN chaque jour
– et ce sont les chiffres communiqués par Gérald Darmanin
en personne ». Selon elle, il n'y a pas eu de grande vague au
moment de Metoo car le backlash a commencé dès le len-
demain, lorsqu’on a remplacé le mot « dénonciation » par
« délation », ce qui sous-entend qu’il y aurait des mauvaises
raisons d’avoir recours à la justice alors qu'au contraire les
militantes réclament la justice et s'exposent. « Combien de
temps allons-nous pouvoir tenir puisque seule la pression
médiatique et politique fonctionne ? »
Rose Lamy s’inquiète du coût humain, psychique et phy-
sique de l’engagement militant, car les avancées sont
portées sur le terrain dans un rapport de force difficile à
tenir sur le long terme. « La question de la transphobie
est aussi un sujet qu'il va falloir mieux adresser, car cela
devient une obsession médiatique. On instrumentalise
#Metoo, les violences ne viennent pas des masculinités
non hégémoniques ! »
Mathilde Viot dénonce le climat d’impunité qui se perpétue.
« La plupart des partis politiques au niveau national et local
n'en ont rien à faire. Jérôme Peyrat a été condamné pour
violences conjugales en 2020. La condamnation a eu lieu,
ce qui est rarissime. Et pourtant, il continue d’exercer la
plupart de ses mandats ».
LES MÉTHODES
Mathilde Viot propose de continuer à avancer en silo
avec plusieurs groupes parallèles qui créent des ponts et
raccordent les initiatives. Dans son livre, elle promeut le
modèle de la Convention climat comme base de renou-
vellement du champ démocratique, avec un respect de
la parité (même si seulement 10 % des propositions de laLES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
85
Convention ont ensuite été votées). Elle imagine aussi une
Haute autorité pour la transparence appliquée au sexisme,
comme lors de cas de corruption dans la sphère publique
à l’image de l’affaire Cahuzac. « Ce genre d’organisme
autonome permettrait de résoudre l’accusation déloyale
qui voudrait résumer nos actions à des cellules de police
du comportement non régulées et trop intimement liées
à l’agresseur ».
Rose Lamy entend poursuivre la veille et le renforcement
des connaissances du grand public autour du langage pour
visibiliser « l’équation de la violence », par exemple en met-
tant les hommes comme sujet : « un homme a tué… » au
lieu de continuer à utiliser la voix passive habituelle « une
femme a été victime… ».
« Pour surmonter les habituelles inversions de charge que
subissent les victimes, nous avons collecté des témoi-
gnages et décidé de nommer les agresseurs et non les
victimes. Nous avons aussi fait le choix de ne pas rendre
les témoignages publics pour ne pas aggraver la charge.
De notre expérience, étaler trop de violence sans apporter
de solutions est contre-productif. Cela aboutit à une forme
d’auto-réalisation de cette violence et cela ne bénéficie à
personne, surtout pas aux victimes. »
Ressources
• Rose Lamy, Préparez-vous pour la bagarre: défaire le
discours sexiste dans les médias, Éditions Points, 2022
• Mathilde Viot, L’homme politique,moi j’en fais du
compost, Éditions Stock, 2022
• Ça va bien se passer par l’Observatoire des violences
sexistes et sexuelles en politique, 2022LAURE SALMONA,
militante féministe et
spécialiste des violences
sexuelles et sexistes
86
RÉSISTER AUX CYBERVIOLENCES DE GENRE
ET AU CYBERHARCÈLEMENT
Tous les rapports de domination existants dans le monde
tangible existent également sur le net. Le cyberharcèlement,
les cyber violences de genre, les violences en ligne peuvent
prendre plusieurs formes : prédation, harcèlement en ligne,
harcèlement sexuel, envoi non sollicité de contenu à carac-
tère sexuel, diffusion non consentie de contenu à caractère
intime (revenge porn), menace, incitation au suicide, appel
au viol, usurpation d’identité, injures publiques et privées,
diffamation, doxxing, cyber-attaques, diffusion de contenu
violent ou haineux, sextorsion.
QUELLES SONT LEURS SPÉCIFICITÉS ?
L’absence de limitation dans le temps et l’espace : si le har-
cèlement scolaire est limité à l’école donc au temps qu’on
y passe, le numérique est très intrusif, il rentre partout tout
le temps et ne s’arrête jamais. Certaines victimes évoquent
ainsi la continuité des violences subies pendant plusieurs
années. Pour 20 % des victimes les violences durent plus
d’un an.
Une viralité démultiplicatrice : la diffusion de média in-
time existait avant internet, sauf qu’elle était moins virale,
on pouvait se débarrasser des images, de la cassette, on
pouvait être rassuré de leurs destructions. Maintenant tout
reste. Rien n’est éphémère.
Des violences bien réelles : elles ont longtemps été peu
prises au sérieux, car considérées comme virtuelles, donc
possiblement stoppées dès la fermeture des réseaux so-
ciaux ou de l’ordinateur. C’est désormais reconnu : les outils
numériques font partie intégrante de notre vie et nous ne
pouvons réaliser de séparation nette. Tout est entrelacé
avec de lourdes conséquences sur la vie et la santé.
4 Français sur 10 ont vécu une cyberviolence : c’est un phénomène
massif.
Les jeunes (18-24 ans) sont particulièrement touchés : 87 % %.
DES VIOLENCES BANALISÉES
ET MINIMISÉES
Il existe une véritable impunité sociale. Les personnes les
plus familières des réseaux sociaux ont plus de mal à les
identifier à cause de leur caractère habituel.
UNE DIMENSION SEXISTE
Si les hommes sont autant victimes que les femmes sur les
réseaux, les femmes subissent des attaques plus insidieuses,
avec des propos sexistes (cybersexisme), une surveillance
(cybersurveillance) et un contrôle (cyberintimidation) qui
sont moins déclarés car moins reconnus.
65 % % des femmes de moins de 35 ans déclarent avoir subi au moins
une cyberviolence.
Les personnes aux intersections de plusieurs oppressions sont
davantage exposées.
71 % % des personnes racisées ont été victimes.
LA CULPABILISATION
DES VICTIMES
Et notamment mineures, à qui l’on va souvent dire « mais
pourquoi as-tu envoyé des photos ? » Envoyer des photos
de nu n’est pas interdit : c’est la diffusion de ce contenu
qui est un délit !
LES RECOURS SONT INSUFFISANTS
Les enfants notamment n’osent pas en parler, la loi du
silence règne. Les campagnes sont trop rares et les outils
et ressources peu visibles, peu connus.
À qui s’adresser ? Et quand on signale, la réponse est insuf-
fisante. Le contenu créé du trafic donc cela sert le réseau
social concerné, qui montera en puissance et vendra par
exemple des espaces publicitaires plus cher. Les signale-
ments restent à 58 % lettre morte.
LES CONSÉQUENCES
Conséquences psychologiques et sociales : retrait des
réseaux sociaux, perte d’emploi, psychotraumatisme,
pensées suicidaires, tentatives de suicide.LES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
87
LES ENJEUX
• Commencer par bien nommer les choses, pour
éviter de reprendre les termes utilisés par les au-
teurs pour nommer les cyber violences (exemple :
le Revenge porn)
• Mieux connaître les droits : 73 % ne connaissent
pas les risques pénaux, soit une méconnaissance
qui encourage les auteurs. Les femmes vont
jusqu’à les normaliser, les banaliser. La loi de
l’agresseur continue de s’imposer.
• L’espace numérique est un espace d’empouvoi-
rement, et donc donc fortement investi par les
violences sexistes.
• Protéger les jeunes, qui sont particulièrement
visées.
PISTES DE SOLUTIONS
• Résister, ne pas rester : chercher de l’aide auprès
de personne de confiance ou des associations
spécifiques, s’informer sur ses droits, en parler à
un professionnel de santé
• Se protéger : signaler et bloquer les auteurs, pas-
ser ses comptes en privé durant la vague, effacer
les infos personnelles, mettre une alerte sur son
nom, supprimer les notifications des plateformes
et réseaux sociaux pour se préserver et éviter les
irruptions traumatiques dans le quotidien, se faire
aider pour conserver des preuves.
• Améliorer sa sécurité numérique : contrôler ses
paramètres de sécurité et de confidentialité, chan-
ger ses mots de passe
• Signaler le contenu violent, grace aux outils de
signalements des plateformes :
- sur la plateforme Point de contact (formulaire
pour tout contenu choquant sur internet)
https://www.pointdecontact.net/
- sur la plateforme gouvernementale Pharos
(contenus relatifs à des violences, mise en
danger des personnes, menace, injure ou
diffamation, incitation à la haine raciale ou
discrimination, atteintes aux mineurs).
https://www.internet-signalement.gouv.fr/
PharosS1/
- avec l’outil StopNCII : stopper la diffusion de
photos ou vidéos intimes sur les réseaux sociaux
https://stopncii.org/
- favoriser les bonnes pratiques : conserver
bienveillance et anonymat des victimes, ne pas
repartager de contenus violents même pour
les dénoncer (traffic), plutôt créer du contenu
positif pour noyer le négatif.
Ressources
• https://www.vscyberh.org/
• Guide d’autodéfense contre le cyberharcèlement :
Nosvoixnoscombats.com
• Le 3018 (anciennement Net Écoute) pour les jeunes
victimes de violences numériques
• Le Centre Hubertine Auclert propose de nombreux
ouvrages de références pour lutter contre le sexisme
et contre le cyberharcèlement.88
SAMUEL OLIVAUX,
sexothérapeute
CHARLINE VERMONT,
fondatrice de Orgasme et moi
sur Instagram
COMPRENDRE LE CONSENTEMENT
Le consentement c’est quoi ? « C’est la rencontre entre
deux « OUI » FRANCS et ENTHOUSIASTES verbaux ou non ».
C’est simple et facile à comprendre. Mais des expressions
comme « qui ne dit mot… consent » sont problématiques,
« qui ne dit mot, ne consent pas ! » insistent les intervenants.
L’absence de réponse ne justifie pas le passage à l’acte.
Sous le choc, en état de stress et d’incompréhension de la
situation, l’hormone du stress appelée cortisol, permet de
survivre face à des évènements incontrôlables. La dose de
cortisol monte à une telle vitesse face à une agression que
la victime peut en mourir. Le cerveau se met à disjoncter,
c’est ce qu’on appelle la dissociation. Le corps est là, mais
plus l’esprit.
« On ne dit pas non, mais ça ne veut pas dire oui, ni que nous
consentons. »
Céder, ce n’est pas consentir non plus. On finit par dire
oui pour qu’on nous laisse tranquille, pas par envie, après
insistance ou chantage. Le consentement est toujours
réversible, révocable à tout moment sans besoin de se
justifier. On est jamais allé trop loin pour revenir sur son
consentement.
Consentir à une relation c’est être libre et éclairé, sans
contrainte ni pression.
REPLACER LE DÉSIR ET LE RESPECT
EN DEMANDANT LE CONSENTEMENT
« Dans une relation sexuelle, il faut être capable de communiquer
et de parler sexe. Si vous n’en êtes pas capable alors vous n’êtes
pas capable de faire du sexe. »
Quelques idées reçues :
• Demander le consentement à sa ou son partenaire
serait synonyme de « casser l’ambiance » .
C’est faux. Il existe autant de façons de demander son
consentement à l’autre, qu’il existe d’être sur terre.
Il peut être verbalisé ou non, envisagé comme un jeu,
il suffit de faire preuve d’imagination.
• L’érotisme de la violence sexuelle est saine ? Il faut
déconstruire cette idée reçue que l’un désire tellement
l’autre, qu’il ne peut pas s’empêcher de lui sauter
dessus.
Le consentement permet de replacer avec respect le désir
dans les relations, de réinventer, de repenser, de recons-
truire sur des bases saines son rapport avec l’autre.
UN RAPPORT SEXUEL SANS
CONSENTEMENT EST UN VIOL
Rappeler à la victime : « je te crois, ça n’est pas ta faute, tu
n’es pas seule ». Orienter vers des associations qui prennent
en charge les femmes victimes de violences. Appeler le
3919.
MISE EN PRATIQUE : CONSENTEMENT
OU PAS CONSENTEMENT ?
Samuel Olivaux et Charline Vermont présentent différentes
saynettes drôles malgré la gravité du sujet, et le public doit
s’interroger selon le comportement de chacun
1re scène :
Une femme et son mari font la vaisselle. Le mari montre
avec insistance qu’il a envie de sa femme. Elle n’a pas
envie, elle est fatiguée, elle le repousse. Lui, insiste sous
prétexte que ça fait longtemps qu’ils n’ont pas eu de relation
sexuelle. Pour être tranquille, elle finit par accepter.
Pas consentement. Parce que céder n’est pas consentir.
2e scène :
Une femme et un homme en boite de nuit. L’homme vient
se frotter à la femme par derrière. La femme le repousse et
crie qu’il n’a pas à venir se coller contre ses fesses.
Pas consentement. Il faut responsabiliser les autres. C’est
un devoir collectif de se protéger les uns les autres.
3e scène :
Un enfant ses parents et sa mamie. La famille arrive chez
la mamie, et les parents veulent obliger l’enfant à faire un
bisou à sa grand-mère.
Pas consentement. Obliger les enfants c’est entrer dans
leur intégrité physique. Il faut apprendre aux générations
futures, d’être légitimes et de poser des limites.
4e scène :
Une femme et un homme au restaurant. L’homme paie
l’addition. La femme panique, elle pense ne pas oser dire
non s'il veut aller plus loin dans leur relation. Elle pense qu’il
attend forcément quelque chose d’elle. Mais elle arrive à lui
en parler et ça se passe bien.
Consentement. Communiquer avec l’autre, avec respect
fait partie intégrante du consentement.LES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
89
ÉCHANGES AVEC LE PUBLIC
Public : « J’ai 30 ans et je m’aperçois aujourd’hui que le
consentement dans mes relations n’a jamais été là. Com-
ment fait-on pour passer par dessus ce constat ? »
Samuel Olivaux : « Plusieurs solutions existent. Faire une
thérapie au sens large du terme, s’éduquer, s’informer.
S’entourer de personnes qui ont des relations saines et
reprendre le pouvoir. »
Public : « Les femmes ne demandent pas toujours le
consentement, juste si OK de jouer comme ça. Des astuces
à nous donner ? »
Charline Vermont : « Moi dans mon couple j’utilise une
bougie. Je l’allume pour manifester mon envie, si elle reste
allumée c’est que c’est ok, si elle est éteinte c’est que c’est
non ».
Public : « Je travaille dans le milieu scolaire et je déplore
l’inaction du gouvernement face à l’éducation à la sexualité.
Aucune sensibilisation au rapport à l’autre n’est enseignée,
aucune information sur la connaissance de son corps et ses
limites. Ça entraîne de graves conséquences dans la vie de
ces jeunes, jamais l’égalité n’est mise en œuvre ».
Charline Vermont : « Il faut intervenir dans les classes, faire
des formations ».
Ressources
• Charline Vermont, Corps, amour, sexualité :
les 120 questions que vos enfants vont vous poser,
Éditions Albin Michel, 2022SANDRINE
ROUDAUT,
éditrice
engagée,
autrice
ALEXANDRA
BENHAMOU,
productrice
de l’enquête
Aux filles du
temps
FLORENCE
PAGNEUX,
journaliste,
autrice de Ce
que nos filles
ont à nous
dire
MAÏWENN
PETTON,
comédienne
90
La journaliste Florence Pagneux s’est appuyée sur
l’enquête Aux filles du temps, menée par Alexandra
Benhamou auprès de 1 669 jeunes filles de 13 à 20 ans,
pour écrire le livre Ce que nos filles ont à nous dire
sorti en octobre 2022 aux éditions La Mer Salée. Cette
conversation, animée par l’éditrice Sandrine Roudaut et
réunissant également la comédienne Maïwen Petton,
s’intéresse à la première génération post #MeToo :
des jeunes filles qui ne tolèrent plus le sexisme mais
continuent de le subir au quotidien.
8 FILLES SUR 10 HARCELÉES DANS LA RUE
Alexandra Benhamou revient sur la genèse de son enquête
inédite. « Avec le collectif Lady de Nantes, j’ai fait les portraits de
85 femmes de tous les âges dans l’espace public. J’ai rencontré
des jeunes filles et ça m’a éclairée sur une réalité que je ne
connaissais pas. Comme j’ai une passion pour les enquêtes,
j’ai regardé ce qui s’était fait sur cette thématique et je n’ai rien
trouvé. Je voulais faire un état des lieux de ce que vivent les filles
aujourd’hui ». Réalisée en Loire-Atlantique et en Vendée auprès
de 814 filles, l’étude est élargie en 2022 à l’ensemble des Pays de
la Loire avec 1 669 personnes interrogées. 349 communes de
la région (27 %) sont représentées, « un échantillon important ».
Le questionnaire s’articule autour de plusieurs thématiques : les
violences sexuelles et sexistes, le genre, le féminisme, l’espace
public, l’environnement, l’orientation professionnelle… Parmi les
données marquantes : 8 jeunes filles sur 10 sont harcelées dans
la rue, 84 % ne peuvent pas s’habiller comme elles le souhaitent,
26 % sont victimes de violences amoureuses…
UNE PIÈCE DE THÉÂTRE ET UN LIVRE
« Très rapidement, j’ai compris qu’une synthèse était in-
téressante pour un public professionnel mais que ça ne
suffisait pas, indique Alexandra Benhamou. Je suis allée
voir le théâtre du Cyclope en leur proposant d’apporter les
verbatims et les chiffres de l’étude pour le transformer en
une autre matière. Une pièce de théâtre est née ». Maïwen
Petton, comédienne, se souvient des premières réactions
à la lecture de l’étude : « Les filles se sont beaucoup re-
connues. Elles ont vécu les agressions dans la rue et des
remarques sexistes dans la cour de récré. Certains garçons
ont également pu prendre conscience de leurs compor-
tements ». Après avoir « confronté les points de vue et les
ressentis », le groupe de 14 filles et garçons a écrit la pièce
en collectif et en individuel. Les représentations ont eu lieu
en mai 2022. « Certaines scènes ont été plus difficiles que
d’autres à jouer, notamment celle du harcèlement de rue.
Les retours de notre entourage ont été très intéressants,
ça nous a permis d’ouvrir le dialogue avec nos parents ».
Florence Pagneux, journaliste pour La Croix et l’Agence
France Presse (AFP), s’est également appuyée sur l’enquête
pour son livre Ce que nos filles ont à nous dire. Cours
d’éducation à la sexualité, atelier d’éducation à l’égalité
filles/garçons, rencontre avec des patientes anorexiques au
CHU… La journaliste a « multiplié les points de rencontre »
pour donner la parole aux jeunes filles mais aussi aux as-
sociations et aux experts. Dans son chapitre consacré au
corps, la journaliste mêle l’analyse de la philosophe Camille
Froidevaux-Metterie et les propos de circassiennes. « L’une
des plus jeunes m’a dit quelque chose de très fort… Jusqu’à
présent, je ne me rendais pas compte de ce que signifiait
être une fille. Maintenant que mon corps change et le re-
gard des garçons également, je trouve que c’est super dur.
Quoi que je fasse, ça ne va jamais. Ses propos rejoignent
ceux de Camille Froidevaux-Metterie. À l’adolescence, les
garçons deviennent sujets - on les encourage à l’autonomie
et à la liberté - alors que les filles deviennent objets : on a
envie de les garder à la maison car on sait qu’elles risquent
davantage les agressions extérieures ».
« UNE GÉNÉRATION CONSCIENTISÉE »
« Ce que nos filles ont à nous dire, c’est quoi ? », interroge
Sandrine Roudaut. « Ce qui m’a beaucoup marquée, c’est la
conscientisation de cette génération : elles ont bien compris
que ce n’était pas normal d’être harcelées dans la rue alors
qu’on a laissé passer beaucoup de choses, souligne Alexan-
dra Benhamou. Elles ne demandent pas la permission pour
prendre leur place. De le comprendre à l’adolescence, quel
gain de temps ! Elles préparent le terrain pour les plus jeunes,
j’ai hâte de voir le résultat dans une dizaine d’années ». Flo-
rence Pagneux ajoute : « Ce livre est un appel au secours aux
adultes, notamment sur la question du consentement et de
la sexualité. Les parents doivent réaborder ces questions avec
leurs enfants pour éviter que cette éducation ne se fasse sur
internet car les jeunes filles y sont victimes de cyberharcèle-
ment et la pornographie arrive beaucoup trop tôt ».
Parmi les réactions de la salle : une réflexion sur l’éducation
des garçons pour prévenir les agressions mais aussi sur
l’adultisme de la société qui invisibilise les enfants…
Ressources
• Alexandra Benhamou, enquête Aux filles du temps
• Camille Froidevaux-Metterie, Un corps à soi, Éditions
Seuil, 2021
• Florence Pagneux, Ce que nos filles ont à nous dire,
Éditions La Mer Salée, 2022
CE QUE NOS FILLES ONT À NOUS DIRE91
DR. KPOTE,
animateur de prévention,
chroniqueur dans Causette
PRÉVENIR LES VIOLENCES SEXISTES
À L'ADOLESCENCE
Journaliste et militant depuis les années sida, le Dr. Kpote
intervient depuis 20 ans comme animateur de prévention
auprès des jeunes en région parisienne. Dans sa conférence,
il a dévoilé son approche, après un état des lieux du contexte
de l'éducation à la vie affective et sexuelle.
L'ÉTAT DES LIEUX
Des débats sur la non application de la loi de 2001 : « Ça
veut dire qu’il faut trouver des intervenants et les payer
correctement. Le travail social aujourd’hui est en crise, on
ne peut pas dire que ce soit un secteur dans lequel on
investit beaucoup ».
Le rôle des interventions scolaires / la place des parents :
« On ne révolutionne pas la vie des jeunes en quelques
séances. [...] L’idée est de faire bouger un peu les repré-
sentations et de travailler dessus. » « Le rôle des parents,
c’est de mettre en place un espace safe où l’ado, s'il a une
grosse galère, peut en parler ».
L'importance de nommer les choses : viol, inceste... « C'est
important pour que les ados s’en emparent et puissent
exprimer à un moment donné les violences rencontrées
dans leur existence [...] il faut leur montrer qu’il n’y a pas de
tabous sur ces sujets-là ».
La période de backlash post-MeToo : « C’est à nous de
reprendre ça et de dire que les choses sont plus complexes
que la seule phrase qu’ils ont entendue dans une capsule
Brut ou sur TikTok ».
Il est essentiel d'aborder la question du genre et l'expres-
sion de la masculinité pour avancer sur l'égalité.
Les principaux enjeux de ces séances d’éducation à la vie
affective et sexuelle selon le Dr. Kpote : « Comment parler
déconstruction avec des jeunes en pleine construction ?
Comment mobiliser les jeunes garçons cis sans les stig-
matiser, leur faire payer l’addition des autres générations ?
Comment les inviter toutes et tous à s’engager pour les
générations à venir ? »
DONNER LA MESURE DES VIOLENCES
SEXISTES ET SEXUELLES
Les jeunes ne mesurent pas l’ampleur des violences sexistes
et sexuelles : c'est donc important de leur rappeler la réalité
des chiffres, la nature des actes et qui en sont les auteurs.
Dr. Kpote s'appuie sur l'étude IPSOS « représentation des
français sur le viol » pour l'association Mémoire traumatique
pour mettre en débat les représentations sexistes.
C'est important de bien différencier conflits et violences :
« Le conflit c'est un pouvoir sur la situation, les violences,
c'est un pouvoir sur l'autre, avec une dynamique de répé-
tition et avec des effets visibles sur les victimes ».
S’INTERROGER SUR L'IMPACT
DES STÉRÉOTYPES DE GENRE
Sur ce point, Dr. Kpote utilise la personne Gingenre ou la
Licorne du genre qui différencie sexe, identité de genre,
expression du genre et attirance sexuelle ou émotionnelle.
L'enjeu majeur est de faire prendre conscience que les
stéréotypes de genre restreignent la liberté : injonction à
la séduction, injonction à la virilité.
IDENTIFIER LES PHÉNOMÈNES
D'EMPRISE ET IMAGINER UNE SEXUALITÉ
AUTRE QUE PÉNÉTRATIVE
Dr. Kapote aborde les formes d'emprise à partir des sché-
mas Amour sans violence du CIDFF.
Il vient aussi questionner la pornographie, qui consolide
des représentations culturelles bien en place et montre
des corps et des sexualités très normées. En informant sur
l'organe du plaisir féminin, il invite les jeunes à comprendre
que le rapport sexuel va bien au delà de la pénétration.
CULTURE DU VIOL,
CONSENTEMENT ET AVENIR
Un petit scénario (une jeune fille doit faire une fellation à
un homme pour traverser la rivière et rejoindre son ami, qui
la rejette ensuite pour ce qu'elle vient de faire) permet de
lancer le débat sur celle ou celui qui s'est le mieux compor-
té. « Ça fonctionne pas mal. Après le débat, je peux pointer
qu'il y a eu un viol, que la jeune fille ne pouvait pas faire un
choix éclairé. On parle alors pression, chantage. Ensemble,
ils trouvent les facteurs de vulnérabilité. »
Dr Kapote aborde enfin la notion de consentement (règle
des 3C (Connaître ses désirs et ses limites, Communiquer
et s'assurer du Consentement) et s'appuie aussi sur le vio-
lentomètre.
Avant d'ouvrir la voie vers l'égalité avec deux idées phares
selon lui : « Sortir de la binarité comme une solution aux
rapports de domination et redéfinir ensemble une nouvelle
expression de la masculinité. »AMANDINE HANCEWICZ,
co-fondatrice de l’association
Parents & Féministes
92
ÉDUQUER SANS PRÉJUGÉS SEXISTES
ANIMATION : CLÉMENCE LEVEAU
Éduquer autrement ses enfants, de manière non sexiste
permet-il de les préserver des violences ? L’environnement
au sens large, les messages que leur renvoie l’école sont
sexistes. Les stéréotypes sexistes comme le fait qu’un gar-
çon s’identifie à un chevalier et une fille à une princesse,
ne renvoient pas à la violence directement, mais laisse déjà
s’installer un rapport de domination.
UN LIVRE POUR ÉDUQUER
SANS PRÉJUGÉS
C’est le fait de devenir mère qui a poussé Amandine
Hancewicz à écrire un livre en partant de situations aux-
quelles sont confrontés tous les parents.
« J’ai fait des études, travaillé sur tous les sujets où le
continuum des violences est toujours présent. On a ce
constat que tout est lié, on finit par maîtriser de multiples
connaissances que nous avons envie de partager, c’est très
enrichissant » explique la jeune femme.
GRANDIR AVEC DES
STÉRÉOTYPES DE GENRE
Les stéréotypes de genre vont priver les enfants de la moitié
de l’éventail en terme d’expériences et d’apprentissages. Un
petit garçon par exemple on ne l’aide pas à exprimer ses
émotions. On leur offre un panel moins large de socialisation.
« Un petit garçon qui va taper, on va en avoir marre de le
reprendre, on banalise son geste et l’enfant va le normali-
ser » explique Amandine Hancewicz. Et c’est ainsi qu’ils ap-
prennent à naturaliser la violence. Très tôt les garçons font
l’apprentissage de leur capacité physique, ils apprennent à
se défendre.
Alors que personne n’apprend aux filles à être sûres d’elles.
À table, les garçons prennent toute la place, dans le milieu
professionnel les hommes prennent plus la parole, simple-
ment parce que pour eux c’est normal.
LA CULTURE DE LA SOUMISSION,
LA CULTURE DE LA DOMINATION
En classe 60 % de garçons prennent la parole dès la ma-
ternelle. On apprend à écrire de façon soignée aux filles, et
on tolère les garçons à couper la parole.
Cela créée des inégalités, des violences, sur la place du
corps, sur la légitimité physique, sur la valeur de la parole,
les filles ne sont pas écoutées. C’est une éducation au sens
large qui met en danger les filles, et qui décrédibilise leurs
paroles lors de violences conjugales.
Amandine Hancewicz rappelle que l’espèce humaine est la
seule espèce où « les mâles tuent les femelles ».
Y a-t-il un risque d’injonction supplémentaire à éduquer
ses enfants de façon non-sexiste ?
« Il n’existe pas d’éducation parfaite, à la fin de chaque
chapitre du livre Éduquer sans préjugés, il y a un partage
d’expérience qui montre qu’il n’y a pas une seule façon de
faire, que cette sorte de quête de perfection est vaine »
confie Amandine Hancewicz.
ÉCHANGES AVEC LE PUBLIC
Public : « Tout se joue déjà dès la grossesse ? »
Amandine Hancewicz : « Il y a deux points à aborder qui
concerne la grossesse.
De la forme du ventre à ce que nous mangeons lors de la
grossesse tout est déjà stéréotypé. Vous mangez beaucoup
de viande ? Alors c’est un garçon ! Votre ventre est rond
comme un ballon, vous n’avez pas pris beaucoup de poids
c’est un garçon ! Tout ce qui est positif est pour les garçons !
Et il y a un autre point que je voudrai aborder, Gaëlle Larrieu,
sociologue, a travaillé autour des enfants intersexes. Pour-
quoi dès la naissance on inflige une opération qui est une
véritable torture à ces nouveaux-nés ? Comme une ano-
malie qui est nécessaire de corriger, il n’y a pas d’urgences
médicales, ces opérations n’ont donc pas lieu d’être ».
Public : « Mon fils vient d’entrer au collège. Il cherche des
fréquentations très genrées, comment l’orienter vers autre
chose ? »
Amandine Hancewicz : « Mettez lui entre les mains des lec-
tures non-sexistes, ou montrez-lui la série Sex education.
Commencez par quelque chose de classique en continuant
vers du déconstruit. Et si on se parlait est un livre que je vous
recommande, sur l’anatomie et la prévention. Le film Close
est très intéressant aussi ».
Public : « Le titre du livre aurait pu être « une éducation non
genrée » plutôt qu’une éducation non sexiste ? »
Amandine Hancewicz : Il faut trouver un titre qui convienne,
aux éditeurs, aux auteures. J’ai un problème avec la for-
mulation « éducation non genrée ». C’est plus facile de
dénicher l’idée d’une éducation qui compense. La société
va socialiser de façon sexiste, de quoi elle va équiper un
petit garçon, qu’est ce qu’on lui enlève et qu’est-ce qu’on
lui fournit ? Pour une fille ça sera pareil ».LES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
93
Public : « Comment former les enseignants ? La plupart
trouve que commencer à 6 ans c’est trop jeune »
Amandine Hancewicz : « Adressez-vous aux associations de
parents d’élèves. Il existe des réseaux dans les académies.
Dans une ville qui a signé la charte d’une ville non-sexiste,
n’hésitez pas à solliciter les élus. Il y a encore un lien à
construire entre les militants, et l’éducation. Il serait temps
de respecter les 3 séances à l’éducation à la sexualité ».
Public : « Mon fils est en petite section, il voulait aller à
l’école en robe, mon conjoint avait peur, mais je n’avais
aucune raison valable de lui interdire. Mon fils s’est fait
cracher dessus, traiter de fille. Mon conjoint m’a reproché
d’avoir voulu faire de notre fils mon étendard du féminisme.
Je me demande jusqu’où on doit aller pour assumer ? »
Amandine Hancewicz : « Nous avons envie que nos enfant
aient un sentiment de liberté. L’école, même si l’équipe
pédagogique est soutenante, c’est tout à fait violent. Il faut
peut-être trouver d’autres espaces ».
Ressources
• Andréa Bescond et Mathieu Tucker, Et si on se parlait,
Harpercollins, 2020
• Mathilde Blézat, Pour l’autodéfense féministe, enquête
et récits, Dernière Lettre Eds, 2022
• Amandine Dhee, La femme brouillon, Gallimard, 2018
• Manuela Spinelli et Amandine Hancewicz, Éduquer
sans préjugés, Editions Lattès, 2021
• Close de Lukas Dhont, Belgique, 2022
• Sex education de Laurie Nunn, Grande- Bretagne,
201994
LAUREN BASTIDE,
journaliste et créatrice
du podcast La Poudre
VICTOIRE TUAILLON,
journaliste, autrice et
créatrice du podcast
Les Couilles sur la table
Pour la conclusion des premières Assises contre les vio-
lences sexistes, organisées à Nantes, deux podcasteuses
emblématiques de la scène féministe et amies, Victoire
Tuaillon et Lauren Bastide échangent sur la justice pour le
125e épisode de l’émission les Couilles sur la table.
Victoire Tuaillon lance l’enregistrement :
« Comme nous sommes toutes concernées... et que ni la police, ni
la justice ne peuvent être la solution. Face à tant d’impuissance et
de violences, que faire ? »
Lauren Bastide a interviewé de nombreuses lanceuses
d’alerte pour son émission La Poudre, elle se dit « épuisée
par #MeToo ». Elle s’insurge que les victimes soient trop
souvent harcelées pour leur prise de parole ou interrogées
de manière sensationnaliste:
« Alors, racontez-nous ce qu’il s’est passé ? Alors qu’il y
aurait tellement d’autres questions ! » Face à ce « sacrifice
de nos santés mentales », elles se demandent ce qui a
vraiment changé… « Les mecs ont un peu plus peur, les
jeunes baisent un peu mieux. Ce n’est pas encore la révo-
lution anthropologique qu’on attendait ». Victoire Tuaillon
temporise « Cela ne fait que 5 ans… ».
« Je n’en peux plus d’observer à quel point les femmes
doivent se battre pour prouver qu’elles ne mentent pas ».
Lauren Bastide donne l’exemple de l’actrice Sand Van Roy,
qui a parlé contre Luc Besson : « Récemment, elle a repris
des études d’avocate car on lui répète en permanence
qu’elle ment. De ce point de vue, l’acquis le plus important
est peut-être l’affirmation JE TE CROIS. »
Il y a aussi un impact de #Metoo sur le racisme, ce n’est
pas uniquement une question de genre, rappelle Victoire
Tuaillon : il y a 15 ans, lorsque la travailleuse sociale afro-
féministe Tarana Burke a lancé ce hashtag, elle parlait du
point de vue de violences sexuelles, notamment commises
à l’encontre des minorités visibles.
Laurent Bastide développe : « Le viol ce n'est pas du sexe,
c'est du pouvoir. Selon les chiffres de l’ONU, 1 garçon sur
13 et 1 fille sur 5 est victime de violences sexuelles dans le
monde. Le viol est une véritable arme de guerre, et crée
des traumas sur le long terme. Le viol est présent dans les
prisons. Il est imposé par les dominants pour mettre de
l'ordre, faire obéir les dominés. Dorothée Dussy dans son
essai Le berceau des dominations explique précisément
cette mise au pas. Il y a beaucoup d'hommes victimes de
viols dans l’enfance. Peut-on les entendre? »
Elle raconte le cas de sa petite sœur Julia, victime d’un
féminicide, il y a 17 ans. Après son décès, et deux procès au
pénal, l’agresseur a pris des peines de prison lourdes. Mais
Lauren Bastide ne s’est jamais sentie en sécurité. Après avoir
été travaillée par l’idée de vengeance, elle reconnaît qu’elle
aurait finalement préféré avoir de ses nouvelles. Elle insiste
sur la portée philosophique de cette posture et s’interroge:
« Il y a 95 000 viols par an. 700 condamnations. Les violeurs
ne vont pas en prison.»
Victoire Tuaillon émet un vœu : « Je veux qu'on parle de viol
avec les violeurs. Sur les 100 affaires de violences sexistes
et sexuelles les plus médiatisées, le point commun, c’est
qu’aucun inculpé n’a jamais rien reconnu. Tous, sans la
moindre exception, nient ».
Lauren Bastide s’interroge:« Il n'existe pas une catégorie de per-
sonnes déviantes…La violence est systémique. Quel effet cela fait
d’être érigé en monstre ? Je dis que ce système est absurde et qu’il
ne fonctionne pas. Si on changeait nos discours sur l'agression,
peut-être que certains hommes trouveraient un espace… existe-t-il
aujourd’hui un espace pour la rédemption et le pardon ? »
Victoire Tuaillon aimerait se projeter dans un monde où
cet horizon est possible et suggère,en attendant, d’en faire
de la fiction ou du théâtre pour déjouer « ces masculinités
qui ont appris à ne pas rendre de comptes.», Pour Lauren
Bastide, « La masculinité est aussi une construction cultu-
relle et sociale. On a toutes et tous à gagner à réfléchir à
la façon dont les hommes sont éduqués et se comportent
dans la société ».
« Est-ce qu’un ami qui commet des violences reste un ami ? »
s’interroge Victoire Tuaillon.
Dans l’essai Le conflit n’est pas une agression de Sarah
Schulman, Victoire Tuaillon puise l’idée que le rôle de l’en-
tourage peut être de confronter les personnes, dans un but
de responsabilité collective avec un devoir de réparation. La
militante féministe Anne-Cécile Mailfert, présidente fonda-
trice de la Fondation des Femmes, parle de Him-pathie, de
compassion envers l’agresseur.
« À condition de s’en sentir capable », nuance Lauren
Bastide. « Il n’y a pas d’obligation. Car se confronter à un
agresseur, c’est se retrouver assimilée à la personne auteur.
C’est le mécanisme de l’inversion de la culpabilité désor-
mais bien connu. Cela a un coût social et émotionnel très
lourd. Je ne veux pas dire aux personnes qu’il faut le faire,
je dis simplement que j’en suis désormais capable.
NOUS SERONS RÉPARÉ·E·SLES ACTES DES ASSISES NATIONALES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES
95
Avec mon privilège d’être depuis 17 ans en thérapie, ma
bonne santé. Et lorsque je le fais, c’est souvent interprété à
tort comme le baiser de la validation féministe. »
« Est-ce qu'on aide ces types à se victimiser ? » questionne Victoire
Tuaillon. « Car les hommes, s'ils reconnaissent la violence, mettent
une distance. Ils comprennent que le patriarcat a agi à travers eux
donc ce n'est pas vraiment eux ! »
Lauren Bastide développe sa position en matière de justice
restaurative, inspirée par les travaux de la sociologue améri-
caine abolitionniste Gwenola Ricordeau. « Nos prisons sont
déjà remplies à 120 %. Nous avons besoin de reconnais-
sance, de sécurité, de sens et de réparation. »
Elle recommande la lecture du livre Le Pardon de Eve Ensler
qui écrit une lettre à son père incestueux. « Les discours de
l'amour est tout sauf simpliste : Bell Hooks, Audrey Lorde,
Judith Butler. On est dans une interdépendance. On va
toutes et tous être dans la position d'auteur de violences.
Nous ne sommes pas pures. Nous devons pouvoir penser
la complexité. Le système actuel échoue à nous protéger.
Mais nous ne pouvons pas passer notre vie à construire
des prisons. »
« Je suis heureuse d'être vivante pour voir ce qui va se passer
dans les années à venir. Créons un silence en l'honneur des paroles
prononcées ici ! » conclut VictoireTuaillon.
Ressources
• Dorothée Dussy, Le berceau des dominations,
Anthropologie de l’inceste, Éditions la Discussion, 2013
• Eve Ensler, Le Pardon, Denoël, 2020
• Sarah Schulman, Le conflit n’est pas une agression,
B42 Eds, 202196
ET AUSSI…!
EN PLUS DE LA PROGRAMMATION DANS LES DIFFÉRENTES SALLES, DES ACTEURS ET ACTRICES SE SONT MOBILISÉS POUR ÉCHANGER ET DÉBATTRE AUTOUR DES VIOLENCES SEXISTES AVEC LE PUBLIC.
18 associations et structures nationales et locales ont investi
les 500m2 de l’espace mezzanine, et se sont relayés sur
les 2 jours pour présenter au public présent les projets et
actions mises en place dans le cadre de la lutte contre les
violences sexistes (accompagnement des victimes, action
de sensibilisation…) :
• CAP Coopération des hommes pour l’Abolition du
Patriarcat
• Les Catherinettes
• Colosse aux pieds d’argile
• Consentis
• ECVF Elu·e·s Contre les Violences faites aux
Femmmes
• France Victimes
• CIDFF Centre d’Information sur les Droits des
Femmes et des Familles
• Forces de l’ordre : Gendarmerie Nationale et Police
Nationale
• Gynécologie Sans Frontières
• Mouvement du Nid
• NOSIG
• Planning Familial
• SOlidarité femmeS
• SOS Inceste & Violences Sexuelles
• Stop aux Violences Sexuelles
• Ville de Nantes / Nantes Métropole
CITAD’ELLES, LE CENTRE D’ACCUEIL
ET D’ACCOMPAGNEMENT DES FEMMES
VICTIMES DE VIOLENCES
Un stand présentant Citad’elles a pris place dans l’espace
mezzanine pour les deux jours. Des professionnelles était
présentes pour expliquer le fonctionnement du centre, faire
un retour sur les trois années d’ouverture, mais également
pour écouter des femmes victimes de violence si elles en
ressentaient le besoin.
MOBIL’ÉCOUTE
En plus de son stand, l’association SOS Inceste & Vio-
lences Sexuelles stationne son camion Mobil’Ecoute
devant la Cité des Congrès. Celles et ceux qui le sou-
haitaitent ont pu échanger avec des professionnels
formés aux traumatismes et aux violences sexuelles.
UN ESPACE DÉDIÉ À LA RENCONTRE DES ACTEURS LOCAUX ET NATIONAUX
UNE PROGRAMMATION CULTURELLE
ET LUDIQUE
Plusieurs structures ont souhaité proposer d’aborder le su-
jet des violences sexistes et sexuelles par des biais culturels
et ludiques.
LA BIBLIOTHÈQUE MUNICIPALE
DE NANTES
Dans un espace ouvert à toutes et tous, la bibliothèque de
Nantes a proposé un ensemble d’ouvrages en lien avec la
thématique de ces Assises nationales. Il était possible de les
consulter et de les emprunter pour permettre de multiplier
et diversifier les sources d’information sur ces sujets.
LA LIBRAIRIE-CAFÉ ENGAGÉE
LES BIEN-AIMÉ·E·S
La librairie proposait à la vente une compilation d’ouvrages
récents, romans graphiques, jeunesse et socioculturels, en
lien avec la programmation. Des dédicaces ont également
été au programme avec les intervenantes et intervenants
des conférences !
L’ESPACE LUDOTHÈQUE
L’espace ludothèque a mis à disposition de multiples jeux
de société sur le thème de l’égalité femmes/hommes, pour
partager un instant de convivialité en famille ou entre amies
et amis.
EXPOSITIONS ARTISTIQUES
Des espaces ont été aménagés pour accueillir différentes
expositions artistiques sur la thématique des violences
sexistes : travaux associatifs en lien avec des femmes vic-
times de violences, exposition chiffrée, œuvres façonnées
par des jeunes …
Une fresque participative de l’association NousToutes, des
expositions photographiques de Cada Collia et de L’œil
parlant, une exposition de l’enquête Aux Filles du Temps
(Pays-de-la-Loire) par Lady de Nantes, une campagne de
sensibilisation (affiches) par Marie et Alphonse en lien avec
une pépinière jeunesse de Nantes, l’exposition Fais pas
genre de Resonantes.
UN ESPACE D’ÉCOUTE DE PODCASTS
4 bornes d’écoute permettant d’écouter une sélection de
20 podcasts étaient mises à disposition (liste disponible sur
le site internet).97
TÉMOIGNAGES DE PARTICIPANTS
ET DE PARTICIPANTES AU HORS LES MURS
« Nous avons touché à la fois des jeunes, de jeunes adultes,
des plus vieux, des parents. Bref, des échanges vraiment
riches et variés ! Les personnes étaient très heureuses de
pouvoir découvrir ce qui existe pour s'en saisir »
DisQutons
« Les Assises ont permis d’amener les publics de l’ORPAN là
où on ne les attendrait pas forcément. Elles ont été l’occa-
sion de nous mettre en relation avec de nouveaux acteurs
et actrices, de développer de nouveaux projets, d’être plus
visibles et d’intégrer un autre réseau. Nous n’aurions pas
mené nos actions avec cette ampleur sans les Assises, et
nous sommes ravis d’y avoir participé »
ORPAN, l’association des seniors nantais
« L’idée du Hors les Murs était chouette, cela a permis de
voir qui fait quoi et donner des idées d’actions futures.
C’était valorisant de montrer ce qui se passe sur la métro-
pole. Les Assises ont contribué à créer des connexions avec
d’autres service de la commune de Saint Herblain mais aussi
entre les publics »
Service jeunesse de la Ville de Saint-Herblain
« On a été très soutenus. C’était chouette que ça ne soit pas
que deux jours mais tout un mois, avec des grands et petits
événements, et de solliciter les structures locales. C’était
vraiment porté collectivement, ça donne un message : que
tout le monde à un rôle à jouer »
ACCOORD
TÉMOIGNAGES DE STRUCTURES PRÉSENTES
SUR LES STANDS OU LES EXPOSITIONS
« Nous avons eu la grande joie de bénéficier d’un stand,
ce qui est une belle étape pour permettre aux habitants
d’identifier la CAP. Nombreuses ont été les visites et nous
sommes ressortis enthousiasmés par la qualité des ren-
contres à ce stand »
CAP, Coopération pour l’abolition du patriarcat
« Riches de rencontres, qualitatives de sujets présentés et
associées à un super accueil tant logistique, qu'humain, le
succès de ces journées vous est largement dédié et nous
ne pouvons que vous en féliciter. Nous vous renouvelons
toutes nos félicitations pour la tenue de cet évènement et
vous assurons de notre engagement pour des manifesta-
tions futures »
Gynécologie Sans Frontières98
TÉMOIGNAGES D’INTERVENANTES
« Merci encore infiniment pour cette
merveilleuse organisation, la bien-
veillance ambiante, la qualité des in-
terventions. Je suis heureuse que ces
assises aient été un succès ! »
Lauren Bastide
« Merci à vous ! Vous avez été parfaites
et parfaits ! Vraiment ! »
Anne Bouillon
« Merci encore pour cet accueil et
cette organisation exemplaires ! »
Margaux Collet
« Merci pour cette organisation au
top »
Mounia El Kotni
« Un grand merci ! C'était génial, à tout
point de vue »
Amandine Hancewicz
« Félicitations! Je suis ravie pour la
Ville et vos équipes, du grand succès
rencontré par cette première édition
des Assises »
Axelle Jah Njiké
« Encore merci pour cette belle orga-
nisation ! »
Rose Lamy
« Merci encore pour ces Assises et
cette organisation de dingue! »
Edith Maruejouls
« C'était un plaisir d'être présente lors
de ces premières Assises avec en point
de mire l'engagement des collectivités
locales »
Olivia Mons
« Merci beaucoup à vous pour l’or-
ganisation d’un événement de cette
ampleur et qui a été très réussi. On en
redemande ! »
Maud Olivier
« L'organisation de cet événement était
génial ! C'était un plaisir d'être avec
vous ! »
Charlotte Puiseux
« J'ai été impressionnée par ces As-
sises absolument géniales. Vous avez
fait un travail extraordinaire et je suis
heureuse d'être venue. Bravo pour
tout, vous êtes formidables »
Élise Thiebaut
« Je vous remercie pour tout, bravo
pour la réussite de votre organisa-
tion ! »
Shirley Tong On
« MERCI ! Vous avez fait un travail
FORMIDABLE. Tout était parfait : la
programmation, l'animation, l'orga-
nisation, l'accueil. Vous avez réussi le
défi d'allier l'accessibilité et l'exigence.
J'ai assisté à quasiment toutes les
rencontres et tout était passionnant,
concret, de très grande qualité. Ce
n'est pas une opération de communi-
cation : ce que vous avez créé a permis
de créer des prises de conscience
salutaires, de rendre possibles des
rencontres, et donc de futurs nou-
veaux projets. Il est évident que de
très nombreux projets ces prochaines
années citeront ces journées comme
le moment où tout a commencé »
Victoire Tuaillon
TÉMOIGNAGES DU PUBLIC
« Cet événement était riche au point de vue des nombreux
rendez-vous. C'était agréable d'avoir un espace forum
pour rencontrer différents acteurs, prendre de la docu-
mentation, des outils. Je suis repartie avec davantage de
connaissances, de réseau, armée pour mener de nou-
velles actions et partenariats. Merci »
« Un beau tour d'horizon des problématiques actuelles
autour des violences sexistes et sexuelles »
« C'était génial de sentir autant de personnes mobilisées
sur ce sujet »
« Beaucoup d'associations présentes, de nombreuses in-
terventions pertinentes »
« Des stands vraiment utiles, l'atmosphère bienveillante et
chaleureuse »
« Des temps qui nous nourrissent et nous permettent
d'avancer encore dans notre féminisme, militantisme,
ouverture, déconstruction… »
« J'y ai appris beaucoup de choses. C'est un évènement à la
fois émouvant et instructif permet de prendre conscience
concrètement des avancées nécessaire que nous devrons
apporter à notre société »
« Entre témoignages poignants et retours d'expériences
pratiques, et aussi une grande sororité et beaucoup beau-
coup d'émotions »
« Simplicité relationnelle, qualité des intervenants, impli-
cation et convictions dans les propos, pas de langue de
bois, légèreté et gaieté ! »99
REMERCIEMENTS
AUX CONTRIBUTEURS
ET CONTRIBUTRICES
DU HORS LES MURS
• Accoord
• Archives départementales
• ASEC Soleil Levant
• Association Danser sur vos murs
• Association Les increvables en selles
• Association P'tit Spectateur et cie
• Association Travailleuses !
• Association TRUST
• Associations Two Points et Clown en
Nez Veille
• Atelier Marie et Alphonse
• Aux Tripes
• Bibliothèque de Nantes
• Boxing Club Métropole
• Cada Coallia
• Café de La Perle
• CAP Coopération pour l’abolition du
patriarcat
• CCAS de Sainte-Luce-sur-Loire
• CCAS des Sorinières avec l'association
Les gens de Passage
• Centre socio-culturel La Bugallière
• Chorale Chants Rouges
• Compagnie Ecart
• Compagnie La Lionne à Plumes
• CinéCens
• Compagnie 3arancia
• CRESS Pays de la Loire
• Danser sur vos murs
• DisQutons
• Espace Simone de Beauvoir
• Femmes et Féminisme
• Femmes Océanes
• Femmes solidaires 44
• La Luna
• La Maison de l'Afrique à Nantes
• Lady de Nantes
• L'Amicale Philatélique l'ANCRE
• L'Association Régionale pour la Diffu-
sion et la Promotion de l’Architecture
• L'EclectiC Léo Lagrange
• Les Autres Possibles
• Les CEMEA
• Les Chev’allié·e·s aux armures rouillées
• Les Increvables en selle
• Librairie Maison Marguerite
• L'œil Parlant
• Maison de quartier Ressource La Mano
• Marion Le Muzic et Maria Kronsky
• Mémoire et Débats et la revue Place
publique Nantes/Saint-Nazaire
• Mouvement du Nid
• Nantes Université
• NousToutes 44
• ORPAN, association des seniors nan-
tais
• Osez le féminisme 44
• Pépinière jeunesse Horizon
• Planning Familial
• Question Confiance
• Radio Prun'
• Regart's
• Résonantes
• SOS inceste & violences sexuelles
• Team ELLES et Iki Iki
• TriptiC Léo Lagrange
• Urban Défense Orvaltaise
• Ville de Saint-Herblain et son Pôle
Jeunesse
• Vivre Libre 44
AUX STRUCTURES
PRÉSENTES SUR LES
STANDS ET DANS LES
ESPACES OUVERTS
• La bibliothèque municipale de Nantes
• La librairie Les bien-aimé·e·s
• Citad’elles et ses partenaires opéra-
teurs
• Cada Coallia
• CAP Coopération pour l’abolition du
patriarcat
• CIDFF Centre d’Information sur les
Droits des Femmes et des Familles
• Colosse aux pieds d'argile
• Consentis
• ECVF (Elu·e·s Contre les Violences
faites aux Femmes)
• Forces de l'ordre : Gendarmerie Na-
tionale et Police Nationale
• France Victimes 44 Nantes
• Gynécologie Sans Frontières
• Lady de Nantes
• Les Catherinettes
• L'Etape
• L’œil parlant
• Marie et Alphonse
• Mouvement du Nid
• Nosig
• NousToutes
• Planning Familial
• Resonantes
• SOlidarité femmeS 44
• SOS Inceste & Violences Sexuelles
• Stop aux Violences Sexuelles
AUX INTERVENANTES
ET INTERVENANTS
• Imani-H afsa
• Alexandra Benhamou
• Amandine Hancewicz
• Amina Haddad
• Anne Bouillon
• Anne Le Meur
• Anne Martinais
• Anne-Cécile Mailfert
• Axelle Jah Njiké
• Blandine Martin
• Brigitte de Vathaire-Cardona
• Camille Dormegnies
• Camille Ksaz
• Camille Tallet
• Caroline de Haas
• Caroline Godard
• Cathy Milard
• Charline Vermont
• Charlotte Puiseux
• Corine Lemariey
• Cristina Oddone
• Diariata N'Diaye
• Didiel Charuel
• Dr. Kpote
• Édith Maruéjouls
• Édouard Durand
• Élisabeth Ferro-Vallé
• Élise Thiébaut
• Elvire Bornand
• Emilie Dorbane
• Fabien Robert
• Fast & Furieuses
• Florence Pagneux
• Frédéric Leturque
• Frédérique Letourneux
• Guillaume Jouis
• Hélène Meunier
• Isabella de Roldào
• Isabelle Derrendinger
• Juju la gygy
• Julie Dessaivre
• Juliet Drouar
• Lady de nantes
• Laura Denieul
• Laure Salmona
• Lauren Bastide
• Léa Messina
• Lucile Peytavin
• Magali Gaudubois et collectif
• Maïwen Petton
• Manon Le Meitour
• Margaux Collet
• Marie Barbier
• Marine Turchi
• Marlène Boutet
• Mathilde Viot
• Maud Olivier
• Mounia El Kotni
• Muriel Boemare-Bern
• Mymy Haegel
• Najat Vallaud-Belkacem
• Olivia Mons
• Pauline Cohadon
• Richard Matis
• Rosa Bursztein
• Rose Lamy
• Samuel Olivaux
• Sandrine Bouchait
• Sandrine Roudaut
• Sarah Abitbol
• Séverine Lemière
• Shirley Tong On
• Sigolène Couchot-Schiex
• Sikou Niakate
• Sokhna Fall
• SOlidarité femmeS Loire Atlantique
• Stéphane Troussel
• Titiou Lecoq
• Valérie Rey-Robert
• Victoire Tuaillon
• Violaine Luca s
AUX ÉQUIPES
ORGANISATRICES
• Vil le de Nantes et Nantes Métropole
• La Cité des Congrès
• M45T
• Clémence Leveau
• Clémentine Lemaire
• Maud Raffray
• Éric Warin
AUX BÉNÉVOLES
À L’ENSEMBLE DES
PRESTATAIRES QUI ONT
PARTICIPÉ À L’ÉVÉNEMENTsont satisfaits ou très satisfaits
de ces premières assises
Tranches d’âge les plus représentées Statuts socio-professionnels
sont satisfaits ou très satisfaits
de l’animation
sont satisfaits ou très satisfaits
de la programmation
souhaiteraient participer à une
nouvelle édition des Assises
à la Cité des congrès les 25 et 26 novembre
personnes présentes
des participants et participantes des participants et participantes
Profession intellectuelle
supérieure / Corps
enseignant
Employé / Ouvrier
ou ouvrière
Etudiant / Scolaire
Retraité
Autre
des participants et participantes des participants et participantes
personnes en streaming
FRÉQUENTATION
TAUX DE SATISFACTION
PROFILS DES PARTICIPANTS ET PARTICIPANTES
2 500
ont passé + de 4 heures
sur place
des participants et participantes
TEMPS DE PRÉSENCE SUR SITE
74 % ont assisté
à 5 ateliers ou plus
des participants et participantes
NOMBRE D’ÉVENEMENTS SUIVIS
60 %
94 % 90 %
94 % 98 %
3 000
20/30 ans
30/45 ans
33 %
38 % 39 %
27 %
16 %
11 %
3 %
BILAN CHIFFRÉ101
Rédaction : Manon Aubel, Élodie Ancelin, Solenn Cosotti, Jeanne Ferron, Florence Jarry, Claire Lelong
Coordination : Ville de Nantes – Direction égalité et Direction Générale Information et Relation au Citoyen
Crédits photo : Nantes Métropole / Romain Boulanger Photographe / Marie Barbier par Léa Michaëlis / Florence Pagneux par Thomas Louapre / Lucile Peytavin par Céline Nieszawer / Marine Turchi par Emmanuelle Marchadour / Julie Dessaivre par Marie-Clémence David / Élise Thiébaut par Francesco Gattoni / Mymy Haegel par Dorothée Biéchy / Pauline Cohadon par Flavia Ellison / Dr Kpote par Christophe Meireis / Axelle Jah Njiké par Marie Rouge / Sandrine Roudaut par Manon Cha / Rose Lamy par Romain Garcin / Cristina Oddone par Marco Tassarotti / Caroline Godard par Ville de Nantes / Elsa Gambin par Chloé Vollmer-Lo / Marie Gérard par Roselyne Baron / Juliet Drouar par Marie Rouge / Juju La Gygy par Juju La Gygy / Lauren Bastide par Marie Rouge / Victoire Tuaillon par Marie Rouge
Exécution graphique : Duplijet
Date : mai 20232 cours du Champ-de-Mars
Nantes 44 923 CEDEX 09
Tél. : 02 40 99 48 48
metropole.nantes.fr/egalite